( 18 juin, 2018 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (2ème partie et fin)

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 La défection. 

Nommé commandant de la 4ème division d’infanterie à l’Armée de la Moselle, devenue le 4ème corps d’armée sous Gérard, Bourmont choisir son état-major qui le 15 juin 1815 déserta au complet avec lui. C’étaient son chef d’état-major, l’adjudant-commandant Clouet, ancien élève à l’école du Génie en l’An II, capitaine en Pologne où il fut blessé (1806), chef de bataillon en 1810. Puis le chef d’escadron de Villoutreys, adjudant, rien moins qu’un ancien officier d’ordonnance et un écuyer de l’Empereur en 1808. Il y avait aussi Sourdat, capitaine-adjudant ; ses deux aides-de-camp et enfin, le capitaine de Trelon et le capitaine d’Andigné, son compagnon de captivité à Besançon.

On connaît les circonstances de la défection.

Il paraît que le 14 juin 1815 au soir, Bourmont, dont la division formait l’avant-garde du corps de Gérard, avait soupé à Florennes, son quartier-général, avec le général baron Etienne Hulot, un de ses brigadiers, sans que celui-ci ne pût se douter de rien. Tel est du moins le récit de Hulot. D’autres ont affirmé que Bourmont avait fait part de ses intentions à ce général, et que celui-ci avait essayé de l’en dissuader. Tant il y a que le 15 juin, de grand matin, Bourmont monta à cheval à Florennes avec les cinq officiers dont nous avons donné les noms et l’escorte régimentaire : un brigadier et quatre chasseurs du 8ème régiment. Rien là-dedans qui pût éveiller des soupçons. Chef de l’avant-garde, Bourmont allait en reconnaissance avec son état-major. Les avant-postes franchis, Bourmont remis au brigadier deux lettres pour le compte Gérard, renvoya l’escorter, piqua des deux et, suivi de ses cinq adjudants, franchit la frontière dont le point le plus rapproché était alors situé à une lieue et demie de Florennes. Voici la teneur des deux lettres que le brigadier des chasseurs remit à Gérard : 

Florennes, le 15 juin 1815. 

Mon général, si quelque chose au monde avait pu, dans les circonstances actuelles, me déterminer à servir l’Empereur, cela aurait été votre exemple et mon attachement pour vous, car je vous aime et vous honore bien sincèrement. Il m’est impossible de combattre pour un gouvernement qui proscrit mes parents et presque tous les propriétaires de ma province. Je ne veux  pas contribuer à établir, en France, un despotisme sanglant qui perdrait mon pays, et il m’est démontré que ce despotisme serait le résultat certain du succès que nous pourrions obtenir. On ne me verra pas dans les rangs étrangers. Ils n’auront de moi aucun renseignement capable de nuire à l’armée française, composée d’hommes que j’aime et auxquels je ne cesserai de prendre un vif intérêt. Mais je tâcherai d’aller défendre les proscrits français, de chasser loin de la Patrie le système des confiscations, sans perdre de vue la conservation de l’indépendance nationale. J’aurais donné ma démission, si j’avais pu croire qu’on m’en laissât le maître.  Cela ne m’a point paru vraisemblable dans le moment actuel, et j’ai dû assurer, par d’autres voies, ma liberté, afin de ne pas perdre tout moyen concourir au rétablissement d’un meilleur ordre des choses en France. J’éprouve un profond chagrin à l’idée de la contrariété que vous causera mon départ. Pour vous éviter un désagrément, j’exposerais cent fois ma vie, mais je ne peux pas renoncer à l’espoir d’être utile à mon pays. Toujours, et quoiqu’il arrive, je conserverai pour vous l’attachement le plus sincère et le plus respectueux. 

Le lieutenant général Comte de BOURMONT. 

Florennes, le 15 juin 1815.

 Mon général, les motifs qui déterminent le départ de M. de Bourmont sont aussi les miens, et il faut qu’ils soient bien puissants pour que je me résolve à quitter une armée remplie de mes mais, et commandée par un chef dont le caractère noble et les grands talents inspirent à la fois le respect, l’attachement et une confiance sans bornes. Mes amis vous diront, mon général, tout ce qu’il m’en coûte pour suivre ce parti. Il me faut cette conviction intime que je fais par là le bien de mon pays, pour abandonner tout ce qu’on trouve sous vos ordres. Je suis avec le plus vif chagrin et un profond respect. 

Colonel CLOUET. 

Relations prussiennes. 

Laissons aux relations prussiennes le soin de nous raconter ce qu’il advint des transfuges : Bourmont et ses compagnons rencontrèrent les avant-postes de la cavalerie de landwehr westphalienne disséminés au sud de Presles-Sart-Eustache et furent conduits au colonel de Schutte, commandant en second de la 4ème brigade, à Fosse. Schutter envoya les Français au compte Henckel à Moustier, et transmit au général Zieten les noms des six transfuges. Il accompagnait cette liste des remarques suivantes : « Le lieutenant général français m’a dit lui-même que l’ennemi tenterait aujourd’hui quelque chose contre Charleroi. Le général et sa suite appartiennent au corps du général Gérard, venu de Metz. Ce corps est fort de 20.000 hommes et se trouve de Philippeville à  Florennes. » Pour que Zieten ait écrit ce que l’on vient de lire, il faut que Bourmont ait jasé, malgré sa promesse écrite à Gérard. Bourmont rencontre Blücher dans l’après-midi sur la route de Namur et reçut de lui l’autorisation de se rendre à  Gand.

Le vieux rude accompagna, dit-on, cette autorisation d’une expression forte et comme la langue allemande seule en possède dans son riche vocabulaire.

 Winand AERTS. 

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( 18 juin, 2018 )

Un des premiers témoignages français sur la bataille de Waterloo: celui du général Drouot.

Portrait Drouot

Cet officier commandait la Garde Impériale lors de cette bataille. « Le 23 juin  [1815], devant la chambre des pairs au Luxembourg, le général Drouot fit le récit des journées du 15 au 18 juin, qui avaient commencée comme une victoire et se terminaient par un désastre pour la France. Il montait à la tribune pour répondre au discours plein de désespoir et d’amertume que le maréchal Ney avait fait la veille, devant cette même assemblée », écrit Jean Tabeur dans son excellente étude consacrée à Drouot ( « Le général Drouot », Editions historiques Teissèdre, 2004, p.182). Ce texte fut publié la première fois en annexe de  l’ouvrage de Lucien Bonaparte, «La vérité sur les Cent-Jours. Suivie de documents historiques sur 1815 », (Ladvocat, 1835, pp.133-142).

C.B.

« Messieurs, mon service ne m’ayant pas permis de me trouver hier matin à la chambre des pairs, je n’ai pu connaître que par les journaux les discours qui ont été prononcés dans cette séance. J’ai vu avec chagrin ce qui a été dit pour diminuer la gloire de nos armées, exagérer nos désastres et diminuer nos ressources. Mon étonnement a été d’autant plus grand, que ces discours, étaient prononcés par un général distingué, qui, par sa grande valeur et ses connaissances militaires, a tant de fois mérité la reconnaissance de la nation. J’ai cru m’apercevoir que l’intention du maréchal avait été mal comprise, que sa pensée avait été mal entendue. L’entretien que j’ai eu ce matin avec lui m’a convaincu que je ne m’étais pas trompé.

Je vous prie, Messieurs, de me permettre de vous exposer, en peu de mots, ce qui s’est passé dans cette trop courte et trop malheureuse campagne. Je dirai ce que je pense, ce que je crains, ce que j’espère. Vous pouvez compter sur ma franchise. Mon attachement à l’Empereur ne peut être douteux; mais avant tout et par-dessus tout j’aime ma patrie. Je suis amant enthousiaste de la gloire nationale, et aucune affection ne pourra jamais me faire trahir la vérité. L’armée française a franchi la frontière le 15 juin.

Elle était composée de plusieurs corps de cavalerie, de six corps d’infanterie et de la garde impériale. Les six corps d’infanterie étaient commandés : Le 1er  par le comte d’Erlon, le 2ème  par le comte Reille , le 3ème  par le comte Vandamme , le 4ème  par le comte Gérard, Le 5ème  par le comte Lemarois [Le 5ème corps était absent à ce moment-là, se trouvant en Alsace sous les ordres du général Rapp], Le 6ème  par le comte de Lobau.

Elle rencontra quelques troupes légères en-deçà de la Sambre, les culbuta, et leur prît 4 à 500 hommes ; elle passa ensuite la rivière : Le 1er  et le 2ème corps à Marchiennes-au-Pont, le reste de l’armée à Charleroi.

-.Le 6ème, qui était resté en arrière, n’effectua le passage que le lendemain.

L’armée se porta en avant de Charleroi, sur la route de Fleurus. Le corps de Vandamme attaqua, vers quatre heures du soir, une division ennemie qui paraissait forte de 8 à 10 mille hommes, infanterie et cavalerie, soutenue de quelques pièces de canon, et qui se tenait à cheval sur la route de Fleurus. 

Cette division fut enfoncée, les carrés d’infanterie furent culbutés par notre cavalerie, l’un d’eux fut entièrement passé au fil de l’épée.

Dans un des charges de cavalerie, la France perdit mon brave et estimable camarade, le général Letort, aide-de-camp de l’Empereur. (Ici le général s’interrompt un moment ; on remarque quelques larmes tomber de ses yeux. )

Nos avant-postes se portèrent sur Fleurus. Le lendemain matin, l’armée française entra dans la plaine de Fleurus, que vingt ans auparavant nous avions illustrée par les plus beaux faits d’armes. L’armée ennemie paraissait en amphithéâtre sur un coteau, derrière les villages de Saint-Amand et de Ligny; la droite paraissait s’étendre peu au-delà de Saint-Amand, la gauche se prolongeait sensiblement au-delà de Ligny.

Vers midi, le troisième corps d’infanterie, soutenu par son artillerie, attaque le village et s’empare du bois qui le précédait et pénètre jusqu’aux premières maisons.

Bientôt il est ramené vigoureusement. Soutenu par de nouvelles batteries, il recommence l’attaque; et après plusieurs tentatives très-opiniâtres, il finit par se rendre maître du village, qu’il trouva rempli de morts et de blessés prussiens.

Pendant ce temps, le quatrième corps attaquait le village de Ligny; il y trouva beaucoup de résistance, mais l’attaque fut dirigée et soutenue avec la plus vive opiniâtreté.

Des batteries occupaient tout l’intervalle des deux villages, pour contrebattre l’artillerie que-l’ennemi avait placée en regard et sur le penchant du coteau.

Je voyais avec complaisance se prolonger cette canonnade à notre avantage. Les troupes destinées à protéger nos batteries, étant éloignées et masquées par les sinuosités du terrain, n’éprouvaient aucun dommage.

Celles de l’ennemi, au contraire, – étant disposées par masses et en amphithéâtre, derrière ces batteries, éprouvaient les plus grands ravages. Il paraît que l’intention de l’Empereur était de porter une réserve au-delà du ravin et sur la position – de l’ennemi, aussitôt que nous serions entièrement maîtres du village de Ligny.

Cette manœuvre isolait entièrement, la gauche des Prussiens et la mettait à notre discrétion. Le moment de l’exécuter n’est arrivé qu’entre quatre et cinq heures, lorsque l’Empereur fut informé que le maréchal Ney, qui se trouvait loin de notre- gauche à la tête des premier et deuxième corps, avait en tête des forces anglaises très considérables et avait besoin d’être soutenu.

Sa Majesté ordonna que huit bataillons de chasseurs de la vieille garde et une grande partie des réserves de l’artillerie se portassent à la gauche du village de Saint-Amand, au secours des deux premiers corps ; mais bientôt on reconnut que ce renfort n’était pas nécessaire, et il fut rappelé vers le village de Ligny, par lequel l’armée devait déboucher. Les grenadiers de la Garde, traversèrent le village, culbutèrent l’ennemi, et l’année, chantant l’hymne de la victoire, prit position au-delà du ravin; sur le champ quelle venait d’illustrer par les plus beaux faits d’armes. J’ignore quels sont les autres trophées qui illustrèrent cette grande journée; mais ceux que j’ai vus sont plusieurs drapeaux et vingt-quatre pièces ennemies rassemblées sur le même point. Dans aucune circonstance, je n’ai vu les troupes françaises combattre avec un plus noble enthousiasme; leur élan, leur valeur, faisaient concevoir les plus grandes espérances. Le lendemain matin, j’ai parcouru le champ de bataille : je l’ai vu couvert  de morts et de blessés ennemis.

L’Empereur fit donner des secours et des consolations à ces derniers. Il laissa sur le terrain des officiers et des troupes chargées spécialement de les recueillir. «

Les paysans emportaient les Français blessés avec le plus grand soin. Ils s’empressaient dé leur apporter des secours; mais on était forcé d’employer les menaces pour les obliger d’enlever les Prussiens, auxquels ils paraissaient porter beaucoup de haine. D’après le rapport des reconnaissances, on apprit qu’après la bataille l’armée ennemie s’était partagée en deux ; que les Anglais prenaient la route de Bruxelles, que les Prussiens se dirigeaient vers là Meuse. Le maréchal Grouchy, à la tête d’un gros corps de cavalerie et des 3ème et 4ème corps d’infanterie, fut chargé de poursuivre ces derniers. L’Empereur suivit la route des Anglais avec les 1er , 2ème  et 6ème corps et la Garde impériale.

