( 1 septembre, 2014 )

A découvrir jusqu’au 2 novembre 2014…

Troyes-mai nov 2014

 

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( 1 septembre, 2014 )

MENACES à l’ILE d’ELBE…

Comme on peut le voir dans le récit d’André Pons de l’Hérault, dont le portrait est reproduit ici (lire mon édition en publiée en 2005 par Les Éditeurs Libres), des bruits concernant l’assassinat de Napoléon furent plusieurs fois d’actualité. Pons, dans son « Mémoire aux puissances alliées» (Picard, 1906, pp.24-25) en parle encore : « Trois avis, venus de différents endroits, avaient donné l’assurance qu’un officier général, ancien vendéen ou chouan, s’était chargé de faire assassiner l’Empereur ; que les assassins étaient déjà dans l’île et que parmi eux il y en avait un qui  se vantait de trente-trois assassinats (nombre sans doute surfait).  Sa Majesté avait voulu faire un secret de cet avertissement, mais quelque chose en avait transpiré, et les fidèles, exaspérés, ne voyant que des poignards levés sur leur monarque bien-aimé, étaient prêts à se livrer à des imprudences qui auraient pu avoir des sites fâcheuses. Si l’Empereur ne les eut arrêtés en les menaçant de sa colère et s’il n’eût profité de la nuit pour faire partir les personnes devenues justement suspectes et parmi lesquelles se trouvaient le brigand principalement désigné. » Le lieutenant-colonel Laborde, aborde le même sujet : « L’Empereur était adoré des habitants ; aussi ce ne fut qu’avec beaucoup de peine que l’on put parvenir à les empêcher de faire un mauvais parti à un aide de camp d’un général nommé Brulard [Bruslart], qui commandait alors en Corse pour Louis XVIII. Cet aide-de-camp s’était rendu à l’île d’Elbe avec des sicaires pour assassiner Sa Majesté. Le complot découvert, l’Empereur ordonna au général Cambronne de protéger ce misérable contre l’exaspération des soldats et des habitants ». Un des plus proches personnages de Napoléon, le mameluck Ali,  celui qui était chargé implicitement de sa protection personnelle, prend lui aussi ses précautions ; il écrit dans ses fameux souvenirs : «Une nuit que l’on supposa avoir été choisie pour une attaque, je portai, le soir, un matelas sur le promenoir, sous les fenêtres de la chambre de l’Empereur et je me couchai, ayant mon poignard à ma ceinture et mon sabre à côté de moi. Je passai ainsi toute la nuit, étant tout yeux, tout oreilles. ». Soit que tous les complots ne puissent être menés à leur terme, soit que la protection autour de Napoléon fut renforcée, mais aucune tentative d’assassinat ou d’enlèvement n’eurent lieu durant le séjour de l’île d’Elbe. Celles-ci restèrent, heureusement, à l’état de projet.

C.B.

MENACES à l'ILE d'ELBE... dans HORS-SERIE pons1gr8

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( 31 août, 2014 )

La MORT du général MOREAU d’après le « JOURNAL » d’un SOUS-LIEUTENANT de CUIRASSIERS…

La MORT du général MOREAU d'après le « JOURNAL » d'un SOUS-LIEUTENANT de CUIRASSIERS... moreauletratreOn sait qu’un des incidents les plus frappants de la bataille Dresde [27 août 1813] fut la mort du général Moreau ; bien des années après, j’ai eu quelques détails sur cet événement et les jours qui le précédèrent, détails qui sont, je crois, peu connus. Ils m’ont été donnés par le prince Repnin, adjudant général de l’empereur de Russie. Le général Moreau vivait en Amérique depuis le temps du Consulat. Lorsque les puissances coalisées contre la France, en 1813, virent que la couronne de Napoléon commençait à chanceler, ils pensèrent qu’un des moyens qui pourrait jeter la désunion dans l’armée française, sans cependant donner de l’ombrage aux intérêts de la coalition, serait d’opposer à Napoléon un des plus glorieux généraux de la République. Ils ne pouvaient en choisir un plus illustre que Moreau, et ils le sollicitèrent de se joindre à eux. Moreau, en cette occurrence, écouta plutôt ses vieux ressentiments que les intérêts de sa gloire et la pensée du devoir, et répondit à l’appel des ennemis de la France.Il arriva en Bohême au moment où l’Autriche venait de se prononcer. Les souverains alliés étaient réunis à Thereienstadt ou à Töplitz, avant de se présenter à eux, il prenait des soins de toilette et se faisait bourgeoisement la barbe, lorsqu’on frappa à sa porte « Entrez ! » s’écria-t-il un peu impatiemment. Un bel officier russe se présente. Moreau demande ce qu’on lui veut. « On doit la première visite aux grands hommes. C’est l’empereur de Russie qui vient voir le général Moreau ». Grande confusion chez le vainqueur de Hohenlinden, qui maudit la savonnette et le rasoir. « Continuez votre toilette », reprend gaiement Alexandre, en s’asseyant familièrement. Un  moment après, le Roi de Prusse qui imitait toujours ce que venait de faire l’Empereur de Russie, arrive à son tour ; nouveaux compliments ; lorsque la toilette fut achevée, Alexandre dit : »Maintenant, il y en a un troisième à voir, mais celui-là ne viendra pas à vous, nous allons vous conduire chez lui. » C’était l’empereur d’Autriche. Dès ce moment, Moreau fut sous le charme. Peu de jours après, Alexandre partait pour attaquer Dresde ; il était en calèche avec les officiers qui devaient l’accompagner. Moreau restait en arrière, l’intention des alliés étant de ne l’employer que lorsque leurs armées s’approcheraient du Rhin. Il était à pied près de la voiture : 

« Adieu, général Moreau, dit Alexandre, en lui tendant la main, nous nous verrons bientôt. –Sire, reprend Moreau, je ne puis prendre mon parti de voir partir Votre Majesté sans l’accompagner.-Vrai, cela vous ferait plaisir ; eh bien, montez. Il faudra cependant qu’un de ces Messieurs vous prête un uniforme pour que nos troupes sachent que vous êtes de nos amis. »  Ainsi fut fait ; deux jours après on se battit ; dans un engagement d’avant-garde, le 25 août 1813, on fit quelques prisonniers, et dans le nombre il se trouva deux ou trois vieux soldats de la Garde, faisant partie du dépôt laissé à Dresde, lorsque l’Empereur s’en était éloigné, car au premier moment on avait tout utilisé. Moreau l’apprit et désira voir ces anciens serviteurs ; il les interrogea sur leurs premières campagnes, et d’après leurs réponses, il leur désigna le corps, la brigade, l’armée dont ils faisaient partie et les noms de leurs chefs. Ces soldats étaient surpris qu’un général russe connut ces détails. L’un d’eux le regarde fixement, recule de deux pas et s’écrie : Le général Moreau ! Vive la République ! ». 

Le prince Repnin, présent à cette scène, nous dit qu’elle avait produit un grand effet sur les assistants. Le cri échappé au pauvre prisonnier qui, entouré d’ennemis, jette au transfuge cette exclamation, ce reproche sanglant, qui reportait Moreau au jour où il faisait, lui aussi, entendre ce même cri pour entraîner les Français à la lutte avec ces ennemis qu’il venait servir maintenant. 

« Cette noble apostrophe, disait le prince Repnin, nous remplit tous d’une haute estime pour ce brave soldat, et nous le lui témoignâmes vivement. » 

Deux jours après, Napoléon conduisait son armée à l’un de ces triomphes auxquels il l’avait accoutumée. L’Empereur de Russie et Moreau étaient à cheval côte à côte, suivant un chemin étroit et défoncé qui aboutissait à un plateau découvert, sur lequel étaient des réserves d’artillerie. Au débouché du chemin, le passage était très resserré. Moreau tint son cheval pour laisser passer l’empereur. « Passez, dit celui-ci avec courtoisie, sur le champ de bataille le pas est aux généraux. » Moreau pousse son cheval ; il n’est pas en avant d’une demi-longueur qu’un boulet tiré d’écharpe fait entendre un terrible sifflement. 

Le cheval de Moreau et celui de l’empereur de Russie se cabrent et retombent aussitôt. 

« Grand Dieu ! s’écria tout l’état-major, l’empereur est atteint !- Non, dit Alexandre, mon cheval a eu peur, voilà tout. » Moreau ne se relève pas : il avait les deux jambes emportées et son cheval le corps fracassé ; il mourut six jours après. 

« C’était un boulet providentiel, disait le prince Repnin en terminant son récit ; car, après tout, ce n’est pas beau de combattre dans les rangs de l’ennemi de sa patrie, et puis, ajoutait-il avec l’orgueil d’un vrai Russe. Si Moreau eut vécu, on lui eut attribué tous les succès de la campagne, et c’est à nous qu’ils appartiennent. » 

(RILLIET DE CONSTANT, « Journal d’un sous-lieutenant de cuirassiers », dans l’ouvrage « En campagne avec Napoléon. 1813. Récits et Témoignages », Editions Pierre de Taillac, 2013.

 

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( 29 août, 2014 )

Sous le dôme des Invalides…

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Une série de photos réalisée le 23 août 2014. Cliquez sur chacune d’elle afin de les agrandir.

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« Je désire que mes cendres reposent, sur les bords de la Seine, auprès de ce peuple français que j’ai tant aimé… » (Extrait du Testament de l’Empereur).

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Non loin de lui reposent deux de ses plus grands serviteurs: les généraux Bertrand et Duroc.

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( 29 août, 2014 )

Napoléon superstitieux ?

« Napoléon était, de plus, très superstitieux, intraitable sur le nombre treize et sur le vendredi. Ainsi, pour un déplacement, le quantième du mois avait été fixé sans tenir compte du jour. Ce jour-là était un vendredi. L’Empereur en étant informé, avança son départ et partit le jeudi. »

 (Dr Poumiès de la Siboutie, « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910,  p.99).

N1

( 28 août, 2014 )

« Si j’ai besoin de vous, je saurai vous trouver… »

Comte Jules Angles 

Rapport du comte Anglès en date du 25 août 1814.

« Les bruits les plus extraordinaires continuent à se propager relativement à Bonaparte. Ainsi, on parle dans la ville de Chambéry d’une lettre écrite de l’île d’Elbe par un soldat de la Garde à l’un de ses camarades et dans laquelle se trouveraient ces mots : « Nous sommes bien nourris et bien payés ; nous gardons la cage, mais l’oiseau n’y est plus ». D’autre part, il se débite à Gênes, que Bonaparte a répondu  à des officiers français et italiens qui avaient été lui offrir leurs services : « vous voyez que je ne peux pas vous employer; mais, retournez dans vos foyers. Si j’ai besoin de vous, je saurai vous trouver ».

