( 7 février, 2016 )

Keith Rocco: du grand ART !

Mameluck

Sur le lien ci-contre vous trouverez quelques informations sur la grande série d’ouvrages à paraître et illustrée par Keith ROCCO.

Quel réalisme !

C’est ici: http://napoleonslastarmy.com/

Infant.
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( 6 février, 2016 )

Le suicide de Berthier (1ère partie).

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Ce texte, dû à Arthur Chuquet, a été publié dans la troisième série de ses « Etudes d’Histoire » (Paris, Fontemoing  Editeur, sans date, [1910]).

Berthier, prince de Wagram, s’était en 1814 rallié sincèrement et sans réserve aux Bourbons, et les Bourbons le récompensèrent. Louis XVIII le fit commandeur de l’ordre de Saint-Louis, pair de France et capitaine d’une compagnie des gardes du corps, la « Compagnie Wagram », comme l’appelaient les royalistes, la « Compagnie de Saint-Pierre »,  comme l’appela le peuple qui nommait « Compagnie de Judas » la compagnie commandée par Mont. Aussi, lorsque Napoléon quitta l’île d’Elbe et marcha sur Paris, Berthier n’abandonna pas les Bourbons. De même que Macdonald et Mortier, il accompagna Louis XVIII fugitif jusqu’à la frontière. Mais, disait Jaucourt, les maréchaux fidèles et dévoués avaient ainsi fiat tout ce qu’ils feraient ; le roi était hors de leur responsabilité ; ils allaient se mettre à l’abri, allaient sauver leur tête et leur fortune, Macdonald et Mortier demandèrent à Louis XVIII la permission de rester sur le territoire français en assurant qu’ils lui seraient là plus utiles qu’ailleurs. Berthier, il est vrai, n’osa solliciter la même faveur. Il était alors de service, comme capitaine des gardes, et, selon son habitude, il se rongeait nerveusement les ongles, pendant que les deux maréchaux prenaient congé de Louis XVIII. Toutefois au sortir de l’audience royale, il confia à Macdonald qu’une fois en Belgique, il enverrait sa démission, qu’il irait chercher à Bamberg la princesse sa femme et ses enfants, puisqu’il rentrerait en France, parce qu’il craignait d’être  considéré comme émigré, et il pria Macdonald d’annoncer cette résolution à sa famille et à ses amis, fût-ce par la voie des journaux. Il voulait donc faire ce que firent Macdonald, Oudinot, Moncey, Castellane,demeurer en France, sans avoir la moindre part aux événements. Moncey demandait à l’Empereur l’autorisation de se retirer dans ses propriétés de Franche-Comté et, le 23 mars, Napoléon approuvait son projet. Oudinot déclarait qu’il se confinait désormais dans sa retraite. Macdonald regagnait Paris et y restait, tourmenté par la goutte, sans voir personne. Le colonel  [de] Castellane refusait de joindre son régiment et passait les Cent-Jours à la campagne. Berthier aurait volontiers suivi cet exemple, et dans une lettre que Savary a vue et qu’il adressait à un général, peut-être à son frère César, il disait qu’il était Français avant tout, qu’il ne voulait pas émigrer et qu’il se recommandait à la générosité  de l’Empereur. A-t-il écrit à Napoléon, comme le rapporte Savary, et Napoléon lui aurait-il répondu ? Nous ne le croyons pas. Quoiqu’il en soit, son devoir rempli en vers le Roi, Berthier comptait revenir en France et vivre tranquillement sur ses biens.