Le 1er corps, qui était en tête, attaqua et culbuta plusieurs fois l’arrière-garde ennemie, et la suivit jusqu’à la nuit, qu’elle prit position sur le plateau en arrière du village de Mont-Saint-Jean, sa droite s’étendant sur le village de Bruiné et sa gauche se prolongeant indéfiniment dans la direction de Wavre. Il faisait un temps affreux. Tout le monde était persuadé que l’ennemi prenait position pour donner à ses convois le temps de traverser la forêt de Soigne, et que lui-même exécuterait le même mouvement à la pointe du jour.

Au jour, l’ennemi fut reconnu dans la même position. Il faisait un temps effroyable qui avait tellement dénaturé les chemins, qu’il était impossible de manœuvrer avec l’artillerie dans la campagne. Vers neuf heures le temps s’éleva, le vent sécha un peu la campagne, et l’ordre d’attaquer à midi fut donné par l’Empereur.

Fallait-il attaquer l’ennemi en position, avec des troupes fatiguées par plusieurs journées de marche, une grande bataille et des combats ; ou bien fallait-il leur donner le temps de se remettre de leurs fatigues, et laisser l’ennemi se retirer tranquillement sur Bruxelles ?

Si nous avions été heureux, tous les militaires auraient déclaré que c’eût été une faute impardonnable de ne pas poursuivre une armée en retraite, lorsqu’elle n’était plus qu’à quelques lieues de sa capitale, où nous étions appelés par de nombreux partisans.

La fortune a trahi nos efforts, et alors on regarda comme une grande imprudence d’avoir livré la bataille.

La postérité plus juste prononcera.

Le 2ème corps commença l’attaque à midi. La division commandée par le prince Jérôme attaquait le bois qui était placé en avant de la droite de l’ennemi.

Il s’avança d’abord, fut repoussé, et n’en resta entièrement maître qu’après plusieurs heures de combat opiniâtre.

Le 1er  corps, dont la gauche était appuyée à la grande route, attaquait en même temps les maisons de Mont-Saint-Jean, s’y établissait, et se portait jusqu’à la position de l’ennemi. Le maréchal Ney, qui commandait les deux corps, se trouvait de sa personne sur la grande route, pour diriger les mouvements suivant les circonstances.

Le maréchal me dit, pendant la bataille, qu’il allait faire un grand effort sur le centre de l’ennemi, tandis que la cavalerie ramasserait les pièces qui paraissaient n’être pas beaucoup soutenues. Il me dit plusieurs fois, lorsque je lui portais les ordres, que nous allions remporter une grande victoire.

Cependant le corps prussien qui s’était joint à la gauche des Anglais se mit en potence sur notre flanc droit, et commença à l’attaquer vers cinq heures et demie du soir, Le 6ème corps, qui n’avait pas pris part à la bataille du 16, fut disposé pour lui faire face, et fut soutenu par une division de la jeune garde et quelques batteries de la garde. Vers sept heures, on aperçut dans le lointain, vers notre droite, un feu d’artillerie et de mousqueterie. On ne douta pas que le maréchal Grouchy n’eût suivi le mouvement des Prussiens, et ne vînt prendre part à la victoire. Des cris de joie se font entendre sur toute notre ligne. Les troupes, fatiguées par huit combats, reprennent vigueur et font de nouveaux efforts. L’Empereur regarde cet instant comme décisif. Il porte en avant toute sa garde, ordonne à quatre bataillons de passer près le village de Mont-Saint-Jean, de se porter sur la position ennemie, et d’enlever à la baïonnette tout ce qui résisterait. La cavalerie de la Garde et tout ce qui restait de cavalerie sous la main seconde ce mouvement. Les quatre bataillons, en arrivant sur le plateau, sont accueillis par le feu le plus terrible de mousqueterie et de mitraille. Le grand nombre de blessés qui se détache fait croire que la garde est en déroute. Une terreur panique se communique aux corps voisins, qui prennent la fuite avec précipitation.

La cavalerie ennemie, qui s’aperçoit de ce désordre, est lâchée dans la plaine; elle est contenue quelque temps par les douze bataillons de vieille garde qui n’avaient point encore donné, et qui, entraînés eux-mêmes par ce mouvement inexplicable, suivent, mais en ordre, la marche des fuyards.

Toutes les voitures d’artillerie se précipitent sur la grande route ; bientôt elles s’y accumulent tellement qu’il est impossible de les faire marcher : elles sont pour la plupart abandonnées sur le chemin et dételées par les soldats qui emmènent les chevaux.

Tout se précipite vers le pont de Charleroi et celui de Marchiennes, d’où les débris furent dirigés sur Philippeville et Avesnes.

Tel est l’exposé de cette funeste journée. Elle devait mettre le comble à la gloire de l’armée française, détruire toutes les vaines espérances de l’ennemi, et peut-être donner très-prochainement à la France la paix si désirée; mais le Ciel en a décidé autrement: il a voulu qu’après tant de catastrophes, notre malheureuse patrie fût encore une fois exposée aux ravages des étrangers.

Quoique nos pertes soient considérables, notre position n’est cependant pas désespérée. Les ressources qui nous restent sont bien grandes, si nous voulons les employer avec énergie.

Le corps commandé par le maréchal Grouchy, et composé du 3ème et du 4ème  corps d’infanterie et d’un grand corps de cavalerie, vient d’effectuer sa retraite sur Namur ; il est rentré en France par Givet et Rocroy; son matériel est intact. Les débris des corps battus à Mont-Saint-Jean forment déjà une masse respectable qui s’augmente de jour eu jour. Le Ministre de la guerre a annoncé à la chambre qu’on pouvait disposer de vingt mille hommes pris dans les dépôts. Les mesures prises par les chambres pour appeler à la défense de la patrie tous les hommes en état de porter les armes, donneront bientôt un grand nombre de bataillons, si l’on presse avec toute l’activité possible, la  levée et l’embrigadement, et la formation de ces bataillons.

Le reste du matériel peut être facilement réparé : nous avons à Paris trois cents pièces de bataille avec leur approvisionnement. La moitié de ces pièces suffit pour remplacer celles que nous avons perdues. Il suffit que les chambres prennent des mesures pour avoir les chevaux et les conducteurs, ce qui, dans une ville comme Paris, peut être effectué en vingt-quatre heures.

Je ne puis assez le répéter à la Chambre, la dernière catastrophe ne doit pas décourager une nation grande et noble comme la nôtre, si nous déployons dans cette circonstance toute l’énergie nécessaire. Ce dernier malheur ne fera que relever notre gloire. Et quel est le sacrifice qui coûterait aux vrais amis de la patrie, dans un moment où le souverain que nous avons proclamé naguère, que nous avons revêtu de toute notre confiance, vient de faire le plus grand et le plus noble des sacrifices.

Après la bataille de Cannes, le sénat vota des remerciements au général vaincu, parce qu’il n’avait pas désespéré du salut de la république, et s’occupa sans relâche de lui donner les moyens de réparer les désastres qu’il avait occasionnés par son entêtement et ses mauvaises dispositions.

Dans une circonstance infiniment moins critique, les représentants de la nation se laisseront-ils abattre, et oublieront-ils les dangers de la patrie pour s’occuper de discussions intempestives, au lieu de recourir au remède qui assurera le salut de la France ? »

 

( 17 juin, 2018 )

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Ce premier numéro (de 18 pages) paru récemment est consacré à la bataille de Waterloo.

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( 17 juin, 2018 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (1ère partie). Article de Winand Aerts.

bourmontlahonte.jpg Le corps de Gérard. 

L’ordre du 13 juin 1815 portait que le 4ème corps devait prendre position le 14, en avant de Philippeville. L’ordre de mouvement du 14 ajoutait que, si ce corps était arrivé en position, il devait se mettre en marche sur Charleroi le 15, à 3 heures du matin et se tenir à la hauteur du 3ème corps. Tous les bagages devaient être laissés à Philippeville.Les cuirassiers de la division Delort suivraient le mouvement. D’après Charras, le général Gérard ayant dû attendre l’arrivée de l’une de ses divisions, restée la veille à 12 ou 15 km de Philippeville, quitta cette localité vers 5 heures. D’après Henry Houssaye, il arriva vers 7 heures à la hauteur de Florennes. C’est là que l’on apprit la désertion du commandant de l’avant-garde. Le lieutenant général de Bourmont venait de passer à l’ennemi…

Bourmont. 

Louis-Auguste-Victor comte de Ghaisne de Bourmont, né au château de Bourmont (Anjou) en 1773. Ministre de la Guerre en 1829, commandant en chef de la première expédition d’Algérie et maréchal de France en 1830. Bourmont était surnuméraire à la Compagnie du Régiment colonelle [sic] des Gardes-Françaises, lorsque éclata la Révolution. Il émigra, fit partie de l’armée de Condé, puis rentra en France, prit part à la guerre de Vendée sous les ordres de Scépeaux d’abord, ensuite comme général dans le Maine et les pays adjacents. Ses services lui valurent d’être reçu chevalier de Saint-Louis par le comte d’Artois, bien qu’il n’eût pas l’âge voulu. En 1799, on put croire qu’il s’était rallié àla République. Il parut même, dit-on, dans la loge du Premier Consul lors de l’explosion de la Machine infernale (24 décembre 1800). Mais son zèle parut excessif et le fit même incarcérer au Temple en 1803, puis à Dijon, à Besançon enfin, d’où il s’évada au mois de juillet 1805 avec d’Andigné, son compagnon de captivité, son complice dans la matinée du 15 juin 1815.  Il devait être protégé par quelque puissante influence. Bourmont obtint l’autorisation de se retirer au Portugal, et l’ordre fut donné de lever le séquestre mis sur ses biens. De plus, lors de la prise de Lisbonne par Junot, il offrit son épée qui fut agréée.

Suivent quelques années de service de loyaux. Adjudant commandant chef d’état-major de la division Loison en 1807, colonel à l’armée d’Italie, puis général de brigade en 1813, Bourmont se fit remarquer à Dresde et défendit en 1814 la ville de Nogent avec une telle bravoure-il était blessé et avait sous ses ordres douze cents hommes à peine- que Napoléon le nomma général de division et le décora. Lors du débarquement de Napoléon, en février 1815, Bourmont faisait partie du petit corps d’armée réuni par le gouvernement de Besançon, sous les ordres du maréchal Ney, dans le but d’opérer sur le flanc de la colonne impériale. Invité à quelques jours de là, par le préfet du Doubs, M. Capelle, à aller rejoindre avec lui les Bourbons en Belgique, Bourmont s’y refusa, retenu qu’il était, par l’espoir de conserver Besançon au Roi. Cette ville reconnut le pouvoir impérial et, bien que Bourmont eût déclaré à M. Capelle que les étrangers étaient le seule ressource sur laquelle la cause royale pût compter, et qu’on ne devait pas hésiter à les appeler, il n’en tarda pas moins à solliciter un emploi de son grade dans l’armée du Nord.

Mais avant cela, il était accouru de Lons-le-Saunier à Paris auprès du Roi qu’il eût pu alors accompagner à Gand. Ney le fit arrêter, puis se ravisa et sollicita pour lui un commandement. Gérard aussi, qui avait eu Bourmont sous ses ordres en 1812 et en 1814, le demanda comme divisionnaire. Davout, Ministre de la guerre, refusa brutalement et dit à Napoléon :-« Gérard en répond. Il a tort. Moi je ne réponds de personne. »- Le duc d’Auerstaedt dut toutefois s’incliner devant l’expresse volonté du maître. « Bourmont est une de mes erreurs », disait Napoléon à Sainte-Hélène.

A suivre…

 

( 17 juin, 2018 )

Légendes et erreurs [au sujet du séjour de Napoléon au Caillou la veille de la bataille de Waterloo et d’autres faits]

Ferme Caillou

Voici un article intéressant, extrait du Bulletin de la société Belge d’Études Napoléoniennes n°30, de juin 1959. Il n’est pas signé. Il souligne les erreurs commises par deux historiens renommés au sujet de l’emploi du temps de Napoléon, à la Ferme du Caillou, la veille de la bataille de Waterloo. J’ai ajouté à la fin, les références des ouvrages cités par l’auteur.

« Dans le n°5 de notre Bulletin (juin 1952), un article du regretté historien Winand Aerts, le grand spécialiste de Waterloo, faisait justice de quelques légendes nées on ne sait comment, acceptées par des historiens et prenant désormais la place de la vérité. C’est ainsi qu’il démontrait péremptoirement que Napoléon, dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, celle précédent Waterloo, n’avait pas quitté Le Caillou pour faire une reconnaissance du terrain, à pied, avec le grand-maréchal Bertrand et le page Gudin. Cette légende était déjà contredite par les « Souvenirs » du mameluck Ali. A la solide argumentation de Winand Aerts devait se joindre un peu plus tard un témoignage de la première importance : celui du valet de chambre de l’Empereur, Marchand, qui, dans ses « mémoires » (tome I) publiés en 1952, conte en détail la nuit de Napoléon, nuit passée dans son lit et sans sortie.

