( 1 avril, 2015 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (IV)

1809 4

Suite du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème  régiment de ligne.

« Le 10 mai 1809, tout notre corps d’armée reçut l’ordre d’aller se poster à deux lieues au-dessous de Vienne, sur les bords du Danube, qu’il s’agissait de franchir. Pour cela il fallait construire trois ponts: un premier pour passer dans une petite île, un second pour aborder dans l’île Lobau, et enfin un troisième pour passer de l’île Lobau sur a rive gauche. J’allai voir travailler aux ponts, et comme j’étais assis sur une pièce e bois, je vis arriver l’Empereur qui se mit fort en colère, parce qu’il ne trouvait pas le premier pont terminé. Il ne restait plus que deux ou trois barques à placer. Il ne s’en alla que lorsque le pont fut terminé, et, comme quelques pièces de bois obstruaient encore le passage, et qu’on ne se pressait pas assez d’obéir à ses ordres pour les enlever, il distribua quelques coups de cravache et tout fut bientôt nettoyé. Le 20, lorsque le pont qui reliait l’île Lobau à la petite île  fut terminé En arrivant au pont, nous vîmes l’empereur qui en examinait les travaux. Mes camarades qui comme moi l’avaient reconnu, se mirent à plaisanter : — « As-tu vu le tondu? — As-tu vu le petit caporal ?» Comme il n’avait pas sa redingote, et que sa toilette paraissait plus soignée que d’habitude, je dis: —« Il s’est mis en toilette pour le grand bal qu’il va donner demain aux Autrichiens. » Comme je prononçais ces paroles, je me sens heurter. C’était l’empereur qui me poussait pour passer devant moi. J’aurais bien voulu avoir mes paroles dans le ventre; mais il ne dit mot et se mit à sourire, ce qui lui arrivait rarement, et nous entrâmes dans l’île Lobau, avec l’Empereur, au milieu de notre musique. Nous traversâmes toute l’île, qui a bien deux lieues d’étendue, et l’on nous posta en bataille derrière un petit bois où nous passâmes la nuit pendant que les voltigeurs et les grenadiers, dont on forma des bataillons, passaient sur des barques le troisième bras du Danube, pour protéger la construction du troisième pont auquel on travaillait avec la plus grande activité. Je m’étais couché près d’un feu qu’avaient allumé les travailleurs et je fis un petit somme. A mon réveil, je me trouvai le plus proche voisin de l’Empereur. Il était assis sur une pièce de bois qui me servait d’oreiller. Très étonné de n’avoir pas été dérangé, mais effarouché d’un pareil voisinage, je ne savais comment me tirer de là. Je fis comme si je n’avais rien vu, je me retournai et feignis de dormir. J’écoutais de toutes mes oreilles ce que l’on pouvait dire, mais je n’entendis rien d’intéressant. On ne s’occupait que de faire diligenter les ouvriers pour la confection du pont. De temps en temps l’Empereur s’appuyait sur ses deux mains et faisait sans doute un petit somme; puis il s’informait si l’ouvrage avançait.

Sur les deux heures du matin, il alla s’assurer par lui-même de l’état des travaux, et il dit aux ouvriers: – « Si dans deux heures le pont est fini, il y a deux cents napoléons pour vous autres. » Sous l’œil du maître, on fit des prodiges. Tout le monde travaillait : officiers, généraux étaient dans l’eau presque jusqu’au cou. A trois heures et demie tout était prêt et à quatre heures du matin (21 mai 1809) nous abordions l’autre rive, l’empereur et tout son état-major à notre tête. En débouchant du pont, nous entrâmes dans une plaine superbe. J’entendis le prince Berthier dire à l’Empereur: — « Voilà une magnifique salle de bal. Nous allons y faire danser les Autrichiens. » Pour cette fois il s’est trompé. Il y a bien eu danse, mais c’est nous qui avons payé les violons. Notre régiment ayant pris position à droite du village d’Essling, j’allai à la découverte pour tâcher de trouver quelque nourriture ; car j’avais mangé mon dernier morceau de pain le matin et il ne devait pas y avoir de distribution avant le soir. Je trouvai un bidon de graisse; puis, comme dans le village il y avait beaucoup d’oies qui avaient été plumées et vidées par les premiers arrivants, je ramassai, parmi les débris, des foies et des cœurs qu’on avait dédaignés et qui furent pour moi les éléments d’un bon fricot où la graisse ne manquait pas. Un de mes confrères avait trouvé de la farine, nous en fîmes une galette que nous fîmes cuire dans la cendre. Notre festin, quoique bien modeste, attira cependant des convives. L’adjudant-major et l’adjudant sous-officier, qui n’avaient rien à se mettre sous la dent, vinrent nous demander de partager notre repas. Nous avions grand’faim, aussi nous n’attendîmes pas que la galette fût cuite; nous la mangeâmes en pâte et en doublant les bouchées de fricot. Nous finissions notre festin, quand le premier coup de canon se fit entendre. L’adjudant-major courut reprendre son poste, et l’adjudant qui était un de mes pays, me fit ses adieux en m’embrassant, disait-il, pour la dernière fois. Il avait le pressentiment qu’il n’en reviendrait pas. Pendant trois mois, on le crut mort, mais il n’était que prisonnier. Moins heureux fut un de mes intimes amis, un sergent-major, qui lui aussi avait des idées noires, et qui nous répétait souvent qu’il ne verrait pas finir la campagne. Un boulet de canon le coupa en deux, quelques minutes après que je lui eusse serré la main. Dès les premiers coups de canon, la plupart de nos confrères s’empressèrent de repasser le Danube. Six de nous seulement restèrent avec l’année, malheureusement pour nous; car si nous les avions suivis nous nous serions épargné bien des misères. Pour nous garantir des boulets, nous nous retirâmes dans le village d’Essling. Au milieu du village, un aide-de-camp vint à moi et me demanda si je n’avais pas vu le maréchal Lannes. Un moment après le prince Berthier arrivait au galop demandant lui aussi après le maréchal. A l’instant, je le vis qui traversait un verger. Je le montrai au prince qui, piquant des deux, alla le rejoindre, et le ramena pour le conduire à l’empereur qui était de l’autre côté du village. C’est la dernière fois que je devais voir le maréchal Lannes qui, le lendemain, eut la cuisse emportée par un boulet et qui mourut quelques jours après à Vienne (31 mai 1809). J’étais monté au grenier d’un bâtiment fort élevé, qui servait de magasin de grains. De là je découvrais tout le champ de bataille. Je pus constater que l’ennemi avait des forces bien plus considérables que les nôtres. Les Autrichiens avaient trois lignes, l’une derrière l’autre, tandis que nous n’en avions qu’une, encore nous ne garnissions pas tout notre terrain. Ils étaient bien cent mille, contre nous trente mille, mais des troupes débouchaient sans cesse du pont du Danube, cela me rassura. J’étais loin de me douter que les renforts, dont nous avions tant besoin, allaient être arrêtés par la rupture des ponts, et que la Grande Armée allait être coupée en deux. Comme les boulets menaçaient de venir me trouver dans mon observatoire, je m’empressai de descendre. Je trouvai en sortant un bataillon qui venait occuper la maison. Il se livra là un terrible combat, qui ne fut pas à notre avantage. Au bout de deux heures, le bataillon fut obligé d’abandonner sa position après avoir fait des pertes considérables. Abandonnant le village, où il faisait trop chaud pour moi, je me dirigeai du côté du quartier-général de l’Empereur, pensant que là je serais moins en danger. Mais je n’y arrivai pas sans baisser souvent la tête, les boulets sifflant de tous côtés. L’Empereur et son état-major étaient dans un petit fond près d’une tuilerie. Un général ou un maréchal, je ne pouvais d’où j’étais distinguer les insignes, était monté dans les bâtiments de la tuilerie, et de là suivait les divers incidents de la bataille. Il en informait l’Empereur qui était au-dessous et qui d’après cela donnait des ordres qu’allaient porter dans toutes les directions, au triple galop, une nuée d’aides de camp. J’aurais bien voulu m’approcher plus près pour entendre ce que disait le patron; mais il ne fallait pas songer à franchir le cercle que formaient autour du quartier-général les chasseurs de la Garde. Un boulet qui vint en ricochant s’enfoncer en terre, presque à mes pieds, me fit abandonner la place et me guérit de ma curiosité. Je m’empressai de me mettre hors de portée du canon en me dirigeant du côté du Danube. Je trouvai là mes camarades qui m’apprirent qu’ils avaient essayé en vain de franchir le pont, qui était exclusivement réservé au passage des blessés. Il y avait en faction, sur le pont, un maréchal et plusieurs généraux qui avaient pour consigne de ne laisser passer aucun soldat valide. Avec de tels factionnaires, il n’y avait pas à parlementer. Toute la rive était encombrée de blessés qui y avaient été déposés en attendant leur passage dans l’île. Tous ces blessés avaient fait sortir de l’armée beaucoup de soldats qui, pour se tirer du danger, se mettaient trois ou quatre à porter un blessé. C’étaient ceux-là surtout qu’on voulait empêcher d’entrer dans l’île, dont ils ne seraient plus sortis. Mais on avait beau leur ordonner de rejoindre leurs corps, ils se faufilaient au milieu de la foule des blessés et augmentaient le désordre qui était à son comble, lorsque la nuit vint. Il n’y avait point de service d’ambulance organisé et l’on n’entendait partout que les cris des blessés appelant au secours. Mes camarades et moi nous nous mîmes en devoir de soulager autant que nous le pouvions les pauvres moribonds. Il y avait là un capitaine de grenadiers qui avait l’épaule emportée par un boulet. C’est par lui que je commençai, quoiqu’il n’y eut pas d’illusion à se faire sur son sort; mais le pauvre malheureux endurait de telles souffrances, que je voulus essayer de le soulager. Je dépouillai de leurs chemises plusieurs morts qui étaient parmi les blessés, et avec mon couteau j’en coupai des bandes. Nous avions une gamelle de fer-blanc dans laquelle nous allâmes chercher de l’eau. Je lui lavai sa plaie, puis je la lui bandai le mieux que je pus. Il se trouva un peu soulagé, mais ce ne pouvait être pour longtemps. Nous pansâmes ainsi, pendant la nuit, une vingtaine de blessés; mais notre plus grand ouvrage fut de donner à boire à ces pauvres malheureux, à qui la soif faisait sortir la langue de la bouche. Nous n’avions d’autre vase que notre gamelle, qui nous servait alternativement à laver leurs plaies et à leur donner à boire de l’eau toute boueuse. On avait amené près de nous un convoi de prisonniers autrichiens. Plusieurs avaient des bidons. Je leur ordonnai d’aller les remplir et de donner à boire à leurs blessés ainsi qu’aux nôtres, car nous ne pouvions pas suffire. Mais je m’aperçus bientôt qu’à la faveur de la nuit, tous les prisonniers valides s’enfuyaient : il n’y avait personne pour les garder. Je résolus d’aller en prévenir un général qui était près du pont; mais le Danube venait de déborder, et pour arriver jusqu’au général, je fus obligé de me mettre à l’eau jusqu’aux genoux. Le général qui était de fort mauvaise humeur, me reçut fort mal. — « Qu’ils aillent au diable, me répondit-il, cela ne me regarde pas », et il me tourna le dos. Je fus bien fâché de m’être mis à l’eau pour obtenir une aussi belle réponse. Je retournai près de mes camarades, et toute la nuit se passa à soigner les blessés, sans qu’aucun de nous ne songeât à dormir. A la pointe du jour, je montai sur une petite éminence, et je ne vis autour de moi qu’un amas de blessés, couchés presque les uns sur les autres, et sur la route une foule de cavaliers et de fantassins qui cherchaient à gagner le pont; mais la route était tellement encombrée que personne ne pouvait plus avancer. La crue du Danube ayant augmenté, les abords du pont étaient devenus impossibles. Il fallait attendre qu’on l’eût rendu de nouveau praticable. Sur ces entrefaites, nous apprîmes que les ponts qui reliaient l’île Lobau à la rive droite avaient été emportés. »

