( 2 mars, 2015 )

A Golfe-Juan…

 Golfe 1er mars 1815

Ce récit a été rédigé par le maire de Cannes et publié en 1887 dans la « Revue Rétrospective », sous le titre : « Le débarquement de Napoléon à Cannes (mars 1815) ».

Le 2 mars mil huit cent quinze, à dix heures du matin. Nous, François-Auguste Poulle, maire de cette ville de Cannes, disons que, hier, à trois heures après-midi, étant à la promenade, Antoine Guigues, sergent de ville, accourut tout effrayé me dire qu’un général était arrivé à la tête d’environ cinquante hommes, et m’appelait promptement à la commune. Je me hâtai de m’y rendre. Y étant arrivé, je trouvai un individu avec mes adjoints et secrétaire, que je crus être un officier habillé en bourgeois, qui me demanda un passeport pour Marseille. Je l’invitai à me dire s’il en avait un et d’où il venait : « Je n’en ai point, répondit-il, et je viens de l’île d’Elbe. » Lui ayant dit que ne pouvais pas le satisfaire, il fit l’étonné, et je vis entrer le général qui me fit aussi la demande d’un passe-port pour l’individu et pour Toulon : « Il en faut donc deux, répondis-je, un pour Toulon et un pour Marseille ? -Non, répondit-il, il le faut pour Toulon, et il le faut. » 

Je feignis de faire chercher le percepteur des contributions, qui, seul, est autorisé à tenir ce papier de passe-port ; le général en prit de l’humeur et sortit, me laissant seul avec l’individu, qui parlait très peu. Revenu quelques moments après, il ne parla plus de passe-port, mais il m’ordonna de me rendre au Golfe Juan pour recevoir les ordres du commandant- j’appris que M. Vidal, un de mes adjoints, à qui le général avait donné le même ordre, avec menace de l’y faire accompagner, s’y était refusé. Je lui répondis que je ne le pouvais, ni ne devais sortir de ma commune : «Vous me donnerez donc votre refus par écrit ?-Oui, Monsieur, » lui répondis-je ; et j’écrivis mon refus. Il le prit et fut conduire sa troupe au-devant de l’auberge du sieur Pinchinat. Étant revenu après, il demanda le brigadier de gendarmerie. Celui-ci était avec moi, et je le lui présentai ; il lui un ordre par écrit d’aller, de suite, au Golfe, présenter à l’Empereur son cheval et ceux de sa brigade, qui seraient bien payés ; il reçut l’ordre, mais il n’obéit pas. 

Le général me demanda un entretien particulier. Mes adjoints, secrétaire et autres, sortirent du bureau, nous restâmes avec l’individu. Le général me dit : « -Votre réputation nous est connue ; il faut nous dire avec toute franchise comment vos administrés ont pris l’arrivée du Roi.- Ils en ont marqué, ai-je dit, une joie bien vive et je crois qu’ils lui sont bien attachés.- Et vous, a-t-il continué, tenez-vous pour l’Empereur ou pour le Roi ?- Je vous dis, avec toute le franchise qui doit caractériser l’homme, ai-je répondu, que j’avais juré fidélité et obéissance à l’Empereur, et j’aurais donné ma vie pour lui. J’ai fait le même serment au Roi ; je ne saurais être parjure. » – A cette réponse, il mit sa main sur mon épaule droite, en disant : « Je vous estime. »-Il sortit avec l’individu. 

 Sur environ les sept heures et demie, il revint faire une autre réquisition pour 3,000 rations de pain et autant de viande, prêtes à distribuer à minuit précis, dont il exigea aussi récépissé. Je fis de suite appeler les bouchers et les boulangers. Je leur intimai l’ordre de se pourvoir. Les bouchers dirent que des marchands Piémontais étaient arrivés avec des bœufs, qu’il m’en faudrait trois pour les fournitures. Je leur ordonnai d’en faire le marché et des les égorger de suite, ce qui fut exécuté. J’intimai le même ordre aux boulangers ; je nommai douze commissaires pour faire prendre tout le pain. Messieurs les adjoints marchaient avec eux ; à onze heures, il y eut dix-sept cents rations dans le magasin que j’avais assigné. Pour avoir le restant, les commissaires, s’étant divisé les quartiers, se portèrent chez les habitants, qui se prêtèrent de la meilleure grâce, et, à une heure après minuit, les rations furent à peu près complétées. Dans l’intervalle, et vers les huit heures et demie, un officier vint me présenter une proclamation signée : Napoléon, et pour mandement pour l’Empereur, signé : Bertrand, avec ordre de lui donner publicité. 

Les appartements de la commune étaient remplis, depuis longtemps, de partie de MM. Les Conseillers municipaux, bourgeois et gens de tout état, et là, lut qui voulait. Les esprits n’étaient pas tranquilles ; je tâchai de les rassurer, en leur répétant de temps en temps : « Soyez tranquilles, il ne nous faut ni force ni courage, mais seulement de la prudence : reposez-vous sur moi et nous sortirons de ce pas.»-J’en éprouvai la plus vive satisfaction. La lecture, faite par qui voulait, ne fit pas la moindre sensation. Vers les deux heures, on vint annoncer l’arrivée de Bonaparte, qui établit son bivouac sur les sables hors de la ville, près de Notre-Dame, où il fit allumer un grand feu qui fut entouré de troupe et de beaucoup de gens de la ville. Il ne parle à personne, excepté à Monseigneur le Prince de Monaco qui, étant arrivé à Cannes vers les cinq heures de la veille, le général lui avait donné un piquet et un caporal dans ses appartements, fut appelé par Napoléon, qui le garda jusque vers les quatre heures. La conversation ne fut pas entendue. Je n’avais jamais quitté ma place et je ne la quittais pas. Je transmettais mes ordres, que les adjoints et les commissaires faisaient exécuter. Il me fut demandé plusieurs conducteurs, charrettes et chevaux, tout fut fourni et toute la troupe défila vers Grasse ; et, à cinq heures et demi, Cannes eut le bonheur de se voir entièrement délivrée, et les habitants qui, de frayeur, ne s’étaient pas couchés, sont restés quelques moments étonnés de cette apparition, et sont très contents du départ. 

