( 8 décembre, 2016 )

A propos du mameluck Ali…

1821

Louis-Etienne Saint Denis (désigné par une flèche) à Sainte-Hélène. A ses côtés se trouve son ami le valet de chambre Louis Marchand.

 Louis-Etienne Saint-Denis, plus connu sous le nom de « mameluck Ali » est un de mes personnages favoris de l’épopée; l’exemple même du fidèle de Napoléon. Il le suivit à Sainte-Hélène et assista aux derniers moments du Grand Homme. En 2000, j’ai réalisé pour le compte des Editions Arléa, une nouvelle édition de ses « Souvenirs »; un récit que se doit de lire tout napoléonien qui se respecte. 

 C.B.

 « J’ai connu plusieurs personnes ayant vécu près de Napoléon dans des positions diverses, d’anciens serviteurs longtemps attachés à sa personne. Tous sont unanimes pour vanter la bonté de son cœur, son affabilité et sa simplicité. Ainsi Saint-Denis, son premier valet de pied, qui l’accompagna à l’île d’Elbe et à Sainte-Hélène, d’où il ne revint qu’après la mort de son maître, ne tarit pas sur son inépuisable bonté, sa douceur envers ses gens, sa bonhomie. Napoléon aimait beaucoup les enfants, se plaisait à les prendre dans ses bras, à écouter leur babil. Saint-Denis avait une petite fille de deux ou trois ans: l’Empereur se détournait fréquemment de sa promenade pour aller la caresser. Ce même Saint-Denis fit partie de l’expédition qui, sous le commandement du prince de Joinville, alla en 1840 chercher les cendres de Napoléon à Sainte-Hélène pour les ramener en France. J’ai été longtemps le médecin de la famille Saint-Denis. Le père, mort dans un âge très avancé, avait passé des écuries de Louis XVI dans celles de Napoléon, où il remplissait les modestes fonctions de piqueur. Le fils faisait partie de la maison impériale ; il était valet de pied ; son intelligence, son dévouement, sa bonne mine lui valurent les bonnes grâces de l’Empereur, qui l’attacha plus particulièrement à sa personne et le désigna pour l’accompagner à Sainte-Hélène. Saint-Denis n’avait reçu que peu d’instruction. Il eut cependant l’idée d’écrire jour par jour ce qu’il voyait et ce qu’il entendait. Son service l’appelait à chaque instant près de l’Empereur, il a entendu de sa bouche bien des choses curieuses. Ce journal forme quatre gros cahiers dont l’écriture n’est pas mauvaise, mais qui, sous le rapport de l’orthographe et de la grammaire, laissent beaucoup à désirer. J’ai pu les parcourir et ils m’ont vivement intéressé. Voici un emprunt que je leur fais : « Sire, qui dit Montholon, j’ai eu occasion de voir beaucoup les Anglais, de vivre au milieu d’eux, et je puis vous dire qu’ils sont bons enfants tout de même. -Oui, qui dit l’Empereur, mais leur gouvernement ne vaut pas le diable, et il savait bien ce qu’il faisait en me donnant pour geôlier la plus grande canaille de l’Angleterre.»

(Docteur Poumiès de la Siboutie », « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp. 142-143)

——

A propos de ce personnage qui finit son existence dans la belle ville de Sens (Yonne) :

http://www.histoire-sens-senonais-yonne.com/pages/gerard-daguin-chroniques-historiques/des-lieux-et-des-hommes-le-mamelouk-ali/louis-etienne-saint-denis-le-mamelouk-ali-de-napoleon.html

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( 7 décembre, 2016 )

