( 13 août, 2020 )

Le maréchal Davout après Waterloo…

Davout.

« Lorsque l’armée fut dispersée-on peut dire éparpillée-en cantonnement souvent minuscules, au sud de la Loire, Louis XVIII, poussé par Talleyrand, pressé par les Alliés, décida sa « réorganisation », c’est-à-dire, d’abord son licenciement… Ce fut l’ordonnance du 16 juillet 1815. La veille avait disparu la crainte qu’inspirait encore la « Grande Ombre » de l’Homme au petit chapeau : Napoléon était monté le 15 juillet à bord du « Bellérophon » en rade de l’île d’Aix… On n’osa pourtant la publier que trois semaines après, lorsque la dislocation était déjà en cours. Mais, dès le 24 juillet, paraissait la fameuse ordonnance de proscription. Le maréchal Davout, indigné, comprit que l’on s’était servi de son patriotisme et de son autorité pour amener l’Armée à sa fin. Il écrivit au Roi une lettre où il revendiquait noblement pour lui seul, comme Ministre de la Guerre, la responsabilité de tous les actes commis par les proscrits qui avaient été sous ses ordres. Il ne reçut pas de réponse, mais une décision le destituant, et le remplaçant par le maréchal Macdonald. Le vainqueur d’Auerstaedt recevait l’ordre de se retirer à Savigny-sur-Orge, d’où il fut peu après envoyé, en surveillance,  à Louviers… Il faut reconnaître que Macdonald avisa discrètement les proscrits de se mettre à temps en sûreté s’ils le pouvaient. »

(Marcel DOHER, « Proscrits et exilés après Waterloo. Préface du général Laffargue », J. Peyronnet, 1965, pp.45-46).

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( 11 août, 2020 )

« L’esprit humain ne se permet pas de faire de la destruction d’une ville comme Paris un objet de calcul spéculatif… »

« Samedi, 15 juillet 1815.

Depuis ma dernière lettre les Parisiens commencent à s’apercevoir que leur Roi ne règne qu’aux Tuileries, et qu’ils ne sont pas même entièrement sous ses ordres, car les Prussiens bivouaquent toujours sur la place du Carrousel et ont rendu les avenues de ce côté impraticables. L’intérieur de l’arc de triomphe leur sert de tuerie ; il n’y pas jusqu’aux misérables journalistes royalistes qui ne se plaignent déjà des canons; chargés, des mèches allumées et faisceaux d’armes établis devant la demeure de leur Roi et sur les ponts de la capitale ; ils disent même que la conduite des Prussiens est telle que les amis de la bonne cause en gémissent. Le maréchal Blücher permet à ses subordonnés toutes sortes de vengeances et de pillage, qu’il paraît incliné à diriger contre la ville collectivement et contre les individus en particulier. Le pont d’Iéna a été miné par son ordre, et on l’aurait fait sauter, malgré les remontrances du Roi, si le duc de Wellington n’y eût fait placer une sentinelle, qui avait ordre de quitter son poste au moment ou l’on aurait mis le feu à la mèche, et qui sauva ce monument en déclarant qu’il ne pouvait quitter son poste que lorsqu’il serait relevé par son caporal. La Malmaison a été à moitié saccagée par dépit; et non seulement la maison, mais les personnes attachées à Napoléon ont été marquées du sceau de la réprobation. Le général Thielman ayant pris son logement chez madame la maréchale Ney, s’empara de ses voitures, de ses chevaux, et enleva même jusqu’aux harnais qui se trouvaient dans les écuries. Dimanche passé ou a menacé l’adjoint du 10ème  arrondissement de l’envoyer dans une forteresse, s’il ne fournissait pas y dans un temps donné, dix mille paires de souliers. Ce fonctionnaire se rend chez le préfet Bondy, qui lui dit qu’il lui a été demandé aussi une contribution de dix millions, et le conduit chez Talleyrand. Ce ministre leur conseille de s’évader ou de temporiser jusqu’à l’arrivée du roi de Prusse, et qu’alors il fera quelques remontrances en leur faveur. Le général prussien déclara qu’il ferait piller le faubourg Saint-Germain, dans trois jours, si l’on ne satisfaisait pas à sa demande; et lorsqu’on lui dit que le duc de Wellington n’avait pas fait de réquisition, il répliqua : « Qu’il fasse ce qu’il voudra, je ne m’en mêle pas ». Il rit de la nomination du général Maison au gouvernement de Paris, et dit que le général Muffling aurait soin que les Français n’empiétassent pas sur son autorité. Je sais que lord Wellington est indigné de ces excès; mais il dit naturellement qu’il ne peut pas les empêcher, à moins que de retirer son armée pour combattre celle du maréchal prussien. Ce qui paraît extraordinaire, c’est que les troupes prussiennes sont dans un état complet d’insubordination, et que même elles ne parlent pas plus du Roi que de la cause pour laquelle elles se battent. Vous pouvez juger facilement que c’est pour se venger des Français. Ils oublient, comme tous nos déclamateurs en Angleterre et en Allemagne, que les Prussiens ont été les premiers agresseurs. L’invasion du duc de Brunswick, la coalition de Pilnitz, sont effacées des pages de l’histoire contemporaine ; on parle de venger les malheurs de l’Allemagne, comme si les Français n’avaient pas été les premiers attaqués. Les Prussiens voulaient faire une entrée solennelle de leur armée dans Paris, ce que le général anglais avait refusé pour la sienne ; mais lorsque le général Blücher lui en parla, il ne put que répondre qu’il n’avait qu’à suivre son inclination. En conséquence, cinquante mille Prussiens-entrèrent par les boulevards et par les ponts le 7 juillet 1815  au matin, le lendemain de la capitulation ; plusieurs bataillons traversèrent les rues seulement pour grossir le cortège, car ils sortirent de la, ville l’instant d’après. La partie des troupes anglaises qui devait être logée dans la ville entra sans bruit à 6 heures du matin. On espérait d’abord que les soldats ne seraient pas logés chez le bourgeois; mais cet espoir fut bientôt déçu, et le désir actuel des habitants est d’avoir des Anglais logés chez eux à l’exclusion des autres. La conduite de nos soldats leur a valu cette préférence : il est impossible que des conquérants inspirent  moins de regrets. Il n’en est pas ainsi de nos alliés; partout où ils ont paru, ils ont apporté la terreur, et laissé le dégoût pour la cause du monarque qu’ils ont protégé. Plusieurs parties du pays qu’ils ont occupé ou traversé ont perdu leur attachement aux Bourbons, dont le retour a été accompagné de désolations et de rapines. Un royaliste de ma connaissance, l’ennemi le plus acharné de Napoléon, me disait l’autre jour que les Français n’avaient plus d’autre ressource que les vêpres siciliennes. On dit que l’armée de la Vendée s’est offerte de se réunir à celle de la Loire, pour empêcher le démembrement de la France; ce que l’on croit probable. Que cela soit vrai ou non, ce bruit suffit pour montrer l’indignation du peuple, qui se dirigera très-probablement et très malheureusement contre la personne et la famille du monarque restaure, parce que la cause des Bourbons est trop liée à la conduite des alliés. Un seul effort pourrait tout changer, mais il ne faut pas l’attendre d’un sexagénaire que les maladies privent de l’activité nécessaire. Si, lorsqu’il vit que les étrangers étaient déterminés à ne pas faire droit à son intercession, il eût quitté Paris et se fût rendu à l’armée de la Loire; ou s’il eût arboré l’étendard tricolore, et fait un appel à la garde nationale et à toutes les troupes de son royaume, pour se lever et prendre une attitude qui le mît dans le cas de traiter de la paix à des conditions honorables pour la France et pour son roi: alors il se serait identifié avec ses sujets, comme ils l’ont identifié avec leurs ennemis; on aurait même oublié et pardonné sa coupable victoire, dans cette première lutte heureuse ou non, pour l’indépendance de sa nation et de sa couronne. L’influence morale de  Paris aurait fait regarder, à la vérité ? Son dessein comme une mesure extrême ; mais la ruine de la capitale aurait pu être le salut de la patrie, qui doit gémir aujourd’hui sur les sacrifices faits pour conserver le membre le plus corrompu et le plus malsain de tout le corps politique. On doit être indigné de voir les habitants de cette capitale trembler à la menace de la chute d’une colonne, lorsqu’ils devraient pleurer leur liberté perdue, et prier plutôt pour la destruction de cet ornement, dont l’enlèvement porterait toute leur sollicitude aux seuls objets dignes de leurs soins, et leur ferait, dans une autre occasion , diriger tous leurs efforts vers la défense de leur indépendance intérieure et extérieure, ces vrais moments du bonheur national et de la gloire, qui, ne résidant point dans le marbre ni dans le bronze, me sont circonscrits par aucune enceinte, et ne sont fixés nulle part, de sorte qu’ils ne peuvent être renversés par la chute d’une ville ni par le sac d’une province. L’esprit humain ne se permet pas de faire de la destruction d’une ville comme Paris un objet de calcul spéculatif, de crainte qu’on ne regrette de n’avoir pas essayé la dernière alternative qui restait pour sauver la patrie; mais soit qu’une résistance sous les murs de la capitale ait réussi ou non, le désespoir ou la victoire, la chute ou le salut de la ville, aurait laissé la France même moins à la merci de ses conquérants et de son roi qu’elle ne l’est dans ce moment d’incertitude : je vous dirai ici que, malgré toutes les imputations de faussetés et de trahison dirigées contre le duc d’Otrante et contre le Gouvernement exécutif, au sujet de la capitulation , cette mesure ne vient pas du duc, mais de l’armée. Un conseil de guerre, composé de cinquante officiers-généraux, fut convoqué : quarante-huit furent d’avis qu’une résistance de plus de quinze jours était impraticable, et que les troupes ne pouvaient garantir pour plus longtemps la sûreté de la capitale. Le prince d’Eckmülh fit part au Gouvernement de cette décision, et il voulut lui donner tant de poids, qu’il répéta sa lettre le lendemain, et l’envoya encore aux Tuileries contresignée par vingt-deux officiers- généraux. Le prince ne s’inquiéta point de l’armée et de la populace  il savait que là moitié seulement de la garde nationale consentirait à faire le service dans la ligne. Or, avec une armée de 73,000 hommes, quelque bien équipée qu’elle fût, il n’aurait pas été excusable de hasarder une bataille contre au moins 160,000 ennemis dont le nombre augmentait tous les jours, sans compter 40,000  hommes commandés par le prince de Wrède, qui devaient arriver sous peu de temps. Les alliés brûlaient d’en venir aux mains; et dans un moment de colère, le colonel anglais Stavelez, envoyé en parlementaire, ayant été blessé grièvement , le duc de Wellington menaça de faire donner l’assaut. Si la masse des citoyens eût pris les armes, il n’est pas bien sûr que leur attitude imposante n’ait porté les alliés et leurs ministres à réfléchir avant d’ordonner le bombardement de soixante mille maisons, pour terminer une querelle qui était déjà décidée, et seulement pour plaire aux représentants légitimes des Louis-le- Gros et des Philippe-le-Bel. L’armée fut sauvée pour l’état, c’est-à-dire pour la patrie, et un autre homme aurait cru qu’il valait la peine de conserver intacte, autant qu’il aurait été en son pouvoir, une telle garantie de la dignité de son peuple et de sa couronne. L’armée n’a pas été la dernière à se montrer disposée à faire cause commune avec la famille rentrée. Dès le 10, trois généraux vinrent de la part du général en chef, et offrirent de prendre à l’instant la cocarde blanche, ne demandant pour cela qu’une amnistie générale, que 70,000 repentants armés pouvaient raisonnablement espérer d’obtenir, quelque noir qu’ait été leur crime. Mais on refusa, et ilen est résulté la soumission des troupes à discrétion; ce que, non Louis, mais ses courtisans ont pu compter pour un triomphe, mais ce qui, à d’autres yeux, ajoute aux causes d’un mécontentement futur, le désir d’effacer ce signe d’une servitude passée.  »

