( 2 octobre, 2014 )

Quelques figures elboises…(2)

Drapeau ile d'Elbe« Le commandant Mallet, chef de bataillon de la garde, avait peu d’instruction, mais c’était une belle nature de soldat, de bon soldat franc, loyal, dévoué, pouvant honorablement remplir sa tâche et la remplissant à la complète satisfaction de l’Empereur, ainsi qu’à celle des braves qui étaient immédiatement sous ses ordres. Le capitaine Laborde, adjudant-major, avait reçu une bonne éducation, en avait profité, et, malgré son exaltation méridionale, tout en lui témoignait d’un bon coeur ainsi que d’une belle âme. Il était brave comme l’épée de Bayard.

Le lieutenant en premier Mélissent, sous-adjudant-major, ne fit que paraître et disparaître, et lorsqu’il s’en alla, ses camarades se demandèrent pourquoi il était venu. Son départ prématuré fit que personne ne le regretta; c’était cependant un bon officier.

L’officier payeur, Félicien Arnaud, était à la fois un excellent soldat et un bon comptable, et tous les braves l’entouraient d’estime. D’un talent distingué, homme de science et homme d’épée, généreux, dévoué, religieusement soigneux pour les blessés, le chirurgien Emery, chirurgien en chef de la garde, était une des belles illustrations de ce corps éminemment illustre, et Grenoble, qui a donné tant de grands hommes à la patrie, peut le compter parmi ses enfants d’une noble distinction. Nous le retrouverons à notre débarquement en France.

Voilà pour l’état-major.

Le capitaine Lamouret, doyen des capitaines de la garde, renfermé strictement dans le cercle de ses devoirs militaires, cherchait peu à aller au-delà, et l’estime l’entourait. Le lieutenant en premier Thibaut avait la réputation d’un bon officier, et avec les braves de la Garde, il était impossible que ce fût une réputation usurpée. Je ne connaissais pas le lieutenant en second Lerat. Toutefois, je savais qu’il était considéré.

La seconde compagnie avait pour son chef le capitaine Combe, qui s’était fait honorablement remarquer le jour de l’infâme trahison de Marmont, et qui est mort glorieusement au siège de Constantine. Le capitaine Combe avait beaucoup d’esprit naturel; il était instruit, les beaux-arts occupaient ses loisirs, il dessinait assez bien. Il avait une force musculaire remarquable. Son père, colonel, l’avait élevé très durement, et il s’était de bonne heure habitué à cette dureté; on pourrait même dire qu’il se l’était appropriée, ce qui quelquefois le rendait gênant pour ses camarades. Son courage était à toutes les épreuves; mais il était au moins aussi ambitieux que brave, et, s’il avait vécu, il aurait donné de la tablature au pouvoir. Je n’ai pas connu le lieutenant en premier du capitaine Combe, M. Joseph Duguenot. Le capitaine Combe en parlait avantageusement.

Le lieutenant en second Bigot faisait honneur à son habit. Je l’avais quitté avec la réputation du bon soldat, je l’ai retrouvé avec les sentiments d’un bon citoyen, ce à quoi MM. les Impériaux ne m’ont pas habitué. La troisième compagnie n’avait pas son capitaine titulaire. Elle était provisoirement commandée par le lieutenant en premier Charles Dequeux, officier capable qui la commandait bien et qui méritait de la commander définitivement. Un autre lieutenant en premier, Jean-Pierre-Édouard Paris, avait une noble conduite et jouissait d’une belle réputation. M. Jean-François Jeanmaire, sous-lieutenant dans cette compagnie, tenait une belle place dans le rang des bons officiers, et, jeune encore, il était considéré comme un excellent militaire. Ce brave est maintenant messager d’État à la Chambre des députés.

Le capitaine Jules Loubert affectait les allures de ce qu’on appelle une personne bien née: ce qui n’est pas toujours la preuve d’une haute naissance. Cependant le capitaine Loubert était «fils de famille», comme on disait jadis. Ses prétentions aristocratiques le rendaient impopulaire; il n’était pas aimé. L’Empereur le chargea d’aller à Gênes acheter des draps. Puis il le choisit pour être le danseur de la princesse Pauline, ce qui était un bon choix, car le capitaine Loubert dansait parfaitement. On le considérait comme le Vestris de la Garde, qui avait cependant d’autres fort bons danseurs. Bien manier les jambes n’empêche pas de bien manier l’épée, le capitaine Loubert était un bon officier. La garde nationale de Paris lui donna une grande marque d’estime: elle le nomma colonel d’une de ses légions.

Le lieutenant en second Seré-Lanaure comptait au nombre des braves. Le lieutenant en second Franconin se faisait remarquer par une politesse exquise; il était aussi bien placé dans un salon que dans un camp. À travers la douceur de son caractère, ses yeux brillaient de courage, et comme soldat son rang était au premier rang des braves.

Une grande nomenclature de prénoms a quelque chose de la prétention d’une grande série de titres. Ce n’est pas le capitaine Louis-Marie-Charles-Philippe Hurault de Sorbée qui me fera changer d’avis à cet égard. Ce capitaine arriva à l’île d’Elbe avec la garde; il était officier distingué. Mais il avait laissé son épouse auprès de Marie-Louise; l’Empereur lui donna une mission qui le rendit à sa compagne conjugale. Le capitaine Hurault de Sorbée est maintenant maréchal de camp; il était déjà colonel sous la Restauration. Le lieutenant en second Chaumet dirigea cette compagnie lorsque le capitaine Hurault de Sorbée en quitta le commandement, et il la dirigea très bien.

Cette compagnie avait aussi le lieutenant en second Claude-Charles Noisot. La nature du lieutenant Noisot était l’une de ces belles natures qui se font aimer à tort et à travers. Jeune, léger, étourdi, impétueux, aimant, dévoué, brave, plein d’honneur, il avait tous les légers défauts ainsi que toutes les belles qualités du jeune chevalier français. C’était un de ces bons soldats qui savent aussi être bons citoyens. Le lieutenant Noisot a conservé dans toute sa pureté sa religion d’amour pour la mémoire de l’Empereur, et, à ses frais, il vient dans sa propriété de faire élever une statue en bronze au héros de la France: hommage pieux qui n’est même venu à la pensée d’aucun des maréchaux de l’Empire! Je paye un tribut de reconnaissance nationale au lieutenant Noisot. Que ma parole amie aille lui faire comprendre combien j’ai été profondément ému du bel exemple qu’il a donné !

Le capitaine Mompez était un officier capable. Ce n’était pas l’officier sur l’amour duquel l’Empereur pouvait le plus compter; il se préparait à rentrer en France lorsque l’Empereur quitta l’île d’Elbe.

Un lieutenant en second, Barthélémy Bacheville, était aussi attaché à la 6ème  compagnie, commandée par le capitaine Mompez. Il avait toutes les qualités d’un soldat, et lorsque le gouvernement de la Restauration eut crié haro sur tous les hommes de cœur, le lieutenant Bacheville dut s’expatrier.

Le lieutenant en second Mallet n’avait pas à beaucoup près les belles qualités du commandant Mallet. C’était un officier ordinaire. Les officiers polonais qui n’avaient pas quitté l’Empereur se comportèrent à l’île d’Elbe comme des officiers modèles, et le colonel Germanowski y apparut avec une haute supériorité; les capitaines Schultz et Balinski étaient aussi des hommes dignes. L’Empereur honorait tous ces enfants adoptifs de la France; il aimait à s’entretenir avec eux, et il était toujours satisfait de leur entretien. Malheur à la France, alors qu’elle est gouvernée de manière à ne pouvoir pas se dévouer à sa sœur la Pologne! Le gouvernement de la France qui abandonne la Pologne est un gouvernement de malédiction pour les Français. Ce n’est pas ici de l’exaltation, c’est de l’honneur. L’abandon de la Pologne est un crime de lèse-humanité. Ce crime sera puni le jour même où la nation française reprendra l’exercice de sa puissance suprême. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897. Nouvelle édition: Les Editeurs Libres, 2005. Préface et notes de Christophe Bourachot).