7 DECEMBRE 1815: La FIN du «BRAVE DES BRAVES»…

7 DECEMBRE 1815: La FIN du «BRAVE DES BRAVES»... dans FIGURES D'EMPIRE ney

Arrêté le 3 août 1815 au château de Bessonnies (Lot), où il avait trouvé refuge, Ney est transféré à Paris, sous la pression des ultras , » Louis XVIII est prié de se monter intraitable », comme l’écrit un de ses biographes, Éric Perrin. Un procès est inévitable et Gouvion Saint-Cyr, ministre de la Guerre prie le ministre de la Police Decazes « de mettre le prince de La Moskowa à sa disposition comme justiciable des tribunaux militaires… ».  Ney arrive à Paris le 19 août 1815, le jour même où est fusillé le brave Labédoyère. Il est enfermé à la Conciergerie. Il faudra attendre le 10 novembre pour que débute son procès. On peut y voir Metternich et le prince Auguste de Prusse. Parmi les 7 juges: les maréchaux Jourdan, Masséna, Augereau, Mortier; les généraux Gazan, Claparède et Villate. Moncey s’est récusé dans une lettre courageuse au Roi. Il a été aussitôt destitué et condamné à une peine de trois mois de prison. Au soir du 6 décembre, la sentence tombe: Ney est condamné à mort par 139 voix contre 5 abstentions et 17 voix pour la déportation. Parmi ceux qui votèrent la mort on note les noms de Marmont, Sérurier, Kellermann, Pérignon, Victor; les généraux Dupont, Latour-Maubourg, Lauriston, Dessolles, et Maison. « Le maréchal, écrit Perrin, qui s’était endormi profondément après avoir dîné, est réveillé à 3 heures du matin, ce 7 décembre 1815. D’une voix tremblante, un fonctionnaire lui communique l’arrêt. Ney est alors rouge de colère… » Ney s’exclame: « C’est digne du règne de Caligula, dit-il, spontanément, on prend un homme, il veut se défendre, on le bâillonne et on l’envoie à la mort ! ». Eglé Ney, son épouse, compte se rendre aux Tuileries afin d’obtenir du Roi sa grâce En vain !… Un peu avant 9 heures du matin, Ney, après avoir accepté les secours de la religion, se rend sur les lieux de son exécution. Il marche d’un pas ferme.  Il sera fusillé au bout de l’avenue de l’Observatoire. Mort, Ney est effectivement redevenu le premier soldat de Napoléon qui se rue à bride abattue sur les carrés ennemis », écrit Éric Perrin au terme de son étude. Une statue, œuvre de Rude, sera inaugurée sous Napoléon III, le 7 décembre 1853, à l’emplacement de son exécution. Plusieurs années après, en 1895, se trouvant sur la trajectoire de la future voie de chemin de fer reliant Paris à Sceaux, elle sera déplacée en face de son endroit initial. C’est là que le passant amoureux de l’Histoire peut la contempler encore aujourd’hui.   

C.B. 

 

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( 7 décembre, 2016 )

A propos de la mort du maréchal Ney…

A propos de la mort du maréchal Ney… dans HORS-SERIE ney1815

On sait qu’à l’époque de la Restauration, historiens libéraux et pamphlétaires avaient affirmé que, lors du procès Ney, les pairs avaient fait bombance dans le palais même où ils venaient de condamner à mort le maréchal. Cette affirmation a soulevé l’indignation du duc de Broglie, qui, dans ses « Souvenirs » a déclaré avec netteté : « C’est une insigne calomnie. Il n’y a eu ni souper, ni rien de pareil. » Mais comme il lui était impossible de nier absolument qu’il y ait eu tout de même quelque chose, il reconnaissait cependant qu’il y avait eu « un simple buffet, dressé dans un cabinet par M. de Sémonville, où chacun pouvait demander soit un bouillon, soit un peu de pain. »

Le malheur est, pour le duc de Broglie, qu’un érudit qui a passé sa vie à étudier l’histoire parisienne, M. Hustin, a retrouvé dans la Comptabilité de la Chambre des Pairs une facture qui met le noble duc en fâcheuse posture.

Ce vieux papier, publié par le « Bulletin de la Société Historique du 6ème arrondissement » a été rappelé ces temps derniers à la « Commission du Vieux Paris » par un autre érudit, M. Paul Jarry, qui évoquait devant elle l’histoire du célèbre restaurant Foyot, aujourd’hui disparu sous la pioche des démolisseurs.

