( 30 mars, 2015 )

Le petit roi de Rome…

Roi de Rome« Bien avant le retour de l’île d’Elbe, et à l’insu de l’empereur, Fouché, paraît-il, avait conçu le projet de faire enlever le roi de Rome. Selon Méneval, des émissaires étaient même venus à Vienne dans ce dessein. Quoi qu’il en soit, la cour d’Autriche appréhendait un complot. Le 18 mars, l’empereur François déclara à sa fille que dans les circonstances présentes le jeune prince devait résider à Vienne. Marie-Louise, qui avait déjà accepté d’abandonner son fils pour obtenir la souveraineté de Parme, consentit sans peine à cette séparation anticipée. L’enfant fut conduit au palais impérial de Vienne. Deux jours plus tard, à la suite d’une fausse alerte qui fit soupçonner à tort le colonel de Montesquiou d’une tentative d’enlèvement dont sa mère aurait été complice, le grand-chambellan Vrbna signifia à celle-ci l’ordre de l’empereur de cesser incontinent ses fonctions. Malgré ses prières et ses protestations, madame de Montesquiou dut obéir et livrer à une gouvernante autrichienne l’enfant qu’elle n’avait pas quitté un seul instant depuis sa naissance. Redoutant quelque horrible projet, elle exigea l’attestation, signée de deux médecins, que le fils de Napoléon sortait de ses mains en bonne santé. Le petit prince pleura beaucoup. A toute minute, il appelait « maman Quiou ». Quand Meneval partit pour Paris, au commencement de mai, il vint le voir une dernière fois et lui demanda s’il avait quelque chose à faire dire à son père. L’auguste enfant jeta un regard de défiance sur sa nouvelle gouvernante et sur les Autrichiens qui se trouvaient là, puis il se retira silencieusement à l’autre extrémité de la pièce, dans l’embrasure d’une fenêtre. Meneval l’y suivit. Alors le petit prince, l’attirant tout contre la croisée, lui dit très bas: « -Monsieur Méva, vous lui direz que je l’aime toujours bien. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.451-453)

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( 29 mars, 2015 )

Une missive bien fantaisiste…

La lettre de Jacquemart est vraiment drôle et bien ardennaise. Il dit nettement qu’il veut combattre, non seulement pour servir l’Empereur, mais pour se venger d’un grand vicaire qui lui aurait volé de l’argent, et il compte que Napoléon, de retour, fera rendre gorge à ce « brigand» de Delvincourt. Ce qui semblera peut-être plus drôle encore, c’est que le ministre de la guerre -qui faisait flèche de tout bois- écrivit le 13 avril 1815 à Mézières, au lieutenant-général commandant la 2ème division militaire : « Général, le sieur Jacquemart, domicilié à Charleville, a adressé à l’Empereur une demande à l’effet d’obtenir son admission dans un régiment de cavalerie, offrant de se monter à ses frais. Je vous engage à faire appeler auprès de vous le sieur Jacquemart et à autoriser son incorporation dans un des régiments à proximité, si vous le jugez susceptible de servir. Vous aurez soin, dans l’un ou l’autre cas, de m’informer de ce que vous aurez fait à son égard. »

A.CHUQUET

—————-

Charleville, le 29 mars 1815.

Enselme Jacquemart de Charleville, département des Ardennes, à Sa Majesté l’Empereur des Français, etc., etc.

Je désire me monter à mes frais, sacrifier ma fortune et ma vie pour servir mon auguste Empereur.

Voulez-vous bien accepter mes services ? Je désire combattre pour me venger du vol qui m’a été fait par Delvincourt, grand vicaire, qui m’a volé 20.000 francs il y a neuf mois, mais que votre justice me fera remettre des mains de ce brigand-là. Votre très dévoué et très fidèle sujet.

Enselme JACQUEMART.

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première série [seule série parue] »,Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1911 pp.323-324).

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( 27 mars, 2015 )

A propos du général Boinod.

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2281. — NAPOLÉON AU  MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL,

Ministre de  la Guerre, à Paris.

Paris, 27 mars 1815.

Le sieur Boinod (1), inspecteur aux revues, qui m’a rejoint à l’île d’Elbe et qui est revenu avec moi, a été chargé quelque temps du service de l’armée. C’est un homme distingué par son activité, son zèle et son attachement à ma personne. Placez-le d’une manière avantageuse dans vos bureaux ou à Paris et faites-lui donner une gratification de 12.000 francs pour remplacer ses appointements qu’il n’a pas touchés à l’île d’Elbe.

D’après la minute. Arch. Nat. AF IV, 907.

 

1. Boinod (Jean-Daniel-Mathieu) baptisé à Vevey, canton de Vaud (Suisse), le 29octobre1756, admis à la retraite et pourvu d’une pension le 1″ octobre 1819 (Bulletin des lois, 1820,I, 214-215); légataire de Napoléon 1er  (Note de Léonce de Brotonne.).

———–

Il me semble qu’il repose au cimetière Montparnasse, à Paris.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.516).

 

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( 26 mars, 2015 )

«Point de paix avec ‘Bonaparte’.»

