( 30 mai, 2015 )

Préparatifs de campagne…

Portrait Drouot

Le général Drouot.

Instructions de Napoléon au général comte Drouot, Aide-major général de la Garde Impériale, à Paris.

Paris, le 30 mai 1815.

Monsieur le Général Drouot, je vois qu’il ne manque au complet des grenadiers à cheval que 48 hommes; ces hommes arriveront probablement sous peu de jours. Il manque 105 chevaux. Je vois avec peine que le fournisseur ne doit vous livrer qu’au 15 juin. Est-ce qu’il ne serait pas possible de lui faire faire cette fourniture au 10 juin ? Les selles doivent aussi exister avant cette époque. Je désirerais que le régiment eût le 10 juin 950 hommes à cheval à l’armée et 50 officiers, c’est-à-dire mille chevaux, ce qui me ferait deux beaux régiments. Quant à l’argent que vous demandez, prenez-le sur les 4 millions que je vous ai accordés pour juin. Je vois que pour les dragons vous ne comprenez pas 47 sous-officiers et brigadiers qui sont d’excédent. Je pense qu’il faut les porter comme soldats; c’est toujours 47 hommes qui se battront et ils seront mis en activité au fur et à mesure qu’il y aura des morts. Il manque 100 hommes pour compléter les dragons; il faut savoir quand on pourra les avoir. Il manque 168 chevaux; il faudrait aussi savoir quand on les aura. Pressez les achats et portez l’argent qu’il vous faut sur les 4 millions que je viens de vous accorder. D’après le compte que vous me rendez des chasseurs, j’espère avoir en bataille au 12 juin, 1260 hommes. Il manque aux chevau-légers 350 chevaux et 500 harnachements. Il serait donc bien important de presser les achats, afin que ce régiment puisse avoir ses 1200 hommes en campagne le plus tôt possible. Je vois que le 2ème de chasseurs a déjà 600 hommes. Il faut presser la rentrée des chevaux et la confection des harnachements. Accordez des fonds pour l’un et l’autre objet sur les 4 millions de juin. Je désirerais bien que ce régiment pût bientôt entrer en campagne, afin d’avoir à l’arrivée 4000 à 5000 chevaux.

D’après l’original. Dépôt de la Guerre. Arch. hist.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées par Léonce de Brotonne », H. Champion, Libraire, 1903, tome II, pp.531-532, pièce n°2317).

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( 29 mai, 2015 )

Napoléon, un empereur en Légo…

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( 29 mai, 2015 )

Des chocolats napoléoniens !

( 28 mai, 2015 )

« Napoléon aux Cent-Jours… »

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« Le Napoléon qui revenait en mars 1815 était très différent de celui qui était parti en avril 1814. De gros, il était devenu presque obèse ; c’était un autre homme. Nous avons, par bonne fortune, un portrait tracé, on peut le dire, de main d’artiste, par un peintre-poète, qui maniait la plume mieux que le pinceau. Voici comment Théophile Gautier, qui avait vu Napoléon une seule fois, nous a restitué sa physionomie en 1815 : « J’avais 4 ans alors, et pourtant mon souvenir m’est demeuré très précis. Il était monté sur un petit cheval, à qui les pans d’une grande redingote constituaient une sorte de houssine, recouvrant la croupe et la selle. Il se tenait mal et avait l’air effondré d’un maraîcher qui a voyagé toute la nuit; il avait sur la tête une sorte de chapeau… gris, peu élevé. Il passait devant l’éléphant de la Bastille. Je l’ai bien regardé. Le nez était affaissé et était devenu crochu. Le menton se relevait en pointe de sabot… Les traits étaient, ce jour-là, bouffis et gras. La maladie de foie avait badigeonné son masque d’une teinte jaune  ».

« Je ne puis m’empêcher de croire, consignait de son côté le chancelier Pasquier dans ses Mémoires, que son génie, comme sa force physique, était dans une décadence profonde. » Sa lassitude éclatait manifestement à tous les yeux. « Les incertitudes de la traversée, les risques du débarquement, les palpitantes péripéties de la marche sur Paris, la réorganisation du gouvernement et la réfection de son armée, la préparation de la campagne de Belgique, enfin la reprise de ce travail acharné et écrasant dont il avait depuis un an perdu l’habitude », toutes ces causes réunies suffiraient à expliquer cet épuisement de son système nerveux. On a rapporté que Napoléon avait à cette époque des somnolences fréquentes, qu’on le trouvait sans cesse assoupi sur un livre, et cependant il dormait jusqu’à quinze heures de suite, alors qu’autrefois il avait le sommeil constamment interrompu. On avait remarqué son air préoccupé, triste souvent, indiquant tantôt l’indifférence, tantôt le découragement. C’est un des points qu’a le mieux mis en lumière le brillant historien de 1814 et 1815. « A la fin de mai, écrit Henry Houssaye, il n’était plus l’homme du 20 mars. Il avait gardé intactes les qualités maîtresses de son vaste génie, mais les qualités complémentaires, la volonté, la décision, la confiance avaient décliné en lui. La nature éminemment nerveuse de