 A suivre.

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( 31 mars, 2015 )

Napoléon au Golfe-Juan (1er mars 1815). Deux lettres d’Honoré V, prince de Monaco.

Napoléon au Golfe-Juan (1er mars 1815). Deux lettres d’Honoré V, prince de Monaco. dans TEMOIGNAGES golfejuan

Qui ne sait que, lorsque Napoléon débarqua au golfe-Juan, Cambronne, envoyé en avant-garde à Cannes, arrêta le duc de Valentinois (plus tard prince de Monaco sous le nom d’Honoré V [né en 1778, il est couronné en 1819 et règne jusqu’à sa mort, survenue le 2 octobre 1841), qui se rendait dans sa principauté, et l’envoya au bivouac de Napoléon ?

Voici sur cet épisode :

1°, le  récit inédit du Prince ; 2°, une spirituelle et piquante réponse qu’il fit à un article fantaisiste qu’Alexandre Dumas père avait publié dans le « Voleur » du 30 juin 1841. Il est inutile de commenter ces deux documents ; nos lecteurs sauront en apprécier la valeur.

Arthur CHUQUET (« Feuilles d’Histoire », 1er mai 1913).

I.

Lettre du prince Monaco au maréchal Soult, duc de Dalmatie, ministre de la Guerre.

Monsieur le Maréchal,

J’ai l’honneur d’annoncer à Votre Excellence qu’en arrivant le jeudi premier mars [1815] à Cannes, vers les cinq heures du soir, j’ai été arrêté par un général qui est venu au-devant de moi sur la route, m’a prié de descendre, ayant, disait-il, quelques ordres à me communiquer. Lorsque j’ai été descendu, il m’a montré a cocarde tricolore en me disant : « Vous voyez que nous sommes ennemis, mais ne craignez rien, il ne vous sera fait aucune injure. » Je me suis trouvé dans le même moment  entouré par un détachement de chasseurs de la Vieille Garde. Deux gendarmes qui m’escortaient en raison du passage de l’Estérel, ont été faits prisonniers comme moi. J’ai appris alors qu’un débarquement s’était opéré à une lieue environ de Cannes dans un petit golfe. Sept bâtiments, m’a-t-on dit, ont amené des troupes venues de l’île d’Elbe qui sont descendues vers trois heures après-midi.

Le général avait envoyé une estafette à l’état-major pour savoir ce qu’il fallait faire de moi. L’estafette ne revenant point, il m’a dit d’envoyer un de mes courriers chercher la réponse. J’ignore le contenu des ordres des ordres qu’a reçus le général, mais il m’a fait conduite à une auberge où je suis resté, gardé par un caporal dans ma chambre et un poste à ma porte.

Vers deux heures du martin, j’ai reçu de Napoléon l’ordre de me rendre en av avant du village pour l’attendre. Conduit par mon caporal, je suis arrivé à lap lace désignée où on avait allumé un feu. Au milieu d’un cercle de troupes, j’ai trouvé Napoléon qui m’a fait quelques questions insignifiantes et m’a dit que je pourrais continuer ma route après le passage des colonnes. Je me suis retiré à mon auberge avec mon caporal qui a continué à me garder jusqu’au départ des troupes, qui ont pris le chemin de Grasse dans les montagnes. On avait commandé 3.000 rations, mais on n’en a employé que [la] moitié environ. Des mulets ont été mis en réquisition pour les bagages. Point de cavalerie, mais une soixantaine de Polonais déterminés. Quelques pièces d’artillerie. J’ai eu des détails sur le débarquement, mais ils se contrarient : les uns m’ont dit que les vaisseaux étaient français, les autres que non. Il m’a semblé qu’à mon passage un bâtiment croisait devant les îles Sainte-Marguerite et attendait quelque nouvelle. Votre Excellence en sait sans doute beaucoup plus long que moi maintenant ; mais mon devoir m’ordonne de lui rendre compte du peu que j’ai appris, et comme je crains que le courrier ne se trouve intercepté, je prie Monsieur le gouverneur du comté de Nice de faire arriver ma lettre par un courrier du roi de Sardaigne.

Je vais m’occupez maintenant de tout ce qui peu  regarder lap lace Monaco, et j’aurai l’honneur, sous peu de jours, de faire un rapport à Votre Excellence. Je ne lui parle pas d’Antibes où j’ai passé hier après-midi. On y a fait prisonniers quelques hommes de la Garde, envoyé avec des proclamations portant que Napoléon allait remonter sur son trône. Il paraît que lui-même est venu de ce côté et n’a retourné vers Cannes qu’après avoir échoué à Antibes.

L’esprit de la Provence est entièrement prononcé pour le Roi. Beaucoup de questions ont été faites pour connaître l’esprit public : tous ont répondu comme le maire de Cannes qui a dit : « J’ai servi fidèlement Napoléon, il a abdiqué, je me dois tout entier au Roi, je lui serai fidèle ; tous les habitants pensent comme moi. » Le général qui l’interrogeait lui a dit : « Vous êtes un brave homme. » Trois ou quatre chasseurs de la Garde ont quitté leur chef à Cannes même m’a-t-on dit. En général ils sont trompés sur la manière dont le roi traite les troupes et surtout la Veille Garde. Il ne sera pas difficile de les ramener. Si on avait eu des troupes ou des armes à Cannes, le débarquement n’aurait eu aucun résultat ; le peuple était fort animé, et, sans la crainte de faire brûler la ville, il y aurait eu du sang répandu. Je dois observer à Votre Excellence qu’au moment où l’avant-garde est arrivée à Cannes, quelques habitants se sont échappés dans les montagnes pour porter la nouvelle. On m’a dit que les gendarmes avaient été sur-le-champ prévenir le préfet. On a commis la faute de ne pas envoyer sur la grande route de l’Estérel  pour prévenir du débarquement ; mais comme il ne se passe pas ordinairement beaucoup se voyageurs français sur cette route, on aura négligé cette précaution, croyant mieux d’envoyer prévenir promptement les autorités locales. S’il avait été possible de le prendre, on m’aurait épargné un grand désagrément et une inquiétude fort vive.

