( 30 avril, 2015 )

Nouvelles directives de l’Empereur…

Napoléon portrait.

« 6714. — Paris, 30 avril 1815.

Notre ministre de la guerre est autorisé à porter à 14.000.000 les ordonnances qu’il délivrera sur l’arriéré dû aux fabricants de drap et autres étoffes employés à l’habillement des troupes et dont les créances pour ces fournitures auront été régulièrement liquidées. Le paiement de ces ordonnances s’effectuera, au choix des fabricants, soit en inscriptions de cinq pour cent consolidé sur le crédit ouvert par la loi du 23 septembre dernier, soit en une délégation sur le produit de la vente des bois nationaux réunis. »

——————–

« 6715. — Paris, 30 avril 1815.

I. Notre cousin, le maréchal duc de Trévise [Mortier] est envoyé en mission extraordinaire dans le Nord. Il sera accompagné d’un général de l’arme du génie et un de l’artillerie.

II. Il est spécialement chargé d’inspecter toute la double ligne de places fortes, depuis Calais jusqu’à Landau.

III. Il est autorisé à prendre toutes les mesures que prescrivent les circonstances, pour compléter le système de défense de ces places, assurer les approvisionnements, accélérer les travaux de l’artillerie et du génie et opérer tous les remplacements nécessaires dans les commandants de place, adjudants, gardes magasins et employés.

IV. Il passera en revue les gardes nationales et les fera entrer le plus promptement possible dans les places qu’elles doivent occuper.

V. Il se concertera avec les préfets pour activer l’habillement des hommes qui rentrent sous les drapeaux et des gardes nationales, et pourra faire fournir les effets d’équipement et de harnachement dans les dépôts des corps. Il stimulera à cet effet le zèle et le patriotisme des fonctionnaires publics et propriétaires. Il prendra avec les préfets des mesures telles que ces objets soient fournis de suite, pour aider les Conseils d’administration des corps qui n’auraient pas les fonds nécessaires, en prenant, au nom du gouvernement, l’obligation de faire rembourser ces avances.

VI. Il est autorisé à faire des proclamations. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.564-565).

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( 30 avril, 2015 )

1815. Quelques repères…

Visuel 1815-2015

5 avril. Les troupes anglaises arrivent en Belgique, commandées par Arthur Wellesley, duc de Wellington.

22 avril. Proclamation de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, rédigé par Benjamin Constant.

26 mai. Le tsar de Russie, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche quittent Vienne pour se mettre à la tête de leurs armées et lutter contre la France.

1er juin. Cérémonie du Champ-de-Mai, à Paris.

9 juin. L’acte final du Congrès de Vienne est signé par les plénipotentiaires des grandes puissances alliées présentes. Il avait été ouvert le 1er novembre 1814.

12 juin. Napoléon quitte Paris pour la Belgique.

15 juin. Napoléon chasse les Prussiens de Charleroi et décide de s’attaquer à Blücher pendant que Ney est prié d’occuper les Quatre-Bras, carrefour stratégique routier.

16 juin. Bataille de Ligny et bataille des Quatre-Bras.

18 juin. Bataille de Mont-Saint-Jean, appelée par les Anglais « Bataille de Waterloo » et par les Prussiens « Bataille de La Belle-Alliance ».

21 juin. Napoléon est de retour à Paris.

22 juin. L’Empereur abdique en faveur de son fils.

25 juin. Napoléon arrive au château de Malmaison.

29 juin. Après un court séjour, Napoléon prend le chemin de l’exil.

3 juillet. L’Empereur est à Rochefort-sur-Mer.

8 juillet. Louis XVIII revient à Paris.

12 juillet. Arrivé sur la frégate la Saale, Napoléon s’installe provisoirement à l’île d’Aix.

15 juillet. Il s’embarque à bord du brick de guerre l’Épervier, sous pavillon parlementaire qui le conduit jusqu’au Bellérophon, navire britannique. « Je suis venu me placer sous la protection de votre prince et de vos lois », déclare l’Empereur.

7 août. En rade de Plymouth, Napoléon est transféré sur le Northumberland  qui le conduira à l’île de Sainte-Hélène.

15 octobre. Arrivée de l’Empereur à Sainte-Hélène.

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( 29 avril, 2015 )

Napoléon obstacle à la paix, selon les souverains alliés.

« Peu de temps après la publication de l’acte additionnel, parut, dans le Moniteur, la fameuse note émanée du congrès de Vienne, et adressée à lord Castelreagh , par le comte Clancarty. Napoléon y recevait le sanglant affront que lui eussent épargné ses amis véritables, bien convaincus qu’il n’y avait pas à transiger avec les rois confédérés, et que loin de mendier leur amitié, il fallait leur lancer des proclamations insurrectionnelles. Le congrès déclarait qu’après avoir pris lecture de la lettre de Bonaparte à S. M. l’Empereur, ainsi que des dépêches de M. de Caulaincourt au prince de Metternich, il avait été décidé qu’il ne serait point fait de réponse à ces communications. En conséquence les rois assemblés proclamaient Napoléon comme un obstacle à la paix de l’Europe, et tout en reconnaissant les droits des Français à se choisir la forme de gouvernement qui leur conviendrait, ils ne pouvaient consentir à les laisser mettre à leur tête un homme aussi dangereux pour l’Europe que Napoléon Bonaparte. Quel parti il pouvait tirer de cet insolent manifeste! Tous ces outrages furent dévorés avec une incroyable humilité ; car c’était aussi demeurer par trop humble que de ne pas riposter par une déclaration de guerre lancée jusqu’au droit  divin, siégeant sur les trônes d’où venait de descendre l’anathème au droit du peuple. Napoléon avait encore au front, une goutte d’huile tombée de la main du Pape; elle sauva sans contredit alors le principe monarchique en Europe. Et pourtant la Sainte-Ampoule elle-même n’a pu garantir de la foudre populaire tous les fronts qui s’étaient courbés, au maître autel de Reims ! »

(E. LABRETONNIERE: « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à  la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863, pp.243-244).

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( 28 avril, 2015 )

« A l’Empereur ! »

Buste Napoléon

Cette scène se situe à Paris, en avril ou mai 1815.

« Un soir, j’étais au café Montansier; un officier qui depuis longtemps s’y était fait remarquer par une voix charmante, après avoir chanté des couplets patriotiques du haut de la scène, comme à l’ordinaire, s’adressa aux spectateurs , et leur dit d’un ton ému: « Messieurs, c’est peut-être la dernière fois que je vous adresse la parole; mon régiment part demain; recevez donc mes adieux, je vais combattre pour la patrie et la liberté. » Puis se détournant vers le buste de l’Empereur, il ajouta avec fierté: « Il sera avec nous ! » Un mouvement d’attendrissement général accueillit ces simples paroles de ce jeune homme.

Chaque soir la même scène se renouvelait; personne ne voulait partir pour la frontière sans s’en montrer heureux et fier. Un autre soir, je fus encore témoin au Palais-Royal d’une scène qui fit la plus vive impression sur les promeneurs. La Rotonde était entièrement remplie par un corps d’officiers de dragons à revers jaune, dont je ne vis pas le numéro. Un immense bol de punch flambait sur une table au milieu de l’enceinte; les officiers étaient tous rangés debout à l’entour. Au moment de le souffler, un capitaine tire le sabre, ses camarades l’imitent; et tous ensemble, étendant le bras et joignant leurs lames nues sur la flamme vacillante du punch, firent un serment que nous n’entendîmes point, mais qui sans doute ajouta plus d’une tombe aux champs de Waterloo !