Napoléon était soumise aux influences morales… L’esprit influait sur le corps, qui réagissait alors sur l’esprit. « Pendant ces crises, d’une durée assez longue, l’Empereur tombait dans un profond abattement. Il perdait tout espoir et toute énergie. Il avait des heures d’angoisse, où d’horribles visions lui montraient la France vaincue et démembrée. En plein jour, il cherchait dans le sommeil l’oubli momentané de ses souffrances et de ses pensées. Lorsqu’il était seul, il lui arrivait de pleurer. Carnot le surprit en larmes devant le portrait de son fils. L’Empereur n’avait plus en lui le sentiment du succès. Il ne croyait plus à son étoile. »

Le lieutenant-colonel de Baudus, qui fut aide de camp des maréchaux Soult et Bessières, et qui approcha souvent Napoléon en cette qualité, écrit que Napoléon n’était plus, en 1815, l’homme qu’il avait connu auparavant, « si vigilant, si actif, si prompt à profiter de ses  succès, si admirable dans les rapides déterminations de son génie guerrier… On assurait, à cette époque, que Napoléon qui, pendant toute sa vie, avait fait un grand usage du café, en prenait davantage encore en 1815, sans pouvoir parvenir à vaincre totalement l’état de somnolence qui lui était devenu habituel ».

A son retour de l’île d’Elbe, son frère Jérôme lui avait trouvé l’air fatigué; un autre de ses frères, Lucien, déclarait son état plus grave qu’il n’y paraissait ; et, au dire d’un ancien ministre anglais, qui a consacré les loisirs de sa retraite à rédiger le récit « de la dernière phase » de la vie de Napoléon, Lucien aurait consigné par écrit, à ce sujet, certains détails qui n’ont pas été imprimés.

II assura plus tard à M. Thiers, que son frère souffrait alors d’une maladie de vessie. Savary, qui le vit le soir où il quitta Paris pour la Flandre, dit qu’il souffrait cruellement de l’estomac. »

 (Docteur CABANES, « Au chevet de l’Empereur », Albin Michel, Editeur, sans date, pp.258-262).

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N’oublions pas que Th. Gautier n’avait que quatre ans !

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( 28 mai, 2015 )

A la veille du Champ-de-Mai…

Cette cérémonie se déroulera à Paris le 1er juin 1815. Rappelons qu’Emile Labretonnière était alors étudiant dans la capitale.

« La première explosion libérale contre l’acte additionnel était passée; toutes les nuances du patriotisme sentaient qu’il était indispensable de se fondre dans un sentiment commun, l’horreur du joug étranger. On remettait donc à des jours plus calmes, les comptes à demander; il fallait d’abord sauver le territoire menacé. Nous étions à la veille du Champ-de-Mai ; c’était dans cette solennité que l’Empereur devait déposer la dictature, recevoir le serment des représentants, et distribuer les aigles à l’armée et aux gardes nationales. Chaque soir, la place Vendôme offrait le coup-d’oeil le plus animé et le plus pittoresque. Des députations de tous les régiments et d’une partie des gardes nationales y mêlaient leurs uniformes, tous divers de forme et de couleurs; la musique de la garnison de Paris exécutait des symphonies devant l’état-major de la place; les éperons et les sabres résonnaient de toute part sur le pavé; tout respirait un air fier et belliqueux sur cette noble enceinte, où la colonne, dressant son fût tronqué sur tant de braves, leur criait du haut de son chapiteau vide, qu’il leur restait encore une page d’histoire à ajouter à celle d’Austerlitz. »

(E. LABRETONNIERE, « Macédoine. Souvenirs du quartier latin… » Lucien Marpon, Libraire-Editeur, 1863, pp.254-255).

