( 23 avril, 2018 )

Le capitaine Louis Bégos.

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Le suisse Louis Bégos a tout juste seize ans, lorsqu’il embrasse la carrière des armes. Il s’engage dans un bataillon helvétique. « Les souvenirs de mes premières campagnes en Suisse n’ont rien de bien séduisants, car c’était la guerre civile, au nom de la République helvétique une et indivisible, et la guerre civile est toujours un malheur », peut-on lire au début de ses « Souvenirs des campagnes ». Au printemps de 1807, nous retrouvons l’auteur dans les rangs du 2ème régiment suisse, nouvellement créé. Nommé adjudant-majour avec rang de lieutenant, Louis Bégos et ses compagnons d’armes prennent la route du Portugal.

 « Partis de Marseille, vers la fin du mois d’août 1807, par une chaleur caniculaire, nous arrivâmes non sans peine, à Bayonne, vers la fin de septembre, après trente-six jours d’étapes. Pour ce qui me concernait, j’avais une lourde tâche, car ce n’est ni un petit travail ni un badinage que d’être adjudant-major d’un bataillon où soldats et officiers sont de nouvelles recrues », note l’auteur. Dès son entrée au Portugal, Louis Bégos décrit avec de nombreux détails les heurs et malheurs du soldat dans sa vie quotidienne. « Arrivant dans un village pillé, nous n’avions plus aucune ressource. Les premiers corps de l’armée française ayant passé plusieurs jours avant nous, il nous fallait, bien qu’exténués de fatigue, aller à la recherche de villages habités ». Plus tard, nous le retrouvons dans la place forte d’Elvas, assiégée par les anglais et les Espagnols.

 « Nous étions à peine 1400 hommes pour défendre Elvas. Ces forces étaient insuffisantes, puisque les forts contenaient plus de 800 pièces d’artillerie ». Étant tombé gravement malade, Bégos doit quitter son service et lorsqu’il retrouve la ville, la situation s’est considérablement aggravée « en raison des assassinats qui se commettaient à chaque instant sur les soldats ». S’en suit un long récit des événements qui émaillèrent ces journées. Le bombardement de la ville est décrit avec beaucoup de détails intéressants. Le 17 septembre 1808, Elvas capitule et après une dernière riposte très vive de la part des suisses, l’adjudant-major Bégos reçoit l’ordre formel de déposer les armes. « Le 1er octobre 1808, toute la garnison suisse et française quitta Elvas, au nombre de 1400 hommes, dont mille à peu près formaient l’effectif de notre bataillon, qui, en entrant au Portugal, comptait plus de 1200 combattants », et il ajoute : «  Nous sortîmes des forts d’Elvas avec tous les honneurs de la guerre : tambour battant, mèche allumée et aigles déployées. Les bourgeois d’Elvas étaient étonnés de nous voir en si bon état, après avoir été assiégés par une armée de huit mille hommes, qui ne nous laissaient aucun repos ni jour ni nuit ». Arrivés à Lisbonne début octobre, les troupes françaises sont expédiées en France par voie navale. Après quelques mésaventures, Bégos atteindra finalement les côtes de France en janvier 1809. L’année suivante, il est promu au grade de capitaine-adjudant-major. Après une période de calme toute relative, le 4ème régiment suisse est expédié en Russie ; nous sommes début 1812. Six mois plus tard il traverse le Niémen. Une nouvelle partie de son récit commence, avec toujours ce souci du détail :

 « La viande était abondante, mais, en septembre, le pain était rare, ainsi que les légumes et le sel… Nos quatre régiments suisses formaient encore un ensemble respectable, et, quoique nous eussions peu d’occasions de nous voir réunis, notre réputation n’en était pas moins parfaitement établie dans le second corps d’armée [duquel son régiment fait partie]. Nos avant-postes étaient à une demi-heure environ de nos bivouacs ; notre 2ème régiment était établi sous des baraques, car les bois ne manquaient pas. », écrit le mémorialiste.

Il participe à la bataille de Polotsk, le 18 octobre 1812, et l’évoque longuement : « Le feu de l’infanterie et l’artillerie russes portait la mort dans nos rangs. Notre colonel comprit que l’attaque à la baïonnette était le moyen le plus prompt et le plus énergique pour reprendre l’avantage. Il ordonna de battre la charge. J’étais à la tête de l’un de nos bataillons ; nous marchons droit à l’ennemi avec une impétuosité telle que nous reprîmes sur lui tout l’avantage qu’il paraissait avoir eu quelques instants auparavant. ». Au cours de cette mémorable bataille, l’aigle du régiment manquera d’être prise par les Russes.

Le capitaine-adjudant-major Bégos en profite pour corriger au passage l’historien Adolphe Thiers qui sous-estime l’action des troupes suisses lors de la journée de Polotsk (et lors de la campagne de Russie en général). Plus tard, l’auteur assiste au passage de la Bérézina (où il sera blessé) qu’il évoque longuement. « Nous passâmes sur la rive droite de la Bérézina. Le pont me parut peu solide. Nous le traversâmes avec le vaillant régiment de cuirassiers, colonel Doumerc, et les Suisses des trois autres régiments, en tout environ huit mille hommes d’élite. C’était le 27 novembre [1812] au soir. En débouchant sur la rive droite, nous rencontrâmes quelques voltigeurs d’avant-garde russe, qui furent délogés dans la soirée », note Bégos. Il n’oublie dans cette partie de son livre le froid intense, la neige incessante et précise aussi par une nuit dans un bivouac de fortune : « La faim et la soif nous talonnaient, et nous sentions que, le jour venu, nous aurions de rudes combats à soutenir ».

Terriblement affaibli, l’auteur manquera de trépasser lors de ces journées douloureuses pour toute la Grande-Armée. Il sera sauvé par un groupe de lanciers mais devra subir l’amputation d’une partie du pied gauche, atteint par la gangrène. « Quarante-quatre ans se sont écoulés dès lors, mais je crois encore entendre ce bruit strident qui se communiquait à tous mes nerfs, car alors le chloroforme n’était pas inventé ! » déclare  Louis Bégos.

Laissons encore à l’auteur le mot de la fin : « Mes souffrances et les blessures que je reçus à la Bérézina n’ont rien changé à mon amour pour mon pays et à mon admiration de vieux soldat pour le grand capitaine, l’empereur Napoléon ». Il s’éteindra en 1859 [1].

C.B.


[1] C’est cette même année que seront publiés ses « Souvenirs des campagnes » (A Lausanne, Librairie A. Delafontaine [Place de la Palud]). Ce livre fit l’objet d’une souscription dont les bénéfices furent versés aux quatre petits-enfants de l’auteur, comme ce dernier l’avait exigé.