Tandis qu’un si noble dévouement animait l’armée pour la défense du territoire, les partisans des exilés de Gand redoublaient d’efforts pour le paralyser. Les brochures pleuvaient sous les portes cochères pour annoncer l’entrée de l’étranger et l’inutilité de lui résister. Mais ces moyens n’étant que d’un faible secours pour l’ennemi qu’ils appelaient de tous leurs vœux, ils imaginèrent un moyen plus efficace de lui ouvrir les portes de Paris. »

 (E. LABRETONNIERE: « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863, pp.251-252). L’auteur était étudiant à Paris, à cette époque.

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( 27 avril, 2015 )

De l’emploi des deniers publics…

« 6705. — Paris, 27 avril 1815.

Sur le compte qui nous a été rendu des dispositions irrégulières de fonds publics, faites dans divers lieux et notamment dans les départements du midi de l’Empire, et voulant arrêter et prévenir toute violation des règles de la comptabilité publique, qui sont la garantie des contribuables et des créanciers de l’Etat. Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

I. Toute disposition de l’ emploi de deniers publics, contraires aux règles de la comptabilité, sont et resteront à la charge de la responsabilité de ceux qui les ont provoqués, et des comptables qui y ont concouru, jusqu’à ce que le ministre qui devait ordonner ces dépenses, ait été autorisé par nous, d’après le compte qu’il nous en aura rendu, à les imputer sur les fonds de son budget et à les régulariser par ses ordonnances.

II. Tout prélèvement de fonds publics, à quelque titre qu’il ait lieu, lorsqu’il n’est pas autorisé par une ordonnance ou autorisation préalables du ministre compétent, est réputé violation de caisse; ceux qui y prennent part en sont responsables et demeurent passibles des poursuites encourues pour l’emploi irrégulier et le détournement des deniers de l’Etat.

NAPOLEON. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.561-562)

 

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( 25 avril, 2015 )

Numéros de régiments…

Shako.

« 6697. — Paris, 25 avril 1815.

Nos régiments d’infanterie de ligne et de dragons, dont les numéros ont été changés, reprendront ceux qu’ils avaient précédemment et qu’ils ont illustrés depuis l’an IV dans tant de combats célèbres qui ont immortalisé les armées françaises. 

NAPOLEON. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, p.559).

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( 25 avril, 2015 )

Le témoignage de Napoléon sur les Cent-Jours et l’intérêt dynastique .

Napoléon à cheval

« Ainsi que l’a démontré Philippe Gonnard dans  « Les origines de la légende napoléonienne », le témoignage de Napoléon à Sainte-Hélène est fréquemment déterminé par les préoccupations que lui inspirait l’avenir de son fils et de sa dynastie. Ceci est particulièrement exact pour les Cent-Jours. Soucieux «le préparer de fructueux ralliements aux héritiers de son nom, Napoléon insiste complaisamment sur de prétendus rapports bienveillants que, durant les Cent-Jours, il aurait entretenus avec plusieurs personnalités très royalistes telles que Barentin, Barthélémy, Chateaubriand, Dambray, Gouvion Saint-Cyr. Ainsi Chateaubriand, lors du 20 mars, aurait demandé à vivre à Paris, et l’Empereur aurait aussitôt formulé un avis d’autorisation.

Il entrait dans les vues paternelles de Napoléon de laisser croire que le fougueux pamphlétaire de 1811 eût paru quelque temps, en 1815, préférer le séjour de Paris à celui de Gand. On sait d’ailleurs que Napoléon recommanda Chateaubriand à son fils. Dans le même but dynastique, pour attirer à la cause de son fils les libéraux de tout genre, Napoléon répéta à Sainte-Hélène qu’il était devenu sincèrement libéral pendant les Cent-Jours. A cet égard il confiait à Las Cases : « J’aurais été franchement le monarque de la constitution et île la paix, comme j’avais été celui de la dictature et des grandes entreprises ». A l’en croire, Mme de Staël elle-même avait exprimé pour le retour de l’île d’Elbe la plus enthousiaste admiration, et n’avait pas hésité à « insinuer » qu’elle servirait l’Empereur si celui-ci lui restituait les deux millions prêtés par Necker à la France. Par là, Napoléon donnait Mme de Staël en exemple aux libéraux, tout en imaginant adroitement, par des révélations plus ou moins fondées, d’altérer la réputation et l’influence de M »" de Staël au cas assez vraisemblable où elle demeurerait son ennemie. »

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, p.492)

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( 24 avril, 2015 )

Directives de l’Empereur (2).

09-538714

Des instructions rédigées dans la même veine que les précédentes.

« 6693. — Paris, 24 avril 1815.

I / A compter du 1er mai, la solde et l’administration de la garde formeront un article particulier dans le budget du ministre de la guerre; ce budget sera divisé en solde et administration.

II/ La solde comprendra autant d’articles qu’il y a de corps différents; la solde de la jeune garde formera un seul article. L’administration comprendra autant de chapitres qu’il y a de masses différentes.

III / Un seul bureau du ministère de la guerre sera chargé de tous les détails de la garde; il aura les revues qui constatent le montant de la solde, prendra note de tous les paiements qui seront faits, et sera en état de présenter chaque jour le montant de la solde de la garde.

IV/ Le même bureau tiendra les états de toutes les dépenses de la garde sur chaque chapitre.

V/  A la distribution de fonds de chaque mois des fonds particuliers seront demandés pour la garde. Le ministre ordonnancera sur les masses de boulangerie, fourrages, etc., les sommes nécessaires pour payer l’entrepreneur général; il imputera ces ordonnances sur les crédits ouverts pour la garde.

VI/  Le budget comprendra un chapitre des dépenses extraordinaires. Ce chapitre comprendra ce qui est nécessaire pour les dépenses de la garde complétée suivant la nouvelle organisation.

VII/. L’ordonnateur de la garde sera chargé de faire confectionner tous les habillements pour la jeune garde; il surveillera les confections dans les autres corps de la garde.

NAPOLEON. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.557-558).

 

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( 24 avril, 2015 )

Note du général de Flahaut au maréchal Davout.

Davout

« 6694.-Paris, 24 avril 1815. L’Empereur m’a chargé de vous dire que son intention était que tous les officiers nommés par l’ancien gouvernement, qui seraient confirmés dans leurs grades, ne soient appelés à prendre rang dans l’armée qu’à dater de leur nomination par Sa Majesté, et qu’aucun officier, rentrant d’un service étranger au service de France, quelle que soit d’ailleurs son ancienneté, ne puisse jamais être proposé pour être avancé de plus d’un grade au-dessus de celui qu’il occupait dans l’armée française, lorsqu’il a passé au service étranger.

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, p.558).

 

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( 24 avril, 2015 )

Directives de l’Empereur (1).

07-513187

« 6693. — Paris, 24 avril 1815.

I/ 3,150 hommes seront désignés, sans délai, par noire ministre de la guerre, sur les listes formées conformément à l’article 54 du décret du 8 de ce mois, dans tous les régiments d’infanterie de ligne et d’infanterie légère. Ces 3.150 hommes, destinés à compléter l’infanterie de la vieille garde, seront dirigés de suite sur Paris, et admis comme chasseurs et grenadiers dans les 2e et 3e régiments de notre vieille garde.

II/ Six cents hommes seront désignés par notre ministre de la guerre, sur les listes formées conformément à l’article 53, du décret du 8 de ce mois, pour être incorporés dans les régiments de chasseurs, chevau-légers et dragons de notre garde. Ces hommes seront appelés sur-le-champ à Paris.

III/ Cent hommes seront choisis dans les dépôts des Polonais pour être incorporés dans l’escadron polonais de notre garde. Ces hommes choisis parmi les meilleurs sujets réuniront les qualités prescrites par le décret du 8 de ce mois.