Ma lettre est écrite fort à la hâte, monsieur le Maréchal ; je vous prie de ne vous attacher qu’aux détails ; je me trouverai trop heureux s’ils peuvent vous être de quelque utilité.

Recevez, monsieur le Maréchal, l’assurance du respect avec lequel je suis votre serviteur.

Le duc de VALENTINOIS, prince de MONACO.

II.

Lettre du prince de Monaco à Alexandre Dumas.

8 juillet 1841.

Qu’un voyageur, homme d’esprit d’ailleurs, renouvelle des plaisanteries quelque peu usées sur la petitesse d’un pays ; qu’il laisse courir son imagination à la recherche d’une contredanse ; faute de mieux, que même il y joigne des personnalités d’une convenance plus ou moins hasardée, son article, comme tant d’autres, passera inaperçu.

Mais là s’arrêtent les limites du genre, et d’une histoire il n’est permis à personne de faire un conte.

Or, j’aperçois dans le « Voleur » du 30 juin un gros titre en majuscules.

LE PRINCE DE MONACO

Et en petites lettres : dont chacun sait l’histoire. A coup sûr, si quelqu’un le sait, ce n’est pas son historien.

D’abord, l’histoire ne s’est jamais mêlée de mes affaires. Je n’ai point été forcé de prendre une petite place à la cour de l’Empereur, parce que jamais il n’a appartenu à personne de faire violence à ma volonté. Je servais la France dès 1799. Aide-de-camp du prince Murat, je suis devenu, sur ma demande, premier écuyer de l’impératrice Joséphine et n’ai cessé de l’être que le jour où elle m’a rendu mon serment. L’estime de l’armée d’alors me rend peu sensible aux légèretés des journalistes ou des auteurs d’aujourd’hui.

Cela posé, Monsieur, j’ai un devoir à remplir, devoir pénible ; mais les paroles que vous prêtez à l’Empereur ainsi qu’à moi, le rendent impérieux : imaginer une conversation aussi puérile, aussi triviale, dans un moment aussi grave c’est commettre une faute de lèse-bon goût autant qu’altérer la vérité.

Les actions répondent aux paroles. Je ne me suis nullement frotté les yeux. On ne m’a point répété à satiété : bonjour, Monaco, parce qu’alors on n’avait ni un pareil ton, ni se semblables manières. A coup sûr, cette charge sur l’Empereur ne ressemble guère à son portrait. Or, vous savez sans doute qu’en fait de spéculation, la plus mauvaise de toutes est celle que l’on risque sur la vérité. L’Empereur ne m’a nullement offert de le suivre ; je ne lui ai pas répondu que j’attendrais ses ordres. Quant aux canons, il n’y en avait pas plus que d’artilleurs [ici, la mémoire du prince le trompe ; il disait en 1815 qu’il y avait « quelques pièces d’artillerie »].

L’officier français ne donne pas de coups de canne, le soldat n’en reçoit pas, et les princes de Monaco n’ont jamais fait pendre personne. Vous conviendrez, Monsieur, que votre imagination a trop de fécondité. J’étais loin de m’en plaindre en lisant vos romans, mais l’Histoire veut du vrai.

Recevez, Monsieur, l’assurance de ma très parfaite considération.

Prince de MONACO, duc de VALENTINOIS.

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( 30 mars, 2015 )

Le petit roi de Rome…

Roi de Rome« Bien avant le retour de l’île d’Elbe, et à l’insu de l’empereur, Fouché, paraît-il, avait conçu le projet de faire enlever le roi de Rome. Selon Méneval, des émissaires étaient même venus à Vienne dans ce dessein. Quoi qu’il en soit, la cour d’Autriche appréhendait un complot. Le 18 mars, l’empereur François déclara à sa fille que dans les circonstances présentes le jeune prince devait résider à Vienne. Marie-Louise, qui avait déjà accepté d’abandonner son fils pour obtenir la souveraineté de Parme, consentit sans peine à cette séparation anticipée. L’enfant fut conduit au palais impérial de Vienne. Deux jours plus tard, à la suite d’une fausse alerte qui fit soupçonner à tort le colonel de Montesquiou d’une tentative d’enlèvement dont sa mère aurait été complice, le grand-chambellan Vrbna signifia à celle-ci l’ordre de l’empereur de cesser incontinent ses fonctions. Malgré ses prières et ses protestations, madame de Montesquiou dut obéir et livrer à une gouvernante autrichienne l’enfant qu’elle n’avait pas quitté un seul instant depuis sa naissance. Redoutant quelque horrible projet, elle exigea l’attestation, signée de deux médecins, que le fils de Napoléon sortait de ses mains en bonne santé. Le petit prince pleura beaucoup. A toute minute, il appelait « maman Quiou ». Quand Meneval partit pour Paris, au commencement de mai, il vint le voir une dernière fois et lui demanda s’il avait quelque chose à faire dire à son père. L’auguste enfant jeta un regard de défiance sur sa nouvelle gouvernante et sur les Autrichiens qui se trouvaient là, puis il se retira silencieusement à l’autre extrémité de la pièce, dans l’embrasure d’une fenêtre. Meneval l’y suivit. Alors le petit prince, l’attirant tout contre la croisée, lui dit très bas: « -Monsieur Méva, vous lui direz que je l’aime toujours bien. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.451-453)

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( 29 mars, 2015 )

Une missive bien fantaisiste…

La lettre de Jacquemart est vraiment drôle et bien ardennaise. Il dit nettement qu’il veut combattre, non seulement pour servir l’Empereur, mais pour se venger d’un grand vicaire qui lui aurait volé de l’argent, et il compte que Napoléon, de retour, fera rendre gorge à ce « brigand» de Delvincourt. Ce qui semblera peut-être plus drôle encore, c’est que le ministre de la guerre -qui faisait flèche de tout bois- écrivit le 13 avril 1815 à Mézières, au lieutenant-général commandant la 2ème division militaire : « Général, le sieur Jacquemart, domicilié à Charleville, a adressé à l’Empereur une demande à l’effet d’obtenir son admission dans un régiment de cavalerie, offrant de se monter à ses frais. Je vous engage à faire appeler auprès de vous le sieur Jacquemart et à autoriser son incorporation dans un des régiments à proximité, si vous le jugez susceptible de servir. Vous aurez soin, dans l’un ou l’autre cas, de m’informer de ce que vous aurez fait à son égard. »

A.CHUQUET

—————-

Charleville, le 29 mars 1815.

Enselme Jacquemart de Charleville, département des Ardennes, à Sa Majesté l’Empereur des Français, etc., etc.

Je désire me monter à mes frais, sacrifier ma fortune et ma vie pour servir mon auguste Empereur.

Voulez-vous bien accepter mes services ? Je désire combattre pour me venger du vol qui m’a été fait par Delvincourt, grand vicaire, qui m’a volé 20.000 francs il y a neuf mois, mais que votre justice me fera remettre des mains de ce brigand-là. Votre très dévoué et très fidèle sujet.

Enselme JACQUEMART.

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première série [seule série parue] »,Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1911 pp.323-324).

( 29 mars, 2015 )

Retour sur le 20 mars 1815…

Retour sur le 20 mars 1815… dans TEMOIGNAGES 74-004173

« Que d’événements se sont écoulés depuis huit ans ! Quelle différence dans ma position ! Il y a huit ans que, gouverneur de Paris, j’étais au lever de l’Empereur qui, arrivé la veille, paraissait ne pas avoir cessé de régner. Tout le monde l’entourait, le pressait, le peuple se groupait sous ses fenêtres et faisait retentir l’air de cris de joie ; à chaque moment des troupes arrivaient dans les cours des Tuileries, et, agitant leurs schakos au bout de leurs baïonnettes, elles saluaient par leurs acclamations celui qui les conduisit sois souvent à la victoire ; Savary m’attirait à part et me disait : « L’Empereur m’a déjà parlé de vous, il sait votre réponse au duc de Berry : « Quoi ! Monseigneur, vous appelez au repos une halte dans la boue ! »- C’est, a dit l’Empereur, l’histoire du règne des Bourbons ; vous serez content de lui, vous obtiendrez tout ce que vous voudrez…. » Hélas ! Je ne voulais quez commander une division et marcher aux frontières : j’étais déjà las de la cour, j’avais déjà  trop du commandement de Paris. Le matin, douze espions étaient venus me faire des rapports : un chef de bataillon, nom, je crois, Lelièvre, m’en avait remis un résumé que je devais présenter à l’Empereur et que je me gardai bien de lui donner.