Cependant, quelques soldats étaient restés ; ils faisaient sortir du magasin les pains qui n’avaient pas été distribués et les mettaient en vente. J’en fus prévenu ; je m’y portai de suite, je fis rentrer le pain. Je trouvai douze cents septante trois [1273] rations distribuées, au lieu de trois mille demandées, et, ayant fait fermer le magasin, je me suis retiré sans avoir obtenu du commissaire des guerres le paiement qu’il avait solennellement promis. Je me propose de faire rendre aux boulangers les pains de leurs fabrications, aux habitants pauvres ceux qu’ils ont donnés, dont j’avais fait prendre les noms, et de faire distribuer, aux pauvres de la commune, le pain de la classe qui peut se passer de restitution.

 Quant aux bouchers, la viande donnée sera pour leur compte, et, pour celle distribuée, je prendrai les ordres de l’autorité. 

Rentré chez moi, aujourd’hui, à six heures du matin, je pensais me reposer, lorsque Monseigneur le Prince de Monaco m’a fait l’honneur d’arriver ; il m’a demandé le certificat que j’ai fait tel que suit : « Je, soussigné, maire de cette commune de Cannes, troisième arrondissement de Grasse, certifie que Monseigneur le Prince héréditaire de Monaco, se rendant à Monaco, a été arrêté, hier, à Cannes, par le premier poste des troupes de l’île d’Elbe ; qu’il n’a cessé d’avoir auprès de lui, un poste, un caporal dans son appartement et que, sur les deux heures du matin, il a été forcé de se rendre près le commandant des dites troupes. En foi de quoi j’ai fait le présent certificat pour servir ce que de besoin.

A Cannes, ce deux mars, mil huit cent quinze. 

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( 1 mars, 2015 )

Une lettre de Gazan à Soult.

Marechal-soult

Napoléon avait débarqué au golfe Juan, le 1er mars, à 4 heures de l’après-midi, et la nouvelle de son arrivée s’était déjà répandue, dans la soirée, à Grasse, à cinq lieues de là. Dès 9 heures, le général Gazan, qui vivait en retraite à Grasse, mandait l’événement au ministre de la guerre Soult, et un courrier portait à Toulon la lettre de Gazan qui était ainsi conçue.

Arthur CHUQUET.

Grasse, le 1er mars 1815.

Monseigneur, j’apprends à l’instant, 9 heures du soir, qu’il y a eu, cet après-midi, au golfe Juan, commune de Vallauris, un débarquement de troupes venant de l’île d’Elbe, qu’un détachement de ces mêmes troupes est entré à Antibes où il a été arrêté, désarmé et mis en prison, que la garnison bivouaque sur les remparts que l’on a immédiatement armés et qu’il est question de proclamations de l’ex-empereur. Les troupes débarquées occupent les communes de Cannes, du Cannet et de Vallauris. Quoique je sois sans troupes et simple particulier, j’ai cependant cru devoir donner cet avis à Votre Excellence, et je vous prie d’assurer Sa Majesté qu’elle peut compter sur ma fidélité, et que, si je trouve le moyen de la servir en cette occasion, je le saisirai avec empressement. J’envoie un courrier à Toulon pour faire parvenir ma lettre, la route de Nice se trouvant arrêtée. L’on porte à 2.000 hommes le nombre des troupes qui sont débarquées et l’on dit que Bonaparte y est.

Recevez, Monseigneur, l’assurance de mon respect avec lequel j’ai l’honneur de vous saluer.

Le lieutenant général des armées du Roi,

J. GAZAN

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première série [seule série parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911, pp.4-5).

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( 1 mars, 2015 )

Une gravure…

Elle représente d’une façon amusante,  le retour de l’Empereur, de l’île d’Elbe à Paris. A ses pieds on peut voir notamment le gros Louis XVIII et le comte d’artois, futur Charles X.

Gravure

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( 1 mars, 2015 )

L’Empereur a débarqué sur les côtes de France !

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( 1 mars, 2015 )

Vidéo. Le retour de l’Empereur (1er mars 1815).

Vidéo. Le retour de l'Empereur (1er mars 1815). dans HORS-SERIE golfejuan

« Un lieu, une histoire », émission diffusée la première fois en 2012 sur la chaîne « Public Sénat ».

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( 1 mars, 2015 )

Le 1er mars 1815 à Antibes (1ère partie)…

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Les détails du débarquement de Napoléon au Golfe Juan et la maladroite tentative, d’ailleurs infructueuse, qu’il fit dans l’après-midi du 1er mars 1815 pour s’emparer de la place d’Antibes, sont bien connus, tant par les récits des compagnons de l’empereur (Peyrusse, Laborde), et ses complices involontaires (le capitaine de la polacre, « Le Saint-Esprit »), que par les rapports officiels des commandants royalistes de la place (le commandant d’armes Cunéo d’Ornano, le général Corsin). Mais on n’a pas encore, sauf erreur, recueilli un récit de cette aventure par un bourgeois d’Antibes, et la description des sentiments qu’elle  put éveiller dans cette paisible population. Le hasard nous fournit un document de ce genre : on le lira ci-après .

C’est une lettre écrite par un habitant d’Antibes, nommé Ardisson, à son compatriote et ami le docteur en médecine Michel Provençal, professeur à la Faculté des Sciences de Montpellier. Provençal resta toute sa vie en relations étroites et suivies avec Cagnes, son village natal, et les villes voisines, Cannes, Grasse, Antibes , Fréjus, Nice ; il s’intéressait  fort à la chronique politique, médicale, voire même scandaleuse, de son pays d’origine. Connaissant ses goûts et sa curiosité historique, Ardisson a rédigé pour lui une véritable relation, très circonstanciée, de la surprise manquée d’Antibes par les grenadiers elbois et des autres incidents du débarquement. Sur bien des points, sa version diffère de celle des témoins bonapartistes, non oculaires, et aussi des rapports officiels. Sans garantir absolument que la version d’Ardisson soit la bonne., il faut remarquer qu’il est un témoin désintéressé et que sa lettre est écrite le 4 mars 1815, le surlendemain même de l’incident, ses souvenirs étant encore très présents et très nets. Il semble donc que son récit mérite [une certaine] confiance. Il est au mois fort intéressant. 