On ajoute que, Napoléon ayant demandé à quelques officiers et soldats comment ils se trouvaient dans l’île d’Elbe, ils avaient répliqué : « Fort mal ; cette île ne vaut pas la France ! »-Il leur aurait dit alors : « Allez, mes amis ; sous peu, je vous mettrai ailleurs ! »

Ces propos, où perce si fortement l’esprit de parti et de haine me sont transmis par le préfet de Marseille. Ils contiennent, sans doute, beaucoup d’exagération, mais ils indiquent, au moins, avec quelle aveugle confiance on accueille toutes les paroles qu’on prête à Bonaparte, quelques absurdes qu’elles soient; combien les regards sont tournés vers lui et combien de gens lui supposent encore un avenir conforme à leurs coupables espérances ! De son côté », il leur semble encore menacer tout ce qui l’environne, si l’Europe ne prend des moyens efficaces pour l’empêcher d’y être dangereux. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], pp.106-107).

 

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( 28 août, 2014 )

« Porte-drapeaux des armées de Napoléon » n°13…

Paru ce jeudi 28 août, ce nouveau numéro représente le porte-étendard des grenadiers à cheval de la Garde Impériale. Le prochain, dans quinze jours, sera le porte-drapeau de la 9ème demi-brigade de bataille en Égypte. (En kiosque, 11.99 euros).

H13

 

 

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( 28 août, 2014 )

Retour sur un livre…

1814-1815

France-Info  a rediffusé ce matin, dans sa série « Le Livre de l’été »,  mon entretien réalisé à propos de « Napoléon. La dernière bataille. Témoignages, 1814-1815 «  (Omnibus, 2014). C’est ici :

http://www.franceinfo.fr/emission/le-livre-du-jour/2014-ete/le-livre-du-jour-ete-2014-du-28-08-2014-08-28-2014-06-10

 

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( 28 août, 2014 )

La bataille de Dresde: « Une victoire à peu de frais. »

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Les 26 et 27 août 1813, s’est déroulée une des plus célèbres batailles de l’Empire. La Grande-Armée la remporta avec un minimum de pertes ; c’est ce qui fait écrire au cuirassier Auguste Thirion : « Il était difficile de remporter une victoire à aussi peu de frais « .

Une bataille de deux jours. 

Selon Alain Pigeard,  » Napoléon était accouru pour défendre la ville de Dresde, capitale de la Saxe et de son allié. Dès le 26, Schwartzenberg s’était établi sur les collines qui dominaient la ville et les positions françaises, mais attendait l’arrivée des Prussiens avant de commencer les hostilités. Malgré ce désir, toute l’armée alliée se jeta sur les positions de Gouvion Saint-Cyr le 26 à 15 heures. Les troupes françaises luttèrent à quatre contre un et furent rejetées du Gross-Garten et du parc Moczinski, au moment où l’Empereur arriva avec la Jeune Garde et la cavalerie de Murat ; les Alliés furent immédiatement rejetés et regagnèrent leurs positions initiales. Le lendemain, la bataille s’engagea sous une pluie battante ; c’est dans cette partie du combat que le général Moreau, ancien héros de Hohenlinden, opposant à Bonaparte et devenu conseiller militaire du tsar avec Jomini, eu les jambes broyées par un boulet tiré par l’artillerie à pied de la Garde. Murat et Victor rejetèrent les Autrichiens et firent de nombreux tués ou prisonniers. Schwartzenberg craignant de voir couper sa ligne de retraite sur la Bohême, abandonna le champ de bataille et la capitale de la Saxe fut libérée. » 

Quelques chiffres. 

Alain Pigeard indique que les forces françaises sont de 120 000 hommes (le 27) ; les forces ennemies 140 000 hommes (le 29). Les pertes françaises sont de 8000 tués et blessés ; celles ennemies de 27 000 tués, blessés et prisonniers.

Un témoignage… 

Auguste Thirion était sous-lieutenant au 9ème cuirassiers. Il assista à la bataille de Dresde et en a laissé un intéressant témoignage contenu dans ses  » Souvenirs militaires  » :   » Depuis quarante-huit heures, toutes les cataractes du ciel étaient ouvertes sur nos têtes, et si nous n’étions pas des chevaliers de triste figure, on pouvait au moins dure que nous étions des cuirassiers faisant tristes figures ? Mouillés, harassés, manquant totalement de vivres, autant pour nos chevaux que pour nous, pataugeant dans un sol trempé, voilà dans quelles conditions nous nous présentions à la bataille de Dresde. Il est vrai que l’ennemi, aux vivres près dont il ne manquait pas, partageait avec nous l’inclémence de l’atmosphère. Une chose remarquable et heureuse pour nous, fut que l’ennemi ne nous présenta presque que de l’infanterie, et voici en quoi il fut heureux. Les fusils à pierre et à bassinet tellement mouillés qu’ils ne purent faire feu ; de l’infanterie de l’atmosphère. La bataille s’engagea par le feu des batteries, qui dura assez longtemps, et comme les deux armées tenaient bon, nous reçûmes l’ordre d’avancer sur les carrés ennemis, car toute cette infanterie était formée en carrés, manœuvre usitée quand elle est opposée à la cavalerie. A mesure que nous approchions, nous fûmes forcés de nous convaincre que nous faisions là une attaque à l’eau de rose, car sur un carré de 1500 baïonnettes sur lesquelles mon régiment marchait, il n’y eut que 50 fusils qui purent faire feu, et, avançant toujours, nous finîmes par arriver à portée des baïonnettes, dont cette infanterie fit le meilleur usage qu’il lui était possible. Elle lançait avec vigueur contre le poitrail ou les naseaux de nos chevaux et nous fûmes tenus ainsi pendant assez longtemps sans pouvoir entamer le carré, soit que nos chevaux fussent effrayés de ce mouvement, soit que les cavaliers ne fissent point usage des éperons, aucun d’eux ne voulant sacrifier son cheval. Si nous avions chargé cette infanterie de la vigueur de nos chevaux, elle n’eût pas essayé de tenir, persuadée qu’il lui aurait été impossible de résister au choc d’une masse lancée avec impétuosité, mais nous arrivâmes au pas et elle se défendit aussi bien que cela lui fut possible.  J’ignore combien de temps nous serions restés dans cette respective et très extraordinaire position, les cuirassiers, le sabre haut et la menace à la bouche, l’infanterie se livrant à une gymnastique de baïonnettes violente et incessante, si un homme du régiment ne s’était écrié ;:  » Prenons les pistolets !  » Le conseil fut immédiatement suivi, les schabraques furent levées, les fontes découvertes et les pistolets, qui étaient parfaitement à l’abri de la pluie qui paralysait les fusils, furent saisis et dirigés sur ces malheureux Autrichiens, qui cessèrent aussitôt toute résistance, jetèrent leurs armes par terre et la cavalerie pénétra dans le carré, qui se rendit prisonnier ainsi que les autres qui couvraient le champ de bataille. Il était difficile de remporter une victoire à aussi peu de frais. «  

Le général Moreau à Dresde ou la fin d’un traître…. 

Le colonel d’artillerie Noël, alors major, est lui aussi engagé à la bataille de Dresde. Voici ses impressions sur la bataille et la mort de Moreau :  » 27 août. Le lendemain c’est à notre tour de prendre l’offensive. L’ennemi, sous le coup de son échec, se tient sur la défensive. Connaissant son adversaire, il s’attend bien à être attaqué. La tâche pour nous n’est pas facile. L’ennemi, outre qu’il nous est bien supérieur en nombre, occupe sur les hauteurs d’excellentes positions, ses deux ailes appuyée à l’Elbe, à gauche et à droite. Il nous faut le débusquer des hauteurs et le rejeter sur les montagnes de la Bohême d’où il est sorti, sa seule ligne de retraite, et dont le général Vandamme doit lui fermer l’accès. Il fait un temps affreux, il a plu toute la nuit. Nous sommes mouillés jusqu’aux os et un épais brouillard couvre par moment tout le pays. Comme nous sommes les assaillants, ce brouillard nous est favorable, en ce qu’il dérobe à l’ennemi nos dispositions d’attaque. L’Empereur porte ses principales forces sur ses ailes, et, pour tromper l’ennemi, commence l’action, vers six heures du matin, par une violente canonnade au centre. Il surveille en personne le feu, et pour en activer encore la violence, il fait avancer l’artillerie de la garde. Une de ces batteries tire sur un groupe de généraux et d’officiers supérieurs qu’on aperçoit par intervalles, sur la hauteur, et un de ses boulets coupe les jambes du général Moreau, qui se trouve parmi eux. Triste fin pour un officier français, si glorieux, et qui, après avoir rendu de grands services à son pays, s’est laissé entraîner, par une jalousie et une haine personnelles, jusqu’à porter les armes contre lui et contre ses anciens frères d’armes, qui lui avaient pourtant conservé une vive sympathie. Le général Moreau, excellent général, ne peut pourtant pas, pour le génie militaire, être comparé à Napoléon. On n’a, pour en juger, qu’à comparer la campagne de l’armée du Rhin à celle de l’armée d’Italie. En dehors des choses de la guerre, c’était un caractère incertain, et il s’est laissé entraîner par les mauvais conseils de Bernadotte. A son tour, il a entraîné son ancien aide de camp Rapatel, qui, lui, fut tué d’une balle française à La Fère-Champenoise. Un boulet pour le général, une balle pour l’aide de camp, c’était la récompense de leur honteuse conduite. Lorsque, quelques jours après, on connut à l’armée la mort de Moreau, elle y causa plus de satisfaction que de regrets, malgré les bons souvenirs qu’il y avait laissés. On ne lui pardonnait pas de s’être joint à nos ennemis et de les avoir aidés de ses conseils. Si Moreau n’eût été tué à Dresde, il aurait continué à se battre contre nous ; il serait entré à Paris à la droite d’Alexandre, serait devenu un des hauts dignitaires des Bourbons, et son nom serait flétri comme celui du traître Marmont. Sa mort lui a fait pardonner sa conduite, et aujourd’hui on ne compte plus se souvenir que des services rendus. «  

Pour en savoir plus sur le sujet : 

Colonel NOEL :  » Souvenirs d’un officier du Premier Empire (1795-1832). Edition annotée et complétée par Christophe Bourachot « . A la Librairie des Deux Empires, 1999.

Auguste THIRION :  » Souvenirs militaires « . A la Librairie des Deux Empires, 1998.