IV/  Indépendamment des sous-officiers et soldats de l’artillerie à pied, de l’artillerie à cheval et du train de notre vieille garde, qui, depuis le 1er  avril 1814, ont été incorporés dans les régiments d’artillerie et du train d’artillerie de la ligne, et qui, d’après l’article 78 du décret du 8 de ce mois, doivent être rappelés à Versailles pour former l’artillerie et le train de notre garde, notre ministre de la guerre désignera de suite, sur les listes formées conformément aux articles 53, 54 et 55 du décret du 8 de ce mois, les hommes nécessaires pour porter au complet l’artillerie à cheval, l’artillerie à pied, et le train d’artillerie de notre garde.

V/ Notre ministre de la guerre fera fournir par les régiments du génie ce qui est nécessaire pour compléter, sans délai, les compagnies de sapeurs de notre garde. Ces hommes seront dirigés de suite sur Paris.

VI/ Notre ministre accordera au bataillon du train des équipages de la garde ceux des anciens sous-officiers, brigadiers, trompettes et maréchaux de ce bataillon, qui, ayant été incorporés, depuis la dissolution du bataillon, dans les bataillons de la ligne, manqueraient pour former son cadre.

VII/ Il sera pourvu, sans délai, à la remonte des chevaux d’escadron du train d’artillerie et des équipages de  notre garde. Notre ministre de la guerre fera en conséquence fournir :

aux grenadiers à cheval, 95 chevaux

aux dragons, 94 chevaux

aux chasseurs, 100 chevaux

aux chevau-légers lanciers, 500 chevaux

à l’artillerie à cheval, 400 chevaux

au train d’artillerie, 1,802 chevaux

au train des équipages, 750 chevaux

Total : 4,041 chevaux

Si notre ministre n’a point de marchés pour la prompte fourniture de ces chevaux, il autorisera chacun des corps à passer des marchés particuliers, mettra à leur disposition les fonds nécessaires dont ,ils justifieront l’emploi, en se conformant pour les clauses des marchés, réceptions et comptabilité à tout ce que prescrivent les règlements et les instructions particulières du ministre.

VIII/ Il sera pourvu, sans délai, au complètement des selles et harnachements nécessaires ,à chaque corps. Si notre ministre n’a pas les approvisionnements nécessaires pour satisfaire de suite aux besoins des corps, il autorisera les Conseils d’administration à acheter et faire confectionner les objets manquant, il mettra à leur disposition les fonds nécessaires et ils justifieront de l’emploi de ces fonds à notre ministre de la guerre.

IX / Notre ministre fera fournir sur-le-champ à tous les corps de la vieille garde les étoffes et tout ce qui est nécessaire pour l’habillement des nouveaux admis et les remplacements. S’il n’a point de marchés pour ces fournitures, il mettra à la disposition des Conseils d’administration des corps les fonds accordés par le décret du 8 de ce mois pour l’habillement et les remplacements. Les corps justifieront au ministre l’emploi des fonds qu’ils auront reçus pour cet article.

X/ Notre ministre de la guerre fera remettre sans délai à l’artillerie de la garde tout son matériel d’artillerie. Ce matériel sera tiré des places et laissera disponible ce qui se trouve à Paris.

XI/ Notre ministre fera fournir du parc de Sampigny toutes les voitures nécessaires au bataillon du train des équipages de la garde. Ces voitures seront mises sans délai à la disposition de l’ordonnateur, qui à cet effet enverra un officier ou commissaire des guerres pour en prendre possession.

NAPOLEON. »

 

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.554-557)

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( 23 avril, 2015 )

Le clergé et l’Acte additionnel.

« Les documents administratifs contiennent peu  d’indications.sur l’altitude du clergé envers l’Acte additionnel, bien que la nouvelle constitution ail condamné les dîmes et tout culte  privilégié et dominant #, les prêtres paraissent s’en être rarement souciés. Ils s’efforçaient surtout de nuire aux mesures militaires de l’Empereur. Certains ecclésiastiques, pourtant, sont signalés connue fort hostiles à l’Acte additionnel. Le général Chabert écrit a Carnot que le curé des Adrets, village de l’Isère, a « empêché les habitants de sa commune d’émettre leur vœu pour la constitution, en leur disant que c’était pour voter la mort de Louis XVIII. » De même le préfet du Bas-Rhin, de Bry, expose à Carnot que nobles et prêtres d’Alsace ont travaillé de concert à multiplier les abstentions, « Ils sont parvenus, dit-il, à persuader aux crédules habitants des campagnes que l’inscription sur la liste des votants, que dis-je, l’assistance aux assemblées, l’acquittement de l’impôt, l’obéissance aux lois étaient autant de litres de proscription, que les agents du prétendant en tenaient registre, et que l’ennemi serait l’exécuteur eu grand des châtiments que ce prétendant et la Providence leur réservaient». Il est clair que dans l’ancien clergé constitutionnel, où les dévouements pour l’Empereur ne manquaient pas l’Acte additionnel dut compter beaucoup de partisans. Méconnaître comment ont voté les prêtres constitutionnels serait un travail fort intéressant, mais qui exigerait les plus minutieuses recherches. Il est à ce sujet un fait très précis. Léon Radiguet, d’après les registres des Archives Nationales, mentionne le vote chaudement approbatif du curé d’Amayé-sur-Orne, localité du Calvados. En réalité simple desservant, ce prêtre, nommé Jean-Jacques Letourneur, n’était autre qu’un ancien curé constitutionnel de Torteval, autre bourg du Calvados.  En tout cas, il y eut des adhésions notoires de prêtres catholiques à l’Acte additionnel. Le Patriote de 1789, dans son numéro du 8 mai 1815, inséra une lettre qui rapportait un prône d’un curé rural en l’honneur de l’Acte additionnel : le curé compara la constitution à la Sainte Trinité, puisque l’Acte avait organisé « trois grands pouvoirs qui n’en font qu’un, savoir la Chambre des Représentants, la Chambre des Pairs, le Pouvoir exécutif », et il fit ensuite l’éloge de cette « Trinité politique, qui, une el indivisible, peut seule assurer le bonheur de la nation ».

 

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.493-494)

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( 21 avril, 2015 )

21 avril 1815…

Napoléon 1815

« Dans la soirée du 21 avril, la commission de constitution donna lecture de l’Acte additionnel aux ministres et aux conseillers d’Etat. L’article LXVI de la Charte avait aboli la confiscation. Dans l’Acte additionnel, le mot de confiscation n’était pas prononcé, mais par cela même, il semblait que cette peine fût implicitement maintenue. L’assemblée du conseil d’Etat s’en émut jusqu’à l’indignation, et malgré l’heure tardive elle demanda presque d’une seule voix aux commissaires de porter sur-le-champ à l’Empereur ses pressantes prières et ses respectueuses remontrances. Aux premiers mots, Napoléon éclata. « — On me pousse, s’écria-t-il, dans une voie qui n’est pas la mienne. On m’affaiblit, on m’enchaîne. La France me cherche et ne me trouve plus. L’opinion était excellente, elle est exécrable. La France se demande ce qu’est devenu le vieux bras de l’Empereur, ce bras dont elle a besoin pour dompter l’Europe. Que me parle-t-on de bonté, de justice abstraite, de lois naturelles ! La première loi, c’est la nécessité; la première justice, c’est le salut public.

On veut que des hommes que j’ai comblés de biens s’en servent pour conspirer contre moi à l’étranger. Cela ne peut pas être, cela ne sera pas. Quand la paix sera faite, nous verrons. A chaque jour sa peine, à chaque circonstance sa loi, à chacun sa nature. La mienne n’est pas d’être un ange. Messieurs, je le répète, il faut qu’on retrouve, il faut qu’on revoie le vieux bras de l’Empereur. » Il s’était levé et ses yeux lançaient des flammes. « C’est la seule fois, dit Benjamin Constant, où il soit entré en révolte contre le joug constitutionnel qu’on voulait lui imposer. » La résolution de Napoléon paraissait invincible. Les commissaires se turent, redoutant, s’ils le poussaient à bout, de le voir déchirer la constitution et montrer ce « vieux bras de l’Empereur » qu’il venait d’évoquer.