Dès qu’il fut à Ostende et son service de capitaine des gardes terminé, il quitta Louis XVIII. Le 29 mars, il est à Bamberg auprès de sa femme, chez son beau-père, le duc Guillaume de Bavière-Birkenfeld, et le 2 avril il demande au ministre comte de Montgelas un passeport pour rentrer en France, sur ses domaine, soit à Grosbois, soit à Chambord. Le 5 avril, il réitère sa requête à Montgelas : »La fortune de ma famille exige que nous nous retirions de suite dans nos terres où je veux vivre. » Le 10 avril, il écrit au Roi Max-Joseph de Bavière que l’honneur guide toujours sa conduite, qu’il désire revenir en France et y demeurer dans la retraite, uniquement occupé de sa femme et de ses enfants, fidèle à ses serments en faisant des vœux pour son pays. Le 11 avril, son premier aide de camp, le colonel baron Pernet, revenant de Vienne, passe la journée avec lui au château de Bamberg, et Berthier montre avec douleur à Pernet les journaux de Paris : ils prétendent que le maréchal Berthier est arrivé à Vienne le 5 avril, et le prince de Wagram prie Pernet qui se rend à Paris, de démentir la nouvelle. Le 20 avril, dès son arrivée, Pernet envoie aux journaux une lettre qu’ils reproduisent le lendemain : le maréchal prince Berthier, dit Pernet, a rejoint à Bamberg sa femme et ses enfants, il y attend les passeports bavarois pour rentrer en rance avec sa famille, et d’ailleurs « il est trop bon Français, trop connu par son attachement à la patrie pour laisser croire qu’il ait jamais songé à la quitter. »

Le 23 avril, le « Journal de l’Empire », publie une lettre particulière de Gand, datée du 17 ; elle confirme le dire de Pernet : « On annonce tous les jours l’arrivée prochaine du maréchal Berthier, mais des personnes bien informées assurent qu’il ne viendra point et qu’il veut rentrer en France. »

A suivre…

 

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( 3 février, 2016 )

NAPOLEON les 6 et 7 SEPTEMBRE 1812…

Pasquier prétend que Napoléon n’aurait pas examiné le terrain sur lequel se livra la bataille de La Moskowa. Il a tort. Lejeune nous raconte que le 6 septembre 1812, avec Berthier, Eugène et trois officier-dont Lejeune- Napoléon a parcouru le front de l’armée russe et reconnu la position d’autant plus en détail et de plus près qu’une trêve semblait exister entre les deux partis. Les vedettes, quoique à portée de pistolet, ne tiraient pas. Lejeune craignit même que l’Empereur ne fût brusquement enlevé par les cosaques cachés au détour d’un ravin et, un instant, Napoléon qui marchait le premier poursuivit ; mais, grâce à la vitesse de leurs chevaux, Napoléon et ses compagnons échappèrent aux cavaliers cosaques. Faut-il ajouter qu’après cette reconnaissance, Lejeune parcourut de nouveau la ligne et rapporta des croquis du terrain que l’Empereur accueillit avec satisfaction ?

Faut-il ajouter que Bacler d’Albe, le chef des ingénieurs-géographes, fit exécuter le même travail et faire avant le soir un levé à vue des positions russes ? Napoléon a donc rempli, à la veille de la bataille, ses devoirs de général d’armée.Mais Lejeune assure qu’il n’a pas, le 7 septembre 1812, déployé la même activité qui « forçait le succès ». L’Empereur est resté sur son terre, suivant les mouvements et donnant des ordres sans bouger de place au lieu d’aller, comme autrefois, électriser son monde par sa présence. A vrai dire, il était souffrant et dans un « état de malaise ».

Mais, conclut Lejeune, on n’était pas satisfait et on portait sur lui un jugement sévère. 

Arthur CHUQUET 

 

 

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( 2 février, 2016 )

Réflexions sur la mort de Napoléon…

Réflexions sur la mort de Napoléon... dans TEMOIGNAGES napoleon-le-grand

« On croyait généralement que Napoléon avait été empoisonné par le gouverneur de Sainte-Hélène, par ce sir Hudson Lowe qui commandait à Caprée [Capri], lorsque je m’emparai de cette île [en 1808]. Mais aujourd’hui il paraît certain que l’Empereur a succombé sous l’influence d’un climat malsain, sous le poids des chagrins, des dégoûts, des vexations sans nombre et des privations de tout genre qu’on lui a fait supporter […] La politique anglaise est plus odieuse et plus criminelle que celle des anciens dominateurs du monde !

Hudson Lowe est un geôlier et un bourreau en uniforme brodé. »

Général LAMARQUE (« Mémoires et souvenirs. Publiés par sa famille », tome I, 1835).

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( 1 février, 2016 )

La campagne de France (période:février 1814) racontée par Guillaume Peyrusse.

Guillaume Peyrusse

Cet intéressant personnage était alors Payeur de l’Empereur. Voici une chronologie succincte de ses fonctions en 1813-1815:

En 1813 : Participe à la campagne de Saxe au titre de Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur.