Alain PIGEARD :  » Dictionnaire de la Grande-Armée « . Tallandier, 2002.

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( 27 août, 2014 )

Le VOL durant la CAMPAGNE de RUSSIE…

Le VOL durant la CAMPAGNE de RUSSIE… 06509433Durant la retraite les soldats, dit Pion des Loches dans ses mémoires, étaient devenus voleurs. Ils volaient à un camarade un reste de galette ou un morceau de cheval. Ils jetaient un malade à bas de sa monture pour lui prendre la bête et la dépecer à coups de sabre ; ce qui se faisait si vite qu’en un quart d’heure le cheval n’était plus qu’un squelette. Plus d’un officier se croyait suivi par son cheval et tout à coup il remarquait qu’il n’avait lus que les rênes passées autour du bras ; il se retournait ; le cheval était pris, découpé, partagé. L’habitude du pillage et l’égoïsme qui régnait avaient étouffé toute probité ; On volait l’argent, les bijoux, les vêtements. Il fallait tout porter sur soi, et encore ! On enlevait des fourrures sur le dos des chevaux  et la marmite sur le feu. La nuit, les voleurs se mettaient à crier  hourra et à tirer des coups de fusil pour faire peur à leurs compagnons et saisir sans danger ce que les poltrons abandonnaient. La manière dont on vole, dit le futur maréchal de Castellane, dans son « Journal », est horrible. On prit à Chabot, pendant son sommeil, son chapeau sur lequel il appuyait la tête. Même au pont de la Bérézina, des traînards profitèrent de l’embarras pour piller les voitures et enlever les chevaux. Même le pont franchi, le vol continua ; ceux qui venaient de passer furent dévalisés de vive force par des soldats du 1er corps  qui leur prirent leur porte-manteau.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  p.101)

 

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( 26 août, 2014 )

Août 1813, les Anglais débarquent ! Extrait d’une lettre de Cambacérès…

Août 1813, les Anglais débarquent ! Extrait d'une lettre de Cambacérès... cambaceres2

Voici un fait peu connu. Je n’en avais jamais entendu parlé. Et puis il y a cet extrait tiré d’une lettre de l’archichancelier Cambacérès à Napoléon. Nous ne sommes pas en Espagne, ni dans les Pyrénées…

C.B.

[Paris] 26 août 1813

 » Dans la nuit du 17 au 18 [août 1813], les Anglais ont opéré un débarquement simultané d’environ 800 hommes, sur cinq points différent de la côte entre La Ciotat et Marseille. Malgré le feu des batteries, ils ont incendié une maison du village de Cassis, se sont emparés de deux avisos et d’une vingtaine de bâtiments marchands. On a su cet événement par la gendarmerie et par le préfet des Bouches du Rhône qui se plaint de la négligence et de l’insouciance avec lesquelles s’exercent la surveillance et la défense des côtes de son département. [Thibaudeau, préfet des Bouches-du-Rhône, n’y fait pas allusion dans ses « Mémoires »]. « 

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Extrait de la lettre n°1247, p.1032).

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( 25 août, 2014 )

Au hasard de mes lectures…

Au hasard de mes lectures...

De l’Autriche à la Belgique en passant par les Seychelles…

Louis-Jacques Romand est né en 1790 à Vauconcourt-Nervezain (Haute-Saône), en Franche-Comté, et installé avec ses parents à Pesmes est tiré au sort en mars 1809 afin d’être incorporé dans la Garde Impériale (1er régiment de fusiliers-chasseurs). Il participe à la campagne d’Autriche au cours de laquelle il est blessé assez grièvement d’une balle qui lui traverse le corps (« de la hanche gauche à la hanche droite » précisent ses états de services figurant sur le site « Léonore » de la Légion d’honneur -cote LH/2376/64- accessibles à tous sur le net). Romand reste deux mois à l’hôpital. Puis le voici à Paris (en juillet 1809) encore convalescent. Après un casernement de cinq à six mois, au cours duquel  il travaillera dans les bureaux du quartier-maître de son régiment, le voici expédier sur l’Île de France, l’île Maurice, alors possession française et menacée par les Anglais (elle deviendra leur propriété en 1810 et ce jusqu’en…1968 !). S’en suit un chapitre maritime; notre grenadier se transformant en matelot de guerre (passé sergent-major au 1er bataillon expéditionnaire en novembre 1810). A la mi-décembre 1810 (donc durant les dernières semaines où l’île était encore française), Romand s’embarque à bord de La Clorinde (suivie par deux autres bâtiments). Cette partie du récit est dépaysante par les situations vécus : combats navals, escale aux îles Seychelles, où l’auteur rencontre des autochtones et une quarantaine de personnes tous français et « déportés dans cette colonie comme complices de la machine infernale qui éclata à Paris le 3 nivôse an 9 sur le passage du premier consul Bonaparte, pour attenter à ses jours ». Le 24 juin 1811, c’est à l’île de Diégo-Garcia, véritable petit paradis terrestre, qu’il jette l’ancre pour se ravitailler. L’équipage laisse les noirs qu’il a embarqués au Seychelles en paiement des vivres emportés. C’est en octobre 1811, que Romand retrouve la France. Après deux mois de repos il est affecté au 70ème régiment d’infanterie de ligne basé à Brest puis, plus tard au 100ème de ligne en dépôt à Metz (sergent-major dans ce régiment en mai 1812; puis adjudant-major en mai 1813). En 1813, Romand participe à la campagne de Saxe, il est présent à Dresde où il voit Napoléon s’exposant au feu de l’ennemi. Romand est blessé une nouvelle fois (par un éclat d’obus  à la tête, cette fois). Fait prisonnier le 10 septembre 1813, à Töplitz, Romand ne retrouve la France qu’en juillet 1814, lors de la première Restauration. Il reprend du service actif après le retour de l’Empereur de son île d’Elbe, en mars 1815 et participe à la campagne de Belgique (Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 3 avril 1815). Romand se bat à Ligny où il est blessé à la tête le 16 juin 1815. Nous le retrouvons enfermé dans la place de Cambrai encerclée par les Anglais mais livrée par les habitants eux-mêmes ! Nous sommes le 24 juin 1815. Louis-Jacques Romand rentre dans ses foyers à Pesmes le 27 septembre 1815. Ses états de service nous apprennent encore qu’il est admis ensuite à la Légion du département de la Haute-Saône (en mars 1816) avant d’être renvoyé chez lui en congé illimité le mois suivant. Il s’est éteint en 1862.

Si son témoignage, est à lire sans hésitation, il est regrettable que le publicateur de 1981, n’ait pas rectifié les erreurs commises par Romand et les fautes d’orthographe de l’auteur qui utilisait le français populaire en usage à l’époque. A noter également, l’absence de notes critiques mettant en lumière les propos de Louis-Jacques Romand.

C.B. 

Louis-Jacques ROMAND, « Mémoires de ma vie militaire, 1809-1815. L’extraordinaire odyssée d’un franc-comtois dans la tourmente des guerres napoléoniennes. Manuscrit inédit de 1819. Recueilli par Mademoiselle Françoise BARTHELET », Besançon, 1981, 82 p.

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( 25 août, 2014 )

NAPOLEON, l’EMPEREUR IMMORTEL…

NAPOLEON, l'EMPEREUR IMMORTEL... dans A LA UNE ! 192b31

Ile de Sainte-Hélène, 5 mai 1821… Celui qui a marqué le monde de son impériale empreinte n’est plus. A peine son dernier souffle exhalé, l’Empereur est enterré dans le petit coin de l’île qu’il affectionnait, sous un saule, gardé par un vigile anglais… 

Près de vingt ans plus tard, il fait son entrée, dans sa capitale, par un froid digne de la Bérézina. Une température qui ne découragea pas les cent mille spectateurs présents en ce 15 décembre 1840. La Légende était déjà en marche et rien ne pouvait l’arrêter…  Plus d’un siècle et demie après, dans une France bien plus fade que celle de l’Empire, on parle toujours de Lui. Visionnaire extraordinaire, ne l’avait-il pas prévu ? 

Lui, l’Empereur, le Petit Caporal, le Petit Tondu ; et même le « Patron » comme le surnomme affectueusement encore aujourd’hui un célèbre historien de notre connaissance. Et son nom, cette « équation magique », franchit les frontières, traverse les océans : Napoléon est mondial. De La Havane à Tokyo, de Londres au Cap, l’Empereur est omniprésent.   

Dès sa mort, et même avant, on a vu surgir une nouvelle Grande-Armée : celle des 80 000, 85 000 livres, qui parurent sur lui et son époque. Biographies, mémoires, souvenirs, études en tout genre, en toutes langues ; et ce n’est pas fini ! Autant de pierres massives qui forment un gigantesque monument dédié à la postérité. Napoléon peut être fier de ses nouveaux maréchaux : Les Louis Madelin, Frédéric Masson, Henry Houssaye, Jean Thiry, Henry Lachouque, Louis Garros, Georges Mauguin, Ben Weider… et de ses généraux, parmi les vivants ceux-là : Alain Pigeard, Jean Tulard, Jean-Claude Damamme, Albert Martin… Sans parler de la multitude des passionnés, de tous ces anonymes qui rétablissent quotidiennement les vérités d’une époque trop souvent méconnue, voire déformée par certains incultes. Chateaubriand (pourtant si génial par ailleurs), Lewis Goldsmith, Jean Savant, Henri Guillemin, Roger Caratini, Lionel Jospin : depuis 1815 on l’a tant calomnié ! 

« Lui », c’est d’abord cet extraordinaire organisateur civil et la France républicaine (depuis un certain 4 septembre 1870) n’a pas de leçons à donner à la France de l’Empire !   Conseil d’État, Banque de France, Cour des Comptes, École polytechnique, Lycées ; Baccalauréat, Légion d’honneur, conseil des Prudhommes… 

« Lui » c’est aussi le « Grand Capitaine« , cité comme tel par nombre de contemporains. Cet empereur que l’Europe des rois, à la solde de l’Angleterre, n’a jamais accepté parce qu’il était d’abord l’héritier de la Révolution. Napoléon, n’en déplaise à certains, a bien laissé un chapelet de noms évocateurs à la postérité : Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram… Ses victoires comme ses défaites font désormais partie de l’Histoire. 

Vaincu dans les plaines de Belgique, lors de cette bataille de Mont-Saint-Jean que les anglais nommèrent « Waterloo », cet homme porteur d’idées nouvelles n’est pas mort : ressuscité par un jour de décembre 1840, il est plus que jamais vivant !  