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« Dès que l’Europe sait Napoléon aux Tuileries, elle se regarde comme en état d’hostilité avec la France. Le 26 mars 1815, deux dragons ayant passé par mégarde la frontière près de Maubeuge sont odieusement maltraités ; les soldats anglais les frappent arrachent les aigles des casques et les piétinent dans la boue. Le 29, cent trente-deux prisonniers de guerre revenant de Russie sont arrêtés à Tirlemont par les ordres du prince d’Orange et internés à Bréda. Le 30, des Autrichiens tirent sur une barque qui longe de trop près, à leur gré, la rive droite du Rhin. Le 31, la commission austro-bavaroise, siégeant à Kreusnach, prohibe à peine de confiscation l’exportation en France des vivres, chevaux et munitions de guerre. Il y a ordre d’arrêter Joseph à Prangins et Jérôme à Trieste. La princesse Elisa est conduite à Brünn, la reine Catherine est internée à Goeppingen, la princesse Pauline est retenue en Toscane . Le droit des gens n’est pas violé seulement à l’égard des membres de la famille impériale. Des Prussiens arrêtent à Liège trois négociants de Beaune. Des soldats badois arrêtent à Loerach un des frères Kœchlin, de Mulhouse, et le mènent en prison, les fers aux pieds. Entre Forbach et Wissembourg, les patrouilles de cavalerie se font un jeu d’entrer sur le territoire français et de sabrer les douaniers. Bien que selon les instructions de Decrès les bâtiments naviguent jusqu’à nouvel ordre sous pavillon royal, les Anglais leur donnent la chasse. En quinze jours, cinquante bâtiments de commerce et barques de pêche sont capturés sur les côtes de l’Océan et de la Manche . Dans la Méditerranée, la Dryade est attaquée par trois navires anglais. Le 29 avril, le vaisseau the Rivoli, de 84, s’approche à deux portées de canon de la frégate la Melpomène, hisse le pavil]on britannique et l’assure par cinq coups à boulets; puis, tandis que le capitaine Collet, surpris par cette agression, commande le branle-bas, le bâtiment anglais s’avance à portée de pistolet et lâche toute sa bordée à mitraille. Après une demi-heure de combat, la Melpomène a ses basses vergues coupées, sa mâture chancelante, sa cale inondée, sa soute à poudre traversée au-dessous de la ligne de flottaison par un boulet de 68, et cinquante hommes de son équipage tués ou blessés. Les Anglais capturent la frégate et la conduisent à Palerme Dès le 30 mars, on interdit le passage aux courriers diplomatiques. Les dépêches de Caulaincourt, les lettres de l’Empereur, sa circulaire aux souverains sont arrêtées à Kehl, à Mayence, à Saint-Jean-de-Maurienne. Bientôt toutes les frontières sont fermées même aux correspondances privées et aux journaux. On élève autour de la France, traitée en pestiférée et mise en quarantaine, les murailles d’un immense lazaret. Pour forcer ce blocus, l’empereur eut recours à des émissaires secrets. Le général de Flahaut, M. de Montrond, familier de Talleyrand, M. de Saint- Léon, créature de Fouché, le baron de Stassart, ancien préfet de Vaucluse et des Bouches-de-la-Meuse, devenu chambellan de l’empereur d’Autriche, se chargèrent des dépêches que les courriers de cabinet n’avaient pu réussir à passer. Flahaut fut arrêté à Stuttgart; Stassart, à Linz. Muni d’un passeport au nom d’un abbé italien, Montrond put gagner Vienne. Mais il ne s’agissait pas seulement de porter aux souverains les paroles de l’Empereur; il fallait les faire écouter. La circulaire du 4 avril était bien parvenue à Londres, et Castlereagh avait répondu à Caulaincourt : « Le prince régent a décliné de recevoir la lettre qui lui a été adressée. » Cette lettre que le prince anglais ne daignait pas même ouvrir était signée: Napoléon. A Vienne, on était dans les mêmes dispositions. Metternich déposa toutes cachetées sur la table du congrès les lettres prises au baron de Stassart. Après en avoir entendu la lecture, les plénipotentiaires furent unanimes à déclarer « qu’il n’y avait pas à y répondre ». Montrond ne réussit pas mieux. Il vit Talleyrand et tenta de le détacher de la cause des Bourbons; il vit Metternich, il vit Nesselrode. Talleyrand lui dit: « -Lisez la Déclaration du 13 mars. Elle ne contient pas un mot qui ne soit mon opinion. »

Metternich lui dit: «  Nous ne voulons même pas de la Régence. » Nesselrode lui dit: « -Point de paix avec Bonaparte »

 (Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.443-447)

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( 25 mars, 2015 )

Promotion pour quelques officiers…

 

Davout

2279. – NAPOLÉON AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL,

Ministre de la Guerre, à Paris.

Paris, 25 mars 1815.

Tous les officiers du détachement de cuirassiers qui se sont présentés ce matin à notre parade et ont décidé du mouvement à Orléans seront avancés d’un grade. Ils sont 6. Proposez-moi la destitution du colonel et le remplacement des 7 officiers qui se sont le plus mal conduits parmi ceux qu’on avait ôtés et qui étaient à Paris avec le général Exelmans. Enfin, proposez-moi un bon colonel pour ce régiment. Donnez ordre que tout le régiment se réunisse à Paris. Faites-moi connaître où est son dépôt.

D’après la minute. Arch. Nat. AF IV, 907.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.515)

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( 22 mars, 2015 )

Et la Garde ?

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Écoutons une ultime fois l’adjudant-major Etienne LABORDE, qui a suivi l’Empereur de l’île d’Elbe à Paris: « La Garde couche le 20 mars à Villejuif, et fit son entrée dans Paris, accompagnée d’une nombreuse population, le 21, à onze heures du matin. Ce même jour, l’Empereur passa la revue de toutes les troupes qui étaient à Paris, et après qu’elles furent rangées en bataillon carré, il leur dit :

 « Soldats,

 « Je suis venu en France avec six cents hommes, parce que je comptais sur l’amour du peuple et le souvenir des vieux soldats. Je n’ai pas été trompé dans mon attente. Soldats, je vous en remercie : la gloire de ce que nous venons de faire est toute au peuple et à vous ; la mienne se réduit à vous avoir connus et appréciés. »

 Ce discours fut accueilli par les acclamations du peuple et de l’armée.