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( 28 mai, 2015 )

Un royaliste malveillant…

« Dans les derniers jours de mai, gagnant le boulevard par la rue Saint-Denis, je voyais venir de loin deux gendarmes à cheval, escortés par une foule de gamins. Quand ils furent devant le marché, nous aperçûmes alors un spectacle digne de pitié. Un malheureux vieillard, sans chapeau, et la tête ensanglantée, était attaché à la queue du cheval d’un des gendarmes, qui prenait un cruel plaisir à le faire passer dans le ruisseau. La foule indignée les arrêta et leur demanda ce qu’avait fait ce pauvre homme pour être ainsi traité. « Ce qu’il a fait! répondit le brigadier ? Ce qui aurait dû le faire fusiller sur-le-champ. Croiriez-vous bien que  ce vieux b….-là vient d’être arrêté à la butte Saint-Chaumont, au moment où il enclouait la cinquième pièce d’une batterie dont quatre étaient déjà enclouées! Et qu’il avait sa pleine poche de clous dentelés pour toutes les pièces non surveillées qu’il aurait pu empoigner! Il est bien heureux qu’un officier l’ait sauvé des canonniers, ca  son affaire était bonne! Nous le menons à la Préfecture de police. » A l’instant, un de ces personnages qui connaissent tout Paris, s’écria: « Tiens, c’est le vieux un tel, perruquier de la rue…

C’est le plus fameux royaliste du quartier ! » L’énormité du délit ne fit pas insister la foule; elle laissa emmener ce malheureux vieillard, lequel, calme et fort du fanatisme politique lui disant qu’il avait fait son devoir, marchait sans se plaindre, traîné avec ignominie. Puis venez donc, en révolution, traiter de brigands ceux qui suivent une autre bannière. Avant un mois écoulé, c’était les canonniers de Paris qui devaient être des brigands, et ceux qui enclouaient leurs pièces au profit de l’étranger, qui devaient être les héros ! »

 

(E. LABRETONNIERE: « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863, pp.252-254)

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( 27 mai, 2015 )

Napoléon réaliste…

2

NAPOLÉON AU MARÉCHAL SOULT, DUC DE DALMATIE,

Major général de la Grande Armée, à Paris.

Paris, 27 mai 1815.

Notre armée n’étant plus de la même force que ces années dernières, il est probable que je ne me trouverai que dans une direction. Vous pourrez donc organiser vos équipages en conséquence et n’avoir que le tiers ou le quart de ce qu’avait le prince de Neuchâtel. J’ai fait de même pour les miens. J’ai donné ordre au ministre de la Guerre de mettre à votre disposition une somme de 50.000 francs pour nos dépenses secrètes. Vous prendrez sur ces fonds pour envoyer de l’argent aux généraux de division qui auraient à faire de ces sortes de dépenses.

D’après la minute.Arch. Nat. AF IV, 908.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.529)

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( 26 mai, 2015 )

Les Prussiens en Picardie (1814).

Prussiens.

Le général d’Aigremont, général de brigade depuis le 10 avril 1813, commanda le département de la Somme du 18 décembre 1813 au 3 avril 1815. Napoléon le renvoya. « Vous devez, écrivait l’Empereur à Davout, faire remplacer le général d’Aigremont qui est à Amiens et qui doit y avoir été mis par le Roi. Vous enverrez à sa place un bon général ». La lettre de d’Aigremont au ministre [de la Guerre] Dupont, son ancien général, est, en tout cas un utile document sur l’occupation étrangère en 1814; elle ne porte pas de date, mais elle a été écrite sans doute le 1er juin 1814.

 Arthur CHUQUET.

Mon général, nous voilà enfin délivrés de nos libérateurs ! Dieu soit loué ! Ces messieurs sont partis ce matin. Je ne sais pas ce qu’ils peuvent emporter ; mais ils ont requis toutes les voitures du département. Il était bien temps qu’ils nous quittassent, car véritablement les bons Picards ne pouvaient plus y tenir, et les vexations exercées par eux dans les campagnes exaspéraient les habitants. Il y avait plus d’ordre dans les villes; mais ils étaient cependant fort exigeants pour des amis.

J’ai été constamment sur le qui-vive pour empêcher ou arrêter des rixes fréquentes entre eux et nos troupes de passage, et il y a eu quelques coups de sabre donnés de part et d’autre. Nos soldats, étant plus adroits, ont presque toujours eu l’avantage. Il y a eu quelques coups de sabre de donnés de part et d’autre. Nos soldats, étant plus adroits, ont presque toujours eu l’avantage. Il y a eu quelques querelles avec les officiers; mais cela s’est arrangé à l’amiable.