L.-G. PELISSIER 

Mon cher ami, 

Vous ayant adressé depuis peu de jours votre malle de linge, lorsque M. Guide arriva et me remit votre lettre du 12 décembre dernier avec les livres pour moi et pour l’ami Risso de Nice, cela fut cause que je différai de vous en accuser la réception, espérant de recevoir une nouvelle lettre de votre part qui m’apprit que votre linge vous était parvenu. Bien que vous ne m’ayez rien dit, je ne pense pas moins que les livres que vous avez eu la complaisance de m’envoyer m’ont fait plaisir. Je vous remercie de la peine, et particulièrement du « Traité des maladies chroniques » de M. Dumas que vous y avez ajouté. Je les ai lus avec bien de satisfaction (sic). Je ne doute pas que vous n’ayez appris depuis quelques jours l’événement dont vous n’ayez appris depuis quelques jours l’événement dont nous avons été les témoins. Mais comme il pourrait se faire que l’on ne vous donnât pas les détails tels qu’ils sont, et présumant qu’il ne vous sera pas indifférent de les connaître, je viens vous les tracer tels qu’ils nous sont parvenus par les divers rapports qui ont été faits à l’autorité locale. 

C’est le 1er du mois [de mars], à trois heures du soir, que l’on vit arriver aux portes de la ville un officier chargé par Bonaparte de diverses missions et porteur de proclamations de sa part et des généraux qui sont auprès de lui. L’officier de garde, ayant fait prévenir M. Cunéo, commandant d’armes, de l’arrivée de cet officier qu’il retenait à la porte, celui-ci se rendit aussitôt près de lui, et eut avec cet officier une longue conférence, à la suite de laquelle ce dernier retourna vers le chemin de Cannes, et arriva peu de temps après à la tête d’un détachement de vingt grenadiers de la Garde.On fit résonner (sic) cette troupe, qui répondit qu’elle venait à Antibes pour y prendre des subsistances et le repos nécessaires pour retourner dans leurs foyers, attendu qu’ils avaient quitté l’île d’Elbe et le service de Bonaparte. Cette troupe étant armée, on prit des soupçons. Le commandant parla à l’officier qui lui dit qu’il arrivait de la part du général… (sic), dont il ne se rappelait pas le nom, pour dire au commandant d’armes et aux autorités civiles de se rendre auprès de lui au Golfe Juan, pour recevoir des communications importantes. Cette fois M. Tourre, maire, était présent et, témoignant de l’étonnement d’une pareille démarche, fit quelques observations. Alors le comandant ordonna à l’officier d’entrer au corps de garde. Cette troupe restait là avec ses armes. Dans ce moment les troupes de notre garnison étaient sur le glacis pour faire l’exercice ? On la fit rentrer aussitôt, et l’on décida que le détachement entrerait dans la place en déposant les armes. Mais par un réavisé (sic) du  commandant, on leur laissa les armes, et on les fit loger dans les casernes. Trois autres officiers et un chirurgien-major pénétrèrent dans la ville pour remplir diverses missions, et pour répandrent des proclamations. L’un d’eux proposa au major du régiment en garnison des avantages énormes s’il favorisait les projets de Bonaparte, qui avait débarqué au Golfe Juan. Mais cet officier, rempli d’honneur, repoussa toute proposition humiliante et consigna dans son appartement cet officier pour s’assurer de lui. On apprit à l’instant que Bonaparte avait débarqué avec huit cent hommes, dont cinq à six cents seulement de sa Garde. Le reste se compose d’étrangers et forme une légion. Le débarquement fut effectué sans obstacle : des troupes furent postées sur la grande route pour arrêter tout ce qui se passait, surtout des chevaux qu’ils achetaient de gré à gré, et tous autres moyens de transport qu’ils requéraient et qu’ils ont même payé à Grasse en les renvoyant. Les personnes étaient respectées et libres de retourner, de voir l’Empereur s’ils le désiraient, de causer avec tout le monde, et de prendre même du service avec eux ; peu les ont suivis. 

Tout fut en mouvement dès ce moment pour repousser cet ennemi s’il se présentait à la porte : la Garde nationale et la garnison, composée de 900 hommes, redoublèrent d’activité tant pour surveiller le détachement, qu’on eut l’imprudence de laisser armé, que pour garder l’enceinte de la place. Malheureusement notre gouverneur était en mission et ne put rentrer qu’à deux heures après minuit. Sa présence rassura tout le monde ; la place ayant été déclarée par le commandant en état de siège, par ses dispositions les officiers furent arrêtés et cette troupe désarmée ; toute la nuit se passa dans le mouvement et la crainte d’une sommation ou d’une trahison. Des parlementaires se présentèrent, mais ils furent renvoyés sans vouloir les entendre. Enfin au jour nous apprîmes que la troupe d’aventuriers avait pris le chemin de Grasse. 

A suivre… 

(Témoignage publié la première fois dans « Feuilles d’Histoire », 1er semestre 1911). 

 

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( 1 mars, 2015 )

1er mars 1815…

Golfe

Suite et fin du témoignage de Vincent, sellier de l’Empereur.

« Le lendemain, nous aperçûmes les côtes de France, et, à deux heures de l’après-midi, nous entrions au Golfe Juan, entre les îles Sainte-Marguerite. Nous vîmes descendre un capitaine et vingt-cinq grenadiers quoi se dirigèrent dans une barque  vers Antibes. C’était le capitaine Lamouret que nous sûmes, après, fait prisonnier avec les siens. Le brick était resté à l’entrée du golfe, et chaque barque qui passait auprès du brick pour débarquer, recevait les ordres de l’empereur. C’est ainsi que je reçus l’ordre de faire mettre à terre la voiture n°280 et de la monter aussitôt arrivée sur la plage. Vers les trois heures et demie, je vis Gentilini, qui dirigeait une chaloupe du côté où je me trouvais entrain de monter la voiture avec mes ouvriers.