Dans son remarquable ouvrage, « Les Cent-Jours », Louis Madelin a néanmoins repris la légende, faisant sortir l’Empereur à 2 heures du matin ; l’éminent et regretté académicien a préféré s’en tenir à la relation de l’Empereur, manifestement « arrangée » plus tard à Sainte-Hélène. Mais pourquoi, en publiant son livre en 1954 négligea-t-il le récit sensationnel de Marchand publié deux ans plus tôt ? Or, Louis Madelin, n’ignorait pas les « Mémoires » du valet de chambre puisqu’il les cite quelques pages plus loin. D’ailleurs, il estimait que « peut-être, aurait-il (Napoléon) mieux fait de se reposer ». Justement, Marchand précise que Napoléon, couché peu après son arrivée au Caillou, est resté au lit pendant toute la nuit, ce qui, d’ailleurs, ne devait pas l’empêcher de s’inquiéter du temps en questionnant le valet de chambre, de faire venir Gourgaud pour lui dire d’aller reconnaître le terrain. (Il ne le reconnaît donc pas lui-même). L’Empereur reçoit aussi Drouot, et marchand ajoute : «  Après ce rapport, l’Empereur continua de rester dans son lit… L’Empereur se leva de bonne heure et vit avec plaisir le temps s’éclaircir… Il se promena longuement de long en large dans cette chambre, les mains derrière le dos, il prit des ciseaux, les tourna autour de ses ongles, paraissant bien plus occupé de la bataille qui allait s’engager que de ce détail de toilette ; il s’approchait souvent de la fenêtre et regardait l’état du ciel ; sa barbe faite, il s’habilla et fit demander le général Gourgaud qu’il fit encore écrire sous sa dictée. A 9 heures, l’Empereur demanda son déjeuner. »

Voici donc Louis Madelin en contradiction avec l’un des principaux témoins oculaires, et l’un des plus sérieux. Mais à la suite de son récit, il ajoutera, pour notre surprise, une bien singulière invention. En effet, ayant conté le départ du Caillou de l’Empereur, dans la matinée, afin d’assister au défilé des troupes, Madelin fait ensuite retourner Napoléon au Caillou pour… dormir ! « Ce défilé  terminé, écrit-il, et pendant que les troupes prenaient leurs positions de départ, l’Empereur se jeta sur son lit, priant qu’on ne le réveillât qu’à onze heures. » Ceci est pour le moins inattendu. Consultons la montre, tout d’abord. L’Empereur déjeune vers 9 heures ; après cela il fait étalier les cartes et commente son plan de bataille pour Jérôme, Ney, Reille, etc. Ensuite, il reçoit le fermier Boucquéau. Puis il monte à cheval. Déjeuner, exposé stratégique (et vive discussion avec Soult), entretien avec le fermier, tout cela lui prend bien une heure. Il va à cheval vers Rossomme, il y assiste au défilé des troupes. Trajet, défilé et retour au Caillou lui prennent certainement une autre heure. Il est onze heures ! Et Louis Madelin plaçait lui-même l’Empereur à 11 heures, beaucoup plus loin : à la Belle-Alliance !

Quand a-t-il donc dormi ?

Ce qui ne tient pas devant la montre, ne tient pas plus au raisonnement. Après avoir été si impatient durant toute la nuit, si pressé d’engager le combat, l’Empereur voit enfin ses troupes prendre position et… il va se coucher ! Il se met au lit au moment d’engager la plus décisive des batailles ! On serait curieux de savoir d’après quel document Louis Madelin a pu reprendre pareil conte. On ne le saura jamais, d’ailleurs : ce témoignage n’existe pas. Le mameluck Ali, qui n’en conte pas, lui, et qui ne quitte pas l’Empereur, dit bien clairement : « Quand tous les corps eurent opéré leurs mouvements, il parcourut les rangs où il fut accueilli avec enthousiasme ; après quoi il vint s’établir sur une hauteur en arrière de Rossomme. L’action commença au parc [verger] d’Hougoumont ». Tous les autres témoignages des témoins présents concordent. Tout le monde a vu l’Empereur sur le terrain ; personne n’a vu le dormeur fantôme au Caillou. Avec Ali, il y a Marchand, le fermier Boucquéau et son fils, le secrétaire Fleury de Chaboulon, le commandant Duuring, etc., etc., etc. 

Peut-être dira-t-on que ce sont là des détails secondaires. Il n’y a rien de négligeable dans le comportement de Napoléon pendant cette grande journée ; en outre, faut-il, en matière d’Histoire, faire fi des précisions mineures ? Si un historien-et lequel ! Puisqu’il s’agit de Louis Madelin-donne ces indications c’est aussi qu’il y attache lui-même de l’importance. Dès lors, les erreurs ont, elles aussi, de l’importance.

Encore à ce propos de Waterloo, nous ressentons une certaine surprise en lisant un autre ouvrage, « le Secret de Waterloo » du commandant Henry Lachouque. Cet ouvrage, écrit avec verve, certes, de l’intérêt, quoique l’historien militaire belge M. Henri Bernard, professeur à l’École Royale Militaire, ait pu dire avec raison : « Nous avouons ne pas avoir compris quel était ce Secret ». Pourquoi faut-il trouver dans ce livre où il y a de « bons moments », et dans lequel Louis Madelin prit fréquemment sa documentation, de ces erreurs « mineures » que l’on est en droit déplorer ?

Signalant que, dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, couchèrent à Genappe, en l’Auberge du Roi d’Espagne, le prince Jérôme, le général Reille et ses divisionnaires, le commandant Lachouque ajoute du pittoresque en racontant que de nombreux officiers « se rendent  à l’hôtel du Roi d’Espagne où un bal impromptu est organisé; les dames de la ville accourent l’on dansera fort avant dans la nuit… Pourquoi pas ? » Où le commandant Lachouque a-t-il trouvé cela ? Nous ne le suivrons pas dans ces joyeux quadrilles car il nous faudrait, pour cela, oublier que pendant toute la journée la bataille a fait rage, tout près de là, aux Quatre-Bras, que Genappe est envahie de blessés et de moribonds et que Reille et ses généraux sortent à peine d’un sanglant combat pour marcher, tôt le lendemain, vers une nouvelle bataille. Légendes et erreurs [au sujet du séjour de Napoléon au Caillou la veille de la bataille de Waterloo et d’autres faits] dans JOURS D'EPOPEE Waterloo-300x196Il est bien peu vraisemblable que le prince et ces généraux aient toléré que s’improvise une telle fête en ces circonstances et dans le lieu où ils prenaient enfin un peu de repos. L’atmosphère générale, d’ailleurs (et le commandant Lachouque insiste lui-même là-dessus), était, au contraire bien tragique. La troupe et les officiers étaient éreintés et obsédés par l’idée de trahison. Quant aux dames de la ville, une telle réjouissance devait cadrer fort mal ave c leur état d’esprit cette nuit-là.

Autre détail concernant le duc de Wellington « installé à l’auberge située vis-à-vis de l’église et portant enseigne « A Jean de Nivelles ; Wellington, dans le village de Waterloo, n’a jamais mis les pieds à l’auberge Jean de Nivelles. Son quartier-général était installé en face de l’église dans le relais de poste, auberge connue sous ce nom et tenue pat le veuve Bodenghien, maison qui existe encore aujourd’hui. L’auberge Jean de Nivelles n’était pas située en face de l’église, mais plus loin, sur le même alignement que le relais, au-delà  d’un chemin dont ce dernier formait le coin (aujourd’hui avenue reine Astrid). Cette auberge Jean de Nivelles a disparu depuis longtemps et personne, depuis 1815, n’y a situé le quartier-général de Wellington-sauf le commandant Lachouque. Le commandant Lachouque, en décrivant  la retraite de Napoléon le soir de la bataille, le fait entrer au Caillou où « depuis 5 heures l’attendait le rôti de mouton commandé le matin à Mme Boucquéau ». Ce n’est pas nous qui arrêtons à cette côtelette, c’est notre auteur. Et puisqu’il nous invite à déguster ce détail historico-culinaire, faisons lui remarquer :

1°/ Que la commande n’avait pas été faite le matin à Mme Boucquéau, car celle-ci n’était pas au Caillou à ce moment-là, mais encore à Plancenoit (voir le témoignage de son fils).

2°/ Que la côtelette n’était pas trop grillée. Pas du tout même car le fils en question a noté que la servante du Caillou, Marie Houzeau, envoyée dans l’après-midi pour la chercher, n’en avait pas trouvé.

En plus, le commandant Lachouque, qui cite le témoignage du commandant Duuring chargé de la garde du Caillou, mais a mal lu ce témoignage qui précise bien que Napoléon n’est pas entré au Caillou, mais s’est arrêté quelques instants devant la ferme, sans descendre de cheval, pour entendre son rapport.

Détails… Nous ne tombons d’accord. Mais si on veut nous offrir des détails, qu’on nous autorise à les désirer exacts. Pour le surplus, l’Histoire est une grande fresque faite d’une multitude de touches minuscules. Quant la fantaisie s’empare du peintre qui applique ces touches, il est à craindre que la fresque toute entière ne se ressente de cette fantaisie.

X. »

——–

Les « Souvenirs » du mameluck Ali ont été publiés la première fois en 1926 chez Payot, avec introduction de G. Michaut. Il y a eu une nouvelle édition en 2000, chez Arléa, avec une présentation et des notes de Christophe Bourachot. 

Les « Mémoires » de Louis Marchand ont été publiés en 1952-1955 chez Plon, en 2 volumes.  Il y a eu des rééditions successives chez Tallandier en 1985 (en 2 volumes), chez le même en 1991 (idem) et en 2003 (en un seul volume cette fois rassemblant les 2, toujours chez Tallandier).

L’ouvrage de Louis Madelin qui est concerné est le 16ème (et dernier) de sa grande série publiée chez Hachette et qui porte le titre d’Histoire du Consulat et de l’Empire. Il est paru en 1954.

« Le Secret de Waterloo » du commandant Henry Lachouque a été publié en 1952 chez Amiot-Dumont.

 

( 16 juin, 2018 )

Faux empereurs mais véritables imposteurs !

Les faux napoléon

Voici une étude intéressante que je viens de terminer de lire. Elle est centrée sur le cas de quatre imposteurs s’étant fait passer pour Napoléon entre 1815 et 1823 : Mathieu Félix (fin août/début septembre 1815 dans le département de l’Isère), Jean-Baptiste Ravier (en août 1815 dans l’Ain), Jean Charnay (dans l’Ain durant l’été de 1817) et un certain père Hilarion (dans celui de la Lozère de 1821 jusqu’au début 1823).

Il y eut certainement d’autres cas mais l’étude de Nathalie Pigault possède l’important mérite d’aller jusqu’au bout des choses concernant ces « usurpations historiques ». Elle détaille chaque étape : depuis leurs apparition, passant en revue leur agissement, jusqu’à leur interpellation et leur comparution devant la justice.

Dans les campagnes de la Seconde Restauration, où vivaient des paysans, hommes et femmes sans doute moins instruits que dans les grandes villes et, surtout, possédant une naïveté incroyable, il était facile pour ces « Faux-Napoléon » d’abuser de leur crédulité . Comme le souligne l’auteur, le climat politique régnant à l’époque et le début de l’édification de la Légende napoléonienne y furent pour beaucoup : « Il y avait la légende officielle fabriquée par les Bulletins de la Grande-Armée, les articles du Moniteur  les peintures de Gros et la Colonne Vendôme. Il y eut à son tour une légende populaire née après la disparition de la scène européenne de Napoléon en 1815. »

En effet, pour les gens du peuple comment croire à la disparition d’un être aussi extraordinaire que le grand Empereur ? Déjà en 1814, alors que Napoléon se trouvait en son île d’Elbe, on le signalait çà et là, à la tête d’armées imaginaires, venant reconquérir son trône. Après la déflagration de la défaite de Waterloo, l’Empereur est expédié à Sainte-Hélène; un endroit que bien peu de français  des campagnes savent situer. Mais selon eux, « Il » reviendra, c’est certain !  En mai 1821, Napoléon meurt ; la nouvelle arrive à Paris début juillet. Mais dans les campagnes à quel moment ?Pour beaucoup de Français,  Napoléon n’est pas mort, il va s’échapper de son île et débarquer sur les côtes de France, comme il l’a si bien fait en mars 1815…

Mais revenons à nos imposteurs. On constate, en lisant cette étude, qu’ils ne ne portent pas l’habit militaire et encore moins une tenue se rapprochant de celle de l’Empereur. Leur ressemblance physique avec le grand homme est inexistante même si pour l’un d’entre eux, un témoin bien naïf déclarera reconnaître quelque peu Napoléon. Aucun de ces mystificateurs n’est accompagné d’une escorte, aussi peu importante soit-elle. En véritables manipulateurs, ils exercent leur talent sur une population exclusivement rurale. Il est très probable qu’ils ne purent arriver à leurs fins dans un milieu urbain, dans quelques grandes villes, dans lesquelles les esprits sont plus instruits, plus au fait de l’actualité politique. Le but de ces imposteurs fut essentiellement financier et matériel. Point de conspiration politique de leur part, comme l’a craint un moment la police de Louis XVIII.