Là, je vis Fouché ; il avait le sourire sur les lèvres et on lisait sa perfidie dans son regard oblique : là, je vis l’infortuné maréchal Ney ; il avait l’air embarrassé, contraint, presque honteux ; il vint à moi, et chercha à m’expliquer sa conduite : il balbutia le mot de « trahison » ; il cherchait à repousser cette pensée qui retombait sur son cœur. Je ne trouvai pas de paroles amères pour un tel coupable, j’aurais voulu le réconcilier avec lui-même. « M. le maréchal, lui dis-je, un homme comme vous ne trahit pas, il embrasse un parti : Turenne et Condé ont souvent changé de bannières, et leurs noms n’en sont pas moins célèbres et vénérés. » Il me serra la main, il releva sa tête et me dit : « Vous me faites du bien ». Je lui recommandai le colonel Dubalon, qui n’avait pas voulu le suivre dans sa défection, et il courut de suite chez le ministre pour le faire employer. Mettez à la place du maréchal plébéien un grand seigneur, un homme de cour. Il n’aura pas un regret, encore moins un remords ; il triomphera du succès et tendra la main pour mendier une récompense. La vertu  roturière a des racines plus profondes dans le cœur ; sa pudeur est extrême, elle s’alarme, elle a besoin d’appuyer sur l’opinion publique. Comment les bourbons n’ont-ils pas senti qu’ils absolvaient Ney en l’assassinant ? Ignoraient-ils donc que, quand la punition surpasse la faute, elle l’efface ?

Ce grand Napoléon, que grandissait encore le succès de son audacieuse entreprise, comme il montrait bon, indulgent ! Comme il disait à ceux qui naguère l’avaient abandonné : « les circonstances ont été plus fortes que les hommes. Il a été vaincu, et ces mêmes hommes, auxquels il avait pardonné une première trahison, l’ont abandonné de nouveau ; et sur son rocher il répétait encore : « Les circonstances sont plus fortes que les hommes. »

Général LAMARQUE

(« Mémoires et souvenirs. Publiés par sa famille », Tome II, H. Fournier jeune, Libraire, 1835, pp.104-106).

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( 28 mars, 2015 )

Une mèche de cheveux de l’Empereur à vendre…

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( 27 mars, 2015 )

A propos du général Boinod.

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2281. — NAPOLÉON AU  MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL,

Ministre de  la Guerre, à Paris.

Paris, 27 mars 1815.

Le sieur Boinod (1), inspecteur aux revues, qui m’a rejoint à l’île d’Elbe et qui est revenu avec moi, a été chargé quelque temps du service de l’armée. C’est un homme distingué par son activité, son zèle et son attachement à ma personne. Placez-le d’une manière avantageuse dans vos bureaux ou à Paris et faites-lui donner une gratification de 12.000 francs pour remplacer ses appointements qu’il n’a pas touchés à l’île d’Elbe.

D’après la minute. Arch. Nat. AF IV, 907.

 

1. Boinod (Jean-Daniel-Mathieu) baptisé à Vevey, canton de Vaud (Suisse), le 29octobre1756, admis à la retraite et pourvu d’une pension le 1″ octobre 1819 (Bulletin des lois, 1820,I, 214-215); légataire de Napoléon 1er  (Note de Léonce de Brotonne.).

———–

Il me semble qu’il repose au cimetière Montparnasse, à Paris.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.516).

 

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( 26 mars, 2015 )

«Point de paix avec ‘Bonaparte’.»

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« Dès que l’Europe sait Napoléon aux Tuileries, elle se regarde comme en état d’hostilité avec la France. Le 26 mars 1815, deux dragons ayant passé par mégarde la frontière près de Maubeuge sont odieusement maltraités ; les soldats anglais les frappent arrachent les aigles des casques et les piétinent dans la boue. Le 29, cent trente-deux prisonniers de guerre revenant de Russie sont arrêtés à Tirlemont par les ordres du prince d’Orange et internés à Bréda. Le 30, des Autrichiens tirent sur une barque qui longe de trop près, à leur gré, la rive droite du Rhin. Le 31, la commission austro-bavaroise, siégeant à Kreusnach, prohibe à peine de confiscation l’exportation en France des vivres, chevaux et munitions de guerre. Il y a ordre d’arrêter Joseph à Prangins et Jérôme à Trieste. La princesse Elisa est conduite à Brünn, la reine Catherine est internée à Goeppingen, la princesse Pauline est retenue en Toscane . Le droit des gens n’est pas violé seulement à l’égard des membres de la famille impériale. Des Prussiens arrêtent à Liège trois négociants de Beaune. Des soldats badois arrêtent à Loerach un des frères Kœchlin, de Mulhouse, et le mènent en prison, les fers aux pieds. Entre Forbach et Wissembourg, les patrouilles de cavalerie se font un jeu d’entrer sur le territoire français et de sabrer les douaniers. Bien que selon les instructions de Decrès les bâtiments naviguent jusqu’à nouvel ordre sous pavillon royal, les Anglais leur donnent la chasse. En quinze jours, cinquante bâtiments de commerce et barques de pêche sont capturés sur les côtes de l’Océan et de la Manche . Dans la Méditerranée, la Dryade est attaquée par trois navires anglais. Le 29 avril, le vaisseau the Rivoli, de 84, s’approche à deux portées de canon de la frégate la Melpomène, hisse le pavil]on britannique et l’assure par cinq coups à boulets; puis, tandis que le capitaine Collet, surpris par cette agression, commande le branle-bas, le bâtiment anglais s’avance à portée de pistolet et lâche toute sa bordée à mitraille. Après une demi-heure de combat, la Melpomène a ses basses vergues coupées, sa mâture chancelante, sa cale inondée, sa soute à poudre traversée au-dessous de la ligne de flottaison par un boulet de 68, et cinquante hommes de son équipage tués ou blessés. Les Anglais capturent la frégate et la conduisent à Palerme Dès le 30 mars, on interdit le passage aux courriers diplomatiques. Les dépêches de Caulaincourt, les lettres de l’Empereur, sa circulaire aux souverains sont arrêtées à Kehl, à Mayence, à Saint-Jean-de-Maurienne. Bientôt toutes les frontières sont fermées même aux correspondances privées et aux journaux. On élève autour de la France, traitée en pestiférée et mise en quarantaine, les murailles d’un immense lazaret. Pour forcer ce blocus, l’empereur eut recours à des émissaires secrets. Le général de Flahaut, M. de Montrond, familier de Talleyrand, M. de Saint- Léon, créature de Fouché, le baron de Stassart, ancien préfet de Vaucluse et des Bouches-de-la-Meuse, devenu chambellan de l’empereur d’Autriche, se chargèrent des dépêches que les courriers de cabinet n’avaient pu réussir à passer. Flahaut fut arrêté à Stuttgart; Stassart, à Linz. Muni d’un passeport au nom d’un abbé italien, Montrond put gagner Vienne. Mais il ne s’agissait pas seulement de porter aux souverains les paroles de l’Empereur; il fallait les faire écouter. La circulaire du 4 avril était bien parvenue à Londres, et Castlereagh avait répondu à Caulaincourt : « Le prince régent a décliné de recevoir la lettre qui lui a été adressée. » Cette lettre que le prince anglais ne daignait pas même ouvrir était signée: Napoléon. A Vienne, on était dans les mêmes dispositions. Metternich déposa toutes cachetées sur la table du congrès les lettres prises au baron de Stassart. Après en avoir entendu la lecture, les plénipotentiaires furent unanimes à déclarer « qu’il n’y avait pas à y répondre ». Montrond ne réussit pas mieux. Il vit Talleyrand et tenta de le détacher de la cause des Bourbons; il vit Metternich, il vit Nesselrode. Talleyrand lui dit: « -Lisez la Déclaration du 13 mars. Elle ne contient pas un mot qui ne soit mon opinion. »

Metternich lui dit: «  Nous ne voulons même pas de la Régence. » Nesselrode lui dit: « -Point de paix avec Bonaparte »

 (Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.443-447)

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( 26 mars, 2015 )

Le colonel Hazard…

Le colonel Hazard... dans FIGURES D'EMPIRE 06-513471

Louis-Henry-Joseph Hazard, né à Lille en 1771, élève sous-lieutenant d’artillerie eu 1792, lieutenant en 1793, capitaine en 1795, chef d’escadron au 4ème régiment d’artillerie à cheval en 1802, lieutenant-colonel en 1803, colonel en 1811, était un ami de Courier, et lorsque Paul- Louis écrit au major Griois pour annoncer sa démission : « Adieu, dit-il, adieu, major, adieu, Hazard, et tous mes camarades connus et inconnus ! » Hazard était un fervent « napoléoniste », il qualifiait la première Restauration de catastrophe, et il écrivait au Ministre de la Guerre en date du 27 mars : « A la suite de la catastrophe qu’on a appelée Restauration, j’ai été mis hors d’activité. J’aurais pu réclamer contre cette injustice, mais sans chercher à en connaître le provocateur, je m’y suis soumis parce que, profondément dévoué à l’Empereur, il me répugnait de servir un autre gouvernement que le sien. »

Il fut chargé d’une mission à Perpignan pour l’armement, puis nommé directeur d’artillerie à Rennes. La seconde Restauration le mit à la demi-solde et — le 2 février 1820 — à la retraite.

(Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première série [seule parue] », Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911 pp.319-320).

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( 25 mars, 2015 )

Promotion pour quelques officiers…

 

Davout

2279. – NAPOLÉON AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL,

Ministre de la Guerre, à Paris.

Paris, 25 mars 1815.

