( 18 décembre, 2017 )

Vers la Bérézina et après. Extrait des « Souvenirs » du général Mathieu Dumas, Intendant de la Grande-Armée…

Passage Bérézina

« L’Empereur ayant fait reconnaître, à cinq lieues au-dessus de Borizow, un point favorable pour l’établissement d’un pont , et ayant détourné l’attention de l’ennemi, en feignant les apprêts d’un passage au-dessous de Borizow, fit construire sous ses yeux, et avec une grande célérité, deux ponts , l’un sur chevalets , pour l’artillerie et la cavalerie, l’autre de pontons, pour l’infanterie. Je reçus l’ordre de diriger sur ce point le trésor et tout ce qui restait des équipages du quartier général. Nous traversâmes Borizow, dont les maisons brûlaient encore : nous suivîmes la route qui borde la rive gauche de la Bérésina, et nous arrivâmes vers dix heures du soir devant les ponts. Il y avait un grand encombrement de voitures d’artillerie : le corps du maréchal Oudinot et la Garde impériale avaient déjà passé sur la rive droite, où l’Empereur avait aussi fait établir son bivouac. J’obtins avec beaucoup de peine de suivre les voitures d’artillerie, et je passai le pont avec la plus grande partie des équipages. Heureusement la gelée avait repris assez fort pour que les voitures pussent traverser le terrain marécageux du rivage et gravir l’escarpement. Le lendemain , pendant la brillante affaire du maréchal Oudinot et du maréchal Ney contre les divisions de Tchichagow, arrivé trop tard pour s’opposer au passage, nous essayâmes de défiler pour prendre la route de Wilna, et nous fûmes entravés dans l’artillerie de la garde qui se formait pour soutenir les troupes du maréchal Oudinot. Le timon de ma voiture avant été cassé dans un fond marécageux, j’eus beaucoup de peine à me tirer de cet embarras. Quoique extrêmement affaibli, je dus mettre pied à terre, et je vis le désordre affreux qui régnait sur les deux rives, et principalement sur la rive gauche et sur le pont. L’arrière- garde du maréchal Victor était vivement pressée par les troupes du général Witgenstein, dont l’artillerie canonnait vivement le pont, et dont le boulet portait jusqu’au milieu de nous. Dans ce moment on apporta le maréchal Oudinot grièvement blessé d’un coup de feu dans les reins ; le docteur Desgenettes me quitta pour aller à son secours. Vers le soir seulement, cet encombrement se débrouilla, et nous pûmes suivre la chaussée jusqu’à environ deux lieues, où nous bivouaquâmes et trouvâmes un abri dans quelques baraques. Le lendemain à la pointe du jour toute l’armée se mit en marche : les ponts furent rompus, sans qu’il fût possible de sauver une foule de malheureux qui restèrent abandonnés sur la rive gauche au pouvoir de l’ennemi. Ce fut pendant cette marche que, traversant les ponts de Zemblin , espèce de chaussée construite en bois de sapin sur chevalets , seul passage à travers un marais d’environ un mille de largeur, nous pûmes juger de l’immensité du danger auquel nous venions d’échapper : en effet, rien n’eût été plus facile à l’ennemi que de couper et incendier ces ponts. Un parti de Cosaques, qui venait de les traverser, avait attaqué dans un village la faible escorte qui accompagnait le maréchal Oudinot : si ces Cosa ques, qui furent bravement et vivement repoussés, s’étaient avisés de mettre le feu à quelques parties de ces ponts, il ne fût plus resté à l’armée aucun moyen de salut, et après une vaine défense il eût fallu se rendre ou périr de faim. Il nous restait encore six ou sept marches à faire pour arriver à Wilna , par Molodeschino , Smorgoni et Ochmiana : le froid devint horrible , et nos pertes deplus en plus considérables ; nous étions débordés sur nos flancs et sans cesse harcelés par les Cosaques; le désordre allait croissant, comme le manque de ressources. En partant de Molodeschino, notre colonne d’équipages fut vivement attaquée par une nuée de Cosaques sur notre flanc gauche. Nous n’étions protégés que par une compagnie de la jeune garde qui marchait en tête des équipa ges de l’empereur : ces équipages étaient suivis des voitures du trésor ; mes voitures venaient ensuite, et derrière moi était celle du comte Daru. J’eus à peine le temps de monter sur un petit cheval polonais qu’on m’amena : mon piqueur était dans ce moment à la queue de la colonne avec les deux chevaux de selle qu’il avait pu sauver à la bagarre du pont. Mon aide de camp, le major Doney, était à cheval et me soutenait. Les Cosaques chargèrent sur mes voitures et sur celle du comte Daru : un gendarme qui était à ma portière eut le bras cassé d’un coup de pistolet. Mon postillon eut la présence d’esprit de doubler la file; les voitures du comte Daru furent enlevées ; comme je m’efforçais de gagner la tête de la colonne , cinq ou six Cosaques se dirigèrent sur moi ; un dragon désarmé qui fuyait et cherchait à gagner le bois fut tué aux pieds de mon cheval , d’un coup de carabine. Le Cosaque qui me joignait à ma droite manqua son coup de lance, qui passa sur la crinière de mon cheval ; celui qui était à ma gauche blessa mon aide de camp Doney d’un coup de lance dans l’épaule, mais heureusement ne le renversa pas. Ils étaient tellement abandonnés dans cette charge, qu’ils furent emportés assez loin de nous et que nous pûmes atteindre jusqu’à la tête de la colonne. J’avertis en passant le général Belliard, qui, quoique grièvement blessé à la jambe, monta à cheval, et se joignit à nous et à quelques officiers de la maison de l’empereur. La bonne contenance du peloton d’infanterie et l’approche d’un détachement de dragons que le prince vice-roi envoya à notre secours achevèrent de nous dégager de cette échauffourée. Nous continuâmes notre route par Smorgoni et Ochmiana, toujours inquiétés sur nos flancs et dépassés par les Cosaques. Notre arrière garde, commandée par le maréchal Ney, faisait tête à l’ennemi, ne cédant le terrain que pied à pied et de position en position. Cette arrière garde couvrait, non plus le reste d’une armée, mais une immense colonne de fuyards marchant pêle-mêle, et d’heure en heure décimée par le froid et par la faim.