M. le général Zieten qui commandait ce corps d’armée m’a écrit une fort belle lettre de remerciements pour me témoigner sa reconnaissance des soins que j’avais pris pour conserver la bonne intelligence entre ses troupes et les nôtres, et je dois lui rendre la justice de dire qu’il y a mis de son côté beaucoup de calme et de modération.

J’espère, mon général, que vous n’oublierez pas dans la nouvelle organisation, votre protégé que vous avez fait chef d’escadron en l’an IX sur le Mincio et que je ne perdrai pas le fruit de vingt campagnes que je crois avoir faites honorablement. Si le commandement de ce département n’est pas supprimé, je serais fort aise de le conserver. Si cependant Votre Excellence pouvait m’employer à Paris, cela conviendrait mieux à mes intérêts; mais il n’est pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe.

Je vous demande la continuation de l’intérêt que votre Excellence m’a constamment témoigné et que je crois mériter par le sincère attachement que j’ai toujours conservé pour elle dans l’adversité comme dans la prospérité.

J’ai l’honneur d’être, mon général, de Votre Excellence le très humble et dévoué serviteur.

D’AIGREMONT.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.203-204).

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( 25 mai, 2015 )

Le général Simmer en mars 1815…

Un des généraux qui se prononcèrent le plus vivement en faveur de Napoléon, fut le général de brigade Simmer. Il commandait au 1er mars 1815 le Puy-de-Dôme à Clermont-Ferrand, et à la suite d’un voyage que la duchesse d’Angoulême fit dans ce département, elle recommanda particulièrement Simmer au Ministre de la guerre, et, en décembre 1814, le désigna comme très dévoué au Roi et servant bien Sa Majesté. Mais lorsque, d’après les instructions de Monsieur, Simmer se rendit à Lyon pour joindre Macdonald avec le 72ème régiment de ligne, il ne cacha pas à ses soldats son bonapartisme, et le 10 mars, quand il rencontra sur la route de Roanne à Lyon le duc d’Orléans qui rebroussait chemin, il montra sans crainte quels étaient ses sentiments véritables. Le duc lui ordonnait de rétrograder sur Roanne. Le général répondit que ses hommes étaient fatigués, qu’il allait les cantonner dans le prochain village, elle duc comprit au ton et à la mine de Simmer qu’il ne fallait pas insister. Simmer fît mieux ; il ouvrit la portière de la voiture au moment où le duc se disposait à partir : « Monseigneur, dit-il, je ne sais si je vous reverrai jamais, mais je veux vous assurer que mes camarades et moi, nous nous souvenons de votre accueil au Palais-Royal et que jamais, dans aucun cas, nous ne voulons vous confondre avec ces bougres d’émigrés qui ont perdu les princes, vos parents. »

Il reçut le commandement de la division d’avant-garde qui marchait de Lyon sur Paris, et le 24 mars, il écrivait à l’Empereur: « Sire, je suis assez heureux pour être connu de V. M. J’étais le dernier à Fontainebleau et le premier à Lyon ».Le 30 mars, il demandait l’expédition de son brevet de lieutenant-général en annonçant qu’il avait été promu la veille, sur la proposition du général Girard. Mais le décret qui lui donnait ce grade. Ne fut rendu que le 21 avril et ne lui fut notifié que le 27. Aussi, le 24, dans son impatience, avait-il rédigé cette note : « On m’a ôté le commandement du Puy-de-Dôme, on m’a ôté celui de la 1ère brigade d’avant-garde que je commandais depuis Lyon, et je me trouve à Paris sans ordres. Comme il paraît que l’Empereur n’a plus besoin de mes services, je demande à S. M. de rentrer dans mes foyers jusqu’à ce qu’il lui plaise de me donner des ordres et de mettre encore une fois mon dévouement à l’épreuve. » Mais il eut bientôt le commandement dune division : au mois d’août, on le trouve derrière la Loire, et Macdonald lui prescrit alors de se rendre à Clermont- Ferrand, dans ses foyers, sur une plainte portée par le préfet d’Indre-et-Loire: «Le général Simmer est un homme d’une grande violence de caractère ; au mois de mars dernier, il quitta la ville de Clermont-Ferrand, où il commandait, pour aller prendre les ordres de Bonaparte, dès qu’il connut son débarquement. »

Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion,  Editeur, 1911, pp.204-206.

Le général Simmer en mars 1815… dans FIGURES D'EMPIRE 06-513471

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( 24 mai, 2015 )

1814-1815, les effectifs de l’Empereur à l’île d’Elbe…

Drapeau ile d'Elbe

AVANT. De la France à l’île d’Elbe.