« J’ai vu passer l’âme du monde » écrivit Hegel, ce philosophe allemand qui aperçut Napoléon à Berlin en 1806. « L’âme du monde« , belle définition pour un empereur immortel… 

C.B.

 

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( 24 août, 2014 )

« Vergogna ! » ou le jardin des Mulinis à l’abandon (Ile d’Elbe).

Comment laisser en friche cet endroit que Napoléon affectionnait particulièrement ? A lire, cet article: 

http://www.lefigaro.fr/jardin/2014/08/22/30008-20140822ARTFIG00056-le-jardin-de-napoleon-sur-l-ile-d-elbe-est-en-friches.phpL

Les Mulinis Ile Elbe

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( 24 août, 2014 )

Tous à Valence !

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( 24 août, 2014 )

« A qui le tour ? »

Chasseurs elbe

Châtiment de quelques déserteurs corses.

La Madonne, 24 août 1814.

Faites tirer au sort les cinq déserteurs corses qui ont fait le coup de fusil, et faites punir celui que le sort désignera suivant toute la rigueur des lois. Dans le cas où il y aurait parmi eux un sergent ou un caporal, vous ne les ferez pas tirer, et celui-là paierait pour tous. Je pense que ce corps est mal administré. Envoyez-y comme inspecteur le général Bertolosi, qui en passera la revue et donnera des notes sur tous les officiers. Qu’il leur dise que je ne veux garder personne de force et que tous ceux qui voudront s’en aller peuvent le demander. Il leur fera contracter un nouvel engagement, afin qu’ils n’aient plus de prétexte pour se plaindre qu’on leur a promis d’être dans la Garde [Il y a encore ici une transposition, due soit à une négligence du copiste, soit à la rapidité du débit de Napoléon. L’expression la plus correcte et la plus claire serait : « afin qu’ils n’aient plus pour se plaindre le prétexte qu’on leur a promis, etc. » Note de L.-G. Pélissier]

(  »Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er . Publiés par Léon-G. Pélissier  », A. Fontemoing, Editeur, 1897, pp.86-87).

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( 24 août, 2014 )

Un malheureux colonel…

snb16281.jpg  (Image d’illustration)

François-Joseph Tavernier, né à Colmar en 1769, chasseur à cheval en 1788, maréchal des logis en 1792, sous-lieutenant en 1793, lieutenant en 1796, capitaine en 1796, capitaine en 1797, chef d’escadron en 1807, fut promu le 16 mai 1809 adjudant commandant chef d’état-major de cavalerie et le 15 août 1809 de la même année baron de l’Empire. Mais la campagne de Russie marqua la fin de sa fortune. Il y reçut, le 25 juillet, à Ostrowno, un coup de feu, et, comme il dit, il y perdit tout. Depuis lors, il fut malheureux et, à son avis, le plus malheureux de tous les officiers. Il n’obtint pas le grade de maréchal de camp ou, s’il l’obtint, ce fut à titre purement honorifique, le 23 octobre 1822, lorsqu’il prit sa retraite. Dans la lettre que nous publions et qu’il adresse à un ami,-elle ne porte pas de date, mais elle doit être de 1830- il retrace ses déboires qui commencent en 1812, lorsqu’il servait dans cette « malheureuse armée » qui fit la campagne de Russie. 

Arthur CHUQUET. 

Je suis, mon ami, l’officier supérieur le plus maltraité de l’ancienne armée et peut-être le plus malheureux. J’ai fait toutes les campagnes de la Révolution ; j’ai reçu sept blessures et j’ai obtenu tous mes grades sur le champ de bataille jusqu’à celui de maréchal de camp honoraire que j’occupe et dont on a bien voulu me gratifier après dix années de grade de colonel. A la campagne de Russie, j’ai perdu vingt-deux chevaux, fourgon, équipages, effets, argent, enfin tout. Je n’en ai reçu aucune indemnité, pas même les 1.500 francs qui avaient été accordés comme gratification à tous les officiers supérieurs de cette malheureuse armée. Arrivé à Brunswick, le général Belliard me donna l’ordre d’y rester pour réunir tous les cavaliers qui revenaient de cette campagne, ce qui, sans doute, a été cause, ce qui, sans doute, a été cause que je n’ai point obtenu le grade de maréchal de camp, à l’instar de tous mes collègues.  Je fus donc obligé de me remonter en tout, et le malheureux sort me poursuivit tellement que je fus fait prisonnier de guerre à la capitulation de Dresde, où j’étais encore obligé de laisser chevaux et fourgon et de me défaire à vil prix de mes autres chevaux de selle, ayant été conduit en Hongrie où je restai six mois.  Rentrant en France, j’y trouvai l’ennemi qui m’avait tout pillé, au point que, pour la sustentation de ma famille, je fus dans le cas de vendre ma maison et de me mettre en loyer. Pendant les Cent-Jours, en 1815, je reçus l’ordre d’aller à Toulouse, de là à Bordeaux. J’y achetai des chevaux pour faire cette nouvelle campagne. A peine les avais-je depuis quinze jours que je reçus l’ordre de me rendre en poste à Strasbourg sous les ordres du général Rapp qui ‘avait demandé pour sous-chef de son état-major. Encore, d’après cela, obligé de me défaire de mes chevaux à Bordeaux et d’en acheter d’autres à Strasbourg ! Eh bien, je n’ai reçu encore une fois aucune indemnité de toutes ces pertes !

Pas une obole ! 

Enfin, mon ami, pour en finir, je vous dirai qu’il me reste pour toute fortune ma seule pension de retraite de colonel et que j’ai femme et trois enfants, dont un garçon de quinze ans pour lequel je paie déjà 1.000 francs de pension. 

—————

Ce personnage figure dans le « Dictionnaire des colonels de Napoléon » de Bernard et Danielle Quintin (SPM, 1996, pp.820-821).

 

  

 

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( 23 août, 2014 )

Une lettre du colonel Jerzmanowski à un ami.

Jerzmanowski 1779-1862

Le colonel Jerzmanowski [1779-1862] ; commandant les Polonais de la Garde Impériale, envoie à un certain M. de Girardot, toute sorte de détails sur l’île d’Elbe et sur l’île de Pianosa et sur la fête du 15 août [1814].

Arthur CHUQUET.

Porto-Ferrajo  (Portoferraio], 23 août 1814.

Ce pays est rempli de voyageurs. Beaucoup de personnes viennent s’y établir. Il nous arrive tous les jours beaucoup d’officiers, italiens et étrangers sans emploi, aux =quels l’Empereur fait de petites pensions.

On forme ici une nouvelle colonie à l’île de Pianosa dépendante de l’île d’Elbe. Cette île, quoique fertile, n’avait point d’habitants. Les pirates les en avaient chassés depuis longtemps. On y construit un fort et beaucoup de familles veulent s’y établir. Cette île jadis florissante servait d’exil à un empereur romain (je crois Agrippa]. On y voit quelques ruines de l’Antiquité. L’Empereur s’occupe beaucoup de cette île; il y passe quelquefois quelques jours à la chasse.

Nous avons eu des fêtes brillantes le 15 août. Toute l’île était illuminée pendant deux jours. On avait construit une salle où étaient réunies toutes les dames de l’île. Entre beaucoup de transparents et d’allégories on a remarqué Jupiter dans l’île de Crète [le parallèle fait avec la situation de Napoléon à ce moment-là est quelque peu flagrant]

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, pp.436-437)

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( 22 août, 2014 )

Le CAPITAINE MOURA aux TUILERIES le 20 MARS 1815…

tuileries.jpg

Au matin du 20 mars 1815, Exelmans, à la tête d’officiers à la demi-solde, occupe les Tuileries et fait arborer le drapeau tricolore.

Le personnel de la cour impériale, grands et petits, réoccupe le palais, et dans la salle du Trône les belles dames arrachent du tapis les fleurs de lys pour faire reparaître les abeilles. A 9 heures du soir, l’Empereur arrive, tiré de sa voiture, porté de bras en bras dans le vestibule et sur l’escalier ; il dit tout bas au capitaine d’Hauteroche qui lui tient une jambe et la serre un peu fort : « Là, là, mon enfant, doucement, doucement ». Un autre capitaine se faisait remarquer dans cette foule enthousiaste. C’était Moura. Moura qui, le matin, avait fait flotter sur les Tuileries le drapeau tricolore, Moura, qui, le soir, monta la garde, un fusil en main, à la porte de l’appartement impérial. 

« Le 20 mars 1815, écrivait-il plus tard, jour de la rentrée de Napoléon, Moura se trouvait aux Tuileries à 9 heures du matin, au moment où le général Exelmans prit le commandement de ce palais. C’est Moura qui, par ordre d’Exelmans, eut l’insigne honneur d’arborer le drapeau tricolore au pavillon de cet édifice. Et lorsque, le soir du même jour, l’Empereur fut rentré dans Paris, ce fut Moura qui, par suite des mêmes ordres, eut la faveur plus grande encore d’être, le premier, placé avec un fusil en sentinelle à la porte de l’appartement du  grand homme.

Exelmans, aujourd’hui maréchal [il accède à cette dignité en 1851], est là pour certifier ces deux faits si glorieux pour moi. » 

Qui était ce Moura ? Un Portugais. 

Antoine-Joachim Moura, né le 16 février 1786 à Oporto, cadet en avril 1801, et second lieutenant en février 1809 au 4ème régiment d’artillerie portugais, fut blessé d’un coup de feu et fait prisonnier à l’attaque d’Oporto. Le général Fririon, chef d’état-major de Soult, l’engagea à prendre du service en France. Moura y consentit. Attaché en avril 1809, comme adjoint, à l’état-major général de l’armée du Portugal, nommé le 20 mai 1811 capitaine adjoint par le duc de Raguse [Marmont] et employé  pendant seize mois à la 4ème division que commandait le général Sarrut, envoyé à Grenoble en 1814 au dépôt de la Légion portugaise, il fut définitivement promu capitaine de cavalerie le 15 janvier 1815 sur la recommandation de Fririon, de Heudelet et de Marmont qui reconnaît qu’il avait servi avec zèle. Après le 20 mars, il appartint à l’état-major de la division Berthezène qui faisait partie du corps de Vandamme. Il est blessé à Fleurus et nommé provisoirement chef d’escadron. Moura rentre à Paris après le licenciement de l’Armée de la Loire. Il est mis à Nancy sous la surveillance de la police.Il obtint des lettres de naturalité et, en vertu de l’ordonnance du 20 mai 1818, un traitement de non-activité pendant dix ans, de 1818 à 1828. Il pouvait donc être rappelé au service et il avait droit à une pension de retraite. Mais en 1821, il donna sa démission pour rentrer au Portugal. On le trouve toutefois en 1852 à Toulouse. Antoine-Joachim Moura avait en 1818 épousé la fille d’un avocat de Nancy, nommé Froment.