Cette étude, qui se lit un peu comme une enquête policière, menée autour de ces quatre faux empereurs nous fait aussi revivre la France d’après Napoléon et son instabilité politique; un contexte particulièrement favorable à l’émergence de ce type d’affaires.

C.B.

Nathalie PIGAULT, « Les Faux-Napoléon », Editions du CNRS. Ouvrage paru en avril 2018, 218 pages,  20.00 €

( 16 juin, 2018 )

Quelques figures d’Empire (II).

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CANLER (Louis), 1797-1865. Très jeune, il suit son père, officier des armées de la République. Enfant de troupe, Canler est nommé tambour  par l’Empereur en personne, en juin 1805. En 1811, il s’engage au 28ème de ligne toujours en tant que tambour. Cinq ans plus tard, comme il l’écrit lui-même dans ses « Mémoires », « je quittai les baguettes pour le fusil. Je venais d’être nommé caporal… » C’est dans les rangs de ce régiment qu’il participera à la campagne de Belgique de 1815. En 1820, il entame une brillante carrière dans la police et deviendra, par ses compétences, chef du Service de Sûreté.

CAULAINCOURT (Général Armand-Augustin, marquis de). Grand-Écuyer de l’Empereur, duc de Vicence, 1773-1827. Entré à l’âge de quatorze ans au Royal-Étranger, sous-lieutenant en 1789, Caulaincourt est nommé capitaine au début de la Révolution. Il grimpe rapidement les échelons. En 1797, il est chef d’escadron. Colonel en 1801, il rencontre la même année Bonaparte ce qui marquera le début d’une nouvelle carrière. En 1802, le Premier Consul le nomme aide-de-camp. Caulaincourt est fait général de brigade en 1803.  Il participe à l’enlèvement du duc d’Enghien en mars 1804, en territoire étranger. Grand-Écuyer de l’Empereur en juin 1804, Caulaincourt est nommé général de division en février 1805. Nommé ambassadeur de France en Russie, en 1807, il s’avère être un diplomate confirmé. Il suit Napoléon en Russie, revient avec lui en France en décembre 1812, au terme d’un voyage mémorable de Smorgoni à Paris. Caulaincourt en profitera pour prendre quotidiennement des notes, à l’insu de l’Empereur. Ces derniers formeront un passage de ces Mémoires qui ne paraîtront qu’en 1933. Il participe aux négociations diplomatiques entourant la campagne de Saxe en 1813. Il est nommé ministre des affaires étrangères en novembre de la même année. En 1814, son rôle est primordial lors de la campagne de France et lors du Congrès de Châtillon. Après Waterloo, Caulaincourt est désigné pour siéger au gouvernement provisoire (du 22 juin 1815 au 9 juillet 1815). Cet homme de qualité, fin diplomate et grand serviteur de l’Empire, s’éteint en 1827.

CHASTENAY (Louise-Marie-Victorine de), 1771-1855. Issue d’une famille royaliste, poursuivie par la Révolution, la jeune Victorine se préoccupe de politique. Elle côtoie Bonaparte, Barras, Fouché et d’autres personnages appelés à prendre une importance. Parfaitement à son aise en fréquentant le monde aristocratique et littéraire, elle rencontre madame de Genlis et madame de Staël. Cultivée, très aux faits des événements, elle laissa des « Mémoires » qui témoignent de son esprit d’observation.

DAUTANCOURT (Général Pierre), 1771-1832. Ayant embrassé la carrière des armes en 1792, comme volontaire dans les rangs du 2ème bataillon de Vervins (Aisne), Dautancourt grimpe rapidement les échelons. En 1800, il est capitaine de cavalerie dans la gendarmerie d’élite, en 1804, chef d’escadron et en 1807 major du 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais de la Garde Impériale. Nommé général de brigade en 1813, il commande, durant la campagne de France, la 2ème brigade de cavalerie de la Garde. De la campagne de Prusse à celle de France, en passant par la campagne d’Autriche, Dautancourt se bat courageusement. Il est mis en non-activité en septembre 1814, puis reprend du service durant les Cent-Jours en tant que commandant de la Gendarmerie de la Garde Impériale. De nouveau licencié au retour du Roi, en 1815, il sera admis à la retraite comme maréchal-de-camp en 1825 et ne reprendra qu’une brève activité dans les années 1830-1832, occupant les fonctions de commandant de la 1ère subdivision et de la 15ème division militaires.

DURAND (Jean-Baptiste-Alexis), 1794-1853. Originaire de Fontainebleau, d’abord apprenti-menuisier à Paris, il décide d’embrasser la carrière des armes en rejoignant les rangs du 1er régiment des Gardes d’honneur. En 1814, après la première abdication, Durand est à Nantes puis à Bordeaux, cherchant à s’embarquer pour l’Amérique. En mars 1815, avec le retour de Napoléon, il devient sous-lieutenant dans la Garde nationale. Arrêté par les Vendéens insurgés à Saint-Maixent, délivré par la gendarmerie au bout de trois semaines, Durand rejoint l’armée. Au moment de la bataille de Waterloo, il est à Soissons. Après la chute de Napoléon on le retrouve à Bordeaux, puis parcourant le midi de la France, en Suisse et en Italie. Expulsé de Rome à cause de sa pauvreté, Alexis Durand s’installe à Fontainebleau, se marie, et exerce son premier métier de menuisier tout en s’adonnant à sa grande passion de l’écriture.

DURAND (Sophie, née COHONSET).  Épouse du général Durand, elle occupait les fonctions de première dame de l’impératrice. 

FAIN (Agathon-Jean-François, baron), 1778-1837. Lorsque le 27 octobre 1795, le général Bonaparte s’installe à l’hôtel de la première division militaire, rue des Capucines, à Paris, il y trouve un jeune garçon de dix-sept ans, « commis dans les bureaux de la Convention ». C’est Fain. C’est à lui que Bonaparte dicta ses premiers ordres de général en chef.  Par la suite il est chargé de la division des archives à la Secrétairerie d’État aux Tuileries. Par la suite il suivra Maret, secrétaire d’État, tous ses voyages officiels, approchant ainsi le Premier Consul, puis l’Empereur. Début 1806, Fain accède au cabinet de Napoléon en tant que secrétaire-archiviste. Nommé baron en 1809, commandeur de la Légion d’honneur et maître des requêtes au Conseil d’État en 1811, il remplace Méneval en mars 1813, alors secrétaire du Portefeuille. Après la première abdication, Fain se fait plus discret, en se retirant en province, dans sa propriété du Loiret. Après son retour de l’île d’Elbe, Napoléon le réintègre dans ses fonctions. Il suivra l’Empereur à Waterloo.

FÉE (Antoine-Laurent-Apollinaire), 1789-1874.  Nommé pharmacien sous-aide en octobre 1809, il participe à la campagne d’Espagne, à propos de laquelle, il laissera d’intéressants  « Souvenirs ».  En 1815, après avoir été reçu Maître en pharmacie au sein de l’École de pharmacie de Strasbourg, Antoine Fée participe à la campagne de Belgique. En avril de la même année, il est nommé pharmacien aide-major à la 3ème division (général Marcognet) du 1er corps d’armée (général Drouet d’Erlon).

FRANCONIN (Commandant François), 1788-1857. Entré au service en 1807 aux fusiliers-grenadiers, il passe caporal en 1810 au  1er régiment de tirailleurs, puis fourrier au même régiment, en mai 1811. Quelques mois plus tard on le retrouve dans les rangs du 2ème régiment de grenadiers avec ce même grade. En  avril 1813, Franconin est nommé sergent-major au 1er régiment de grenadiers, puis lieutenant en deuxième second en mars 1814.  Passé au fameux Bataillon de l’île d’Elbe (4ème compagnie) en mai de la même année, il est nommé après le retour de Napoléon à Paris lieutenant en premier, sous-adjudant-major.

GIROD DE L’AIN (Général Félix) 1789-1874. En décembre 1805, le jeune Girod de l’Ain entre à l’École militaire de Fontainebleau. A sa sortie, il est nommé sous-lieutenant et affecté à titre provisoire au 9ème régiment d’infanterie légère. Il se bat en Pologne et en Espagne. Il sera nommé en 1810 adjudant-major. Début 1812, il quitte le 9ème léger et devient capitaine aide-de-camp du général Dessaix. L’année suivante nous le retrouvons comme aide-de-camp du général Curial. Il participe à la campagne de 1813 en Allemagne et devient chef de bataillon. Girod de l’Ain est engagé dans la campagne de France avec ce même grade. Durant les Cent-Jours, il suit le général Curial nommé par l’Empereur commandant de la 7ème division militaire. Mis en demi-solde après l’Empire, il est néanmoins réintégré dans l’armée dès 1818.

GOURGAUD (Général Gaspard), 1783-1852. Il entre en 1799 à l’École polytechnique, puis rejoint en 1801 l’école d’artillerie de Châlons comme sous-lieutenant. Affecté comme lieutenant en second en 1802 au 7ème régiment d’artillerie à pied Gourgaud devient au début de l’année suivante adjoint au professeur de fortification de l’École d’artillerie de Metz. Mais quelques mois plus tard, il passe au 6ème régiment d’artillerie à cheval. Gourgaud participera à toutes les campagnes de l’Empire. Il est à Ulm, à Vienne, à Austerlitz. Il combat en Prusse et en Pologne. En 1808 il est nommé capitaine, après avoir reçu l’année suivante la croix de la Légion d’honneur. Il se bat en Autriche dans les rangs de son 6ème régiment d’artillerie à cheval. Après un passage en 1810 à la manufacture d’armes de Versailles où il travaille à l’élaboration d’un nouveau fusil, Gourgaud part en Espagne. Il se distingue au siège de Saragosse, puis est rappelé et expédié en mission à Dantzig. Le 3 juillet 1811, Gourgaud est nommé officier d’ordonnance de l’Empereur.  Présent lors de la campagne de Russie, il sauve (une première fois) la vie de Napoléon en découvrant lors de l’incendie de Moscou, un énorme dépôt de poudre dans le Kremlin, où résidait l’Empereur et son état-major. En récompense il reçoit le titre de baron d’Empire alors qu’il n’est encore qu’un simple capitaine. Lors du passage de la Bérézina, Gourgaud traversa par deux fois à la nage ce cours d’eau glacé, afin de reconnaître les rives et permettent ainsi l’établissement des ponts  qui permirent le passage de l’armée. Cet exploit lui valut le grade de chef d’escadron et le titre de premier officier d’ordonnance de l’Empereur ; un titre crée spécialement pour lui.  En 1813, en Saxe, il est non loin de l’Empereur. Lors de la campagne de France, à Brienne, le 29 janvier 1814, il sauve une seconde fois l’Empereur en tuant d’un coup de pistolet un cosaque qui était sur le point de transpercer le souverain de sa lance. Il est nommé par la suite colonel et commandeur de la Légion d’honneur. Après la première abdication, Gourgaud  est admis dans les gardes du corps de Louis XVIII et reçoit la croix de Saint-Louis, puis nommé chef d’état-major de la 1ère division militaire. Au retour de l’Empereur, il participe à la campagne de 1815. Nommé général de brigade et aide-de-camp de l’Empereur le 21 juin 1815, il le suivra dans son exil à Sainte-Hélène. Toutefois, ce personnage, militaire courageux et tout dévoué, est d’un caractère ombrageux, impulsif et jaloux. Le huit-clos si particulier de Sainte-Hélène lui deviendra rapidement insupportable. Il en part le 14 mars 1818.

GRIOIS (Général Charles), 1772-1839. Après avoir achevé ses études, Griois décide d’embrasser la carrière des armes et passe le concours d’entrée de l’École d’artillerie de Châlons en 1792. Il est reçu 26ème sur 47. Nommé lieutenant au 4ème régiment d’artillerie, il est dans les Pyrénées-Orientales en mars 1793, puis regagne la vie civile. En mai 1800, Griois est nommé capitaine en second au 4ème d’artillerie et rejoint  l’état-major de l’artillerie à l’Armée de réserve. Il participe à la campagne d’Italie, puis est nommé capitaine en premier et tient garnison à Brest, à Grenoble et à l’île d’Elbe. Premier chef d’escadron au 1er régiment d’artillerie à cheval en 1803, il est nommé major quelques mois plus tard. Au début de l’année 1806 Griois est chef d’état-major de l’Armée de Naples, nous le retrouvons trois ans plus tard en Autriche. Il y arrive alors que la campagne est achevée et regagne l’Italie. En juin 1811, il est nommé colonel du 4ème régiment d’artilleur à cheval et prend part à la campagne de Russie. En 1813, Griois accède au grade de major de l’artillerie de la Garde et participe à la  campagne d’Allemagne. L’année suivante, il est attaché à la cavalerie de la Garde, placée sous les ordres de Nansouty, puis de Belliard et enfin de Sébastiani. Nommé directeur de l’artillerie à Mézières, durant la Première Restauration, il est chargé au  retour de l’Empereur en mars 1815, d’organiser la défense des places de l’Ardenne, sous les ordres du général Vandamme. A la fin de 1815 Griois occupe les fonctions de directeur d’artillerie au Havre. Il était commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur (12 août 1813) et chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis. Griois était également chevalier de la Couronne de Fer et enfin baron de l’Empire depuis le 16 août 1813.