En 1815, le futur restaurant Foyot était tenu par un sieur Diguet. Et il se trouve que le sieur Diguet a facturé, rien que pour la soirée du 6 décembre où fut condamné le maréchal 160 repas, servis aux seuls pairs, dans la galerie de Rubens, à raison de 20 francs par tête, ce qui n’était pas mal pour le temps, 100 bouteilles de bourgogne, 8 de bordeaux, 4 de madère et 4 de malaga, sans doute pour les plus délicats. Et il y eut en outre 285 repas servis aux maréchaux, aux officiers et aux témoins Les mémoires du sieur Diguet, rapporte M. Paul Jarry, ne furent réglés que le 24 avril 1816, et encore fallut-il que Diguet produisit à leur appui deux attestations, dont l’une signée par les serveurs qui affirmèrent sur leur honneur et leur conscience » que le compte était sincère et exact.

Ce n’est pas pour rien, a ajouté M. Paul Jarry, que ceci se passait sous la Restauration…

En tout cas, la cause est jugée, et ceci doit nous inciter à nous montrer prudents quand nous utilisons des « souvenirs », même quand ce sont ceux d’un honnête homme comme le duc de Broglie.

Émile FRANCESCHINI.

(Article diffusé dans la « Revue des Études Napoléoniennes » n°8, 4ème trimestre 1939, pp.244-245).

——-

Le restaurant Foyot fut créé en 1848 ; il se trouvait à l’angle de la rue de Vaugirard et de la rue de Tournon. Très prisé des sénateurs, il est néanmoins démoli en 1938.

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( 6 décembre, 2016 )

Napoléon à Oschmiana. Récit du chirurgien Geissler…

Napoléon à Oschmiana. Récit du chirurgien Geissler... dans TEMOIGNAGES Geissler-226x300Dans sa « Geschichte des Regiment Herzoge su Sachsen » (pp.136-137), le chirurgien Geissler raconte qu’il vit Napoléon arriver le 5 décembre 1812 au soir. Tel était l’enthousiasme que l’Empereur inspirait encore aux soldats qu’on eut du mal à empêcher les troupes allemandes de la division Loison de lui faire une ovation. 

Arthur CHUQUET 

‘Le 5 décembre au soir, Napoléon arrivait du quartier-général de Smorgoni- à une journée de marche d’Ochmiana- après avoir remis au roi de Naples [Maréchal Murat Le commandement en chef de l’armée. Il était près de 10 heures du soir lorsqu’il arriva à Ochmiana, accompagné d’un détachement de cavalerie polonaise. Il était dans une voiture de voyage drapée de fourrure et tirée par six petits chevaux lithuaniens ; Caulaincourt, duc de Vicence, à côté de lui ; sur le siège, le mamelouk Roustam et l’interprète polonais, le capitaine de la Garde Wonsowicz. Dans un traîneau suivaient le Grand Maréchal Duroc, duc de Frioul, et Mouton, comte de Lobau.

L’Empereur portait une pelisse verte garnie de brandebourgs d’or et un bonnet de même espèce. Il avait l’air grave et semblait être en très bonne santé. Depuis que nous l’avions vu de près à Gotha en 1807, à Erfurt et à Weimar en 1808, et, en dernier lieu, à Donauwörth  en 1809, son visage n’avait pas du tout changé. Nous considérions ce  puisant mortel à la distance de quelques pas- car, par hasard, il avait fait arrêter devant notre quartier- et avec la plus grande attention. Les généraux Gratien (qui remplaçait Loison, pas encore arrivé) et Vivier, avec les colonels des régiments, s’étaient mis en demi-cercle à la portière de la voiture. On parla du grand froid et de la surprise qui venait d’avoir lieu [celle tentée par le partisan Seslavine, qui à la tombée de la nuit, était soudain entré dans Ochmiana avec des canons sur traîneaux] et qui parut affecter désagréablement l’Empereur : il croyait peut-être que l’ennemi connaissait déjà son départ. La personnalité de cet homme extraordinaire, la plus attachante de l’époque moderne, ses traits marqués de l’empreinte de la plus grandiose originalité, ses puissantes actions qui avaient remué son temps et son monde, nous entraînaient à une involontaire admiration.