Arthur CHUQUET 

(« Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911). 

 

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( 21 août, 2014 )

Les cheveux du Pape…

Portrait-Pie-VII Extrait du rapport du comte Anglès, en date du 15 août 1814.

« Un curé de village (à Vitremont [Vitrimont, en Meurthe-et-Moselle]) officiait à l’occasion du dernier Te Deum. Il avait dit des choses tellement à contre-sens et elles avaient été prises tellement à contre-sens et elles avaient été prises tellement de travers que, lorsqu’il fut question de sonner les cloches pour ce Te Deum, tous les paroissiens s’y opposèrent et il s’établit une sorte de lutte publique entre lui et eux.

Dans un autre village, non loin de Lunéville, le curé prêchait contre Bonaparte, qu’il traitait de « scélérat et de damné », Il lui reprochait même  « d’avoir traîné le Pape [Pie VII) par les cheveux ». A ces mots, un des paroissiens se leva insolemment et cria tout haut : « Cela n’est pas vrai ! Je connais le Papa ; il n’a pas de cheveux ! ». Tout l’auditoire se mit à ricaner, comme dans une halle. De pareils incidents dispensent de rien dire de plus sur l’irréligion qui règne dans les campagnes. »

(Georges FIRMIN-DIDOT, « Royauté ou empire. La France en 1814, d’après les rapports inédits du comte ANGLES », Firmin-didot et Cie, 1897, p.99) 

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( 21 août, 2014 )

« Les journées de l’Empereur s’écoulaient dans les plus douces occupations. »

Ile Elbe 2014 2

Un extrait du témoignage de Guillaume Peyrusse, qui était à cette époque, « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ».

C.B.

15 août 1814. La fête du 15 août [celle commémorant la naissance de Napoléon] fut célébrée avec transport dans toute l’île. La ville de Porto-Ferrajo [Portoferraio] donna un bal à l’Empereur et à la Garde. Une vaste salle fut construite sur la place et ouverte de toutes parts, Sa Majesté ayant exprimé le désir que toute la ville prenne part à la fête[1]Les journées de l’Empereur s’écoulaient dans les plus douces occupations. Sa Majesté avait rassemblé tous les bulletins de ses campagnes d’Italie pour faire l’histoire de sa vie militaire. Aucun de nous ne pouvait assigner le moment où il sortirait de l’île. Tout le monde s’y plaisait. Nos rapports avec la France, avec nos familles, n’avaient jamais été interrompus. L’autorité du souverain se faisait à peine sentir dans l’île. La contribution foncière, qui s’élevait à 24,000 Fr., rentrait péniblement, Sa Majesté m’ayant fait connaître son intention de n’user de contrainte avec aucun contribuable. Tous les autres revenus publics étaient à jour. Notre petite souveraineté était paternellement administrée. Nous vivions, sous un climat doux et tempéré, heureux, satisfaits de lier notre existence à celle de Sa Majesté.

Mon service étant bien réglé, j’eus la curiosité de visiter un pays que je croyais devoir habiter longtemps.

L’île d’Elbe était connue des anciens et déjà habitée que Rome n’était pas encore bâtie. Virgile, dans le 10ème livre de l’Enéide, en faisant le dénombrement des troupes qui s’étaient rangées sous les drapeaux d’Enée, après son débarquement en Ausonie, y comprend trois cents guerriers venus de l’île d’Elbe.

Cette île forme un triangle presque équilatéral ; sa circonférence peut être portée à 24 lieues, en raison des enfoncements et des détours que présentent ses côtes.

Sa population, au moment de notre occupation, était de 12,000 âmes. Sous la domination successive des Etrusques, des Carthaginois, des Romains, des Vandales, des Génois, des Pisans et des Lucquois, elle échut à l’Espagne pour la conquête qu’en fit en son nom le vice-roi de Naples. Après diverses vicissitudes, l’île d’Elbe échut au roi de Naples qui, par le traité du 28 mars 1801, en fit la cession à la France.

Le sol de cette île est sec et aride. L’agriculture y est très bornée ; mais les vignobles y sont beaux et les vins d’une qualité excellente. Ses rochers renferment toutes sortes de métaux. La mine de fer la plus abondante est celle de Rio. Elle a des racines très profondes et s’étend l’espace d’un mille environ dans les flancs d’une montagne ; elle était en pleine activité et son revenu dépassait 300,000 Fr. Dans les environs de Rio, on trouve, comme en Sardaigne et en Corse, l’asbeste ou pierre d’amiante dont les filaments soyeux et incombustibles se filent et forment des tissus que l’on blanchit en les jetant au feu.

Certains cantons recueillent assez de blé pour la subsistance de leurs habitants ; dans les autres cantons, cette récolte est insuffisante. L’île d’Elbe fournit deux espèces de vins de dessert très estimés ; le vermouth, qui est composé de vin blanc et de plantes odorantes, et l’aleatico.

Le seul territoire de Rio manque de toute espèce de productions ; les habitants s’appliquent presque exclusivement à l’exploitation du fer, et les soins de l’administration de la mine préservent ce canton de la disette en payant aux mineurs une partie de leur salaire en grains.

L’arbre forestier manque partout ; on ne trouve guère  que des arbustes et des buissons de romarins et de buis.

Les Elbois sont attachés au sol qui les vus naître. L’amour du travail, la bravoure et la probité, ordinaire partage de l’homme laborieux, les distinguent particulièrement. Leur taille est ordinaire et régulière, leur constitution robuste. Leurs cheveux sont généralement noirs, leur peau brune, leur regard vif et pénétrant. Le costume des femmes se compose d’un chapeau de paille noir, d’un corset blanc et d’une jupe courte, rouge ou bleue.

Toute leur coquetterie, qui n’est pas sans charme, consiste en une fleur, des rubans, un gros anneau, de larges boucles d’oreilles et une chaîne en mauvais or.

Le sang des Elbois est beau ; on ne peut pas dire que les femmes soient jolies. Les habitations sont basses ; l’intérieur en est tenu avec propreté.

Ce peuple n’est pas très vif dans ses plaisirs. Ses danses offrent peu de gaîté ; son langage est un patois dérivé du Toscan ; l’Elbois est insouciant pour tout art industriel ; aussi ne trouve-t-on dans le pays ni fabrique ni manufacture.

Le commerce des Elbois consiste dans l’importation des grains, fromages, bestiaux, et dans l’exportation du sel, du thon, des vins, du vinaigre, du granit et surtout du minerai, que le défaut de bois dans l’île oblige de transporter pour le fondre et le travailler sur les côtes de Gênes ou de Corse.

L’île d’Elbe renferme deux villes, Porto-Ferrajo [Portoferraio] et Porto-Longone, et quelques bourgades et villages.

Porto-Ferrajo [Portoferraio], jolie petite ville, se présente sur une longue pointe de rochers très escarpés. Son port, vaste et profond, peut recevoir les plus gros vaisseaux. On y compte trois mille habitants. Les remparts dont elle est entourée, les fortifications qui la défendent, deux forts, la Stella et le Falcone, qui dominent la rade, ont fait de cette place une des forteresses les plus considérables de l’Italie.

Porto-Logone a aussi un beau port ; sa forteresse, construite sur un rocher, est presque inaccessible.

Rio, chef-lieu d’un canton de Porto-Longone, est une bourgade qui compte 1,800 âmes ; ses environs sont peu cultivés, parce qu’on s’y occupe exclusivement de l’extraction des mines de fer, qui donnent de 75 à 80 % d’excellent fer égal à celui de Suède et de Sibérie.

Les salines qu’on exploite sur la côte maritime de Porto-Ferrajo [Portoferraio], faisaient autrefois une partie des mieux assurées des droits régaliens du souverain. Le sel s’y prépare sans qu’on ait besoin de bois. La chaleur du soleil en opère la dessiccation et le rend d’une excellente qualité.

Tel était l’état de l’île lorsque l’Empereur vint l’habiter. Mes courses dans l’île me ramenaient tous les soirs à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Sa Majesté nous avait flattés dans l’espoir de voir bientôt arriver sur l’île Sa Majesté l’Impératrice et Sa Majesté le Roi de Rome. L’Empereur même avait annoncé que la Garde n’attendait que l’arrivée de Leurs Majestés pour rendre à la ville le bal qu’elle en avait reçu. Déjà des préparatifs de réception avaient eu lieu à Marciana, jolie petite résidence dans l’île ; on y bâtissait des cuisines, on y dressait des tentes ; le garde-meuble y faisait transporter les effets et objets d’ameublement nécessaires. Tout concourait à nous laisser dans l’espoir que Sa Majesté nous avait donné.


[1] « Le 15 août, la fête de l’Empereur fut célébrée dans l’île ; les autorités civiles, ecclésiastiques et militaires, vinrent présenter leurs respects à Sa Majesté. Un grand dîner eut lieu à cette occasion…La Garde ne voulut pas rester en arrière de la ville, elle voulut aussi donner sa fête. Lorsque la nuit fut venue, les artilleurs tirèrent un très beau feu d’artifice préparé par leurs mains. Le soir il y eut un bal public. Sa Majesté  après l’avoir vu commencer, rentra, changea son uniforme contre un frac bourgeois, mit un chapeau rond, et fut avec le comte Bertrand se mêler à la foule. » (Marchand, ibid., tome I, pp.61-62).

 

 

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( 20 août, 2014 )

La mort du maréchal Bessières, duc d’Istrie, d’après une lettre du colonel Saint-Charles.

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M. le maréchal, prince de La Moskowa, à la tête de son corps d’armée en marche, venait de tourner, suivi de son état-major dont je faisais partie, le village de Rippach, par sa gauche, et s’était arrêté à la hauteur de ses dernières maisons, ayant une large plaine en face et couverte de cavalerie étrangère qui faisait mine de vouloir s’opposer vigoureusement à la continuation de notre mouvement, lorsque M. le maréchal Bessières, arrivant près de M. le maréchal Ney celui-ci lui dit :

 « Ah ! Te voilà ! Que viens-tu faire seul ? Vois ! Si ta cavalerie était ici… La bonne besogne !