 

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( 23 avril, 2018 )

Deux lettres sur la campagne d’Autriche…

1809

A Madame de Marbotin-Rubéran pour Sauviac à Bazas (Gironde). Du bivouac devant Stockerau, le 10 juillet 1809.

 Ma chère maman, 

Nous venons d’avoir une affaire avec les Autrichiens et je m’empresse de t’écrire d’après la demande que tu m’en as faite et d’après le devoir que je me suis moi-même imposé d’écrire, après chaque bataille ou combat auquel je me serais trouvé, à des parents qui prennent un si vif intérêt à moi. Je t’aurais écrit plus tôt, si je n’eusse voulu attendre l’ordre du jour de l’Empereur, afin de pouvoir t’instruire des résultats. Le 4, à dix heures du soir, les batteries nombreuses que nous avions établies dans l’île de Lobau, surnommée « Ile Napoléon », commencèrent à jouer et à lancer une quantité innombrable de boulets et de bombes qui mirent le feu à une petite ville nommée Enzersdorf, située sur l’autre rive et où l’ennemi avait des magasins de munitions. Vers minuit, notre division commença à effectuer le passage du Danube, sur lequel un pont fut jeté en moins d’un quart d’heure. L’Empereur était à notre tête, à pied et par le temps le plus abominable qu’il soit possible de voir. Il plut depuis le 4 à trois heures de l’après-midi jusqu’à cinq ou six heures du matin. Notre armée avait été renforcée, la veille, de l’armée d’Italie, de celle du prince de Ponte-Corvo (composée de Saxons et de Français) et de celle de Dalmatie. Nous nous emparâmes de toutes les redoutes et batteries que l’ennemi avait faites dans la plaine, ainsi que de tous les villages où il s’était retranché. L’ennemi commença à battre en retraite dès le 5 et nous parvînmes à disperser son armée au point qu’à la fin de la deuxième journée le champ de bataille tenait une étendue de 8 lieues. La bataille a duré quarante-huit heures (jusqu’au 6 à neuf heures et demie du soir) et, grâce à Dieu, je n’ai pas eu la moindre blessure. L’Empereur, dans un ordre du jour où il nous témoigne sa satisfaction, lui donne le nom de bataille d’Enzersdorf et de Wagram.  Il est dit que dans cette bataille décisive, l’ennemi a perdu plusieurs drapeaux, 60 pièces de canon et 25.000 prisonniers. Il effectue sa retraite du côté de la Bohême et de la Moravie et notre cavalerie est à ses trousses. Nous sommes à six lieues de Vienne, sur la route de Bohême, et je t’écrirai dès que nous serons arrivés. Je reçus, le soir de la bataille, une lettre de mon père en réponse à celle que je lui avais écrite de notre île ; tu peux juger du plaisir qu’elle m’a fait, il y avait si longtemps que je n’avais pas reçu de vos nouvelles. Je n’ai pas vu Bayle [sous-lieutenant d’infanterie, camarade de promotion du sous-lieutenant de Marbotin à l’Ecole militaire du Fontainebleau, et dont la famille était domiciliée à Bazas] depuis l’affaire : sa division était au centre et la nôtre occupait l’aile gauche. Le général Boudet n’a pas eu le moindre mal. Vous avez vu, vraisemblablement, dans les journaux qu’il a été nommé Grand-Croix de la Légion d’honneur. Je t’annoncerai aussi, ma bonne maman, persuadé que cela te fera plaisir, que l’Empereur, par décision du 30 juin, m’a nommé lieutenant [l’auteur avait à ce moment-là dix-neuf ans à peine]. Pardon si je ne puis te donner de plus longs détails, mais nous sommes comme l’oiseau sur la branche, attendant l’instant de notre départ et je m’empresse de faire partir ma lettre.

Adieu donc, ma très chère maman, je t’embrasse du plus profond de mon cœur.

 

MARBOTIN.

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A Madame de Marbotin-Rubéran pour Sauviac à Bazas (Gironde). Au camp de Butwitz (Moravie), le 22 août 1809.

Ma chère maman,

J’ai reçu avant-hier ta lettre du 1er août dans la quelle tu me félicites de mon nouveau grade. Puis-je recevoir des félicitations plus agréables que celles d’une mère que j’ai toujours présente à ma pensée et qui guide toutes mes actions ? Si j’ai pu te donner un instant de désagrément en embrassant un état dont ta tendresse pour moi aurait voulu m’éloigner, du moins je t’ai toujours promis de ne rien faire d’indigne de toi et j’ai tâché d’effacer par une bonne conduite les torts dont je me suis rendu coupable à ton égard. C’est avec bien de la peine, ma bonne mère, que je vois que plusieurs de mes lettres se sont égarées. Tu me dis qu’il y avait trois mois que tu n’en avais reçu et, cependant, je t’avais écrit de Vienne et je t’avais encore écrit de l’île Lobau quelques jours après la bataille d’Essling, peu avant celle de Wagram. Quelle bataille ma chère maman ! Quel profond génie dans les manœuvres de notre grand général, de celui que l’on peut appeler à juste titre le premier capitaine du monde ! A l’instant où les autrichiens s’y attendaient le  moins, l’armée d’Italie, forte de 50 à 60.000 hommes, aux ordres de prince Vice-Roi, qui s’était emparée de la forteresse de Raab, à 30 lieues au-dessous de Vienne et qui paraissait devoir continuer ses marches en Hongrie, remonte le long du Danube jusqu’à 2 lieues de Vienne ; le corps d’armée du maréchal Davout, dont la moitié était devant Presbourg, revient aussi ; le corps commandés par le maréchal Marmont, qui était dans le fond de la Dalmatie depuis trois ou quatre ans, arrive au moment où nous-mêmes le croyions encore dans cette province. Le prince de Ponte-Corvo arrive aussi avec une division française et 20.000 Saxons ; enfin le maréchal Lefebvre vient avec 30.000 Bavarois. De sorte que, dans la journée du 4, nous fûmes renforcés de plus de 120.000 hommes et, de suite, on passe le Danube dans la nuit. Ce qui acheva encore de tromper l’ennemi, c’est que, trois jours auparavant, une division de notre corps d’armée avait passé sur le même point où nous avions passé lors de la bataille d’Essling, le 21 mai, et qu’il s’attendait à voir passer sur ce point toute notre armée, tandis que nous allâmes effectuer le passage à une lieue au-dessous, sur un pont qui fut jeté en cinq minutes et qui, étant déjà construit d’avance derrière une île, n’eut besoin que de descendre un instant le Danube, d’être retourné et accroché aux bords. Ce pont, le premier qui n’ait jamais paru de cette espèce, est de l’invention de l’Empereur lui-même. De suite, cinq à six ponts furent jetés à une artillerie forte de 400 pièces de canon, au moins, commença à jouer sur eux.  Mais, où vais-je m’étendre ? Les journaux ont dû t’apprendre les détails de cette fameuse journée où les autrichiens croyaient nous jeter tous dans le Danube ; car je tiens d’une comtesse de ce pays-ci que, le général Hiller ayant été dire au prince Charles que les Français passaient et qu’il vaudrait mieux les attaquer en détail, le prince lui répondit :  »Laissez faire, il n’y en a pas encore assez ; plus il y en aura, plus nous en prendrons ; je suis sûr de ce fait comme de mon existence.  »