« Les Alliés avaient d’abord fixé à 400 le nombre de soldats que Napoléon était autorisé à emmener à l’île d’Elbe. Dans la journée du 6 avril [1814], ils lui accordèrent un bataillon d’infanterie de 610 hommes, une compagnie d’artillerie de 120 hommes et 120 chevau-légers polonais, officiers non comptés. Le général Friant, colonel-général des grenadiers à pied, assisté des généraux Petit et Pelet, de la Garde, fut chargé par l’Empereur de l’organisation immédiate de ces divers détachements. Il y procéda aussitôt sans désemparer, Cambronne, souffrant d’une blessure grave, reçue à Craonne, eut le commandement des troupes. Le bataillon d’infanterie eut à sa tête le colonel Malet du 1er voltigeurs ; son adjudant-major fut le lieutenant-colonel Laborde du 2ème régiment de chasseurs à pied. Les six compagnies, formées de volontaires, furent recrutées [pour] moitié dans les grenadiers, [pour] moitié dans les chasseurs de la Vieille Garde. Mais dans la formation nouvelle, les uns et les autres ne furent plus dénommés que « grenadiers ». On s’était arrêté un moment à l’idée de former ce bataillon de 3 compagnies de chasseurs. Elle fut abandonnée. On ne retint pas davantage la formation de la compagnie d’artillerie que l’on remplaça sous le nom de Compagnie des marins. Enfin, l’escadron des chevau-légers ne réunit pas tout-à-fait 90 sabres. Dès sa constitution, cet escadron prit le nom d’Escadron Napoléon…Cette troupe d’élite ainsi formée, prit le nom de Bataillon de l’île d’Elbe. Le 7 avril [1814], l’Empereur la passa en revue, dans la cour du palais de Fontainebleau, ainsi que tout le reste de la Garde… Dans la soirée du 6 avril [1814], l’Empereur avait reçu les officiers de la Garde qui allaient l’accompagner à l’île d’Elbe et s’était longuement entretenu avec chacun d’eux ». »

(Capitaine Jean Lasserre « Le Bataillon de l’île d’Elbe », in Bulletin de la Société Belge d’Études Napoléoniennes, 1994, n°22, p.9).

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APRES. Arrivée sur les côtes de France.

Sur le nombre des troupes qui débarquèrent à Golfe-Juan, H. Houssaye apporte les chiffres suivants : « 607 grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde ; 18 chevau-légers polonais ; 21 marins de la Garde ; 43 canonniers ; 400 chasseurs corses et environ 30 officiers sans troupe qui étaient venus à Porto-Ferrajo [Portoferraio] demander du service. Ce total de 1219 officiers et soldats est le chiffre de l’effectif, mais il faut en rabattre. On peut évaluer à une vingtaine les grenadiers et les Polonais qui avaient pris leur congé de novembre 1814 à février 1815. Il y avait des désertions chez les chasseurs corses, qui d’ailleurs n’avaient jamais été 406 hommes présents sous les armes. Enfin, il paraît qu’un certain nombre de canonniers étaient restés à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. »

(Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.208, note 1).

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( 22 mai, 2015 )

Retour sur les derniers jours du maréchal Lannes, racontés l’apothicaire Charles Cadet de Gassicourt.

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Quelques mots sur l’auteur. Charles-Louis Cadet de Gassicourt, pharmacien et écrivain français est né à Paris le 2 janvier 1769. Officiellement, il est le fils du célèbre chimiste Louis-Claude Cadet de Gassicourt (1731-1789), et de Marie Thérèse Boisselet (1731-1800), selon toute probabilité, il est en réalité le produit des amours de celle-ci avec le Roi Louis XV. Cet état de fait est d’ailleurs rapporté par le général Baron Thiébault dans ses mémoires. Quoi qu’il en soit, son père pour l’état-civil souhaite lui faire suivre des études de pharmacie. Mais le jeune homme qui côtoie chez ses parents des talents littéraires tels que d’Alembert, Buffon ou Condorcet, veut d’abord se consacrer exclusivement à l’écriture et à la littérature. Il fait malgré tout des études de droits et devient avocat. Il possède un certain talent oratoire et plaide avec éloquence et un certain succès. Il se marie en janvier 1789 avec Madeleine Félicité Baudet. Lors de la Révolution française, Cadet de Gassicourt y adhère pleinement avec enthousiasme ; Il n’hésite pas cependant à en condamner les excès du Tribunal révolutionnaire. Il est accusé d’avoir participé au 13 vendémiaire (5 octobre 1795), proscrit, il se cache pendant trois ans dans le Berry. A son retour, il se remet à la pharmacie et acquiert dans cette pratique, une solide réputation. Celle-ci lui doit d’être nommé premier pharmacien par l’empereur Napoléon en 1809. 