C.B. 

A suivre.

( 16 juin, 2018 )

Bataille de Fleurus ou de Ligny.

 » Le lendemain matin, 16 juin 1815, le temps était magnifique, le soleil était ardent et nous présageait une chaude journée, comme elle le fut en effet sous tous les rapports. Nos soldats firent la soupe, et notre corps d’armée prit posi tion en avant de Fleurus, faisant face au village de Saint- Amand, ayant à sa gauche la division Girard. Tout respirait le calme dans cette plaine immense et fertile qui se déroulait devant nous, et que parcouraient en silence nos colonnes d’infanterie, de cavalerie et nos parcs d’artillerie; on n’eût pas cru que cent cinquante mille hommes allaient en venir aux mains et se disputer quelques toises de terrain avec un acharnement tel que depuis longtemps il n’y en avait pas eu d’exemple, et que cinq heures après, sur ce nombre de cent cinquante mille hommes, quarante mille environ seraient morts, mutilés ou mis hors de combat. Ce calme, qui ressemblait à celui qui toujours précède l’orage, avait quelque chose de saisissant et qui faisait battre le cœur. Nous voyions en face de nous, sur la colline, entre Saint-Amand et Ligny, l’armée ennemie faire de même que nous ses dispositions, et je l’avoue, ce moment solennel, précurseur de tant de désastres, m’impressionna bien davantage que le moment d’ensuite, lorsque nous en vînmes aux mains. Lorsque toutes les dispositions pour la bataille qui se préparait furent terminées, ce fut notre division qui eut l’honneur d’ouvrir le feu contre Saint-Amand, qui devint le théâtre de combats acharnés. Tout conseillait à l’Empereur d’y diriger sa principale attaque; par-là, évitant une

partie des difficultés du terrain, et se rapprochant du maréchal Ney engagé aux Quatre-Bras contre l’avant-garde de Wellington, il aurait pu lui porter des secours ou en recevoir, séparer les Prussiens des Anglais et forcer les premiers de se retirer sur Namur; aussi, emporté par le désir d’exterminer l’armée prussienne, se décida-t-il à livrer une bataille générale. Ainsi que je viens de le dire, chargé de commencer le feu contre Saint-Amand, le général Lefol fit former le carré à sa division, et il la harangua avec tant de bonheur que ses soldats, pleins d’enthousiasme et excités d’ailleurs par la présence de Napoléon, qui passait en ce moment devant le front de la division, demandèrent à grands cris à marcher à l’ennemi. L’ordre d’attaquer Saint-Amand ayant enfin été donné, le général fit détacher un assez grand nombre de tirailleurs et s’avança à la tête de sa division formée sur trois colonnes. Le premier boulet parti des batteries prussiennes tomba dans ses masses et tua huit hommes d’une compagnie commandée par le capitaine Revest, mort depuis colonel d’un régiment d’infanterie. Cet événement, loin d’arrêter l’ardeur de nos soldats, ne fit que l’exciter, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent à Saint-Amand et l’emportèrent à la baïonnette. De ce moment la bataille prit un caractère sanglant. Chaque parti était soutenu par une artillerie formidable, dont les détonations imitaient le bruit de la foudre, et ces attaques terribles s’alimentaient pour ainsi dire par un mouvement de fluctuation alternatif entre les deux armées revenant sans cesse à la charge. Près de deux cents bouches à feu étaient pointées contre le village par deux armées qui s’en disputaient la possession; c’était la clef de la position de Blücher, et tout l’effort de la bataille se portait sur Saint-Amand qui fut pris et repris trois fois au milieu de scènes de carnage horrible; et, comme le dit avec raison Vaulabelle dans son « Histoire des deux Restaurations » : « Chaque arbre, chaque fossé, chaque clôture était attaqué et défendu avec fureur; on luttait corps à corps, on se fusillait à brûle-pourpoint, on se tuait à coups de baïonnettes, et nos soldats tombaient en criant vive l’Empereur! ils ne se laissaient même emporter à l’ambulance que lorsqu’il leur était impossible de continuer à pren-  dre part au combat. »

Le général Lefol, entré le premier à Saint-Amand, eut son cheval tué sous lui dans un verger, et allait sans doute être fait prisonnier ou tué lorsque j’eus le bonheur de le tirer de ce mauvais pas en lui donnant le mien. Dans ce même moment son fils, Louis Lefol, chef de bataillon au 2ème léger, de la division du prince Jérôme, engagée aux Quatre-Bras, recevait une balle qui lui fracassait le poignet. Louis est mort à Oran en 1831, étant colonel du 21ème  régiment d’infanterie de ligne; il passait pour un des officiers les plus distingués de l’armée, et serait sans doute arrivé aux plus hautes dignités militaires. Le combat se prolongea, avec des avantages balancés, jusqu’au soir; toutefois les Prussiens ne purent reprendre ni l’église, ni le cimetière, dont notre division s’était si vigoureusement emparée dès le début de la bataille. Ce fut, autant que je puis me le rappeler, vers les six heures qu’il se manifesta parmi les soldats d’un régiment un mouvement de terreur, que l’on ignora heureusement dans l’armée et qui aurait pu avoir des suites funestes sans un moyen d’une extrême énergie qu’employa le général Lefol, et sans l’empressement que mirent plusieurs officiers à faire cesser cette espèce de panique, occasionnée d’abord par la fausse nouvelle répandue qu’une colonne ennemie venait surprendre la gauche de notre division, et par l’impression pénible que causa au 6U.c de ligne la mort du colonel Dubalen, qu’il aimait et estimait.

Plusieurs soldats quittèrent leurs rangs, jetèrent leurs fusils et pouvaient ébranler, peut-être même entraîner tout le corps d’armée, lorsque plusieurs officiers, au nombre desquels se trouva le général Corsin , commandant l’une des brigades de notre division, accoururent, arrêtèrent les fuyards, les rassemblèrent et les ramenèrent au combat, qu’ils soutinrent ensuite jusqu’au soir avec la même intrépidité qu’au début. Le général Corsin qui, pendant cette journée se fit remarquer par son courage et son énergie, eut trois chevaux tués ou blessés sous lui à Saint-Amand, et ses anciennes blessures s’étant rouvertes pendant notre retraite, cet officier général dut rester à Givet et résigner son commandement. Pendant que nous nous battions à Saint-Amand , une lutte semblable avait lieu à Ligny.

A dix heures la bataille était gagnée.

Voici, a l’occasion de bataille de Fleurus (Ligny), un écrit dont je conserve l’original entre mes mains, et que m’a laissé le général Corsin, comme un témoignage de son intérêt et de sa bonne affection pour moi.

« Nous, général de division, grand-officier de la Légion d’honneur, commandant en 1815 la 1ère  brigade de la division Lefol, constatons les faits dont le détail suit:

Le 16 juin 1815, la division Lefol contribua au gain de la bataille de Ligny (Fleurus) en luttant avec une glo rieuse persévérance contre les forces de Blücher bien  supérieures aux nôtres. Chargé de commencer le feu contre Saint-Amand, le général Lefol s’avança à la tête de sa division vers ce village, qui fut pris et repris plusieurs fois. Pendant une de ces attaques et au moment où nous en étions repoussés, le général Lefol eut son cheval tué sous lui, et allait être fait prisonnier lorsque l’aide-de- camp Lefol, n’écoutant que son devoir, mit pied à terre au milieu d’une scène de carnage horrible, pour lui donner son cheval ; tous deux essuyèrent une décharge de mousqueterie et allaient être tués ou pris lorsque l’arrivée imprévue d’une compagnie du 64ème, sur le lieu de  cette scène, les sauva en donnant le temps au général de monter sur son nouveau cheval, et d’aller rejoindre cette compagnie avec son neveu. L’aide-de-camp Lefol eut son épaulette enlevée par un biscaïen , et son cheval fut légèrement blessé. Toute la division a pu être témoin de sa brillante con duite dans les périlleuses attaques du cimetière de Saint-Amand. Le soir de cette mémorable journée, le jeune Lefol qui avait contribué à sauver la vie à son général et qui déjà, à cette époque, avait été décoré par l’Empereur lui-même (décret du 26 mars 1815), fut proposé sur le champ de bataille, pour le grade de capitaine.

 Le Général de Division,

« Signé: Vte CORSIN.

Vu par nous, sous-intendant militaire de première classe, commissaire des guerres en 1815, attaché à la division du général Lefol, commandant la 8ème division de l’armée du Nord, pour légalisation de la signature du général  Vte Corsin, alors commandant la 1ère  brigade de la division Lefol, et pour affirmer les faits ci-dessus relatés, comme en ayant été le témoin oculaire.

Signé : CHUFFART.

Pour copie conforme à l’original qui nous a été présenté.

Le Sous-intendant militaire,

Signé : LASELVE. »

(« Souvenirs sur le retour de l’empereur  Napoléon de l’île d’Elbe et sur la campagne de 1815 pendant les Cent-jours », par M. LEFOL,  Trésorier de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, ancien aide-de-camp du général de division baron Lefol, sous l’Empire », Versailles, imprimerie de Montalant-Bougleux, 1852, pp.19-25)

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( 15 juin, 2018 )

Une grande exposition consacrée à Bacler d’Albe. Ouverte jusqu’au 1er juillet prochain !

Exposition Bacler. Fin juillet 2018

( 15 juin, 2018 )

Le garde d’honneur Cramer…

Portrait Garde d'honneur Cramer

Le 31 mars 1813, Napoléon, empereur des  Français, roi d’Italie et médiateur de la Confédération suisse, ordonnait la formation et l’organisation de quatre régiments de gardes d’honneur qui comprendraient dans l’ensemble 10.000  hommes habillés, équipés et montés à leurs  frais. Le décret suscita sur-le-champ, et dans les  départements français, et dans les départements  réunis, les plaintes les plus vives. Qu’était-ce  que ce recrutement extraordinaire ? Napoléon  frappait d’un nouvel impôt les fortunes et les  familles ; il voulait avoir à bon marché des otages autant que des recrues !  Les quatre régiments ne furent donc levés que  parla contrainte. Les préfets désignèrent d’office  les volontaires et, selon les termes du décret :

I/ Les membres de la noblesse impériale, des ordres  de la Légion d’honneur et de la Réunion, des  collèges électoraux et des Conseils généraux et  municipaux, les citoyens les plus imposés, les  chefs et employés supérieurs des administrations  financières, les anciens militaires, durent, bon  gré mal gré, donner leurs fils. Mais le zèle des  justement compté, suivant le mot de Ségur, sur leur éloquence coercitive. Ils enrôlèrent des  hommes maries, des commerçants, des jeunes  gens réformés du service, des enfants de dix-sept  ans. C’était violer le décret qui prescrivait de ne  prendre que des Français âgés de dix-neuf à  trente ans, célibataires et sans profession. Mais les préfets avaient l’ordre de violer le décret. Il  y eut des départements où ceux qui marchaient,  furent des laboureurs et des remplaçants salariés : on les équipa sur une masse commune formée par les souscriptions obligatoires des notables du département, et les journaux de l’époque  répétaient à l’envi que la jeunesse la plus brillante delà France accourait d’un élan spontané pour servir de gardes d’honneur à Sa Majesté !

Des volontaires furent amenés à leur corps par  les gendarmes. Un d’eux, à Nancy, tenta de se  suicider dans l’hôtel du préfet en se tirant un  coup de pistolet sous le menton.  On ne s’étonnera pas que cette garde d’honneur  n’ait rendu que d’insignifiants services. Elle  n’avait pas d’instruction et elle n’eut pas le temps  de s’instruire. On ne la fit même pas séjourner  au dépôt ; on l’envoya presque aussitôt à la  guerre en prétextant qu’elle se formerait en  route. Encore si elle avait eu de bons officiers !  Mais les cadres étaient mauvais : les officiers  avaient été péchés dans tous les coins, dans  toutes les armes : les uns avaient oublié leur métier, les autres ne l’avaient jamais su,  quelques-uns sortaient de la marine !