Tous les officiers du détachement de cuirassiers qui se sont présentés ce matin à notre parade et ont décidé du mouvement à Orléans seront avancés d’un grade. Ils sont 6. Proposez-moi la destitution du colonel et le remplacement des 7 officiers qui se sont le plus mal conduits parmi ceux qu’on avait ôtés et qui étaient à Paris avec le général Exelmans. Enfin, proposez-moi un bon colonel pour ce régiment. Donnez ordre que tout le régiment se réunisse à Paris. Faites-moi connaître où est son dépôt.

D’après la minute. Arch. Nat. AF IV, 907.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.515)

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( 24 mars, 2015 )

Nominations…

« A sa rentrée aux Tuileries, Napoléon avait trouvé presque tout le personnel de son ancien gouvernement. Il fit appeler les retardataires, et dans la nuit même il nomma ses ministres. Bassano reprit la secrétairerie d’État, Decrès la marine, Gaudin les finances, et Mollien, non sans quelque hésitation, le trésor public. Molé, qui augurait mal de « cet intermède », déclina l’honneur d’être de nouveau grand-juge et obtint le poste moins compromettant de directeur des ponts-et-chaussées. A son défaut, l’archichancelier Cambacérès fut chargé provisoirement de la justice. Davout commença par refuser le portefeuille de la guerre. L’Empereur fit appel à son dévouement pour sa personne et à son patriotisme : le maréchal obéit. Il était, avant minuit, rue Saint-Dominique. La résistance de Caulaincourt fut plus difficile à surmonter. Le duc de Vicence était resté profondément attaché à Napoléon, mais c’était sur le champ de bataille qu’il voulait le servir, car il avait la sombre prévision que le rôle du ministre des relations extérieures de l’Empire serait nul devant l’Europe en armes. Il avait été à la rencontre de Napoléon à mi-chemin de Fontainebleau, et durant le trajet, il avait respectueusement repoussé l’offre de ce portefeuille. Aux Tuileries, de nouvelles instances de l’Empereur échouèrent encore. Ce fut seulement le lendemain que Caulaincourt se résigna à rentrer au ministère.

Bien que Rovigo eût montré peu de zèle et encore moins d’habileté dans les derniers mois de son administration, Napoléon lui proposa de reprendre la police générale. Rovigo refusa. Il voulait se faire prier ou il sentait la tâche au-dessus de ses forces et l’opinion contre lui. Les hommes politiques, les courtisans, les officiers, qui remplissaient dans cette soirée mémorable les salons des Tuileries, désiraient, désignaient, réclamaient Fouché. La reine Hortense elle-même parlait de lui avec enthousiasme. L’ordre d’arrestation lancé contre le duc d’Otrante par le gouvernement royal avait retourné en sa faveur l’opinion des bonapartistes. On croyait qu’il avait joué sa liberté et peut-être sa vie pour seconder l’entreprise de l’Empereur. D’autres personnes, mieux renseignées, estimaient cependant qu’il fallait le nommer ministre pour avoir l’appui des anciens jacobins. Il enleva d’assaut son portefeuille en se présentant aux Tuileries le soir du 20 mars. « Laissez entrer M. Fouché ! cria-t-on. C’est l’homme qu’il importe le plus à l’Empereur de voir en ce moment. » Ainsi annoncé, Fouché eut l’effronterie de dire qu’il avait fomenté, dans l’intérêt de Napoléon, la conspiration militaire du Nord. L’Empereur ne se laissa pas abuser, par cette imposture. Mais Fouché s’offrait. Il fallait le prendre ou se faire de lui un ennemi déclaré. Il avait d’ailleurs infiniment plus d’habileté, d’expérience et de ressources que Rovigo. L’empereur lui donna le ministère de la police. Toutefois, comme il se défiait du fourbe, il nomma à la préfecture de police et à l’inspection générale de la gendarmerie, postes où il se flattait que l’on pourrait le surveiller et le contenir, deux hommes dont il était sûr: Réal et Rovigo. Restait à pourvoir à l’Intérieur. L’Empereur n’y voulait point replacer Montalivet. Il balançait entre Costaz et Lavalette. A l’offre de l’empereur, Lavalette répondit par un refus motivé sur son désir de garder les postes « où il pourrait rendre plus de services ». Il ajouta ce bon conseil: «Il faut au ministère un homme qui ait un nom éclatant dans la Révolution. » C’était désigner Carnot dont le Mémoire au roi avait rajeuni la popularité. Napoléon, vraisemblablement, pensait déjà à Carnot. Depuis le 24 janvier 1814, jour où ce grand patriote lui avait offert ses services pour défendre la France envahie, il ne le regardait plus comme un opposant. Il hésitait, néanmoins, devant ce nom révolutionnaire qui n’avait point passé, comme tant d’autres, par la savonnette à jacobin d’un titre impérial. Ce fut seulement le soir du 21 mars que Carnot fut appelé aux Tuileries. Carnot accepta le ministère en disant simplement à l’empereur que « dans ce moment, il n’était pas permis de lui rien refuser». Le lendemain, le Moniteur publia deux décrets concernant Carnot. Par le premier, Napoléon, qui voulait « dérévolutionnaliser » l’ancien membre du Comité de salut public, le nommait comte de l’Empire pour sa défense d’Anvers; par le second, il le nommait ministre de l’intérieur. Le patriotisme avait engagé Carnot à accepter le portefeuille; la raison politique l’empêcha de refuser publiquement le titre. II comprit qu’un ministre de l’Empereur n’avait pas le droit de discréditer les titres impériaux. Il se laissa donc appeler comte dans les actes officiels et dans les journaux, mais il ne signa jamais que Carnot, et malgré deux invitations du prince Cambacérès, il s’abstint de faire retirer les lettres patentes à la chancellerie. Merlin reprit son siège de procureur général. M. de Bondy, que l’empereur avait remplacé à Lyon, devint préfet de la Seine, Champagny intendant des bâtiments et Montalivet intendant de la liste civile. Les anciens conseillers et maîtres des requêtes rentrèrent au conseil d’Etat que Ginoux-Defermon, Boulay et Regnaud furent chargés de réorganiser. L’immuable Sauvo resta au Moniteur, mais Etienne escamota le Journal des Débats abandonné par Bertin l’aîné qui, dès le matin du 20 mars, avait pris la route de Belgique après avoir publié cette dernière catilinaire : « C’est en vain que Buonaparte a promis l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté pour prix d’un honteux secours de l’étranger. La France sera délivrée par la France, ou la France cessera d’exister. Le néant vaudrait mieux pour elle que la honte de retomber sous le joug de son bourreau. » Le lendemain, on lisait dans la même feuille, rebaptisée  « Journal de l’Empire » : « La famille des Bourbons est partie cette nuit. Paris offre aujourd’hui l’aspect de la sécurité et de la joie. Les cris de: « Vive l’Empereur ! » retentissent de toute part. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d4elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.370-374)

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( 24 mars, 2015 )

Une exposition à découvrir à partir du 28 mars 2015…

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( 24 mars, 2015 )

Le capitaine Christ, du 2ème régiment d’infanterie légère…

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Christ est un vieux capitaine alsacien, retiré du service. La lettre qu’il envoie au général Bertrand, en un style naïf, et avec une foule de fautes d’orthographe dont nous l’avons charitablement débarrassée, dépeint bien l’enthousiasme et la joie que ressentirent la plupart des militaires lorsqu’ils apprirent le retour de Napoléon de son île d’Elbe en mars 1815. 

Arthur CHUQUET. 

A son Excellence le grand-maréchal Bertrand, major-général de la Grande-Armée de l’Empire français, à Paris. 

Département du Haut-Rhin, arrondissement de Belfort. Wattwiller, le 24 mars 1815. 

M. le chevalier Christ (Bertin-Joseph), capitaine retiré du 2ème régiment d’infanterie légère, à Monsieur le Grand-Maréchal, major général de la Grande-Armée, Bertrand. J’ai appris avec la plus vive joie la flatteuse nouvelle du retour de notre auguste souverain Napoléon, le grand empereur des Français. Dans cette contrée on nous a toujours laissé ignorer les nouvelles flatteuses avec la plus forte indignité contre Napoléon et de grandes menaces à ceux qui voudraient prendre parti pour notre auguste empereur.  J’ai l’honneur de m’adresser à Votre Excellence pour m’offrir aux emplois de Sa Majesté s’il y est possible.  J’y remplirai toutes les fonctions avec la plus grande exactitude et fidélité.  Mes infirmités ne m’apportent plus aucun obstacle ni gêne au service de Sa Majesté Napoléon le grand empereur. Je suis un ancien militaire qui est au service depuis 1781 et a passé par tous les grades jusqu’à ce qu’il fût forcé de se retirer avec mes infirmités qui m’ont fait jouir une pension.  Je me suis remis au service en 1813 et me suis très bien acquitté au blocus de Schlestadt.  L’information pour certifier mes services est [à prendre auprès de] M. Duzer, major du 36ème de ligne. Il a été notre major dans le régiment du Haut-Rhin, à Schlestadt. 

