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( 16 avril, 2015 )

A propos de J. Hobhouse…

Hob2

« Hobhouse [1786-1869] détestait les Bourbons réactionnaires autant que le gouvernement britannique, son ministre Castlereagh et l’autrichien Metternich. Quand Napoléon rentra de l’île d’Elbe, Hobhouse se précipita à Paris pour voir son héros. Il écrivit un livre sur les Cent-Jours dont les épreuves furent lues par Benjamin Constant et Charles de Flahaut. Edité en français  en 1816 [1816 est l’année de publication pour la version anglaise (Londres, Ridgways, 2 volumes, selon le catalogue de la BnF.  Une première édition en langue française a  paru à Gand (Belgique) en 1817 (en 2 volumes); puis une autre à Paris en 1819], il fut traduit en français et publié à Pari: le traducteur  [un certain Moreau,] et l’éditeur [Domère pour la version en français (en un fort volume)] furent emprisonnés. Hobhouse envoya un exemplaire à Sainte-Hélène à Napoléon, qui le lut avec plaisir et qui dicte des notes à son sujet: notes qui ne furent jamais envoyées à Hobhouse. Las Cases lui envoya une lettre de félicitations de Liège le 20 avril 1820.

Pendant la campagne de Waterloo, Hobhouse souffrit de ses sympathies partagées. Son frère combattait dans l’armée anglaise, mais il ne voulait pas voir la défaite de Napoléon et la disparition finale des idéaux de la Révolution. Son frère fut tué aux Quatre-Bras ».

(Morna DANIELS, in « Revue de l’Institut Napoléon », n°156, 1991-I, pp.53-54).

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( 16 avril, 2015 )

Il faut des chevaux pour la cavalerie…

Grenadiers à cheval

« 1415. — Au GÉNÉRAL COMTE BOURCIER, Inspecteur Général de la Cavalerie.

Paris, 15 avril 1815.

L’annonce que vous avez faite n’est point suffisante. Il faut en faire une autre que vous ferez publier dans la Normandie et autres départements voisins qui dira que tous les individus qui ont des chevaux à vendre peuvent les conduire à Versailles et qu’ils leur seront payés comptant, tant pour les chevaux de cuirassiers, tant pour  les chevaux de dragons, tant pour les chevaux de cavalerie légère. Il faut aussi envoyer dans les départements des officiers connaisseurs et sûrs qui vous achèteraient des chevaux. C’est par l’ensemble de tous ces moyens que vous parviendrez à monter vos dépôts.

NAPOLEON »

 

(« Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées  sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Libraire, 1898, p.569)

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( 16 avril, 2015 )

Napoléon au printemps 1815.