 
 
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( 1 octobre, 2014 )

Le général Cambronne…

Cambronne

« Le général Cambronne commandait la compagnie dans laquelle La Tour d’Auvergne trouva une mort glorieuse. Il était d’une bravoure à toute épreuve. Sa carrière militaire est illustrée par beaucoup de traits de dévouement, mais la violence de son caractère était quelquefois effrayante. De retour de l’île d’Elbe, l’Empereur le nomma lieutenant général, et il refusa. À la funeste journée de Waterloo, il fut grièvement blessé, et les Anglais, qui l’avaient ramassé sur le champ de bataille, le conduisirent prisonnier en Angleterre. On lui a prêté ces belles paroles qu’il n’avait pas dites, qu’il n’avait jamais été en position de dire: «La garde meurt, elle ne se rend pas», et pour rendre hommage à la vérité il les désavoua. De mauvais conseils lui firent rendre du service sous la Restauration. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897. Nouvelle édition: Les Editeurs Libres, 2005. Préface et notes de Christophe Bourachot)

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( 30 septembre, 2014 )

Un voleur à l’île d’Elbe…

Vue Portoferraio

Écoutons une nouvelle fois le trésorier Guillaume Peyrusse…

« J’ai déjà dit que j’avais constaté un déficit de 20,000 Fr. dans ma caisse, et que j’avais chargé le commissaire de police d’aller aux enquêtes sur ce vol. On lui avait signalé les dépenses extraordinaires que faisait un sieur Allory [Allori][1], misérable cordonnier. Il faisait dire des messes pour remercier la Providence, qui l’avait rendu possesseur de ce petit Trésor. Je le fis arrêter ; il parut devant le commissaire de police. Sa figure me frappa ; je crus le reconnaître. Il fut interrogé ; on saisit sur lui des comptes de cuir, de toiles, acquittés sous fraîche date ; on le poussa de questions ; il commença par déclarer qu’il avait trouvé un sac contenant 3,000 Fr. en or, sous un buisson, près de la porte de Terre. Ce premier aveu me donna de l’espoir. Je conseillai au commissaire de police de lui faire mettre les poucettes par le gendarme qui le gardait ; le serrement gradué de cette étreinte lui arracha l’aveu qu’étant de faction chez moi, le premier jour de mon arrivée, il avait vu déballer sous ses yeux les caisses du Trésor ; que se promenant le fusil sous le bras, il avait eu l’idée de remuer avec pied la paille qu’on avait laissée toute étalée jusqu’à l’arrivée du jardiner qui devait l’enlever ; que son pied avait heurté un corps résistant ; qu’il s’était baissé, et qu’à son grand étonnement, il avait vu un paquet long, et que, pensant que la Sainte Vierge lui réservait cette bonne fortune, il avait mis ce paquet sous son schako et l’avait conservé ainsi jusqu’au moment du relevé de sa faction. Il avoua que le paquet contenait vingt rouleaux de cinquante napoléons d’or chaque ; qu’il avait employé cent cinquante napoléons à payer des comptes arriérés, à faire des achats de cuir, de toile et enfin à faire dire des messes ; qu’il lui restait dix-sept rouleaux cachés dans sa paillasse. Ramené sur-le-champ dans son domicile, il mit à la disposition du commissaire de police l’argent qu’il avait déclaré. Satisfait de cet heureux résultat, je crus convenable de ne pas ébruiter cette affaire et je bornai là mes investigations par déférence pour la Garde nationale dont ledit Allori était membre. Ce qui fut trouvé en toile et cuire fut remis à l’hospice. »


[1] « Peyrusse accompagna Napoléon à l’île d’Elbe. Il emportait 3 979 000 francs dans cent-quatre-vingt-dix-neuf caisses de 20 000 francs chacune en vingt rouleaux de napoléons. L’une de ces caisses fut volée au moment où on les déballait à Porto-Ferrajo [Portoferraio], par un cordonnier nommé Allori, de la garde nationale de l’île, qui avait été placé en faction devant le Trésor. Quatre mois plus tard, quand le voleur fut découvert, on retrouva chez lui dix-sept rouleaux cachés dans sa paillasse. Il avait employé vingt-cinq napoléons à payer des petites dettes, à acheter des cuirs et à faire dire des messes. ». (« Vieux papiers financiers. Un trésorier de Napoléon. Extraits », in « Le Globe », 21 janvier 1904).

 

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( 29 septembre, 2014 )

Napoléon, objet de toutes les hypothèses…

Gravure

« On dit aussi que Bonaparte quittera l’île d’Elbe au moment où l’on y pensera le moins et qu’il se tient sur ses gardes dans la crainte d’être assassiné ou empoisonné; aussi, est-il très difficile, depuis quelques temps, de l’approcher et d’avoir avec lui des conférences. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], pp.137). Extrait du bulletin en date du 28 septembre 1814.

( 29 septembre, 2014 )

Le général Vandamme sous surveillance…

Le général Vandamme sous surveillance… vandamme

Dans ce bulletin, Beugnot, évoque le général Vandamme, officier qui possède une forte personnalité. On le surveille, on l’épie, car le pouvoir royal le sait être favorable à l’Empereur…

Bulletin du 24 septembre 1814. Paris. Le général Vandamme est à Paris depuis dix jours. Comme c’est un des hommes les plus violents de l’armée, j’ai fait suivre ses pas et surveiller ses discours. Il a vu la plupart des maréchaux qui sont à Paris, entre autres les maréchaux Macdonald et Ney, ainsi qu’n certain nombre de généraux. Il paraît s’être borné à exprimer des plaintes sur les circonstances, et des regrets mal dissimulés sur le passé, sans laisser rien percer sur aucun projet ni aucun plan. Il sent qu’avec sa réputation, il ne peut être en faveur à la cour. Aussi a-t-il annoncé qu’il ne demanderait rien au Roi, perce qu’il ne voulait pas éprouver de refus. Sa société la plus habituelle est la famille de Franconi avec qui il est lié, et au manège duquel il ava tous les jours. Il paraît s’occuper d’un mémoire apologétique de ses opérations militaires à l’époque où il a été fait prisonnier sur les frontières de la bohème [après la bataille de Kulm, perdue le 30 août 1813]. Il a chez lui un secrétaire qui y travaille ; son intention semble être de ne pas rester longtemps à paris, et de partir dans quinze à vingt jours pour une terre qu’il possède en Flandre. »

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date, pp.213-214).

 

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( 28 septembre, 2014 )

« Partout, le simple soldat montre un front hargneux… »

soldats

« 27 septembre 1814.- Il m’est pénible d’avoir à opposer au tableau de joie et d’affection que présente la majeure partie de la population, les dispositions vraiment affligeantes et peut-être incurables de l’esprit militaire. Partout, le simple soldat montre un front hargneux et rechigné, partout des mouvements d’humeurs et des signes d’infidélité lui échappent ; on croit lire sur son visage la contrainte qu’il éprouve et le désir qu’il aurait de revenir au culte de Bonaparte. Le temps, une bonne discipline et une bonne composition d’officiers supérieurs, remédieront sans dote, peuà peu, à ces dispositions de l’armée.

Toujours-est il que, dans le département de la Haute-Saône, on voit sur les routes des enfants de dix à quinze ans courir après les voitures qui passent et crier : « Vive l’empereur Napoléon ! » Ce sont pourtant des conscrits que Bonaparte aurait dévorés dans trois ou quatre ans ! D’où vient donc cette frénésie ? Il est probable, au surplus, que la plupart de ces cris s’adressent à des hommes qu’on prend pour des officiers ».

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], pp.134-135)

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( 27 septembre, 2014 )

« Porte-drapeaux des armées de Napoléon »n°15…

Paru le jeudi 25 septembre, ce nouveau numéro représente le porte-aigle des vélites de la Garde royale italienne.

Le prochain, dans quinze jours, sera le porte-étendard  du 3ème  régiment de chevau-légers lanciers.

(En kiosque, 11.99 euros).

H15

 

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( 27 septembre, 2014 )

Une lettre du soldat Philibert Poulachaud à sa femme…

06509277.jpg

L’auteur de cette lettre, soldat au 21ème régiment de ligne, écrit à son épouse, demeurant à Corcelles, dans le département de Saône-et-Loire.  Ce document est extrait du volume de la correspondance interceptée par les Russes durant la campagne de 1812 (et publié par la Sabretache en 1913).

Moscou, le 27 septembre 1812.

Ma chère tendre épouse, je mets la plume à la main pour m’informer de l’état de votre santé ; tant qu’à moi je me porte assez bien. J’ai tardé si longtemps sans vous écrire, cela n’est pas de ma faute, bien au contraire, mais je vous dirai que me voilà sept mois que nous couchons au bivouac sans entrer dans des maisons. Nous avons beaucoup souffert, mais cela n’est pas encore fini. Nous sommes déjà éloignés de 800 lieues de la France, mais l’empereur de Russie ne veut pas faire la paix.Cependant partout où nous passons nous brûlons tous les pays ; en arrivant à Moscou, nous avons brûlé sa vieille capitale [ce qui est faux car on sait que c’est le perfide Rostopchine, gouverneur de cette ville, qui ordonna sa destruction]. Pour le nombre des hommes que nous avons perdus, je ne saurais pas te dire pour le moment ; d’abord il ne reste que 24 hommes de notre compagnie [3ème compagnie, 3ème division, 1er corps] de 140 hommes que nous étions. Notre empereur ne veut pas aller plus loin. Nous sommes dans les casernes pour quelques jours pour savoir comme cela va se passer.