Il demanda au général Bertrand qui était avec lui en mettant pied à terre : « Quelles heure est-il, grand maréchal ?-Sire, il est trois heures et demie.-Eh bien, dit-il, à cette heure, le Congrès de Vienne est dissous. » Et il se dirigea vers moi et me demanda à quelle heure la voiture serait montée : « Sire, à cinq heures.-Lorsqu’elle sera prête, tu viendras me le dire , tu iras trouver Marchand, et vous la chargerez aussitôt. » A cinq heures moins un quart, il vint voir si j’avais fin : je n’avais plus que l’avant-train à placer, et nous conduisîmes la voiture jusqu’au bivouac, où l’on avait déposé tous les effets de l’Empereur en débarquant. Nous portâmes, avec M. Marchand, un petit coffret en acajou dans la voiture, qui était d’un poids tel que nous eûmes beaucoup de peine à le placer, et, quand la voiture fut entièrement chargée, l’Empereur donna l’ordre du départ. Il monta à cheval. L’avant-garde avait pris les devants. Les malheureux polonais étaient obligés de porter leurs équipages sur leur dos.

Au moment du départ, un individu vient à moi, menant un beau mulet en main, me demanda su je n’étais pas le sellier de l’Empereur. Sur ma réponse affirmative, il me dit : « Voilà un mulet que l’on m’a dit de vous donner. » Je crois avoir vu le colonel Jerzmanowski lui en donner l’ordre car il a été chargé de faire des réquisitions de voitures pour transporter les bagages et de chevaux ou mulets pour monter ses Polonais.

Nous partîmes pour Cannes. J’accompagnai la voiture et faisais suivre nos voitures de réquisition. Nous eûmes quelques difficultés, la route était accidentée. Nous allâmes au pas, nous arrivâmes à Cannes à onze heures du matin. Nous trouvâmes l’Empereur qui dormait au bivouac, assis et les pieds allongés sur une chaise, au milieu des oliviers. La voiture était tellement chargée, qu’en arrivant je fus obligé de couper les suspentes, attendu que le caisse portait sur les cols de cygne. Aussitôt l’opération terminée et la voiture rechargée, nous fîmes prévenir l’Empereur qui ordonna l’ordre du départ.

C’est à une heure ou deux de là, que l’on fit prévenir l’Empereur que l’avant-garde avait arrêté une voiture attelée de quatre chevaux, dans laquelle était le prince de Monaco [le duc de Valentinois, prince de Monaco, avait été écuyer de l’impératrice Joséphine] qui se rendait dans sa principauté, et dont nous prîmes les chevaux pour atteler sur nos pièces ou voitures. L’Empereur causa avec lui au clair de lune, environ un quart d’heure. Il pouvait être minuit et demi. Puis nous repartîmes. Les pauvres Polonais furent obligés de laisser, çà et là sur la route, leurs équipages, n’ayant pas trouvé de chevaux pour les monter. »

 (« Nouvelle Revue Rétrospective », Premier semestre (janvier-juin 1894), pp.372-.374).

 

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( 28 février, 2015 )

C’est demain à Golfe-Juan !

Napoléon le Grand2

« Le 1er mars 2015, deux cents ans nous séparent de cette incroyable aventure humaine, revenons brièvement sur l’histoire de cette épopée.  Après la difficile campagne de France, les Alliés entrent en vainqueurs à Paris, Napoléon est contraint d’abdiquer sans condition. Le traité de Fontainebleau, signé le 6 avril 1814, met fin à son règne et le condamne à l’exil sur une île située entre la Corse et la Toscane, l’île d’Elbe.  La monarchie est alors restaurée et le Roi Louis XVIII monte sur le trône de France grâce au soutien de l’Angleterre.  L’impopularité grandissante du Roi, le mécontentement des français à être dirigé par un monarque imposé par l’ennemi, ainsi que le projet des puissances alliés de déporter Napoléon sur une île lointaine, décident l’Empereur à revenir sur le sol français pour reconquérir son trône.  C’est donc dans le plus grand secret que le 26 février 1815, Napoléon et son état-major, les généraux Drouot, Cambronne et Bertrand, demeurés auprès de leur Empereur dans l’adversité comme ils l’avaient été dans le succès, embarquent à bord du brick l’Inconstant.  La flottille, composée de 7 bâtiments avec à son bord un millier d’hommes quitte Portoferraio pour une traversée qui va durer 3 jours.  Le 1er mars 1815, le Brick l’Inconstant pénètre dans la rade de Golfe-Juan. A son bord, cocarde tricolore au bicorne, Napoléon s’apprête à débarquer sur le sol de France, signant ainsi le premier acte de la plus extraordinaire aventure de la légende Napoléonienne « l’épopée des Cent Jours »…  Il empruntera ensuite la route qui porte aujourd’hui son nom, la route Napoléon, qui rallie Golfe-Juan à Grenoble, qu’il parcourra avec ses hommes en 7 jours. 
Il entrera aux Tuileries le 20 mars 1815 … »

Dimanche 1er mars 2015
10h00 : Ouverture du village – entrée libre 
10h15 : Représentation de danses Impériales par les Danses impériales d’Ajaccio 
Tente « Impériale » – Places assises et numérotées : 8 euros 
11h00 : Défilé en ville des troupes – départ Vieux Port

11h30 : Revue des troupes par l’Empereur
prise d’armes ; musique par les fifres et tambours du 1er rgt des Grenadiers à pied de la Garde Impériale de Fréjus. Avenue Aimé Berger – centre-ville

14h30 : Reconstitution du débarquement de l’Empereur sur la plage
mise en scène du débarquement de Napoléon et de ses généraux, dialogues avec l’Etat-Major, revue des troupes et proclamation faite aux armées. Une centaine de figurants évolueront sur la plage pour retracer ce moment de l’Histoire de France. 

Places assises et numérotées en tribunes 
adultes 22 euros – enfants 11 euros (de 5 à 12 ans)

À NE PAS MANQUER  !
17h00 : Départ des cavaliers 1er Régiment de lanciers polonais et des fantassins sur les pas de l’Empereur de Golfe-Juan à Grenoble. Ils emprunteront, dans la mesure du possible, le chemin historique pour se rendre en 7 jours à Grenoble. 
Ils établiront leur bivouac dans les communes où Napoléon s’arrêta. 
Premier arrêt à Cannes.

Pour venir à Vallauris Golfe-Juan .En voiture : par l’autoroute A8, prendre la sortie Antibes n°44 puis suivre la RD 435 pour Vallauris puis les panneaux de signalisation Golfe-Juan. 
En bus : ligne n° 200 Cannes/Nice « Lignes d’Azur » arrêt à Golfe-Juan (square Nabonnand). 
Tarif : 1 Euro le trajet 
En train : arrêt du TER en gare de Golfe-Juan. 
La Gare SNCF de Golfe-Juan se trouve à 5 minutes à pied du lieu de la manifestation.