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’Empereur Napoléon. Lettres écrites de Paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.461-468)

 

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( 10 août, 2020 )

La bataille de Bautzen vue par Guillaume Peyrusse…

Guillaume PeyrusseLe passage qui suit est extrait de l’excellent témoignage du trésorier Guillaume Peyrusse, dont j’ai réalisé une édition annotée. Ce livre est paru récemment aux Editions AKFG.

« 20 mai. Tout le quartier-général est sur pied de très bonne heure. Les officiers d’état-major se succèdent. Les corps des ducs de Reggio, de Tarente, de Raguse et du général Bertrand font leurs dispositions pour passer la Spree. Une canonnade effroyable retentit autour de Bautzen. Les Russes et les Prussiens se battent avec acharnement ; ils occupent toutes les sommités des montagnes et sillonnent la plaine de leur artillerie. Dans les bouquets de bois qui environnent Bautzen, brillent les éclairs de la fusillade. L’ennemi, après la résistance la plus opiniâtre, est forcé de céder. Pendant toute la bataille, la maison est restée dans une auberge qui se trouve sur la route, au centre d’un très grand mouvement. Les avenues de Bautzen étaient jonchées de cadavres ; nous y sommes arrivés à neuf heures du soir. Vers les onze heures, placé sur un point très élevé à l’entrée de la ville, j’observai les feux de nos bivouacs ; ils figuraient autour de la ville un cercle lumineux. Sur les hauteurs de droite et bien avant dans la plaine, on apercevait les feux de l’ennemi. Le calme de cette nuit contrastait avec le bruit effroyable de toute la journée. 

21 mai.  J’avais couché dans mon fourgon ; aussi je fus sur pied de très bonne heure. A la pointe du jour, je vis Sa Majesté sortir de son quartier. La bataille recommence à cinq heures ; à la vivacité des feux, tout annonce qu’elle sera vive. Toute la Garde Impériale est mise en mouvement. Le feu éclate partout ; la fusillade et les bruits de l’artillerie retentissent sur toute la ligne. Le combat est sanglant ; l’ennemi résiste avec opiniâtreté. Les cent bouches à feu dela Garde vomissent la mort; nous triomphons de tous les obstacles. 

Le Maréchal Ney, qui,depuis Dresde, manœuvrait sur notre extrême gauche, entre en ligne. C’est un canon qu’on entend dans le lointain. L’ennemi s’ébranle et précipite sa retraite vers Wurschen. On le suit ; mais Sa Majesté s’arrête dans une auberge qui se trouve en arrière du village. La joie brille sur tous les visages. 

La bataille de Bautzen est décisive. Je m’établis dans mon fourgon derrière le bataillon de service. L’armée avait fait des pertes cruelles.

La nuit couvre ce vaste champ de carnage et de gloire.  

22 mai. Sa Majesté, voulant reconnaître le dévouement que l’armée vient de lui témoigner dans ces deux journées, a fait mettre à l’ordre de l’armée le décret suivant : «Un monument sera élevé sur le Mont-Cenis ; à l’endroit le plus élevé et le plus apparent, on lira :L’Empereur Napoléon, du champ de bataille de Wurschen, a ordonné l’érection de ce monument comme témoignage de sa reconnaissance envers ses peuples de France et d’Italie.Ce monument transmettra d’âge en âge le souvenir de cette grande époque, où, en trois mois, un million deux cent mille hommes ont couru aux armes pour assurer l’intégrité du territoire de l’Empire Français. » Dans la matinée, on s’occupe du soin des blessés ; plus de vingt mille sont étendus dans la plaine. Tous les services des ambulances sont en mouvement. Les malheureux Saxons réunissent tous leurs efforts et tous les moyens de transport possibles pour le soulagement des blessés. Mais tous les villages sont anéantis et les habitants dispersés. Les moyens manquent sur tous les points, mais l’humanité y supplée. Les convois de blessés sont dirigés sur Dresde. Dès la pointe du jour, nos troupes ont été lancées à la poursuite de l’ennemi, qu’on trouve établi partout où il peut nous disputer le terrain avec quelque avantage. Sa Majesté est à l’avant-garde. On se canonne d’une manière effroyable. Les lanciers rouges de la Garde, les cuirassiers de Latour-Maubourg sont aux prises avec l’ennemi ; l’impétuosité et la valeur française triomphent de tous les soldats, et le village de Reichenbach est enlevé. Dans cette journée, comme dans toutes les autres, placés avec toute la maison de l’Empereur non loin du champ de bataille, j’en attendais l’issue dans une alternative de crainte et d’espérance ; cet état d’immobilité était fatigant. Nous suivons le mouvement de Sa Majesté ; nous traversons Reichenbach ; sur les rampes qui mènent à ce village, et dans le village, l’image de la destruction, du pillage et du carnage est empreinte partout…  

Guillaume PEYRUSSE  »

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 9 août, 2020 )

Le Quartier impérial au soir d’une bataille…

Le Quartier impérial au soir d’une bataille… dans HORS-SERIE napoleon

Voyons l’installation et l’existence du quartier impérial au soir d’une bataille. Le soleil va bientôt se coucher sur Bautzen lorsque la Jeune Garde atteint la ferme-auberge de Klein-Purschwitz. Les souverains alliés, qui s’y sont tenus pendant la bataille, viennent d’en repartir l’oreille basse… Il n’en reste guère que les murs en face desquels l’Empereur fait dresser sa tente et celles du Quartier impériale, au milieu d’un grand carré long formé par le Vieille Garde à pied. Les musiques jouent, une fois de plus, « La victoire est à nous… ». Pendant qu’aux feux de bivouac les grognards transforment en galettes la farine abandonnée par les russes et que, sur la route de Breslau, les escadrons de Latour-Maubourg poursuivent l’arrière-garde alliée de Miloradovitch, qui fait tout pour les retarder.

Il est maintenant près de neuf heures du soir. Après avoir parcouru une partie du champ de bataille, l’Empereur gagne son quartier-général. Comme toujours, lorsque l’on bivouaque, ce sont cinq grandes tentes de toile à rayures verticales bleues er blanches, bordée d’une frange de laine rouge. L’une, où logent  et mangent les grands officiers : le grand maréchal du Palais Duroc, le grand écuyer Caulaincourt, le général Guyot chargé des escortes, les maréchaux de  passage-actuellement le seul Soult, qui est là sans commandement pour le moment. Une autre tente sert aux officiers de grades inférieurs ; ceux d’entre eux qui n’ont pu y trouver place demeurent autour de l’énorme feu  qui brûle, chaque soir, partout où stationne l’Empereur. La troisième est celle de Berthier, qui y loge et y travaille avec l’état-major général, dont il est le chef. Celle-ci doit être dressée à moins de cent cinquante toises de celle de l’Empereur.

M.D.

Le cabinet topographique.

Les deux dernières tentes, jumelées, sont celles de Napoléon. De chaque côté de la porte, deux chasseurs à pied de la Vieille Garde , en tenue de parade, lui présentent les armes. Il entre. La première est son cabinet de travail. Au centre, sur une grande table, est déployée, déjà orientée, la carte de la Saxe par Pétri. Il s’en est servi en 1806 et l’apprécie beaucoup ; c’est le même exemplaire qu’il avait à Iéna… Plus de vingt chandelles sont allumées autour de cette carte, sur laquelle le colonel Bacler d’Albe, chef du Bureau Topographique, a posé un compas et piqué de nombreuses épingles à têtes multicolores, représentant les emplacements de nos troupes et ceux des corps ennemis d’après les dernières nouvelles parvenues. Aux angles, des tables plus petites avec des tabourets. Celles du premier secrétaire, le baron Fain, et de ses deux adjoints : comme du secrétaire-interprète Lelorgne d’Ideville ; celle id premier officier d’ordonnance, le chef d’escadron Gourgaud. Celui-ci, polytechnicien et artilleur, a la charge des dépêches et de certaines missions importantes, notamment dans le domaine de l’artillerie. Tous ces hommes, debout à l’entrée de l’Empereur, constituent en quelque sorte son Cabinet de guerre : ils reçoivent leur travail directement de lui et dépendent de lui seul. Tous lui demeureront fidèles après la catastrophe finale, comme ils resteront attachés à sa mémoire. Car, en dehors de la fascination du génie, ils auront aimé l’homme, dont ils disent à ceux qu’une manifestation de colère (toujours toute extérieure) aura terrifiés : « Croyez-moi. Il n’est pas méchant. ».