L’Empereur quitta l’armée; il partit de Smorgoni avec une escorte de lanciers polonais de la garde. J’appris qu’il avait bien voulu se souvenir de moi et permettre que je rentrasse en France : il avait fait préparer un décret pour me nommer sénateur; mais cette bienveillante disposition, qui aurait changé ma fortune et celle de mon fils, ne s’effectua point, parce qu’on rendit compte à l’Empereur que je commençais à recouvrer mes forces, et que je serais peut-être, dans quelque temps, en état de reprendre mes fonctions d’intendant général. Le malheureux sort de l’armée était décidé, et la présence de l’empereur ne pouvait plus être d’aucune utilité, tandis qu’il pouvait seul, par son prompt retour à Paris, ranimer les esprits abattus, tendre les ressorts de son gouvernement, et créer de nouvelles ressources. »

(Lieutenant-général comte Mathieu DUMAS, « Souvenirs… », Tome III, Librairie de Charles Gosselin, 1839, pp.471-477. )

Général Mathieu DUMAS (1753-1837)

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( 17 décembre, 2017 )

Le maréchal Davout après Waterloo…

Davout.

« Lorsque l’armée fut dispersée-on peut dire éparpillée-en cantonnement souvent minuscules, au sud de la Loire, Louis XVIII, poussé par Talleyrand, pressé par les Alliés, décida sa « réorganisation », c’est-à-dire, d’abord son licenciement… Ce fut l’ordonnance du 16 juillet 1815. La veille avait disparu la crainte qu’inspirait encore la « Grande Ombre » de l’Homme au petit chapeau : Napoléon était monté le 15 juillet à bord du « Bellérophon » en rade de l’île d’Aix… On n’osa pourtant la publier que trois semaines après, lorsque la dislocation était déjà en cours. Mais, dès le 24 juillet, paraissait la fameuse ordonnance de proscription. Le maréchal Davout, indigné, comprit que l’on s’était servi de son patriotisme et de son autorité pour amener l’Armée à sa fin. Il écrivit au Roi une lettre où il revendiquait noblement pour lui seul, comme Ministre de la Guerre, la responsabilité de tous les actes commis par les proscrits qui avaient été sous ses ordres. Il ne reçut pas de réponse, mais une décision le destituant, et le remplaçant par le maréchal Macdonald. Le vainqueur d’Auerstaedt recevait l’ordre de se retirer à Savigny-sur-Orge, d’où il fut peu après envoyé, en surveillance,  à Louviers… Il faut reconnaître que Macdonald avisa discrètement les proscrits de se mettre à temps en sûreté s’ils le pouvaient. »

(Marcel DOHER, « Proscrits et exilés après Waterloo. Préface du général Laffargue », J. Peyronnet, 1965, pp.45-46).

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( 16 décembre, 2017 )

En kiosque le 22 décembre 2017: « Gloire & Empire »: Wellington en 1812. L’offensive en Espagne.

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« Pour l’Empire napoléonien, l’année 1812 marque un terrible tournant. Jusqu’alors maître du jeu dans toute l’Europe, Napoléon se lance tête baissée dans une aventure perdue d’avance. N’écoutant pas les mises en garde de son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, ne tirant pas les leçons de l’expédition de Charles XII de Suède qui, un siècle auparavant, s’enferra dans les rigueurs de l’hiver, les attaques russes incessantes et, déjà, la politique de la terre brûlée, il s’entête dans son projet. Sans doute mise-t-il sur son aura, ses talents militaires et la force prodigieuse de l’armée européenne qu’il constitue peu à peu ainsi que sur une préparation soignée avec un luxe extraordinaire de détails. Mais, ce faisant, il détourne son attention de la péninsule Ibérique où la situation s’enlise après la levée du blocus de Ciudad Rodrigo. Pire même, il y prélève des forces dont il a besoin dans le nord de l’Europe…
De son côté, lord Wellington s’enhardit. Il sait qu’il doit forcer le passage vers l’Espagne et, pour cela, faire tomber les places fortes de Ciudad Rodrigo et de Badajoz. Mais, après les combats d’El Bodon et d’Aldeia da Ponte, les 25 et 27 septembre 1811, il n’a pas eu d’autre choix que de lever le blocus de Ciudad Rodrigo. Depuis, ses troupes anglo-portugaises sont bloquées à quelques kilomètres à peine de la forteresse. Profitant du repos forcé et de l’inaction, il prépare ses troupes aux combats qui les attendent, soigne la logistique et l’équipement et, surtout, fait convoyer de l’artillerie lourde sur les chemins escarpés de montagne.
C’est avec toute la prudence du défenseur qu’il est naturellement, et fort de ses expériences précédentes, que, début janvier 1812, après quelques jours d’atermoiement liés aux conditions atmosphériques et aux délais d’acheminement, il lance enfin ses troupes à l’assaut de la forteresse. Quand les Français les aperçoivent le 8 janvier, ils ne sont guère inquiets. Pourtant, méthodiquement, les travaux de siège sont menés comme à l’exercice, si bien que Ciudad Rodrigo tombe prématurément, au prix de lourdes pertes pour l’attaquant, dans la nuit du 19 janvier. Lorsque l’information lui parvient, le maréchal Marmont n’en revient pas et rend compte au maréchal Berthier en ces termes : “Il y a dans cet événement quelque chose de si incompréhensible que je ne me permets aucune observation”. Il est vrai que la victoire anglaise est aussi brillante qu’inattendue.

Ce succès renforce les convictions de lord Wellington qui se retourne, comme prévu, vers la forteresse de Badajoz qu’il n’avait pas réussi à soumettre l’année précédente en dépit de deux longs mois de siège. Toujours aussi méticuleuses, les troupes anglo-portugaises se présentent le 16 mars devant la place forte qui capitule le 7 avril, après seulement trois semaines d’un siège intense et coûteux en vies humaines. Grâce à ces deux succès, lord Wellington peut enfin poursuivre son offensive qui ne s’achèvera qu’avec la première abdication de Napoléon, le 6 avril 1814. C’est cette histoire déterminante et fascinante que Gloire & Empire vous propose de partager dans ce nouveau numéro. » (Présentation de l’Editeur).