Des ministres et des conseillers d’Etat, nommément Fouché, Caulaincourt, Decrès, avaient demandé que l’Acte additionnel fût soumis article par article à la discussion des mandataires des collèges électoraux et non présenté dans son ensemble à l’acceptation du peuple, ce mode de votation étant illusoire. Mais l’Empereur n’avait souffert de donner une constitution libérale que pour éviter la réunion d’une assemblée. Vingt-quatre heures après sa dernière conférence avec la commission de constitution, il fit publier l’Acte additionnel dans le Moniteur. Le même jour parut un décret portant que les Français étaient appelés à consigner leur vote sur des registres ouverts dans toutes les communes, et que le dépouillement aurait lieu à l’assemblée du Champ de Mai convoquée à Paris pour le 26 mai 1815. […]  Napoléon a écrit à Sainte-Hélène : « La publication de l’Acte additionnel déjoua toutes les factions ; l’esprit public prit une direction nationale.» Rien n’est plus faux. Mais il ne faut pas croire davantage les auteurs de Mémoires et les historiens qui expliquent par l’Acte additionnel l’affaiblissement de l’opinion jusque-là très prononcée pour l’Empereur. La vérité, c’est que chez les sept dixièmes des Français, la nouvelle constitution produisit fort peu d’impression : l’indifférence fut le sentiment dominant. La vérité, c’est que les inquiétudes, l’agitation, les cris séditieux, les troubles furent les mêmes avant et après cette publication ; c’est que l’enthousiasme populaire, si fort et si sincère au mois de mars, commença à décroître dès la première semaine d’avril, et qu’il faut attribuer ce revirement presque subit de l’opinion, non point à l’Acte additionnel, mais aux menaces de l’étranger, aux craintes de guerre, aux manœuvres des royalistes, aux menées du clergé, à l’hostilité ouverte des maires, aux mesures que l’on prit, d’après les ordres de l’empereur lui-même, pour calmer l’effervescence révolutionnaire, enfin au manque de confiance et par conséquent d’énergie de tout le personnel administratif. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’ile d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.544-552)

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( 21 avril, 2015 )

Le Brave Letort…

letort.jpg

« 6669. — Paris, 21 avril 1815.

Le lieutenant-général Letort est nommé notre aide-de-camp.

NAPOLEON. »

———

(On sait qu’il devait être tué le 15 juin sur la chaussée de Charleroi et Napoléon écrivait le lendemain à Joseph : « Je regrette beaucoup sa perte. ». Note d’A. Chuquet).

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, p.547).

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( 20 avril, 2015 )

Les mouvements royalistes en France en mars-avril 1815 (IV et fin).