Maintenant, allant et venant dans la pièce, le chapeau sur la tête, il dicte, très vite, pour son Frère et très cher Beau-Père d’Autriche… « La providence m’a accordé la victoire… » Puis, sur un coin de table, il griffonne lui-même à Marie-Louise quelques mots où il avoue : « Je suis un peu fatigué, j’ai été mouillé deux ou trois fois dans la journée… » Comme toujours, son écriture est aussi illisible, son orthographe effroyable.

La chambre de Napoléon.

Il va maintenant se coucher. Il entre dans la seconde tente qui est sa chambre. Elle a , en plus, de la toile extérieure, une toile intérieure. L’intervalle entre les deux était « une espèce de corridor de service et de magasin où l’on serrait, pendant le jour, les porte-manteaux et les matelas ». La nuit, y couchent l’officier d’ordonnance de service ainsi que les deux domestiques les plus proches de sa personne : le valet de chambre Constant et le mameluck Roustam. La chambre, su sol couvert de tapis, est coupée en deux par un rideau blanc masquant le célèbre lit de campagne. Ce petit lit de fer à fond sanglé, est entouré de rideaux de soie verte. Le tapis de pied de la calèche sert de descente de lit. Le nécessaire de voyage et un fauteuil pliant complètement l’ameublement que les valets de pied ont installé en moins d’une demi-heure, avec une incroyable dextérité. Contant et Roustam s’empressent, ramassent le petit chapeau, le Grand Cordon qu’il a jetés dans un coin, lui retirent ses bottes et le déshabillent. Bientôt l’Empereur dort profondément… Il n’est guère plus de neuf heures.

Généralement en campagne, ayant dîné très sobrement avant six heures, il est couché dès huit ou neuf heures dans ce lit pliant, transporté dans un étui de cuir, à dos de mulet, qui le suit partout. Mais il se lève toujours vers onze heures, minuit au plus tard, car c’est le moment où arrivent les rapports  des corps d’armée. Il travaille alors deux ou trois heures, souvent même davantage, étudiant les renseignements et compte-rendus, y répondant par des ordres basés sur la carte que Bacler d’Albe vient de mettre à jour avec ses épingles de couleur. Ensuite il prend quelque repos ou tout au moins demeure seul, livré à ses calculs, méditant. S’il dort à ce moment-là, de même que pendant son premier sommeil après le dîner, et que surviennent des événements importants, l’aide-de-camp de service (ou Berthier ou Caulaincourt dans les cas exceptionnels) le réveillent. Il est arrivé ainsi qu’on le réveillât jusqu‘ à dix fois dans la même nuit ; et on le trouvait toujours rendormi parce qu’il n’avait pas encore eu son « compte de sommeil ».

Des nuits hachées.

A la guerre, on le réveillait pour  tout. Le prince de Neuchâtel (Berthier), qui recevait les rapports et connaissait ses intentions, ne le ménageait pas. Il dictait ses ordres au Major-Général ou à un secrétaire, et Berthier les transmettait. Quelquefois, il écrivait aussi lui-même aux commandants de corps d’armée, afin de fixer davantage leur attention, s’il s’agissait de choses importantes : ce qui n’empêchait pas la partie officielle de passer par l’État-major général.  Lorsque la besogne était surabondante-et cela arrivait souvent- après le premier sommeil du soir, il restait au travail jusqu’à  l’aube. Roustam lui apportait alors du café. Pendant des heures, il ne cessait de dicter et de parler aux officiers de liaison que l’on introduisait. Il allait et venait dans le Cabinet très éclairé, en robe de chambre de piqué blanc, les bras croisées derrière le dos, la tête enveloppée d’un madras noué sur le front, puisant de temps en temps, dans une des tabatières placées sur un coin de table une prise de tabac dont à la vérité les trois quarts se répandaient à terre. Le tabac était pour lui plutôt une manie, une sorte de distraction qu’un besoin réel. «Ses tabatières, dit le Préfet du Palais Bausset, étaient forts simples, ovales, en écailles noire, doublées d’or, toutes parfaitement semblables, et ne diffèrent entre elles que par les belles médailles antiques et en argent qui étaient encastrée sur le couvercle. »

Écoutait-il un rapport ? Il s’arrêtait par moment pour fixer dans les yeux celui qui parlait, comme s’il eût voulu pénétrer jusqu’au fond de ses pensées. Le lieutenant de lanciers Grabowski, arrivant de nuit d’une mission lointaine auprès du corps polonais de Poniatowski, est introduit aussitôt dans la chambre même de l’Empereur que l’on a réveillé. Il raconter la scène. « L’Empereur m’écoutait et paraissait content ; il se promenait dans sa chambre les bras croisées derrière le dos… me laissait parler ; quelquefois il me fixait de son regard pénétrant mais bienveillant… Il avait une habitude assez désagréable pour ceux qui parlaient : quand il écoutait un rapport ou un récit il disait bien haut, de temps, « Hein ! » Il arrivait à l’interlocuteur de penser que l’Empereur n’avait pas compris ; mais s’il recommençait, l’Empereur, l’interrompait avec impatience en disant : « Ah ! Je comprends bien… Continuez ! » Il était avare de compliments ; lorsqu’il avait dit « c’est bien » ou « je suis content de vous », c’était beaucoup » ?

Déconcertant et imprévisible.

Parlait-il ? Non seulement il était bref, rapide, mais il tronquait certains mots qui devenaient peu intelligibles, surtout pour un auditeur inaccoutumé. Quant aux noms propres, il les estropiait littéralement, au point que parfois on devinait seulement les noms de lieux d’après les circonstances et les régions dont il était question ! Ainsi, dans sa bouche, Zeitz devenait Seiss, Hochkirch était Ogirch. De même qu’en Russie il transformait inévitablement Kalouga en Caligula. Si l’on y ajoute l’accent, les u parfois changées en ou (il disait Peyrousse pour Peyrusse) ; l’expression par moment insoutenable du regard qui s’intensifiait alors du bleu foncé au noir ; l’impression toujours profonde qui saisissait chacun en présence de tant de génie allié à tant de puissance, on conçoit qu’il fût, par instant difficile à comprendre et à suivre, sauf par ses habitués…

Ce qui rendait souvent très dure la tâche de ceux-ci, c’était surtout que son activité était inconciliable avec tout horaire régulier pour le travail. L’arrivée des estafettes, la succession des événements, les possibilités sans cesse changeantes, étaient les seuls guides de la besogne et de la vie, aussi bien au Cabinet qu’au Quartier-Impérial. Et ceci, vrai pour le travail, l’était tout autant pour les stationnements, les départs, les déplacements. « Tout ce qui se faisait au quartier-général se faisait à l’improviste » nous dit le major saxon Odeleben, qui en a vécu l’existence en 1813 ? « Cependant chacun devait être sur-le-champ prêt à remplir sa tâche. Des moments de repos inattendus, des départs inopinés, les changements des heures fixées, et souvent aussi celui des itinéraires et des séjours se succédaient continuellement. Même si on avait quelques indices, tout le monde se cassait la tête pour deviner ce qui arriverait. Celui qui se serait adressé à un autre pour obtenir quelques éclaircissements n’en aurait titré, pour toute réponse qu’un haussement d’épaules, suivi tout simplement d’un « je ne sais pas »… Très souvent la marche étant retardée de quelques heures, et même d’une demi-journée. Puis, ajoute Odeleben, au dernier  mot que Napoléon dictait dans son Cabinet se rattachait l’ordre tout sec : « La voiture !… A cheval !… » Alors tous ceux qui devaient le suivre se mettaient en mouvement comme s’ils eussent été frappés d’une décharge électrique ! Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on apprenait le chemin qu’on devait suivre… »)

Chemin qui mena pourtant la Grande Armée à planter ses Aigles à travers l’Europe entière, à vienne, Berlin, Madrid et Moscou…                                         

Marcel DOHER

(Article paru dans la revue du Souvenir Napoléonien en 1974).

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( 7 août, 2020 )

Une lettre de Foureau de Beauregard, médecin particulier de l’Empereur à l’île d’Elbe.

Drapeau ile d'ElbeElle est adressée à un de ses amis, M. Lanlaud, juge de paix à Loudun.

Porto-Ferrajo [Portoferraio] , 5 juillet 1814.

Le traité du 11 avril [celui de Fontainebleau], outre qu’il conserve le titre d’empereur à Sa Majesté, celui de prince et de princesses aux personnes de sa famille, autorise à suivre Sa Majesté dans l’île d’Elbe les Français auxquels ce voyage conviendra, et nous conserve tous nos droits civils et politiques, comme citoyens français, à la charge pour nous de rentrer en France dans le délai de trois ans, à moins que, sur notre demande, le gouvernement français ne nous accorde la permission de prolonger notre séjour dans cette île. C’est sur la foi de ce traité que j’ai suivi Sa Majesté. Pour rien au monde, je n’aurais voulu renoncer au titre de Français. Je me suis réjoui de ce qu’un traité solennel, garanti par les quatre grandes  puissances alliées, m’ait permis de répondre à la confiance flatteuse dont l’Empereur m’a honoré à Fontainebleau, en me choisissant pour son premier médecin, et qu’il me continue ici, où je reçois chaque jour des preuves de sa bonté.

Je n’ai donc rien à désirer ici, si ce n’est la continuation de la tranquillité dont je jouis et que l’Empereur répand sur tout ce qui l’environne. Ceux qui s’acharnent à dénigrer un prince d’un si beau caractère, sont bien coupables. Il eût été bien plus noble, de leur part, de garder le silence. Ils ont une assez ample matière de louanges dans les vertus du nouveau souverain de la France.