 Site officiel: https://www.lelivrechezvous.fr/nos-revu … -n-76.html

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( 16 décembre, 2017 )

Boire et mourir… (A Zizmori, vers le 13 décembre 1812).

 Boire et mourir… (A Zizmori, vers le 13 décembre 1812). dans TEMOIGNAGES campagnerussie« Au détour d’une rue j’aperçois un encombrement devant une maison. Quelques-uns en sortaient, porteurs de bouteilles d’eau-de-vie ou de pomme de terre. Ils sont immédiatement assaillis. Je les laisse aux prises avec le résultat de leur imprudence et j’entre, bousculé par la foule, dans une cour où régnait une forte odeur d’alcool. Puis je suis porté sur les marches d’un escalier descendant à une cave, où le courant dont je faisais partie était repoussé par celui qui voulait remonter. Je commençais à regretter fortement de me trouver dans cette bagarre, lorsque, bien malgré moi, j’atteignis le sol de la cave. Des barriques défoncées y laissaient couler du vin, du rhum, de l’eau-de-vie, on piétinait jusqu’à la cheville dans ce liquide. Cette cave fut bientôt plus que comble. Dans une sinistre obscurité des cris de détresse se font entendre. Ceux qui tombent de se relèvent plus et sont étouffés dans l’alcool, personne ne pouvait avancer ou reculer. Ne voulant pas périr misérablement dans ce souterrain je rassemble  toute mon énergie, toutes mes forces, pour me faire jour à tout prix, sans pitié pour les malheureux écrasés, dont les cris ne peuvent même plus se faire entendre. Mais bientôt j’acquiers la conviction qu’il n’est plus possible de sortir par l’escalier qui déverse le flot toujours grossissant, venu du dehors. Apercevant près de moi un soupirail, je comprends que c’est la seule issue vers la vie, et fais part de mon projet à un maréchal-des-logis chef, d’artillerie, le seul à ma proximité qui me parut capable de le mettre à exécution. Comme premier remerciement il me serre fortement la main, puis, ensemble nous franchissons des cadavres amoncelés et arrivons au pied du soupirail. J’y grimpe le premier, tous mes muscles sont rendus, toute ma volonté est en jeu pour y parvenir. Enfin, après des efforts désespérés, je l’atteins, le traverse, et me trouve dans une cour, sur la neige : de suite je tends la main au maréchal-des-logis chef, et, lorsque nous nous voyons sains et saufs nous nous embrassons à plusieurs reprises sans pouvoir parler, remerciant  Dieu de notre délivrance. Avant de quitter l’enclos où nous nous trouvions nous nous penchons au soupirail afin d’aider les camarades qui auraient la même idée que nous. Nous n’entendîmes que des cris de désespoir qui allèrent en s’affaiblissant, et auxquels succéda bientôt un morne silence. »

(Capitaine V. Bertrand, « Mémoires… », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.170-171).

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( 16 décembre, 2017 )

Lettre d’un vosgien en 1815…

Dans l’est de la France le gouvernement impérial fut reconnu sans obstacle et les populations accueillirent avec joie la chute des Bourbons. Nous ne citerons que cette lettre qu’un habitant de Saint-Dié, G. Gley, le savant ecclésiastique, envoyait à Paris le 19 avril 1815. 

Arthur CHUQUET. 

Saint-Dié, le 19 avril 1815.

Note. L’Empereur peut compter sur les Vosges plus que sur aucun autre département de l’Empire.  Il n’y a pas eu un moment d’hésitation et tous les habitants montrent la plus ferme résolution de défendre courageusement leurs montagnes, si elles venaient à être attaquées.  Voici ce qui s’est passé ici depuis un mois et l’on a tenu la même conduite dans les autres arrondissements des Vosges.  A la première nouvelle que l’Empereur était arrivé à Paris, les militaires qui se trouvaient ici parcoururent les rues en portant le drapeau tricolore.  On remplaça le buste et le portrait de l’Empereur à la maison commune et le maire fit battre la caisse successivement dans les différentes rues, et y fit lire la feuille du Moniteur qui veniat d’arriver.  Il y a ici, comme dans tout le département, des hommes  que leurs principes attachaient à l’ancien Gouvernement. Ils parurent d’abord très peu contents de tout ce qui se passait.C’était moins par attachement pour la personne des Bourbons, que par crainte de voir revivre l’ancien système de conquête et d’envahissement. Ils se sont d’abord tranquillisés, par les déclarations pleines de modérations et de sagesse, qui en différentes occasions, sont sorties de la bouche de l’Empereur. La marche de ses conseils augmente la confiance.  Aujourd’hui les hommes de 20 jusqu’à 60 ans paraissent à la  commune afin de donner leurs noms pour la formation des cohortes nationales. Ce n’est plus cette hésitation que l’on remarquait lorsqu’on voulut prendre les mêmes mesures au mois de décembre 1813.  Alors plusieurs circonstances arrêtaient ceux qui étaient les mieux disposés.  Aujourd’hui les sentiments sont tout autres.  Quelles que soient les opinions, tout le monde s’entend pour dire que la cause de l’Empereur est devenue celle de la Patrie et qu’il faut tout oser pour se défendre, si elle est attaquée. 

G.GLEY. 

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

Napoléon à cheval

 

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( 15 décembre, 2017 )

Il y a SOIXANTE-DIX-SEPT ANS L’AIGLON RETROUVAIT ENFIN SON PÈRE…

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Il y a 77 ans, le 15 décembre 1940, Napoléon retrouvait enfin son fils. Hitler faisait transférer le corps de l’Aiglon de Vienne à  Paris. Le Chancelier du Reich espérait par cette initiative, récupérer l’opinion des français.

Mais ceux-ci connaissaient alors bien d’autres soucis…

Ils raillèrent ce geste par cette tirade : « Nous manquons de charbon et les Allemands nous rendent des cendres.. ». Il faudra attendre 1969 afin qu’André Malraux, alors Secrétaire d’État aux Affaires culturelles, ordonne que l’on creuse le tombeau dans lequel le Fils de l’Homme reposera enfin…  Il faut savoir que dès 1932, année du centenaire de la mort de l’Aiglon, l’idée d’un rapatriement du corps de Napoléon II avait été évoquée dans les milieux politiques et historiques, mais sans aucune suite.