29 juillet 1813 : Peyrusse est désigné comme Payeur de l’Empereur.

24 février 1814 : Nommé sous-inspecteur aux revues de la Garde. Il semblerait qu’il poursuive ses fonctions de Payeur de l’Empereur.

23 mars 1814 : Nommé au grade de chevalier de la Légion d’honneur (reçoit son brevet de nomination le 4 avril 1814).

Suit Napoléon à l’île d’Elbe, en tant que Trésorier personnel de l’Empereur.

 11 mai 1814 : Nommé « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ».

 23 mars 1815 : Nommé Trésorier Général de la Couronne.

 27 mars 1815 : Nommé Baron de l’Empire

 3 avril 1815 : Nommé officier de la Légion d’honneur.

                                                                          C.B.

———————

1er février La matinée fut calme. Vers deux heures, des officiers d’ordonnance viennent annoncer que l’ennemi a attaqué. Sa Majesté sort du château ; je la vis ordonner elle-même au tambour du poste du château de battre la générale, et se porter au galop vers le point où le feu était le plus vif. On se battit toute la soirée avec opiniâtreté, mais sans succès marqué de part ni d’autres. A la nuit, les feux avaient cessé. A dix heures, je me promenais sur la terrasse du château ; les feux des bivouacs des deux lignes se dessinaient dans la plaine ; Sa Majesté venait de rentrer. A onze heures,  par une nuit obscure, des corps nombreux traversent Brienne, se dirigeant vers Troyes[; la retraite est ordonnée, nous quittons le château pour nous diriger vers l’Aube que nous passons à Lesmont. Notre marche est silencieuse. Après avoir traversé le pont, le service a campé sur la route.

2 février. Sa Majesté a quitté Brienne à quatre heures du matin. L’armée a continué sa retraite. Deux cents grenadiers de la Garde ont eu ordre d’attendre le passage du dernier peloton et de brûler le pont. Nous sommes arrivés au village de Piney.

3 février. On est en marche vers Troyes. Le duc de Trévise est venu au-devant de nous avec la Vieille Garde. Rangée en bataille sur la route, elle est destinée à fermer la marche de l’armée et à retenir l’ennemi qui nous suit. On arrive à Troyes. Depuis l’ouverture de la campagne, aucun succès n’avait couronné nos armes, nos bataillons étaient d’une faiblesse numérique extrême. L’ennemi était partout ; il nous entourait de toutes parts. On séjourna.

4 février.  La nouvelle qu’un congrès allait se réunir à Châtillon fut accueillie avec la plus vive joie.

5 février. Malgré les négociations, quelques engagements partiels avaient lieu, soit au pont de Cléry en avant de Troyes, soit aux ponts de la Barse. Les ordres pour une attaque générale avaient été donnés. La Garde Impériale était sortie de la ville pour se porter en arrière et prendre position à La Chapelle St-Luc. J’avais eu ordre de suivre son mouvement ; le soir, nous avons tous eu ordre de rentrer en ville.

6 février. L’armée quitte Troyes et prend la route de Paris. Le hameau de Grès reçoit le quartier-général.

7 février. On arrive à Nogent ; on mine le pont ; on se prépare à disputer à l’ennemi le passage de la Seine.

8 février. Séjour. Les nouvelles reçues du Nord paraissent fâcheuses. L’ennemi occupe Châlons. Un courrier du duc de Vicence est arrivé ; l’horizon paraît se rembrunir. Le soir, la Garde a ordre de passer la Seine. Je marche avec elle ; nous arrivons à Villenauxe.

9 février. Sa Majesté a traversé notre ligne ; nous sommes arrivés après elle à Sézanne.

10 février. Au point du jour, l’Empereur se porte aux avant-postes du duc de Raguse ; un vif engagement signale sa présence ; ce maréchal s’empare de Champaubert, se met à cheval sur la grande route de Châlons, taille en pièces le corps du général Alsufieff [Olsufiev] et lui fait trois mille prisonniers. On établit le quartier de l’Empereur dans la dernière maison du village donnant sur la grande route. Les trophées et les prisonniers de Champaubert sont dirigés sur Paris. Sa Majesté veut rassurer la capitale. Nous sommes arrivés à Provins.

