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( 15 avril, 2015 )

Récompense pour les Braves…

6650. — Paris, 14 avril 1815.

Une gratification de trois mois de solde est accordée :

1° aux sous-officiers et soldats de la garde impériale venus de l’île de l’Elbe; 2° aux officiers, sous-officiers et soldats du bataillon de flanqueurs venus de l’île d’Elbe; 3° aux officiers de l’état-major, du génie, inspecteurs aux revues et commissaires des guerres en activité à l’île d’Elbe et venus à Paris avec nos troupes; 4° aux officiers, sous-officiers et soldats de la gendarmerie venus de l’île d’Elbe.

Notre ministre de la guerre fera payer aux officiers de la garde venus de l’île d’Elbe la gratification de trois mois de solde qui leur a été accordée par notre décision du … [laissé en blanc] avril.

NAPOLÉON

(Arthur CHUQUET, « Ordres et apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912 pp.539-540).

France 2

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( 15 avril, 2015 )

Paris sur la défensive…

« Paris prenait un aspect de plus en plus belliqueux. Les gardes nationales mobiles y arrivaient de toutes parts; je me rappelle même que, tandis que l’armée ne manifestait son patriotisme que par ses acclamations en faveur de l’Empereur, les gardes nationaux y joignaient les vieilles manifestations des jours de gloire républicaine. Un jour, nous vîmes passer, devant le café où nous nous réunissions dans la rue de la Harpe, un long convoi de chariots et de char-à bancs chargés de villageois; c’était un fort détachement de garde nationale des environs, arrivant à Paris en partie de plaisir. Ils portaient tous la cocarde tricolore à leurs chapeaux de campagnards, agitaient des branches de lilas, et paraissaient animés du plus vif enthousiasme. L’un d’eux , homme d’une quarantaine d’années, vêtu d’une blouse, sur  laquelle brillait la croix, était debout sur la charrette, et chantait la Marseillaise, dont il terminait chaque couplet par le cri de Vive la nation! Vive l’Empereur! que répétaient, avec transport, toutes les autres voitures. Ce fut la première fois que j’entendis, en plein soleil, retentir ces strophes marseillaises, qui, tant de fois, au moment de la bataille, étaient parties des premiers rangs de nos bataillons, comme autant de dards rapides allant planter l’épouvante dans les cœurs ennemis. Le public demandait, chaque soir, la Marseillaise à tous les théâtres ; chaque jour, en passant dans la rue des Grès, j’entendais son immortel refrain se mêler au bruit des limes et des marteaux, dans le cloître transformé en atelier d’armes; mais je ne me rappelle pas l’avoir entendu une seule fois exécuter par une musique de régiment.  […] La triste expérience de 1814 avait démontré combien il était nécessaire de mettre la capitale à l’abri d’un coup de main. Si, le 30 mars [1814], Paris eût été fortifié sur la rive droite de la Seine, de manière à pouvoir tenir quarante-huit heures, c’en était fait de la coalition; l’Empereur, qui avait séparé de leur parc de réserve les armées russe et prussienne , tombait sur elles, de Fontainebleau , et les écrasait. Il fut donc résolu de fortifier Paris. Pour cela on fit venir des ports militaires un immense matériel d’artillerie de siège; l’esplanade des Invalides fut couverte de boulets, de pièces de canon et de caissons de toute espèce. Tout cet attirail de guerre était destiné à armer les hauteurs dominant Paris, qui, l’année précédente, avaient été le théâtre des pertes énormes essuyées par l’ennemi pour s’en emparer. La défense de toutes ces positions fut confiée au courage des officiers de marine et à l’artillerie du même corps, tandis que l’armée de ligne devait entrer en campagne. Ce fut surtout de Montmartre qu’on voulut faire un Fort redoutable, capable, à lui seul, de maintenir une armée.

D’immenses travaux de terrassement y furent exécutés avec une rapidité étonnante. Du côté de la plaine Saint-Denis ce n’était que batterie sur batterie, parapets, chemins couverts, pont-levis et chevaux de frise. Alors le gouvernement impérial n’avait pas le malheur d’exciter les soupçons qu’on a vus s’élever depuis, sur cette question des fortifications de la capitale; personne n’osa y voir autre chose que des remparts contre l’ennemi et non contre la liberté.  »

 

(E. LABRETONNIERE: « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863, pp.228- 235).