Il est également navrant que la France, vainqueur du conflit de 1914-1918, n’ait point songé à demander à ce moment-là le transfert des cendres du fils de l’Empereur…

Les photos qui suivent sont extraites du numéro du magazine « l’Illustration » du 21 décembre 1940.

Photo 1: Deux soldats allemands montent la garde devant l’entrée du wagon où se trouve le cercueil de l’Aiglon. Nous sommes à la Gare de l’Est. Photo 2: Une vue de ce même cercueil dans le wagon. Photo 3: A partir de minuit, le 15 décembre 1940, les allemands extraient le cercueil de son wagon. Photo 4: Toujours devant la Gare de l’Est. Le cercueil est placé sur un affût d’artillerie qui sera tracté par un véhicule allemand de transport troupes. Le fils de l’Empereur faisant son entrée dans un convoi de militaires ennemis, cela ne manque pas d’amertume… 

Photo 5: Le convoi arrive à 1h20 (du matin), aux Invalides. Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne à  Paris remet au nom du Führer le corps de l’Aiglon à l’amiral Darlan, représentant le gouvernement français.  Le cercueil est alors pris en charge par des gardes républicains (français). Ce dessin de Serge Ivanoff nous montre le convoi devant les marches de l’entrée du Dôme. 

Photo 6: Suite de la scène précédente : le cercueil , toujours porté par les gardes républicains, va être placé sur les marches de l’autel. Cette cérémonie nocturne s’achève à 2 heures. Napoléon II est désormais veillé par les gardes républicains en grande tenue. Il sera disposé , après la grande cérémonie officiel, dans la chapelle où se trouve Jérôme Bonaparte. Il y restera près de trente années…      

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( 14 décembre, 2017 )

La veillée du Retour des Cendres racontée par un « Brave »…

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Le 15 décembre 1840, l’Empereur retrouve sa capitale. Il fait un froid glacial mais cela n’a pas empêché cent mille parisiens de se presser sur le parcours du cortège. Le passage qui suit est extrait des « Mémoires » du grognard Jean-Marie Putigny, un brave de la Grande-Armée. Putigny, né le 9 juin 1774 à Saillenard (Saône-et-Loire) s’engagea dès 1792. Il est dans l’armée du Nord, en Vendée, en Italie. Plus tard on le retrouve dans la Grande-Armée. Il sera à Austerlitz, à Auerstaedt, à Eylau, à Wagram. Il connaîtra les plaines glacées de Russie puis la chute de l’Empire. Son témoignage fut publié par son descendant Bob Putigny une première fois en 1950 (Gallimard) puis en 1980 (Copernic). Moins connus que ceux de Bourgogne ou de Coignet, ses souvenirs sont ceux d’un homme simple, attachant et bonapartiste sans réserve. Un de ceux pour lesquels le retour du « Petit Caporal » dans sa bonne ville de Paris marquait l’apogée d’une existence vouée toute entière à Napoléon. Notons enfin que Jean-Marie Putigny, Baron d’Empire en 1809, officier de la Légion d’honneur en 1815, s’éteint à Tournus, le 5 mai 1849, 28 ans jour pour jour après la mort de « son » empereur…

Putigny, venu de sa Bourgogne, débarque à Paris.

Dès le 14 décembre il se rend sur les bords de la Seine afin de rejoindre l’endroit où vient d’arriver le bateau contenant les Cendres de l’Empereur, mais laissons-le parler : 

« Je descends de voiture au pont de Neuilly. A deux cents pas de là un petit navire vient d’accoster au quai de la Seine. Il est là, dans son cercueil. Mon émotion est si intense, les sensations, les souvenirs se succèdent à une telle vitesse que j’avance comme un automate, ne voyant rien que cette boîte noire sur le pont du navire: Lui. Mais il me faut attendre longtemps avant de pouvoir m’en approcher et de me retrouver ensuite sur le quai au milieu d’une armée de revenants: visages ridés, silhouettes courbées aux uniformes défraîchis, de tous grades et de toutes armes.  Avec hésitation je reconnais quelques camarades et, les regardant mieux, découvre à travers eux ce que je suis maintenant devenu: un vieil homme…  Le jour est tombé depuis longtemps. Les rafales du vent, soufflant le long du fleuve, allongent les flammes des torchères allumées auprès de l’Empereur, et avivent les feux autour desquels nous essayons de nous réchauffer un peu. Nous, les vétérans de la Grande Armée, toussant et grelottant, qui ont voulu Le veiller pendant la première nuit de son retour en France.  Par une dizaine de degrés sous zéro, malgré les gilets de laine, mes rhumatismes de Russie se réveillent, mes bras et mes épaules sont tordus par le froid. Je ne sens plus mes pieds, ni les doigts de mes mains, les oreilles me font mal. Faute de bois les feux se sont éteints. Je peux me protéger, un peu, de la bise glaciale en me tenant contre l’une des colonnes du seul bâtiment existant sur le quai, une construction de bois surmontée d’un fronton très élevé sous lequel on remise, avant l’aube, une énorme machine: le corbillard impérial. Les heures, les minutes se succèdent interminables… Il finit par faire jour. A neuf heures, après une salve d’artillerie, les cloches sonnent: les marins du bateau portant le cercueil franchissent la passerelle; l’Empereur est de nouveau parmi nous, sur le sol de France. J’oublie le froid et mes pauvres douleurs… Des larmes roulent sur mes joues, tandis que le cercueil est placé dans le char funèbre et que se forme le cortège.  On y avait prévu des places pour tout le monde, pour les officiels, pour l’armée nouvelle, les fonctionnaires, les blancs-becs qui ne L‘avaient pas connu, pour leurs pères qui L‘avaient trahi ou s’étaient battus contre Lui.  Mais personne ne s’était préoccupé de nous, n’avait pensé que ses anciens compagnons, ses fidèles, les Impériaux comme l’on dit encore, viendraient de tous les coins du pays, d’un seul élan, l’accompagner à sa dernière demeure.  Ce ne fut qu’à la suite d’une délégation de maires, de conseillers généraux et d’autres petits civils, que l’on nous autorise à marcher, une dernière fois, derrière notre Empereur.  Après cette nuit sans sommeil, à jeun depuis hier après-midi, il semble qu’il fasse encore plus froid. La montée du pont de Neuilly à l’Etoile est, pour la plupart d’entre nous, un calvaire. J’ai du mal à respirer.  Mes jambes sont de plomb, mes pieds douloureux, mais de toute ma volonté, je les mets l’un devant l’autre en m’appliquant à marcher droit, refusant que l’on me soutienne, malgré qu’à chaque pas je risque de tomber. Sur cette route, si mauvaise, nous trébuchons dans les trous et dans les ornières où le char plusieurs fois s’enlise.  Bien qu’il ne neige que très peu et qu’il n’y ait que quelques kilomètres à parcourir, cette marche funèbre me rappelle Austerlitz pour l’effort, et la Russie pour le froid; car je n’ai plus trente ans ! Je suis vieux maintenant et l’Empereur est mort.   »Vive l’Empereur ! » ces clameurs répétées jaillissent de la foule immense, entre laquelle nous défilons depuis plus de deux heures. Cette fois-ci je n’en crois pas mes oreilles, mais je sens se gonfler mon cœur puisque, dans celui des Français, l’Empereur est toujours vivant… » 