 Un instant après, le général  Cambronne et les officiers du bataillon de la Garde de l’île d’Elbe parurent avec les anciennes aigles de la Garde, qui avaient été conservées et cachées durant notre absence par un de leurs chefs les plus distingués, le général Friant.

 L’Empereur repris la parole et dit :

 « Voici les officiers du bataillon qui m’a accompagné dans mon malheur, ils sont tous mes amis ; ils étaient chers à mon cœur. Toutes les fois que je les voyais, ils me représentaient les divers régiments de l’armée, car dans ces six cents braves, il y a des hommes de tous les régiments. Tous me rappelaient ces grandes journées, car tous sont couverts d’honorables cicatrices reçues à nos batailles mémorables. En les aimant, c’était vous tous, soldats, que j’aimais ; ils vous rapportent ces aigles de l’armée française : qu’elles vous servent de point de ralliement. En les donnant à la Garde, je les donne à toute l’armée. Jurez qu’elles se trouveront toujours partout où l’intérêt de la Patrie les appellera. Que les traîtres et ceux qui voudraient envahir notre territoire ne puissent jamais en soutenir le regard ! »

 « Nous le jurons ! » s’écrièrent avec enthousiasme tous les soldats.

 Et les troupes défilèrent aux cris mille fois répétés de « Vive l’Empereur ! ».

 Redoutant de laisser à mon indignation le douloureux devoir de flétrir les lâches qui, sortis de nos rangs, devinrent transfuges et traîtres à la Patrie, et ne voulant pas évoquer l’ombre de leurs glorieuses victimes, que la mort frappa sur les champs de Waterloo, ici, je termine ma tâche. »

 

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( 22 mars, 2015 )

Retour sur un événement…

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Arthur Chuquet ,dans son ouvrage intitulé « Le Départ de l’île d’Elbe » (Editions Ernest Leroux,1921, pp.193-199), revient sur l’échappée incroyable de l’Empereur …

« En réalité, les Anglais avaient manqué de prévoyance et de vigilance. Aussi, partout, à Vienne, à Rome, à Turin, à Paris ils disaient qu’ils étaient sincèrement  affligés de l’événement et ils cherchaient à s’excuser. « Qui nous avait chargés, s’écriait lord North, d’arrêter Bonaparte ? »

« Sommes-nous, objectait sir Charles Stewart, en guerre avec Napoléon, et quel droit avions-nous de le surveiller? »

Lorsque le marquis d’Osmond blâmait Campbell, lorsqu’il remarquait que le cabinet britannique n’avait pas attaché à la croisière de l’île d’Elbe toute l’importance qu’elle méritait des Anglais lui répliquaient: « Quelle mission avait donc le colonel ? Était-il le gardien de Bonaparte

C’est ce que répondirent pareillement les ministres Castlereagh et Liverpool au Parlement lorsqu’ils essayèrent de se justifier eux et leur agent. « Bonaparte, disaient-ils, n’était pas prisonnier ; il était souverain de l’île d’Elbe et tant qu’il ne violerait pas les traités, il devait être réputé libre. Le colonel Campbell, ajoutaient-ils avait une mission très difficile et très délicate; il ne pouvait exercer sur Bonaparte une surveillance quotidienne que Bonaparte n’eût pas d’ailleurs tolérée; qu’aurait-il pu faire s’il avait été là lorsque l’Empereur s’éloigna?

Ce que Campbell aurait pu faire ! Campbell lui-même a répondu. Il aurait tiré sur l’Inconstant : la corvette anglaise aurait à elle seule arrêté la flottille française ; quelle alarme elle donna lorsqu’on la vit le 24 février rentrer à t’improviste dans le port ! Pons ne dit-il pas que l’expédition n’était pas de force à surmonter un pareil obstacle ? Napoléon ne reconnaît-il que l’Inconstant était un frêle navire? Burghersh n’écrit-il pas que ce faible et petit brick n’aurait rien pu contre la Perdrix et que les autres bâtiments, petits et chargés de troupes, n’auraient même pas tenté de forcer le passage ?

Mais Campbell s’ennuyait, se morfondait à l’île d’Elbe. Inquiet, remuant, vaniteux, convaincu qu’il avait du flair et le talent de surprendre les secrets de l’ennemi, il demandait à Castlereagh la permission d’aller à Naples observer le roi Murat. Le ministre refusa, et  « l’Argus britannique de Porto-Ferrajo », comme le nommaient les Français, voulut se distraire. Il fit des fugues en Toscane. Amour, quand tu nous tiens ! Vainement Burghersh blâma plusieurs fois ses absences aussi longues que fréquentes. Vainement Burghersh le pria de rester à son poste au moins jusqu’à la fin du Congrès et de rendre visite à Bonaparte, non pas de temps en temps, mais très souvent. Vainement Burghersh, lorsqu’il vit Campbell à Florence au milieu du mois de février, l’engagea vivement à regagner l’île d’Elbe sans aucun délai. Le colonel n’écouta pas Burghersh. S’il avait quitté Florence dès le lendemain de son arrivée, il serait rentré à Porto-Ferrajo le 24 ou le 25 février, la veille ou l’avant- veille du départ de Napoléon. « Que de tracas, disait-on à Paris, nous cause son amourette ! »