Maison du Tourisme de Vallauris Golfe-Juan
Bureau de Golfe-Juan, parking du Vieux Port
Tél. 04 93 63 73 12/04 93 63 82 58
www.vallauris-golfe-juan.fr

Source : http://www.newspress.fr/Communique_FR_286858_6480.aspx

 

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( 28 février, 2015 )

Dix ans dans la peau de l’Empereur…

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( 28 février, 2015 )

28 février 1815: « Une journée d’Austerlitz… »

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Voici un extrait intéressant du témoignage du trésorier Guillaume Peyrusse . Rappelons que deux jours avant, l’Empereur s’était embarqué pour la France, à bord du navire « L’Inconstant ». Peyrusse y avait sa place; laissons-le parler:

 » 28 février. A la pointe du jour, on reconnut un bâtiment de soixante-quatorze, se dirigeant sur la Sardaigne ; on reconnut bientôt qu’il ne s’occupait pas de nous. L’Empereur ayant échappé aux croisières anglaises et françaises, en témoigna la joie la plus vive. C’est, dit-il, une journée d’Austerlitz… Malgré mes souffrances, je partageai la joie de tout le monde. Sa Majesté descendit dans sa chambre et en revint avec toutes les proclamations qu’elle destinait au peuple français et à l’armée, et ordonna à tous ceux qui avaient une belle plume d’en faire des copies pour qu’on pût les distribuer dans les premiers lieux de notre débarquement et de notre passage. J’étais sur le pont, adossé au mât et souffrant beaucoup.

Sa Majesté me heurta du pied, en me disant de me joindre aux autres écrivains ; je m’excusais sur le mal de tête que me causait la mer. – « Bah ! Bah ! me dit Sa Majesté, l’eau de la Seine guérira tout cela. » Je fis avec mon épaule un signe d’incrédulité. – « Monsieur le Trésorier, c’est pour la fête du Roi de Rome que nous serons à Paris. Cette noble assurance ranima nos esprits et fixa nos incertitudes. Tenus depuis quatre jours dans un état continuel d’agitation, jetés dans une entreprise dont nous ignorions même le dénouement, effrayés même de sa hardiesse, livrés, dès notre début, à des dangers de toute espèce, nous vîmes avec la plus vive joie se soulever le voile qui avait couvert les projets de Sa Majesté.

La noble simplicité, la mâle énergie de ses proclamations, en même temps qu’elles s’adressaient à tous les souvenirs, devaient ranimer toutes les espérances.

Dans l’après-midi, Sa Majesté annonça qu’elle décorait de la croix d’honneur tous ceux d’entre eux qui, partis avec elle de Fontainebleau, comptaient quatre années de service. La joie de ceux de ces militaires qui avaient part à cette faveur, n’eut plus de bornes ; ils entourèrent Sa Majesté et firent retentir le bord de leurs plus vives acclamations. Ils coururent à la caisse des signaux, où le capitaine Chautard leur fit délivrer des morceaux de serge rouge qu’ils mirent à leur boutonnière. Nous déjeunâmes tard, Sa Majesté fut très gaie ; nous nous réunîmes sur le pont autour d’elle – « Aucun exemple historique, nous fit l’Empereur, ne m’engage à tenter cette entreprise hardie ; mais j’ai mis en ligne de compte l’étonnement des populations, la situation de l’esprit public, le ressentiment contre les alliés, l’amour de mes soldats, enfin tous les éléments napoléonistes qui germent encore dans notre belle France. »

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( 28 février, 2015 )

Le matin du 28 février 1815, à bord de l’Inconstant…

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« La nuit du 27 au 28 s’écoula fort tranquillement. Le vent était toujours favorable. Nous perdîmes de vue les bâtiments du convoi. Presque à la pointe du jour on reconnut un vaisseau de ligne qui venait des côtes de la Ligurie et semblait se diriger sur la Sardaigne. Ce vaisseau ne fit aucune manœuvre qui pût nous donner de nouveaux soucis. Le 28, au lever du soleil, noua distinguions bien les montagnes de la Rivière [Riviera ?] de Gênes deux heures après on découvrit le cap de Noli et le cap de Melle. C’est dans le courant de cette matinée que l’Empereur dicta à son secrétaire particulier, M. Rathery, ses deux belles proclamations au peuple français et à l’armée. L’écoutille vitrée de lit chambre du brick était entièrement ouverte. Il était facile de voir et d’entendre Sa Majesté. Nous l’examinions, et nous devinions sans peine quand Elle allait dictait quelque phrase vigoureuse. Sa figure exprimait tout ce qui se passait dans son âme ; on y lisait tour à tour  la dignité des sentiments , la profondeur des pensées, la noblesse des expressions. Les fidèles étaient impatients de savoir comment l’Empereur parlerait à la nation et à ses braves. »

(André PONS DE L’HERAULT, « Mémoire aux puissances alliées », Picard et Cie, 1899, pp.136-138)

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( 28 février, 2015 )