Les gazettes ne se bornent pas à déchirer un grand homme qui a couvert la France de gloire et de monuments. Elles nous envient jusqu’à la satisfaction de savoir nos familles tranquilles sur notre compte. Tantôt elles parlent d’un tremblement de terre, tantôt d’une maladie pestilentielle qui, selon elles, détruit la population. Tout cela est d’une insigne fausseté. Jamais cette île n’a ressenti de secousses de tremblement de terre, et jamais il n’y a eu moins de maladies dans l’hôpital qui est à la fois celui de la garnison et celui  des bourgeois de toute l’île. Cet hôpital est sous mon inspection.

Ainsi, il est bon que tu saches que nous nous portons parfaitement et que l’Empereur surtout ne s’est jamais aussi bien porté. Tu sais que sa Majesté avait un teint basané en France. Eh bien, à présent, il a un teint riche de fraîcheur et de santé.

L’Empereur fait partout bénir son gouvernement. Il embellit la ville, il remplace des escaliers par des rues praticables aux voitures, fait exécuter  partout au dehors des routes dont l’ile manquait, entièrement, car tous les transports s’y faisaient à dos d’ânes et de petits chevaux. Dès ce moment, on peut se promener en calèche. A notre arrivée, il fallait faire le sacrifice de sa vie ou du moins de quelques membres quand nous montions à cheval pour suivre Sa Majesté dans ses courses.

A la vérité, nous manquons de presque tous les agréments que la société offre à Paris où les femmes sont si aimables ; mais avec le temps, les Italiennes nous dédommageront en partie.

(Arthur CHUQUET, « L’année 1814…», Fontemoing et Cie, 1914, pp.432-434).

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( 5 août, 2020 )

Les effectifs de Napoléon à son départ pour l’île d’Elbe…

Les effectifs de Napoléon à son départ pour l'île d'Elbe... dans HORS-SERIE etendard-chevau-legers-polonais

« Les Alliés avaient d’abord fixé à 400 le nombre de soldats que Napoléon était autorisé à emmener à l’île d’Elbe. Dans la journée du 6 avril [1814], ils lui accordèrent un bataillon d’infanterie de 610 hommes, une compagnie d’artillerie de 120 hommes et 120 chevau-légers polonais, officiers non comptés. Le général Friant, colonel-général des grenadiers à pied, assisté des généraux Petit et Pelet, de la Garde, fut chargé par l’Empereur de l’organisation immédiate de ces divers détachements. Il y procéda aussitôt sans désemparer, Cambronne, souffrant d’une blessure grave, reçue à Craonne, eut le commandement des troupes. Le bataillon d’infanterie eut à sa tête le colonel Malet du 1er voltigeurs ; son adjudant-major fut le lieutenant-colonel Laborde du 2ème régiment de chasseurs à pied. Les six compagnies, formées de volontaires, furent recrutées [pour] moitié dans les grenadiers, [pour] moitié dans les chasseurs de la Vieille Garde. Mais dans la formation nouvelle, les uns et les autres ne furent plus dénommés que « grenadiers ». On s’était arrêté un moment à l’idée de former ce bataillon de 3 compagnies de chasseurs. Elle fut abandonnée. On ne retint pas davantage la formation de la compagnie d’artillerie que l’on remplaça sous le nom de Compagnie des marins. Enfin, l’escadron des chevau-légers ne réunit pas tout-à-fait 90 sabres. Dès sa constitution, cet escadron prit le nom d’Escadron Napoléon…Cette troupe d’élite ainsi formée, prit le nom de Bataillon de l’île d’Elbe.  Le 7 avril [1814], l’Empereur la passa en revue, dans la cour du palais de Fontainebleau, ainsi que tout le reste de la Garde… Dans la soirée du 6 avril [1814], l’Empereur avait reçu les officiers de la Garde qui allaient l’accompagner à l’île d’Elbe et s’était longuement entretenu avec chacun d’eux ». »

(Capitaine Jean Lasserre « Le Bataillon de l’île d’Elbe », in Bulletin de la Société Belge d’Études Napoléoniennes, 1994, n°22, p.9). 

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( 3 août, 2020 )

Retour sur l’incendie de Moscou…

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Aucun renseignement n’a pu être trouvé sur le signataire de cette lettre, un dénommé Coudère. Elle est extraite du livre intitulé « Lettres interceptées par les russes pendant la campagne de 1812 » et qui fut publié en 1913. 

Moscou, le 27 septembre 1812. 

Ma chère et tendre amie, c’est avec une joie sans égale que je viens de recevoir ta lettre du 12 juin. Donc que je te marque le temps qui s’était passé depuis le commencement de notre campagne, donc je te marque que nous irons à Moscou pour le 15 septembre, je te dirai que nous y sommes entrés le 14 au soir, qui a été notre étonnement c’est à voir que le feu qui a pris dans plusieurs maisons mis par les Russes. Je suis allé voir cette belle ville le même soir, mais quand j’ai vu que le feu prenait de toutes parts, je me suis retiré au camp. Je puis t’assurer que Moscou est en partie incendiée ; c’est une cruauté de voir une si belle ville comme est. Les Français ont été étonnés d’une pareille dévastation, on a cherché à éteindre le feu. Mais il a été impossible de pouvoir l’éteindre, car l’on avait enlevé toutes les pompes à feu. La plupart des habitants se sont sauvés et ont enlevé tout ce qu’ils ont pu. Lorsque la décision a été prise par les russes de réduire toute la ville en cendres, il était convenu de faire périr tous les Français ; mais notre empereur était plus fin qu’eux. Lorsque le feu prenait dans plusieurs maisons, cela par des mèches qui étaient dans les maisons, mis par des soldats et même par des officiers que l’on a pris, et par 20.000 galériens qui ont été lâchés avant notre arrivée à Moscou. Le feu a duré pendant 3 jours et nuits sans que l’on puisse l’éteindre. Quand notre Empereur a vu çà, il a donné le droit de pilage aux soldats. Il est impossible de te faire une idée combien cette ville est riche, aux personnes qui ne l’ont pas vue, car il y a tout ce que l’homme puisse s’imaginer. Tout ces magasins qui ont brûlé sans que l’ont ne puisse rien sauver, cela n’est pas étonnant, car l’on nous a assuré que le gouverneur de la ville [Rostopchine] a dit aux habitants de ne pas rendre la ville aux !français, qu’il fallait plutôt qu’elle soit réduite toute en cendres que de la rendre aux Français. Mais les habitants ne l’ont pas écouté, car lorsque l’armée française s’est approchée, l’on a apporté les clefs de la ville. 

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( 31 juillet, 2020 )

La mort du maréchal Bessières, duc d’Istrie, d’après un témoignage méconnu…

snb19319.jpg Le 30 avril 1813, le quartier-général impérial passa la nuit à Weissenfels. Le maréchal qui commandait toute la cavalerie, y coucha également.  Déjeunant seul avec lui, le lendemain au matin, je le trouvai triste et  fus longtemps sans pouvoir lui faire accepter un seul des mets que je lui offrais : il répondait constamment qu’il n’avait pas faim. Je luis fis observer que nos vedettes et celles de l’ennemi étaient en présence et que nous devions nous attendre par conséquent à une affaire si sérieuse qui nous permettrait probablement de rien prendre dans la journée. Le maréchal finit par céder à mes instances, et prononça ces paroles singulières :  »Au fait, si un boulet de canon doit m’enlever ce matin, je ne veux pas qu’il me prenne à jeun !  » En sortant de table, le maréchal me donna la clé de son portefeuille et me dit : « Faites-moi le plaisir de chercher les lettres de ma femme. » Je les lui remis. Il les prit et les jeta au feu. Jusque-là le maréchal les avait toujours soigneusement conservées. Mme la duchesse d’Istrie me l’a assuré depuis en ajoutant que le maréchal, en la quittant, avait dit à plusieurs personnes qu’il ne reviendrai pas de cette campagne. L’Empereur était monté à  cheval, le maréchal le suivit. Son visage était si pâle et sa physionomie était empreinte d’une telle tristesse, que j’en fus frappé. Me rappelant les paroles que m’avait adressées le maréchal, je dis à son camarade : « Si nous nous battons aujourd’hui, je crois que le maréchal sera tué. »  L’affaire s’engagea. Le duc d’Elchingen avait envahi le village de Rippach avec son infanterie ; le duc d’Istrie s’empressa de reconnaître le défilé dont l’ennemi venait d’être chassé ; son but était de le faire traverser aux troupes sous ses ordres. En arrivant sur la hauteur qui domine le village, lorsqu’on en sort par la route de Leipzig, il se trouva en face d’une batterie d’artillerie que l’ennemi venait d’établir pour enfiler la grande route. Le premier boulet qui partit de cette batterie emporta la tête d’un maréchal des logis de chevau-légers polonais de la Garde ; se sous-officier faisait depuis plusieurs années le service d’ordonnance auprès du maréchal Bessières.  Cette perte affligea le duc d’Istrie, qui s’éloigna au galop. Cependant, après avoir examiné quelques instants la position des Prussiens, il revint, accompagné du capitaine Bourjoly, de son mameluck Mizza et de quelques ordonnances et dit, en s’approchant du cadavre : « Je veux qu’on fasse enterrer ce jeune homme ; d’ailleurs, l’Empereur serait mécontent de voir un sous-officier de sa garde tué dans ce lieu ; car, si ce poste était repris, la vue de cet uniforme persuaderait à l’ennemi que la Garde a donné ». Un boulet lancé par la même batterie, l’étendit raide mort à l’instant où il prononçait ces paroles. Le maréchal remettait sa lunette dans sa poche. Il eut la main gauche qui tenait les rênes, entièrement fracassées, le corps traversé et le coude brisé. Sa montre s’arrêta, quoiqu’elle n’ait pas été touchée. 

Lieutenant-colonel de Baudus, « Études sur Napoléon » (Paris, Debécourt, 1841, 2 volumes) et reproduit dans l’ouvrage de Georges Bertin, « La Campagne de 1813 », (E. Flammarion, 1895). 