Les royalistes firent de semblables reproches au gouvernement des Bourbons. Le maréchal de camp Bertrand de Civray, qui commandait le département du Var, avait assuré l’année précédente, au commencement du mois de juin, qu’un colonel anglais ne quittait pas Napoléon et une frégate anglaise restait  toujours mouillée à l’entrée de Porto-Ferrajo soit comme protectrice, soit comme surveillante. Le 3 mars 1815, le préfet du Var, Bouthillier, mandait à Paris que cette frégate britannique aurait dû s’opposer à l’évasion de  l’Empereur, « Il est affreux de penser, s’écriait-il, que Bonaparte et ses mille hommes soient sortis dé l’île d’Elbe sans être vus de la frégate en croisière ! » Mais Une frégate suffisait-elle ? Pourquoi, disaient les royalistes, le ministre de la marine n’avait-il pas envoyé dans les eaux de Provence deux frégates au moins ? N’auraient-elles pas coulé bas la flottille de Bonaparte ?

Le ministre de la marine- c’était Beugnot-sut trouver des excusés. Il rappela que Bonaparte était souverain de l’île d’Elbe et avait un pavillon reconnu ainsi qu’un brick donné par la France ; qu’un seul agent des puissances. Si le commissaire anglais Campbell résidait à Porto-Ferrajo ; que le gouvernement des Bourbons pouvait,  quelles que fussent ses défiances, mettre le pays en état de blocus; qu’il avait, à vrai dire, défendu à ses équipages de ouiller à Porto-Ferrajo; mais que deux frégate la Melpomène et la Fleur-de-lys, croisaient, l’une au nord, l’autre au sud de Capraja, et devaient  s’attacher au navire qui porterait Napoléon et ses troupes. C’est pourquoi la Fleur-de-lys, commandée par Garat, était, sur l’avis de Campbell, partie à la recherche de l’Inconstant. Néanmoins, ajoutait Beugnot, pendant  une longue nuit ou à la suite d’un coup de vent, l’Empereur pouvait toujours s’échapper de l’île d’Elbe, quel que fût le nombre des bâtiments de croisière, et pour le surprendre dans la traversée, il ne fallait compter que sur le hasard. Encore si la Fleur-de-lys avait accosté l’Inconstant, les marins qui  la montaient, étant bonapartistes, auraient acclamé et aidé le fugitif.

Bruslart, le gouverneur de la Corse, mis en cause, lui aussi, se justifia de même que Beugnot. A un dîner chez le prince de Condé, sous la seconde Restauration, il disait que lorsqu’il était à Bastia, il voyait l’île d’Elbe de son lit. « il n’y a pas de quoi se vanter », remarqua quelqu’un. Bruslart entendit ce propos désobligeant. « Vous ignorez, reprit-il, combien la mer est une large route. Vous ignorez que les vents ne permettent aucune communication  ni à temps ni à jour fixe, que les brouillards masquent souvent la direction, que Bonaparte avait le droit de faire naviguer un brick de guerre et par là toute surveillance était plus difficile. »

Garat  qui commandant la Fleur-de-lys, a pareillement plaidé sa cause avec habileté. Selon lui, ni son vaisseau, ni la Melpomène, les deux seules frégates françaises qui fussent chargées de surveiller l’Empereur, ne pouvaient empêcher son évasion. Toutes deux ne devaient relâcher  en aucun cas à Porto-Ferrajo, l’unique port de ces parages. Elles n’entretenaient aucune intelligence avec la terre. Elles n’avaient ni petits bateaux ni mouches ni avisos. Et Porto- Ferrajo est situé à deux lieues et demie du continent d’Italie. Porto-Ferrajo est entouré de six îles et de deux écueils dangereux qu’on appelle les « Fourmis » ! N’aurait-il pas fallu, conclut Garat, un extraordinaire coup de fortune pour que l’une ou l’autre frégate réussit à arrêter ou même à voir le brick impérial qui pouvait d’ailleurs se jeter à la côte ?

Etait-il donc nécessaire, comme écrivait Wellington, d’abord de connaître l’intention de « Bony », et ensuite, d’avoir le 26 février, à ta hauteur de l’île d’Elbe, quelques-uns des six vaisseaux de ligne britanniques de la Méditerranée ?

Un prisonnier sait mieux que personne les moyens auxquels ses geôliers doivent recourir pour qu’il ne s’évade pas. Napoléon a dit ce que les Bourbons ou les Anglais auraient dû faire. Rien n’était plus simple. Ils n’avaient qu’à entretenir une croisière de deux frégates : l’une aurait été constamment dans le port; l’autre, constamment aux aguets et sous voiles.

N’avouait-il pas avant de quitter l’île d’Elbe, que, s’il différait son départ, les Bourbons et l’Angleterre s’entendraient pour le faire garder à vue par leurs vaisseaux ? »

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( 21 mars, 2015 )

Napoléon à Paris…

Napoléon. Retour

« 21 mars 1815. Il se lève à 6 heures. Il met de l’ordre dans ses papiers. On l’entend répéter : « Pauvre France ! ». A 13 heures, revue de toutes les troupes de la garnison et de la Garde nationale place du Carrousel et place du Châtelet.

23 mars. Il reçoit son frère Joseph.

24 mars. Revue de la Vieille Garde. Décrets qui suppriment la censure, la Direction générale de l’imprimerie et de la librairie.