De la possibilité d’un combat naval…

Napoléon 1er

« Il y avait à bord de l’Inconstant trois et quatre fois plus de monde. ll n’en aurait fallu pour y être passablement bien. Nous étions vraiment les uns sur les autres. Une petite place de repos était une chose précieuse. Si le beau temps ne nous eut favorisés, nous aurions extrêmement souffert. Pourtant nul ne songeait à se plaindre de son malaise. Mais où allions-nous? L’Empereur n’avait pas dit un seul mot qui pût donner la certitude que nous rentrions directement en France il y avait même une présomption contraire. A la nouvelle confidentielle de la marche de Murat avait bientôt succédé une autre nouvelle également confidentielle, et qui nous instruisait que là où nous aborderions nous trouverions une armée amie qui nous recevrait à bras ouverts. Cette armée ne pouvait être que celle du roi de Naples et les Napolitains étaient encore en Italie. De là une foule de raisonnements opposés. Ceux-ci  nous faisaient débarquer à Viareggio ceux-là à la Spezzia,  les autres à Vado. Les grenadiers de la Garde étaient les seuls qui eussent une opinion décidée « Nous allons à Paris, disaient-ils, n’importe quel chemin que nous prenions » C’est dans le développement plus ou moins sensé de cette masse d’idées erronées que la première nuit de la traversée s’écoula. La lune était claire le vent était faible, mais favorable; la mer était calme. Tout présageait un heureux voyage. Je me rappelle que, lorsque je lus le Moniteur qui rendait compte de cette traversée, je le trouvai inexact ainsi je ne serai pas d’accord avec lui mais je dis ce que j’ai vu et ce que j’ai entendu, sans me mettre en peine si d’autres ont dû voir et dû entendre d’une autre manière. Le 27, au lever de l’aurore, nous étions à vingt milles environ de l’Ile d’Elbe. Quand les premiers rayons du soleil dorèrent la cime des monts, nous nous plûmes à considérer notre rocher hospitalier; l’histoire des amours vint ensuite celle des ennuis eut aussi son tour. L’Empereur monta sur le tillac, et nous ne nous occupâmes plus que de Sa Majesté. Sa Majesté fut accueillie comme si Elle venait d’arriver parmi nous. Les grenadiers étaient entassés dans la cale et au milieu des canons. Cette manière d’être était pénible Sa Majesté mit plus d’ordre dans leur arrangement. Elle distribua les postes, Elle organisa le service de mer, et dès lors les Braves respirèrent plus commodément. Ce fut là, au milieu du la foule de ses grognards, que pour la première fois Sa Majesté parla clairement et précisément du but de son expédition. Un soldat, à qui Elle demandait « s’il était content do rentrer en France, » lui répondit « Sire, il n’y a qu’une France dans le monde, » et un sergent ajouta de suite « Et qu’un Empereur pour les Français. » Ce joli à-propos n’échappa point, et la garde y ajouta son cri chéri « Vive l’Empereur !  Vive Napoléon !» Au même instant lus hommes en vigie annoncèrent qu’une frégate, qu’on découvrait sur la côte orientale de Livourne, cinglait amures la bâbord, le veut au nord-nord-est, et semblait faire force de voiles. Il était dix heures du matin. Nous tardâmes peu à reconnaitre que c’était la corvette stationnaire de  l’Ile d’Elbe et sur laquelle le colonel Campbell était ordinairement embarqué [La Perdrix  qui revenait de Livourne, et qui arriva à Portoferraio dans la matinée du 28]

Aussitôt la figure de l’Empereur s’anima. Sa Majesté ordonna qu’on mît toutes voiles dehors. Le vent que le brick avait était plus à l’est que celui que la corvette trouvait près de terre. Les vigies examinaient  attentivement la manœuvre des Anglais bientôt elles crurent qu’ils faisaient route sur nous. « Qu’on se prépare au combat ! » dit l’Empereur. – A l’abordage ! crièrent  unanimement tous les fideles. A l’abordage soit. » répéta froidement Sa Majesté. Sa Majesté commandait directement. Sa contenance était calme, mais fière et deux rayons de feu semblaient sortir de ses yeux. L’Inconstant avait trois embarcations à la remorque, sa chaloupe et  les deux canots ordinaires de l’Empereur cela ralentissait extrêmement la marche. La chaloupe fut laissée aux soins d’un bâtiment du convoi le canot le moins léger fut coulé bas et abandonné. Cependant la corvette cessa de nous donner des inquiétudes elle continua de pousser à l’est. Dans le moment de la plus grande activité pour les préparatifs de combat, le chevalier Malet [colonel Malet], commandant de la Garde, m’engagea à prier Sa Majesté de descendre dans la chambre si nous nous battions. Je fis cette commission par complaisance il me semblait que Sa Majesté trou verrait ma prière déplacée, et je ne me trompais pas tout a fait « Sire, dis-je à l’Empereur, les fidèles désirent que Votre Majesté ne soit pas sur le tillac dans le cas où nous devrions aller à l’abordage. » Sa Majesté me répondit vivement « Quoi que je me cache tandis qu’on se battra ? Je crois, Messieurs, que vous plaisantez. » Sa Majesté prononça ces derniers mots avec un sérieux qui n’était pas du tout plaisant, et je terminai là ma harangue. En nous éloignant de la corvette anglaise nous nous étions étions rapprochés de la croisière française, et, dans l’après-midi, nous fûmes en vue des deux frégates qui étaient en station en Corse  [D’autres témoins n’ont vu qu’une frégate, la Fleur de Lys]. Un nouveau péril semblait nous menacer. Pourtant Sa Majesté n’était point inquiète. « Ce sont de bons Français ils aiment la gloire de leur patrie, répéta-t-Elle plusieurs fois. S’ils viennent nous, nous arborerons le pavillon tricolore, et ils imiteront notre exemple. » L’apparition des frégates avait fait impression sur les esprits le langage rassurant de Sa Majesté dissipa tout. Durant les quelques heures que le voisinage de cette croisière aurait pu être dangereux, l’Empereur ne témoigna pas la plus petite crainte. La sérénité était répandue sur sa figure et toutes les paroles de Sa Majesté étaient dos paroles de confiance. Nous échappâmes à ce nouveau risque et nous continuâmes notre route. »

(André PONS DE L’HERAULT, « Mémoire aux puissances alliées », Picard et Cie, 1899, pp.128-131)

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( 28 février, 2015 )

Les Bonaparte et l’ADN.

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Vous avez certainement entendu parler des analyses ADN sur des  membres de la famille Bonaparte opérées par le professeur Gérard Lucotte, directeur de l’Institut d’Anthropologie moléculaire de Paris. La découverte de l’ADN constitue certainement la plus grande avancée scientifique de la seconde moitié du XXe siècle et, en 1984, Gérard Lucotte, descendant direct du général napoléonien Lucotte, a découvert les marqueurs spécifiques du chromosome Y (celui qui se transmet uniquement de père en fils) ce qui permet de confirmer ou d’infirmer catégoriquement le lien biologique entre un père et un fils, ou à l’intérieur d’une fratrie.

L’application de ces méthodes à la famille Bonaparte a fait l’objet d’une présentation au Musée de l’Armée le 2 décembre 2013 sous l’égide du Souvenir Napoléonien qui a soutenu financièrement ces travaux. 