Napoléon 1er« A l’époque des Cent-Jours Napoléon est dans sa quarante-sixième année. Son visage est très pâle, les cheveux, « d’un brun cendré », se clairsèment sur les tempes et ont disparu au-dessus de la tète « tous ses traits avaient grossi, son corps avait pris une obésité qui alourdissait sa marche; ses mouvements étaient pesants, ses gestes, lents et sans vivacité » ». en juin, au moment de partir pour l’armée, il a « un teint verdâtre fortement prononcé», la bouche « contractée », le regard sans puissance, la physionomie nullement dominatrice . Sa poitrine était sensible, douloureuse, secouée de toux . L’Empereur souffrait de l’estomac, et son mal inspirait « de fâcheux augures »  au médecin Dubois . Il aimait somnoler, tout en combattant, dit-on, ce penchant par des quantités de plus en plus fortes du café. Sa santé mauvaise frappa Lucien. Tant d’indices affaiblissent notablement le témoignage de Fleury de Chaboulon, suivant lequel la santé de l’Empereur était demeurée vigoureuse: Napoléon continue de se lever de très bonne heure, avant six heures du matin, de fredonner parfois entre ses dents, de dicter en marchant . Il ne dédaigne pas de plaisanter. En déjeunant il interpelle Talma, l’un des assistants, en ces termes: « Eh! bien, Talma, on dit que c’est vous qui m’avez appris à me tenir sur mon trône; c’est une preuve que je m’y tiens bien » Il n’a point perdu l’art de sourire « de la manière la plus agréable ». Ingénieux à plaire, il goûte la soupe avec une cuiller chez les jeunes filles de la Légion d’honneur, au faubourg Saint-Antoine il entre dans les ateliers, se laisse baiser et serrer la main, toucher les vêtements par le populaire, il visite les vétérans des Invalides et, dit-on, donne des instructions dans cet établissement pour que le nombre des chemises par homme soit augmenté. Attentif à cultiver sa popularité, à stimuler ses partisans, à déjouer les manœuvres de ses adversaires, il sait utiliser avec sa dextérité coutumière le Moniteur, feuille excellemment machinée, au moyen de petits faits pittoresques, de narrations récréatives ou de généralisations fausses, pour accréditer l’idée d’une universelle cohésion des âmes françaises, l’illusion que tous les courages s’affermissaient au service de la cause impériale, et que la France entière se  confondait avec Napoléon. Napoléon a changé et il croit que le destin a changé pour lui, d’autant mieux qu’il constatait que « les amis de sa prospérité chancelaient ». On le devinait soucieux, inquiet. Molé, un jour de mai, le trouvait « abattu », et Benjamin Constant a pu surprendre en lui «je ne sais quelle insouciance sur son avenir, quel détachement de sa propre cause ». Il consulte, il écoute, « il flotte, il hésite ». Toujours sagace, il est devenu « plus circonspect » . Il suggère des objections à ses ministres, il les questionne, il s’habitue à la contradiction. Ce n’est plus le maître tout-puissant qui, avec une fougueuse confiance en soi, dictait des ordres « en style de consigne». Assurément, il est demeuré fort actif: l’étendue et la minutie de sa correspondance militaire, ses nombreux décrets, ses notes, ses apostilles, sa collaboration au Moniteur, ses harangues, ses conversations politiques, témoignent suffisamment d’un labeur encore intense et d’une vigilante application. Il n’en éprouve pas moins des accès de lassitude. Alors il mande Lavalette et cause avec lui «des heures entières». D’autres interlocuteurs, d’opinion plus indépendante, le distraient, en des entretiens très étrangers aux affaires urgentes L’Empereur est devenu plus méprisant envers la lâcheté, l’indifférence et la versatilité humaines. On sait son mot, à la fois profond et injuste, à Mollien, qui le félicitait de son retour : « Le temps des compliments est passé, ils m’ont laissé arriver comme ils ont laissé partir les autres ». Par intervalles, son humeur despotique se réveille, elle éclate en propos furibonds, en virulentes menaces contre ses adversaires. Napoléon est resté irascible, et, d’un premier mouvement, prompt à des représailles.

Témoin ces paroles à Fouché: « Savez-vous bien, monsieur Fouché, que ces royalistes, que ces jacobins, que ces républicains, que ces orléanistes et cette clique de conventionnels me déplaisent, et que je finirai par d porter encore le reste de cette canaille. Les Bourbons seront fusillés s’ils tombent sous ma main » Il se défend mal contre les émotions. Au moment où sa puissance intérieure succombe, à la veille d’une guerre inexorable, sa sensibilité s’accroît, comme si la conscience d’avoir perdu son omnipotence et le sentiment angoissant de son énorme tâche militaire l’eussent de concert amolli et énervé. Un matin Carnot le surprit contemplant en silence un portrait de l’Impératrice et de son fils : l’Empereur, le visage inondé de larmes, montra d’un geste le tableau au ministre, dont il serra « convulsivement » le bras. Il avait gardé à Berthier son ancienne affection, il en parlait avec un accent triste, mais disait que si Berthier reparaissait « il ne pourrait s’empêcher de lui tendre les bras », et une autre fois, en souriant, il tenait ce propos : « Je voudrais bien revoir Berthier en habit de capitaine des gardes de Louis XVIII ». Aussi la mort de Berthier l’affligea-t-elle singulièrement, jusqu’à contracter sa physionomie et à jeter dans son regard « quelque chose de sinistre ». La ruine de Murat l’ébranla avec violence, répandit dans son esprit un émoi superstitieux. Néanmoins Napoléon était en général calme, pensif, et il « conservait sans affectation une dignité sérieuse » Jusqu’à quel point Napoléon avait-il laissé entamer son naturel autoritaire, et n’aspirait-il pas à le reconquérir ?  En son âme fermentaient sans doute de vivaces regrets. Quand il s’interrogeait solitairement, il ne se sentait plus lui-même, ou plutôt. en une pensée orgueilleusement caressée, il songeait aux victoires qui le délivreraient de toute entrave et lui permettraient de « reforger son sceptre de quatorze années»

 (Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.252-256).

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