La voix que nous entendions à l’instant même, n’était-ce pas la voix dont le moindre accent résonnait dans toute l’Europe, déclarait des guerres, décidait des batailles, déterminait le destin des empires, élevait ou détruisait la gloire de tant et tant d’hommes ? Lorsque la nouvelle de son arrivée se répandit parmi les troupes, elles voulurent manifester. Malgré le froid rigoureux et d’autres conditions favorables, comme les troupes d’Oudinot et de Victor à Borisov, le saluer par l’habituel cri de joie.  Mais à cause de son incognito, de telles acclamations furent réprimées.  »

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( 5 décembre, 2016 )

Smorgoni, 5 décembre 1812…

Smorgoni, 5 décembre 1812… dans TEMOIGNAGES napoleon-en-route-pour-paris-decembre-1812

Le 5 décembre 1812, sentant la nécessité de rentrer en France, Napoléon quitte l’armée à Smorgoni, laissant le commandement au roi de Naples.

« A dix heures précises du soir, nous montâmes en voiture, l’Empereur et moi, dans sa dormeuse, le brave Wonsowicz à cheval près de la voiture, Roustam, les piqueurs Fagalde et Amodru aussi à cheval. L’un d’eux prit les devants pour commander les chevaux de poste à Oschmiana. Le duc de Frioul et le compte de Lobau suivaient dans une autre. Les mesures furent si bien prises, le secret si bien gardé que personne ne se douta de la moindre chose et,  à l’exception du grand maréchal  [Duroc] et du baron Fain, même ceux qui partirent ne surent le voyage qu’à sept heures et demie, quand les maréchaux l’apprirent. L’Empereur arriva à Oschmiana vers minuit. La division Loison et un détachement de la cavalerie napolitaine y avaient pris position dans l’après-midi. Il gelait très fort. Pleins de sécurité et se croyant couverts par l’armée, les postes, mal placés, étaient aussi mal gardés ; la division logeait ne ville. Chacun s’était enfermé et mis à l’abri du froid, qui était excessif. Un partisan russe avait profité de cette sécurité pour faire, quelque temps avant l’arrivée de l’Empereur, un hourra général dans cette ville, avec des cosaques et des housards. Quelques sentinelles tuées, quelques hommes emmenés furent le seul résultat de cette expédition. La fusillade de chaque maison ayant bientôt obligé les Russes à s’enfuir, ils prirent position au-dessus de la ville qu’ils canonnèrent  quelque temps. Les choses étaient dans cette situation quand l’Empereur y arriva » .

(Général de CAULAINCOURT, « En traîneau avec l’Empereur. Présenté par Christophe Bourachot », Arléa, 2002, p. 81).

——————

Au terme d’un voyage périlleux, Napoléon arriva dans la cour des Tuileries le 18 décembre 1812 à minuit moins le quart.

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( 5 décembre, 2016 )

Une lettre du comte Méjan à sa femme…

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Ce personnage était conseiller d’État du Royaume d’Italie et secrétaire des commandements du Vice-Roi (Eugène).

Dorogobouje, le 7 novembre 1812.

Il m’est arrivé un malheur, qui me coûtera bien cher, ma tendre amie. On m’a volé mes meilleurs chevaux et ceux qui me restent ne peuvent plus mettre un pied l’un devant l’autre, de sorte que me voici à pied ou bien près de l’être, puisqu’il ne me reste qu’un seul cheval. Heureusement que si nous n’avons la paix nous aurons un peu de repos et que je pourrais trouver de quoi réparer cette perte en partie au moins, car je ne suis pas assez riche pour acheter les chevaux qu’il faudrait avoir.

Il faudra faire de fières économies pour boucher les trous qu’aura fait cette campagne. Adieu ma bonne et tendre amie.

MEJAN.

   

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( 5 décembre, 2016 )

Le général Sébastiani (devenu maréchal de France en 1840).