26 mars. Audience solennelle à 9 h30 : ministres , Conseil d’Etat, Cour des comptes, cour impériale, préfet, conseil municipal. A dîner, il reçoit Joseph, la reine Julie et la reine Hortense.

31 mars 1815. Il se rend à Saint-Denis, visite les orphelines de la Légion d’honneur. Les jeunes filles étaient enthousiasmées. »

(L. GARROS et J. TULARD, « Itinéraire.. », Tallandier, 1992, p.492.)

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( 18 mars, 2015 )

Napoléon retrouve le maréchal Ney…

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Cette scène se déroule à Auxerre : « Dans la matinée du 18 [mars 1815], l’Empereur reçut le maréchal Ney. C’est par l’intérieur que passa le maréchal. Il resta quelques instants dans la pièce voisine de la chambre à coucher. Ses yeux étaient pleins de larmes. On a dit qu’il avait eu quelque peine à se décider à venir voir l’Empereur. Il était seul. L’Empereur ne le fit pas longtemps attendre. Je crois que ce fut le Grand-Maréchal [général Bertrand] qui l’introduisit dans la chambre à coucher. La porte ayant été fermée immédiatement, je ne pus voir de quelle façon eut lieu la réception, ni ne pus entendre l’entretien, auquel personne que je sache n’assista, si ce ne fut le Grand-Maréchal ». Celui qui avait fait le serment à Louis XVIII de ramener l’Usurpateur dans une « cage de fer » vient de se rallier à Napoléon.

(Mameluck Ali, « Souvenirs sur l’Empereur Napoléon. Préface et notes de Christophe Bourachot », Arléa, 2000).

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( 17 mars, 2015 )

Nouvelles contradictoires circulant dans Paris…

« 17 Mars 1815. -La journée et la nuit ont été fort calmes dans Paris. La pluie y a peut-être beaucoup contribué, en diminuant les groupes, parce qu’on s’aperçoit que les esprits s’échauffent et fermentent, même parmi le peuple. Bien des personnes croient qu’il serait difficile de répondre de la tranquillité, si deux jours de beau temps favorisaient les rassemblements populaires. Les nouvelles les plus contradictoires ont couru aujourd’hui, tantôt-on a dit que M. le Maréchal Ney était entré à Lyon et les Marseillais à Grenoble; tantôt, on a assuré que M. le Maréchal, n’ayant pu contenir ses troupes, avait été entraîné par elles à Bonaparte. Le bruit répandu que le Général Ameil avait été arrêté à Auxerre, avec une avant-garde de 800 satellites de Bonaparte, avait d’abord relevé les esprits; mais, bientôt on a su que ce général avait été surpris seul, ou presque seul, par un inspecteur général des Postes, nommé Augustius, et amené à Paris. On s’est aussitôt servi du nom d’Ameil pour débiter que Bonaparte n’avait pas seulement 10.000 hommes, comme le mandent les autorités des villes dont il approche, mais 20 à 25.000. En une pareille position, l’opinion ne peut manquer d’être violemment agitée et, quoique toujours très fortement prononcée contre Bonaparte, elle est encore bien plus occupée à accuser le gouvernement qu’à le seconder en une telle crise. La Chambre des députés, elle-même, a aussi donné dans cet étrange travers. On y délibérait, en comité secret, sur la réponse à faire à l’admirable discours du Roi. On avait proposé de proclamer que la guerre actuelle était vraiment nationale, lorsqu’un autre membre a demandé qu’on déclarât que les ministres n’avaient plus la confiance de la nation et qu’on suppliât le Roi de les changer. »

 

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.294-295).

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Ici s’arrêtent les rapports du comte Anglès, commencés le 22 avril 1814 . Dans trois jours, l’Empereur retrouvera sa capitale !

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( 17 mars, 2015 )

L’Empereur arrive à Auxerre (17 mars 1815).

« Sa Majesté s’arrêta un moment à Vermenton et se rendit de suite à Auxerre , où le préfet Gamot  était resté à son poste », écrit G. PEYRUSSE.
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« A Auxerre, il y eut une scène semblable à celle qui avait eu lieu à Autun ; mais ce fut avec le clergé, composé d’un certain nombre de prêtres, parmi lesquels étaient un ou deux curés » , note le mameluck ALI dans son témoignage.
———–
A propos du préfet Charles Gamot (1766-1820), beau-frère du maréchal Ney, il est nommé préfet de la Lozère en mars 1813. Gamot est en juin de l’année suivante, préfet de l’Yonne. Napoléon satisfait de son attitude lors de son passage à Auxerre le maintient dans ses fonctions. Gamot est destitué de son poste à la seconde Restauration. Il a publié en 1818 une « Réfutation en ce qui concerne le Maréchal Ney de l’ouvrage ayant pour titre Campagne de 1815…, par le Général Gourgaud », ouvrage qui remet en cause de la relation de la campagne de 1815 dictée à Gourgaud par Napoléon lui-même, à Sainte-Hélène…

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( 16 mars, 2015 )

16 mars 1815…

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« 16 mars. Sa Majesté s’arrêta à Avallon. Elle trouva sur cette route les mêmes sentiments que dans les montagnes du Dauphiné. La population des campagnes, femmes, enfants, soldats et officiers retraités accouraient sur le grand chemin, faisant retentir les airs des cris de Vive l’Empereur ! », écrit le trésorier Guillaume PEYRUSSE, dans ses « Mémoires ».
——-
Sur le passage de l’Empereur dans cette ville, lire l’étude d’André Rossigneux (« Une étape de Napoléon Ier. Avallon (16-17 mars 1815) », Editions de la Revue des Curiosités révolutionnaires, 1911).