- Je viens de l’envoyer chercher, répondit M. le maréchal Bessières, et elle va venir là, ajouta le duc d’Istrie, en montrant la terre avec son doigt. » 

A ce moment même, une bordée d’artillerie fut lâchée sur notre groupe, et comme si elle avait fait long feu, un des derniers coups frappant M. le maréchal Bessières, l’enleva de dessus son cheval, le jeta de toute sa longueur à terre, en même temps que son sang et des lambeaux de chairs, dont je fus couvert en partie, furent projetés de tous côtés ! L’ennemi, dont nous étions très près, s’ébranla alors pour exécuter une charge, et M ; le maréchal Ney, tout en donnant ses ordres à ses troupes pour bien en recevoir le choc, s’écria : « Il ne faut pas le laisser là !  » Aussitôt, comprenant sa pensée, je me précipitai à bas de mon cheval que j’abandonnai, je m’emparai vite du corps de M. le maréchal Bessières, et en  cherchant un refuge quelconque, j’aperçus une espèce de ravin vers lequel je me dirigeai et au fond duquel je ne parvins qu’en me traînant, me roulant avec mon fardeau que je ne pouvais porter.  Là, ne pouvant plus rien voir, mais entouré des cris de « Hourra ! En avant ! ». Je saisis mon épée, et soutenant M. le maréchal dans mon bras gauche, j’attendais avec la résolution ferme de me défendre, de périr avec mon mourant, plutôt que de le voir arracher de mes bras et de devenir ainsi un trophée pour l’ennemi.

Ce fut M. le maréchal Ney qui parut le premier au sommet de mon ravin, lequel me demanda avec vivacité comment était le blessé. « Il a le corps tout déchiré », ses yeux tournent dans leurs orbites, il balbutie, et je ne le comprends pas, lui dis-je.

-Tenez, ajouta-t-il, en me jetant une fiole, tâchez de lui en faire avaler un peu. »

 J’essayai, mais les yeux très mobiles jusqu’alors se fixant, je vois les paupières se baisser et elles ne se relevèrent plus. »Il meurt ! M’écriai-je à M. le maréchal Ney, et, après un moment de silence, il me dit : Il faut l’emporter et cacher sa mort.

- Mais il est trop pesant, répliquai-je, je ne suis pas seul.- Je vais vous envoyer quelqu’un, dit-il. » 

Bientôt des soldats vinrent, et m’aidèrent à le porter dans la maison la plus voisine que je remarquai, et qui se trouva être celle d’un tisserand. Là nous le déposâmes sur un lit. Je lui ôtai son épée et ne trouvai dans ses poches qu’une montre et un mouchoir ; après quoi je le couvris de la couverture du lit d’un paysan, et comme j’étais à réfléchir sur ce qui me restait à faire, il se présenta un officier pleurant, à qui je demandai, par rapport à son uniforme, s’il était un des officiers de M. le maréchal ; et sur ce qu’il me répondit qu’il était un de ses aides de camp, je lui remis l’épée, la montre et le mouchoir. Je retournai ensuite à mon poste auprès de M. le prince de La Moskowa, à qui je rendis compte de ce qui venait de se passer, et après une pause et avec l’accent de la douleur, il prononça ces mots : « C’est notre sort…C’est une belle mort ».   

(Lettre du colonel en retraite Saint-Charles, insérée dans le journal « Le Commerce », du 6 novembre 1839 et reproduite dans l’ouvrage de Georges Bertin, « La Campagne de 1813 », E. Flammarion, 1895). 

____ 

Sur le maréchal Bessières, lire l’étude que lui a consacrée André Rabel en 1903 et qui a été rééditée en 2005 à la Librairie des Deux Empires. 

 

 

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( 19 août, 2014 )

UN MARTYR DE LA TERREUR BLANCHE: le général HUCHET DE LA BEDOYERE…

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Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère, issu d’une vieille famille bretonne, naît à Paris le 17 avril 1786. Après avoir grandi dans un royalisme ambiant, le jeune Charles, au sortir de la tourmente révolutionnaire n’a qu’un but :  » Il est dévoré de la passion de servir à la grandeur française « , comme l’écrit Marcel Doher dans la biographie qu’il lui a consacré.  Après un voyage au cours duquel, en compagnie de son frère Henry, il parcourt la France, la Suisse et l’Allemagne, il rencontre la célèbre Madame de Staël. Il devient d’ailleurs un des habitués de son salon de Coppet. Mais c’est la carrière des armes qui est son objectif ; en 1806, nous retrouvons Charles lieutenant en second à la 2ème compagnie des gendarmes d’ordonnance.

Notons au passage que La Bédoyère était un cousin éloigné de Charles de Flahaut, lui même fils naturel de Talleyrand (et de Madame de Souza, une familière de la Reine Hortense).

Selon Marcel Doher, c’est grâce à la bienveillance de cette dernière que le jeune Charles obtint son brevet de sous-lieutenant…

La compagnie de Charles jusque là cantonné à Mayence, part début 1807 afin de traquer quelques bandes de  » partisans « . Il traverse donc l’Allemagne en direction de la Poméranie. La Bédoyère traverse Berlin, puis le voici en route pour Stettin et Colberg . Il participe à de  » petits engagements avec des groupes de partisans en embuscade « . Après une opération à Degow, devant Colberg,  » en dehors des jours de combat, ce sont de longues reconnaissances, des bivouacs sur la neige, dans la solitude de forêts monotones et de lacs gelés « , écrit Marcel Doher.  Le 14 juin 1807, La Bédoyère et ses camarades assistent à la bataille de Friedland. Après la dissolution des Gendarmes d’ordonnance, La Bédoyère est nommé lieutenant en 1er au 11ème chasseurs à cheval. Le 14 janvier 1808, il est nommé aide de camp de Lannes et le suit en Espagne. On le retrouve ainsi au siège de Saragosse, puis au printemps 1809 il part pour l’Autriche et participe à toute la campagne s’y déroulant. En juin 1809, La Bédoyère passe aide de camp du Prince Eugène et le suit en Italie. Il y séjournera jusqu’en 1812. En cette année douloureuse pour la Grande-Armée, La Bédoyère suit Eugène en Allemagne lorsque celui-ci prend le commandement du IV° corps de la Grande-Armée. Puis c’est le départ pour la Russie…Il est présent à la bataille de La Moskowa (7 septembre 1812), à celle de Malo-Jaroslawetz (24 octobre 1812), puis lors du passage de la Bérézina (26-28 novembre 1812). En 1813, Charles de La Bédoyère reçoit le commandement du 112ème de ligne, compris dans la 35ème division du Général Gérard (XI ème corps du maréchal Macdonald). Le 1er mai 1813 il est nommé colonel et participe à la bataille de Bautzen (20-21 mai 1813). Blessé à Golberg, il est mis en congé et rentre en France pour se soigner. Il épousera au cours de son séjour, Georgine de Chastellux, en novembre 1813. Les nouveaux époux profitent en cette fin d’année pleinement de leur bonheur. 

1814 ! L’ennemi foule le sol de la France… La Bédoyère, proposé à deux reprises pour le grade de général de brigade par le général Gérard, est affecté au commandement provisoire de la 2ème brigade de la 1ère division de Paris. Il refuse ce poste  » espérant rejoindre son régiment et désirant en garder le commandement « . Il est présent lors de la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et  » se dépasse sans compter  » comme l’écrit si bien le Colonel Hippolyte de Marcas dans ses  » Souvenirs « . Après la première abdication, Charles de La Bédoyère remet sa démission afin de ne pas servir le nouveau pouvoir mais c’est sans compter avec sa belle-famille les de Chastellux !

« César de Chastellux, le frère aîné de Georgine, émigré servant aujourd’hui dans la Garde Royale , effectue une démarche, que Charles n’aurait jamais faite, auprès du Ministre de la Guerre « , écrit Marcel Doher. La Bédoyère est nommé le 4 octobre 1814, colonel du 7ème de ligne et doit rejoindre sa garnison à Chambéry. Le 25 octobre de la même année, Georgine donne naissance à un petit garçon : Georges-César-Raphaël. En janvier 1815, Charles de La Bédoyère est toujours à Paris ! Il ne semble pas pressé de rejoindre son régiment…Il quitte enfin la capitale le 22 février et arrive à sa destination quatre jours après.

Déjà en France, devant le mécontentement général, certains ont le regard tourné vers l’île d’Elbe…  » Que diriez-vous si vous appreniez que mon régiment a pris la cocarde tricolore et les aigles ?…  » demandait Charles à la Reine Hortense avant son départ…  Le 26 février, jour de son arrivée à Chambéry, l’Aigle quitte son rocher ;il est en route vers les côtes de France…Le général Marchand, commandant la place de Grenoble apprend le débarquement le 4 mars au soir.

Le lendemain après une réunion avec tous les officiers de la garnison, Marchand envoie une dépêche à un certain Devilliers, commandant la brigade de Chambéry : il doit faire mouvement sur Grenoble afin de s’opposer à la progression du  » Corse  » !  Le 7ème et le 11ème de ligne se mettent en route. Le 7ème ayant à sa tête le très bonapartiste La Bédoyère. Celui-ci au cours d’une halte chez une certaine Madame de Bellegarde aurait déclaré :  » Adieu , Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! « .

Puis c’est l’arrivée à Grenoble… On connaît l’épisode inoubliable de Laffrey… La Bédoyère n’y assistera pas: il est à Grenoble dans la ville en état d’alerte.

Après avoir déjeuné avec le Général Marchand, ce 7 mars 1815, il rassemble son régiment aux cris de  » Vive l’Empereur !  » et après un conciliabule avec ses officiers et ses soldats, il sort de Grenoble, allant à la rencontre de l’Empereur qu’il retrouve  » avant Vizille, entre Tavernolles et Brié « .

Marcel Doher écrit :  » Celui-ci voit s’approcher le jeune et ardent colonel. L’an passé, aux jours douloureux de Fontainebleau , La Bédoyère s’est mis spontanément à sa disposition, demeurant auprès de lui jusqu’au dernier moment, à l’heure de tous les reniements « .

L’Empereur embrasse La Bédoyère et voyant que ce dernier n’a pas de cocarde tricolore, décroche celle qui orne son chapeau et la lui donne. Plus tard c’est la prise de Grenoble, après bien des aléas. La Bédoyère suit l’Empereur vers Paris. Ce dernier y arrive le 20 mars vers 21 heures.

Le lendemain , à 3 heures du matin, Le 7ème de ligne commandé par La Bédoyère y fait son entrée.