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect et dévouement votre très fidèle, 

Le chevalier CHRIST, capitaine.

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( 23 mars, 2015 )

Aux Tuileries…

« 23 mars 1815. Sa Majesté me nomma son Trésorier général. Je fus au lever de Sa Majesté pour la remercier. Les salons étaient pleins, les uniformes frais et brillant; le mien se ressentait de la campagne que je venais de faire et la broderie était mince. J’étais un personnage très nouveau pour tous ces courtisans, et je voyais dans leurs regards que je ne leur faisais pas grand effet ; mon habit me valait cela. On annonça l’Empereur. Toute la foule se presse pour se trouver sur ses pas, généraux, préfets, conseillers d’état, chacun, comparant sa broderie à la mienne, croit pouvoir m’effacer et se mettre devant moi. Je savais que je ne perdrais pas pour attendre. Sa Majesté, entrant dans le cercle, le faisait agrandir ; les rangs diminuaient ; Sa Majesté m’aperçut, un sourire gracieux m’accueillit. Elle me poussa dans l’embrasure d’une croisée ; tous les regards étaient fixés sur moi. Sa Majesté me demanda si j’avais rendu à la Banque les fonds pris à Lyon, et en même temps me demanda un état de situation de la caisse des Tuileries. Je m’empressai de faire mes remerciements à Sa Majesté de la haute marque de confiance qu’elle avait bien voulu me donner. – « Venez tous les matins, me dit-elle, j’aurai divers ordres à vous donner. » Sa Majesté rentra dans le cercle et me quitta d’un air bienveillant. Je fus dès lors l’objet de beaucoup de prévenances apparentes ; on chercha les occasions de lier un entretien avec moi. Quand j’annonçai que je venais de l’île d’Elbe, on s’empressa autour de moi. Je poussai jusqu’au salon du trône, où ceux qui m’avaient interrogé n’avaient pas le droit de me suivre. » (Guillaume PEYRUSSE, Mémoires).

———-

« J’allai aux Tuileries, et je trouvai l’appartement intérieur de l’Empereur rempli de monde. Déjà les anciens grands officiers de l’Empire avaient repris leurs fonctions […]. Les sénateurs qui n’avaient pas été nommés pairs par le Roi reparaissaient avec leurs habits sénatoriaux ; les conseillers d’État avaient également endossé leur ancien costume. Des ministres, des maréchaux, des généraux et un grand nombre d’officiers de tout grade étaient accourus, et la cocarde tricolore parait de nouveau sur les chapeaux des militaires. La métamorphose était aussi subite que complète. Au milieu de cette foule empressée, Napoléon se montra calme, et l’on ne remarquait dans ses yeux aucun signe d’étonnement ou d’exaltation. Il semblait que rien d’extraordinaire ne fût arrivé et qu’il se trouvât là, comme s’il n’avait jamais cessé d’y être. » (MIOT DE MELITO, Mémoires., tome III, pp.378-379).

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( 23 mars, 2015 )

Proclamation de l’Empereur, à Paris, le 21 mars 1815.

Napoléon le Grand2

Voici un extrait des « Mémoires » du trésorier Guillaume PEYRUSSE:

« 21 mars. Le lendemain parut dans le Moniteur  la proclamation ci-jointe au peuple français :

  « Français,

La défection du duc de Castiglione [1] livra Lyon sans défense à nos ennemis ; l’armée, dont je lui avais confié le commandement, était, par le nombre de ses bataillons, la bravoure et le patriotisme des troupes qui la composaient, à même de battre le corps d’armée autrichien qui lui était opposé, et d’arriver sur les derrières du flanc gauche de l’armée ennemie qui menaçait Paris. Les victoires de Champaubert, de Montmirail, de Château-Thierry, de Vauchamps, de Mormant, de Montereau, de Craonne, de Reims, d’Arcis-sur-Aube et de St-Dizier ; l’insurrection des braves paysans de la Lorraine, de la Champagne, de l’Alsace, de la Franche-Comté et de la Bourgogne, et la position que j’avais prise sur les derrières de l’armée ennemie, en la séparant de ses magasins, de ses parcs de réserve, de ses convois et de tous ses équipages, l’avaient placée dans une situation désespérée. Les Français ne furent jamais sur le point d’être plus puissants, et l’élite de l’armée ennemie était perdue sans ressource ; elle eut trouvé son tombeau dans ces vastes contrées qu’elle avait si impitoyablement saccagés, lorsque la trahison du duc de Raguse livra la capitale et désorganisa l’armée. La conduite inattendue de ces deux généraux, qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre. La situation désastreuse de l’ennemi était telle qu’à la fin de l’affaire qui eut lieu devant Paris, il était sans munitions par la séparation de ses parcs de réserve.

Dans ces nouvelles et grandes circonstances, mon cœur fut déchiré, mais mon âme resta inébranlable. Je ne consultai que l’intérêt de la patrie ; je m’exilai sur un rocher au milieu des mers ; ma vie vous était et devait encore vous être utile ; je ne permis pas que le grand nombre de citoyens qui voulaient m’accompagner partageassent mon sort ; je crus leur présence utile à la France, et je m’emmenai avec moi une poignée de braves nécessaires à ma garde.

Elevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. Depuis vingt-cinq ans la France a de nouveaux intérêts, de nouvelles institutions, une nouvelle gloire qui ne peuvent être garantis que par un gouvernement national et par une dynastie née dans ces nouvelles circonstances. Un prince qui régnerait sur vous, qui serais assis sur mon trône par la force des mêmes armées qui ont ravagé notre territoire, chercherait en vain à s’étayer des principes du droit féodal ; il ne pourrait assurer l’honneur et les droits que d’un petit nombre d’individus ennemis du peuple qui, depuis vingt-cinq ans, les a condamnés dans nos assemblées nationales. Votre tranquillité intérieure et votre considération extérieures seraient perdues à jamais.

Français, dans mon exil j’ai entendu vos plaintes et vos vœux ; vous réclamez le gouvernement de votre choix qui seul est légitime. Vous accusiez mon long sommeil ; vous me reprochiez de sacrifier à mon repos les grands intérêts de la patrie. J’ai traversé les mers au milieu des périls de toute espèce : j’arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les vôtres. Tout ce que des individus ont fait, écrit ou dit depuis la prise de Paris, je l’ignorerai toujours ; cela n’influera en rien sur le souvenir que je conserve des services importants qu’ils ont rendus, car il est des événements d’une telle nature qu’ils sont au-dessus de l’organisation humaine. Français, il n’est aucune nation, quelque petite qu’elle soit, qui n’ait eu le droit et ne se soit soustraite au déshonneur d’obéir à un prince imposé par un ennemi momentanément victorieux. Lorsque Charles VII rentra à Paris et renversa le trône éphémère d’Henri VI, il reconnut tenir son trône de la vaillance de ses braves, et non d’un prince régent d’Angleterre.

C’est aussi à vous seuls et aux braves de l’armée, que je fais et ferai toujours gloire de tout devoir. »


[1] « Depuis longtemps, chez lui, le maréchal n’était plus le soldat ; son courage, ses vertus premières l’avaient élevés très haut hors de la foule ; les honneurs, les dignités, la fortune l’y avaient replongé », dira de lui Napoléon…

 

 

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( 23 mars, 2015 )

Le CONGRES de VIENNE et la NOUVELLE du DEBARQUEMENT de NAPOLEON, en 1815…

Le CONGRES de VIENNE et la NOUVELLE du DEBARQUEMENT de NAPOLEON, en 1815… dans TEMOIGNAGES europe-1815-congres-de-vienne

Les lignes suivantes sont tirées des Mémoires du comte de Hochberg-ou margrave Guillaume de Bade qui commandait l’année précédente les troupes destinées à bloquer les forteresses d’Alsace.

Arthur CHUQUET

« Au milieu des fêtes et des plaisirs arriva soudain, le 7 mars, la nouvelle que Napoléon s’était enfui de l’île d’Elbe ; elle était annoncée par le consul d’Autriche à Gênes et elle agit sur le Congrès comme un coup électrique. Nous étions le soir à la Burget des membres de la société jouaient justement deux pièces françaises Les rivaux d’eux-mêmes et le Calife de Bagdad. Tout le monde se groupa pour causer de l’événement et on était fort curieux d’apprendre de quel côté Napoléon s’était dirigé. J’entendis plusieurs généraux et diplomates exprimer hautement l’opinion que l’Empereur devait être empoigné et sévèrement puni. Le roi de Prusse, qui écoutait la conversation, dit avec ce calme qui lui était propre : « Avant de l’empêcher de nuire, il faut d’abord le prendre, et ce ne sera pas si facile ». Le 11 mars, on sut que Napoléon avait débarqué à Cannes et qu’il marchait sur Grenoble. Le prince de Monaco, qui était tombé dans ses mains, apporta la nouvelle à Vienne. Le 27, on apprit que Ney avait passé à Napoléon, et le lendemain, que l’Empereur était entré dans Paris. Ces nouvelles furent accablantes pour chacun. On s’inquiétait de la conduite de la Bavière et du grand duc de Bade. Le prince Eugène m’assura que, lorsqu’il sortait, il était constamment suivi par un agent de police.La France était mécontente de tout, même du bon, et elle désirait un changement; ainsi s’expliquent les rapides progrès que lit Napoléon lorsqu’il revint. Les monarques comprenaient maintenant qu’ils avaient eu tort de traiter si bénignement la France dans la dernière paix, de n’avoir eu pour elle que douceur et indulgence. »

(Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première série [seule parue] », Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911 pp.313-314.)