T’embrassant du plus profond de mon cœur, etc.

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( 26 septembre, 2014 )

A découvrir jusqu’au 2 novembre 2014…

Troyes-mai nov 2014

 

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( 26 septembre, 2014 )

« BONAPARTE » A ÉTÉ ENLEVÉ !

Incroyable est le genre de bruits qui circulent durant le séjour de l’Empereur à l’île d’Elbe ! En voici un exemple à travers ce rapport du consciencieux Beugnot.

Bulletin du 26 septembre 1814. Paris. On répétait aujourd’hui dans Paris que Bonaparte avait enlevé de l’île d’Elbe et conduit à Malte. Il en a été parlé à M. le Duc de Wellington qui a répondu n’avoir reçu aucune nouvelle de ce genre. Je n’y aurais pas moi-même donné plus d’attention qu’à cent autres bruits qui naissent le matin pour mourir le soir, si je ne trouvais la même assertion consignée dans la lettre qui contient ce bulletin de M. le comte de Bouthilliers, préfet du Var. Cependant si un fait de cette importance était exact, je ne puis croire que l’agent secret que j’ai à l’île d Elbe ne se fût pas empressé de m’en donner connaissance. Les bonapartistes se bercent d’une chimère toute contraire. Ils rêvent que les courtoisies que Bonaparte affecte de prodiguer aux Anglais, depuis qu’il n’ose et ne peut plus les accabler d’outrages et de calomnies, n’auraient pas été sans quelque assistance de la part des Anglais pour améliorer son sort et obtenir quelques indemnité territoriale en remplacement de la pension au paiement de laquelle il croit peu. [Le pouvoir royal ne tient pas ses engagements. En effet, l’article 3 du Traité de Fontainebleau prévoyait à Napoléon le versement « d’un revenu annuel de 2 millions de francs en rente sur le Grand Livre de France, dont 1 million réversible à l’Impératrice ». Ni l’Empereur ni aucun membre de sa famille (car une disposition complémentaire prévoyait que ces derniers reçoivent également une compensation financière), ne perçoivent un centime. Louis XVIII ira même plus loin dans la médiocrité de son geste, en décrétant le 18 décembre 1814, sur proposition de ses ministres, la mise sous séquestre de tous les biens de la Famille Impériale].

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date, pp.215-216).

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( 25 septembre, 2014 )

Quelques figures elboises…

Elba

André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe, évoque quelques personnages faisant partie de l’entourage de l’Empereur : « Le général Drouot, aide de camp de l’Empereur, avait été nommé gouverneur de l’île et chargé des affaires militaires, ce qui équivalait au ministère de la guerre. Lisez Plutarque, voyez le plus beau caractère nde ses grands hommes: c’est le caractère du général Drouot. Le général Drouot était la perfection de l’homme moral. Il avait suivi l’Empereur à condition qu’il ne lui serait payé aucun appointement. C’était le seul compagnon de Napoléon qui eût fait cette réserve. Il y avait deux hommes dans le général Drouot: l’homme public et l’homme privé. L’homme privé était trop bon, l’homme public était trop sévère.

M. Peyrusse, payeur de la Couronne, était devenu trésorier de la Couronne et receveur général de l’île d’Elbe. Cadet de Gassicourt, dans un « Voyage fait en Autriche à la suite de l’empereur Napoléon », dit au chapitre intitulé « Club des francs-blagueurs »: « M. Peyrusse, payeur de la Couronne, jeune Méridional plein d’esprit, de vivacité, de franchise, toujours gai, toujours obligeant, fort attaché à ses devoirs», et à l’île d’Elbe ce portrait n’avait presque subi aucune altération. Seulement les années avaient amené un peu plus d’aplomb. M. Peyrusse ne faisait pas parade de son dévouement pour l’Empereur, car il disait à qui voulait l’entendre, toutefois en riant: «Je n’ai pas suivi l’empereur Napoléon, j’ai suivi ma caisse», et c’était vrai. Les militaires n’étaient pas toujours bons à son égard; ce qui ne l’empêchait pas de leur rendre tous les services qui dépendaient de ses fonctions. L’Empereur, sur les bords de la tombe, a, dans son testament, été injuste à l’égard de M. Peyrusse, et cette injustice a tenu à sa malheureuse incrédulité des hommes probes.

Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était, à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement «une commère» et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. Il était, d’ailleurs, trop obséquieux auprès de l’Empereur. Cette obséquiosité faisait contraste avec sa vanité envers les personnes qui lui étaient subordonnées. Disons un mot pris dans le domaine de la plaisanterie, ce sera une petite escapade d’historien. L’Empereur était au bain: M. Foureau de Beauregard lui avait présenté un consommé, ce consommé était trop chaud, et, pour ne pas se brûler, l’Empereur le humait. Le médecin en chef voulut empêcher l’Empereur de humer son potage «parce qu’en le humant, il avalait des colonnes d’air, et que ces colonnes d’air pouvaient lui donner la colique». L’Empereur, peut-être un peu impatienté, s’écria: «Docteur, quoi qu’en dise Aristote et sa docte cabale, à mon âge, l’on sait comment il faut boire, et vous pouvez m’épargner votre leçon.» M. Foureau de Beauregard dut cesser sa harangue. C’était, au fond, un fort brave homme, mais il ne savait pas se faire aimer, et généralement on l’avait pris à tic, à ce que disait l’Empereur, défenseur-né de toutes les personnes impopulaires.

L’Empereur allait partir de Fontainebleau, que l’on n’avait pas encore trouvé un pharmacien. M. Gatti tomba sous la main de M. Foureau de Beauregard: on le prit. M. Gatti n’était pas instruit, il ne chercha pas à apprendre, et il fut loin de briller dans son emploi. Cependant on le critiquait beaucoup moins que le médecin en chef: c’est qu’il ne faisait pas flamboyer sa broderie, c’est que, dans l’exercice de ses fonctions, sa parole n’était pas insultante et qu’on le considérait comme un bon camarade. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897).

 

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( 25 septembre, 2014 )

Une VISITE à NAPOLEON 1er à l’ILE d’ELBE…

 Ce témoignaUne VISITE à NAPOLEON 1er à l’ILE d’ELBE... 03008150ge est paru dans la revue « Feuilles d’Histoire » dans sa livraison de janvier/juin 1909.

Le « Daily Mail » a donné récemment quelques extraits d’un document inédit trouvé, il y a peu de temps dans les archives familiales d’Arley-Castle. C’est le carnet de voyage d’un étudiant de l’Université de Cambridge, nommé Scott.  En septembre 1814, il se rendit à l’île d’Elbe en compagnie de quatre officiers anglais détachés à Livourne, les colonels Douglas et Lemoine, le major Maxwell, le capitaine Smith, et ce sont les passages relatifs à cette visite que nous citons ici :

16 septembre 1814, Livourne.

Dîné chez M. Fraser, banquier anglais, qui habite ici. Tout parfaitement anglais : mouton bouilli à la sauce du sang, roastbeef, fromage de Chester, porto, vin. Presque tous les invités sont intimement liés avec le colonel Campbell (commissaire à  l’île d’Elbe) et les capitaines Usher et Tower. Le colonel Campbell considère Bonaparte comme un homme très heureux de talents ordinaires ; Bonaparte se comporte à leur égard avec la plus grande familiarité ; il leur permet de lui poser les questions qui lui plaisent sur ses campagnes et ses plans. Il disait à Campbell : « Regardez-vous Wellington comme le plus grand général du monde ? »-« Vous aviez tant de bons de maréchaux, répondit Campbell, qu’on n peut dire quel est le premier général. »-« Non, réplique Bonaparte, c’est Wellington qui est le premier général ! »

19 septembre 1814, Elbe.