L’Empereur nomme La Bédoyère général de brigade et aide de camp. Il a vingt-neuf ans. Notons, que le « bon » roi Louis XVIII ne reconnaîtra pas cette nomination…Le 4 juin, Charles de La Bédoyère est fait comte de l’Empire et nommé membre de la Chambre des pairs. La campagne de Belgique débute alors. Le 12 juin 1815, l’Empereur quitte Paris, accompagné, notamment de son nouveau général de brigade. Ligny, les Quatre-Bras puis Waterloo…Durant cette ultime grande bataille, La Bédoyère parcourt les rangs afin de transmettre les ordres de l’Empereur. L’Empire vit ses derniers jours…C’est la retraite.

L’Empereur entre dans Philippeville; La Bédoyère n’est pas loin, accompagné des autres aides de camp : Flahaut, Dejean, Bussy, Corbineau et Canisy.

Le 21 juin, Napoléon est à Paris. Charles de La Bédoyère se démène à la Chambre des députés afin de soutenir la reconnaissance de Napoléon II ; mais en vain …Pendant son vibrant plaidoyer, le maréchal Masséna lui assène cette phrase cinglante: « Jeune homme, vous vous oubliez !« . Le 29 juin, l’Empereur quitte la Malmaison pour Rochefort. Sensible à la fidélité de La Bédoyère il le veut près de lui dans son exil. Mais Charles, tout occupé à réconforter sa chère Georgine, arrive trop tard. : Napoléon est parti et les prussiens approchent de la Malmaison. 

La Reine Hortense, amie fidèle, l’engage à quitter Paris sans délai. Il part de la capitale le 12 juillet en direction de Riom afin d’aller saluer son ami Exelmans qui lui a réservé le poste de chef d’état-major du 2ème corps de cavalerie. Mais partout en France, les royalistes crient vengeance…Il faut songer à quitter la patrie. Aussi, après s’être procuré un passeport pour l’Amérique, La Bédoyère remonte à Paris embrasser une dernière fois son épouse et son fils. Le 24 juillet 1815, est publiée l’ordonnance du Roi (dont Fouché et Talleyrand sont les véritables auteurs) poursuivant les anciennes gloires de la Grande-Armée. Ney, Les frères Lallemand, Drouet d’Erlon, Bertrand, Drouot, Cambronne et… La Bédoyère sont cités dans celle-ci. Ils ne sont pas les seuls…

Charles de La Bédoyère prend cette fois la décision d’aller en Amérique mais avant il tient à aller à Paris… Repéré durant son voyage, il est arrêté le 2 août 1815 et expédié à la Préfecture de police.  Interrogé par Decazes, le nouveau ministre de la police,  » il reconnaît et prend à sa charge tous les actes qu’il a accomplis « . Transféré à la Conciergerie puis à la prison de l’Abbaye, La Bédoyère attend sereinement son jugement. Son procès est fixé au lundi 14 août 1815.  Entre temps, a lieu une tentative pour le faire évader. Elle n’aboutira pas. Après un procès mémorable, Charles de La Bédoyère est condamné à la peine de mort.  Chateaubriand, en bon courtisan, écrira au Roi :  » Vous avez saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux princes de la terre pour assurer le repos des peuples… Le moment était venu de suspendre le cours de votre inépuisable clémence…votre sévérité paternelle est mise au premier rang de vos bienfaits.  » (Cité par Henry Houssaye (dans son  » 1815.La seconde abdication.-La terreur blanche « . Paris, Perrin, 1905)

Acta est fabula ! La pièce est jouée !

Malgré une dernière tentative de sa femme afin d’intercéder auprès de Louis XVIII, le destin de La Bédoyère semble devoir s’achever d’une façon irrémédiable…. Jugé par un conseil de guerre cinq jours auparavant, il est fusillé en fin de journée le 19 août 1815 à la Barrière de Grenelle (tout près de l’actuelle station de métro « Dupleix ») par un peloton dont on dit qu’il commanda lui-même le feu…

Le 22 août 1815, son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis. Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine en 1871.

C.B.

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( 18 août, 2014 )

Une NOTE du GENERAL MARCHAND à propos de sa LETTRE au MARECHAL BERTHIER…

 Une NOTE du GENERAL MARCHAND à propos de sa LETTRE au MARECHAL BERTHIER... 250px12

La lettre en question a été diffusée dans « L’Estafette » il y a quelque temps. Cette dernière comme la note qui suit, a été publiée la première fois par Arthur Chuquet dans son ouvrage «1812. La guerre de Russie. Notes et Documents ».

La lettre que m’écriit le prince de Neuchâtel le 21 mars 1812, est le seul ordre que j’ai reçu à cette époque, et sa nature indique assez que je ne pouvais pas en recevoir d’autres du Ministre de la Guerre. Par cet ordre, je fus désigné pour être chef d’état-major de l’aile droite de la Grande armée, commandée par le roi de Westphalie [Jérôme], et je remplis ces fonctions jusqu’au moment où le roi Jérôme, pour des raisons particulières, quitta le commandement de l’aile droite pour se retirer dans ses Etats. A cette époque, le prince royal de Wurtemberg, qui commandait une division dans le corps de M. le maréchal Ney, étant tombé malade, je fus chargé de le remplacer dans le commandement de sa division. C’est à ce poste que j’ai assisté à la bataille de La Moskowa et à la fameuse retraite de Moskow (sic) dont le corps du maréchal Ney a constamment fait l’arrière-garde. Tous mes bagages ayant été perdus à cette retraite, je n’ai pu conserver aucun des ordres que j’avais reçus pendant cette campagne, et il m’est resté que la lettre du prince de Neufchâtel.  Après l’entrée des débris de l’armée en Prusse, je fus chargé d’aller organiser la défense de la forteresse de Glogau et de venir ensuite attendre de nouveaux ordres à Francfort-sur-le-Main. C’est dans cette dernière ville que je reçus de me rendre à Würzbourg pour y organiser et prendre le commandement du 4ème corps, pour la campagne de 1813. 

 

 

 

 

 

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( 17 août, 2014 )

Réorganisation de la gendarmerie (à l’île d’Elbe).

Gendarmerie

Instructions de Napoléon au général Drouot.

« 15 août 1814.

Remettez-moi l’état de tous les gendarmes, leur pays, leur âge et les services qu’ils ont. Mon intention est de n’avoir pour gendarmes que des Français, des Corses, et les habitants du pays qui étaient dans la gendarmerie lorsque je suis venir dans l’île. Ceux de Piombino et de Lucques qui ont servi dans diverses troupes seront placés dans le bataillon franc. Désormais on ne recevra aucun gendarme sans le soumettre à mon approbation. Ne faites connaître cette décision que lorsque vous aurez l’état des gendarmes que je vous demande. Présentez-moi un projet de décret pour régler définitivement la compagnie de gendarmes en officiers et soldats. Il faut que, tout compris, elle ne dépasse pas trente hommes. »

(« Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er (28 mai 1814-22 février 1815). Publiés par Léon-G. Pélissier », A. Fontemoing, Éditeur, 1897, pp.82-83).

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( 17 août, 2014 )

Une lettre du chirurgien Schaken…

L’auteur était à cette époque chirurgien sous-aide à l’ambulance de la 3èmedivision du 1er corps. Cette lettre est adressée à sa sœur, « à Lenoncourt, par Nancy ».

Moscou, 29 septembre 1812.

Ma chère sœur, nous ne nous permettons pas ici de réfléchir sur notre position future ; l’espérance de surmonter courageusement nos peines nous soutient, joignant à cela la grande confiance que nous avons dans celui qui nous a amenés jusqu’ici, qui sans doute nous reconduira aussi, sinon tous, au moins quelques unes. Nos repas ordinaires consistant à manger du pain que nous sommes fort heureux d’avoir, quelquefois de la viande qu’on nous distribue, plus nos provisions de légumes, mais elles s’épuisent comme tout le reste ; quant à nos chevaux, j’en ai encore deux, autrefois gras et fringants, actuellement rongeant leurs mangeoires, faute de paille ; puis j’ai l’avantage d’avoir un domestique qui ne les étrilles jamais que lorsqu’il l’a été par moi-même et à coup de plat de sabre. La perte de ces animaux est infaillible ; je finirai par les faire tuer, après quoi je les donnerai en paiement à ce drôle ; cette perte ne serait rien s’il ne fallait acheter un autre cheval au renouvellement de la campagne. Quant à notre entretien, il ne coûte pas cher, car nous ne trouvons rien à acheter. Chacun se raccommode comme il peut ; nous avons adopté la coutume de ne plus mettre à nos pantalons que des pièces de cuir, car les autres ne tiennent pas assez.

Tu vois, ma chère sœur, que nous sommes de jolis garçons. En dépit de tout cela, c’est à qui se montera le plus gai et quiconque montre de la tristesse est sûr de recevoir la savate, et je t’assure que je serai un des derniers à  la recevoir.

Prépare-moi une jolie petite maîtresse pour mon retour, car il n’y en a point ici ; dis-lui que je l’aimerai beaucoup…

(« Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812…», La Sabretache, 1912, pp.59).

Une lettre du chirurgien Schaken… Ruines-Moscou

 

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( 16 août, 2014 )