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( 14 mars, 2015 )

14 mars 1815…

« 14 mars. L’Empereur reçut à Châlons [Chalon-sur-Saône] la députation de la ville de Dijon. (Guillaume PEYRUSSE, « En suivant Napoléon. Mémoires, 1809-1815″…)

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« Il faisait un temps épouvantable, et cependant toute la population s’était portée hors de la ville pour voir l’Empereur quelques moments plus tôt. Il aperçut, à l’approche des murs, des caissons et de l’artillerie, et s’en étonna. Ils étaient destinés, lui dit-on, à agir contre vous, nous les avons arrêtés au passage, et nous vous les présentons.- C’est bien, mes enfants, vous avez toujours été de bons citoyens » (écrit Fleury de Chaboulon, dans le 1er tome de ses souvenirs).

«Toujours  le même accueil, le même empressement de la part des populations », précise le mameluck Ali dans son ouvrage.

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( 14 mars, 2015 )

A Paris…

« 14 Mars 1815. — La physionomie apparente de Paris a été, aujourd’hui, plus calme qu’hier, mais le peu de confiance dans les dispositions des troupes et l’effroi de la guerre civile dominent dans l’esprit du grand nombre et ajoutent à l’indignation contre Bonaparte. Ses partisans présumés sont aussi fort inquiets. Ils sentent que, l’armée se partageant, il ne s’agit plus, comme ils s’en étaient d’abord follement flattés, d’une promenade de Lyon à Paris, mais d’une lutte qui deviendra sanglante, d’un déchirement qui peut être fatal à tous et à la France entière. Le zèle et le dévouement qui éclatent, dans une partie de la population, ne rassurent pas, à beaucoup près, tout le monde contre les dangers de la marche de Bonaparte qu’on dit être parti, le 12, de Lyon. On craint qu’il se recrute, en route, de la plupart des garnisons ou des corps qu’il rencontre et l’on n’a pas l’entière confiance que, lorsque les troupes, qu’on réunit autour de Paris, seront devant les siennes elles consentent à se battre contre lui.

Propos recueillis dans les casernes. Le sort de la capitale est dans cette question, dont la solution est loin de dépendre absolument des dispositions des généraux et des officiers eux-mêmes. Les propos que l’on recueille dans les casernes de Paris ne laissent que trop de doute à cet égard. Les soldats n’y parlent pas mal du Roi, ils rendent même justice à sa bonté, mais ils ne montrent aucune résolution de tirer sur Bonaparte, s’il se présente devant eux. Je trahirais mes devoirs envers le Roi si je lui cachais les nombreux rapports qui m’arrivent en ce sens, tout pénible qu’il me soit de faire à S. M. de telles communications. Le bruit qui circule sourdement, parmi les bonapartistes, c’est que leur chef sera lundi près de Paris et qu’il cherchera à y entrer, ce jour-là, parce qu’il a toujours eu la manie des anniversaires et que c’est celui de la naissance de son fils. On a tant parlé, autour de la cour, de l’arrestation des principaux d’entre eux, qu’ils sont presque tous cachés. Il n’est donc pas étonnant qu’on n’ait pas trouvé Carnot chez lui. Pour que des mesures de police réussissent, il faudrait ne pas commencer à en menacer hautement ceux qu’elles doivent atteindre, comme on le fait depuis plus de dix jours. Il n’y a, dès lors, plus de secret possible. Cette disparition a, du reste, une sorte d’avantage, elle rend très difficile tout concert et toute action combinée entre les meneurs d’un complot. Aussi, quoiqu’il soit de mode d’accuser continuellement la police, au risque de briser ses ressorts moraux, il est remarquable que pas une des proclamations de l’Usurpateur n’a, jusqu’ici, été affichée ni même colportée dans Paris. Elles n’y sont même pas connues de la plupart de ceux qu’on répute d’ordinaire ses complices; ce qui prouve, ou que les relations, entre eux, ne sont pas aussi libres qu’on le débite, ou que l’autorité chargée de la surveillance n’est pas aussi impuissante et aussi inhabile qu’on cherche à le persuader. Beaucoup trop de gens se mêlent de police sans y rien entendre : on est ainsi, sans cesse, écrasé d’une multitude de rapports mensongers dont l’inutile vérification fait perdre âmes agents un temps précieux qu’ils emploieraient utilement à poursuivre des traces plus importantes; mais, si l’on écarte l’avis le plus invraisemblable, celui même dont la fausseté a déjà été démontrée, il revient par les organes les plus respectables et l’on est près du soupçon, dès qu’on n’adopte pas tout ce qu’il plaît à un zèle aveugle d’accréditer.

Quelle découverte essentielle, échappée à ma police, a cependant été faite, jusqu’ici, par les plus inquiets investigateurs ! » 

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.291-294).