D’habitude Bonaparte se lève avec le jour et il prend infiniment d’exercice. Souvent il réveille lui-même le colonel Campbell. Il fait de longues courses à cheval dans tous les coins de l’île et ne rentre que lorsque ses compagnons sont exténués ; mais c’est pour repartir aussitôt sur un nouveau cheval, jusqu’à l’heure du dîner. Après son repas, il se  promène dans sa chambre pendant deux ou trois heures. Il semble, nous déclare Campbell, s’efforcer de penser le moins possible au passé. Parfois, dans la matinée, il sommeille très peu de temps dans son  fauteuil. Il mange beaucoup, il est surtout amateur de poisson, il boit séparément de l’eau et du vin, selon la mode anglaise, mais surtout de l’eau… Nous nous trouvions sur chemin large d’environ cinq mètres, lorsque nous rencontrâmes l’Empereur ; nous nous effaçâmes pour nous ranger, tête nue, les uns à côté des autres, sur le côté droit de la route. Il s’arrêta  son cheval et nous salua en portant la main à son chapeau. Ma première impression fut telle que je me demandai si cet homme, au visage peu gracieux, à l’air plutôt emprunté et lourd, était bien le grand Napoléon, qui avait rempli de terreur les empereurs et les rois. Il me semble que c’était impossible. Je répète que ce fut que ma première impression. Mais bien que celle-ci ait bientôt modifiée, je déclare encore aujourd’hui que Napoléon  avec sa carrure épaisse et large ne me fit pas l’effet d’un guerrier. Il parait être âgé  de quarante-cinq ans ; son ventre est très fort, et ses cuisses, grosses et tout à fait hors de proportion. Lorsque nous le vîmes, il était coiffé d’un chapeau enfoncé sur son front, chapeau dont la forme, basse par devant et très relevé par derrière, contribuait à rendre sa physionomie peu agréable. La teinte brune de ce chapeau, auquel est piquée une gosse cocarde rouge et blanche, montre suffisamment qu’il a fait avec lui de nombreuses campagnes.

Il portait une grande redingote à revers rouges ; ce vêtement, étroitement boutonné, laissait à peine apercevoir la cravate noire, entourant son cou, peu dégagé naturellement.  Il avait deux épaulettes en argent assez usées, la plaque de la Légion d’honneur et trois décorations plus petites… Il avait une culotte blanche, un gilet blanc et des gants. Les bottes, vieilles, usées, étaient munies d’éperons en argent, assujettis par des noires. Il montait un petit cheval corse, dont la selle portait des fontes, mais dont les rênes et le mors étaient sales. Quoiqu’en général ses vêtements fussent usagés, l’ensemble était celui d’une personne soigneuse et ordonnée. Il se tient fortement incliné en avant sur son cheval.  Celui-ci s’étant mis à ruer, Napoléon, le maîtrisa nerveusement. Durant les vingt-deux minutes que dura notre conversation, il ne prisa qu’une seule fois, dans une petite tabatière noire ornée de trois camées. Ses mains sont d’une blancheur remarquable, les doigts sont petits et minces. Ses cheveux sont noirs et pendant en longues mèches sur le sol de son vêtement, tout en gardant un aspect très propre. Les yeux sont bleus et petits, les sourcils noirs et plutôt épais, le nez et la bouche élégamment dessinés et dimensions moyennes, le menton n’est pas trop prononcé. L’ensemble du visage, pâle, légèrement jaunâtre, est assez empâté. Le front d’avance, anguleux et puissant.  L’Empereur parle vite et presque sans pause, d’une voix profonde et un peu saccadée. Durant tout notre entretien, la physionomie de Napoléon ne cessa de s’éclairer d’un demi-sourire et de refléter un parfait contentement. Ses yeux sont remarquablement vifs et expressifs ; ses regards et sa voix inspirent le respect et ses manières indiquent un grand talent, mais son sourire met à l’aise ses auditeurs et leur donne confiance. Néanmoins mes compagnons furent unanimes à penser qu’il avait plutôt l’air d’un prêtre habile et rusé que d’un héros. Sa personne n’a sûrement rien d’héroïque.

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( 24 septembre, 2014 )

Une nouvelle édition du « Dîner napoléonien » en projet…

Je suis en train d’organiser une nouvelle édition du « Dîner napoléonien ». Notre invité serait Sébastien EVRARD pour son excellent ouvrage paru chez L’Harmattan (en février 2014): « L’or de Napoléon. Sa stratégie patrimoniale (1806-1814) ».

Ce repas convivial aurait lieu à Paris durant la troisième semaine de Novembre, un samedi soir.

Si vous êtes intéressé par cet événement, vous pouvez, sans engagement, me le faire savoir dès à présent.

En m’écrivant: contact.lestafette@gmail.com

9782343025681r

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( 24 septembre, 2014 )

Le général Bertrand à l’île d’Elbe…

Général Bertrand

Un extrait du témoignage d’André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe (depuis 1809): « Le général Bertrand, grand maréchal, était chargé des affaires civiles, ce qui équivalait au ministère de l’intérieur. Le général Bertrand était un homme de bien, dans toute l’étendue du mot. Il se serait dévoué pour l’Empereur au moment où son dévouement aurait pu sauver l’Empereur, mais ce moment ne s’était pas présenté, et il ne l’avait suivi que par un sentiment d’honneur. Les événements qui avaient brisé le trône impérial avaient aussi brisé l’âme du général Bertrand. Sans cesse en proie aux souvenirs déchirants de cette immense catastrophe, ce n’était plus un homme de travail, c’était un homme de repos. Son coeur était tout entier à sa famille; sa femme et ses enfants absorbaient toutes ses pensées. Que si l’on exigeait rigoureusement mon opinion sur l’essence des liens qui avaient attaché Napoléon au général Bertrand, je dirais, d’après tout ce que j’ai vu: Les deux natures, celle de l’empereur Napoléon et celle du général Bertrand, n’étaient pas sympathiques, et le resserrement de leur union, plus apparent que réel, était plutôt une affaire d’habitude qu’une affaire de sentiment. Jamais leurs premières opinions n’étaient les mêmes; elles commençaient toujours par se heurter, et le général Bertrand ne cédait pas facilement.

J’ai vu, plus d’une fois, l’empereur Napoléon renoncer aux débats. Cela n’empêchait pas que le général Bertrand n’aurait jamais eu une pensée contraire aux intérêts de l’empereur Napoléon. »

(« Souvenirs et Anecdotes » de Pons l’Hérault , Plon, 1897)

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( 23 septembre, 2014 )

«On ajoute plus de créance à la mort du général Vandamme.»

VandammeLe général Vandamme.

Une lettre de l’archichancelier Cambacérès adressée à Napoléon.

19 septembre 1813

Sire,

Le Te Deum a été chanté ce matin à Saint-Cloud, ainsi que j’avais eu l’honneur de l’annoncer à Votre Majesté. La cour a été aussi nombreuse que le temps peut le comporter [sic]. Elle le sera encore plus ce soir.

Les articles envoyés par les ordres de V.M. à l’Impératrice seront demain dans le Moniteur. On y trouvera les détails que le public désire de savoir et qu’il craint d’apprendre.

Depuis quelques jours on se plaît à répandre qu’il y a des pourparlers avec l’Autriche. Les gens éclairés croient peu à ces bruits. On ajoute plus de créance à la mort du général Vandamme, qui est annoncée dans les papiers allemands [La rumeur n’était pas fondée].

Le duc de Feltre [général Clarke, ministre de la Guerre] et le comte de Cessac [Ministre de l’Administration de la Guerre jusqu’au 13 novembre 1813; sera remplacé, sept jours plus tard par le comte Daru], auront rendu compte à Votre Majesté des mesures qu’ils ont pris, de concert avec le Ministre du Trésor [Le comte Mollien] pour un approvisionnement extraordinaire d’armée que les circonstances pourraient rendre nécessaires, et dont il est d’une sage prévoyance de s’assurer.

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, avril 1808-Avril 1814. Présentation et notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973, Lettre n°1276, pp.1054-1055).

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( 22 septembre, 2014 )

L’Hôtel Beauharnais, un endroit unique….

Hôtel Beauharnais

Jai visité ce matin ce magnifique hôtel, qui est la résidence de l’ambassadeur d’Allemagne à Paris. Un lieu qui a gardé toute sa splendeur et où l’on devine l’ombre d’Eugène de Beauharnais. Sachez que l’on peut s’inscrire en ligne afin de découvrir ce lieu. (L’inscription est obligatoire afin d’avoir accès à ce joyau du style Empire !) A noter: photos et films interdits.

C’est ici: https://service2.diplo.de/rktermin/extern/choose_category.do?locationCode=pari&realmId=425&categoryId=680&request_locale=fr

Un rappel historique :

http://download.diplo.de/Paris/2011_Expo_Hotel_Beauharnais.pdf

Hôtel B

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( 22 septembre, 2014 )

« Navire en vue ! »

Navire île Elbe

« 22 septembre 1814. Un bâtiment parut en vue[1]. Une chaloupe du port fut le reconnaître. Nous la vîmes se diriger avec le bâtiment hélé vers la baie de Marciana. Le départ de l’Empereur et celui du Grand-Maréchal ne nous laissèrent plus de doute. Nous nous réjouîmes et pour l’Empereur et pour nous tous de cette heureuse arrivée ; nous revenions des impressions peu favorables que nous causait l’indifférence de Sa Majesté l’Impératrice. Son entrée dans Porto-Ferrajo [Portoferraio] était annoncée. Les canonniers étaient à leurs pièces pour saluer par cent coups de canon cet heureux événement, mais ce fut un rêve ! Au bout de quatre jours, Sa Majesté rentra dans Porto-Ferrajo [Portoferraio] et le bâtiment fut en vue, sortant des eaux de Marciana. L’Empereur avait reçu la visite de la comtesse Walewska et du comte Walewski, son fils [2]… »

(Extrait des mémoires de Guillaume Peyrusse, trésorier de l’Empereur à l’île d’Elbe).


