( 15 avril, 2015 )

Les mouvements royalistes en France en mars-avril 1815 (III).

guerre--vendee---Charles-Marie-de-Beaumont-d-Autichamp

« Ayant quitté Bordeaux, Vitrolles était arrivé à Toulouse le 24 mars. Sa qualité de secrétaire des Conseils du Roi s’était enrichie : il s’intitulait présomptueusement commissaire extraordinaire du Roi dans le Midi. Plus pétulant que vraiment actif, ingénieux, mais insuffisamment clairvoyant, Vitrolles s’imaginait volontiers qu’il allait ressusciter à Toulouse le gouvernement royal. Le comte d’Artois lui ayant parlé de revenir de Flandre à Bordeaux et à Toulouse, Monsieur ou le Roi, disait-il, avaient l’intention de séjourner dans le Midi et d’y convoquer les Chambres et même les Etats généraux . Tout de suite ses déconvenues s’accumulèrent, réduisant sa tentative à une courte aventure. Consultés par Vitrolles sur la valeur des gardes nationaux du Toulouse, les chefs de cette troupe ne l’abusèrent point : leurs hommes pourraient combattre « si on leur donnait l’appui d’autres forces -, mais à eux seuls « ils n’iraient pas au-delà de la répression de tout désordre ». De ces réponses Vitrolles conclut qu’il ne fallait pas plus compter sur la garde nationale de Toulouse que sur celle de Paris ou de Bordeaux. Il songea à utiliser le vieux maréchal Pérignon, qui vivait dans sa terre à une vingtaine d’heures de Toulouse, et, au nom du duc d’Angoulême, le nomma au commandement supérieur de la 10ème  division militaire. Pérignon s’empressa de se rendre à Toulouse. Vitrolles se rendit compte que le maréchal, par une sorte d’inintelligence sénile, ne comprenait guère la gravité de la crise, et il reconnut bientôt que son influence sur les généraux de la 11ème  division militaire était nulle : quelques-uns de ces généraux, « les plus rusés », vinrent, il est vrai, à Toulouse, mais simplement « pour flairer la situation et juger le parti à prendre ». Vitrolles ne put qu’intercepter les dépêches venues de Paris, donner des audiences et imprimer un Moniteur, où il insérait des exemples de dévouement royaliste. Autour ici commissaire royal s’agitaient des conseillers bénévoles : l’un d’eux, sensible à l’ancienne puissance des clubs révolutionnaires, lui proposa la fondation de clubs royalistes dans les villes et les villages du Midi. Restaient l’Angleterre et l’Espagne. Vitrolles songeait à introduire en France 3.000 hommes de bonnes troupes anglaises, en vue de garnir solidement la ligne de la Loire, cette ligne « qui sépare tout de suite de Paris la moitié de la France, qui appuie sur Nantes, Lyon, Genève, Marseilleet Bordeaux l’existence d’une grande population indépendante de Paris » : isolé par une telle barrière, le Midi pourrait fournir 100.000 soldats royalistes . Quant à  l’Espagne, Vitrolles expédia un officierait prince de Laval et des courriers aux capitaines-généraux de Navarre et de Catalogne pur que les effectifs royaux, « en cas de besoin urgent , fussent renforcés par des contingents espagnols. Il attachait de suite un grand prix à une sûre possession de Perpignan t de Bayonne, et afin d’empêcher es garnisons de ces laces de résister aux Espagnols il voulait les disséminer. Il essaya de mander à Toulouse le général Darricau, fort soupçonné de préparer à Perpignan la reconnaissance du gouvernement impérial, mais Darricau refusa de conférer, avec Pérignon. D’autre part un officier venu de Bordeaux enta d’entraîner la garnison de. Bayonne, disant qu’il « fallait recevoir les Espagnols comme des frères, marcher et combattre sous les mêmes bannières » : il fut repoussé avec indignation. Le courrier envoyé en Catalogne fut arrêté par Darricau à Perpignan. Il n’entrait d’ailleurs point dans les intentions de la cour d’Espagne d’envoyer pour le moment des troupes au-delà des Pyrénées-. Le 31 mars 1815, Vitrolles sut que les