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( 13 mars, 2015 )

« Il semblait qu’on crût déjà voir Bonaparte aux portes de Paris… »

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« 12 et 13 Mars 1815. — L’esprit public s’est un peu relevé, depuis hier, de l’espèce d’abattement où il était. Il semblait qu’on crût déjà voir Bonaparte aux portes de Paris, comme si son nom eût irrésistiblement entraîné l’armée tout entière par le plus inexplicable des prestiges ! On n’osait presque plus espérer que des gardes nationales, en quelque nombre qu’elles fussent, arrêteraient des troupes de ligne, dans leur marche sur la capitale. La certitude de voir le gouvernement défendu par une portion considérable de l’armée; la loyauté avec laquelle se prononcent les maréchaux ; les sentiments de fidélité que professent un grand nombre de généraux et d’officiers supérieurs; la résipiscence des corps de Lille et de Cambrai ; l’arrestation du Comte d’Erlon et des deux généraux Lallemand ; la fuite du Général Desnouettes; les nouvelles portant que l’ancienne Garde montre, à Metz et à Nancy, l’intention de rester fidèle au Roi et que M. le Maréchal Ney s’avance sur les derrières de Bonaparte; que celui-ci n’a pas huit mille hommes sous ses ordres; qu’il est entré à Lyon au milieu d’un morne silence et que la population des pays qu’il traverse ne s’associe, ni par ses vœux ni par ses efforts, à une si criminelle entreprise, tels sont, pour le public, les principaux motifs de retour, non à une entière confiance, mais à un commencement de sécurité que quelques succès, ainsi que des obstacles mis à la marche de l’Usurpateur et la rapide arrivée de l’ancienne Garde, accroîtraient singulièrement. La question est sans: nuages pour la partie pensante du public; il a craint de voir la nation d’un côté, l’armée de l’autre, et une guerre civile s’allumer, sous ces déplorables auspices. Aujourd’hui, l’opinion de la nation se déclare, ouvertement, en faveur du Roi et la majorité de l’armée est heureusement encore avec lui. L’amour pour le Roi s’augmente des périls mêmes dont on a supposé sa couronne menacée. L’aversion contre Bonaparte se grossit de toutes les chances qu’il nous apporte de guerre intestine et de guerre étrangère. Ses partisans sont étonnés de le trouver si haï, si redouté. On était tenté de le plaindre dans son Ile; on ne fait plus que le détester sur notre territoire. Mais ces sentiments ne suffiraient pas pour le chasser, pour le vaincre, si les troupes qu’il est si urgent de réunir ne se décidaient à le combattre et à le tenir, ainsi, éloigné de Paris où il s’emparerait de toutes les bouches de la Renommée et ferait taire l’opinion même qui tonne contre lui. Ce sont moins les chefs qu’il faut redouter, dans cette lutte, que les soldats qui finiraient par emmener la plupart d’entre eux hors des lignes de leurs devoirs, de leurs intérêts, de leur honneur. Une sorte de démocratie militaire nous menace et nous poussera vers la tyrannie, si l’on ne trouve des moyens efficaces à lui opposer, et promptement. Une fois Bonaparte dans Paris, les défections se multiplieraient et la monarchie légitime, rejetée aux extrémités et réduite à lui disputer quelques provinces, serait gravement compromise. Il ne serait pas prudent de compter sur une résistance de la part de Paris seul; les enrôlements volontaires de quelques milliers de serviteurs zélés, mais inaccoutumés au métier des armes, y seraient une ressource bien faible, il ne faut pas le dissimuler au Roi. L’égoïsme, qui est la maladie des grandes villes, et la terreur du pillage qui pourrait suivre une invasion forcée, ne permettraient pas aux Parisiens de s’y exposer en se défendant. Ils subiraient plutôt la loi du conquérant le plus odieux ! C’est donc loin de Paris qu’il faut, à tout prix, sauver Paris, comme Bonaparte l’a éprouvé à pareille époque. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.287-291).

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( 12 mars, 2015 )

12 mars 1815…

08-500529« 12 Mars 1815.-La correspondance, que j’ai sous les yeux, me présente les départements sous un aspect qui n’a, jusqu’ici, rien que de satisfaisant pour la cause royale. Partout, le débarquement de Bonaparte a été appris avec une surprise mêlée d’indignation; partout, les autorités se sont mises en mesure de réunir les gardes nationales et de préparer des moyens de défense, si l’ennemi approchait. Au milieu de ce mouvement, presque général, des esprits, on n’aperçoit que quelques points où percent d’autres sentiments, d’autres dispositions, et c’est seulement parmi les troupes. On serait tenté de croire que nous touchons au moment de voir l’étrange spectacle d’une armée, se séparant de la nation dont elle est sortie et qu’elle doit défendre, pour se choisir un chef à elle seule et l’opposer au monarque que les vœux des Français ont rappelé sur le trône de ses pères et qu’ils sauront y maintenir, si la force militaire ne triomphe pas, momentanément, d’eux-mêmes. Au reste, à Paris, la journée d’hier et la nuit ont été aussi calmes qu’on pouvait le désirer. Nul symptôme de révolte n’a percé, quoique l’esprit de la masse soit loin d’être satisfaisant. Bonaparte est haïe autant que le Roi est aimé, mais on commence à redouter l’approche de l’Usurpateur. La dépêche télégraphique insérée dans le Moniteur d’hier  a porté, sous ce rapport, le coup le plus fatal. On a, de suite, vu Bonaparte entré dans Lyon, avant même qu’il y fût, les princes en retraite et les troupes en défection. Dès lors, l’espérance de voir le gouvernement légitime se soutenir, a été fort ébranlée chez un très grand nombre même de ses serviteurs les plus dévoués. On a su que la plupart des personnes de la cour faisaient emballer chez elles, demandaient en toute hâte des passeports et achetaient de l’or à tout prix. L’effet de ces dispositions a été tel, que presque tout le monde criait, hier au soir, que le Roi devait partir la nuit dernière. Il semblait qu’il n’y eût plus d’incertitude que sur la route qu’il suivrait. Une foule de personnes, qui sont désolées de la seule idée d’un changement, commençaient déjà à s’y préparer, comme il arrive dans un pays démoralisé par tant de révolutions et où les serments ne sont malheureusement plus, aux yeux d’une multitude d’individus, que la promesse d’obéir au plus fort et de le servir fidèlement, pendant qu’il conservera la puissance. Déjà, les projets d’un gouvernement provisoire volaient de bouche en bouche; chaque parti à le sien et pousse ses créatures. Il est même remarquable qu’en cela on a l’air de ne songer qu’au moyen le plus simple de garantir la tranquillité et de prévenir le pillage. Un mouvement très vif d’enthousiasme éclata, hier, vers une heure, autour des Tuileries. On Y parla de courir aux armes et d’aller en demander à M. le préfet de la Seine. Ceux qui dirigeaient cet élan se mirent en route, mais ils ne furent point suivis et finirent par se dissiper eux-mêmes. Bientôt on fut persuadé que la dépêche, dont on avait donné lecture, et qui annonçait une victoire de M. le duc d’Orléans sur Bonaparte, n’était qu’une feinte et que le courrier qui l’avait apportée était parti le matin même des Tuileries. On en conclut que les affaires allaient encore plus mal, au Midi, qu’on ne le publiait, puisqu’on croyait avoir besoin, pour relever les esprits, de recourir à une ruse et le découragement ne fit que s’accroître. Chacun s’entretient des mesures qu’il conviendrait d’adopter, mais personne n’est d’accord; on attend le signal du gouvernement que l’on croit lui-même partagé. La garde nationale a les meilleurs sentiments; l’immense majorité y est pour le Roi et fait des vœux ardents, en sa faveur, contre le tyran qui menace la France d’une guerre civile et d’une guerre étrangère; mais, à en juger par ce que disent les chefs, on ne peut guère compter sur cette garde que pour le maintien de l’ordre dans Paris. Peu d’hommes consentiraient à aller se battre, si Bonaparte approchait à la tête d’un corps nombreux.