11 février Le service y a séjourné. Sa Majesté s’est portée sur Montmirail ; un combat sanglant a eu lieu à la ferme des Grenaux. Sa Majesté coucha sur le champ de bataille.

12 février. J’arrivai à Nangis. L’ennemi ayant passé la Seine à Bray, la position de Nangis n’était plus tenable, et nous l’avons quitté dès le premier coup de canon. Après la belle affaire d’hier, Sa Majesté a fait poursuivre les vaincus ; on les a sabrés jusque dans Château-Thierry. Sa Majesté a couché au village de Nesle.

13 février. Notre service s’est porté sur Guignes. Sa Majesté est arrivée à Château-Thierry. Des travaux défensifs sont ordonnés autour de la ville. On complète l’armement des gardes nationales. Nous nous trouvons à Guignes avec le corps du duc de Tarente.

14 février. Nous arrivons à Brie-Comte-Robert. Ce jour, l’Empereur a battu les Prussiens dans la plaine de Vauchamps. Les charges de notre cavalerie ont culbuté tous leurs carrés. Sa Majesté est rentrée à Montmirail.

15 février. Le quartier de l’Empereur a passé la nuit à Meaux. Notre service suit le grand parc, qui est refoulé jusqu’à Charenton. Beaucoup de curieux entourent nos voitures ; inquiet de me voir poussé jusqu’à cette position, et prévoyant l’issue malheureuse de la campagne, je me rendis auprès de M. le Trésorier général pour lui annoncer l’arrivée du Trésor sous les murs de Paris. Les bulletins de la semaine étaient parvenus la veille ; ils avaient été suivis par une forte colonne de prisonniers Russes et Prussiens que tout Paris avait vu défiler sur les boulevards. Je trouvai le Trésorier dans une sécurité parfaite. L’ennemi était aux portes de Paris, et, sur la foi des bulletins, la capitale s’était endormie.

16 février. De très bonne heure, notre service quitta Charenton. Je le joignis à Ouzouer. Sa Majesté a quitté Meaux se dirigeant sur Guignes. A midi, le canon retentit ; les ducs de Bellune et de Reggio font tête à l’ennemi ; l’Empereur s’arrête à Guignes.

17 février.  Notre service traverse la forêt d’Armainvilliers et s’arrête à Ouzouer-le-Vougis. Dès le matin, le canon s’est fait entendre. Les Russes ont été vivement attaqués ; leurs colonnes sont culbutées, couvrant les chemins de morts et de débris. On a fait trois mille cinq cents prisonniers. L’Empereur couche à Nangis.

18 février. On marche vers Montereau. Les Wurtembergeois occupent la ville, le pont et le château de Surville, placé sur un plateau très élevé. Les batteries qui sont placées sur toutes les rampes foudroient nos colonnes. A la vue de l’Empereur, nos troupes escaladent les hauteurs de Surville et s’en emparent ; l’ennemi en est précipité ; notre artillerie l’écrase dans Montereau et le 10ème hussards en fait un horrible carnage. On ramasse dix-huit cent prisonniers et beaucoup de fusils. Nous montons au château, où nous trouvons deux mille cinq cents prisonniers Bavarois ou Wurtembergeois, fort désappointés et fort étonnés de la vue de notre armée. Sa Majesté est venue s’y établir et y a passé la nuit.

19 février. Séjour. Les maires des communes voisines, divers fonctionnaires accourent à Surville ; ils donnent à Sa Majesté des renseignements sur la marche de l’ennemi. Nous pensons que l’on va dans la journée balayer Sens et tout le côté de Fontainebleau. Sa Majesté paraît fort contente ; les soldats chantent, et ils estiment, comme nous tous, que les manœuvres et l’activité ardente de Sa Majesté ont déjoué tous les plans de l’ennemi, et que tout danger a cessé pour la capitale.

2 février. On déjeune à Bray, dans la maison que l’empereur de Russie avait quittée la veille, et le soir en occupe Nogent. Cette ville avait horriblement souffert. Les Autrichiens avaient été arrêtés trois jours devant cette place que le général Bourmont n’avait cédée qu’à la dernière extrémité. L’ennemi ne trouve que des morts, des blessés et des ruines.

21 février. Sa Majesté s’arrête à Nogent pour voir défiler devant elle les divers corps qui se portent sur Troyes.