Nous ne savons encore rien sur notre nouvelle destination. Dès que je le saurai, je m’empresserai de t’en faire part. En attendant, reçois, ô la meilleure des mères, les embrassements d’un fils qui te chérira toute sa vie.

 MARBOTIN.

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Etat de services du Baron Pierre-François-Joseph-Marie MARBOTIN-SAUVIAC : 

Né à Langon (Gironde), le 20 juillet 1790, fils du chevalier de Marbotin-Rubéran, capitaine des vaisseaux du Roi, chevalier de Saint-Louis, et de Madame Larouy de Beaulac. Elève à l’Ecole spéciale militaire de Fontainebleau le 14 mais 1807 ; caporal à la dite Ecole, le 26 juin 1807 ; sous-lieutenant au 3ème  régiment d’infanterie légère le 23 juin 1808 ; lieutenant le 30 juin 1809 ; capitaine le 5 mai 1812 ; capitaine à la Légion de la Gironde le 25 décembre 1816 ; capitaine au 2ème régiment de la Garde Royale en août 1822 ; réformé pour blessures dans le service le 4 octobre 1828.

Campagnes : 1808, Grande-Armée ; 1809, Allemagne ; 1810 à 1814, Espagne ; 1823, Espagne.

Blessure : Coup de feu à la cuisse gauche au combat de Xesta sous Tortose, le 5 août 1813.

Décorations : Chevalier de la Légion d’honneur, le 25 avril 1821 ; Chevalier de Saint-Louis, le 22 octobre 1823.

Se retira au château de Sauviac, près de Bazas, où il mourut en 1873. Marié à sa cousine de Lauzac de Savignac, il laissa deux enfants : le baron Charles de Marbotin-Sauviac, préfet des Landes et la baronne de Verneilh-Puyrazeau.

Le sous-lieutenant de Marbotin était entré à l’Ecole militaire de Fontainebleau en 1807, en se cachant de sa mère et malgré ses ordres réitérés. Celle-ci, femme d’un officier de la marine royale qui avait émigré en 1790, et ayant cruellement souffert à la Révolution, n’entendait pas que son fils prit du service dans les armées impériales. De là une certaine mésintelligence passagère entre la mère et le fils.

Document paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ».

 

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( 22 avril, 2018 )

Après le burnous, un chapeau de l’Empereur !

Chapeau vente 18 juin 018

Décidément, que de choses abandonnées dans la déroute de Waterloo ! 

A lire : http://www.parismatch.com/Royal-Blog/ro … on-1501229

On notera l’absence de cocarde sur ce bicorne.

( 22 avril, 2018 )

Trajet de l’Empereur depuis Fontainebleau jusqu’à Orange (20 avril 1814-25 avril 1814).

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Le soir du 20 avril. Le cortège de l’Empereur parti de Fontainebleau,  était composé de 14 voitures, selon MM. Garros et Tulard. L’Empereur « voyageait dans la deuxième avec Bertrand. Il passe à Nemours, à Montargis et s’arrête à Briare, vers 20h30. Il couche à l’Hôtel de la poste. Le général Cambronne et les 600 grenadiers qui devaient l’accompagner à l’île d’Elbe lui rendirent les honneurs. »

21 avril. « Il quitte Briare à midi, passe à Cosne et à La Charite-sur-Loire. Il s’arrête à Nevers vers 20 h. Il y est salué d’acclamations. Rassuré par cet enthousiasme, il congédie l’escorte. »

22 avril. « Il quitte Nevers à 6 h., passe à Saint-Pierre-le-Moutier, Villeneuve-sur-Allier, Moulins. Il couche à Roanne après s’être entretenu avec beaucoup de monde. 

23 avril. A Tarare, M. et Mme Guizot, revenant du Gard, l’aperçoivent au milieu de groupes nombreux qui l’entourent avec admiration. A Salvagny, près de Lyon, il se promène seul sur la route, à la nuit, rencontre le curé de la paroisse, converse un instant avec lui. Vers 22 h30, il est à Lyon, où il est reçu avec des honneurs. Il envoie le colonel Campbell, commissaire anglais, en avant, afin de lui préparer sa traversée jusqu’à l’île d’Elbe sur un bateau anglais. 

24 avril. « A l’aube, il est à Vienne. Il déjeune au Péage-de-Roussillon. Vers midi, il rencontre Augereau au-delà de Valence. Conversation brève et sans effusion. Pendant que les voitures stationnaient près de l’Isère, où le train impérial [le convoi] passe la rivière en bac, arrive un bataillon qui rend les honneurs. Un soldat lui dit : « Sire, le maréchal Augereau a vendu votre armée. » A 18 h30, il est à Montélimar. Il s’y arrête quelques heures. Il reçoit le préfet Gaud de Rousillac. Il passe ensuite à Donzère. » 

Le lendemain sera un jour orageux…

 

(Louis Garros et Jean Tulard, « Itinéraire de Napoléon au jour le jour, 1769-1821″, Tallandier, 1992, p.449-453).

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( 22 avril, 2018 )

Une visite de Napoléon à la poudrerie d’Essonne…

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Ce témoignage fut publié la première fois en 1910, dans le « Carnet de la Sabretache », par le petit-fils de l’auteur, le docteur de Tastes. Le 31 mars 1805, l’Empereur se rendant à Milan pour s’y faire sacrer roi d’Italie, fait une étape dans la petite ville d’Essonne. Il y est reçu par Pierre Robin (1769-1826), commissaire des poudres et directeur de la Poudrerie.