 

 

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( 30 juillet, 2020 )

« Mourant de froid et de faim… »

Voici une lettre courte mais très significative sur la situation de la Grande Armée durant la 1ère partie (celle qui va du franchissement du Niémen au passage de la Bérézina) de la campagne de Russie. Elle est écrite par le baron Louis de Joinville (1773-1849). Il était commissaire ordonnateur en chef du quartier-général impérial. Cette lettre est adressée à son épouse, à Paris. 

Smolensk, le 10 novembre 1812. 

Je me hâte de t’annoncer, ma bonne amie, que je suis arrivé hier à Smolensk, seul à pied, mourant de froid et de faim, et ayant perdu la moitié de mes équipages. Quoi qu’il en soit, je n’aspire qu’à continuer notre route, toute pénible qu’elle en est, pour arriver enfin là où nous devons prendre quelque repos. Ma santé se soutient assez bien, malgré toutes les fatigues que j’éprouve ; fais des vœux pour moi, car les tiens seront exaucés mieux que les miens ; il faut que je me conserve pour mes enfants, qui ont encore besoin de moi. 

Adieu, ma bonne amie, je n’ai que le temps de t’embrasser, ainsi que mes pauvres enfants. 

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( 28 juillet, 2020 )

Le général Van Hogendorp.

général Hogendorp

Dirk van Hogendorp est né le 3 octobre 1761 à Heenvliet (Hollande) d’un père député et membre de la régence et d’une mère fille du baron de Haren, c’est-à-dire au sein d’une famille aisée ayant de nombreuses et puissantes relations. C’est d’ailleurs grâce à ces relations que le jeune Dirk est admis au corps des cadets nobles de Berlin, par autorisation spéciale du grand Frédéric (7 juin 1773).

Au bout de trois ans d’enseignement militaire à la prussienne Hogendorp est nommé sous-officier et, en 1777, à l’âge de 16 ans, il termine ses cours avec succès et est nommé porte-enseigne au régiment de Steinwehr. L’année suivante, il fait la campagne contre l’Autriche mais, de marches en contremarches, il ne participe à aucune bataille. Néanmoins, en 1779, il est désigné pour suivre des cours à l’école de guerre de Königsberg d’où il sort avec le grade de lieutenant. Il s’intéresse également à l’art des ingénieurs-géographes, à la topographie et à la philosophie (il suit les cours de Kant). Toutefois, au cours d’un duel avec le baron de Woelwarth, il est blessé d’un coup de pistolet à la cuisse et en profite quitter le service de la Prusse en donnant sa démission pour raison de santé. Il est tout de même nommé capitaine (16 juin 1782).

 En fait, Hogendorp souhaite rejoindre la Hollande qui commence son réarmement après avoir rompu avec l’Angleterre et s’être alliée à la France. Il demande et obtient son basculement dans la Marine et embarque à bord de l’Utrecht au sein de l’escadre de Suffren à destination des Indes (1784). Sur place, Hogendorp se distingue en faisant lever le siège de Malacca et en chassant le rajah Ali. Il se marie avec Mademoiselle Bartlo, fille du vice-président des échevins de Batavia. En juin 1786, il est nommé résident à Patna, au Bengale, et remonte le Gange avec son épouse. Un fils, Charles-Sirandus-Guillaume [1], nait le 15 août 1788.

 Pendant 4 ans, Hogendorp court les mers de l’Inde. Nommé sous-Gouverneur à Sourabaya, sur l’île de Java, il accueille les rescapés de l’expédition de d’Entrecasteaux partis à la recherche de La Pérouse (octobre 1793). Il essaie d’imposer des idées libérales[2] et de lutter contre la corruption qui règne au sein de la Compagnie hollandaise des Indes[3] mais les difficultés rencontrées l’amènent à rentrer en Europe en 1798 en laissant son épouse sur place. Celle-ci mourra à Java en 1801.

 De retour en Hollande, Hogendorp envoie son fils au collège militaire de Sorrèze et se remarie, en septembre 1802, avec une de ses cousines germaines, Augusta, fille du prince Frédéric-Ernest de Hohenlohe-Langenbourg. Nommé ministre auprès de la cour de Russie, Hogendorp et son épouse partent pour Saint-Pétersbourg en avril 1803. Ils arrivent y deux jours avant l’assassinat de l’empereur Paul Ier. Deux enfants du couple naîtront en Russie, dont l’un aura le nouveau Tsar Alexandre pour parrain (les deux mourront toutefois assez jeunes).

A la fin de l’année 1805, Hogendorp rentre en Hollande. Suite aux victoires sur l’Autriche et la Russie (Austerlitz, 1805) puis sur la Prusse (Iéna/Auerstaedt, 1806), Napoléon place son frère Louis sur le trône de Hollande. Le 21 janvier 1807, Louis nomme Hogendorp ministre de la Guerre. Sa première mission est de faire passer l’armée hollandaise de 17.000 à 40.000 hommes. Il y parvient assez rapidement en recrutant des prisonniers de guerre prussiens. Il doit ensuite créer une école militaire, ce dont il s’acquitte. Subissant, comme ses collègues, la versatilité du roi Louis, Hogendorp est nommé ambassadeur de Hollande à Vienne (janvier 1808). Sa femme et ses enfants viennent l’y rejoindre. Lorsque les Français entrent à Vienne, après la bataille de Wagram (juillet 1809), Hogendorp regagne la Hollande et y prend un peu de repos. Il refuse l’ambassade à Berlin que lui propose Louis mais accepte Madrid (17 juin 1810).

Toutefois, le roi Louis refusant d’appliquer rigoureusement le blocus continental imposé par Napoléon, les relations entre les deux frères se sont considérablement dégradées. A tel point que Louis abdique et que le royaume de Hollande est réuni à la France. Hogendorp en est consterné : «  Le vœu naturel de tous les cœurs était la conservation de l’existence nationale, quelque modification que dût recevoir cette existence, qui est réellement pour le peuple ce que la vie est pour l’individu. Quand la nouvelle calamiteuse de l’incorporation vint surprendre et frapper nos oreilles et nos esprits la consternation fut universelle. Je ne crois pas qu’un seul Hollandais, quelle que fût son opinion ou son intérêt, ait senti alors de la joie ». Hogendorp est pourtant désigné par le maréchal Oudinot pour présider la députation chargée d’aller présenter l’hommage de ses nouveaux sujets à l’Empereur.

Au sein de la Commission chargée d’élaborer les mesures de transition, Hogendorp n’hésite pas à exprimer son avis, notamment sur la nécessité d’une unité fiscale entre la Hollande et le reste de l’Empire. Il est donc inquiet lorsque l’Empereur le convoque un matin à Fontainebleau. Napoléon le questionne, découvre qu’il est militaire d’origine, qu’il a longtemps vécu en Asie, que son fils ainé a servi à Friedland et est décoré de la Légion d’honneur et lui demande de s’installer à Paris avec femme et enfants. Dès le lendemain, à sa grande surprise, Hogendorp est incorporé à l’armée française avec le grade de général de division. Le 5 mars 1811, il est nommé aide-de-camp de l’Empereur. A l’occasion du baptême du roi de Rome, Hogendorp est fait comte de l’Empire, avec une dotation en majorat. Puis il reçoit la mission de se rendre à Wesel et d’emmener au maréchal Davout, qui commande l’Armée d’Allemagne, des troupes de conscrits réfractaires et de déserteurs qu’il faut équiper, armer et mettre en route (4 août 1811). La mission se passe bien mais le premier contact entre Davout et Hogendorp est un peu difficile.

En septembre 1811, le général comte van Hogendorp accompagne l’Empereur et l’Impératrice en Hollande. Les relations sont tellement bonnes avec Napoléon que Hogendorp choisit de franciser son prénom en Thierry. Avec la croix d’officier de la Légion d’honneur, l’aide-de-camp est affecté à Königsberg au commandement militaire de la Prusse orientale, aux côtés du duc de Bassano (Maret). Marbot critique d’ailleurs (a-posteriori) cette nomination, Hogendorp « parlant très mal notre langue, n’ayant aucune notion de nos usages et règlements militaires ». Quelques temps après, Davout fait une visite à Königsberg que Hogendorp apprécie assez mal : « D’après sa coutume, il se mêla de tout, voulait tout faire, toujours grondant et fulminant, et indisposa tout le monde, autorités civiles, généraux prussiens et français. Il traita en ma présence le contre-amiral Baste d’une manière indécente, et lui adressa des paroles si injurieuses que je ne pus comprendre comment on osât tenir de pareils discours à un général français, et comment celui-ci put les supporter. Pour moi, je me serais fait à l’instant même justice de ma propre main ; je ne pus m’empêcher de le témoigner au maréchal, qui me regarda fixement. Mais je n’étais pas alors sous ses ordres ».

Le 8 juillet 1812, Hogendorp devient Gouverneur général de la Lituanie, à Wilna (aujourd’hui Vilnius), où il a une très sérieuse altercation avec le général Jomini « qui se croyait un homme fort important pour avoir fait un livre sur la tactique, tandis qu’il n’avait réellement pas assez de connaissances militaires pour commander un bataillon ». Le gouverneur général commence par équiper et armer un corps d’armée lituanien qu’il envoie à la Grande Armée qui marche sur Moscou. Puis, pendant toute la campagne, il forme et équipe des demi-brigades ou des bataillons de blessés convalescents ou de nouvelle recrues qu’il expédie vers l’Empereur ; mais, au moment de la retraite, il se retrouve isolé et sans ordre. Il organise à Wilna la réception des débris de l’armée, mais c’est bientôt le chaos dans la ville. Des hordes de soldats affamés et épuisés pillent tout ce qui est possible et meurent par centaines. Murat, auquel l’Empereur a laissé le commandement, et Berthier s’enfuient. Les Cosaques arrivent. Hogendorp fait route vers Kowno puis Königsberg où il retrouve sa femme malade et sa fille âgée de 6 ans. Il perdra l’une et l’autre peu après.