Un Genevois de dix-sept ans. Frédéric-Auguste Cramer (1795-1865) [« Soldats suisses au service étranger. Souvenirs d'un Garde d'honneur, F.-A. Cramer ». Genève, Jullien. 1908. (Le volume contient, en outre, le Journal de Rilliet et les Mémoires de P.-L. Mayer] , fils d’un ancien militaire devenu  fonctionnaire de l’Empire, fut désigné par le préfet du Léman, le baron Capelle, pour faire partie des gardes d’honneur. Sa mère pleura. Son père éleva des objections. Capelle répondit que les gardes d’honneur serviraient de gardes du corps  au roi de Rome et seraient longtemps à l’abri des  hasards de la guerre, que le jeune Cramer  devançait la conscription pour entrer dans un corps de choix. Cramer, étudiant en droit, n’avait rêvé jusqu’alors que d’une carrière civile. Mais il aimait  Napoléon, il l’avait vu entrer triomphalement à  Lyon à la tête de l’armée d’Italie, et Napoléon  avait besoin de lui, Napoléon faisait appel à sa jeunesse par la bouche du préfet Capelle ; il dit oui sans hésiter et il reçut un« arrêté de désignation ». Le décret du 31 mars, écrivait le préfet, concernait principalement les fils des familles les plus recommandables et les plus distinguées par d’anciens et nouveaux services, par leur crédit, par leur fortune, par leur influence ; mais leurs qualités personnelles, leurs aptitudes, leur éducation, n’étaient pas moins à considérer que le rang de leur famille ; l’Empereur ouvrait cette carrière à l’élite de ses sujets, et, par suite, M. Cramer était désigné pour devenir garde d’honneur. « Il est certes impossible, remarque Cramer, d’être plus aimable et de mieux dorer la pilule ! »

Il eut bientôt un joli cheval bai qu’il monta tous les matins ; il eut un uniforme, shako rouge,  pelisse vert foncé brodée de peau noire, dolman  vert avec collet et parements écarlates, culotte hongroise en drap rouge avec tresses blanches.

Le 2 juin il partit. La pluie tombait quand il  sortit de la maison paternelle et les talons de ses  bottes restèrent imprimés sur le sol devant la  porte ; ses frères enfoncèrent des pierres dans  ces traces qui furent plus d’une fois pour son  père et sa mère une cause d’attendrissement.  Lui-même, quoique animé d’un esprit martial,  raconte que lorsque Genève disparut à ses  yeux, il eut ce serrement de cœur qu’éprouva Joinville, tournant ses regards vers son château  et ne voyant plus les tours du manoir au-dessus de la forêt.

Il appartenait au 4ème  régiment et il fut nomme  fourrier de son escadron. Après quelques se maines passées à Lyon, il prit le chemin de  Mayence. « Ce n’était pas, dit-il, ce qu’on avait  promis à nos parents ; mais ce nom de Mayence  était pour nous la première étape de la Grande  Armée et ne nous laissait pas de doute sur une  destination que chaque soldat appelait alors de  tous ses vœux. » Il était plein d’enthousiasme. Au  départ de Lyon, devant la foule amassée sur les  quais, lorsque le général commanda en avant,  lorsque les trompettes sonnèrent, il cria gaiement « Vive l’Empereur ! ». Quand il foula la rive droite du Rhin, « c’est un beau moment, écrivit- il à son père, que celui où l’on met le pied hors  de France », et il assurait que l’Empereur aurait  au 15 août, jour de sa fête, une armée de 400.000  hommes et que tout présageait les plus grandes  victoires.

Bientôt viennent les fatigues et les privations  de la guerre, viennent les marches forcées par  un temps affreux sur des routes que la pluie défonce. Il faut, au milieu d’alertes continuelles,  aller à Leipzig, puis à Torgau, puis à Dresde.  Mais, dans la plaine de Dresde, le 30 août, à  midi, Cramer vit face à face Napoléon qui passait la revue de ses troupes. L’Empereur montait un cheval blanc et portait le petit uniforme. Il  mit pied à terre et parcourut les rangs. « Qui sont  ceux-là ? » dit-il en approchant du 4ème  régiment  des gardes d’honneur. — « Ceux du midi », répondit un général. — « Ah ! je les aime bien, ceux-là ! » 11 interrogea Cramer dont il remarqua la jeune et belle figure : « D’où êtes-vous ? — Sire, de Genève. — Comment vous appelez-vous ? — Cramer. —Comment dites-vous ? — Cramer. — Que fait votre père? — Sire, un ancien militaire. » Après la revue, les gardes d’honneur défilèrent au grand trot devant Napoléon et leurs cris de « Vive l’Empereur ! » couvraient le bruit des chevaux. Cramer était en serre-file derrière le dernier peloton de sa compagnie qui fermait la marche: il voulut, lui aussi, acclamer l’Empereur ; l’émotion l’étouffait, et il salua du sabre.

 Il arrivait après la bataille de Dresde. La ville fourmillait de prisonniers. Il y dîna et il paya seize francs un plat de viande avec des légumes. Du moins il eut la volupté de dormir dans un lit: depuis deux semaines il ne s’était pas déshabillé.

Au bout de quatre jours, il dut rejoindre l’armée à l’entrée des défilés de Bohème, et il souffrit de la faim et surtout de la pluie : il vivait dans un déluge et dans de grands bois semés de marais. Mais il voyait souvent Napoléon. Un soir, par un magnifique coucher de soleil, comme si sa présence eût ramené le beau temps, et tandis que les armes étincelaient de tous côtés, Napoléon passa devant ses troupes ; il arrêtait en souriant des officiers, des soldats ; c’était, dit Cramer, un père au milieu de ses enfants. L’ardeur de notre Genevois ne s’était donc pas  refroidie. Il se félicite que les gardes d’honneur soient incorporés à la cavalerie de la vieille Garde et que son régiment marche avec les lanciers polonais ; il applaudit à la mort du « traître » Moreau ; il souhaite que Bernadotte ait le même sort. Pourtant, il commence à trouver que les bivouacs sont durs ; la dysenterie sévit parmi ses camarades ; sa compagnie ne compte plus au 8 octobre que cinquante-trois gardes et dix instructeurs. Il ne prit aucune part à la bataille de Leipzig; il dut rester dans la ville ; mais le 18 octobre il vit les blessés qu’on apportait ou qui se traînaient le long des maisons pendant que les troupes et les caissons encombraient la rue, et jamais la guerre ne se présenta plus horrible à ses yeux.

Dans la retraite, entre Naumbourg et Erfurt, il faillit succomber. 11 avait perdu son cheval bai et il montait une rosse qu’il avait achetée douze francs à un soldat du train des équipages ; il était à bout de forces et il ne pouvait plus avancer. Un hasard incroyable lui fit rencontrer dans cette foule de cent mille hommes qui se pressaient sur des routes différentes, un grand ami de son oncle, le colonel Montjardet. « Etes-vous, lui dit le colonel, du régiment de Lyon, et con- naissez-vous le garde Cramer ?» — « C’est moi. » — « Pas possible ; eh bien ! mon garçon, cheminez à côté de moi ! ». Il fit donner un bon cheval à Cramer qui, le lendemain, entra dans Erfurt avec Montjardet, et comme secrétaire de  Montjardet. Mais le colonel, blessé d’un coup de lance à la cuisse, dut rester un jour à Erfurt. Lorsqu’il voulut partir, la ville était investie.

Voilà donc Cramer enfermé dans Erfurt et comme il dit, pris dans une souricière. La ville fut bombardée. Mais le blocus succéda bientôt au bombardement et la fièvre nerveuse fit plus de victimes que le feu des ennemis. A la fin de décembre, le général d’Alton, qui commandait  la place, conclut avec l’assiégeant une convention ; il évacua la ville pour se retirer dans la citadelle du Petersberg; les malades devaient rester dans les hôpitaux sous une administration française jusqu’à leur entière guérison. Cramer, nommé secrétaire de la commission des hospices, demeura dans Erfurt jusqu’au 15 mars 1814. Ce  jour-là, tous les malades étant morts ou remontés à la citadelle, il gagna le Petersberg. Ce changement dévie offrait peu d’agrément, 3.000 hommes, dont 500 malades, étaient amassés dans la citadelle. On n’avait pour nourriture que de la viande de cheval et de mauvaises salaisons. Les casernes qui servaient de logement, tombaient en ruines. L’hiver était très froid. Mais la gaieté française, dit Cramer, surnageait encore. Les sous-officiers jouaient la comédie deux fois la semaine dans une église transformée en théâtre. Le général d’Alton recevait tous les soirs dans son salon et il savait par sa bonté, par la confiance qu’il inspirait, charmer ses invités. Souvent il sortait sans rien dire et, appuyé sur sa canne, car il marchait difficile- ment, il visitait les remparts et distribuait aux sentinelles, outre des paroles encourageantes, de petits paquets de tabac qu’il avait préparés d’avance. « J’entends encore, rapporte Cramer, le cri : Sentinelles, prenez garde à vous ! faisant de guérite en guérite le tour de la citadelle, mêlé pendant la nuit aux gémissements du vent; qu’il était mélancolique, ce cri sortant de la bouche de jeunes soldats basques et bretons sur un rempart neigeux au fond de la Thuringe ! »

Le 24 avril, la garnison apprit l’abdication de l’Empereur et le retour des Bourbons. L’agitation fut extrême. Personne ne voulait croire à cette nouvelle. Un petit colonel hollandais jurait ses grands dieux que rien n’était plus faux. De toutes parts éclataient la douleur et la surprise. La France avait donc succombé ! Le héros était à jamais vaincu ! Et qui étaient ces Bourbons ? Qui les connaissait? Qu’allaient-ils faire ? Que de- viendrait l’armée? Les officiers conserveraient- ils leurs grades si laborieusement acquis ?

Le 10 mai, un colonel français, envoyé par le gouvernement, entrait à Erfurt pour régler la remise de la place et le départ de la garnison. Nombre de soldats et d’officiers ne cachèrent pas leur colère et leur désespoir à la vue du drapeau blanc. Ils durent se résigner, ils durent renoncer en frémissant à cette cocarde tricolore qu’ils avaient depuis si longtemps portée. Ce changement ne fut pas le seul. De tant de braves gens  réunis sous le même étendard, les uns restaient  Français, les autres redevenaient Belges, Hollandais, Suisses. Le jeune Cramer se retrouvait, comme il s’exprime, étranger, républicain et bourgeois. Il reçut néanmoins sa solde de deux mois et une gratification de cent cinquante francs pour les services qu’il avait rendus à la commission des hospices. « Les bons procédés, écrit-il, ont tous été du côté de l’Empereur dans ses rap- ports avec moi, même après son abdication. »

Un an après son départ, il rentrait à Genève. Il a bien fait de retracer brièvement, en une trentaine de pages, ses impressions de 1813 et de 1814. Elles ont quelque chose de naïf et de vivant. « Jeté, dit-il, par les circonstances du temps dans cette grande bagarre, je n’ai point la prétention d’avoir fait la guerre en héros ; j’étais trop jeune, je possédais mal l’art du cavalier; mais enfin, je l’ai faite, je t’ai vue, et je m’en suis tiré, grâce à la protection et à la miséricorde de Dieu, sans la permission de qui un passereau ne tombe pas en terre. » .

Arthur CHUQUET (« Episodes et Portraits. Deuxième série », Librairie Ancienne Honoré Champion, 1910)

 

 

 

 

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( 15 juin, 2018 )

Tableau récapitulatif des combats du 15 au 18 juin 1815.

Waterloo

15 juin. Des combats sont engagés avec les troupes alliées. Les Français parviennent au soir du 15 juin à encercler Charleroi sans avoir eu trop de difficultés.

16 juin. Bataille des Quatre-Bras. Ney est confronté à l’armée anglo-néerlandaise. Leur position allait être enlevée quand arrivèrent la division Picton et le corps de Brunswick. Les combats continuèrent jusqu’à vingt heures. Chacune des armées avait presque repris au soir  les positions du matin. Bataille de Ligny. L’Empereur est confronté au feld-maréchal Blücher. Les Prussiens engagent toutes leurs forces. Cependant, la victoire sera française. Les Prussiens sont en déroute. Les pertes sont considérables des deux côtés.

17 juin. Grouchy est envoyé à la poursuite des Prussiens vers Gembloux. Napoléon s’avance avec ses troupes au nord des Quatre-Bras vers Bruxelles. Cela va conduire à des engagements à Genappe contre les Anglo-néerlandais. Les Français attaquent et poussent jusqu’à la Belle-Alliance mais les mauvaises conditions climatiques vont perturber le mouvement des troupes. Vers 18 h., Napoléon arrive à la ferme du Caillou pour y passer la nuit.  A la mi-journée, Wellington décide un repli de ses troupes sur Mont-Saint-Jean. Ses troupes prennent position pour l’attaque du lendemain aux fermes d’Hougoumont, de La Haie-Sainte et de la Papelotte.

18 juin. 11h30. Début des hostilités à la ferme d’Hougoumont. 13h30. Attaque de l’infanterie du 1er corps de Drouet d’Erlon. 14 heures. Les Français sont, une première fois, repoussés. 14h30. Attaque de l’infanterie anglaise. 15h00. Échec de l’attaque de la cavalerie française. 15h30. Quatre charges de Ney, sans succès. 16h30. Arrivée des Prussiens. 19h00. Napoléon engage ses dernières ressources : la Vieille Garde, mais au vu de la disproportion des forces, la Garde est repoussée. A Plancenoit, la situation se dégrade pour les Français. 20h15. Attaque générale des Alliés. 20h30. L’armée française est enfoncée et se retire en désordre.

Source: Bulletin de la Société Royale Belge d’Etudes Napoléoniennes, 2005, n°46, pp.48-49. Numéro spéciale 190ème anniversaire de la campagne de Belgique.