Le 10 germinal an XII, a été un jour très remarquable pour nous par la visite de l’Empereur à la poudrerie que je dirige. Eugène était celui de nos enfants présents qui pouvait faire plus d’attention à cet événement et se le rappeler. On attendait l’Empereur depuis plusieurs jours sur la route d’Essonne où il devait passer pour aller se faire sacrer à Milan ; chaque jour, je faisais guetter son passage pour faire voir son cortège aux enfants ; ne me doutant guère qu’ils seraient à même de le voir d’aussi près. Le dimanche 10 germinal, jour auquel il devait passer, j’ai mené  dès le matin sur la route de Paris les enfants qui attendaient avec impatience ; nous nous sommes promenés fort longtemps, ensuite nous sommes entrés chez une personne dont les fenêtres donnaient sur la route. Il passait à chaque instant des voitures ; enfin, à quatre heures, lassés d’attendre en vain, nous sommes revenus dîner à la maison où quelques voisins étaient réunis, nous attendant à ne rien voir, et les enfants ayant pris leur parti.  A peine avions-nous à moitié dîné, que j’ai vu accourir à bride abattue un officier à cheval. Il m’a annoncé la visite de l’Empereur qu’il ne précédait que de quelques minutes. Je n’avais à la fabrique ni chefs, ni ouvriers, tous étaient allés sur la route pour voir le cortège et j’étais moi-même trop heureux d’être revenu à la maison et, plus encore, d’avoir différé un voyage à Paris que je devais faire à cette époque. J’ai fait sur-le-champ courir le portier à Essonne pour avertir le chef poudrier qui avait sur lui les clefs des ateliers et dont le logement était fermé, n’y ayant absolument personne chez lui. Je bouillais d’impatience et je m’occupais à faire soulever une fenêtre pour entrer chez lui lorsqu’il est heureusement accouru encore à temps. Quelques minutes après, l’Empereur est arrivé. Sa voiture est entrée dans la cour et s’est rangée du côté de notre habitation. Les gardes n’ont pu empêcher une centaine de personnes d’entrer dans la cour avec la voiture. L’Empereur, descendu de voiture, a demandé d’un ton sec et avec un son de voix de la gorge qui parait lui être naturel : « Où est le directeur ? » Je me suis présenté. Il m ‘a demandé toujours avec le même ton sec : « Pourquoi la fabrique n’est point en activité ? » Je lui ai répondu que je n’avais pas reçu d’ordre de travailler le dimanche et que ce jour était ordinairement consacré au repos des ouvriers. Il a répliqué qu’il fallait travailler les dimanches et fêtes, le jour et la nuit ; qu’il comptait sur cette fabrique pour l’approvisionnement des ports à cause de la facilité du transport par la Seine. Tout en parlant, je le conduisais machinalement vers les moulins, il y allait sans doute aussi sans y penser. Il me fit une foule de questions très serrées sur le nombre des pilons, la quantité de poudre fabriquée par chacun, celle que l’on fabriquait par jour, que l’on avait fabriqué hier. Je n’étais point préparé à toutes ces question ; elles étaient faites avec un ton sec et si impérieux, elles se succédaient si rapidement, il fallait trouver si promptement des réponses qui exigeaient quelque calcul de tête, que, je l’avoue, l’esprit assez présent pour répondre avec la vivacité et le ton positif qui eût été convenable. Il eût fallu ne pas hésiter, dire des quantités rondes et approximatives, mais je n’eux même pas cette idée, je voulais être exact, et j’avais l’air de n’être pas très bien au fait des travaux courants. Cependant, je m’en suis tiré et je suis persuadé que Bonaparte a dû s’apercevoir de mon émotion et lui attribuer l’hésitation que je mettais dans mes réponses. Il me demanda ensuite ce que j’avais en approvisionnements de matières premières, ce que je pouvais fabriquer en employant tous les moyens et ne manquant de rien. Je répondis à toutes ces questions par aperçu. Je me servais dans mes expressions du mot « kilogramme », mais il me faisait revenir au poids de marc et j’étais obligé de doubler toutes mes quantités pour arriver à cette mesure gothique. Cela me surprenait, car Bonaparte était bien assez instruit pour connaître le système des nouvelles mesures et en sentir tous les avantages, mais sans dote il était guidé par l’habitude et par le besoin de concevoir promptement. Je lui ai bien fit que je manquais d’argent, mais je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui dire que, depuis plus d’un an, je laissais mes appointements dans la caisse, ce qui était pourtant bien vrai. Je ne lui ai rien dit, ni à ma décharge, ni à ma louange. Il m’a parlé avec le ton dur et sec que l’on m’a dit généralement qu’il avait avec tous ceux qui dépendaient de lui ; il a écouté mes réponses avec attention et patience, quoiqu’en général, je lui aie parlé avec une grande liberté, ne lui ayant fait aucun compliment, lui ayant même répondu souvent sans lui dire ni « Sire », ni « Votre Majesté ». Je lui ai même dit une fois que je ne l’entendais pas ; il a répété sa question sans humeur et impatience. Je lui ai trouvé la physionomie dure et froide, la démarche peu noble, mais l’air vigoureux et la tête pensante, le son de voix aigre et guttural ; les manières, le ton peu aimables et très impérieux. Il m’a donné comme à tout le monde des preuves de la multitude de connaissances de détails qu’il a dans toutes les parties de l’administration et de la facilité avec laquelle il démêle toutes les idées et s’en sert dans les occasions, mais j’ai trouvé qu’il savait se faire craindre, obéir, admirer, et non pas se faire aimer. C’est un mélange de César, d’Alexandre, de Tamerlan, de Charlemagne, de Frédéric ; mais ce n’est point Henri IV. 