Decaen

« Le 12 mars 1815 le duc d’Angoulême était à Nîmes. Le 17 mars, il arrivait à Marseille, se rendait de là à Toulon pour retourner à Nîmes. Agé de quarante ans, de physionomie disgracieuse, froid, vertueux, très modeste, les manières embarrassées et les mœurs simples, d’intelligence assez médiocre, attentif à remplir avec exactitude tous les devoirs de son rang, plein de déférence envers son père, son oncle et sa femme, assez mélancolique et profondément dévot, le duc d’Angoulême avait reçu quelque éducation militaire et il ne manquait ni de courage ni même d’énergie. Comme il le disait lui-même, il voulait créer une « Vendée méridionale ». Mais, dès le début, sa tentative fut compromise, elle manqua à la fois d’un bon général, de troupes nombreuses et solides, et de l’appui étranger. Le duc pensait réserver à Masséna le commandement en chef: invoquant sa mauvaise santé le maréchal se déroba et se contenta de collaborer aux préparatifs de l’expédition. Le recrutement de l’armée royale donna lieu à des mécomptes. Au Vigan, le maire alléguait sa place pour ne pas s’éloigner, d’autres habitants de la ville, bien qu’ils se fussent d’abord inscrits pour servir, et en dépit des sermons du clergé, faisaient valoir, à la réflexion, « leur âge trop avancé, leurs infirmités et leurs fonctions ». A Nîmes, où une proclamation du duc condamnait les discordes religieuses des habitants, la population protestante, presque entièrement contraire aux Bourbons, fut encore détournée de les soutenir par les injures et les menaces des volontaires catholiques, et elle ne procura que peu de soldats . A la fin de mars, les départements du Gard, des Bouches-du Rhône, de l’Hérault et du Vaucluse n’avaient mis sur pied qu’environ 10.000 miquelets. Ces bandes, qui portaient une fleur de lys rouge « du côté du cœur», étaient composées surtout de gens pauvres, de la lie du peuple », même d’individus extraits des prisons, et une bonne partie vivait «dans l’anarchie la plus complète»  . Tardivement, le duc réclama l’assistance des troupes espagnoles et sardes, tout en méditant de livrer Toulon aux Anglais . Les Alliés ne songeaient guère à l’aider, et le 6 avril Talleyrand lui écrivait de «tenir jusqu’au moment où les opérations générales commenceront ». Lors de son premier séjour à Nîmes, les 13 et 14 mars, le duc d’Angoulême avait repoussé les conseils du général Ambert, qui l’invitait à envoyer en toute hâte des gardes nationales « sur la grande route de Lyon à Paris ». A la fin de mars il entrevit qu’un mouvement vers Lyon serait tardif et peu efficace, et il penchait à replier ses troupes sur Toulouse, Perpignan et les forts du Roussillon, l’Espagne offrant « une dernière ressource ». Son entourage l’amena à reprendre le plan du général Ambert. L’armée du Midi fut divisée en plusieurs corps, sous le commandement en chef du duc d’Angoulême, avec le général d’Aultanne pour chef d’état-major et, pour aides de camp, le duc de Guiche, le vicomte des Cars, le baron de Damas et le vicomte Melchior de Polignac. Le premier corps, dirigé par le général Ernouf, comptait deux régiments de ligne, les 58e et 83e, 3.000 gardes nationaux de Marseille et six bouches à feu : il marcherait de Sisteron sur Gap et Grenoble. Le deuxième corps, sous les ordres du duc d’Angoulême en personne, était formé par le 101ème de ligne, le Royal-Etranger, recruté avec des déserteurs allemands, le 14ème chasseurs à cheval, un détachement de garde nationale à cheval, 2.000 volontaires du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse, et une batterie de douze pièces ; il déboucherait de Pont-Saint-Esprit sur Montélimar et Valence. Parvenus sur l’Isère, le premier et le deuxième corps franchiraient la rivière et s’avanceraient sur Lyon. Des gardes nationaux de l’Ardèche et de la Haute-Loire constitueraient une colonne chargée de remonter vers Lyon la rive droite du Rhône. D’autres troupes devaient surveiller l’Auvergne, seconder le mouvement sur Lyon, et « entretenir la communication avec le duc de Bourbon». Le 26 mars le deuxième corps commença son mouvement. Le 29 mars il occupa Montélimar, et le lendemain, après une fusillade de quelques heures, il refoula devant la ville les troupes du général Debelle, commandant le département de la Drôme. Chargé par Debelle de défendre à Loriol le passage de la Drôme, le colonel Noël y posta un bataillon du 39ème de ligne, un bataillon d’élite recruté avec « d’anciens militaires en retraite, en réforme et en demi-solde » , des gardes nationaux, environ vingt-cinq gardes d’honneur à cheval, vingt gendarmes et quelques canonniers avec deux pièces. Venues de Montélimar sous le commandement direct du duc d’Angoulême, les forces royalistes comprenaient le 10ème  de ligne, fort de 900 hommes environ, 200 soldats du Royal étranger, une batterie de six pièces servie par des canonniers du 3e régiment d’artillerie à pied et des volontaires ou gardes nationaux du Midi. A leur vue les soldats de Noël se replièrent sur le pont de la Drôme et sur la rive droite de la rivière. D’une berge à l’autre, par un vent très poussiéreux, la fusillade s’engagea. Profitant du terrain « montueux et coupé », les royalistes avançaient sans cesse, ils s’emparaient d’ « une grosse ferme près du pont», ils débordaient le flanc droit des bonapartistes. A ce moment la fusillade s’interrompit, deux compagnies du 10 ème    abordent le pont, le franchissent au pas de course, et, à cent pas, s’arrêtent devant le bataillon du 89 ème. Plusieurs soldats du 10ème  mettent la crosse en l’air, d’autres arborent « un pavillon tricolore », crient « Vive l’Empereur ! « Soldats du 39ème  et gardes nationaux s’avancent à leur rencontre. Noël voit ce spectacle, arrive à cheval sur le pont, au milieu de soldats qui fraternisent et d’officiers qui s’embrassent. Soudain, aux cris de « Vive le Roi ! » et en agitant un drapeau blanc, les soldats du 10ème, « à bout portant », font une décharge meurtrière, l’un d’eux menace le colonel en hurlant : « A bas la cocarde tricolore ! » Grâce à ce stratagème, vraisemblablement imaginé par le général Monnier, qui commandait l’avant-garde, les royalistes furent facilement victorieux et firent de nombreux prisonniers, parmi lesquels Noël lui-même. Des prisonniers furent massacrés ou mutilés par des volontaires royaux . Le 3 avril 1815 ,à sept heures du matin, le duc d’Angoulême entrait à Valence avec le 10ème de ligne. Il ordonna d’afficher dans la ville une courte proclamation où il réclamait des royalistes tout leur dévouement « pour ramener leurs frères égarés ». Les premiers succès du duc d’Angoulême ne pouvaient exercer une influence durable sur la campagne que si les garnisons du Midi restaient neutres. Or, à peine les troupes royales avaient-elles pénétré dans la Drôme qu’elles étaient menacées d’être prises à revers. Le 2 avril le général Ambert, commandant à Montpellier la 9edivision militaire, avait fait reconnaître l’Empire dans son gouvernement par un ordre du jour très ferme. Le 3 avril, à Nîmes, les officiers en demi-solde arborent la cocarde tricolore aux cris de Vive l’Empereur! et se rendent aux casernes. Le 63e de ligne se soulève. Un courrier envoyé par Ambert au général Briche survient trop tard. Déjà les généraux Briche et Pélissier, qui commandent l’un la subdivision, l’autre le département, ont été saisis par la troupe, celui-là à son domicile, celui-ci au moment où il s’interpose « pour arrêter le désordre ». Détenus d’abord aux casernes, ils sont dirigés le soir sur Montpellier avec une escorte de gendarmes. Puis le colonel du 63ème, Teulet, et le colonel de gendarmerie Rivaud organisent •un conseil de défense pour la ville de Nîmes», composé d’officiers en activité et en demi-solde. Le 5 avril, le général Gilly, qui a reçu les ordres de Davout, survient de Remoulins à Nîmes. Il se concerte avec Ambert pour rassembler des forces destinées à marcher contre l’armée du duc d’Angoulême. Cavaliers du 10ème chasseurs, fantassins du 13ème  de ligne, canonniers avec quatre bouches à feu, tous partis de Montpellier, gardes nationaux venus de la Gardonnenque, font leur jonction à Nîmes avec le 63ème. Gilly intitule ses troupes « premier corps de l’armée impériale du Midi ». Le 7 avril au matin il commence son mouvement, et arrive le soir à Uzès. Il est précédé par le 10ème  chasseurs, que commande le colonel Saint-Laurent. Le 8 avril, à six heures du matin, Saint- Laurent aborde Pont-Saint-Esprit, charge et refoule le millier d’hommes qui s’y trouvaient, traverse le pont et débouche sur la rive gauche du Rhône. Disputer Lyon aux bonapartistes devenait d’autant plus difficile que l’Empereur et ses lieutenants multipliaient les mesures de défense. Nommé au commandement supérieur des 7ème et 19ème  divisions militaires, le général de Grouchy arriva à Lyon dans la nuit du 2 au 3 avril. Les généraux Piré, Radet, Le Sénécal et Letellier lui avaient été subordonnés. Le 3 avril, Pire reçut la lâche de rallier les troupes de Debelle et de disputer «le plus longtemps possible » aux royalistes le passage de l’Isère. La nuit suivante Grouchy l’avisait, s’il ne pouvait défendre l’Isère, de « faire tout au monde » pour ralentir la marche de l’ennemi. « Il me  semble, lui écrivait-il, qu’à Saint-Vallier vous pouvez tenir derrière la Galaure pendant quelque temps ». La seule troupe disponible à Lyon était le 6ème  léger, venu de Lons-le-Saulnier et fort de 840 soldats : le 3 avril Grouchy le munit de quarante cartouches par homme, le harangua, constata son bon esprit et l’envoya par le Rhône à Pire, qui reçut encore trois caissons de cartouches et trois pièces. Le même jour Grouchy ordonnait au général La Salcette de se servir des gardes nationaux pour garnir la rive droite de l’Isère et occuper Romans et Saint-Marcellin, et le lendemain il chargeait le général de mettre Vienne en état de défense, d’y concentrer les gardes nationaux des environs et d’y préparer des vivres . 5.000 gardes nationaux de l’Isère, armés de fusils de chasse, de fourches, de faux, se réunirent à Saint- Marcellin . Secondé par le général Mouton-Duvernet, qui avait été nommé au commandement de la place, Grouchy mettait Lyon en état de siège, appelait les habitants aux armes, prenait des dispositions de combat, en trois heures se présentaient 2.000 volontaires lyonnais, sortis notamment du faubourg de La Guillotière. D’autres volontaires arrivaient des environs, remplissant les places et les quais, quelques-uns « en sabots et en sarraus de toile ». Ce mouvement, essentiellement populaire, étonnait et décourageait les royalistes. Grouchy était regardé par les patriotes lyonnais comme « le sauveur de la ville. » . Au-delà de Lyon, d’autres adversaires s’apprêtaient à combattre le duc d’Angoulème. Sa tentative suscitait parmi les populations de Bourgogne et de Franche-Comté un véritable soulèvement antiroyaliste, qui mit en pleine action des ressentiments et des inimitiés longtemps comprimés sous la première Restauration. Aux passions royalistes des « rebelles », tenants de l’aristocratie féodale, s’opposèrent, au nom de l’Empereur, les intérêts des Bourguignons et des Francs-Comtois, héritiers de la Révolution : dans la révolte méridionale ils virent le signal d’une réaction violente qui, en cas de succès, distribuerait leurs biens et extorquerait leur argent au profit de la caste nobiliaire et sacerdotale. Spontanément se constituèrent de nombreux groupes de volontaires, surtout parmi les jeunes gens des campagnes. Thibaudeau, commissaire extraordinaire dans la 18ème  division militaire, et Dumolard, commissaire extraordinaire dans la 6ème division militaire, après s’être vus à Dijon le 7 avril, répandirent des arrêtés qui stimulèrent ces dispositions. Les gens du Midi, disait Thibaudeau à Dijon, « prétendent à travers des Ilots de sang vous dépouiller de vos biens nationaux, rétablir les dîmes et les droits féodaux, vous remettre sous le joug des émigrés et des Bourbons ». A Besançon Dumolard tenait un langage analogue : «Acquéreurs de biens nationaux, propriétaires de toutes classes, délivrés depuis longtemps du joug des dîmes et de la féodalité, et vous tous dont les services militaires et civils seraient encore convertis en crimes, ne dormez pas sur les spoliations et les vengeances dont on ose vous menacer ». Anciens militaires, hommes de bonne volonté, gardes nationales, furent requis de marcher contre les insurgés, les maires invités à rassembler fusils, sabres, gibernes, tambours . Le 7 avril, à Dijon, 200 hommes s’enrôlèrent, pour la plupart armés de fusils chasse.  Le 10avril environ 800 paysans, venus des cantons voisins de Dijon, pénétrèrent dans celte ville aux cris de « Vive l’Empereur ! ». Dans les arrondissements de Gex, de Nantua et de Belley, l’élan fut « extraordinaire » , deux milliers d’hommes en partirent pour Lyon  . Sur les routes qui menaient à celte ville on entendait les paysans s’écrier : « Ils ne tiennent pas encore la dîme et les droits féodaux ! Vive l’Empereur! «  . Le duc d’Angoulême eût-il débouché de Valence, eut-il même emporté Lyon, que les populations rurales de l’Est se fussent énergiquement mesurées avec les « Marseillais ». Informé les 5 et 6 avril des événements de Montpellier et de Nîmes, sachant de plus que des troupes bonapartistes se préparaient à s’emparer de Pont-Saint-Esprit le duc d’Angoulême était au même moment assailli sur son front par les soldats du général Piré. Après un vif combat sur les bords de l’Isère, Pire, trompant les royalistes, avait franchi la rivière à Romans dans la nuit du 5 au 6 avril et il s’avançait sur Valence. Non seulement le duc était obligé à un mouvement rétrograde, mais toute ligne de retraite risquait de lui être coupée par le général Gilly. De plus les troupes du général Ernouf avaient subi de graves revers. Mal ravitaillés, abandonnés par les 58ème et 83ème  de ligne, qui se débandaient et passaient aux bonapartistes, les volontaires royaux avaient tenté, sous les ordres du général Loverdo, une attaque sur le défilé de La Saulce, près de Gap. Le 7 avril ils avaient été culbutés dans la Durance ou dispersés par les soldats et les gardes nationaux du général Proteau, laissant aux mains de leurs vainqueurs un drapeau blanc avec ces mots brodés en or : Les Bourbons ou  la mort ! Le lendemain des gardes nationaux les chassaient vers Sisteron . Les corps du duc, en même temps, se désagrégeaient. Le 14ème chasseurs  fit défection, les soldats du 10ème de ligne, qui avaient été travaillés à Valence par un affidé de Fouché, décidèrent en majorité, le 8 avril, de ne plus combattre, et leurs camarades de l’artillerie les imitèrent. L’insurrection royaliste était irrémédiablement vaincue. Le duc donna mission à d’Aultanne de traiter avec Gilly d’une convention qui lui permît de se retirer sur la Durance et sur Marseille avec le 1ème  de ligne. Saint-Laurent, à Pont- Saint-Esprit, accepta les conditions de d’Aultanne dans la matinée du 8 avril, mais peu après Gilly arriva d’Uzès. Gilly entama de nouveaux pourparlers avec le duc, qui se trouvait alors à Pierrelatte. Le baron de Damas, sous-chef d’état-major du duc d’Angoulême, et adjudanl-commandant