autorités bonapartistes tenaient Tulle, Périgueux, Mende, Le Puy, Clermont-Ferrand et Rodez. Dès lors il considéra que l’insuccès de son voyage dans le Midi était tout à fait probable. * Nous sommes bien entamés », écrivait-il à la duchesse d’Angoulême. Cependant il projetait d’envoyer des troupes sur Rodez, sur Tulle, sur Cahors, et d’occuper, au moins quelque temps, la ligne de la Dordogne. Mais les mauvaises nouvelles se succédaient sans relâche : la garnison de Blaye avait fait défection, le Roi et le duc d’Orléans avaient fui en Belgique , la duchesse d’Angoulême enfin quittait Bordeaux. Invité par elle à «faire tout au inonde» pour ne point perdre Toulouse et les départements méridionaux» désormais « la seule sauvegarde » du duc d’Angoulême, Vitrolles était fort embarrassé. Sachant que partout les troupes de ligne passaient à l’Empire, les royalistes de Toulouse abandonnaient leurs premiers espoirs, Pérignon, informé par Vitrolles des événements de Bordeaux, n’avait pas l’air d’en apercevoir les conséquences-. Le général Delaborde, qui commandait sous Pérignon, attendait une occasion propice pour détruire le gouvernement de Vitrolles. Il n’avait avec lui que fort peu de monde, et il ne voulait rien précipiter. Quatre compagnies d’artillerie, qui refusaient de servir les Bourbons, s’étant mises en marche de Nîmes vers Toulouse, Vitrolles, par l’intermédiaire de Pérignon, donna l’ordre à Delaborde de les détacher à Narbonne. Loin d’obéir, Delaborde expédie des officiers aux artilleurs pour les amener très rapidement à Toulouse. Sur avec eux de triompher, Delaborde, le 4 avril 1815, mit dès l’aube Vitrolles en état d’arrestation à la préfecture. Delaborde eût voulu associer Pérignon au mouvement bonapartiste, mais le maréchal « ayant tergiversé et montré de la faiblesse », le général en prit lui-même la direction. A cinq heures du matin le drapeau tricolore flottait sur les églises et les monuments publics de Toulouse, la garnison prit la ce carde tricolore, les principales rues furent occupées par les soldats, qui multipliaient les cris de « Vive l’Empereur ! », des canons furent braqués sur les places. Au milieu des royalistes très surpris et des bonapartistes enthousiastes les proclamations de l’Empereur produisirent « les plus vives sensations» . Après l’arrestation de Vitrolles, le préfet de la Haule-Garonne, Saint-Aulaire, donna sa démission, et crut bon, en même temps, de publier une proclamation où, reprenant le langage du maréchal Ney à Lons-le-Saulnier, il affirmait que la cause des Bourbons était « perdue sans ressources », flétrissait l’espoir du parti royaliste dans l’intervention étrangère, et engageait les Toulousains à se rallier à l’Empereur, au nom de Dieu lui-même, qui leur ordonnait de « se soumettre aux puissances ». Le 5 avril, ignorant encore les événements de Toulouse, Napoléon présumait que l’occupation de Bordeaux allait  influer » sur celle de Toulouse. Renseigné bientôt par un apport de Delaborde, Napoléon, après avoir rangé Vitrolles parmi les treize personnages soustraits à toute amnistie, joignit à Davout, le 8 avril, de l’envoyer « sous bonne escorte » à Vincennes. Vitrolles a accusé Davout d’avoir donné l’ordre de le «  faire fusiller en route », mais Napoléon, surs représentations de Caulaincourt, se serait contenté d’une incarcération. Après quelques jours de détention Vitrolles partit pour Vincennes sous la surveillance du général Chartrand, non sans appréhender qu’il serait livré sommairement, comme naguère le duc d’Enghien,  un peloton d’exécution. A la suite de l’échec de Vitrolles les royalistes de Toulouse « se cachaient tous ».Pérignon fut rayé de la liste des maréchaux et regagna sa terre ».

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.159-163).

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