L’Adjudant commandant Bourmont en 1812…

L’Adjudant commandant Bourmont en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE bourmontlahonteBourmont avait, été envoyé, comme adjudant commandant, par l’Empereur, à l’armée de Naples, le 24 août 1810, puis au corps d’observation d’Italie le 17 janvier 1812. Le lendemain du jour où le ministre dela Guerre l’employait à l’armée d’Italie, le 18 janvier, le général Partouneaux, son ami le recommandait dans la lettre suivante : « Monseigneur, je prends la liberté de rappeler au souvenir de V. E. la promesse qu’elle a daigné me faire d’employer M. de Bourmont comme mon chef d’état-major. Cet officier a déjà été employé par moi en cette qualité, et il me témoigne le désir de l’être de nouveau. V. E. m’a parlé de lui avec estime, avec intérêt. Je viens de nouveau donner l’assurance à V. E. que M. de Bourmont est sincèrement attaché aux intérêts de l’Empereur et à sa gloire. J’apprends que S. M. I. et Royale organise ses armées en Allemagne et en Italie. J’ose espérer que je serai employé et je le désire d’autant que je ne désire rien tant que de donner de nouvelles preuves de mon respectueux dévouement à S. M. l’Empereur. »Mais l’ordre était parti, et déjà Bourmont se rendait Milan pour aller recevoir du vice-roi ses lettres de service et prendre le commandement du département les Apennins. L’Empereur n’avait pas été consulté. Lorsqu’il sut la nouvelle — le 19 janvier — il éclata. Donner un département à un ancien chef de chouans ! Cette mesure était ridicule! Bourmont était un de ces hommes qu’il ne fallait employer qu’en les surveillant ! Que penseraient les troupes en se voyant commandées par un Bourmont ? Sur-le-champ, le ministre dela Guerre révoqua l’ordre qu’il avait donné et il s’excusa auprès de l’Empereur en disant que le général Montchoisy avait confié à Bourmont le commandement d’une colonne destinée à réprimer quelques mouvements qui agitaient le département des Apennins, que, par suite, il avait nommé Bourmont commandant du département. Au même instant — 20 janvier, et c’était jouer de malheur — Mme de Bourmont, de son chef, écrivait à l’Empereur et lui demandait pour son mari le grade de général de brigade. « Sire, disait-elle, M. de Bourmont vous a prouvé son zèle en se rendant à l’armée d’Italie. Aussitôt qu’il a reçu les ordres de Votre Majesté, il a tout quitté pour les suivre : ses enfants, sa femme, ses affaires. Daignez lui accorder le grade de général qu’il est digne de remplir, et l’honneur de se battre sous les yeux de Votre Majesté, en cas qu’elle vînt à commander une armée; il brûle de lui donner des preuves de son courage et du plus entier dévouement. Croyez, Sire, qu’il en coûte au cœur d’une femme de vous prier d’exposer les jours d’un époux qu’elle chérit. Un seul motif peut l’engager à une pareille démarche. J’espère que Votre Majesté saura l’apprécier. » Le ministre, à qui l’Empereur renvoya la lettre, ne répondit que le 30 mars à Mme de Bourmont, et par la formule connue de non-recevoir : « J’ai l’honneur de vous prévenir que Sa Majesté ne m’a point fait connaître ses intentions sur cette demande. » Mais le 6 avril, le major général informait le duc d’Abrantès que l’adjudant commandant Bourmont serait employé près de lui au 4ème corps dela Grande Armée, et durant la campagne de Russie l’ancien chouan ne cesse pas et de plaire et de briller. Labaume, dans ses mémoires, assure que son mérite égale sa modestie; Griois juge son caractère doux, ses manières aimables et sa conversation agréable; Castellane le regarde comme très spirituel, très distingué et très brave. Au moment où commence la retraite, il occupe, sur la route de Moscou à Mojaïsk, le château du prince Galitzine, Maloviasma, où  il y avait un relai d’estafettes et une garnison composée de deux régiments de chevau-légers bavarois et de deux bataillons du régiment Joseph-Napoléon.

Il  fit courageusement la retraite; mais, comme tant d’autres, une fois arrivé sur le sol prussien, il tomba gravement malade et il était presque mourant à Marienwerder lorsque l’ennemi s’empara de la ville le 12 janvier 1813. Mais le 9 février, Bourmont s’échappait et, de Magdebourg, le 25 février 1813, il écrivait au ministre de la Guerre, le général Clarke, duc de Feltre : «Monseigneur, j’étais demeuré mourant à Marienwerder lorsque le vice-roi en partit le 12 janvier dernier et j’appris le 20, en recouvrant ma raison, que j’étais au milieu des ennemis. Le désir de servir encore Sa Majesté dans une nouvelle campagne me fit prendre la résolution de traverser l’armée russe, de rejoindre le quartier général de S. A. I. et, dès le 9 février, quoique je ne pusse marcher qu’à l’aide d’un homme qui me soutenait, je sortis de Marienwerder, montai dans une charrette de paysan et, après quelques aventures plus ou moins dangereuses, je suis arrivé le 16 à Stettin et le 23 à Magdebourg. Le 4ème corps ayant été dissous, je dois attendre ici les ordres de Votre Excellence; je tâcherai d’y achever le rétablissement de ma santé. Quoique je sois encore très faible, j’espère pouvoir me passer d’un congé de convalescence dont les médecins assurent pourtant que j’ai grand besoin. » Le 25 mars, le duc de Feltre lui ordonnait de se rendre à Metz où il serait employé comme chef d’état-major à la 2ème division de dragons. Mais quand il reçut cet ordre, Bourmont était, depuis le 3 avril, attaché au 11ème  corps d’armée comme sous-chef de l’état-major, et, le 17 mai, dans une lettre datée du camp devant Bautzen, il priait le ministre de le laisser demeurer au 11ème  corps et en présence de l’ennemi.

Le 28 septembre 1813, au quartier général impérial de Dresde, l’Empereur le nommait général de brigade.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.331-334.

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( 15 août, 2014 )

15 août 1814…

Drapeau ile d'Elbe

« 15 août [1814]. La fête du 15 août [celle de la naissance de l'Empereur) fut célébrée avec transport dans toute l’île. La ville de Porto-Ferrajo [Portoferraio] donna un bal à l’Empereur et à la Garde. Une vaste salle fut construite sur la place et ouverte de toutes parts, Sa Majesté ayant exprimé le désir que toute la ville prenne part à la fête ». (G. Peyrusse, « En suivant Napoléon. Mémoires… », p.330). « Le 15 août, la fête de l’Empereur fut célébrée dans l’île ; les autorités civiles, ecclésiastiques et militaires, vinrent présenter leurs respects à Sa Majesté. Un grand dîner eut lieu à cette occasion… La Garde ne voulut pas rester en arrière de la ville, elle voulut aussi donner sa fête. Lorsque la nuit fut venue, les artilleurs tirèrent un très beau feu d’artifice préparé par leurs mains. Le soir il y eut un bal public. Sa Majesté  après l’avoir vu commencer, rentra, changea son uniforme contre un frac bourgeois, mit un chapeau rond, et fut avec le comte Bertrand se mêler à la foule. » (Louis Marchand, « Mémoires …», Tallandier, 1985, tome I, pp.61-62). « La fête de S.M., le 15 août [1814], fut célébrée avec des transports difficiles à décrire. L’empressement curieux, la gaieté peu bruyante des Elbois contrastaient d’une manière piquante avec la joie plus expansive, si doux, si tranquilles dans la paix, et contre lesquels jamais une plainte ne s’éleva de la part des habitants ». (A.D.B. M*** [Monnier], « Une année de la vie de l’empereur Napoléon… », p.54).

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( 15 août, 2014 )

« Son nom fut une puissance. » Il y a 245 ans naissait Napoléon.

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« Napoléon fut appelé grand. Je l’appelle avec conviction un homme extraordinaire. Après le feu le plus meurtrier, la canonnade la plus vive et la plus soutenue toute la journée, les chances variées de la bataille dans les journées d’Essling, de Wagram, dans les désastres inouïs  de la retraite de Russie, dans les journées cruelles de Bautzen, dans le combat sous Dresde, devant Leipzick [Leipzig], lors de la rupture des ponts sur l’Ester [Elster], et à Esling [Essling], j’ai vu S.M. rentrer le soir dans son quartier calme, froid, impassible. Nous avions été dans ces journées ahuris sous l’alternative cruelle des feux de mousqueterie s’éloignant et se rapprochant : le calme renaissait dans nos esprits en voyant S.M. traverser le salon et donner ses ordres avec une liberté d’esprit, une sérénité de visage qui nous rassurait.

J’admirais en lui l’homme qui a tout dû à lui-même, qui a remporté tant de victoires, subjugué tant d’états, conquis le pouvoir le plus absolu sur une grande nation, qui a semé des couronnes et qui a sans contredit le plus marqué dans son siècle. Son nom fut une puissance. Les maux que soixante victoires ont laissés dans les familles européennes sont oubliés. C’est à la postérité à le juger et aux siècles futurs à admirer cet homme extraordinaire et à se rappeler que le gouvernement anglais a eu pour lui pendant le temps de sa détention à Sainte-Hélène un luxe d’inhumanité. S.M. avait été invincible jusqu’en 1812.

 Tant de prospérité ne pouvaient durer. La nature se chargea du soin de venger tous ses ennemis… : en une nuit de glace tout changea. Le monde s’ébranla. Des nuées d’ennemis nous entourèrent. L’Europe conservera un souvenir éternel de nos désastres et de nos victoires.[1] »

Guillaume PEYRUSSE.

Ce personnage occupait depuis le 11 mai 1814, les fonctions de « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ». Il devint, durant les Cent-Jours, Trésorier général de la Couronne.

 


[1]  « Dans l’œuvre immense de Napoléon, tout n’était pas fait pour lui survivre ; le monde et la France même qu’il avait rendue trop redoutable, devaient reculer devant une partie de son héritage. Son rapide passage sur le globe n’y laisse pas moins des traces ineffaçables. Aucune époque de notre histoire n’atteste mieux que ses quatorze années de règne, les actes de courage, les efforts, les sacrifices dont la France est capable, et l’entraînement qu’un grand homme peut exercer sur elle. Napoléon a fait des fautes ; plus qu’un autre peut-être, j’en ai gémi, parce qu’aussi, plus qu’un autre, j’aurais voulu être entièrement à mon aise dans mon admiration et mon attachement pour lui. » (Mollien, « Mémoires… », Tome III, pp.433-434).

 

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( 14 août, 2014 )

« Porte-drapeaux des armées de Napoléon » n°12…

Paru ce jeudi 14 août, ce nouveau numéro représente le porte-étendard de l’artillerie des guides de Bonaparte en Italie. A noter que l’éditeur l’avait annoncé avec la dénomination de « porte-guidon », remplacée finalement par « porte-étendard ».

Le prochain, dans quinze jours, sera le porte-étendard des grenadiers à cheval de la Garde Impériale. En kiosque, 11.99 euros.

H12

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( 14 août, 2014 )

Bruits divers…

Comte Beugnot

Le comte Beugnot

 

Extrait du Bulletin en date du 13 août 1814.

 « Moselle. Préfet, 5 août.- Des bruits alarmants circulent dans les campagnes de la Lorraine allemande : on débite que la guerre va se rallumer entre la France et l’Autriche, que cette dernière puissance aidera Bonaparte à remonter sur le trône, et que l’archiduchesse ne s’est rendue en Savoie que pour faire des partisans à son mari. Ces bruits, principalement répandus sur la route de Mayence à Metz, causent des inquiétudes; on les attribue à des militaires qui reviennent des prisions d’Allemagne et de Prusse.

 Bas-Rhin. Préfet, 6 août.- Les mêmes bruits circulent dans le Bas-Rhin. Le préfet [Lézay-Marnésia] en me les confirmant, ajoute la réflexion qui suit : « Comme ce n’est pas tant la vérité que le crédit d’une opinion qui en fait la puissance, la seule possibilité du retour de Bonaparte sera, au moins pour quelque temps encore, un grand obstacle au ralliement des militaires et de beaucoup d’autres. »

(« Napoléon et la police sous la première Restauration d’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert »,R. Roger et F. Chernoviz, s.d., pp.128-129).

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