[1] Nous situons cet événement à la date du  1er septembre 1814. (Cf. note 25, p.224 de notre nouvelle édition du récit de Pons de l’Hérault [Les Editeurs Libres, 2005]). Frédéric Masson dans son « Napoléon et les femmes. L’Amour », (Paul Ollendorff, 1894, p.290), mentionne cet événement à la même date : « C’est à la nuit close qu’elle [Marie Walewska] débarque le 1er septembre ; elle trouve au port une voiture à quatre chevaux et trois chevaux de selle. Elle monte dans la voiture avec son fils ; sa sœur, qui l’accompagne, son frère le colonel Laczinski, en uniforme polonais, se mettent à cheval et l’on part sous un merveilleux clair de lune. »

[2] « L’Empereur avait connu Mme Walewska à Varsovie, lors de la campagne de Pologne. Le jeune garçon était fils de cette dame et de l’Empereur. C’est celui qui est connu à Paris sous le nom de comte Walewski [Alexandre Walewski, 1810-1868]. Mme Walewska avait dû être, dans son jeune âge, une fort belle personne. Bien qu’ayant, lors de son voyage à l’île d’Elbe, la trentaine et peut-être quelque chose de plus [née en 1786, elle avait vingt-huit ans], elle était fort bien. (Ali, « Souvenirs.. », Arléa, 2000., p.85).  A propos de son fils, Ali précise (à la même page) que « le jeune Walewski était un gentil garçon, déjà grandelet [il avait quatre ans], la figure un peu pâle ; il avait quelque chose des traits de l’Empereur. Il en avait le sérieux ».

 

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( 21 septembre, 2014 )

Restrictions budgétaires à l’île d’Elbe…

Drapeau ile d'Elbe

« Pour entretenir la petite armée et la petite marine qu’on avait permis à Napoléon de conserver, ce n’eût pas été trop de deux millions annuels que le traité du 11 avril [1814] lui attribuait sur le Grand-Livre de France. Mais les Bourbons n’exécutèrent pas cette convention et Napoléon voyait venir le moment où il aurait dépensé sa fortune personnelle et n’aurait plus d’autres ressources que les revenus de son empire de 26 kms de long sur 10 de large. Cette perspective fut pour quelque chose dans son retour en France. Quand les éléments de son budget de 1815 lui furent présentés par M. Peyrusse, Napoléon lui dit : « Puisque la France refuse d’acquitter la somme stipulée par le Traité de Fontainebleau, j’ai arrêté que vous ne paieriez plus que la moitié des traitements fixes. Vous fournirez le surplus aux parties prenantes en bons sur le Trésor de France et à valoir ».C’était une façon d’intéresser ses grognards et son personnel à un retour à Paris. »

(« Vieux papiers financiers. Un trésorier de Napoléon. Extraits », in « Le Globe », 21 janvier 1904).

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( 20 septembre, 2014 )

Hanau: la charge de la cavalerie de la Garde.

Hanau

C’est le titre d’un beau diorama à découvrir sur cet excellent site:

http://empire-diorama-ard.over-blog.com/2014/09/hanau-la-charge-de-la-cavalerie-de-la-garde.html

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( 20 septembre, 2014 )

17 septembre 1813 et jours suivants…

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Extrait d’un passage des « Mémoires » de Guillaume Peyrusse,  payeur de l’Empereur.

17 septembre. Sa Majesté s’est arrêtée sur les hauteurs de Peterswalde. Depuis deux jours, on entend une canonnade presque continue ; on pousse l’ennemi jusqu’à Kulm.

18, 19 et 20 septembre.  Sa Majesté est restée autour de Pirna.

21 septembre. Sa Majesté est rentrée à Dresde. Dans la matinée, nous sommes partis pour Hartau. Le général Blücher s’avançait ; il avait déjà dépassé Bautzen, chassant devant lui les corps du maréchal duc de Tarente, des généraux Souham et Lauriston. La présence de Sa Majesté électrise les troupes ; elles reprennent l’offensive ; on va jusqu’à Bischofwerda.

22 et 23 septembre.  Séjour. Sa Majesté pousse des reconnaissances à la tête des troupes du général Gérard, pour s’assurer de la retraite des Prussiens.

24 septembre.  Rentrés à Dresde… « L’ennemi gagne du terrain : Napoléon fait de vains efforts ; il court vers chaque point menacé et se trouve aussitôt rappelé ailleurs par quelques nouveaux désastres. Partout où il se montre, l’ennemi recule devant lui, mais il avance avec succès dès qu’il tourne le dos. » (Mémorial de Ste-Hélène). [Passage cité par Peyrusse lui-même]

Du 25 septembre au 6 octobre. Séjour à Dresde. Les travaux autour de la ville sont poussés avec la plus grande vigueur. Un nouveau pont sera jeté sur l’Elbe. La même activité règne à Pirna. On convertit en citadelle l’hôpital des fous. Tous ces préparatifs annoncent l’intention qu’à Sa Majesté de garder sa position de Dresde. Cette inactivité de nos troupes étonne. Depuis plus de dix jours, elles n’ont pas cherché l’ennemi. Le service des officiers d’ordonnance est très actif, et il résulte des renseignements qu’ils apportent, que les Prussiens se portent en avant du prince  Bernadotte, qui est déjà à Dessau, au-devant du prince de La Moskowa, et que l’armée alliée est en mouvement pour nous resserrer. Des préparatifs au cabinet et dans les écuries, les ordres qui me sont donnés de tenir prêts les fourgons contenant le Trésor de réserve, annoncent que notre séjour à Dresde ne se prolongera pas davantage. Les instants heureux qu’on a passés dans cette capitale sont oubliés ; une inquiétude vague nous fait désirer d’en sortir ; il faut aller dans d’autres lieux chercher à ressaisir la fortune infidèle aux armes de Sa Majesté depuis bien du temps.

 

 

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( 19 septembre, 2014 )

La fin du chef d’escadron Alfred de Noailles…

Alfred de Noailles, chef d’escadron, aide-de-camp de Berthier, fut tué le 28 novembre à la bataille de la Bérézina. Fort dévot, très bon militaire, remplissant avec scrupule les devoirs de son métier, brave, ardent, prodigue de sa vie, un de ces hommes, comme dit Ségur, qu’on croit avoir assez récompensés en les employant : tel était Noailles. Il portait, lorsqu’il périt, une paire d’épaulettes de l’Empereur qui lui avait été donnée le 25, au bivouac de Borisov, par Angel, l’huissier du cabinet. Tout le monde, Castellane, Fézensac, Gourgaud, le regretta. Le maréchal Ney remarqua la douleur de Fézensac. Mais la guerre avait endurci le cœur du duc d’Elchingen et il trouvait tout simple qu’un militaire mourût sur le champ de bataille. « Eh! dit-il à Fézensac, c’était apparemment son tour, à Noailles, et il vaut mieux que nous le regrettions que s’il nous regrettait! » N’avait-il pas adressé à un blessé qui se plaignait cette sincère et rude parole : « Que veux-tu que j’y fasse! Tu es une victime de la guerre ! » Comment mourut Noailles ? Selon Gourgaud, il parlait avec Marbot, colonel du 23ème régiment de chasseurs, lorsqu’eut lieu une charge de la cavalerie russe. Le cheval de Noailles s’abattit; deux cosaques saisirent l’officier, le frappèrent, l’entraînèrent par le collet, et vainement les chasseurs essayèrent de le délivrer; on ne revit plus Noailles qui fut sans doute massacré par les cosaques. Mieux vaut croire Berthier. Suivant Berthier, Noailles reçut à la tète une balle qui le tua raide, tandis qu’il venait à l’avant-garde d’Oudinot reconnaître l’ennemi. Sa veuve et ses amis retrouvèrent ses traits dans l’album où Lejeune avait dessiné et réuni les portraits de ses camarades. Voici, au reste, quelques documents sur lui et sur sa mort :

1° Une lettre où Bacher, notre agent à Ratisbonne, le recommande à Berthier.

2° L’apostille de Berthier à la lettre de Bâcher; il attache Noailles à son état-major.

3° La proposition de Berthier qui fait donner à Noailles une sous-lieutenance.

4°La nomination de Noailles comme sous-lieutenant au 23ème régiment de chasseurs à cheval (le 19 juillet 1809, il était promu capitaine et, le 12 août 1812, un décret daté de Vitebsk le faisait chef d’escadron aide-de-camp).