Sebastiani devint maréchal de France en 1840

François-Horace-Bastien Sébastiani,  comte et maréchal de France est né le 10 novembre 1772 à La Porta d’Ampugnani, et son oncle qui l’élève le destine à une carrière religieuse. Davantage attiré par le métier des armes, il s’engage comme sous-lieutenant dans le régiment de Vintimille en août 1789. Il peut être considéré comme l’un des plus « beaux soldats » qui ont servi l’Empereur : courageux, sérieux, énergique, froid et décidé. Intègre et loyal, il était considéré par ses pairs comme un « brave ». Napoléon, malgré une courte période de défiance, le tenait en grande estime. Il est inhumé aux Invalides et a son nom inscrit sur l’Arc de triomphe de l’Étoile. Il a participé a toutes les grandes batailles de la Révolution, du Consulat et de l’Empire : Arcole (1796), Marengo, Austerlitz (où il est grièvement blessé en 1803), guerre d’Espagne (1809/1811), campagne de Russie (1812), campagne de 1813/1814 (Leipzig, Hanau, etc.). Lors du 18-Brumaire, il seconde activement Bonaparte avec son régiment de dragons en chassant les députés de Saint-Cloud. Des missions diplomatiques lui sont confiées : en 1802 à Constantinople, il gagne l’amitié du sultan Selim III, puis en 1806 où comme ambassadeur il dirige la défense de la ville contre les Anglais qu’il force à repasser les Dardanelles (1807). Après Waterloo, il est l’un des commissaires désignés pour traiter la paix avec les alliés, mais ne peut rien obtenir en faveur de Napoléon. Mis en demi-solde par les Bourbons, il s’exile en Angleterre jusqu’en 1816. En 1819, il est élu député de la Corse et siège à l’extrême gauche, puis député de l’Aisne en 1826. Ambassadeur à Naples (1834), il est à nouveau député de la Corse en 1835, puis Ambassadeur à Londres (1835/1840). Sous la Monarchie de Juillet, il est nommé, dans un premier temps, Ministre de la Marine (1830) puis Ministre des Affaires Étrangères (1830/1832). Sa fidélité absolue à la politique de paix en Europe, voulue par Louis-Philippe, suscite une vive émotion à la Chambre le 16 septembre 1831, quand il annonce que la Russie vient d’écraser l’insurrection polonaise et ajoute que « la tranquillité régnait à Varsovie ». Cette phrase indigne les libéraux, partisans de l’insurrection et devient proverbiale sous la forme «  l’ordre règne à Varsovie.  » En octobre 1840, il est élevé à la dignité de maréchal de France. Les dernières années de sa vie sont accablées par la mort tragique de sa fille, la duchesse de Choiseul-Praslin, assassinée par son mari en 1847. Il décède à Paris le 20 juillet 1851. Au-delà du comportement traditionnel de la classe des notables dans l’île, le monopole politique détenus par quelques familles clanistes est favorisé par un système électoral censitaire qui, en accordant le droit de vote aux seuls propriétaires, autorise les abus, renforce le clan et laisse peu d’espaces d’expression, politique ou sociale, aux autres composantes de la société. Les représentants du pouvoir central, et au premier rang les préfets, apparaissent davantage aux yeux de la société préoccupés par les résultats électoraux que par les difficultés quotidiennes des insulaires. C’est dans ce contexte que se développe une forte criminalité.