Avec maintenant un an de recul et divers recoupements, il est possible de synthétiser les résultats obtenus. Des mesures IN VIVO ont montré que le prince Charles Napoléon ( descendant de Jérôme), le comte Alexandre Walewski ( descendant de Napoléon) et Mike Clovis ( australien descendant naturel d’un fils de Lucien Bonaparte) ont le même ADN-Y , ce qui démontre que Napoléon, Lucien et Jérôme avaient un ancêtre masculin commun ( vraisemblablement Carlo Bonaparte). Ce résultat a été vérifié sur de l’ADN extrait de cheveux et poils de barbe  de Napoléon conservés dans le reliquaire Vivant Denon du Musée de Châteauroux.

Il a alors été décidé d’étendre l’étude à Louis Bonaparte et sa descendance, dont notamment Napoléon III. A partir d’une touffe de cheveux, attribués à Napoléon III prisonnier en Allemagne le 6 mars 1871 (cheveux couverts de pellicules donc riches en ADN) et de cheveux coupés sur le crane du Prince Impérial après sa mort au Natal, il a été découvert un ADN complètement différent de celui des 3 autres frères Bonaparte. Il semble donc que Napoléon III n’ait pas de lien génétique masculin avec Napoléon 1er . A noter que Jean -Marc Banquet qui, selon une tradition familiale, descendrait du comte d’Orx, fils naturel reconnu de Napoléon III et se fait appeler Banquet d’Orx,  possède ce même ADN, ce qui constitue un intéressant recoupement.

On pourrait penser que ces résultats viendraient renforcer l’hypothèse que Louis-Napoléon ne serait pas le fils biologique de Louis Bonaparte.  Cependant tous les historiens sérieux pensent aujourd’hui que les rumeurs sur une infidélité supposée d’Hortense à Cauterets en juillet 1807 sont sans fondement et sont seulement le résultat de l’animosité entre les Beauharnais et les Bonaparte (Caroline, Fesch). Le fait qu’on puisse attribuer à Hortense 4 ou 5 amants, faute de pouvoir en choisir un, enlève toute crédibilité à cette thèse. Simplement, Louis-Napoléon était un prématuré de 3 semaines. La liaison sexuelle d’Hortense et de Flahaut ne commence qu’en 1810, après la séparation d’Hortense et de Louis.

Il reste donc que, selon l’ADN, Louis Bonaparte ne serait qu’un demi-frère utérin de Napoléon 1er. Et effectivement, à Ajaccio et Bastia en 1777 et 1778, au moment de la naissance de Louis,  les commentaires des officiers de la garnison  allaient bon train sur la liaison affichée de Madame Bonaparte avec le comte de Marbeuf ( avec la bénédiction du mari). Louis eut d’ailleurs pour parrain le comte de Marbeuf et fut baptisé en grande pompe 15 jours après sa naissance, alors que Lucien et Elisa, nés 2 ans et 1 an auparavant et non encore baptisés, ne furent pas joints à la cérémonie (et baptisés seulement en 1779). Si bien que, lorsque Napoléon arriva à l’école de Brienne, on fit courir à son sujet le bruit qui concernait en fait son jeune frère et c’est ainsi qu’est née la légende de Napoléon fils de Marbeuf, improbable selon les dates.

Au stade actuel des recherches, on peut privilégier cette dernière solution et estimer que Napoléon et Louis n’étaient que demi-frères, le lien entre eux étant constitué par leur mère Laetitia Ramolino-Bonaparte et que, génétiquement, Napoléon III ne serait pas un vrai  neveu de Napoléon 1er en lignée masculine, ce qui n’enlève rien à ses mérites, qu’il a autant acquis par lui-même qu’en référence à son « Oncle ».

L’innocence d’Hortense.

Il semble utile de revenir sur l’hypothèse d’une infidélité d’Hortense à Cauterets tant, au fil des décennies, la rumeur en a persisté ( Calomniez, il en restera toujours quelque chose).

Tout commence par le décès brutal à La Haye le 5 mai 1807 du fils aîné de Louis et d’Hortense, cet enfant que Napoléon aurait souhaité adopter pour en faire son héritier et éviter de se séparer de Joséphine. Ce drame produit un choc dans toute la famille et a pour conséquence un rapprochement entre Louis et Hortense dont le mariage bat de l’aile. Ils décident de se rendre aux eaux dans les Pyrénées mais, une fois arrivés à Cauterets, Louis quitte Hortense le 6 juillet 1807 pour aller à Ussat où le traitement conviendrait mieux à son état de santé. Les deux époux se retrouvent à Toulouse le 12 août et mènent alors une vue conjugale jusqu’à leur retour à Paris. Louis-Napoléon nait huit mois et une semaine après ces retrouvailles, bébé chétif qu’il faut ranimer et que les docteurs Baudelocque et Corvisart déclarent prématuré. Mais Caroline Murat mettra dans l’idée de son frère Louis, à l’esprit fragile, qu’il n’était peut-être pas le père de cet enfant et il en doutera toute sa vie, allant jusqu’à traiter son ex-épouse de « Messaline ». Mais que ne dit-on pas dans les cas de séparation et de divorce ?

Pendant son séjour à Cauterets avec son entourage, Hortense fait de nombreuses excursions dans les Pyrénées pour oublier, et elle est sans doute un peu imprudente dans son comportement. Les rumeurs reprendront donc quand l’enfant en question deviendra président de la république, puis empereur. C’est Victor Hugo ( ce qui n’est pas étonnant !) qui relancera l’affaire en parlant d’un « Beauharnais mâtiné de Verhuel », faisant allusion à l’amiral hollandais Verhuel, très proche du couple royal. En fait, l’historien Frédéric Masson a montré que Verhuel était resté à La Haye, ne se trouvait pas à Cauterets et qu’il y a sans doute eu confusion avec son frère plus âgé qui était alors ambassadeur de Hollande à Madrid. On se mit donc à chercher ailleurs.