Charles-Stanislas Lefebvre, chef d’état-major de Gilly négocièrent dans l’après-midi du 8 avril une capitulation en huit articles qui fut approuvée par Gilly à huit heures du soir. Elle stipulait le licenciement de l’armée royale d Midi. Les gardes nationales de toute dénomination étalent désarmées et renvoyées dans leurs foyers, les troupes de ligne rentreraient dans leurs garnisons, les officiers généraux et supérieurs étaient autorisés à se retirer chez eux en attendant les ordres de l’Empereur. Quant au duc d’Angoulême, il irait « en poste » à Sète, où des bâtiments seraient préparés pour lui et sa suite. A chaque relais des détachements impériaux veilleraient sur sa sécurité. Peu  d’heures après la convention, Grouchy, qui avait rejoint ses troupes, expédiait à Gilly, par le Rhône, l’ordre de se porter à Mornas, entre Pont-Saint-Esprit et Avignon, avec le 63ème  de ligne et le 10ème  chasseurs, « afin de couper la route aux insurgés », et de les poursuivre sans tarder, s’ils avaient dépassé Mornas. Lui-même prenait ses dispositions pour les attaquer de front à La Palud- . Le général Corbineau, aide de camp de l’Empereur, l’avait rejoint, avec mission de le «seconder de toutes ses forces » .Tous deux arrivèrent à Pont-Saint-Esprit le 9 avril : malgré « les vives remontrances » de Gilly, et bien que Grouchy eût d’abord répugné à l’arrestation du duc, réclamée par Corbineau, il fut décidé que le duc serait gardé à Pont-Saint-Esprit en attendant les ordres impériaux. Qu’allaient faire Napoléon et ses conseillers ? Davout eût souhaité dans le Midi une répression vigoureuse, des arrestations, des jugements sommaires, il avait même prescrit à Grouchy de «faire impitoyablement fusiller tous les partisans sans du duc d’Angoulême que l’on pourrait saisir ». Aussi n’était-il nullement enclin h épargner le chef de la sédition, et, invoquant l’ordre royal de « courir sus » à Napoléon, il exposa en un rapport « les motifs de ne passe dessaisir d’un otage aussi précieux que l’était le duc d’Angoulême ». Bannir toute modération, faire un exemple solennel, appliquer sans retard vis-à-vis du duc d’Angoulême et de ses lieutenants une politique de sévérité, tel fut le parti vers lequel pencha d’abord Napoléon. Qu’il eût gardé captif le duc d’Angoulême pour l’échanger un jour contre Marie- Louise, qu’il eût même ordonné l’exécution d’un prince qui avait appelé sur le territoire français les armées étrangères, l’opinion d’un très grand nombre de Français n’eût point été douteuse : les anciens jacobins qui avaient autrefois souscrit au « gouvernement robuste de la première République, les patriotes de toute dénomination, bonapartistes, révolutionnaires, républicains, qui voulaient avant tout la ruine définitive des Bourbons et l’écrasement du royalisme,, tous ceux-là eussent approuvé l’Empereur. Mais Napoléon céda alors à un entraînement de clémence qu’il s’imaginait utile à ses relations avec les Etats étrangers, et en traitant le duc d’Angoulême avec égards, en le rendant à la liberté, il pensait en imposer à l’opinion européenne, à celle des souverains eux- mêmes: «…Il m’importe, avait-il dit à Grouchy, d’apprendre à ces brigands couronnés, que je vis si longtemps à mes genoux, et qui me mettent aujourd’hui hors de la loi des nations, que les droits que donne le malheur sont sacrés pour moi, et que je ne me venge d’ennemis tels qu’eux qu’en les vouant, par ma générosité, à l’exécration publique ». En outre, autour de lui, Maret, le général Belliard, d’autres encore, s’employaient pour le duc d’Angoulême, prêchaient l’indulgence, s’abandonnaient à une émotion plaintive et à « la plus chevaleresque courtoisie », comme si le royalisme pouvait être découragé par des oublis, des pardons et des renoncements. Ainsi que Grouchy lui-même, et rapprochant les circonstances de 1804 et celles de 1815, Maret se remémorait le supplice du duc d’Enghien, et «ce souvenir portait l’épouvante dans sa pensée », il connaissait encore l’ardeur des troupes et des gardes nationales employées contre le duc d’Angoulême, et redoutait que celui-ci en fût victime s’il traversait la France pour être emprisonné-. Napoléon ayant parlé à Belliard de l’arrivée du duc d’Angoulême à Paris, le général répliquait : « La route que M. le duc doit parcourir est fort longue, les têtes sont montées; il faut traverser de grandes villes, des pays exaltés; le prince peut courir des risques, quelques ordres que vous donniez pour sa sûreté. Qu’en ferez-vous à Paris, et s’il arrivait malheur, ne craindriez-vous pas qu’il en fût pour M. le duc d’Angoulême comme pour le duc d’Enghien ? » . Fouché, lui, s’était trop engagé avec le comte d’Artois pour qu’il ne conseillât point de relaxer son fils. L’Empereur hésitait, et ne se laissa convaincre par Maret qu’après de longues discussions. Il consentit enfin à respecter la capitulation, et se contenta d’exiger que, par un article additionnel, les diamants de la Couronne seraient restitués  . Le général de gendarmerie Radet arriva le 10 avril à Pont-Saint-Esprit. Il y trouva Grouchy et Corbineau. En l’apercevant Corbineau s’écria : «  Arrive donc !  Voilà le prince et toute sa suite en chartre privée; je te les remets, et t’en rends responsable ». La détention du duc surexcitait les passions adverses : des bonapartistes, vers « Bagnols et les Cévennes», projetaient d’empêcher l’embarquement du duc et même de l’amener à Paris, tandis que les royalistes de Pont-Saint-Esprit parlaient dé le déguiser en femme pour mieux l’enlever. Aussi Radet accumula-l-il les précautions . Il faisait aussi imprimer à Orange un « Ordre général à la gendarmerie du Midi de la France », où il mentionnait la ruine des «projets insensés» du duc et de la duchesse d’Angoulême, et opposait au gouvernement de l’Empereur les méfaits de la première Restauration, entre autres les menaces dirigées contre les acquéreurs de biens nationaux et le zèle fanatique du clergé, jaloux de rétablir « le plus affreux despotisme », la féodalité et la dîme. Retardée par le brouillard, la décision télégraphique de l’Empereur ,ne parvint à Pont-Saint-Esprit que le 14 avril. Corbineau et Damas ajoutèrent à la convention du 8 avril deux articles où le duc promettait de réclamer la restitution des diamants de la Couronne. Le 15 avril, à quatre heures de l’après-midi, le duc et ses compagnons quittèrent le bourg et partirent pour Celte avec une escorte de gendarmerie, Radet occupant dans une voiture « la tète du convoi ». Arrivé à Sète le 16 avril 1815 à huit heures du matin, le duc attendit jusqu’au soir avant de s’embarquer . Muni par les soins de Radet d’essences, de citrons, d’oranges, afin de combattre le mal de mer, il fut accompagné au port par le général, qui lui souhaita « un heureux voyage », et prit place avec sa suite, en tout dix-sept personnes, sur le navire suédois La Scandinavie. Le 18 avril il abordait à Barcelone, d’où il écrivait à sa femme : « Le bon Dieu a permis que je m’en tirasse : j’espère que c’est pour le servir de nouveau, ainsi que le Roi. J’ai fait tout ce que j’ai pu ». Pendant ce temps, à Arpaillargues , à cinq kilomètres d’Uzès, se déroulait un drame affreux. Les miquelets licenciés à La Palud rentraient chez eux. A l’approche d’une cinquantaine d’entre eux, plusieurs habitants du village répandirent les bruits les plus sinistres: à Serviers , non loin d’Uzès, ils avaient pillé les maisons, outragé les femmes, à Valence ils avaient même assassiné «quarante familles de protestants et quarante ministres ». Très animés par ces avis, auxquels la terreur inspirée par les volontaires royaux prêtait quelque véracité, les habitants des deux sexes s’emparent des armes les plus hétéroclites, bâtons munis d’un couteau, fourches, faux, bêches, broches, fusils, sabres, ils ferment l’entrée du village par des charrettes, et bien que les volontaires royaux s’avancent la crosse en l’air et consentent à livrer leurs fusils, ils tirent sur eux et en abattent quatre. On les dépouille de leurs vêtements, et deux d’entre eux, assaillis par des femmes, reçoivent d’elles des coups de fourche dans le ventre. L’une de ces femmes, qu’on surnommait la Coulourgole, s’acharne tant sur un corps qu’elle est obligée de « lui mettre le pied sur le ventre » pour en arracher la fourche. L’un des volontaires royaux expire, l’autre est achevé la nuit, la tête écrasée avec une Pierre. Stimulé, ce semble, par des émissaires de l’Empereur, prévenu par un officier de Grouchy que le duc d’Angoulême avait capitulé, Masséna se décida, le 10 avril, à prendre franchement parti pour Napoléons. A Toulon, où il s’était retiré, il lit d’abord arborer le drapeau tricolore et mettre en liberté Pons (de l’Hérault), puis il reçut la soumission de Marseille, qui lui fut portée par trois membres du Conseil municipal, il destitua le préfet des Bouches-du-Rhône et le maire de Marseille, il adressa enfin aux Marseillais une proclamation, datée du 14 avril, où il leur disait : « Soyez désormais calmes, livrez-vous à vos occupations journalières, suivez l’exemple que vous donne toute la France, partagez son bonheur : le grand Napoléon tient les rênes du gouvernement! Vous serez heureux si vous êtes confiants et dociles ». Mais les Marseillais n’étaient point aussi mobiles que le prince d’Essling. Ils gardèrent leurs sentiments royalistes et accueillirent fort mal les troupes de Grouchy. Le 6ème  de ligne étant arrivé d’Avignon à Marseille dans la soirée du 19 avril, des officiers de ce régiment, qui fêtaient bruyamment l’Empereur dans un café, furent hués et sifflés par des royalistes, ils sortirent du café, sabre en main, en criant « Vive l’Empereur ! », une violente bagarre éclata et ne prit fin que lorsque Grouchy eut fait battre la générale et sonner le boute-selle.