La littérature romantique s’est emparée du mythe du « bandit d’honneur ». La réalité est beaucoup plus cruelle et parfois plus sordide. Entre 1818 et 1852, quatre mille six cent quarante-six meurtres sont commis dans l’île, soit une moyenne annuelle de cent trente. Réfugiés dans les montagnes, les bandits assassinent en quasi toute impunité, terrorisent et rançonnent les populations et parfois même les villes. Si la vendetta a sa part dans cette explosion de violence individuelle, nombreux sont ceux qui trouvent dans le banditisme « un moyen facile de pourvoir à leurs besoins » (X. Versini ’ Un siècle de banditisme en Corse, les Editions de Paris). Les populations locales, en dépit de quelques sympathies, subissent ce tribut criminel et ne se trompent guère sur les ressorts qui animent ces hommes en les nommant : «  I Parcitori  » (les percepteurs). La position de bandit est même une source d’influence dans la société insulaire où la justice a toujours été considérée comme inefficace ou insuffisante. La création en 1822 d’un corps de voltigeurs, composé uniquement d’insulaires, obtient quelques succès. Il se livre aussi à des excès ou exerce mollement sa mission contre parents et amis ce qui conduit à sa dissolution en 1850. Le banditisme est le révélateur des tensions sociales et d’une certaine forme de rejet de l’État. Quelques progrès timides sont enregistrés dans le domaine des transports : les premiers bateaux à vapeur sont mis en service entre la Corse et le continent en 1830. Les voies de communication internes sont améliorées à partir de 1836. L’industrie ne connaît guère de succès et l’artisanat reste traditionnel. La Corse enregistre cependant un « boom démographique » (F. Pomponi : Histoire de la Corse, Hachette) qui double sa population entre 1827 et 1870. Cet essor entraîne l’extension des surfaces cultivées, en particulier en céréales, et un accroissement corrélatif de la production. L’arboriculture progresse : le vignoble double sa surface, la châtaigneraie est mieux exploitée et la mise en valeur de l’oliveraie permet une activité exportatrice rémunératrice. Ces exigences économiques nouvelles modifient l’utilisation gratuite et la répartition des biens communaux. Le principe du recours à l’usage des biens communaux par adjudication, pour le pacage et pour l’ensemencement, est encouragé et rendu obligatoire par l’administration.

Il nourrit un mécontentement généralisé de la part des utilisateurs traditionnels et constitue pour le clan une arme efficace contre ses adversaires. Enfin ce système favorisa l’appropriation privée d’une partie terres communes et provoqua des tensions. La vaine pâture fut aussi strictement réglementée en 1825 et, en accentuant les clivages entre les éleveurs, constitua un facteur supplémentaire de tensions. Des années de sécheresse et de mauvaises récoltes vers le milieu du siècle coïncident avec les premiers troubles de la Révolution de 1848 qui sont marqués, en Corse, par des violences agraires avec parfois le concours actifs de « bandits d’honneur ». Dans l’île, l’annonce de la chute de Louis-Philippe est accueillie avec un enthousiasme certain. Les Corses pensent enfin tenir leur revanche en soutenant massivement la candidature de Louis Napoléon à la présidence de la République en décembre 1848.

 Capitaine P. MATZYNSKI

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( 3 décembre, 2016 )

Deux lettres sur la bataille d’Austerlitz…

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Lettre du commandant Salmon (chef de bataillon au 24ème léger, écrite à sa femme Pauline, après la bataille d’Austerlitz). 

3 décembre 1805, au bout du monde. 

C’était hier la fête du couronnement de notre Empereur. Quatre mots ma chère petite femme, pour te tranquilliser, car l’affaire d’hier fera beaucoup de bruit. Nous nous sommes battus depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir. Je dois ma vie à mon adresse et à mon grand courage. J’ai fait bien du mal à l’ennemi mais il m’en a fait beaucoup. Je suis resté à deux cents hommes. Lorsque j’ai rallié ma troupe, je n’avais que vingt hommes et mon drapeau. Nous avons 30 officiers tués et blessés. J’avais été chargé par la Garde à cheval de l’empereur de Russie. Je comptais Devienne au rang de ceux qu’ils ont vaincu. Mais il était tombé sous les chevaux, dont plusieurs lui ont marché dessus. Il a fait le mort et il m’a rejoint. Ce ne sera rien, il marche bien et il a bon appétit. Nous avons mangé un morceau ensemble. J’ai fini par le faire rire. « Ah mon Dieu ! me dit-il, commandant, je ne croyais jamais que vous pouviez vous tirer de là. » J’ai renversé un cavalier de sur son cheval, au moment où il m’a porté un coup de sabre, avec la monture du mien, étant serré corps à corps : pour finir je me porte bien quoique fatigué.

Philippe, qui était observateur, vint nous embrasser en pleurant et nous offrir de la soupe et notre part d’un civet qu’il avait fait avec un lièvre qu’il avait pris à la main. Il était à bout de fatigue par les coups de fusil de l’ennemi et les nôtres. 