 

 

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( 15 avril, 2015 )

Écarter les éléments douteux…

6652. — Paris, 15 avril 1815.

A Davout.

Lyon étant en sûreté, donner l’ordre au maréchal duc d’Albufera [Suchet] de se rendre dans les 9ème  et 10ème  divisions militaires, d’y passer la revue de toutes les troupes, d’ôter les officiers qui ne seraient pas sûrs, de faire enfin tout ce qui serait nécessaire et de revenir ensuite à Paris.

NAPOLEON

(Arthur CHUQUET, « Ordres et apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième »,Librairie ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912 p.540)

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( 15 avril, 2015 )

Les mouvements royalistes en France en mars-avril 1815 (III).

guerre--vendee---Charles-Marie-de-Beaumont-d-Autichamp

« Ayant quitté Bordeaux, Vitrolles était arrivé à Toulouse le 24 mars. Sa qualité de secrétaire des Conseils du Roi s’était enrichie : il s’intitulait présomptueusement commissaire extraordinaire du Roi dans le Midi. Plus pétulant que vraiment actif, ingénieux, mais insuffisamment clairvoyant, Vitrolles s’imaginait volontiers qu’il allait ressusciter à Toulouse le gouvernement royal. Le comte d’Artois lui ayant parlé de revenir de Flandre à Bordeaux et à Toulouse, Monsieur ou le Roi, disait-il, avaient l’intention de séjourner dans le Midi et d’y convoquer les Chambres et même les Etats généraux . Tout de suite ses déconvenues s’accumulèrent, réduisant sa tentative à une courte aventure. Consultés par Vitrolles sur la valeur des gardes nationaux du Toulouse, les chefs de cette troupe ne l’abusèrent point : leurs hommes pourraient combattre « si on leur donnait l’appui d’autres forces -, mais à eux seuls « ils n’iraient pas au-delà de la répression de tout désordre ». De ces réponses Vitrolles conclut qu’il ne fallait pas plus compter sur la garde nationale de Toulouse que sur celle de Paris ou de Bordeaux. Il songea à utiliser le vieux maréchal Pérignon, qui vivait dans sa terre à une vingtaine d’heures de Toulouse, et, au nom du duc d’Angoulême, le nomma au commandement supérieur de la 10ème  division militaire. Pérignon s’empressa de se rendre à Toulouse. Vitrolles se rendit compte que le maréchal, par une sorte d’inintelligence sénile, ne comprenait guère la gravité de la crise, et il reconnut bientôt que son influence sur les généraux de la 11ème  division militaire était nulle : quelques-uns de ces généraux, « les plus rusés », vinrent, il est vrai, à Toulouse, mais simplement « pour flairer la situation et juger le parti à prendre ». Vitrolles ne put qu’intercepter les dépêches venues de Paris, donner des audiences et imprimer un Moniteur, où il insérait des exemples de dévouement royaliste. Autour ici commissaire royal s’agitaient des conseillers bénévoles : l’un d’eux, sensible à l’ancienne puissance des clubs révolutionnaires, lui proposa la fondation de clubs royalistes dans les villes et les villages du Midi. Restaient l’Angleterre et l’Espagne. Vitrolles songeait à introduire en France 3.000 hommes de bonnes troupes anglaises, en vue de garnir solidement la ligne de la Loire, cette ligne « qui sépare tout de suite de Paris la moitié de la France, qui appuie sur Nantes, Lyon, Genève, Marseilleet Bordeaux l’existence d’une grande population indépendante de Paris » : isolé par une telle barrière, le Midi pourrait fournir 100.000 soldats royalistes . Quant à  l’Espagne, Vitrolles expédia un officierait prince de Laval et des courriers aux capitaines-généraux de Navarre et de Catalogne pur que les effectifs royaux, « en cas de besoin urgent , fussent renforcés par des contingents espagnols. Il attachait de suite un grand prix à une sûre possession de Perpignan t de Bayonne, et afin d’empêcher es garnisons de ces laces de résister aux Espagnols il voulait les disséminer. Il essaya de mander à Toulouse le général Darricau, fort soupçonné de préparer à Perpignan la reconnaissance du gouvernement impérial, mais Darricau refusa de conférer, avec Pérignon. D’autre part un officier venu de Bordeaux enta d’entraîner la garnison de. Bayonne, disant qu’il « fallait recevoir les Espagnols