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Un voleur à l’île d’Elbe…

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Vue Portoferraio

Écoutons une nouvelle fois le trésorier Guillaume Peyrusse…

« J’ai déjà dit que j’avais constaté un déficit de 20,000 Fr. dans ma caisse, et que j’avais chargé le commissaire de police d’aller aux enquêtes sur ce vol. On lui avait signalé les dépenses extraordinaires que faisait un sieur Allory [Allori][1], misérable cordonnier. Il faisait dire des messes pour remercier la Providence, qui l’avait rendu possesseur de ce petit Trésor. Je le fis arrêter ; il parut devant le commissaire de police. Sa figure me frappa ; je crus le reconnaître. Il fut interrogé ; on saisit sur lui des comptes de cuir, de toiles, acquittés sous fraîche date ; on le poussa de questions ; il commença par déclarer qu’il avait trouvé un sac contenant 3,000 Fr. en or, sous un buisson, près de la porte de Terre. Ce premier aveu me donna de l’espoir. Je conseillai au commissaire de police de lui faire mettre les poucettes par le gendarme qui le gardait ; le serrement gradué de cette étreinte lui arracha l’aveu qu’étant de faction chez moi, le premier jour de mon arrivée, il avait vu déballer sous ses yeux les caisses du Trésor ; que se promenant le fusil sous le bras, il avait eu l’idée de remuer avec pied la paille qu’on avait laissée toute étalée jusqu’à l’arrivée du jardiner qui devait l’enlever ; que son pied avait heurté un corps résistant ; qu’il s’était baissé, et qu’à son grand étonnement, il avait vu un paquet long, et que, pensant que la Sainte Vierge lui réservait cette bonne fortune, il avait mis ce paquet sous son schako et l’avait conservé ainsi jusqu’au moment du relevé de sa faction. Il avoua que le paquet contenait vingt rouleaux de cinquante napoléons d’or chaque ; qu’il avait employé cent cinquante napoléons à payer des comptes arriérés, à faire des achats de cuir, de toile et enfin à faire dire des messes ; qu’il lui restait dix-sept rouleaux cachés dans sa paillasse. Ramené sur-le-champ dans son domicile, il mit à la disposition du commissaire de police l’argent qu’il avait déclaré. Satisfait de cet heureux résultat, je crus convenable de ne pas ébruiter cette affaire et je bornai là mes investigations par déférence pour la Garde nationale dont ledit Allori était membre. Ce qui fut trouvé en toile et cuire fut remis à l’hospice. »


[1] « Peyrusse accompagna Napoléon à l’île d’Elbe. Il emportait 3 979 000 francs dans cent-quatre-vingt-dix-neuf caisses de 20 000 francs chacune en vingt rouleaux de napoléons. L’une de ces caisses fut volée au moment où on les déballait à Porto-Ferrajo [Portoferraio], par un cordonnier nommé Allori, de la garde nationale de l’île, qui avait été placé en faction devant le Trésor. Quatre mois plus tard, quand le voleur fut découvert, on retrouva chez lui dix-sept rouleaux cachés dans sa paillasse. Il avait employé vingt-cinq napoléons à payer des petites dettes, à acheter des cuirs et à faire dire des messes. ». (« Vieux papiers financiers. Un trésorier de Napoléon. Extraits », in « Le Globe », 21 janvier 1904).

 

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