( 14 juin, 2018 )

Le capitaine Guingret et son témoignage…

Image d'illustration

Image d’illustration.

Pierre-François Guingret, (1784-1845), s’enrôle au début de l’année 1803, à l’âge de dix-huit ans, dans le 6ème régiment d’artillerie des côtes de l’Océan. L’année suivante, il entre comme élève à l’École polytechnique, d’où il sort en 1806, avant d’être envoyé à la Grande Armée. Sous-lieutenant le 10 octobre de la même année, au 69ème de ligne, Guingret participe aux campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807). De 1808 à 1813, il est en Espagne et au Portugal. A Burgos, le 13 novembre 1808 lors d’une revue, Guingret est nommé lieutenant; puis capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811. Son récit, qui concerne la campagne du Portugal fut publié la première fois en 1817 [1].

« Cette relation est extraite des notes que je prenais après chaque marche, après chaque combat, quelquefois même pendant le cours de l’action, lorsque le corps dont je faisais partie n’était point engagé ». Il participe notamment au siège d’Almeida (qui se déroule du 25 juillet au 28 août 1810), à la bataille de Busaco, le 27 septembre de cette même année. « Masséna encourageait les régiments qui défilaient devant lui, en excitant les soldats par ses discours » écrit Guingret. Il est présent également au siège de Badajoz au printemps 1811, point stratégique situé en Espagne à proximité de la frontière portugaise, puis au combat de Fuentes de Onoro (en Espagne du 3 au 5 mai 1811). L’auteur est nommé capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Dans ses souvenirs, le capitaine Guingret évoque la difficulté du  ravitaillement durant cette campagne difficile : « Nos maraudeurs avaient beau s’étendre jusqu’à quinze ou vingt lieues sur les derrières ou sur les flancs de l’armée, ils ne rapportaient plus que très peu de choses »; et même quelques faits méconnus : « Une circonstance bien particulière de cette guerre, et dont on n’a jamais parlé, est qu’on a porté le dérèglement jusqu’à vendre des femmes ! On en a troqué pour des comestibles et pour des chevaux de main ». Et ajoute : « Dans les combats, l’impulsion, bonne ou mauvaise, produit l’effet d’une masse de neige que l’ouragan détache du sommet d’une montagne : elle se grossit en roulant de sa chute accélérée, et elle forme enfin l’avalanche dont le poids énorme renverse les arbres les plus vigoureux. Ainsi l’élan du courage se communique rapidement de proche en proche, il pénètre à la fois tous les rangs d’une force à laquelle rien ne peut résister ».

Le 30 octobre 1812, alors qu’il est capitaine au 6ème léger, il propose, commande, et effectue le passage du Douro devant Tordesillas, en face d’une colonne anglaise et sous un feu meurtrier. Le vaillant capitaine passe le fleuve, le sabre aux dents, à la tête des troupes électrisées par son exemple, et fait déposer les armes à la garnison de la tour, dont la fusillade empêchait le rétablissement du pont. Le 11 mai 1813, à l’assaut de Castro-Urdiales, Guingret aborde avec intrépidité la brèche, pénètre le premier dans le fort, au moyen d’une échelle, par une embrasure, et suivi de ses voltigeurs aussi braves que leur chef, fond à l’arme blanche sur la garnison, la fait prisonnière et se rend maître de la place. L’illustre Foy, son général divisionnaire, lui donne à cette occasion des éloges publics.

Quelques jours plus tard, près de Lequeytio, il attaque avec deux compagnies d’élite le bataillon d’Artola, le culbute et le détruit entièrement; il lui prend 300 hommes, dont 20 officiers; les autres ayant été tués ou noyés, sans qu’un seul soit parvenu à se sauver. Le bouillant officier se fait remarquer le 25 juillet 1813, en enlevant à la baïonnette la position retranchée d’Achistoÿ, défendue par un régiment anglais. Quelques jours auparavant, Guingret avait été nommé chef de bataillon par le maréchal Soult, commandant en chef de l’armée du Portugal.

C.B.

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État des services de Pierre-François GUINGRET

[Né le 24 mars 1784, à Valognes (Manche).

Mort en janvier 1845 à Paris]

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Source : Base « Léonore » de la Légion d’honneur,

Dossier LH/1245/28.  

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Services.

Enrôlé volontaire dans le 6ème régiment d’artillerie le 5 ventôse an 11. Reçu par examen à l’École Polytechnique le 4ème de la promotion, le 28 brumaire an 13.

Sous-lieutenant par décret en date du 10 octobre 1806.

Lieutenant à la revue de Burgos le 13 novembre 1808.

[Chevalier de la Légion d’honneur le 6 août 1810.]

Capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Nommé chef de bataillon par Son Excellence le général en chef de l’armée du Portugal, le 5 juillet 1813. Et confirmé dans ce grade par décret pour prendre rang du jour même de sa nomination provisoire. Officier de la Légion d’honneur le 25 novembre 1813. Décoré du Lys le 17 juillet 1814.

 A la réorganisation de l’armée d’après l’ordonnance royale, le 69ème  régiment ayant formé le noyau du 64ème régiment organisé le 6 septembre 1814, Mr Guingret fut conservé en activité et eut le commandement du 1er bataillon du 64ème, lequel reprit depuis le n°69.

 

Campagnes, blessures & actions.

A fait les campagnes des ans 12, 13, sur les côtes de l’Océan; 1806, 1807, en Prusse et en Pologne; 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, en Espagne et au Portugal; 1814, dans les Pyrénées.

-A fait les sièges de Rodrigo et d’Almeida en 1810, et celui de Castro en 1813.

-Blessé à la bataille de Friedland d’un éclat d’obus à la cuisse droite.

-Blessé à la bataille de Busaco, d’un coup de feu dans le col et de plusieurs éclats de mitraille.

-Blessé à l’affaire de Fuentes de Onoro, d’un coup de feu à la jambe droite.

-Blessé d’un coup de feu à la jambe gauche à l’enlèvement de la montagne d’Aïnoha.

 Actions.

 Le 2 mars 1809, Mr Guingret, à la tête de 50 tirailleurs enleva sur le chemin de La Corogne, une pièce de canon défendue par plus de 200 Espagnols. Le 13 avril 1809, il a franchi le premier le pont de San-Payo qui était barricadé et fortifié par une batterie de 8 pièces de canon; il tua un canonnier au moment où il mettait le feu à la pièce, et détermina par son élan l’enlèvement du pont, la prise des 8 pièces, et la défaite totale de l’ennemi. Le 27 septembre 1810, il combattit à Busaco quoiqu’il ait déjà l’épaule traversée d’une balle et il reçut plusieurs nouvelles blessures dans l’action. Le 30 septembre 1812, Mr Guingret fut mis à l’ordre de l’armée pour la conduite qu’il tint dans la surprise de Poza, où commandant l’avant-garde, il se précipita sur une masse de 500 ennemis qui furent tous pris où passés à la baïonnette. Le 30 octobre 1812, mis à l’ordre de l’armée pour avoir proposé, dirigé et commandé le passage du Douro à la nage, par un froid rigoureux devant Tordesillas, en face d’une colonne ennemie, et dans le feu le  plus vif de l’ennemi, il passa le sabre aux dents à la tête d’hommes résolus et fit prisonnière la garnison de la tour, qui du bord opposé, défendait le rétablissement du pont. Les journaux rapportèrent ce fait. Le 11 mars 1813, à l’assaut de Castro, il franchit la brèche des premiers ; et de son chef, pénètre dans le fort qui servait de réduit à l’ennemi; au moyen d’échelles, il passa le premier par une embrasure et suivi de la compagnie de voltigeurs, il égorge la garnison du fort et s’en rendit maître. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de ce fait. Le 30 mai [1813] prit Lequeytio avec deux compagnies d’élite, il attaqua et défit  les bataillons d’Artola, auxquels il prit 300 hommes dont 20 officiers ; le reste de ce bataillon fut presque tout tué ou noyé. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de cette affaire. Le 25 juillet [1813], avec son bataillon, il enleva la position d’Achistoÿ défendue par un régiment anglais. On l’aborda et l’on combattit à la baïonnette. Le duc de Dalmatie [maréchal Soult] dans son rapport, loua la conduite du bataillon qu’il commandait. Le général de division Foy ayant été blessé au commencement de la bataille d’Orthez, Mr Guingret prit le commandement de la 1ère brigade et l’ayant conservé jusqu’au 22 mars [1814], il la conduit plusieurs fois à l’ennemi dans cet intervalle.

Certifié par nous, membres du Conseil d’administration de l’ex-69ème régiment de ligne. A Chauvigny, le 16 novembre 1815.

Signés : d’HERVÉ, colonel; VINCENT, major; GUINGRET, chef de bataillon; GINOUX, capitaine.

 Vu par nous, sous-inspecteur aux revues, adjoint, LATOUR.

Et après l’Empire…

Pierre-François Guingret est nommé lieutenant-colonel du 33ème de ligne, le 19 mars 1823 et participe à la campagne d’Espagne qui se déroula cette même année. En 1837, nous le retrouvons comme colonel du 51ème de ligne. Il est expédié à la Guadeloupe et y passe trois années. Il doit faire face à un soulèvement des habitants et se refuse à employer la force. C’est par le dialogue qu’il calme la révolte. Pour cet acte de courage, Guingret reçoit la croix de Commandeur de la Légion d’honneur. Élevé au grade de maréchal-de-camp le 11 novembre 1837, il passe l’année suivante en Algérie où il reste quatre ans. Il commande ensuite à Paris une brigade d’infanterie, avec le grade de général. C’est à ce poste qu’il s’éteint en janvier 1845; la date exacte ne nous est pas connue. Ses obsèques sont célébrées à l’église Saint-Pierre du Gros-Caillou le 14 janvier 1845, en présence d’une foule nombreuse. Il repose au cimetière du Montparnasse, à Paris.

 


[1] A Limoges, chez Bargeas, Imprimeur-Libraire, rue Ferrerie, mai 1817.

( 14 juin, 2018 )

Une conférence sur le maréchal Marmont…

Marmont.

Franck FAVIER , auteur d’une récente étude sur le duc de Raguse, donnera une conférence le 28 novembre 2018 à 18 heures sur ce personnage.

Cet événement figure au programme de la Délégation d’Ile-de-France du Souvenir Napoléonien. Lieu: Paris, Mairie du VIIIème arrondissement, 3, rue de Lisbonne.

Source : https://www.souvenirnapoleonien.org/delegations/paris-ile-de-france/

( 13 juin, 2018 )

Quelques figures d’Empire (I)

Napoléon à cheval

ALI (Mameluck), de son vrai nom Louis-Etienne SAINT-DENIS, 1788-1856. En 1806, Saint-Denis entre au service des équipages de la maison de l’Empereur, grâce à l’appui d’une connaissance de son père : le général de Caulaincourt, grand-écuyer de Napoléon. Il suit le souverain en Espagne, en Allemagne et en Hollande. En décembre 1811, il passe au service intérieur comme second mameluck ; le premier étant Roustam. Cette promotion lui vaut de changer de nom. Désormais il s’appellera Ali. Les deux mamelucks suivent Napoléon en tous lieux et veillent sur sa personne. Plus d’une fois, Ali couchera en travers de la porte conduisant aux appartements de Napoléon, allongé tout habillé sur un simple matelas posé sur le sol, son sabre à ses côtés, prêt à bondir au moindre bruit suspect. Il participe à la campagne de Russie et à une grande partie de celle de 1813 Après la fuite de Roustam en avril 1814, Louis-Etienne Saint-Denis devient premier mameluck ; il suit l’Empereur à l’île d’Elbe, sera présent non loin de lui à Waterloo, avant de l’accompagner dans le dernier acte de son existence : Sainte-Hélène…

ABOVILLE  (Général Augustin-Marie, baron d’), 1776-1843. En 1792, il est élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de La Fère. Il en sort avec le grade de lieutenant au 7ème régiment d’artillerie. Durant la période 1792-1794, il rejoint les rangs de l’armée d’Italie (il y obtient le grade de capitaine), de l’armée de Moselle (suspendu pendant près d’un an comme étant noble), de celle de Rhin-et-Moselle et à nouveau de celle d’Italie. En 1807, d’Aboville est nommé colonel et chevalier de la Légion d’honneur, puis l’année suivante il reçoit le grade de major de l’artillerie à cheval de la Garde Impériale. Il se fait remarquer lors de la campagne d’Autriche en 1809 ; a un bras  emporté à la bataille de Wagram. Il est nommé général de brigade peu après, reçoit le titre de baron de l’empire et est nommé à la direction de l’école d’artillerie de La Fère. En 1814, d’Aboville est appelé au commandement de l’artillerie destinée à la défense de Paris. Il combattit vaillamment face à un ennemi nombreux et déterminé.