5° Une lettre d’une tante de Noailles qui obtient pour lui un congé de quatre mois en avril 1810.

6° Trois certificats de la mort de Noailles.

7° L’acte de notoriété qui constate cette mort.

I. Ratisbonne, 23 vendémiaire an XIV. 

Bacher à Berthier.

Monseigneur, M. Alfred de Noailles, orphelin du ci-devant vicomte de Noailles, âgé de vingt ans et d’une taille de cinq pieds huit pouces, attaché à la légation de France près l’Electeur archichancelier, se propose de s’équiper à ses dépens pour obtenir la permission d’entrer au service comme simple soldat, dans le corps que Votre Excellence voudra bien lui désigner. Il se rend à cet effet au grand-quartier général pour y demander les ordres de Votre Excellence. Je la supplie de vouloir bien l’accueillir favorablement; il promet de se rendre digne du nom qu’il porte, en combattant sous les aigles impériales et en suivant l’exemple de feu son père qui est mort en servant sa patrie.

 II. Note de Berthier à la lettre de Bacher.

M. Alfred de Noailles, volontaire, portera un uniforme de chasseur à cheval tout vert; il sera attaché à mon état-major jusqu’à ce que le corps des volontaires soit formé.

III. Note de Berthier. Linz, 20 janvier 1806.

Proposer M. de Noailles, volontaire, qui a servi toute la campagne et qui s’est trouvé à la bataille d’Austerlitz, à une sous-lieutenance de troupes à cheval.

IV . Paris, 10 février 1806.

Le sieur [de] Noailles, volontaire à l’état-major de la Grande Armée, est nommé sous-lieutenant au 23ème régiment de chasseurs à cheval. 

V . Mme de Noailles à Berthier. Paris, 22 avril 1810.

Monseigneur et cher prince,

L’état de la santé de mon neveu Alfred est inquiétant; on lui a appliqué un large vésicatoire qui lui a peut-être sauvé une maladie. Le docteur Bourdois dit que votre aide-de-camp a besoin d’eaux sulfureuses. Comme je ne puis le décider à vous demander un congé, je crois de mon devoir de le solliciter moi-même et j’oserais vous supplier de lui ordonner d’en profiter. Depuis sa prison d’Espagne dont vos bontés et votre intérêt si suivi l’ont fait sortir, il n’a pas juste santé. Elle se détruirait tout à fait s’il ne faisait des remèdes. Veuillez agréer, Monseigneur, l’assurance de mon respectueux et bien sincère attachement.

NOAILLES-POIX.

J’espère que pendant votre séjour à Compiègne, vous aurez bien voulu vous occuper de faire jouir Alfred des grâces de Sa Majesté l’Empereur accordées depuis quinze mois sans effet quelconque.

Apostille de Berthier. Accorder un congé de quatre mois pour prendre les eaux (avec appointements.)

VI. Certificats de la mort d’Alfred de Noailles.

N°1.

Je soussigné, certifie que le 28 novembre 1812, ayant été envoyé par S. A. S. le prince de Neuchâtel à la recherche de M. Alfred de Noailles, l’un de ses aides-de-camp, qui n’avait pas reparu depuis le matin, je trouvai près de nos tirailleurs un bomme mort, ayant une très grande ressemblance avec M. de Noailles. Il avait été atteint d’un coup de feu à la tête; ce qui altérait assez ses traits pour que j’eusse besoin de quelques autres indices pour le reconnaître. Je les cherchai dans la marque d’une chemise et d’un gilet de coton fait au métier, seuls vêtements qui lui restaient. Mais, on les lui ôtant, je reconnus que cet homme mort avait un cautère au bras. Vivant habituellement depuis plusieurs mois avec M. de Noailles et ne lui connaissant pas cette incommodité, je présumai m’être trompé à la ressemblance et laissai là ce cadavre pour continuer mes recherches. Elles furent inutiles et je revins rendre compte au prince du mauvais succès de la mission dont il m’avait chargé. Je fis mention du corps que j’avais trouvé, ayant beaucoup de ressemblance avec M. de Noailles, mais ayant un cautère au bras. Cet indice qui m’avait empêché de croire que ce fût lui, fut pour ceux qui le connaissaient plus particulièrement et qui savaient qu’il avait en effet un cautère au bras, une preuve certaine que le corps que j’avais trouvé était réellement le sien. En foi de quoi, j’ai signé le présent pour servir et valoir ce que de raison.

A Dresde, le 29 juillet 1813.

H. de COURBON. Aide-de-camp de S. A. S. le prince de Neuchâtel.

N°2.

Nous soussignés, étant présents au quartier général de l’armée française en Russie à Zanivki, près la Bérézina, le 28 novembre 1812, d’après la connaissance que nous avons eue de la mission confiée le dit jour sur le champ de bataille à M. le chef d’escadron Alfred de Noailles, aide de camp du prince major général, et d’après ce que nous avons entendu rapporter à M. le chef d’escadron de Courbon qui fut chargé de parcourir le champ de bataille pour rechercher Alfred de Noailles dont l’absence inquiétait, certifions qu’il a passé parmi nous pour certain que cet officier avait été tué aux avant-postes en exécutant avec sa bravoure ordinaire les ordres qu’il avait reçus. Ce que nous avons appris depuis cette époque n’a fait que nous confirmer dans l’opinion de sa mort. En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison.

Au quartier-général impérial à Dresde, le 12 juillet 1813.

Anatole de MONTESQUIOU, chef d’escadron, aide de camp du prince.

L.-M. GUILLABERT, commissaire des guerres près le major général.

LEDUC, commissaire ordonnateur et secrétaire intime de S. A. S. le prince de NEUCHATEL.

François SUCHORZEWSKI, capitaine adjoint à l’état-major général.

SALAMON chef du bureau du mouvement des troupes.

LATRAN, adjoint aux commissaires des guerres, près S. A. S. le prince major général.

Y. COUTARD, aide-de-camp.

Le chevalier de MONDREVILLE, adjudant commandant.

L’adjudant commandant chevalier MICHAL.

LECHANTRE, adjoint aux commissaires des guerres, employé près du prince major général.

F. de RIANCEY, adjoint aux commissaires des guerres près le major général.

Le général de division, chef de l’état-major comte MONTHION.

Je certifie, de plus, que la mort de M. le baron Alfred de Noailles, chef d’escadron, aide-de-camp du prince de Neuchâtel, m’a été attestée par M. Hippolyte Dessalles, sous-lieutenant au 19ème régiment d’infanterie de ligne, membre de la Légion d’honneur, lequel commandait un parti de tirailleurs du 2ème corps (duc de Reggio) au moment où M. de Noailles apportait des ordres au maréchal duc de Reggio. M. Dessalles, qui avait fréquemment vu chez moi M. de Noailles, causa avec lui et l’engagea à ne pas rester sans motif sous le feu, en lui observant qu’il valait mieux chercher maréchal. Mais, au moment même, une balle frappa M. de Noailles à la tête. Les tirailleurs français, obligés de se retirer de la position, abandonnèrent M. de Noailles ; mais bientôt, occupant de nouveau les hauteurs, les tirailleurs retrouvèrent le corps de M. de Noailles, dépouillé et sans mouvement. Cette déclaration de M. Hippolyte Dessalles a été également faite au colonel Chataux, premier aide-de-camp du duc de Bellune.

 Dresde, le 12 juillet 1813.

L’inspecteur aux Revues, DENNIEE, employé près S. A. S. le prince major général.

N°3. Lettre en russe et traduction française de cette lettre.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse les renseignements qu’elle m’avait chargé de demander sur son aide-de-camp M. Alfred de Noailles. J’ai fait traduire cette lettre qui contient la déclaration suivante : « Le nom d’Alfred de Noailles ne s’est point trouvé sur la liste des prisonniers français en Russie. Ses effets et ses lettres ont, par contre, été trouvés près de la Bérézina et l’on en conclut qu’il est mort ou a été tué au passage de cette rivière. Cette déclaration ne laisse, je crois, aucun doute sur sa mort et Votre Altesse pourra mettre sa famille dans le cas d’arranger ses affaires en ayant la bonté de lui envoyer le certificat qui lui est si nécessaire.

Le général [de] FLAHAUT.

Neumark, 4 juillet 1813.