J’ai voulu consigner ici le récit de cet événement, les impressions, les réflexions qu’il a fait naître en moi. Pour ce qui concerne Eugène, voici ce que j’ai à en dire, c’est que, pendant les vingt ou trente minutes qu’a duré la présence de l’Empereur, il n’a pas cessé d’être auprès de moi et d’écouter tout ce que nous disions ; mais je ne sais cela parce qu’il me l’a dit depuis et que tout le monde me l’a affirmé. Je ne l’ai pas vu un seul moment tant j’étais préoccupé du soin de répondre. Au surplus, l’écuyer Caulaincourt était derrière et repoussait tous ceux qui voulaient approcher. M. Chapelain, mon élève, n’a pu parvenir à s’approcher de nous ; apparemment qu’on a fait moins d’attention à l’enfant. Lorsque l’Empereur est monté dans sa voiture, je lui ai demandé ses ordres ; il m’a répondu qu’il me les ferait donner par le ministre. Il est parti et, quelques minutes après, il m’envoya dire par un de ses officiers de me rendre le lendemain, à dix heures du matin, à Fontainebleau pour m’entretenir plus longuement, disait-il. Ce voyage a fait beaucoup jaser dans le canton, a causé beaucoup d’inquiétude à ma femme et, sans me donner aucune crainte, m’a tourmenté passablement. J’ai employé  la soirée à faire des notes pour répondre catégoriquement à toutes les questions possibles ; je suis parti le soir même pour coucher en route, je n’ai pas dormi de la nuit, je suis arrivé à Fontainebleau à huit heures du matin. Je me suis habillé, j’ai déjeuné et, à dix heures, j’étais au château. J’y ai pénétré facilement, mais tout le monde était surpris que j’eusse à parler à l’Empereur. Il était occupé à visiter le château avec ses architectes. Enfin, il a traversé à deux ou trois reprises  la pièce où j’étais et m’a regardé avec son air dur. Il a paru surpris de ce je ne baissais point les yeux et, au contraire, je les fixais sur lui avec assurance. Il m’a renvoyé au Ministre de la Guerre (Berthier) avec lequel j’ai conféré à deux reprises et que j’ai trouvé assez affable, mais u peu ahuri. On disposait d’une chasse qu’il devait commander en qualité de Grand veneur ; toute la cour était en habit de chasse. J’ai attendu longtemps et j’ai vu toute la foule de ces courtisans d’hier qui s’agitaient et avaient toute la mine de ne pas savoir encore bien leur métier. Alex. Berthier m’a transmis les ordres positifs de l’Empereur et je me suis retiré. J’ai été me promener dans la forêt avec un ami qui m’avait reçu chez lui, mais j’étais trop agité pour jouir de la promenade. Je suis revenu le lendemain à la maison où j’étais attendu avec impatience, et les habitants d’Essonne et de Corbeil, qui s’étaient épuisés en conjectures, ont vu que la montagne avait enfanté une souris, et que j’étais revenu comme j’étais parti, ce qui a fait cesser les coups de chapeau  dont j’avais été accablé la veille. 

Pierre ROBIN

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( 21 avril, 2018 )

Encore quelques mots à propos du témoignage du Major Le Roy…

8 MARS 2018

« S’agissant de la campagne de Russie, le major Le Roy n’y va pas par quatre chemins, commençant par s’attirer la sympathie des mémorialistes : “J’ai remarqué que tous ces écrivains ne s’accordent pas entre eux, même sur les événements principaux, et, s’ils se rapprochent quelquefois, c’est pour avoir la sotte vanité de donner le coup de pied de l’âne au grand homme qui nous commandait. Blâmant l’entreprise, l’ambition et l’irrésolution que ce chef a, suivant eux montrées dans cette campagne, Ségur est à la tête et, pour remplir son livre, il a fait comme le maître cordonnier du 108e régiment qui tirait son cuir avec ses dents pour l’allonger.”

C’est le 26 mars 1812 que son régiment doit commencer son mouvement. Le 11 juin, il est passé en revue par le général Dessaix puis, chargé de dix jours de vivres, part en direction du Niémen. Les conditions sont déjà difficiles et les jeunes soldats sont à la peine: “avant le passage du Niémen, nous en avions déjà perdu un cinquième et, quatre jours après, à Vilna, il en manquait la moitié qui n’avait pu suivre la colonne”. Par la suite, la chaleur puis les pluies froides causent des dégâts, “les hommes par la farine qu’ils s’empressaient d’avaler avant qu’elle fut bien cuite” et les chevaux par l’effet de “cette pluie froide et les blés verts qu’on leur donnait à manger les tuaient sur le champ”. Le 16 juillet, ils traversent la Bérézina “sans même la remarquer, n’ayant de l’eau qu’à mi-jambe, n’imaginant pas que cette rivière dût nous causer de si grands malheurs quelques mois plus tard”.

A la bataille de Smolensk, Le Roy invente un mot qui se heurte à tous les dictionnaires : “l’ennemi se retira en effet après avoir mis le feu à la ville haute, où étaient les vicagalins”, les vicagalins ? Un surnom pour les soldats russes ?

Sur la bataille de la Moskova, l’explication est limpide : “Si ces messieurs voulaient nous arrêter et nous battre avant que nous vissions Moscou, il était temps qu’ils s’y prissent”. L’humour du combattant ! Il a pourtant du respect pour ces Russes : “J’étais surpris de voir la discipline, l’ordre qui régnaient dans une armée battue. je puis affirmer n’avoir jamais vu, étant à l’avant-garde, une seule charrette, pas un cheval, enfin, pas un seul soldat russe abandonné ou resté en arrière”. Autour de Moscou, il est de même surpris par l’acharnement des partisans et des paysans russes qui s’en prennent directement aux soldats français. Au passage, il règle quelques comptes avec la comtesse de Ségur, fille du gouverneur de Moscou, tout en confondant l’oncle auteur et son jeune neveu neveu.

Bernard. »

( 21 avril, 2018 )

A propos des batailles de Brienne et de La Rothière…

Contre amiral Pierre Baste - Copie

Le contre-amiral Pierre Baste, tué à Brienne.

Brienne (29 janvier 1814).

Forces françaises : 16 000 hommes.

Forces prusso-russes : Entre 25 000 et 28 000 hommes

Pertes françaises : 3 000 à 4 000 tués et blessés.

Officiers supérieurs tués : Contre-amiral BASTE, commandant une brigade de voltigeurs (Jeune Garde, division Decouz).Général DECOUZ, commandant la 2ème division de la Jeune Garde. Général FORESTIER, commandant la 2ème division du 2ème corps. Adjudant-commandant, LEROY-DUVERGER, sous-chef d’état-major du 2ème corps (blessé mortellement).

Pertes alliées : Entre 3 000 et 6 000 tués et blessés.

 

La Rothière

La Rothière (1er février 1814).

Forces françaises : Entre 32 000 et 36 140 hommes, selon les historiens. 128 canons.

Forces alliées : 106 7000 hommes.

Pertes françaises : 5 000 tués et blessés.

Officier supérieur tué : Général MARGUET, employé à la 5ème division d’infanterie de Jeune Garde sous Ney.

Pertes alliées : 6 000 tués et blessés.

 

(Source : « Dictionnaire des batailles de Napoléon » d’Alain PIGEARD, Tallandier, 2004). 

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( 21 avril, 2018 )

Des pâtes ? Oui mais des macaronis !

( 21 avril, 2018 )

Le chef de bataillon d’Audebard de Ferussac et son témoignage.