Masséna fut remplacé dans la 8ème division militaire par le maréchal Brune, mais, loin de le disgracier, Napoléon, en juin, le nomma membre de la Chambre des Pairs et lui offrit le commandement des 3ème  et 4ème divisions militaires. Grouchy, déjà illustré à Friedland, à Wagram et à Vauçhamps, fut fait maréchal.  Sur l’ordre de l’Empereur des salves d’artillerie célébrèrent à Paris et dans les places des frontières et des côtes la victoire bonapartiste en Provence ».

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.164-178).

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( 19 avril, 2015 )

Au maréchal Davout…

Davout.

Le  Maréchal Davout.

Instructions de Napoléon au maréchal Davout, Prince d’Eckmühl.

Ministre de la Guerre, à Paris.

Paris, 18 avril 1815.

Mon Cousin, je vous ai mandé que mon intention était de changer tous les officiers du 10e. Je suppose que vous avez dirigé sur Chalon-sur-Saône les officiers nécessaires pour ce remplacement. J’ai changé le colonel, du 14ème de chasseurs; changez les chefs d’escadron et une partie des capitaines. Ce régiment s’est mal comporté. Suspendez le général Merle dont la conduite n’est pas bonne. Envoyez le général Bizannet commander à Marseille ; qu’il parte dans la nuit; il est convenable que le maréchal Brune parte aussi. Je suppose que le général Verdier, qui doit commander la 8ème division, est parti. Ecrivez au prince d’Essling [Maréchal Masséna] qu’il ne commande plus dans la 8ème division et qu’il vienne à Paris. Ecrivez aussi au général Miollis de se rendre à Paris. Faites former une compagnie de 50 officiers, sous-officiers et gendarmes qui aient servi en Piémont au moins deux ans et envoyez-les à Chambéry pour former la gendarmerie du corps du général Grouchy. Mettez à la tête un homme intelligent et chargez-le de répandre les petits imprimés que vous faites faire pour engager les Piémontais à déserter. Les déserteurs piémontais, à mesure qu’ils arriveront, seront dirigés sur Chalon-sur-Saône par la route de Tournus. Aussitôt qu’on aura réuni 3.000 déserteurs pour former le premier régiment, on en formera un second à Tournus. Instruisez de cela le général Grouchy. Le général Laroche a épouvanté tout le Dauphiné. Je vous ai mandé de l’envoyer dans le Var. Le général Chabert, que j’ai fait lieutenant général, sera chargé des gardes nationales du Dauphiné. Témoignez ma satisfaction au général Piré, au général Chabert, au général Gilly qui est à Avignon et qu’il faut y laisser quelque temps. Ces officiers se sont extrêmement bien comportés. Faites-moi connaître ce que désire le général Laborde.