VII. Acte de notoriété.

Vu la déclaration ci-incluse n°1 signée de M. de Courbon; vu le certificat n° 2 signé de plusieurs officiers généraux et autres de l’état major; vu la déclaration n°3 écrite en russe, je soussigné, inspecteur aux revues, ayant été présent moi-même, le 28 novembre 1812, à Zanivki près la Bérézina et ayant la même conviction que les signataires du certificat n° 2, ai rédigé le présent acte de notoriété auquel seront annexées les trois pièces ci-dessus énoncées (n°1, 2, 3) pour constater la mort d’Alfred de Noailles, baron de l’Empire, chef d’escadron, aide-de-camp du prince de Neuchâtel, tué sur le champ de bataille le 28 novembre 1812 en Russie près dela Bérézina.

Dresde, 15 juillet 1813.

Baron DUFRESNE.

(Arthur Chuquet, « 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912,pp.370-377).

La fin du chef d’escadron Alfred de Noailles… dans FIGURES D'EMPIRE campagnerussie1

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( 19 septembre, 2014 )

Un site napoléonien incontournable…

SNI

C’est celui de la SOCIÉTÉ NAPOLÉONIENNE INTERNATIONALE:

http://www.napoleonicsociety.com/french/frameSetAccueil.htm

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( 19 septembre, 2014 )

Napoléon descendant du fameux Masque de fer ?

N13

Dans le « Mémorial de Sainte-Hélène » du comte Las Cases, on peut lire à la date du 12 juillet 1816 le fait suivant : « La conversation a conduit aujourd’hui à traiter le masque de fer. On a passé en revue ce qui a été dit par Voltaire, Dutens, etc., et ce que l’on trouve dans les Mémoires de Richelieu : ceux-ci le font, comme l’on sait, frère jumeau de Louis XIV et son aîné. Or, quelqu’un a ajouté que travaillant à des cartes généalogiques, on était venu lui démontrer que lui, Napoléon, était descendant linéal de ce masque de fer, et par conséquent descendant l’héritier légitime de Louis XIII et de Henri IV, de préférence à Louis XIV et à tout ce qui en était sorti. L’Empereur, de son côté, a dit en avoir en effet entendu quelque chose, et i la ajouté que la crédulité des hommes est telle, leur amour du merveilleux si fort, qu’il n’eût pas été difficile d’établir quelque chose de la sorte pour la multitude, et qu’on n’eût pas manqué de trouver certaines personnes dans le Sénat pour les sanctionner, et probablement, a-t-il observé, celles-là mêmes qui plus tard se sont empressées de la dégrader, sitôt qu’elles l’ont vu dans l’adversité. On est passé alors à  développer les bases et la marche d cette fable. Le gouverneur des îles Sainte-marguerite disait-on, auquel la garde du Masque de fer était alors confiée, se nommait M. de Bonpart, circonstance au fait déjà fort singulière. Celui-ci, assurait-on, ne demeura pas étranger aux destinées de son prisonnier. Il avait une fille ; les jeunes gens se virent ; ils s’aimèrent. Le gouverneur en donna connaissance à la cour ; on y décida qu’il n’y avait pas grand inconvénient à laisser cet infortuné chercher dans l’amour un adoucissement à ses malheurs; et M. de Bonpart les maria.

Celui qui parlait en ce moment disait que quand on lui raconta la chose, qui l’avait fort amusé, il lui était arrivé de dire qu’il la trouvait très ingénieuse ; sur quoi le narrateur s’était fâché tout rouge, prétendant que ce mariage pouvait se vérifier aisément sur les registres d’une des paroisses de Marseille qu’il cita, et qui ne attestait, disait-il toutes les traces. Il ajoutait que les enfants qui naquirent de ce mariage furent clandestinement, ou sans bruit, écoulés vers la Corse, où la différence de langage, le hasard ou l’intention avait transformé leur nom de Bonpart en Bonaparte, et Buonaparte; ce qui au fond présente le même sens. »

 

 

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( 17 septembre, 2014 )

Un méconnu de l’Épopée: l’adjudant-commandant Zenowicz.

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Georges Zenowicz voit le jour, probablement en 1775 dans une famille de la noblesse polonaise qui possède d’immenses propriétés dans le nord-est lithuanien. En 1797, il s’attire les foudres de la police du Tsar en conspirant contre la toute puissante Russie occupée à dépecer son pays. Pourchassé, il rejoint Dombrowski, un autre patriote polonais, en Italie. Après plusieurs péripéties, Zenowicz gagne l’état-major de l’armée d’Italie qui est alors commandée par un jeune général du nom de Bonaparte. Blessé une première fois lors du combat de La Trebbia, en juin 1799, il reçoit une nouvelle blessure à Novi, en août suivant. Promu chef d’escadron en 1800, il est confirmé dans son grade par une lettre de service datée du 5 décembre 1805. C’est à cette époque qu’il entame les démarches nécessaires afin d’être naturalisé français. 1805, Zenowicz combat en Autriche. Il est également présent en Prusse, en 1806 ainsi qu’en 1807, où il sert sous Oudinot. Il se distingue à Essling, en mai 1809; se fait remarquer à Wagram, le 6 juillet de la même année, en marchant à la tête de son bataillon, qui fait partie de la colonne d’attaque destinée à briser le centre ennemi. Au cours de cette action, il reçoit une contusion à la tête. Suite à cette action, un décret impérial, peut-être signé à Vitebsk, le nomme adjudant-commandant. Le 9 août 1812, sa probité étant mise en doute, une enquête administrative lui vaut d’être mis en disponibilité ce qui l’empêche de participer aux campagnes de 1812 et de 1813. Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe Juan. Zenowicz assaille littéralement les bureaux afin d’être réincorporé dans l’armée. Il finit par obtenir gain de cause. Il est affecté à l’état-major du 1er Corps de l’Armée du Nord placé sous les ordres du général Drouet d’Erlon. Le 15 juin 1815, l’armée française franchit la frontière au sud de Charleroi. Vers midi, les marins de la Garde enlèvent le pont qui enjambe la Sambre à Charleroi, ouvrant ainsi la ville aux troupes dirigées par l’Empereur en personne. Zenowicz, à la recherche de l’état-major du 1er Corps, passe par Charleroi où il rencontre Maret, duc de Bassano qui le charge de porter plusieurs dépêches à l’Empereur. C’est ainsi qu’on retrouve Zenowicz au Caillou le 17 juin au soir. Le 18 juin, bien que ne faisant pas partie de l’état-major général, c’est à lui que Napoléon confie le premier ordre destiné au maréchal de Grouchy. En effet, il est étonnant qu’un officier se trouvant par hasard au quartier-général, et n’ayant fait l’objet d’aucune autorisation de déplacement, soit choisi en lieu et place des aides-de-camp et autres officiers d’ordonnance attachés à la personne de l’Empereur. Le 19 juin, lors de la retraite de Grouchy, Zenowicz se trouve auprès du commandant du 3ème  Corps, le général Vandamme. Il a été quelquefois accusé de la transmission tardive des ordres de l’Empereur auprès du maréchal de Grouchy. De retour en France, il a recours aux chevaux de poste pour se rendre à Laon afin d’être, selon ses dires, le premier à apporter la nouvelle au quartier-général que le corps de Grouchy est sauvé. Par la suite il suivit l’armée de la Loire, où il était employé pour la communication avec les Alliés sur la ligne attribuée à l’armée selon le Traité de Paris. Sous la Restauration, Zenowicz sera impliqué dans l’impression d’écrits hostiles au gouvernement royal. Expulsé de France, il passe en Allemagne, puis en Espagne et en Angleterre, avant de s’installer à Bruxelles, où il s’éteint en 1853.

Zenowicz avait rédigé un ouvrage : « Waterloo. Déposition sur les quatre journées de la campagne de 1815 » (Paris, Ledoyen, Libraire, 1848, 71 pages).

Capitaine P. MATZYNSKI

 

 

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( 16 septembre, 2014 )

De BEAUMONT à PHILIPPEVILLE. NAPOLEON en JUIN 1815 (3ème partie et dernière).

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Ce fut dans une clairière du Bois de Bossu que l’Empereur mit pied à terre et qu’en ce lieu se joua une scène digne de Shakespeare ; elle a été racontée par le commandant de Brack dans les précieux « Carnets de la Sabretache ».  Napoléon ayant vu quelques restes d’escadrons conservant une attitude militaire, se dirigea vers eux. Ils étaient là et au premier rang, Colbert, Lallemand, Lefebvre-desnouettes, les plus fidèles. Sous les rayons de la lune, ils frémissaient de voir l’Empereur s’approcher d’eux. 

-Qui êtes-vous, demanda l’Empereur ? – Les lanciers de la Garde, répondit Colbert.-Ah oui, les lanciers de la Garde ! Et où est Piré ?- Sire, nous n’en savons rien.-Comment ? Et le 6ème de lanciers ?-Sire, nous l’ignorons, il n’était pas avec nous.-C’est juste…. Mais Piré ?- Nous l’ignorons complètement. –Mais qui êtes-vous, vous ?-Sire, je suis Colbert et voici les lanciers de votre Garde. -Ah oui… Et le 6ème de lanciers ?… Et Piré ?…Piré ? 