Le baron de Boucheporn, préfet du palais du roi de Hollande, et le comte Vallet de Villeneuve, chambellan de la reine, qui eux se trouvaient à Cauterets, ont été rapidement écartés car ils étaient accompagnés de leurs épouses. Reste le cas du comte Adam de Bylandt, écuyer hollandais de la Reine et célibataire. Hortense dit dans ses Mémoires qu’elle le renvoya en Hollande fin juillet car il n’arrivait pas à la suivre en montagne et qu’il risquait de se tuer. Il n’avait pourtant que trente ans ! Il semble plutôt qu’il fut rappelé en Hollande à la demande du Roi qui le nommera son aide de camp. Très attaché à la reine, on le rencontrera plus tard à Arenenberg, mais cela ne suffit pas pour en faire un amant.

Toutes ces pistes échouant, on a relancé au début du XXe siècle l’hypothèse Elie Decazes. Decazes, le futur ministre de Louis XVIII, était alors un jeune avocat bordelais qui postulait à un poste à la Cour de Hollande. Il se rendit à Cauterets mais le Roi était déjà parti et il fut reçu fort aimablement par Hortense. Or, Decazes était alors un jeune veuf éploré et certains n’ont pas manqué de faire le rapprochement avec  la jeune mère qui ne l’était pas moins et les ont imaginés se consolant ensemble. Decazes accompagna la reine dans quelques excursions mais rien ne vient confirmer une liaison. Beaucoup plus tard, informé de la rumeur, Decazes dira qu’il avait peut-être regretté que rien ne se soit passé . . .

Reste l’affaire du cirque de Gavarnie. Pour échapper au comte de Castellane, préfet des Hautes-Pyrénées qui voulait la surveiller et lui ‘collait au train », Hortense se rendit le 25 juillet en excursion à Gavarnie avec seulement son amie Adèle de Broc et un guide pyrénéen. Elle dira qu’elle y avait passé la « plus merveilleuse nuit de sa vie », sans doute à observer les étoiles. Mais il n’en faut pas plus pour créer une légende et, dans les sociétés d’histoire locale des Pyrénées, on trouve toujours des adhérents persuadés que Louis-Napoléon était le fils d’un berger pyrénéen !

J.B Barbier dans son ouvrage « Mensonges sur le Second Empire » publié en 1959 a magistralement démontré que tous ces « arguments » en faveur d’une naissance illégitime de Louis-Napoléon étaient sans fondement sérieux. Mais,bien sûr, la nature humaine est ainsi faite qu’on trouve toujours des personnes pour y accorder foi.

L’hypothèse que le hiatus génétique se  situerait au niveau de la conception de Louis Bonaparte, futur Roi de Hollande, nous semble beaucoup plus probable, comme nous l’avons expliqué par ailleurs. Il existe en fait un moyen de trancher : il suffirait de faire un microscopique prélèvement anatomique dans le cercueil de Louis Bonaparte, déposé dans la crypte de l’église de Saint-Leu-La-Forêt (Val d’Oise) et de procéder à une analyse ADN. Informés par l’auteur de ces lignes le 24 janvier 2015, les membres  de la Société des Amis de Napoléon III de Vichy  se sont prononcés à 84 % en faveur de cette procédure. Néanmoins, le montage d’une telle opération se heurte à des difficultés administratives, financières et psychologiques.

Affaire à suivre . . . 

Jacques MACE,

Trésorier du Souvenir Napoléonien, auteur notamment du « Dictionnaire historique de Sainte-Hélène »( Tallandier, 2004).

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( 27 février, 2015 )

Le départ de l’Empereur reconstitué…

Sans doute tourné hier  (26 février 2015) à Portoferraio, capitale de l’île d’Elbe: 

http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/napoleon-des-passionnes-rejouent-le-26-fevrier-1815_835499.html

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( 27 février, 2015 )

Sur la Route Napoléon (5).

Cinquième et dernière partie de cette série publiée dans le journal « La Croix »: 

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Un-bouquet-de-violettes-offert-a-Napoleon-avant-l-arrivee-a-Grenoble-2015-02-27-1285414

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( 27 février, 2015 )

27 février 1815…

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« 27 février [1815]. A huit heures du matin, nous nous trouvions à la hauteur de Capraia. Sa Majesté fit servir le déjeuner ; nous eûmes l’honneur d’y être admis. Après le déjeuner, Sa Majesté régla le quart, pour que le pont ne fût pas obstrué. A une heure, on signala la frégate anglaise sortant de Livourne. On fit force de voiles ; on coula bas un canot qui était à la traîne et qui pouvait retarder la marche du brick. La vue de la frégate nous donna de vives inquiétudes ; elles redoublèrent à la vue d’une frégate française stationnant sur les côtes de la Corse. A quatre heures, on signala un bâtiment de guerre venant droit, vent arrière, à la rencontre de la flottille. Comme il se dirigeait sur nous, l’Empereur ordonna toutes les dispositions pour se préparer au combat. En un clin d’œil le pont fut débarrassé. Tout le monde se casa dans les parties basses du bâtiment ; les grenadiers reçurent l’ordre de ne pas se montrer et de cacher leurs bonnets. Cette disposition tourmentait le capitaine, parce qu’il se voyait horriblement encombré. L’Empereur seul voulut rester sur l’arrière du brick. Le bâtiment approchait ; on reconnut que c’était le brick le Zéphyr, capitaine Andrieux. Les sabords avaient été ôtés, les pièces chargées. Sa Majesté disait : « Laissons approcher, et s’il attaque, sautons à l’abordage. » Ces paroles n’étaient pas rassurantes. Les deux bricks passèrent bord à bord. Le capitaine Taillade, officier de la marine française, était très connu du capitaine Andrieux, qui commandait le Zéphyr, et dès qu’on fut à portée, on parlementa. Sa Majesté dictait les demandes. On demanda au capitaine Andrieux où il allait… A Livourne. Il demanda à son tour quelle route tenait l’Inconstant. – Gênes. – On lui demanda s’il voulait communiquer avec nous ; il remercia et s’excusa en demandant comment se portait l’Empereur. – A merveille. – Et les deux bricks, allant en sens contraire, furent bientôt hors de vue l’un de l’autre. Dans la nuit, le vent fraîchit ; j’eus le mal de mer et j’en souffris beaucoup toute la nuit. »

(Guillaume Peyrusse,  « En suivant Napoléon. Mémoires, 1809-1815″, Dijon, Cléa, 2009. Préface, notes et complément par Christophe Bourachot).

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