Par Berlin, Hogendorp regagne Paris où un violent accès de goutte le cloue au lit pendant 3 semaines. Puis il repart pour l’Allemagne et rejoint l’état-major à la veille de la bataille de Bautzen où il assiste à la mort de Duroc. Napoléon le nomme gouverneur de Hambourg sous le commandement du maréchal Davout.

 Il y arrive le 22 mai avec quelque angoisse au regard de ses précédents contacts avec le maréchal : « J’avais une extrême inquiétude en pensant que j’allais être en relation avec le prince d’Eckmühl et sous son commandement ; j’avais appris à connaître son caractère difficile et ombrageux ; et tous les officiers généraux présents au grand quartier impérial, avec lesquels je parlais de ma nomination au gouvernement de Hambourg, m’en faisaient un tableau plus effrayant encore, en me plaignant d’être dans la nécessité de servir sous lui ». Effectivement, la rencontre entre les deux hommes semble assez pénible : « Il me reçut avec une apparente cordialité ; mais je m’aperçus bien que ma venue ne lui était guère agréable. Il avait l’air agité, rêveur, inquiet. Il me parut croire que j’avais été envoyé pour l’observer et fut, par conséquent, réservé et même gêné avec moi. Je compris alors pourquoi l’Empereur m’avait fait son aide-de-camp » raconte dans ses « Mémoires ». Après la défaite de Napoléon à Leipzig, Davout renforce les mesures de sécurité à Hambourg. L’une d’elles, le 18 décembre, prévoit l’expulsion de la ville de toutes les bouches inutiles sous peine de coups de bâton. Ces dispositions apparaissent outrancières à Hogendorp qui préfère démissionner et est remplacé dans ses fonctions le 19 décembre 1813 par M. de Fernig [4].

Le 30 avril 1814, l’Empire étant démembré et la Hollande ayant retrouvé son indépendance, Hogendorp exprime le vœu d’être dégagé de ses serments. Davout ayant fait connaître son intention d’évacuer Hambourg, Hogendorp reçoit le passeport qu’il avait demandé, avec l’ordre de quitter la ville dans les vingt-quatre heures.

Le général comte de Hogendorp rentre donc en Hollande mais il est l’objet, conjointement à Davout, de la haine des royalistes à l’égard des chefs de Hambourg. Le général Tettenborn notamment publie une violente diatribe contre Hogendorp le 2 octobre 1813. Les deux hommes opposent d’abord le silence à ces attaques, mais Davout publie bientôt son «Mémoire au Roi »[5] pour se justifier des accusations lancées contre lui. A la lecture de ce texte, Hogendorp a l’impression que le prince d’Eckmühl se défausse de ses responsabilités sur son ancien gouverneur d’Hambourg. Il est vrai que Davout implique Hogendorp dans l’affaire de la banque, alors que le Hollandais n’est déjà plus gouverneur depuis plus de cinq mois. Hogendorp répond alors à son tour par un Mémoire terrible pour Davout qui est publié à Amsterdam et à La Haye [6].

 Mais dès le retour de l’Aigle, Hogendorp n’hésite pas. Ruiné et sans famille, il rejoint l’Empereur, rompant ainsi définitivement avec la Hollande dont le souverain, le prince d’Orange, appartient à la coalition.

 La chute de l’Empire le laisse seul, démuni. Il se rend à Nantes (mai 1815) et finit par s’embarquer pour le Brésil pour y fonder une colonie agricole (1816). Un de ses anciens compagnons de l’île de Java devenu amiral, Jurien de La Gravière, s’embarque en juin 1820 pour une mission en Amérique du Sud et arrive à Rio-de-Janeiro le 18 août. Il y découvre Hogendorp, vivant en ermite sur un rocher, regardant au large dans la direction de Sainte-Hélène. L’exilé écrit alors ses Mémoires qu’il confie à un voyageur, Jacques Arago, frère du savant. Il y critique férocement Davout, mais exige que ces « Mémoires » ne soient publiés que si Davout peut se défendre. Le prince d’Eckmühl mourant dès 1823, les « Mémoires » d’Hogendorp durent effectivement attendre très longtemps avant d’être publiés par le petit-fils de l’auteur [7].

Le comte van Hogendorp, s’était éteint depuis longtemps ; un an après Napoléon, à peine un an avant Davout : le 29 octobre 1822. On ne sait pas où il a été enterré.

Mais Napoléon ne l’avait pas oublié : dans son testament (codicille en date de 24 avril 1821), il léguait 100.000 francs à son ancien aide-de-camp.

Alexandre TOLOCZIN                                                                                                                                                   


[1] Charles-Sirandus-Guillaume van Hogendorp nait le 15 août 1788 au Bengale. Il entre au service militaire comme cadet dans la Marine. Devenu officier d’ordonnance du roi de Hollande en octobre 1806, il passe lieutenant dans le 2ème cuirassiers deux mois après. Chevalier de la Légion d’honneur, il est nommé capitaine en 1809 et se distingue particulièrement cette même année contre les Anglais en Zélande. En 1812, il effectue la campagne de Russie dans la cavalerie de Gouvion-Saint-Cyr dont il devient aide-de-camp au mois de novembre. Chef d’escadron le 17 juin 1813, il est fait prisonnier de guerre après la capitulation de Dresde (novembre 1813). De retour en France, il y reste jusqu’à la seconde Restauration.

[2] Dirk van Hogendorp était pour une abolition immédiate de la traite et une abolition progressive de l’esclavage, tout au plus jusqu’en 1820. Il voyait déjà le bonheur des fermiers, travaillant leur terre, une fois que le système féodal aurait été aboli. La propriété privée ou un nouveau genre de contrat agraire transformeraient les fermiers, les esclaves et les ouvriers agricoles en de bons travailleurs, de grands producteurs, impatients de cultiver leurs terres fertiles, pour le plus grand bien de la mère-patrie. Les révolutionnaires bataves n’étaient pas aussi optimistes et craignaient que ce genre de réformes aient un effet inverse, sous prétexte que les Javanais étaient aussi paresseux et indolents que les autres peuples non-européens.

[3] A son retour en Hollande, il rédigera un « Exposé de l’état actuel des possessions de la République Batave aux Indes Occidentales ». Bien plus tard il fera paraître : « Du système colonial de la France, sous les rapports de la politique et du commerce… », J.G. Dentu, Imprimeur-Libraire, 1817.

[4] Le biographe de Hogendorp, Pierre Mélon (« Le général Hogendorp », Paris, Calmann-Lévy, 1938), convient pourtant que les mesures prises par Davout étaient justifiées par la situation et que personne ne fut fusillé, fouetté ni bâtonné.

[5] « Mémoire de M. le Maréchal Davout, prince d’Eckmühl, au Roi », A Paris, chez Gabriel Warée, Libraire, 1814.

[6] « Mémoire du général Comte de Hogendorp pour servir à la réfutation des bruits injurieux, et des calomnies, répandues contre lui, dans des gazettes, des journaux, et des pamphlets pendant qu’il était gouverneur de Hambourg, lors du dernier blocus de cette place », A Amsterdam et à La Haye, chez les frères van Cleef, à Paris, chez Fournier frères, à Hambourg, chez J. M. Menck, à Bruxelles, chez P.J. de Mat, 1814.

[7]  Ils ne le seront à La Haye qu’en 1887, chez Martinus Nijhoff. Il semblerait que ce témoignage ait été rédigé directement en français.

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( 27 juillet, 2020 )

Paris à la merci des Alliés. Juillet 1815…

Paris Empire« Pauvre pont [d’Iéna] ! Son nom pensa lui coûter cher; sans la maladresse des canonniers prussiens, c’en était fait de lui. Après la rentrée de Louis XVIII [8 juillet 1815], le bruit se répandit un matin que les Prussiens avaient fait sauter le pont d’Iéna, la nuit précédente. Je sortis à l’instant avec d’autres étudiants qui se trouvaient alors comme moi au café des Pyrénées ; nous nous rendîmes au Champ-de-Mars et vîmes en effet un groupe nombreux près du pont. La seconde pile du côté du Champ-de-Mars était écornée à la hauteur du chapiteau, quelques pierres du cintre étaient fendillées; les artificiers prussiens avaient si mal disposé leur fougasse, trop faible, du reste, que tout l’effet s’en était manifesté en dehors du pont et n’avait réussi qu’à le marquer d’une auréole noire qui était loin d’être glorieuse pour eux. L’indignation et le mépris jaillissaient de tous nos regards, à l’aspect de ce guet-apens nocturne; on annonçait que les Prussiens devaient, dans la journée, procéder définitivement à la destruction du pont d’Iéna; la plus vive agitation se répandit alors dans Paris. Le roi Louis XVIII, informé du projet de l’armée prussienne, déclara, dit-on, qu’il ne souffrirait point une telle violation des traités et qu’il irait se placer sur le pont qu’on voulait faire sauter. — Malheur inévitable de la situation ! Personne ne, crut un mot de cette résistance à l’étranger, de la part d’un prince dont le retour se signalait déjà dans le Midi par le meurtre et la terreur ; quoi qu’il en fût, les Prussiens respectèrent le pont d’Iéna, et le Roi, qui s’était peut-être prononcé avec fermeté, ne réussit qu’à s’attirer l’épigramme suivante, qui, dès le même jour, circulait en cachette. Louis XVIII était, on le sait, d’une corpulence énorme; quelle bonne fortune pour l’opposition ! Voici l’épigramme en question, demeurée intacte en ma mémoire, ainsi que tout ce qui tient à cette mémorable époque des Cent Jours :

Venez, fiers Prussiens, sur le pont d’Iéna

Assouvissant votre orgueil misérable,

Vous venger du nom mémorable

Que la victoire lui donna.

Essayez ! Louis vous défie

De pouvoir le faire sauter;

Car pour nous, exposant sa vie,

Il a juré de s’y faire porter!

Tu resteras debout sur ta base imposante,

Noble pont; ne crains rien pour tes fiers piédestaux,

Sur ton pavé que Louis se présente…

Et l’on verra la mine avorter, impuissante ,

Sous un tel héroïsme… et sous tant de quintaux.