Jean-Marie PUTIGNY. 

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( 14 décembre, 2017 )

Retour sur les lieux d’un drame…

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Le 1er juillet 1810, se déroulent, à l’ambassade d’Autriche une importante soirée. Celle-ci-fait partie des festivités organisées pour célébrer l’union de Napoléon avec la jeune archiduchesse Marie-Louise. Au cours de cette soirée se déclare un terrible incendie. On peut voir de nos jours une plaque commémorative sur cet événement et apposée récemment à l’angle des rues Lafayette et de la Chaussée d’Antin; emplacement du lieux de ce drame. Plus d’un demi-siècle plus tard, en 1897, Paris connaîtra un autre incendie meurtrier: celui du Bazar de la Charité, rue Jean Goujon (Paris 8ème).

C.B.

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( 13 décembre, 2017 )

Une VISITE à NAPOLEON 1er à l’ILE d’ELBE…

 Ce témoignaUne VISITE à NAPOLEON 1er à l’ILE d’ELBE... dans TEMOIGNAGES 03008150ge est paru dans la revue « Feuilles d’Histoire » dans sa livraison de janvier/juin 1909.

Le « Daily Mail » a donné récemment quelques extraits d’un document inédit trouvé, il y a peu de temps dans les archives familiales d’Arley-Castle. C’est le carnet de voyage d’un étudiant de l’Université de Cambridge, nommé Scott.  En septembre 1814, il se rendit à l’île d’Elbe en compagnie de quatre officiers anglais détachés à Livourne, les colonels Douglas et Lemoine, le major Maxwell, le capitaine Smith, et ce sont les passages relatifs à cette visite que nous citons ici :

16 septembre 1814, Livourne.

Dîné chez M. Fraser, banquier anglais, qui habite ici. Tout parfaitement anglais : mouton bouilli à la sauce du sang, roastbeef, fromage de Chester, porto, vin. Presque tous les invités sont intimement liés avec le colonel Campbell (commissaire à  l’île d’Elbe) et les capitaines Usher et Tower. Le colonel Campbell considère Bonaparte comme un homme très heureux de talents ordinaires ; Bonaparte se comporte à leur égard avec la plus grande familiarité ; il leur permet de lui poser les questions qui lui plaisent sur ses campagnes et ses plans. Il disait à Campbell : « Regardez-vous Wellington comme le plus grand général du monde ? »-« Vous aviez tant de bons de maréchaux, répondit Campbell, qu’on n peut dire quel est le premier général. »-« Non, réplique Bonaparte, c’est Wellington qui est le premier général ! »

19 septembre 1814, Elbe.

D’habitude Bonaparte se lève avec le jour et il prend infiniment d’exercice. Souvent il réveille lui-même le colonel Campbell. Il fait de longues courses à cheval dans tous les coins de l’île et ne rentre que lorsque ses compagnons sont exténués ; mais c’est pour repartir aussitôt sur un nouveau cheval, jusqu’à l’heure du dîner. Après son repas, il se  promène dans sa chambre pendant deux ou trois heures. Il semble, nous déclare Campbell, s’efforcer de penser le moins possible au passé. Parfois, dans la matinée, il sommeille très peu de temps dans son  fauteuil. Il mange beaucoup, il est surtout amateur de poisson, il boit séparément de l’eau et du vin, selon la mode anglaise, mais surtout de l’eau… Nous nous trouvions sur chemin large d’environ cinq mètres, lorsque nous rencontrâmes l’Empereur ; nous nous effaçâmes pour nous ranger, tête nue, les uns à côté des autres, sur le côté droit de la route. Il s’arrêta  son cheval et nous salua en portant la main à son chapeau. Ma première impression fut telle que je me demandai si cet homme, au visage peu gracieux, à l’air plutôt emprunté et lourd, était bien le grand Napoléon, qui avait rempli de terreur les empereurs et les rois. Il me semble que c’était impossible. Je répète que ce fut que ma première impression. Mais bien que celle-ci ait bientôt modifiée, je déclare encore aujourd’hui que Napoléon  avec sa carrure épaisse et large ne me fit pas l’effet d’un guerrier. Il parait être âgé  de quarante-cinq ans ; son ventre est très fort, et ses cuisses, grosses et tout à fait hors de proportion. Lorsque nous le vîmes, il était coiffé d’un chapeau enfoncé sur son front, chapeau dont la forme, basse par devant et très relevé par derrière, contribuait à rendre sa physionomie peu agréable. La teinte brune de ce chapeau, auquel est piquée une gosse cocarde rouge et blanche, montre suffisamment qu’il a fait avec lui de nombreuses campagnes.