D’après la copie. Dépôt de la Guerre. Arch. Hist.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées par Léonce de Brotonne », H. Champion, Libraire, 1903, tome II, pp.520-521, pièce n°2291).

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( 18 avril, 2015 )

Instructions de Napoléon à Decrès…

Vice-amiral Decrès

Decrès.

2290. – NAPOLÉON AU VICE-AMIRAL DUC  DECRÈS,

Ministre de la Marine et  des Colonies, à Paris.

Paris, 18 avril 1815.

Donnez les ordres les plus positifs aux commandants de tous mes vaisseaux et bâtiments en croisière d’arrêter le chevalier [de] Bruslard, maréchal de camp, commandant en Corse, de prendre tous ses papiers et de le faire conduire, sous bonne et sûre garde, à Paris. Expédiez cet ordre à toutes les croisières de la Méditerranée et notamment à celle qui est du côté de la Corse. L’amiral Ganteaume est malade et n’a pas pu se rendre à Toulon. Je ne sais si le contre-amiral Duperré sera suffisant. Rappelez Lhermitte, Bourdon et Dumanoir. Proposez-moi l’organisation de ce port. Le brick l’Inconstant, après m’avoir débarqué [à Golfe-Juan le 1er mars 1815], s’est réfugié à Gaëte. Il faut que l’aviso qu’on expédie à Naples lui porte l’ordre de retourner à Toulon.

D’après la minute. Arch. Nat. AF IV, 907.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.520.)

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( 18 avril, 2015 )

Madame Mère quitte l’île d’Elbe…

Madame mère

Tous les extraits qui suivent sont tirés de l’étude magistrale du baron Larrey (fils de l’illustre Larrey) : « Madame Mère (Napoleonis Mater). Essai historique », Tome second, E.Dentu, Editeur, 1892.

« Du 1er  au 20 mars, depuis le golfe Jouan jusqu’à Paris, le retour de l’Empereur, à travers une partie de la France, fut acclamé par les populations, sans un seul obstacle et sans un coup de fusil. Napoléon avait laissé son épée dans le fourreau et fait attacher cette épée au ceinturon garni de l’agrafe en diamants, que sa mère lui avait donnée. C’était un talisman qui préserva l’épée glorieuse de la moindre tache du sang français, pendant la marche pacifique de l’île d’Elbe à Paris. Vers la moitié du parcours, l’Empereur fit écrire, de Lyon, par le général Drouot à Madame Mère et au cardinal de rentrer en France. Avant de quitter l’ile d’Elbe, Napoléon avait fait dire à Murat de mettre à la disposition de sa mère et de sa soeur un navire qui pût les ramener, avec sécurité, lorsque le moment serait venu. Le roi de Naples confia ce soin à la reine, qui, vers la fin de mars envoyait à Porto-Ferrajo, un vaisseau de 74, le Joachim et la frégate la Caroline, pour conduire d’abord Madame à Naples, où sa fille avait le plus vif désir de la recevoir. » (pp.106-107)

« Le 18 avril, enfin, Madame et son frère [le cardinal Fesch] ayant reçu des nouvelles qui les rappellent en France, se décident au départ pour le lendemain, et, le 20, ils s’embarquent sur le Joachim, qui avait amené Madame à Naples. Le vent d’abord favorable, permit de sortir sans peine du golfe, de traverser les groupes d’îles environnantes et de gagner la haute mer. Mais, tout à coup, ce vent devint contraire et pendant dix-huit heures, rendit la traversée fort pénible pour Madame. De plus, la frégate la Melpomène, expédiée de Toulon à Gaëte, par ordre de l’empereur, pour ramener sa mère, avait été capturée par les Anglais, vers l’entrée du golfe de Naples. La reine Caroline avaitété mieux inspirée, en décidant Madame à quitter Naples, au milieu des dangers de la guerre et des menaces de la piraterie, pour la faire conduire à Gaëte, dont la place forte lui assurait une retraite à toute épreuve. » (pp.108-109).

« Embarquée le 13 mai en passant sur les côtes de la Corse, pour relâcher à Bastia, Madame revit, de plus près, son cher pays, en s’y arrêtant près de quatre heures. Puis elle se remit en route et fit halte sur la côte d’un village rapproché de Livourne, où l’attendait son fils Jérôme. Elle aborda enfin, après onze jours de navigation pénible, le rivage du golfe Jouan, et y appliqua sa pensée sur Napoléon, débarquant de l’île d’Elbe. Le Moniteur a fait savoir l’arrivée de Madame Mère au golfe Jouan et ensuite à Antibes, où elle passa la nuit du 23 mai, en y retrouvant des traces et des souvenirs de son séjour passé. Elle reçut partout un accueil digne d’elle et de son fils revenu de l’exil en triomphateur. Parvenus, le 26 mai, à Lyon, le cardinal et sa sœur durent accueillis avec une pompe religieuse, au son des cloches de cette grande cité. Madame s’y arrêta pendant deux ou trois jours et partit le 29 pour Paris, où elle arriva dans la soirée du 1er juin. Elle fut heureuse surtout de revoir son fils sain et sauf. » (p.111).

 

 

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( 17 avril, 2015 )

Des mesures énergiques…

« Dans la soirée du 22 mars 1815, Napoléon, justement irrité de la Déclaration des puissances où on le traitait en galérien évadé, dicta un décret exceptant de l’amnistie et déférant aux tribunaux, comme coupables de connivence avec l’ennemi en 1814, Talleyrand, Marmont, Lynch, Vitrolles, La Rochejaquelein, Alexis de Noailles, Sosthène de La Rochefoucauld, Bourrienne, Bellart, Beurnonville, Jaucourt, Dalberg et Montesquiou. Cette mesure n’était dans l’idée de l’Empereur qu’un arrêt comminatoire destiné à imposer aux séditieux. Aucun ordre ne fut donné par lui pour arrêter ceux des treize proscrits qui se trouvaient encore en France. L’Empereur, voulant rattacher ce décret à ceux qu’il avait rendus à Lyon, le data à l’avance de Lyon, 12 mars, et demanda à Bertrand de le contresigner comme les précédents. Le grand-maréchal s’y refusa nettement ; il déclara qu’il ne pouvait s’associer à un acte arbitraire. L’empereur s’adressa alors au duc de Bassano qui, après lui avoir fait les mêmes objections et opposé le même refus, n’obéit qu’à un ordre formel. Encore ce décret parut-il au Bulletin des Lois avec cette formule inusitée : « Par l’Empereur, pour expédition conforme. » Devant l’opposition de ses plus dévoués serviteurs, Napoléon avait hésité, au reste, à publier le décret qui, rédigé le 22 mars, ne fut rendu public que le 6 avril. Il y eut une clameur chez les libéraux, des murmures jusque dans les Tuileries. La Bédoyère dit assez haut pour être entendu de l’Empereur : « -Si le régime des proscriptions recommence, tout sera bientôt fini .» La Bédoyère se rappela-t-il ces paroles quand, quatre mois plus tard, il tomba sous les balles du peloton d’exécution ? Les proscriptions avaient profité à la Révolution et le gouvernement de Louis XVIII n’allait pas hésiter à s’en servir. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.498-500).

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