En 1812 (à Paris, chez Buisson), le chef de bataillon J. d’Audebard de Férussac (1786-1836) fit paraître un premier volume donnant un aperçu de son témoignage sur la campagne d’Espagne. Ce texte, fit l’objet d’une nouvelle édition un peu plus étoffée en 1816 (chez Eymery, à Paris également) sous le titre de « Journal historique du siège de Saragosse, suivi d’un Coup d’œil sur l’Andalousie ».  Le siège de Saragosse, et plus précisément le second des deux sièges est un des épisodes les plus violents de cette guerre d’Espagne qui a marqué les esprits. D’Audebard, arrivé le 21 décembre 1808 dans la place, ne perd pas un instant afin de faire partager ses impressions à son correspondant. En effet, son témoignage, a la particularité d’être rédigé sous forme de lettres adressées à un certain « Félix », un de ses amis: « Il te paraîtrait plaisant de me voir dans un bivouac commun à deux douzaines de mes soldats, entouré, dans mon petit coin, d’une foule de volumes gros et petits, les pieds au feu, le dos contre un tronc d’olivier, feuilletant, compulsant, écrivant au bruit de la fusillade et du canon, et quittant souvent la plume pour reprendre l’épée ». Son témoignage, un des premiers publiés sur la guerre d’Espagne, est rédigé sur le vif. Si notre homme, cultivé, est amateur de livres, il n’hésite pas cependant à faire le coup de feu, mais aussi à décrire son quotidien : « Mon dîner est prêt. Il se compose d’une excellente soupe, et d’un gros gigot de mérinos tourné au bout d’une ficelle suspendue à une baguette de fusil, au lieu de tournebroche et de lèchefrite, le tout arrosé d’excellent vin. », écrit-il à Félix.  Cultivé et d’une curiosité d’esprit, s’il ne lui épargne point tout ce qu’il a pu apprendre sur l’histoire de la belle ville de Saragosse, l’auteur revient rapidement dans la réalité guerrière qui l’entoure. « Le huitième jour du siège, on emporta le faubourg qui était sur la rive gauche de l’Èbre ; quelque temps après, les assiégés paraissaient souffrir de la disette de vivres; on les serra de si près, qu’ils n’avaient plus d’espoir… ». Concernant ce fameux siège, qu’il vit au jour le jour, le chef de bataillon d’Audebard, n’épargne aucun détail à son correspondant : « Les arbres sont coupés, et la plupart des maisons rasées autour de la ville … Dans la ville, chaque maison a été crénelée, les portes et les fenêtres basses murées; des communications intérieures ont été établies partout ; enfin les rues sont coupées, barricadées, défendues par des batteries », écrit-il avant de préciser que « de notre côté, pour l’attaque, nous avons deux corps d’armée. Les 3ème et 5ème, qui sont, dit-on, avec les artilleurs, ingénieurs, pontonniers employés au siège, forts de trente-cinq mille hommes. M. le général Dedon commande un équipage de siège de soixante bouches à feu. ».

La cité tombe enfin, le 20 février 1809. « Il était presque impossible de parcourir les rues de la ville. Un air putride et infect vous suffoquait ; les rues étaient encombrées de débris ou de pièces de canons, fermées par des barricades, coupées par des fossés: partout on trouvait des cadavres d’hommes ou d’animaux. ».

Le « Journal historique » du chef de bataillon d’Audebard de Férussac, réaliste et rédigé peu de temps après les faits, nous rappelle la violence des combats dont Saragosse fut l’objet.

C.B.

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( 20 avril, 2018 )

Le fidèle général Petit…

Général PetitLe général Petit (1772-1856), était major du 1er régiment de grenadiers à pied de la Garde Impériale depuis le 20 novembre 1813 ; il passe adjudant-général de la Garde le 26 décembre de la même année. Il est à Château-Thierry, à Montereau lors de la campagne de France. Petit est attaché à la 1ère division de la Garde le 14 mars 1814. Il est un des acteurs principaux des Adieux de Fontainebleau le 20 avril 1814. Cet officier figure sur le tableau qu’Antoine-Alphonse Montfort réalisa vers 1825, d’après l’œuvre  d’Horace Vernet: « Les Adieux de Napoléon à la Garde Impériale dans la cour du Cheval Blanc ».

C.B.

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( 20 avril, 2018 )

La flamme napoléonienne est immortelle !

( 20 avril, 2018 )

La scène des « Adieux » vue par Sergueï Bondarchuk…

Un extrait de son « Waterloo » (1970) . Napoléon y est incarné par Rod Steiger. 

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( 20 avril, 2018 )

Au Château de Fontainebleau les 28, 29 et 30 avril 2018…

( 20 avril, 2018 )

Une VERSION MECONNUE des ADIEUX de FONTAINEBLEAU…

Napoléon le Grand

« 20 avril [1814]. Les chevaux furent commandés pour 9 heures. L’Empereur désira parler au général Koller. Il parla avec vivacité contre sa séparation d’avec sa femme et son enfant, et de l’ordre de retirer les canons de l’île d’Elbe, disant qu’il n’avait rien à débattre avec le gouvernement provisoire. Son traité avait été conclu avec les Alliés. Il dit qu’il n’était pas dépourvu de moyens de faire la guerre, mais qu’il ne lui plaisait pas de la continuer. Il fit ensuite venir le colonel Campbell, se déclara très satisfait de ce que Lord Castlereagh [Secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères. Il fut un de ceux, dans les années 1813/1814, qui contribuèrent à soulever les puissances alliées contre l’empereur Napoléon], eût mis à sa disposition un vaisseau de guerre, soit pour la traversée, soit comme escorte, et fit l’éloge de la nation anglaise. Ensuite, il dit qu’il était prêt. Le duc de Bassano [Maret], le général Belliard, [le général] Ornano et quatre ou cinq aides de camp, avec environ vingt autres officiers, étaient dans l’antichambre. Un aide de camp ferma subitement les portes, ce qui nous fit supposer que l’Empereur faisait des adieux particuliers à Belliard et Ornano. Ensuite, les portes de rouvrirent, et l’aide de camp annonça : « L’Empereur ! » Il passa en souriant et en saluant, descendit dans la cour, harangua la Garde, embrassa le général Petit et le drapeau, et monta dans sa voiture qui partit aussitôt.»

(« Relation du capitaine Thomas Ussher » in « Toute l’Histoire de Napoléon. La Déportation de Napoléon  à l’île d’Elbe », n°3-Avril 1952, Editions Académie Napoléon, pp.12-13). Ussher commandait la frégate l’Undaunted [l’Intrépide] qui conduisit l’Empereur de France à l’île d’Elbe. Il suivra Napoléon tout au long de son parcours vers cette destination.