Il portait une grande redingote à revers rouges ; ce vêtement, étroitement boutonné, laissait à peine apercevoir la cravate noire, entourant son cou, peu dégagé naturellement.  Il avait deux épaulettes en argent assez usées, la plaque de la Légion d’honneur et trois décorations plus petites… Il avait une culotte blanche, un gilet blanc et des gants. Les bottes, vieilles, usées, étaient munies d’éperons en argent, assujettis par des noires. Il montait un petit cheval corse, dont la selle portait des fontes, mais dont les rênes et le mors étaient sales. Quoiqu’en général ses vêtements fussent usagés, l’ensemble était celui d’une personne soigneuse et ordonnée. Il se tient fortement incliné en avant sur son cheval.  Celui-ci s’étant mis à ruer, Napoléon, le maîtrisa nerveusement. Durant les vingt-deux minutes que dura notre conversation, il ne prisa qu’une seule fois, dans une petite tabatière noire ornée de trois camées. Ses mains sont d’une blancheur remarquable, les doigts sont petits et minces. Ses cheveux sont noirs et pendant en longues mèches sur le sol de son vêtement, tout en gardant un aspect très propre. Les yeux sont bleus et petits, les sourcils noirs et plutôt épais, le nez et la bouche élégamment dessinés et dimensions moyennes, le menton n’est pas trop prononcé. L’ensemble du visage, pâle, légèrement jaunâtre, est assez empâté. Le front d’avance, anguleux et puissant.  L’Empereur parle vite et presque sans pause, d’une voix profonde et un peu saccadée. Durant tout notre entretien, la physionomie de Napoléon ne cessa de s’éclairer d’un demi-sourire et de refléter un parfait contentement. Ses yeux sont remarquablement vifs et expressifs ; ses regards et sa voix inspirent le respect et ses manières indiquent un grand talent, mais son sourire met à l’aise ses auditeurs et leur donne confiance. Néanmoins mes compagnons furent unanimes à penser qu’il avait plutôt l’air d’un prêtre habile et rusé que d’un héros. Sa personne n’a sûrement rien d’héroïque.

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( 12 décembre, 2017 )

Un nouveau forum…

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( 12 décembre, 2017 )

Une lettre du capitaine PRAX, adjudant-major au 3ème chasseurs de la Garde, à Monsieur le général PELET, sur les journées des 16, 17 et 18 juin 1815.

 

Waterloo

Ce témoignage est extrait d’un article concernant l’infanterie de la Garde à Waterloo et paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1905. 

Cholet, le 23 avril 1835. 

Mon Général, 

En réponse à votre lettre du 21, j’ai l’honneur de vous donner les renseignements que ma mémoire peut me fournir après vingt ans. Je  ne les crois pas hasardés, je voudrais seulement qu’ils fussent d’une importance moins minime, plus dignes de vous et de la haute partie historique que vous traitez. La force des deux bataillons du 3ème régiment était de 1.040 hommes à notre départ de Paris. Nous n’avons laissé personne sur la route. Ce régiment n’a fait aucune perte le 16 juin, n’ayant pas été engagé. Les 3ème et 4ème grenadiers sous le commandement du général Poret ont seuls été envoyés sur Ligny et essuyés peu de perte, leur impétuosité ayant décidé promptement l’affaire. Le 3ème régiment de chasseurs n’était pas même alors avec le reste de la Garde : il en avait été détaché pour aller en observation sur l’extrême gauche de notre ligne, du côté où l’on disait que se présentait l’ennemi ; c’était le corps du général Drouet d’Erlon. Le 17 juin, nous partîmes tard de Fleurus, et vers dix heures du soir, nous établîmes nos bivouacs près d’une ferme occupée par l’Empereur, sur la droite de la chaussée de Charleroi à Bruxelles. Le temps était horrible, la pluie tombait par torrents. Le 18 juin, à sept heures du matin, nous prîmes les armes ; on fit dire que l’Empereur aurait besoin avec enthousiasme, avec reconnaissance, et les chasseurs de visiter leurs fusils, de les mettre en état de bien faire feu. Nous ne quittâmes nos bivouacs cependant que vers huit heures, et, après avoir traversé la grande route, et marché parallèlement à elle pendant une heure, nous fumes prendre position derrière une hauteur sur laquelle était l’Empereur et son quartier-général. Quelques boulets ennemis y furent dirigés ; mais, bientôt, l’armée achevant de se porter en ligne, nous fûmes établis sur le plateau de cette même hauteur qui dominait tout l’armée. L’Empereur mit pied à terre. Dans le courant de la journée, la Garde fut placée en masse derrière La Belle-Alliance et y resta jusqu’à cinq heures, que les 3ème  et 4ème  chasseurs, 3ème et 4ème grenadiers, moins un couple de bataillons, furent disposés en colonne déployés en masse par bataillon et dirigés par un à gauche sur La Haie-Sainte. La rampe qui conduisait à ce plateau n’était ni raide ni de difficile accès, nous y montâmes l’arme au bras. Quel fut notre étonnement en le voyant presque abandonné et couvert de morts ! Sur notre gauche était aussi une batterie nombreuse dételée et abandonnée de ses canonniers. Ceux-ci étaient peu éloignés, et on remarquait facilement leur hésitation pour retourner à leurs pièces. Nous n’avançâmes cependant pas longtemps sans percevoir une ligne formidable, et sans éprouver une résistance des plus vives. Toutes nos têtes de colonne en furent mises hors de combat. Il faut croire que si nous avions abordé l’ennemi en nous faisant couvrir par des tirailleurs qui auraient porté le désordre dans ses rangs, et que derrière eux nous eussions marché avec rapidité et la baïonnette en cavant, notre attaque aurait réussi. Nous fûmes donc repoussés, mais l’ennemi ne commit pas l’imprudence de nous poursuivre ; nous ne laissâmes donc entre lui et nous que l’extrême sommité du plateau. De cette position, nous contînmes les Anglais par des tirailleurs. Il était alors près de sept heures, et déjà le centre de l’armée paraissait être en déroute ; des officiers à cheval allaient au-devant des colonnes qui fuyaient, pour tâcher de les arrêter ; la confusion régnait déjà, leurs efforts furent inutiles. Nous nous trouvâmes donc bientôt enveloppés de toutes parts ; la nuit survint, nous suivîmes le torrent. Hélas ! Hélas ! 

Je vous prie d’agréer, avec l’hommage de mon profond respect, mon général, l’assurance de la reconnaissance que je vous ai vouée. 

Le colonel du 36èmeSigné : PRAX. 

 

 

( 11 décembre, 2017 )

Un épisode la série « Schulmeister, espion de l’Empereur » (1972).

Celui-ci s’intitule « L’affaire Malet ».