 ———–

Le Margrave de Bade a laissé des mémoires dont seule la partie consacrée à la campagne de Russie fut traduite en français et publiée (sous les auspices d’Arthur Chuquet).

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( 22 mars, 2015 )

Et la Garde ?

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Écoutons une ultime fois l’adjudant-major Etienne LABORDE, qui a suivi l’Empereur de l’île d’Elbe à Paris: « La Garde couche le 20 mars à Villejuif, et fit son entrée dans Paris, accompagnée d’une nombreuse population, le 21, à onze heures du matin. Ce même jour, l’Empereur passa la revue de toutes les troupes qui étaient à Paris, et après qu’elles furent rangées en bataillon carré, il leur dit :

 « Soldats,

 « Je suis venu en France avec six cents hommes, parce que je comptais sur l’amour du peuple et le souvenir des vieux soldats. Je n’ai pas été trompé dans mon attente. Soldats, je vous en remercie : la gloire de ce que nous venons de faire est toute au peuple et à vous ; la mienne se réduit à vous avoir connus et appréciés. »

 Ce discours fut accueilli par les acclamations du peuple et de l’armée.

 Un instant après, le général  Cambronne et les officiers du bataillon de la Garde de l’île d’Elbe parurent avec les anciennes aigles de la Garde, qui avaient été conservées et cachées durant notre absence par un de leurs chefs les plus distingués, le général Friant.

 L’Empereur repris la parole et dit :

 « Voici les officiers du bataillon qui m’a accompagné dans mon malheur, ils sont tous mes amis ; ils étaient chers à mon cœur. Toutes les fois que je les voyais, ils me représentaient les divers régiments de l’armée, car dans ces six cents braves, il y a des hommes de tous les régiments. Tous me rappelaient ces grandes journées, car tous sont couverts d’honorables cicatrices reçues à nos batailles mémorables. En les aimant, c’était vous tous, soldats, que j’aimais ; ils vous rapportent ces aigles de l’armée française : qu’elles vous servent de point de ralliement. En les donnant à la Garde, je les donne à toute l’armée. Jurez qu’elles se trouveront toujours partout où l’intérêt de la Patrie les appellera. Que les traîtres et ceux qui voudraient envahir notre territoire ne puissent jamais en soutenir le regard ! »

 « Nous le jurons ! » s’écrièrent avec enthousiasme tous les soldats.

 Et les troupes défilèrent aux cris mille fois répétés de « Vive l’Empereur ! ».

 Redoutant de laisser à mon indignation le douloureux devoir de flétrir les lâches qui, sortis de nos rangs, devinrent transfuges et traîtres à la Patrie, et ne voulant pas évoquer l’ombre de leurs glorieuses victimes, que la mort frappa sur les champs de Waterloo, ici, je termine ma tâche. »

 

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( 22 mars, 2015 )

Le général Haxo en 1815…

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Le général du génie Haxo avait été chargé par le duc de Berry de reconnaître les positions en avant de Paris pour arrêter Napoléon, et il voulut couper des ponts ; mais les habitants s’opposèrent à son dessein. Le 20 mars 1815, avec son bataillon de sapeurs, il prit la route du Nord. Le surlendemain, à Beaumont, sur l’ordre des princes, il reprenait le chemin de Paris, et, avec lui, ses sapeurs « déjà fort inquiets et impatients ». Le lieutenant-général Haxo était employé au Comité central des fortifications en sa qualité d’inspecteur général du génie, lorsqu’il fut question de former dans Paris une armée aux ordres de S. A. R. Mgr. Le duc de Berry. Vers le 10 mars, il fut nommé par le ministre de la guerre commandant du génie à cette armée et, après avoir pris les ordres de S. A. R., il s’occupa de suite à organiser le matériel nécessaire à son service. Il reconnut, en avant de Paris, à la hauteur de Corbeil, une position dans laquelle il proposait de réunir les troupes et d’essayer de combattre. Quelques jours après, en conséquence des ordres de S. A. R., il envoya des officiers du génie pour faire couper les ponts de Joigny, de Montereau, de Notent, etc. ; mais ils ne purent remplir l’objet de leur mission, parce que les habitants s’y opposèrent. Le 19 mars, le lieutenant-général Haxo se rendit à Villejuif où devait se réunir le quartier général. Mais il ne s’y trouva que le maréchal duc de Tarente, les généraux Rapp et Ruty. Vers le matin, il reçut l’ordre de rétrograder avec son matériel et son personnel et de se rendre à Saint-Denis où le quartier-général devait être établi. Il attendit la pointe du jour pour se mettre en marche, de crainte de manquer pendant l’obscurité un bataillon de sapeurs qui, depuis les ordres de la veille, était attendu à Villejuif.

Le 20 mars, il rentra à Paris vers 8 heures du matin, trouva les Tuileries désertes et, après s’être arrêté environ une heure pour réunir ses officiers et s’assurer du départ du bataillon de sapeurs pour Saint-Denis, il se rendit lui-même dans cette ville. Il y trouva le maréchal duc de Tarente de qui il reçut l’ordre d’aller coucher le même soir à Moisselles et de continuer le lendemain sa retraite vers les places du Nord. Dans ce moment, les troupes du général Maison l’abandonnèrent ; mais les sapeurs demeurèrent tranquilles parce qu’on avait eu soin de les tenir séparés des autres soldats.

Le 21 mars, il se trouva absolument seul avec le général Ruty, quelques officiers d’artillerie et les ofliciers de troupe du génie qui étaient sous ses ordres. Il se remit en marche et arriva d’assez bonne heure où Beaumont où il jugea à propos de demeurer pour  faire donner des vivres aux soldats et pour attendre de nouveaux ordres de la part du général Belliard, chef de l-état-major général, qui s’était rendu à Beauvais pour rejoindre les princes et leur en demander. Impatient de ne pas voir revenir ce général, il prit vers 2 heures de l’après-midi le parti de se mettre avec le général Ruty dans une chaise de poste pour aller lui-même jusqu’à Beauvais et tâcher de recevoir des ordres des princes. A pou de distance de cette ville, il rencontra le général Belliard qui revenait et qui lui annonça que leurs Altesses royales en étaient parties et l’avaient chargé de nous remercier et de nous congédier. Cette nouvelle fut confirmée par M.  le maréchal de camp comte de La Roche Aymon qui revenait lui-même de Beauvais. En conséquence, le lieutenant-général Haxo retourna à Beaumont et fît annoncer cet événement le 22 aux soldats déjà fort inquiets et impatients. A son retour à Paris, il fut présenté à Bonaparte avec tous les officiers généraux du génie qui s’y trouvaient. Celui-ci lui reprocha plusieurs fois d’avoir voulu arrêter sa marche en faisant couper les ponts de Joigny, Montereau, etc., chose dont il avait eu connaissance par les ordres écrits et signés par le général Haxo qui étaient tombés entre ses mains, et c’est sans doute par suite du mécontentement qu’il en eut qu’il supprima la place de commandant du génie de la garde pour en priver le lieutenant-général Haxo qui en était pourvu à l’époque de l’abdication.

Paris, 24 octobre 1815.

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. 1ère série [seule série parue] »,Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur,1911 pp.288-291).

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( 22 mars, 2015 )

Retour sur un événement…

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Arthur Chuquet ,dans son ouvrage intitulé « Le Départ de l’île d’Elbe » (Editions Ernest Leroux,1921, pp.193-199), revient sur l’échappée incroyable de l’Empereur …

« En réalité, les Anglais avaient manqué de prévoyance et de vigilance. Aussi, partout, à Vienne, à Rome, à Turin, à Paris ils disaient qu’ils étaient sincèrement  affligés de l’événement et ils cherchaient à s’excuser. « Qui nous avait chargés, s’écriait lord North, d’arrêter Bonaparte ? »

« Sommes-nous, objectait sir Charles Stewart, en guerre avec Napoléon, et quel droit avions-nous de le surveiller? »

Lorsque le marquis d’Osmond blâmait Campbell, lorsqu’il remarquait que le cabinet britannique n’avait pas attaché à la croisière de l’île d’Elbe toute l’importance qu’elle méritait des Anglais lui répliquaient: « Quelle mission avait donc le colonel ? Était-il le gardien de Bonaparte

C’est ce que répondirent pareillement les ministres Castlereagh et Liverpool au Parlement lorsqu’ils essayèrent de se justifier eux et leur agent. « Bonaparte, disaient-ils, n’était pas prisonnier ; il était souverain de l’île d’Elbe et tant qu’il ne violerait pas les traités, il devait être réputé libre. Le colonel Campbell, ajoutaient-ils avait une mission très difficile et très délicate; il ne pouvait exercer sur Bonaparte une surveillance quotidienne que Bonaparte n’eût pas d’ailleurs tolérée; qu’aurait-il pu faire s’il avait été là lorsque l’Empereur s’éloigna?