Si Piré avait été là, peut-être aurait-on arrêté la panique, l’affreuse déroute ; cette dernière illusion est perdue, comme celle, de l’après-midi, de voir arriver un autre général de cavalerie, le marquis de Grouchy. Ainsi le sort aura voulu que le même jour, deux représentants de l’ancienne noblesse ralliée à l’Empire, manquent le rendez-vous suprême ! La cavalerie de Röder qui poursuivait, venait d’atteindre Frasnes lorsque Gneisenau jugeant la victoire décisive et certaine la mit hors combat de l’armée française, ordonna de s’arrêter. On était arrivé devant une auberge portant l’enseigne ironique de « A l’Empereur ». La boucherie se terminait. Mais la déroute, elle, continuait et détruisait successivement toutes velléités de résistance. A Charleroi Napoléon assista à des scènes de pillages, chacun remplissant ses poches ; enfilant au bout de sa baïonnette un pain, une saucisse ; enfonçant les tonneaux de vin.  Le trésor de l’Empereur n’échappa pas davantage à ces vols que l’approche de l’armée ennemie paraissait  justifier sous prétexte de ne rien laisser au vainqueur.

Un officier hollandais prisonnier, profita de l’occasion pour s’emparer de documents provenant du Portefeuille de Napoléon, il les publia par la suite. 

L’Empereur continua sa retraite vers Marchiennes et atteignit Philippeville vers dix heures du matin. Les portes de la ville étaient fermées et Napoléon eut difficile à se les faire ouvrir, tant son équipage était modeste et l’épouvante de la garnison à son comble. C’est là qu’il retrouva d’autres rescapés de la déroute : Maret, Reille, Fleury de Chaboulon. C’est de là qu’il expédia les dépêches  urgentes visant à armer la France devant l’invasion qui venait. Ce sont les rappels des chefs des corps d’observations du Rhin, de l’Ouest et du Jura, qui, avec leurs  troupes viendront sous Paris. Ce sont aussi des instructions aux gouverneurs des places fortes pour se préparer à recevoir l’ennemi. Parmi eux, il y a le gouverneur de Beaumont, la petite ville que l‘on avait quittée plein d’espoirs quelques jours plus tôt. Il y a également les lettres pour Paris où va se jouer le grand drame après la tragédie de Waterloo. Malgré son épuisement physique, déjà il veut redresser les énergies et il s’écrie en s’adressant à Joseph, le frère qui le représente dans la capitale : « Tout n’est pas perdu, je suppose qu’il me restera en réunissant mes forces 150.000 hommes… » et il continue, dressant un plan, poursuivant de nouvelles chimères.

Mais il n’importe  plus de plaider, la cause est entendue et le jugement est tombé comme un couperet dans la plaine brabançonne de Waterloo. A Paris, peut-être quelques bonnes paroles galvaniseraient encore le moral français, mais dans la capitale française les avocats attendent « le tyran » et sont bien décidés à s’en débarrasser. Napoléon remonte en calèche et prend la route de Paris, mais comme il craint les Prussiens, il part par le chemin de Marienbourg. Au soleil couchant, il s’arrête en vue de Rocroi.

On était le 19 juin au soir et Napoléon allait voir pour la dernière fois des Belges. « Les habitants ne savaient rien de la grande défaite, rapporte Henry Houssaye ; il se portèrent en foule sur les remparts avec l’espérance d’apercevoir l’Empereur. Leurs acclamations le réveillèrent au fond de sa calèche. Il put avoir un moment l’illusion tant les événements avaient été rapides qu’il sortait d’un mauvais rêve. » C’était fini, la dernière apparition de Napoléon en Belgique se terminait par cette vision de la petite calèche fuyant vers Rocroi, emportant un gros homme épuisé et ruiné. Où était la vision du « Corse aux cheveux plats » ? Celle du Consul au profil de médaille ? Celle de l’Empereur heureux des années 1810-1811 ? La Belgique comme une tunique de Nessus a tout consumé.  Pourtant, tant, mieux qu’au sir de Pavie, il peut murmurer, le gros homme écroulé dans sa calèche. « -Tout est perdu sauf l’honneur », car celui-là je l’abandonne aux poètes, aux artistes !  

Dans leurs mains il est devenu la plus belle légende dorée du XIXème siècle. 

Robert MERGET. 

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( 15 septembre, 2014 )

Quelques mots d’André Pons de l’Hérault…

Pons

Rappelons que cet intéressant personnage, plutôt républicain, à l’origine, dirigeait les mines de l’île d’Elbe depuis 1809. Après l’arrivée de l’Empereur dans l’île d’Elbe, il deviendra progressivement un de ses partisans les plus dévoués et le suivra lors de son retour en France, en 1815. Il a donc eu tout le loisir d’observer l’Empereur dans son royaume elbois. 

C.B.

« Aux jours de sa toute-puissance, alors qu’il était le Roi des rois, nul n’était assez haut placé pour pouvoir regarder l’empereur Napoléon en face ; il échappait à toutes les observations. Les louanges avaient cessé d’avoir un caractère de vérité. Il n’en était pas ainsi à l’île d’Elbe. Le prince qui était venu régner sur ce rocher ne portait point l’auréole d’invulnérabilité qui naguère couronnait l’empereur des Français… Cependant Napoléon n’était pas moins grand à Porto-Ferrajo qu’à Paris. Mais le prestige avait cessé : on doutait de l’immensité de son génie, ou du moins on faisait semblant d’en douter. Ce doute flattait les nains de droit divin qui, dans les illusions de leur orgueil, s’imaginaient pouvoir ainsi se rapprocher du géant populaire, à la taille duquel ils n’avaient jamais eu jusqu’alors la pensée de mesurer leur taille. …Il n’y a donc rien d’extraordinaire dans la croyance que l’empereur Napoléon n’a jamais été plus complètement et plus parfaitement examiné qu’à l’île d’Elbe. Ce n’est qu’à l’île d’Elbe en effet que l’on a pu étudier et connaître Napoléon. Soldat, il devait prendre et il prenait toutes les formes que son ambition lui imposait; empereur, il était placé si haut qu’on ne pouvait pas le voir ; à Sainte-Hélène, il posait pour la postérité. Mais à l’île d’Elbe il n’en était pas de même : ce n’était plus Napoléon l’invincible, Napoléon le Roi des rois, Napoléon inabordable;c’était Napoléon vaincu, Napoléon dépossédé, Napoléon populaire. Ce n’était pas Napoléon prisonnier et torturé comme il fut ensuite à Sainte-Hélène. Il n’avait pas cessé de régner. « 

Nous n’avons jamais vu un portrait de Napoléon parfaitement ressemblant. Eh bien, on n’avait pas été mieux inspiré dans la peinture de son caractère moral que dans celle de ses traits physiques. « 

(André PONS de l’HERAULT, « Souvenirs Anecdotes ». Présenté et annoté par Christophe Bourachot », Les Editeurs Libres, 2005.) 

Pons-Les editeurs Libres 2005

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( 14 septembre, 2014 )

Le général Jean-Baptiste-Juvénal Corbineau…

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« Monsieur le général Corbineau, je ne veux pas m’éloigner de vous sans vous témoigner la satisfaction que j’ai toujours eu de vos bons services. Vous soutiendrez la bonne opinion que j’ai conçue de vous, en servant le nouveau souverain de la France avec la même fidélité et le même dévouement que vous m’avez montrés ».

(NAPOLÉON, Fontainebleau, 13 avril 1814).

( 13 septembre, 2014 )

Demi-soldes sous surveillance…

Demi-Solde

Extrait du bulletin du comte Beugnot en date du 14 septembre 1814.

8 septembre 1814. Le sous-préfet de Schlestadt avait appelé l’attention sur plusieurs militaires renvoyés avec demi-solde, qui passaient en Allemagne ; je l’avais chargé de prendre des informations précises à cet égard. Il résulte de ses recherches que les officiers français dont il s’agit, peu contents de leur sort et désirant l’améliorer, paraissent hésiter sur le parti qu’ils ont à prendre. Quatre d’entre eux, sortant du 10ème régiment d’infanterie légère, avaient passé sur la rive droite du Rhin : ils se sont arrêtés pendant quelques jours à Fribourg et sont rentrés, le 3 de ce mois, par le Vieux-Brisach. Cinq autres ont pris des passeports pour Munich et se sont dirigés sur Bade et Carlsruhe où ils paraissent s’être rendus pour des motifs de santé. Il y a, du moins, rien qui fasse présumer le contraire.

 (« Napoléon et la police sous la Première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert», R. Roger et F. Chernoviz, s.d., p.196).

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