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J. FABBRI

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( 11 décembre, 2017 )

La taille de Napoléon et celle de ses maréchaux…

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Napoléon était loin d’être petit, puisqu’il fut reconnu, après sa mort qu’il mesurait 1m687 ; c’est-à-dire 5 pieds 2 pouces, mais la plupart de ses maréchaux étaient de beaux hommes à la taille élevée. Mortier semble détenir le record avec 1m94. Après lui vient Murat avec 1m81 ; Marmont, Soult, Augereau, Bessières, Kellermann (1m78) ; suivent par rang de taille : Moncey, Suchet, Oudinot (1m74) ; Berthier, Lefebvre, Perrin dit « Victor » (1m73) ; Masséna, Ney, Davout (1m72) ; Lannes, Pérignon, Sérurier, Macdonald (1m70). Brune avec ses 1m68 ne dépassait pas, de la taille, l’Empereur qui, répétons-le, n’était pas petit. La taille a toujours eu un prestige incontestable, mais Bonaparte qui le connaissait  bien n’hésitait pas à dire à Kléber qui était une sorte de géant : 

« Vous avez tenu des propos séditieux : prenez garde que je ne remplisse mon devoir : vos cinq pieds dix pouces ne vous empêcheraient pas d’être fusillé dans deux heures ». 

Robert MERGET.

(« Waterloo illustré », 2/1, sans date [circa 1960/1970]).

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( 10 décembre, 2017 )

Quelques figures elboises…

Elba

André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe, évoque quelques personnages faisant partie de l’entourage de l’Empereur : « Le général Drouot, aide de camp de l’Empereur, avait été nommé gouverneur de l’île et chargé des affaires militaires, ce qui équivalait au ministère de la guerre. Lisez Plutarque, voyez le plus beau caractère nde ses grands hommes: c’est le caractère du général Drouot. Le général Drouot était la perfection de l’homme moral. Il avait suivi l’Empereur à condition qu’il ne lui serait payé aucun appointement. C’était le seul compagnon de Napoléon qui eût fait cette réserve. Il y avait deux hommes dans le général Drouot: l’homme public et l’homme privé. L’homme privé était trop bon, l’homme public était trop sévère.

M. Peyrusse, payeur de la Couronne, était devenu trésorier de la Couronne et receveur général de l’île d’Elbe. Cadet de Gassicourt, dans un « Voyage fait en Autriche à la suite de l’empereur Napoléon », dit au chapitre intitulé « Club des francs-blagueurs »: « M. Peyrusse, payeur de la Couronne, jeune Méridional plein d’esprit, de vivacité, de franchise, toujours gai, toujours obligeant, fort attaché à ses devoirs», et à l’île d’Elbe ce portrait n’avait presque subi aucune altération. Seulement les années avaient amené un peu plus d’aplomb. M. Peyrusse ne faisait pas parade de son dévouement pour l’Empereur, car il disait à qui voulait l’entendre, toutefois en riant: «Je n’ai pas suivi l’empereur Napoléon, j’ai suivi ma caisse», et c’était vrai. Les militaires n’étaient pas toujours bons à son égard; ce qui ne l’empêchait pas de leur rendre tous les services qui dépendaient de ses fonctions. L’Empereur, sur les bords de la tombe, a, dans son testament, été injuste à l’égard de M. Peyrusse, et cette injustice a tenu à sa malheureuse incrédulité des hommes probes.

Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était, à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement «une commère» et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. Il était, d’ailleurs, trop obséquieux auprès de l’Empereur. Cette obséquiosité faisait contraste avec sa vanité envers les personnes qui lui étaient subordonnées. Disons un mot pris dans le domaine de la plaisanterie, ce sera une petite escapade d’historien. L’Empereur était au bain: M. Foureau de Beauregard lui avait présenté un consommé, ce consommé était trop chaud, et, pour ne pas se brûler, l’Empereur le humait. Le médecin en chef voulut empêcher l’Empereur de humer son potage «parce qu’en le humant, il avalait des colonnes d’air, et que ces colonnes d’air pouvaient lui donner la colique». L’Empereur, peut-être un peu impatienté, s’écria: «Docteur, quoi qu’en dise Aristote et sa docte cabale, à mon âge, l’on sait comment il faut boire, et vous pouvez m’épargner votre leçon.» M. Foureau de Beauregard dut cesser sa harangue. C’était, au fond, un fort brave homme, mais il ne savait pas se faire aimer, et généralement on l’avait pris à tic, à ce que disait l’Empereur, défenseur-né de toutes les personnes impopulaires.

L’Empereur allait partir de Fontainebleau, que l’on n’avait pas encore trouvé un pharmacien. M. Gatti tomba sous la main de M. Foureau de Beauregard: on le prit. M. Gatti n’était pas instruit, il ne chercha pas à apprendre, et il fut loin de briller dans son emploi. Cependant on le critiquait beaucoup moins que le médecin en chef: c’est qu’il ne faisait pas flamboyer sa broderie, c’est que, dans l’exercice de ses fonctions, sa parole n’était pas insultante et qu’on le considérait comme un bon camarade. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897).

 

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( 9 décembre, 2017 )

Une LETTRE au DUC de BASSANO…

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Le signataire de cette lettre, l’auditeur Lelorgne d’Ideville, auditeur de première classe au Conseil d’Etat attaché au Ministère des Affaires étrangères où il était chargé spécialement de la statistique extérieure, avait mission de tenir l’Empereur au courant des forces de l’ennemi et de leur répartition. Il entendait et parlait le russe. Aussi l’Empereur voulait qu’il fût toujours à cheval derrière lui, et il l’avait attaché, comme secrétaire interprète, à son cabinet ; c’était Lelorgne qui interrogeait les gens du pays et tirait d’eux les renseignements. C’est à lui qu’on remettait les lettres russes interceptées. Dans sa missive à Maret, duc de Bassano, il retrace ce qu’a fait l’Empereur depuis le 4 novembre 1812 jusqu’au 9 novembre 1812. 

Arthur CHUQUET 

Smolensk, 11 novembre 1812. 