En parallèle, il mène une carrière d’écrivain. Il écrit de nombreux ouvrages sur les sciences, se moqua ouvertement de Madame de Staël et de Chateaubriand. Il compose un ouvrage souvent cité sur les Templiers. Sous la Restauration, il s’oppose à la notion de droit divin. On lui doit : Le Tombeau de Jacques de Molay, ou histoire secrète des initiés anciens et modernes, Templiers, Francs-maçons, illuminés, Paris 1797. Le Souper de Molière (1798), La Visite de Racan (1798), Mon voyage ou lettres sur la Normandie (1799), Esprits des sots (1801), Le Poète et le savant, dialogues (1799), Saint-Géran ou la nouvelle langue française (1807), suite du précédent (1811), De l’étude simultanée des sciences (1812), Voyage en Autriche, en Moravie et en Bavière (1818).Charles Louis Cadet de Gassicourt est décédé le 21 novembre 1821. Il repose dans la 39ème division du cimetière du Père-Lachaise à Paris.

-Notice extraite du site des Amis et Passionnés du Père-Lachaise : http://www.appl-lachaise.net/

Le passage qui suit est extrait de son ouvrage intitulé « Voyage en Autriche, en Moravie et en Bavière fait à la suite de l’armée française pendant la campagne de 1809 », et qui fut publié en 1818 à Paris, chez L’Huillier. On n’oubliera pas que ce récit, comme bien de ceux publiés sous les deux restaurations, est favorable au pouvoir royal. Aussi l’auteur n’hésite pas à mettre dans la bouche du malheureux Lannes des mots de reproches à l’égard de Napoléon. Il est peu probable que compte-tenu de son état le duc de Montebello ait tenu de pareils propos… 

C.B.

Le duc de Montebello avait sans doute des pressentiments sinistres, lorsqu’il monta à cheval pour se rendre à l’île Lobau. J’étais avec le docteur Lannefranque, lorsque nous le rencontrâmes sur le pont de la Vienne. Le maréchal aimait beaucoup mon collègue. Il s’arrêta, lui prit la main, et lui dit : « Vous ne tarderez pas sans doute à venir nous retrouver, nous aurons probablement besoin de vous ; Messieurs, si j’en crois les apparences, la journée sera chaude- Monsieur le duc, lui fit le docteur, elle ajoutera à votre gloire, et nous nous en féliciterons avec toute l’armée.-La gloire ! reprit vivement Montebello, fumée bien chère ! J’aimerais mieux cent fois… Tenez, voulez-vous que je vous parle franchement, on s’est trop pressé… Je n’ai pas une bonne idée de cette affaire ; mais qu’elle qu’en soit l’issue, ce sera pour moi la dernière bataille… Comment l’entendez-vous Général ? –Adieu, adieu, Messieurs… Et il partit au galop. Ce dernier mot m’afflige, me dit M. Lannefranque, voilà plusieurs fois que le maréchal me montre ce découragement et ce mécontentement. D’il n’avait pas pour l’Empereur un attachement aussi sincère, il aurait soupçonné de faiblesse un aussi brave militaire ; il est comme bien d’autres, las du métier, et il est persuadé que cette campagne lui sera funeste… 