22 février. Départ. On se dirigeait sur Méry. L’ordre avait été donné d’y établir le quartier-général, mais l’ennemi occupait la ville. Une division de la Garde s’y était portée et avait trouvé une résistance à laquelle on ne s’était pas attendu. Pour arrêter notre marche, l’ennemi mit le feu à la ville; on se fusilla de part et d’autre toute la nuit. Les fourriers du palais revinrent à Châtres. Sa Majesté passa la nuit dans la chaumière d’un charron.

23 février. On était encore à Châtres. A onze heures du matin, le prince Lichtenstein, aide-de-camp du prince Schwartzenberg, arrive en parlementaire auprès de Sa Majesté. On parle de suspension d’armes, de cessation d’hostilités. L’Empereur l’a vu, l’a laissé en conférence avec le major général et il est parti pour marcher sur Troyes. Les portes en sont fermées. Le combat s’engage ; mais, à la nuit, un parlementaire vient demander douze heures pour évacuer la ville, menaçant de l’incendier si Sa Majesté refuse. Le salut de cette ville décide Sa Majesté à retirer dans une maison du faubourg, et la retraite de l’ennemi a lieu à la lueur de quelques incendies dans le faubourg et dans les maisons de la route.

 24 février. Au point du jour, les portes de Troyes s’ouvrent devant Sa Majesté, qui apprend bientôt que deux anciens émigrés, MM. de Gouaut et de Vidranges se sont montrés dans les rues de Troyes avec la cocarde blanche et la croix de Saint-Louis, et qu’au nom des principaux royalistes de Troyes ils sont allés présenter à l’Empereur Alexandre une adresse dans laquelle ils sollicitaient le rétablissement des Bourbons sur le trône de France. L’Empereur ordonne l’arrestation de ces deux individus et la formation d’un conseil de guerre devant lequel ils seront traduits. Le Conseil de guerre condamne à mort M. de Gouaut. La sentence reçut son exécution. D’après l’ordre de Sa Majesté, un officier d’ordonnance était accouru pour la faire suspendre, mais il fut trop tard.

M. de Vidranges ne put être pris.

Aujourd’hui, sur la demande de M. de La Bouillerie, le rapport du major-général de la Garde, les conclusions de M. le comte Daru et la présentation de M. le duc de Bassano, Sa Majesté m’a nommé sous-inspecteur aux revues de sa Garde, avec un traitement de 21,000 Fr.

 M. le duc de Bassano, qui a voulu être le premier à m’annoncer cette faveur de Sa Majesté, m’a assuré que si je désirais terminer la campagne comme payeur, Sa Majesté ne le trouverait pas mauvais. C’est aussi mon projet ; n’ayant pas la croix, que jamais Sa Majesté n’a voulu me donner, parce qu’elle ne voyait en moi qu’un employé civil, je serai peut-être assez heureux pour la gagner cette campagne.

Sa Majesté a créé elle-même dans sa Garde le corps des inspecteurs. Il n’y a qu’un seul inspecteur ; tout le reste est sous-inspecteur. Nous avons rang de colonel. Ce corps est très considéré ; les membres qui le composent ont tous été commissaires des guerres de première classe. Je succède à un sous-inspecteur qui a demandé à passer dans la ligne en qualité d’inspecteur. C’est un droit qu’on a dans la Garde ; on gagne toujours un grade quand on en sort bien. L’avantage de faire partie de la maison militaire de Sa Majesté, l’agréable de la résidence, la certitude d’une retraite honorable, la connaissance que j’ai de la partie, et mes relations avec les individus de la Garde avec lesquels je serai en rapport, tous ces avantages réunis ont fixé mon choix, et j’ai obtenu de Sa Majesté cette faveur insigne. Je n’espérais obtenir que le poste d’adjoint, et cela aurait été fort beau pour un début. Je dois beaucoup à M. de La Bouillerie, mais je ne me dissimule pas combien je dois à M. le comte Daru, auquel Sa Majesté a renvoyé la demande, non comme devant s’immiscer dans les affaires de la Garde, mais comme au grand patriarche de l’administration, devant connaître tous les individus de la maison et de l’armée. Son rapport a été beaucoup plus avantageux que je ne le mérite. Son Excellence a dit, entre autres choses :