comme des frères, marcher et combattre sous les mêmes bannières » : il fut repoussé avec indignation. Le courrier envoyé en Catalogne fut arrêté par Darricau à Perpignan. Il n’entrait d’ailleurs point dans les intentions de la cour d’Espagne d’envoyer pour le moment des troupes au-delà des Pyrénées-. Le 31 mars 1815, Vitrolles sut que les autorités bonapartistes tenaient Tulle, Périgueux, Mende, Le Puy, Clermont-Ferrand et Rodez. Dès lors il considéra que l’insuccès de son voyage dans le Midi était tout à fait probable. * Nous sommes bien entamés », écrivait-il à la duchesse d’Angoulême. Cependant il projetait d’envoyer des troupes sur Rodez, sur Tulle, sur Cahors, et d’occuper, au moins quelque temps, la ligne de la Dordogne. Mais les mauvaises nouvelles se succédaient sans relâche : la garnison de Blaye avait fait défection, le Roi et le duc d’Orléans avaient fui en Belgique , la duchesse d’Angoulême enfin quittait Bordeaux. Invité par elle à «faire tout au inonde» pour ne point perdre Toulouse et les départements méridionaux» désormais « la seule sauvegarde » du duc d’Angoulême, Vitrolles était fort embarrassé. Sachant que partout les troupes de ligne passaient à l’Empire, les royalistes de Toulouse abandonnaient leurs premiers espoirs, Pérignon, informé par Vitrolles des événements de Bordeaux, n’avait pas l’air d’en apercevoir les conséquences-. Le général Delaborde, qui commandait sous Pérignon, attendait une occasion propice pour détruire le gouvernement de Vitrolles. Il n’avait avec lui que fort peu de monde, et il ne voulait rien précipiter. Quatre compagnies d’artillerie, qui refusaient de servir les Bourbons, s’étant mises en marche de Nîmes vers Toulouse, Vitrolles, par l’intermédiaire de Pérignon, donna l’ordre à Delaborde de les détacher à Narbonne. Loin d’obéir, Delaborde expédie des officiers aux artilleurs pour les amener très rapidement à Toulouse. Sur avec eux de triompher, Delaborde, le 4 avril 1815, mit dès l’aube Vitrolles en état d’arrestation à la préfecture. Delaborde eût voulu associer Pérignon au mouvement bonapartiste, mais le maréchal « ayant tergiversé et montré de la faiblesse », le général en prit lui-même la direction. A cinq heures du matin le drapeau tricolore flottait sur les églises et les monuments publics de Toulouse, la garnison prit la ce carde tricolore, les principales rues furent occupées par les soldats, qui multipliaient les cris de « Vive l’Empereur ! », des canons furent braqués sur les places. Au milieu des royalistes très surpris et des bonapartistes enthousiastes les proclamations de l’Empereur produisirent « les plus vives sensations» . Après l’arrestation de Vitrolles, le préfet de la Haule-Garonne, Saint-Aulaire, donna sa démission, et crut bon, en même temps, de publier une proclamation où, reprenant le langage du maréchal Ney à Lons-le-Saulnier, il affirmait que la cause des Bourbons était « perdue sans ressources », flétrissait l’espoir du parti royaliste dans l’intervention étrangère, et engageait les Toulousains à se rallier à l’Empereur, au nom de Dieu lui-même, qui leur ordonnait de « se soumettre aux puissances ». Le 5 avril, ignorant encore les événements de Toulouse, Napoléon présumait que l’occupation de Bordeaux allait  influer » sur celle de Toulouse. Renseigné bientôt par un apport de Delaborde, Napoléon, après avoir rangé Vitrolles parmi les treize personnages soustraits à toute amnistie, joignit à Davout, le 8 avril, de l’envoyer « sous bonne escorte » à Vincennes. Vitrolles a accusé Davout d’avoir donné l’ordre de le «  faire fusiller en route », mais Napoléon, surs représentations de Caulaincourt, se serait contenté d’une incarcération. Après quelques jours de détention Vitrolles partit pour Vincennes sous la surveillance du général Chartrand, non sans appréhender qu’il serait livré sommairement, comme naguère le duc d’Enghien,  un peloton d’exécution. A la suite de l’échec de Vitrolles les royalistes de Toulouse « se cachaient tous ».Pérignon fut rayé de la liste des maréchaux et regagna sa terre ».

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.159-163).

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