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.285-288).

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( 11 mars, 2015 )

Un banquet à Paris, en mars 1815…

« Le gouvernement semblait avoir pris à tâche de blesser toutes nos sympathies, de mépriser ce que nous aimions, de réhabiliter ce que nous détestions Aussi, lorsqu’au commencement de mars 1815, on parla du débarquement de Napoléon, on put tout de suite prévoir qu’il n’éprouverait que peu ou point de résistance dans sa marche sur Paris. A cette occasion, je rappellerai un fait dont je fus témoin et que je n’ai vu rapporté nulle part. Dans le but de se rendre favorables les régiments composant la garnison de Paris, le ministre de la guerre lit faire aux soldats d’abondantes distributions de vin et de comestibles. Les officiers et les sous-officiers furent réunis, suivant leurs grades, dans des banquets. Une de ces réunions eut lieu sur le boulevard de l’Hôpital « Au feu éternel de la vestale », restaurant célèbre alors. Le dîner fut sérieux et le toast au roi assez froid, malgré les efforts de quelques compères pour le chauffer. Au dessert cependant les têtes se montèrent, mais tout autrement qu’on ne l’aurait voulu. Les sous-officiers sortirent sur le boulevard, leurs serviettes à la main, et se mirent à danser, à chanter des chansons bonapartistes et à crier de toutes leurs forces : « Vive l’Empereur ! »

La Restauration s’écroulait de toutes parts. L’Empire recommençait. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE, « Souvenirs d’un  médecin de Paris… », Plon, 1910, p.155).

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( 10 mars, 2015 )

L’Empereur marche vers Paris…

Napoléon le Grand2

 « 10 Mars 1815. — A la joie et aux calculs de confiance qui se répandaient, hier, dans Paris, lorsqu’on croyait que Bonaparte n’osait pas avancer au-delà de Gap, ont commencé à succéder, ce matin, les bruits de Grenoble, qui aurait été pris avec trois cents pièces de canon qui s’y trouvaient; puis, on a appris la trahison des troupes qui avaient marché contre l’ennemi et l’assassinat du Général Marchand [ce qui est inexact], qui avait tenté de les retenir. Les esprits se sont assombris, bien davantage encore, lorsqu’on a appris, ce soir, qu’il avait été communiqué aux Chambres une dépêche télégraphique portant que Bonaparte était arrivé à Bourgoin, qu’il menaçait Lyon et que les princes avaient dû évacuer ce matin cette ville. Ces tristes nouvelles, sans être encore arrivées aux casernes, aux faubourgs, couraient de bouche en bouche et imprimaient une sorte de stupeur. Comme les sentiments sont presque toujours extrêmes, parmi nous, on était déjà tenté de conclure que rien n’arrêterait la marche du Corse, de Lyon à Paris, et qu’une défection générale était probable, moins encore de la part des généraux et des officiers, que des soldats, qui, n’ayant rien à perdre, craignent moins de se compromettre et devancent leurs chefs. Les délibérations secrètes des Chambres ont fait penser qu’on s’y occupait d’arrestations et qu’elles frapperaient les principaux instruments civils ou militaires du dernier gouvernement. Aussi, m’assure- t- on que la plupart d’entre eux ont découché de leurs maisons, qu’on les y chercherait en vain la nuit, car les uns se tiennent hors de chez eux et les autres y sont armés pour se défendre, si on vient les saisir et se donner ainsi le temps de fuir. Néanmoins, ces gens, malgré leurs alarmes personnelles, paraissent pleins d’espoir que la cause de l’usurpation va triompher, sans qu’ils s’en mêlent, par le seul mouvement des troupes qu’ils prétendent n’être pas disposées à se battre les unes contre les autres, dès que l’exemple de passer à Bonaparte a été donné par quelques corps. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.283-285).

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