22 mai 1809. La postérité ne saura pas toute la vérité sur la malheureuse bataille d’Essling. Les ordres de l’Empereur m’ont obligé de rester à Schoenbrünn, et je n’étais pas à cette affaire ; mais aussitôt que la canonnade se fit entendre, je montai au sommet de la Gloriette, d’où l’on pouvait découvrir les deux armées ; je n’ai pu distinguer au travers d’un nuage gros comme Paris, que les éclairs de quatre cents pièces de canon et la flamme de quelques maisons incendiées. On vient de nous amener le général Mouton, blessé par une balle qui lui a traversé la main. On nous annonce que le maréchal Lannes vient d’avoir une jambe emportée par un boulet en faisant une reconnaissance. Si les Autrichiens avaient su que les ponts étaient coupés, derrière notre armée, d’ils avaient su qu’une division entière était de l’autre côté du Danube, spectatrice inutile de notre désastre ; si par le plus habile manœuvre, on ne les avait pas trompé sur la quantité de nos forces, aucun Français ne serait revenu de cette bataille. Notre perte est énorme, mais on ne peut pas dire que nous ayons été vaincus, puisque nous sommes restés maîtres du champ de bataille, que les autrichiens n’ont pas osé sortir de leurs lignes, et qu’en nous retirant dans l’île de Lobau, nous n’avons pas laissé un seul de nos blessés sur la rive. Gloire à Masséna ! C’est lui qui a sauvé l’armée. J’ai couru à Vienne au-devant de nos blessés. L’esprit des Viennois est détestable : ils insultent nos militaires qu’ils voient se traîner sanglants à l’hôpital. Les Capucins, répandus dans les rues, excitent les femmes à maudire les Français. J’étais tenté de tomber à coups de canne sur quelques uns de ces misérables barbus ; la crainte d’exciter une sédition, a pu seule me retenir…Que de traits d’héroïsme la journée d’Essling à produit ! 

L’Empereur s’est constamment exposé comme un sous-lieutenant. Les boulets ont tué plusieurs personnes derrière lui. Enfin, on dit que le général Walther effrayé du danger qu’il courait, s’écria : »Sire, si votre Majesté ne se retira pas, je la fais enlever par mes grenadiers ». J’ai vu un cuirassier qui venait de perdre un bras, porter avec l’autre jusqu’à l’hôpital un de ses camarades qu’un boulet avait frappé au pied. Un canonnier français eut les deux jambes emportées par un boulet. Deux soldats le ramassent, et le chargent sur deux branches d’arbres pour le porter à l’ambulance établie dans l’une des îles du Danube. Il souffrait horriblement, et ne jetait pas un cri : « J’ai bien soif », disait-il souvent à ses porteurs. Arrivés sur un des ponts sur radeaux, il les supplie d’arrêter un moment, de le poser sur le plancher, et d’aller lui chercher de l’eau pour étancher sa soif ; ou un peu d’eau-de-vie pour ranimer ses forces. Ses camarades lui obéissent et le quittent.  A peine ont-ils fait quelques pas, il leur crie : »Mes amis, allez doucement, je n’ai pas de jambes, et j’arriverai plus tôt que vous. Vive la France ! »

Il dit, et se roule dans le fleuve qui l’engloutit. L’Empereur, en voyant emporter le maréchal Lannes baigné dans son sang, a fait poser le brancard, s’est jeté à genoux, à pris le maréchal dans ses bras, et lui a dit en fondant en larmes : « Montebello, me reconnais-tu ? »- « Oui, Sire, vous perdez votre meilleur ami. »-« Non, non, tu vivras !, puis se tournant vers Larrey, n’est-il pas vrai que vous répondez de ses jours ? » Cette scène attendrissante et digne du pinceau de Gérard, a ranimé le courage des malheureux blessés qui, se soulevant sur le sable, ont crié :  »Vive l’Empereur !  ». Quelques pages plus loin, Cadet de Gassicourt revient sur la situation très critique du duc de Montebello: « On désespère de pouvoir sauver le maréchal Lannes. Il a soutenu avec beaucoup de force et de courage l’amputation de la cuisse droite, mais le boulet a touché le genou gauche et brisé la rotule ; une seconde amputation deviendra peut-être nécessaire. Le duc éprouve un violent chagrin, une fièvre d’un mauvais caractère s’est déclarée. On a placé le maréchal chez un brasseur d’Ebersdorf, dans un entresol au-dessus d’une écurie. La maison est environnée de cadavres d’hommes et de chevaux. L’air qu’on y respire est infect, la chaleur y est étouffante. C’est cependant ce qu’on a trouvé de mieux. L’Empereur témoigne le plus tendre intérêt au malade. Par ses ordres, le célèbre Franck a été appelé avec MM. Larrey, Yvan, Paulet et Lannefranque qui soignent alternativement le maréchal. Napoléon lui a déjà fait deux visites. Dans la dernière entrevue le duc a demandé que tout le monde se retirât dans la pièce voisine, dont la porte est restée ouverte. Quand il s’est vu seul avec l’Empereur, il lui a rappelé tous les services qu’il lui a rendus, toutes les preuves d’attachement qu’il lui a données ; puis élevant la voix :  »Ce n’est pas, a-t-il dit, pour t’intéresser à ma femme et à mes enfants que je te parle ainsi. Quand je meurs pour toi, je n’ai pas besoin de te les recommander, ta gloire te fait un devoir de les protéger, et je ne crains pas de changer tes dispositions à leur égard en t’adressant les derniers reproches de l’amitié. Tu viens de faire une grande faute, elle te prive de ton meilleur ami, mais elle ne te corrigera pas. Ton ambition insatiable te perdra ; tu sacrifies sans nécessité, sans ménagement, sans regrets, les hommes qui te servent le mieux. Ton ingratitude éloigne de toi ceux-mêmes qui t’admirent ; tu n’as plus autour de toi que des flatteurs ; je ne vois pas un ami qui ose te dire la vérité. On te trahira, on t’abandonnera ; hâte-toi de terminer cette guerre.