Enfin nous avons gagné la bataille. C’est innombrable la perte de l’ennemi. Cinq lieues de chemin, la terre jonchée de leurs corps morts, 200 pièces de canon, 23 milles prisonniers. Quelle bataille ! Depuis que le monde est monde, jamais pareille [chose] n’est arrivée. 

Austerlitz… 

———————————

Lettre du général Léopold Berthier (1770-1807), frère cadet du maréchal Berthier à sa femme. 

Au quartier-général, au bivouac, sur la route d’Olmütz, le 5 décembre 1812. 

Il m’a été impossible, ma chère bonne petite, de pouvoir t’écrire ces jours-ci. Mon frère a bien voulu te faire dire que je me porte bien. Tu sais la grande et belle bataille que nous avons gagnée. Ton frère, moi, d’Haugerenville de porte bien ; sois sans inquiétude, tout va bien ; l’ennemi fuit et tout va très bien pour nous. Kellermann, Gérard, Chaloppin ont été blessés légèrement [Le chef d’escadron Chaloppin fut en fait mortellement frappé à Austerlitz].

Le maréchal [Berthier] se porte bien ; je suis couché à côté de lui sur un très bon lit de paille et devant un bon feu. J’espère que ce soir nous serons dans un bon lit ; nous en avons besoin pour nous remettre de nos fatigues. Adieu, bonne petite amie à moi, aime toujours ton bon petit mari et il est sûr d’être toujours heureux. Embrasse nos petits enfants et sois assurée que je ne perdrai de temps quand je pourrai t’écrire de venir me rejoindre. 

Adieu, je t’embrasse de tout mon cœur.  Ton ami, ton amant, 

L.BERTHIER 

Ces documents furent publiés en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

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( 2 décembre, 2016 )

Quand on reparle du « Parc Napoléon »…

Un projet qui devrait se concrétiser dans peu d’années,

en Seine-et-Marne:

http://www.larepublique77.fr/2016/12/01/parc-napoleon-une-locomotive-pour-le-developpement-economique/

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( 2 décembre, 2016 )

« Austerlitz,1805. »

Un volet de la légendaire série des « Grandes batailles du Passé » , d’Henri de Turenne et de Daniel Costelle. Première diffusion à la télévision française: 12 décembre 1974. Un documentaire  qui a plutôt bien vieilli ! 

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( 2 décembre, 2016 )

Il y a 211 ans: AUSTERLITZ…

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« Le 2 décembre [1805], ou 11 frimaire an XIV, à la pointe du jour, on battit la générale partout, la cavalerie monta à cheval ; chacun prit son rang et se disposa à combattre. L’ennemi avança dans le lointain, par division, en colonnes serrées et commença l’attaque ; le canon ronfle partout ; la lutte s’engage ; et ce jour fut donnée la fameuse bataille d’Austerlitz, où les empereurs de France, de Russie et d’Autriche commandaient en personne ; la bataille des Trois Empereurs ! Chacun fit son devoir. L’armée française s’est immortalisé là par son intrépidité en luttant contre deux armées coalisées, de force supérieures. L’affaire a été générale, et, en moins de quatre heures, l’armée ennemie fut coupée ou dispersée et noyée dans les lacs [on sait qu’il s’agit d’une légende]. Le succès de cette journée nous a valu quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canons, vingt généraux et plus de trente mille prisonniers [en fait 9 767 prisonniers russes et 1 686 prisonniers autrichiens, soit 11 453 hommes au total, selon Alain Pigeard].

Jamais on n’a combattu avec tant d’acharnements de part et d’autre. Nous avons bivaqué sur le champ de bataille. ».

(Georges Bangofsky, du 7ème hussards, « Mes campagnes (1797-1815) », Editions du Grenadier, 2012).

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( 1 décembre, 2016 )

Le régiment des dromadaires…

Le voici en situation avec ce magnifique diorama dû à Jean-François Ardellier. Une très belle réalisation à découvrir ici: 

http://empire-diorama-ard.over-blog.com/2016/12/campagne-d-egypte-ii-_-le-regiment-des-dromadaires.html

Régiment dromadaire...

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