Je vis hélas ! Plus tard, le pillage du Musée [du Louvre]; j’ai vu les grenadiers hongrois porter sur de grossiers brancards les divines toiles des Raphaël, des Titien et des Dominiquin ; la main sauvage d’un pandour arrachait de leur piédestal les marbres sacrés qu’avaient fait respirer les Phidias et les Praxitèle, sous les formes d’Apollon, de Vénus et de Laocoon. Pour l’honneur de Paris, l’Autriche n’avait pu y trouver d’emballeur pour consommer son vol; ses soldats seuls lui servirent dans cet ignoble emploi. Pendant ce temps-là, l’arc-de-triomphe perdait ses trophées, ses reliefs lui étaient arrachés; des câbles grossiers garrottaient les chevaux de Venise, que de victoire en victoire la gloire avait menés de Corinthe à Paris. Là, un officier anglais, monté sur le monument, prenait en riant des poses dans le char où Napoléon ne s’était pas trouvé digne de figurer ! Voilà ce que je voyais douloureusement, d’une croisée du Musée, tandis que la cavalerie autrichienne gardait toutes les avenues du Carrousel. »

(E. LABRETONNIERE, « Macédoine. Souvenirs du quartier latin… » Lucien Marpon, Libraire-Editeur, 1863, pp.292-294).

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( 27 juillet, 2020 )

Le docteur Renoult à travers son témoignage.

Renoult image illustration.

Publiés la première fois en 1862, les « Souvenirs » du docteur Adrien-Jacques Renoult (1770-1842) sont méconnus. « Élève du célèbre Dessault [Desault], M. Renoult fut, à l’âge de vingt-deux ans, attaché comme chirurgien militaire à l’armée du Rhin. C’est là qu’il apprit à connaître et à aimer Desaix, dont il resta séparé quelque temps, mais qu’il retrouva bientôt en Égypte pour ne plus le quitter qu’au jour où son excellent général paya de sa vie le triomphe de la France à Marengo », écrit l’éditeur de l’époque dans sa présentation. Son témoignage aborde les campagnes de 1792, 1794, 1795, 1796. A la fin juin de cette même année, il passe le Rhin à la suite du général Moreau, commandant en chef de l’armée du Rhin. En 1797, Renoult se trouve en Italie et soigne, dans les deux hôpitaux de Cremone, de pauvres diables en proie à des maladies vénériennes…C’est à cette époque qu’il rencontre pour la première fois le général Bonaparte : « Il s’arrête devant moi, me fixe avec ses yeux pénétrants, mais pleins de bonté », écrit l’auteur. En mai 1798, il s’embarque pour l’Égypte et, arrivé au Caire, apporte toute sa science aux malheureux soldats victimes d’ophtalmie. « Combattre cette maladie était chose difficile, faute de moyens ». Sa narration de la campagne d’Égypte est particulièrement dépaysante. De retour en France à  la fin d’avril 1800, il est chargé d’administrer l’hôpital militaire du Gros-Caillou, à Paris, avant d’être désigné par Savary, comme chirurgien-major de sa légion de gendarmerie d’élite. C’est en tant que tel qu’Adrien-Jacques Renoult participe aux campagnes de 1806 (en Prusse), 1807 (en Pologne), 1808 (en Espagne) et de 1809 (en Autriche). A Vienne, l’auteur s’occupe de soigner les nombreux blessés de la Garde. Ce sera sa dernière campagne avant qu’il ne soit nommé par le général Savary (devenu ministre la Police générale) « médecin inspecteur des prisons d’État ».

C.B.

Ci-dessus: image d’illustration représentant un chirurgien.

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Notes complémentaires.

Le titre exact de l’édition originale est:« Souvenirs du docteur Adrien-Jacques Renoult, officier de la Légion d’honneur, chevalier de l’Empire, membre de l’Académie de médecine », Paris, Imprimerie de Jouaust Père et Fils, 338, rue Saint-Honoré. L’exemplaire que nous avons consulté, comporte deux mentions manuscrites rajoutées sur la couverture : « Ancien chirurgien en chef des armées » et « Beau-père de M. Pesty, agent de change honoraire, rue de la paix, n°24 ». Renoult mentionne ce personnage à la fin de son témoignage. Ajoutons que le docteur Renoult fit paraître sous le Consulat l’ouvrage suivant : « Essai sur les maladies des gens de cheval. Par Adrien-Jacques Renoult, de S. [Saint-]Arnoult, département de la Seine-Inférieure [Seine-Maritime], Médecin, Chirurgien-Major de la Gendarmerie d’élite, Garde des Consuls », A Paris, de l’imprimerie de Bossange, Masson et Besson, XI., MDCCCCIII [1803], 65 p. 

—————–

Né le 6 décembre 1770 à Saint-Arnoult (Seine-Maritime), Renoult s’éteint à Paris le 6 mai 1842  Il repose au cimetière du Père-Lachaise, 37ème division, 1ère ligne.  Dans cette même chapelle se trouvent son épouse, Marie-Élisabeth Bosselet (1773-1864), son gendre, Pierre-Laurent Pesty (1791-1865), agent de change, précédemment, chef d’escadron, garde du corps du roi Louis XVIII, chevalier de Saint-Louis, officier de la Légion d’honneur, ainsi que l’épouse de ce dernier, Adrienne-Élisabeth Renoult (1805-1858). Adrien-Jacques Renoult, au moment de sa mort, demeurait au n°1 de la rue de la Grange-Batelière (Paris 9ème) . Son gendre et sa fille habitaient à la même adresse. Le dossier du Dr Renoult, rassemblant états des services et divers documents, peut être consulté en ligne sur la base Léonore de la Légion d’honneur (cote LH/2301/45).

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( 26 juillet, 2020 )

Napoléon cavalier… (3ème et dernière partie).

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S’il n’est donc point mauvais cavalier, il ne monte pas à cheval pour l’art équestre ; le cheval lui est un outil comme le serait une longue-vue. Mais il lui faudrait un animal aussi impassible qu’un escabeau pour réfléchir et penser en selle comme il le ferait assis dans sa berline. Aussi le Grand Ecuyer cherchait-il à dresser ses coursiers pour les rendre insensibles aux manifestations extérieures : on agite des drapeaux et des vêtements devant leur tête, on tire des salves et on fait partir des boîtes d’artifices, on gesticule et on hurle à leur portée, on fait défiler devant eux  des groupes tant montés qu’à pieds.

Lorsque les chevaux ainsi traités restent calmes, on les livre à l’Empereur. 

Napoléon se portait au besoin dans des observatoires très avancés ; or, la couleur blanche est bien visible alors que cette visibilité s’atténue si le blanc se salit. Il est donc peu vraisemblable que l’Empereur ait monté des chevaux blancs, au moins en campagne, mais plutôt des chevaux gris.  Les écuries impériales (Paris, Saint-Cloud, Meudon, Viroflay) se fournissaient normalement dans trois haras dont un à Saint-Cloud.  En fait, ces haras de ces écuries abritaient des chevaux aux robes diverses, ainsi « la Lydienne » est une jument baie, mais, d’après Maze-Sencier [auteur d’un ouvrage sur les fournisseurs de Napoléon 1er et des deux impératrices, et paru en 1893], il n’ y a aucun cheval blanc parmi les chevaux de selle inscrits aux écuries impériales, du moins sur les nombreuses listes qu’il a examinés.  Cependant, il devait y avoir au moins un cheval blanc. Maze-Sencier cite en effet « Tamerlan », sans indication sur la robe, peint par Horace Vernet en 1813. Ce doit être le « Tamerlan » peint aussi par Théodore Géricault te figurant  au « Catalogue  de l’œuvre de Géricault » établi par Ch. Clément ; donné par le sultan en 1810, il est de race arabe de robe blanche. Mais, de fait, sur une liste de cent chevaux, la robe est explicitement indiquée pour soixante-quatre, tous gris. 

Aux Archives Nationales, à Paris et dans l’étude de Maze-Sencier, on relève au hasard : « le Ramier » gris truité, « le Diomède » gris pâle, « la Truite », gris truité, « la Lyre » gris moucheté, « la Nymphe », gris légèrement moucheté, « la Nymphe » gris légèrement moucheté à la tête, au cou, aux épaules ; « l’Olmütz », gris légèrement vineux.  « Le Sélimé », gris sale, a pu être monté par Napoléon, le 16 avril 1806, à Rambouillet ; ce cheval sera donné au Tsar en 1807. Trois chevaux, envoyés en 1808, à Erfurt, pour les services de Sa Majesté -qui les a très probablement montés -sont gris : « le Corceyre [sic] », gris blanc, « l’Artaxerce » gris clair et « l’Aly » gris sale marqué de feu. Très probablement aussi ont été montés par Napoléon, « l’Hector » gris blanc, « le Soliman » gris moucheté, « le Jaspe » gris ardoise, « le Boukarre » blanc gris, mort au retour de Russie. 

En avril 1808, le général Sébastiani achète à Constantinople, où il réside comme ambassadeur, huit chevaux de selle arabes et trois turcs pour le service de Sa Majesté ; cinq sont certainement de robe grise.

Le 20 mars 1815, deux chevaux reviennent de l’île d’Elbe, « Pallas » et « Nadir » ; leur robe est grise.

Les tableaux peints postérieurement aux événements ne peuvent pas être pris comme témoins, la légende ayant été vite établie que Napoléon ne pouvait être  placé que sur un cheval blanc. Les seuls qui seraient instructifs sont du général baron Lejeune ; on concluait plutôt, d’après ses toiles, que Napoléon montait des chevaux à robe claire qu’à robe blanche. 

 Edmond SOREAU 

 Cet article a été publié en 1970 dans la « Revue de l’Institut Napoléon » 

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( 25 juillet, 2020 )

Une lettre du général d’artillerie Boulart durant la campagne de Russie…

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Elle est adressée à son épouse demeurant à La Fère (département de l’Aisne). Une de plus extraite de l’excellent volume publié en 1912 et regroupant de très nombreuses lettres de la Grande-Armée interceptées par les Russes durant la campagne de Russie.