Depuis Slavkovo, je n’ai point eu l’honneur de vous écrire. L’Empereur y a passé la journée du 4. Il en est parti le 5, à 5 heures du matin, pour aller à Dorogobouje. Le 6, Sa Majesté est allée à Mikhaïlovka où elle a passé la nuit. Le 7, l’Empereur a été coucher dans un petit château sur les bords du Dniepr près de la poste de Pnévo. Sa Majesté est montée en voiture pour la première fois depuis Moscou. La neige que nous avons eue ce jour-là et le grand vent rendaient le cheval fort incommode. Le 8 novembre, nous avons couché à la poste de Bérédikino, vilain petit trou où nous étions entassés les uns sur les autres.   Le 9, l’Empereur est arrivé à Smolensk à une heure après-midi. On y est resté hier, on y est encore aujourd’hui et peut-être en partira-t-on demain.  Depuis le 7, notre marche a été difficile à cause du mauvais temps. Il tombait beaucoup de neige, et, le froid, accompagné du vent, a été continuellement de quatre à huit degrés ; Les chevaux sont exténués. On a fait ce qu’il fallait faire pour sauver l’artillerie. Quelques bagages restent en arrière. C’est de peu d’importance pour le moment où nous nous trouvons. Les hommes, les chevaux et les canons, voilà ce qu’il fallait sauver dans la situation où nous étions. On y a réussi, et l’ennemi, s’il est juste, doit être surpris de la rapidité et du bon ordre de notre mouvement. Je vous en dirai les détails quand j’aurai le bonheur de pouvoir causer avec vous chez vous

Le temps se maintient au froid, mais il n’y a pas aujourd’hui plus de deux degrés. 

Le général Baraguey d’Hilliers s’est trouvé fort à propos sur le chemin d’Elnia pour arrêter la marche d’un corps détaché sous les ordres du comte cosaque Orlov-Denissov qui commande douze régiments du Don, deux de cavalerie régulière et peut-être une division d’infanterie. 

 

 

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( 8 décembre, 2017 )

Science, médecine et pharmacie de la Révolution à l’Empire (1789-1815).

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Le quart de siècle qui sépare la fin de l’Ancien Régime de la Restauration a une certaine individualité, soit que l’on voie ne lui le prolongement du XVIIIème siècle ou, au contraire, le commencement du XIXèmeCette individualité est particulièrement marquée sur le plan scientifique et technique. 

Certes depuis 1770, Paris était une grande capitale scientifique. Le gouvernement royal s’était vivement intéressé au développement des sciences médicales et naturelles malgré l’opposition de certaines structures qu’il ne pouvait faire disparaître.  Mais qui s’effondrèrent, dès le début de la Révolution. La République put ainsi faire aboutir certaines réformes, restées depuis Turgot à l’état de projet dans les archives ministérielles et en dépasser l’esprit et la lettre. Elle donna également aux savants et aux techniciens, dans les assemblées parlementaires, une place qu’ils n’avaient jamais eue auparavant dans la Nation. Des personnalités telles que Monge, Fourcroy, Guyton de Morveau et Berthollet ont joué, à la fois, un rôle scientifique, politique et militaire. D’autres ont été ministre de l’Intérieur, comme Chaptal, toutes choses impensables à cette époque dans le reste de l’Europe. L’expédition d’Égypte, avec sa Commission de savants et d’artistes se différencia de toutes les expéditions coloniales antérieures par un souci désintéressé de connaître le pays, dans tous ses aspects, et d’élever le niveau de l’hygiène et de sa santé publique. Les résultats obtenus furent remarquables et les « égyptiens» eurent ultérieurement une influence scientifique et politique importante. Brumaire a été le coup d’état des généraux de gauche, mais aussi celui de l’Institut et de tous les intellectuels qui faisaient confiance à Bonaparte, le « Washington » français, dont Cabanis aurait voulu être le « Franklin ». La veille du coup d’état, Bonaparte, lui-même, alla saluer, à la tête d’un cortège philosophique, en son salon d’Auteuil, Mme Helvétius, l’Égérie des Idéologues dont la caution lui paraissait importante, à ce moment-là. Il ne cacha pas sa satisfaction d’être membre de l’Institut, et la marqua en en faisant suivre, dans quelques-unes de ses proclamations, celui de commandant en  chef de l’armée.  Comme il se voulait être un  gouvernement progressiste, éclairé par la Science et faisant grâce à elle le bonheur du peuple, la République conçut un programme « éducationnel » et institutionnel correspondant à ses visées idéologiques. Ces structures nouvelles (Conservatoire des Arts et Métiers, Institut, Bureau des longitudes, École polytechnique, École de Santé, Commission internationale du système métrique, etc.) ont été conçues à l’échelle nationale, avec un recrutement démocratique et un budget confortable.

Il serait trop long d’exposer les progrès scientifiques réalisés par les savants français. Mais il faut dire que la technologie n’est pas restée en arrière. L’exposition de 1798, première manifestation de ce genre dans le monde, est très instructive à cet égard. On est surpris de l’ampleur des objets exposés qui vont des tissus de soie aux célèbres montres Bréguet. Les fabricants d’instruments scientifiques ne sont pas oubliés, pas plus que l’école d’aérostiers de Meudon ; l’Arsenal de Saint-Antoine (avec ses canons de fer pour la marine et de bronze pour l’armée) ; la fabrique de poudres à canon d’Essonnes, le télégraphe Chappe ; les instruments scientifiques, les crayons Conté, etc. La réforme de l’enseignement médico-pharmaceutique est celle des hôpitaux échoua parce qu’il est impossible de substituer brusquement à l’ordre naturel des choses des conceptions théoriques tout à  fait  différentes des réalités. Mais, après une décennie où aucun diplôme de praticien ne fut délivré et où le malaise hospitalier fut grand, Paris devint la capitale d’une nouvelle médecine, la médecine d’hôpital qui attira les praticiens du monde entier. 

Professeur Pierre HUARD, de la Faculté de Médecine de Paris. 

Cet article fut publié en 1970 dans la « Revue de l’Institut Napoléon ». L’auteur, Pierre Huard, fit paraître à cette époque (aux Editions Roger Dacosta) un livre très intéressant portant le même titre. Un volume relativement peu courant car édité à seulement 5000 exemplaires numérotés. 

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( 7 décembre, 2017 )

La série TV « Jean-Roch COIGNET ».

 

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Diffusée pour la première fois à la télévision française entre décembre 1969 et janvier 1970, elle est visible en ligne dans son intégralité (sur un site de vidéos très connu): 7 épisodes de 55 minutes chacun.   Chut ! Çà commence :

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