AUBRY (Capitaine Thomas-Joseph), 1780-1865. Il entre au 12ème régiment de chasseurs à cheval en 1798. Durant toute sa carrière militaire Aubry ne quittera pas ce régiment et participe à de nombreuses campagnes de l’Épopée. Citons celles d’Italie, de 1805 (présent à Austerlitz), à celles de Prusse (il est à Iéna), de Pologne (Aubry est à Eylau et à Friedland). En 1809, il est de nouveau en Autriche et se bat à Eckmühl et à Wagram. En 1812, le capitaine Aubry il part pour la campagne de Russie. Fait prisonnier fin 1812, il ne recouvre la liberté qu’en 1814 et songe alors à prendre sa retraite. Mais le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan. Aubry ne pose pas son sabre comme prévu et on le retrouve lors de la campagne de Belgique. Pus tard, il combat à Rocquencourt (1er juillet 1815) et sera de cette armée en retraite sur la Loire.

BELLIARD (Général Augustin-Daniel), 1769-1832. Engagé volontaire dans la tourmente révolutionnaire en 1790, il est élu par ses concitoyens de Fontanay-le-Comte (Vendée) capitaine de la 1ère compagnie des volontaires. Engagé en 1791, Belliard participe, dans les rangs de l’armée du nord, aux batailles de Valmy, de Jemmapes et de Neerwinden. Plus tard, on le retrouve dans l’armée d’Italie commandée par le général Bonaparte. En 1796, il se bat notamment  à Castiglione et à Arcole, puis durant la campagne d’Égypte (1798-1800). Nommé général de division à son retour, il dirige la 24ème division militaire à Bruxelles, puis prend part aux fameuses campagnes d’Allemagne et de Prusse, en 1805-1806, comme chef d’état-major de Murat ; il combat à Austerlitz. Belliard est à Eylau et à Friedland en 1807, puis occupe les fonctions de gouverneur de Berlin avant d’être expédié en Espagne, où il sera nommé gouverneur de Madrid en 1808. Le général Belliard s’illustre encore durant la campagne de Russie ; il est grièvement blessé à Mojaïsk, en septembre 1812. Nommé colonel-général des cuirassiers, Belliard participe à la campagne d’Allemagne de 1813. Blessé une nouvelle fois grièvement à Leipzig (octobre 1813), il se bat à Hanau. Nommé major général de l’armée, il réorganisera à Metz les troupes, décimées et affaiblies. En 1814, Belliard reprend du service. Il commande un corps de cavalerie. Il  combat à Montmirail, à Château-Thierry, à Reims, à Fère-Champenoise. C’est lui qui, dans la soirée du  30 mars 1814, à Juvisy, apprendra à Napoléon la chute de Paris. Sous la première Restauration, Belliard est nommé Pair de France, chevalier de Saint-Louis par le Roi. Durant les Cent-Jours, il rejoint Murat à Naples et prend part à la bataille de Tolentino (mai 1815). A son retour à Paris, Napoléon le nomme au commandement des 3ème et 4ème divisions militaires chargées de mettre les places-fortes de l’Est en état de défense.  Comte de l’Empire en 1810, Belliard avait été nommé grand-croix de l’ordre de la Légion d’honneur.

BELLOT DE KERGORRE (Alexandre), 1784-1840. De 1806 à 1810, il est employé au quartier-général de la Grande-Armée, en tant qu’aide-garde-magasin du service des vivres, puis comme garde-magasin et enfin comme contrôleur. Après son licenciement en 1810, il est employé dès l’année suivante comme secrétaire de l’ordonnateur en chef Mazeau pour l’organisation des équipages de l’armée d’Espagne. En 1812, nous le trouvons comme employé au quartier-général de la Grande-Armée en Russie, occupant  les fonctions d’adjoint provisoire aux commissaires des guerres. L’année suivante, Bellot de Kergorre est nommé adjoint titulaire et employé au quartier-général de la Garde, et dans la 4ème division de cette même garde. En 1814, il est nommé dans la Vieille-Garde afin d’être employé au quartier-général de la Garde et dans la 2ème division (Vieille-Garde). Mis en non-activité septembre 1814, Bellot de Kergorre reprend du service en mars 1815 ; il est employé dans les places de Paris et d’Amiens. Une ordonnance en date du 15 novembre 1815 lui confère à part entière le titre de commissaire des guerres, rétroactivement à compter du 7 janvier de la même année. Il avait été nommé chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1823.

BELLY DE BUSSY (Colonel David-Victor) 1768-1848. En 1784, il est aspirant au corps royal d’Artillerie.  Nommé lieutenant en second au régiment de La Fère, le 1er septembre 1785, le même jour que le jeune Bonaparte. Belly de Bussy fut respectivement promu lieutenant le 1er avril 1791 et second capitaine le 6 février 1792.  Démissionnaire le 1er juin 1792, il émigre et sert, de 1793 à 1796, dans un « rassemblement » d’officiers d’artillerie alors réuni à Ostende sous les ordres du colonel de Quiefdeville. Il fit campagne avec ce « rassemblement » en Hollande et dans la baie de Quiberon, puis alla s’établir en Allemagne où, pour vivre, il loua paraît-il, une boutique, et devint un excellent pâtissier dont les affaires prospérèrent vite. Étant parvenu à se faire rayer de la liste des émigrés, Bussy rentra en France en 1802. Pris pour guide, le 7 mars 1814, à la bataille de Craonne, il fut remis en activité, nommé colonel d’artillerie et aide de camp de l’Empereur le 11 mars ; c’est en cette qualité qu’il assista aux batailles de Reims, d’Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier. A Fontainebleau, avant de quitter la France pour l’île d’Elbe, Napoléon lui fit don de 50.000 francs. Mis en non-activité le 1er juillet 1814, Belly de Bussy, qui avait sollicité un service actif, fut nommé à la Direction d’artillerie de La Fère, le 12 mars 1815.  Quelques jours après, au retour de l’île d’Elbe, il rejoignit l’Empereur à Paris et reçut, le 11 avril 1815, la Direction du parc d’artillerie de la Garde impériale. Le 10 juin suivant, il quitte Paris pour Laon, en qualité d’aide-de-camp de l’Empereur. Après Waterloo, Bussy s’arrêta à Laon, le 20 juin ; il y tomba malade et se fit transporter à Paris dix jours après. Mis en non-activité le 1er septembre 1815.

BEUGNOT (Comte Jean-Claude), 1761-1835. Député à la Législative, puis emprisonné sous la Terreur, Beugnot entre au Ministère de l’Intérieur au lendemain du 18 Brumaire. Préfet de la Seine-Maritime, il devient conseiller d’État en 1806, chargé de l’organisation du Royaume de Westphalie (gouverné par Jérôme Bonaparte). En 1807, il y devient ministre des Finances, puis administrateur du Grand-duché de Berg et chevalier de l’Empire en 1808. En 1809, ce haut fonctionnaire est nommé officier de la Légion d’honneur et comte de l’Empire. Préfet du Nord en 1813, Louis XVIII le nomme en 1814, Directeur général de la Police, puis ministre de la Marine en décembre de la même année (c’est le comte Anglès qui le remplacera dans cette première fonction). Beugnot suit le Roi à Gand (Belgique) durant les Cent-Jours.

BIOT (Colonel Hubert-François) 1778-1842. Il s’engage au 11ème chasseurs, peu avant sa vingtième année. Nommé sous-lieutenant en mai 1809, lieutenant en août de la même année, il devient aide-de-camp du général de cavalerie Pajol, qu’il suivra jusqu’en 1815. Nommé capitaine en avril 1812, il reçoit la croix de la Légion d’honneur en septembre pour le courage dont il a fait preuve lors des combats autour de Minsk et de Smolensk. Il participe à la campagne d’Allemagne l’année suivante. Lors de celle de France, il se fera remarquer une nouvelle fois à Montereau, aux côtés du général Delort, dévalant, dans une charge furieuse, le plateau de Surville en direction des ponts qui enjambent  l’Yonne et la Seine. En 1815,  Biot sera en Belgique. Il s’est éteint en 1842.

BOURGOING (Baron Paul de), 1791-1864. Ce fils de diplomate embrasse la carrière militaire à l’âge de vingt ans. Après deux années passées à Saint-Cyr, il devient sous-lieutenant, puis est placé dans la Jeune Garde. Il participe à la campagne de Russie, à celle d’Allemagne, avant de combattre en 1814. Le sous-lieutenant de Bourgoing est présent à Fère-Champenoise puis à Paris, lors des combats autour de la capitale. Il était aide-de-camp du maréchal Mortier (duc de Trévise). Démissionnaire en 1815, Paul de Bourgoing entame une carrière diplomatique. Pair de France en 1841, il est ambassadeur en Espagne en 1849, puis est nommé sénateur à la fin de l’année 1862.

BRO (Général Louis), 1781-1844. Après avoir participé très jeune à la campagne de Saint-Domingue dans les rangs du 1er régiment de hussards, il est nommé brigadier en février 1801. En 1804, Bro accède au grade de lieutenant, occupant les fonctions d’aide-de-camp du général Augereau (le frère du maréchal). Il part pour l’Allemagne afin de rejoindre le 7ème corps de la Grande-Armée. Début 1807, il est nommé capitaine au 7ème hussards (commandé alors par le fameux Édouard de Colbert). Il est présent à Eylau, à Heilsberg et à Friedland. En 1809, Bro se distingue à Wagram et passe en septembre 1809 aide-de-camp du général de Colbert.  Affecté début décembre 1811 au 5ème escadron de chasseurs à cheval de la Garde, il est lieutenant en premier. Bro participe à la campagne de Russie, puis à celles d’Allemagne et de France. Au retour de l’Empereur en 1815, il est nommé colonel chef d’état-major de la 3ème division de cavalerie du 2ème corps d’observation, puis, quelques jours après, l’Empereur le met à la tête du 4ème régiment de chevau-légers lanciers. Blessé grièvement à Waterloo, il doit quitter le champ de bataille.

C.B. 

A suivre.

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( 13 juin, 2018 )

Le général Cambronne…

Cambronne

« Le général Cambronne commandait la compagnie dans laquelle La Tour d’Auvergne trouva une mort glorieuse. Il était d’une bravoure à toute épreuve. Sa carrière militaire est illustrée par beaucoup de traits de dévouement, mais la violence de son caractère était quelquefois effrayante. De retour de l’île d’Elbe, l’Empereur le nomma lieutenant général, et il refusa. À la funeste journée de Waterloo, il fut grièvement blessé, et les Anglais, qui l’avaient ramassé sur le champ de bataille, le conduisirent prisonnier en Angleterre. On lui a prêté ces belles paroles qu’il n’avait pas dites, qu’il n’avait jamais été en position de dire: «La Garde meurt, elle ne se rend pas», et pour rendre hommage à la vérité il les désavoua. De mauvais conseils lui firent rendre du service sous la Restauration. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897. Nouvelle édition: Les Editeurs Libres, 2005. Préface et notes de Christophe Bourachot)

( 13 juin, 2018 )

La cérémonie du Champ-de-Mai (le 1er juin 1815 à Paris) vue par Poumiès de la Siboutie.

Champ de mai

« Avec une carte d’électeur de Maine-et-Loire, j’assistai au Champ de mai qui se tint au Champ-de- Mars. Nous occupions, au nombre de trois à quatre cents, deux pavillons en bois, tournant le dos au Champ-de-Mars et faisant face au pavillon de l’horloge de l’École militaire, avec lequel ils communiquaient par une estrade destinée à l’empereur, à sa famille et aux grands officiers. La majeure partie des électeurs étaient de vieux patriotes de 89 encore pleins d’énergie. Les figures étaient graves et sombres, comme les circonstances au milieu desquelles on se trouvait. L’Acte additionnel aux constitutions de l’empire avait aliéné bien des cœurs à Napoléon. On ne se gênait pas pour en faire la critique à haute voix. En somme, je trouvai cette assemblée peu favorable à l’Empereur. Il se fit attendre longtemps. Lorsqu’il parut, tout le monde se leva. Les cris de « Vive la France, vive la Nation » couvrirent ceux, rares et timides, de « Vive l’Empereur ! ». Son visage s’assombrit. Tout le monde remarqua combien il était changé : il avait pris de l’embonpoint, sa figure grasse et pleine était sans fraîcheur, mais toujours agréable et imposante. Le discours rédigé au nom des électeurs par Carrion-Nisas fut prononcé par Dubois d’Angers, d’une voix distincte et retentissante. Napoléon n’y répondit que quelques mots. Après quoi, il descendit pour aller au Champ-de-Mars passer la revue des troupes nombreuses et distribuer des drapeaux. Il fut reçu avec des acclamations et des cris frénétiques. Tournant le dos au Champ-de-Mars, nous entendions tout sans rien voir et sans savoir au juste ce qui se passait. On nous avait recommandé de ne pas quitter nos places. Après cette revue qui dura une heure et demie au plus, Napoléon repassa devant nous : il avait la figure animée, l’œil fier; il nous salua d’un air hautain. Il était aisé de voir que la réception des électeurs et celle des troupes l’avaient affecté d’une manière bien différente. Les écoles avaient formé des compagnies d’artillerie ; la garde nationale, les ouvriers sous le nom de fédérés, se préparaient à la résistance. Tous s’exerçaient au maniement des armes. Cependant l’enthousiasme qui avait accueilli Napoléon à son arrivée n’était plus le même. L’Histoire dira pourquoi. Moi, je rapporte les faits dont j’ai été témoin. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.158-159)

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