A 2 heures de Wiasma, le 1er novembre 1812.

Je t’écris, mon amie, par le plus beau jour et la plus belle gelée, assis sur la plus belle motte de terre, ayant le froid dans le corps et conséquemment au bout des doigts, pour te dire que tu ne t’inquiètes pas sur mon compte. Depuis le 18 octobre nous avons quitté Moscou, nous nous retirons sur Smolensk, et il y a apparence que de là nous irons à  Vilna. Je ne te parle pas de nos maux et privations.  La plus grande pour moi est de n’avoir pas de tes nouvelles et de pouvoir pas t’en donner des miennes. Marin a eu le malheur d’être blessé dans une affaire de rien ; il a une partie des chairs de la cuisse, au-dessus du genou, emporté par un boulet. Il va assez bien, mais en sera estropié. Je voudrais bien en avoir autant que lui et n’avoir plus qu’à te consacrer le reste de mes jours, ainsi qu’à mes enfants. Je ferai le papa l’ingamba et toi la mère ingamba. Nous ferions le plus intéressant couple possible et nous ferions tous nos efforts pour que nos enfants soient un jour plus ingambes que nous. Le diable m’emporte, si le souhait que je fais n’est pas sincère ! Nous faisons un métier trop rude pour y tenir longtemps.

Adieu ma bonne amie.

BOULART.

 

 

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( 24 juillet, 2020 )

Au Palais-Royal, en 1815…

Au Palais-Royal, en 1815… dans TEMOIGNAGES jeux_de_dames_au_cafe_lamblin_au_palais-royal

Le café Lemblin (ou Lamblin) fut créé en 1805 ; il ferma ses portes en 1870. Il se trouvait aux numéros 100 à 102 de la Galerie de Beaujolais. Le docteur Louis Véron, mémorialiste si disert, raconte dans ses « Mémoires » les deux épisodes qui suivent.

C.B.

« C’est au café Lemblin que se montrèrent les premiers officiers russes et prussiens qui entrèrent à Paris. C’était le soir ; le café était rempli d’officiers revenus de Waterloo, bras en écharpe, casques et shakos troués par les balles. On laissa les quatre officiers étrangers prendre place à une table ; mais bientôt tout le monde se leva comme frappé d’une même étincelle électrique, et un cri formidable de « Vive l’Empereur ! » fit bruire les vitres ; vingt-cinq officiers s’élancèrent vers les quatre étrangers ; un capitaine de la Garde nationale, taillé en Hercule, se jeta au-devant d’eux.

« Messieurs, dit-il, vous avez défendu Paris au-dehors, c’est à nous de le faire respecter au-dedans ! »

Puis se tournant vers les officiers étrangers, il reprit : « Messieurs, ce sont les bourgeois de Paris que votre présence prématurée offense, et c’est un bourgeois de Paris qui vous en demande raison. »

Lemblin, qui était sergent de la Garde nationale, intervint alors et sous le prétexte d’explications plus tranquilles, il fit passer Russes et Prussiens dans son laboratoire, d’où ils purent s’échapper.

Quoique le café Lemblin fût le lieu de réunion de officiers de l’Empire, on y voyait fréquemment des gardes du corps, des mousquetaires qui, la moustache retroussée, la lèvre dédaigneuse, venaient là chercher aventure.

Un soir, les gardes du corps se présentèrent en masse et annoncèrent que le lendemain ils viendraient inaugurer au-dessus du comptoir le buste de Louis XVIII. Le lendemain, près de trois cents officiers de l’Empire occupaient la place menacée ; mais l’autorité avait été avertie, les gardes du corps ne parurent point. »

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Un peu plus loin se trouvait la Café de la Montansier. Écoutons de nouveau le Dr Véron :

« A compter du 20 mars [1815], de chauds partisans de l’Empire, des officiers, ses sous-officiers, improvisèrent dans ce café une tribune du haut de laquelle les Bourbons étaient insultés quotidiennement de six heure du soir à minuit. Les chanteurs gagés ne paraissaient plus ; la scène était occupée par les consommateurs, qui venaient à tour de rôle faire entendre divers refrains très souvent répétés par la salle… Ces saturnales durèrent cent jours, c’est-à-dire jusqu’à la rentrée de Louis XVIII. Alors sonna l’heure des représailles ; les mousquetaires et les gardes du corps à leur tour voulurent venger la royauté de ces outrages, comme si ces outrages avaient pu atteindre la royauté. Dans l’égarement de leur dévouement, ils s’oublièrent jusqu’à envahir à main armée le café Montansier ; on brisa les glaces, et une partie des meubles, du linge, de l’argenterie, fut lancée par les fenêtres. »

(Docteur Louis VERON [1798-1867], « Mémoires d’un bourgeois de Paris », tome III, Librairie Nouvelle, 1857)

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( 22 juillet, 2020 )

Madame Mère vue à l’île d’Elbe en 1814…

Madame mère

« Madame-Mère, dans son jeune âge, devait être une beauté de premier ordre. Sa figure était bien coupée : les traits d’une très grande régularité ; la bouche ni trop grande, ni trop petite ; les lèvres minces ; le nez presque droit ; les yeux bruns, bien fendus, brillants et forts expressifs ; dans son regard, il y avait quelque peu de hauteur et de sévérité. »

(Mameluck ALI, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon. Présentés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000).

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( 21 juillet, 2020 )

Demi-soldes sous surveillance…

Demi-Solde

Extrait du bulletin du comte Beugnot en date du 14 septembre 1814.

8 septembre 1814. Le sous-préfet de Schlestadt avait appelé l’attention sur plusieurs militaires renvoyés avec demi-solde, qui passaient en Allemagne ; je l’avais chargé de prendre des informations précises à cet égard. Il résulte de ses recherches que les officiers français dont il s’agit, peu contents de leur sort et désirant l’améliorer, paraissent hésiter sur le parti qu’ils ont à prendre. Quatre d’entre eux, sortant du 10ème régiment d’infanterie légère, avaient passé sur la rive droite du Rhin : ils se sont arrêtés pendant quelques jours à Fribourg et sont rentrés, le 3 de ce mois, par le Vieux-Brisach. Cinq autres ont pris des passeports pour Munich et se sont dirigés sur Bade et Carlsruhe où ils paraissent s’être rendus pour des motifs de santé. Il y a, du moins, rien qui fasse présumer le contraire.

 (« Napoléon et la police sous la Première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert», R. Roger et F. Chernoviz, s.d., p.196).

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( 21 juillet, 2020 )

Un PERSONNAGE MECONNU : François GATTE, PHARMACIEN en CHEF de l’EMPEREUR à l’ILE d’ELBE…

Un PERSONNAGE MECONNU : François GATTE, PHARMACIEN en CHEF de l’EMPEREUR à l'ILE d'ELBE… dans FIGURES D'EMPIRE elba

François-Charles-Gabriel Gatte, né à Abbeville le 25 février 1789, mort à Lyon le 17 juin 1832, pharmacien de l’École de Paris, prit part aux campagnes de l’Empire dès 1808 comme officier de santé et chirurgien-major. Nommé pharmacien de l’Empereur par Corvisart, il se trouvait à Fontainebleau au moment où Napoléon s’apprêtait à partir pour l’île d’Elbe ; il l’y accompagna et y exerça aussi la fonction de pharmacien de l’hôpital militaire de Portoferraio. De retour en France avec l’Empereur, il fut nommé, le 15 avril 1815, pharmacien de 2ème classe dans la Garde Impériale et, le 30 avril, pharmacien en chef adjoint aux Invalides. La chute de l’Empire entraîna sa destitution le 27 juillet 1815 et le conduisit à exercer la pharmacie à Rouen.  On le retrouve ensuite à Paris, où il obtient d’être nommé pharmacien aide-major à l’hôpital militaire de Lyon ; le 15 février 1832. Il ne s’y rend que pour mourir de phtisie pulmonaire. Ce sont ses enfants qui bénéficièrent de la disposition du testament de l’Empereur en sa faveur.

Pierre JULIEN.

André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe, évoque Gatte dans ses « Souvenirs et Anecdotes ».

Au moment du départ de Napoléon vers son exil elbois : « L’Empereur allait partir de Fontainebleau, que l’on n’avait pas encore trouvé un pharmacien. M. Gatti [Gatte] tomba sous la main de M. Foureau de Beauregard ; on le prit.  Il n’était pas instruit, il ne chercha pas à apprendre, et il fut moins de briller dans son emploi. Cependant on le critiquait beaucoup moins que le médecin en chef [Foureau de Beauregard] : c’est qu’il ne faisait pas flamboyer sa broderie, c’est que dans l’exercice de ses fonctions, sa parole n’était pas insultante et qu’on le considérait comme un bon camarade. »   (« Napoléon, empereur de l’île d’Elbe. Souvenirs et Anecdotes. Présentés et annotés par Christophe Bourachot », Les Editeurs Libres, 2005, p.94).

A propos de son mariage avec Bianchina Ninci, fille d’un commerçant de l’île, Pons de l’Hérault, toujours aussi sévère à son encontre, note : « M. Gatti [Gatte] avait un bon emploi ; il portait un habit brodé ; il avait l’honneur insigne d’être un des compagnons du grand homme, et il était bon enfant. Tout cela réuni n’en faisait pas pourtant un homme distingué, mais tout cela réuni en faisait un bon parti, surtout dans un pays où les fortunes étaient généralement médiocres. M Gatti [Gatte] comprit sa position ; il chercha à en profiter. Parmi les demoiselles que l’on considérait comme les perles de la cité, Mlle Bianchina tenait un rang distingué, et elle devint l’objet des hommages de M. Gatti [Gatte]. Mlle  Bianchina était trop jeune pour pouvoir réfléchir, elle ne voyait dans le mariage qu’un jour de fête et parure. Elle laissa faire ses parents. M. Gatti [Gatte] fut heureux : l’Empereur signa le contrat de mariage ! «  (Pons, op.cit., p.185).

C.B.

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