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( 20 avril, 2018 )

Une lettre du général Friant au maréchal Ney…

Une lettre du général Friant au maréchal Ney… dans TEMOIGNAGES 05-524353-300x238Fontainebleau, le 20 avril 1814.

A Son Excellence le Prince de la Moskowa.

J’ai l’honneur d’annoncer à Votre Excellence que Sa Majesté l’Empereur Napoléon est parti ce matin, à midi, de Fontainebleau. L’Empereur a désiré, avant son départ, voir le 1er régiment des grenadiers cantonné ici. Ayant réuni le corps des officiers, il leur a fait ses adieux en leur recommandant d’être fidèles au nouveau souverain que les vœux de la Nation avaient appelé au trône. L’officier porteur de mes dépêches donnera à Votre Excellence les autres détails. 

FRIANT.

Le général Friant fut nommé par Louis XVIII, le 18 juillet 1814, colonel des grenadiers à pied de France ; il avait reçu la croix de Saint-Louis le 2 juin 1814. Au retour de l’Empereur, il prit le commandement de la division des grenadiers de la Garde Impériale et combattit à Waterloo. (« Un soldat de Napoléon. Extraits des livres d’ordre et de correspondance du général de division comte Friant », publié dans « La Nouvelle Revue » du 15 avril 1900, par le Baron P. de Bourgoing).

 

 

( 19 avril, 2018 )

Moscou en flammes !

Lettre de Guillaume PEYRUSSE à son frère André.

Au Palais du Kremlin, à Moscou, le 21 septembre 1812.

Je t’ai écrit, le 15 courant, pour t’annoncer mon arrivée à Moscou. J’étais loin de m’attendre alors que nous serions forcés de quitter cette résidence. Le 14, un général cosaque se présenta aux avant-postes de Sa majesté et déclara que si Sa majesté voulait ménager la ville, il ne serait fait aucune résistance. Sa Majesté répondit que les capitales de Vienne et de Berlin attestaient sa modération, et qu’il était disposé à la même modération à condition qu’on ne brûlerait ni les ponts ni les magasins. Nous entrâmes le 15. Le quartier-général s’établit dans un quartier- appelé le Kremlin. C’est une espèce de forteresse, entourée d’un double mur en brique crénelé, et dans l’enceinte sont bâtis l’arsenal, le palais du Sénat et le palais de l’Empereur. Dans la soirée quelques incendies éclatèrent. On les attribua à l’imprudence et à la négligence des soldats peu habitués à faire du feu dans des maisons de bois. BientôtMoscou en flammes ! dans TEMOIGNAGES Moscou1-300x200 une fusée fut lancée, et de toutes parts on vit éclater des incendies tout autour de notre quartier. Il n’existait dans la ville ni pompes ni pompiers. On ne put pas arrêter le feu qui dans un instant dévora tout ce qu’il rencontra. Dans la nuit les principaux palais et édifices publics furent incendiés. Plusieurs incendiaires russes furent saisis avec des torches et saucissons de poudre inflammable. Une bande de malfaiteurs avait obtenu à Constac [Cronstadt ?] leur liberté à la condition qu’ils commettraient ce crime atroce ; le gouverneur de la ville avait ordonné tous les apprêts. Ces animaux sauvages étaient gorgés de vin. La ville était en feu. Tous nos regards se portaient sur l’arsenal, et nous ne fûmes pas peu étonnés, malgré la vigilance et la surveillance la plus minutieuse, de voir éclater le feu au milieu des appartements de l’arsenal. Sa majesté se rendit sur les lieux, quelque danger qu’il y eût à courir pour sa personne. Elle ordonna des dispositions telles que bientôt on se rendit maître du feu. Il en était autrement dans un des plus beaux quartiers de la ville, appelé le Palais-Royal ; plus de six cents magasins étaient en flammes. La masse de feu qui embrasait la ville attirait une colonne d’air qui excitait l’incendie d’une manière affreuse. Sa Majesté était à peine rentrée au palais que nous vîmes le feu éclater dans le haut de la tour du château près des cuisines ; au même instant deux incendiaires furent saisi, l’un allant mettre le feu aux fourrières (dépôt de bois) du palais, l’autre s’introduisant dans les combles avec un saucisson et un briquet ; ils furent amenés à Sa Majesté ; interrogés, ils avouèrent qu’ils avaient eu ordre de leurs officiers de mettre le feu. On en fit une prompte justice. Un de nos piqueurs saisit un soldat russe au moment où il allait mettre le feu au pont, il lui cassa la mâchoire et le précipita dans la rivière ; Sa majesté, ne pouvant sauver la ville et étant bien convaincue que les feux souterrains étaient placés partout, se décida à quitter son palais. Elle fut s’établir à Pétrovski, château impérial à deux lieues de Moscou. Nous eûmes toutes les peines du monde à déboucher. Les rues étaient encombrées de décombres, de poutres embrasées, nous nous grillions dans nos voitures ; les chevaux ne voulaient pas avancer. J’avais les plus vives inquiétudes pour le trésor. La nuit du 16 au 17 vit éclater de nouveaux désastres, rien n’était ménagé ; la flamme présentait un développement de plus de quatre lieues. Le ciel était ne feu. Le vent mollit un peu dans la journée du 18. Faute d’aliment, le feu ne fut pas aussi considérable. Nous rentrâmes à Moscou, et nous vînmes nous réinstaller dans le Kremlin. On a saisi tous les soldats russes qui se trouvent ici pour les interroger. Il est plus que certain que le gouverneur de la ville comptait surprendre ici une partie de l’armée et la livrer aux flammes ; mais nulle autre troupe que la Garde n’avait eu la permission d’y stationner. Le projet était de couper toutes nos communications et d’anéantir les ressources que cette immense ville pouvait nous offrir. Sous ce dernier point de vue ils ont un peu réussi ; mais il reste encore des provisions de toute espèce et des approvisionnements suffisants. Leur barbarie n’est retombée que sur leurs compatriotes. Vingt—cinq mille blessés russes portés ici de Mojaïsk, ont été victimes de cette férocité, à laquelle on assure que le grand duc Constantin et plusieurs grands de Moscou ont contribué. On rend à l’empereur Alexandre la justice de croire qu’il est étranger à cet acte de barbarie… »

(«Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, p.91-95). L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

 

( 19 avril, 2018 )

NAPOLEON à l’honneur dans « L’Obs »

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Ce numéro est paru en kiosque aujourd’hui.

Un aperçu ici: https://www.nouvelobs.com/edito/20180417.OBS5341/tous-napoleon.html

( 19 avril, 2018 )

Demain… !