C’est le vœu de tes généraux ; c’est dans doute celui de ton peuple. Tu ne seras jamais plus puissant, tu peux être bien plus aimé ! Pardonne à un mourant ces vérités, ce mourant te chérit… Le maréchal, en achevant, lui a tendu la main, et l’Empereur l’a embrassé en pleurant, mais sans lui répondre. Je tiens cette scène de plusieurs témoins auriculaires, qui me l’ont rapportée dans les mêmes termes, ou au moins dans le même sens. 

6 juin 1809. Montebello est mort [le 31 mai après huit jours de souffrances…], j’ai embaumé son corps avec MM. Larrey et Varéliaud. Il nous a été envoyé le jour même de sa mort, avec ordre de la préparer comme l’avait été le colonel Morland, tué à la bataille d’Austerlitz, c’est-à-dire, de le plonger dans une forte dissolution de sublimé corrosif, selon la méthode du Dr. Chaussier. Mais le maréchal était en pleine putréfaction, et cette opération qui a duré trois jpurs a été pénible et dangereuse. Les lotions d’acide muriatique, les fumigations, guytonniennes, les cassolettes de benjoin, etc., ne pouvaient corriger l’odeur horrible de ce cadavre. J’ai été fortement indisposé par la poussière du sublimé corrosif, dont j’ai pilé trente livres dans un mortier découvert. Je me suis trouvé superpurgé pendant trois jours et j’ai eux un commencement de salivation. Lorsque nous avons plongé le corps du maréchal dans le bain mercuriel, l’ammoniaque et l’hydrogène sulfuré qui s’exhalaient du cadavre, décomposèrent la dissolution, et il fallut recommencer. Après huit jours d’immersion, nous avons mis le maréchal dans un tonneau fait exprès et nous avons achevé de le remplir avec une solution saturée de sublimé corrosif. Le corps, transporté en France, doit être séché et placé dans un cercueil. 

 

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( 21 mai, 2015 )

« Waterloo, ce tabou français ».

Tel est le titre d’un grand article (signé Delphine de Mallevoüe) et paru ce jeudi 21 mai 2015, dans « Le Figaro ».

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( 21 mai, 2015 )

Les dépenses du maréchal Marmont.

Marmont« Le maréchal Marmont, duc de Raguse, avait été sans contredit un des hommes les plus capables de l’Empire. On pouvait dire de lui qu’il connaissait toutes choses, qu’il savait tout. C’était aussi l’homme le plus prodigue, le plus dépensier du monde. Pendant qu’il gouvernait l’Illyrie, il tenait une véritable cour ; il avait cent domestiques à livrées, des chevaux, des voitures, des équipages de chasse, des meutes considérables. Ces détails m’ont été fournis par M. Heim, qui a été plusieurs années secrétaire général de son gouvernement [Alexandre-Gabriel Heim (1773-1836), nommé secrétaire général du gouvernement des Provinces Illyriennes par décret du 4 mars 1810]. En 1826, nommé ambassadeur extraordinaire à Saint-Pétersbourg pour représenter la France au sacre de l’empereur Nicolas 1er , Marmont reçut une indemnité de trois cent mille francs. Cette ambassade devait durer six semaines ou deux mois. Il dépensa plus d’un million. Une autre fois, une dame dont il était le chevalier témoigna le désir de voir un simulacre de guerre : il donna à Vincennes une fête à laquelle la cour assista et qui lui coûta quarante mille francs. En dehors de cet amour du faste et de cette magnificence royale, il se livra à des spéculations commerciales, à des entreprises industrielles, dans lesquelles il engloutit des capitaux énormes. Il était le plus souvent besogneux, dénué d’argent. A Paris, il était tellement connu que personne ne lui aurait fait crédit de la plus minime somme. M. Heim le rencontra, un jour, chaussé de socques, vêtu et coiffé à l’avenant. »

 

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.187-188)

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