« M. Peyrusse, à la retraite de Moscou, a sacrifié tout ce qui lui appartenait pour sauver le Trésor, les papiers et les bijoux de Votre Majesté, ainsi que toute sa comptabilité ; il a mis dans la reddition de ses comptes une probité qui a été jusqu’au scrupule. »

Le prince de Lichtenstein est revenu pendant la nuit. Par une suite de cette mission, le village de Lusigny, situé à deux lieues de Troyes, a été neutralisé, et des conférences sont établies entre les généraux Flahaut, pour la France, Duca, pour l’Autriche, Schouwaloff [Schouvalov], pour la Russie, et Rauch, pour la Prusse.

25-26 février. Séjour. Le besoin de repos fait vivement désirer que les conférences de Lusigny aient une issue favorable. A notre approche, les paysans ont repris les armes et ils nous ont amené hier un millier de prisonniers. Lorsque nous sommes arrivés à Troyes, l’ennemi avait commencé sa retraite. En arrivant ici, ses officiers ne voulaient pas se pourvoir de soieries dont ils sont fort amateurs, espérant les avoir à meilleur marché à Paris ; en battant en retraite, ils ont jugé convenable de faire leurs emplettes à Troyes. Ils se retirent, disent-ils, pour nous attirer. Notre armée est animée d’un bon esprit, et Sa Majesté déroute les ennemis par ses manœuvres. Ils ont eu la faiblesse de croire que nous n’avions personne ; aussi ils ont disséminé leurs corps de Soissons jusqu’à Sens ; Sa Majesté a profité de cette faute et les a successivement battus . Aussi on soupçonne que le besoin de se réorganiser a été pour beaucoup dans la proposition de l’armistice faite par le prince de Schwartzenberg. Des bruits sinistres circulent. La France est envahie de toutes parts. Les princes de la famille de Bourbon ont paru sur le territoire de l’Empire. Le mouvement qui a éclaté à Troyes n’est que le prélude d’une conspiration plus vaste qui s’organise contre Sa Majesté. Ce concours de circonstances a dû rendre l’Empereur sévère envers M. de Gouaut.

Une certaine merveilleuse, Mme B…, avait reçu l’empereur Alexandre et avait donné une soirée ; enfin, après avoir reçu un cadeau de Sa Majesté, elle avait été conduite en pompe à Châtillon. Le pauvre mari a comparu devant Napoléon qui, en plein salon de service, a tourné en ridicule la conduite de sa femme, et lui a dit : « Que votre femme vous fasse c… [cocu] avec un de mes officiers d’ordonnance, à la bonne heure ; mais que ces messieurs, non contents de tout le mal qu’ils font à la France, viennent encore f…[outre] les femmes, c’est un peu fort !… Que votre femme rentre, et que ce qu’elle a reçu soit versé à la commission des hospices, ou je vous envoie tous les deux à la Salpêtrière. »

- Oui, Sire, a répondu le mari…

Il vient d’arriver une colonne de deux mille cinq cents prisonniers faits par notre cavalerie légère sur la route de Bar-sur-Aube. Le général de Wrède a failli être pris.  Je ne regretterais pas de le voir pendre, cet homme qui était comblé des bienfaits de Sa Majesté et qui maintenant porte les armes contre elle.

27 février Sa Majesté quitte Troyes de très bonne heure. On arrive à Arcis-sur-Aube. Les troupes défilent et passent l’Aube en se dirigeant vers Sézanne. L’Empereur s’arrête au petit village d’Herbisse. Les ducs de Rovigo et de Tarente sont restés à Troyes.

28 février. La diane a été battue de très bonne heures dans le camp de la Garde ; on part, je marche avec le bataillon de service, se dirigeant vers Sézanne. Sa Majesté s’est portée vers la Fère-Champenoise. On dépasse Sézanne ; le quartier impérial passe la nuit au Chêne-d’Esternay. Le soir, des nouvelles venues de Troyes annoncent que toutes les troupes laissées devant nous pour cacher notre mouvement, ont été énergiquement attaquées et ramenées vers Troyes.

A suivre…

(Guillaume Peyrusse : « En suivant Napoléon. Mémoires, 1809-1815. Edition présentée et complétée par Christophe Bourachot », Dijon, Éditions Cléa, 2009).

1814

 

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