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Le 20 avril 1814, l’Empereur partira pour l’exil qui lui a été désigné par les puissances alliées : l’île d’Elbe. Des braves présents à l’inoubliable scène des Adieux de Fontainebleau, les uns pleureront, les autres briseront leurs armes de rage. Tous voudront suivre leur « Petit Caporal ». Une page se tourne…

 

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( 18 avril, 2018 )

Complément de la part de mon lecteur enthousiaste… A propos des « Souvenirs » du Major LE ROY.

Ces impressions font suite à celles diffusées ici le 14 avril dernier.

« J’avance dans ma lecture et je suis surpris de la qualité des réflexions de Claude Le Roy. Il ne faut pas y chercher le récit précis des campagnes car, comme l’écrit l’auteur, “que pouvait voir un simple officier dans le cercle plus ou moins grand qu’il occupait, suivant son emploi ? » En voilà du bon sens… Et il ne s’arrête pas là : “En outre, chaque nation qui avait pris une part active à cette guerre a eu son genre et sa manière d’en faire le récit en sa faveur, en rejetant les inconvénients malheureux sur la partie adverse et en attribuant, à son avantage, tous les hasards heureux que les circonstances leur ont offerts.” D’ailleurs, “vous pourrez, pour en avoir une connaissance très inexacte, compulser le volumineux récit qu’en a fait, en 25 volumes in-8°, l’auteur bavard des Victoires et Conquêtes où la moitié des faits sont, ou faux ou noyés dans un verbiage de mots techniques ampoulés et sans suite…”

L’intérêt de l’ouvrage tient plus dans la vie de l’officier en campagne, ses dangers, ses déplacements, ses mésaventures et ses blessures… Les promotions qui lui passent sous le nez aussi, faute de savoir se faire mousser : « Combien de fois ai-je vu, dans nos régiments, pour l’avancement aux choix, préférer et recevoir des chevaux de parade, et mettre de côté le petit cognat qui, fort, robuste et tenace, soutenait les fatigues de la campagne, tandis que le grand dadais y succombait bientôt, quoique brave, car il manquait d’énergie ». Quelle belle plume !

Bernard. »

Dans-les-armees-de-Napoleon

( 18 avril, 2018 )

Boire et mourir… (A Zizmori, vers le 13 décembre 1812).

 Boire et mourir… (A Zizmori, vers le 13 décembre 1812). dans TEMOIGNAGES campagnerussie« Au détour d’une rue j’aperçois un encombrement devant une maison. Quelques-uns en sortaient, porteurs de bouteilles d’eau-de-vie ou de pomme de terre. Ils sont immédiatement assaillis. Je les laisse aux prises avec le résultat de leur imprudence et j’entre, bousculé par la foule, dans une cour où régnait une forte odeur d’alcool. Puis je suis porté sur les marches d’un escalier descendant à une cave, où le courant dont je faisais partie était repoussé par celui qui voulait remonter. Je commençais à regretter fortement de me trouver dans cette bagarre, lorsque, bien malgré moi, j’atteignis le sol de la cave. Des barriques défoncées y laissaient couler du vin, du rhum, de l’eau-de-vie, on piétinait jusqu’à la cheville dans ce liquide. Cette cave fut bientôt plus que comble. Dans une sinistre obscurité des cris de détresse se font entendre. Ceux qui tombent de se relèvent plus et sont étouffés dans l’alcool, personne ne pouvait avancer ou reculer. Ne voulant pas périr misérablement dans ce souterrain je rassemble  toute mon énergie, toutes mes forces, pour me faire jour à tout prix, sans pitié pour les malheureux écrasés, dont les cris ne peuvent même plus se faire entendre. Mais bientôt j’acquiers la conviction qu’il n’est plus possible de sortir par l’escalier qui déverse le flot toujours grossissant, venu du dehors. Apercevant près de moi un soupirail, je comprends que c’est la seule issue vers la vie, et fais part de mon projet à un maréchal-des-logis chef, d’artillerie, le seul à ma proximité qui me parut capable de le mettre à exécution. Comme premier remerciement il me serre fortement la main, puis, ensemble nous franchissons des cadavres amoncelés et arrivons au pied du soupirail. J’y grimpe le premier, tous mes muscles sont rendus, toute ma volonté est en jeu pour y parvenir. Enfin, après des efforts désespérés, je l’atteins, le traverse, et me trouve dans une cour, sur la neige : de suite je tends la main au maréchal-des-logis chef, et, lorsque nous nous voyons sains et saufs nous nous embrassons à plusieurs reprises sans pouvoir parler, remerciant  Dieu de notre délivrance. Avant de quitter l’enclos où nous nous trouvions nous nous penchons au soupirail afin d’aider les camarades qui auraient la même idée que nous. Nous n’entendîmes que des cris de désespoir qui allèrent en s’affaiblissant, et auxquels succéda bientôt un morne silence. »

(Capitaine V. Bertrand, « Mémoires… », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.170-171).

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( 16 avril, 2018 )

Le général Friant…

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« Friant, disait l’Empereur à Sainte-Hélène, n’est pas capable de tirer parti de la Garde : c’est un bon soldat, voilà tout. » Pourtant, durant la campagne de Russie, à Vitebsk, lorsqu’il apprit la mort de Dorsenne, il nomma Friant colonel des grenadiers à pied de sa Garde. « Je vous apprends avec plaisir, écrivait Berthier à Friant le 8 août, que l’Empereur vous a nommé colonel commandant des grenadiers à pied de sa Garde, en remplacement du général Dorsenne qui vient de mourir.

Vous n’en conserverez pas moins, jusqu’à nouvel ordre, le commandement de votre division. Rendez-vous ici demain, à 6 heures du matin, pour être reconnu à la parade, à 7 heures. » Le 9 août 1812, à 7 heures du matin, par la pluie, l’Empereur recevait Friant à la tête des grenadiers de la Garde :  « Grenadiers de ma Garde, dit-il, vous reconnaîtrez le général Friant pour votre commandant colonel et lui obéirez comme tel en tout ce qu’il pourra vous commander pour l’exécution des règlements militaires », et il donna à Friant l’accolade d’usage. Le même jour, le maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, s’adressait àla Vieille Garde dont il était commandant, rendait hommage à la mémoire de Dorsenne.

« Vous reporterez, ajoutait-il, sur son successeur l’amour que vous aviez pour lui ; la réputation du général Friant, l’aigle qui le décore et le choix de Napoléon vous assurent qu’il est digne de vous commander ». 

Arthur CHUQUET  

(« Lettres de 1812. Première série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

 

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