Ce que Campbell aurait pu faire ! Campbell lui-même a répondu. Il aurait tiré sur l’Inconstant : la corvette anglaise aurait à elle seule arrêté la flottille française ; quelle alarme elle donna lorsqu’on la vit le 24 février rentrer à t’improviste dans le port ! Pons ne dit-il pas que l’expédition n’était pas de force à surmonter un pareil obstacle ? Napoléon ne reconnaît-il que l’Inconstant était un frêle navire? Burghersh n’écrit-il pas que ce faible et petit brick n’aurait rien pu contre la Perdrix et que les autres bâtiments, petits et chargés de troupes, n’auraient même pas tenté de forcer le passage ?

Mais Campbell s’ennuyait, se morfondait à l’île d’Elbe. Inquiet, remuant, vaniteux, convaincu qu’il avait du flair et le talent de surprendre les secrets de l’ennemi, il demandait à Castlereagh la permission d’aller à Naples observer le roi Murat. Le ministre refusa, et  « l’Argus britannique de Porto-Ferrajo », comme le nommaient les Français, voulut se distraire. Il fit des fugues en Toscane. Amour, quand tu nous tiens ! Vainement Burghersh blâma plusieurs fois ses absences aussi longues que fréquentes. Vainement Burghersh le pria de rester à son poste au moins jusqu’à la fin du Congrès et de rendre visite à Bonaparte, non pas de temps en temps, mais très souvent. Vainement Burghersh, lorsqu’il vit Campbell à Florence au milieu du mois de février, l’engagea vivement à regagner l’île d’Elbe sans aucun délai. Le colonel n’écouta pas Burghersh. S’il avait quitté Florence dès le lendemain de son arrivée, il serait rentré à Porto-Ferrajo le 24 ou le 25 février, la veille ou l’avant- veille du départ de Napoléon. « Que de tracas, disait-on à Paris, nous cause son amourette ! »

Les royalistes firent de semblables reproches au gouvernement des Bourbons. Le maréchal de camp Bertrand de Civray, qui commandait le département du Var, avait assuré l’année précédente, au commencement du mois de juin, qu’un colonel anglais ne quittait pas Napoléon et une frégate anglaise restait  toujours mouillée à l’entrée de Porto-Ferrajo soit comme protectrice, soit comme surveillante. Le 3 mars 1815, le préfet du Var, Bouthillier, mandait à Paris que cette frégate britannique aurait dû s’opposer à l’évasion de  l’Empereur, « Il est affreux de penser, s’écriait-il, que Bonaparte et ses mille hommes soient sortis dé l’île d’Elbe sans être vus de la frégate en croisière ! » Mais Une frégate suffisait-elle ? Pourquoi, disaient les royalistes, le ministre de la marine n’avait-il pas envoyé dans les eaux de Provence deux frégates au moins ? N’auraient-elles pas coulé bas la flottille de Bonaparte ?

Le ministre de la marine- c’était Beugnot-sut trouver des excusés. Il rappela que Bonaparte était souverain de l’île d’Elbe et avait un pavillon reconnu ainsi qu’un brick donné par la France ; qu’un seul agent des puissances. Si le commissaire anglais Campbell résidait à Porto-Ferrajo ; que le gouvernement des Bourbons pouvait,  quelles que fussent ses défiances, mettre le pays en état de blocus; qu’il avait, à vrai dire, défendu à ses équipages de ouiller à Porto-Ferrajo; mais que deux frégate la Melpomène et la Fleur-de-lys, croisaient, l’une au nord, l’autre au sud de Capraja, et devaient  s’attacher au navire qui porterait Napoléon et ses troupes. C’est pourquoi la Fleur-de-lys, commandée par Garat, était, sur l’avis de Campbell, partie à la recherche de l’Inconstant. Néanmoins, ajoutait Beugnot, pendant  une longue nuit ou à la suite d’un coup de vent, l’Empereur pouvait toujours s’échapper de l’île d’Elbe, quel que fût le nombre des bâtiments de croisière, et pour le surprendre dans la traversée, il ne fallait compter que sur le hasard. Encore si la Fleur-de-lys avait accosté l’Inconstant, les marins qui  la montaient, étant bonapartistes, auraient acclamé et aidé le fugitif.

Bruslart, le gouverneur de la Corse, mis en cause, lui aussi, se justifia de même que Beugnot. A un dîner chez le prince de Condé, sous la seconde Restauration, il disait que lorsqu’il était à Bastia, il voyait l’île d’Elbe de son lit. « il n’y a pas de quoi se vanter », remarqua quelqu’un. Bruslart entendit ce propos désobligeant. « Vous ignorez, reprit-il, combien la mer est une large route. Vous ignorez que les vents ne permettent aucune communication  ni à temps ni à jour fixe, que les brouillards masquent souvent la direction, que Bonaparte avait le droit de faire naviguer un brick de guerre et par là toute surveillance était plus difficile. »

Garat  qui commandant la Fleur-de-lys, a pareillement plaidé sa cause avec habileté. Selon lui, ni son vaisseau, ni la Melpomène, les deux seules frégates françaises qui fussent chargées de surveiller l’Empereur, ne pouvaient empêcher son évasion. Toutes deux ne devaient relâcher  en aucun cas à Porto-Ferrajo, l’unique port de ces parages. Elles n’entretenaient aucune intelligence avec la terre. Elles n’avaient ni petits bateaux ni mouches ni avisos. Et Porto- Ferrajo est situé à deux lieues et demie du continent d’Italie. Porto-Ferrajo est entouré de six îles et de deux écueils dangereux qu’on appelle les « Fourmis » ! N’aurait-il pas fallu, conclut Garat, un extraordinaire coup de fortune pour que l’une ou l’autre frégate réussit à arrêter ou même à voir le brick impérial qui pouvait d’ailleurs se jeter à la côte ?

Etait-il donc nécessaire, comme écrivait Wellington, d’abord de connaître l’intention de « Bony », et ensuite, d’avoir le 26 février, à ta hauteur de l’île d’Elbe, quelques-uns des six vaisseaux de ligne britanniques de la Méditerranée ?

Un prisonnier sait mieux que personne les moyens auxquels ses geôliers doivent recourir pour qu’il ne s’évade pas. Napoléon a dit ce que les Bourbons ou les Anglais auraient dû faire. Rien n’était plus simple. Ils n’avaient qu’à entretenir une croisière de deux frégates : l’une aurait été constamment dans le port; l’autre, constamment aux aguets et sous voiles.

N’avouait-il pas avant de quitter l’île d’Elbe, que, s’il différait son départ, les Bourbons et l’Angleterre s’entendraient pour le faire garder à vue par leurs vaisseaux ? »

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( 21 mars, 2015 )

Dans les prochaines semaines…

Visuel 1815-2015

5 avril 1815. Les troupes anglaises arrivent en Belgique, commandées par Arthur Wellesley, duc de Wellington.

22 avril. Proclamation de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, rédigé par Benjamin Constant.

26 mai. Le tsar de Russie, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche quittent Vienne pour se mettre à la tête de leurs armées et lutter contre la France.

1er juin. Cérémonie du Champ-de-Mai, à Paris.

9 juin. L’acte final du Congrès de Vienne est signé par les plénipotentiaires des grandes puissances alliées présentes. Il avait été ouvert le 1er novembre 1814.

12 juin. Napoléon quitte Paris pour la Belgique.

15 juin. Napoléon chasse les Prussiens de Charleroi et décide de s’attaquer à Blücher pendant que Ney est prié d’occuper les Quatre-Bras, carrefour stratégique routier.

16 juin. Bataille de Ligny et bataille des Quatre-Bras.

18 juin. Bataille de Mont-Saint-Jean, appelée par les Anglais « Bataille de Waterloo » et par les Prussiens « Bataille de La Belle-Alliance ».

21 juin. Napoléon est de retour à Paris.

22 juin. L’Empereur abdique en faveur de son fils.

25 juin. Napoléon arrive au château de Malmaison.

29 juin. Après un court séjour, Napoléon prend le chemin de l’exil.

3 juillet. L’Empereur est à Rochefort-sur-Mer.

8 juillet. Louis XVIII revient à Paris.

12 juillet. Arrivé sur la frégate la Saale, Napoléon s’installe provisoirement à l’île d’Aix.

15 juillet. Il s’embarque à bord du brick de guerre l’Épervier, sous pavillon parlementaire qui le conduit jusqu’au Bellérophon, navire britannique. « Je suis venu me placer sous la protection de votre prince et de vos lois », déclare l’Empereur.

7 août. En rade de Plymouth, Napoléon est transféré sur le Northumberland qui le conduira à l’île de Sainte-Hélène.

15 octobre. Arrivée de l’Empereur à Sainte-Hélène.
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Mais ne grillons pas les étapes !

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