( 28 mai, 2015 )

A la veille du Champ-de-Mai…

Cette cérémonie se déroulera à Paris le 1er juin 1815. Rappelons qu’Emile Labretonnière était alors étudiant dans la capitale.

« La première explosion libérale contre l’acte additionnel était passée; toutes les nuances du patriotisme sentaient qu’il était indispensable de se fondre dans un sentiment commun, l’horreur du joug étranger. On remettait donc à des jours plus calmes, les comptes à demander; il fallait d’abord sauver le territoire menacé. Nous étions à la veille du Champ-de-Mai ; c’était dans cette solennité que l’Empereur devait déposer la dictature, recevoir le serment des représentants, et distribuer les aigles à l’armée et aux gardes nationales. Chaque soir, la place Vendôme offrait le coup-d’oeil le plus animé et le plus pittoresque. Des députations de tous les régiments et d’une partie des gardes nationales y mêlaient leurs uniformes, tous divers de forme et de couleurs; la musique de la garnison de Paris exécutait des symphonies devant l’état-major de la place; les éperons et les sabres résonnaient de toute part sur le pavé; tout respirait un air fier et belliqueux sur cette noble enceinte, où la colonne, dressant son fût tronqué sur tant de braves, leur criait du haut de son chapiteau vide, qu’il leur restait encore une page d’histoire à ajouter à celle d’Austerlitz. »

(E. LABRETONNIERE, « Macédoine. Souvenirs du quartier latin… » Lucien Marpon, Libraire-Editeur, 1863, pp.254-255).

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( 28 mai, 2015 )

Un royaliste malveillant…

« Dans les derniers jours de mai [1815], gagnant le boulevard par la rue Saint-Denis, je voyais venir de loin deux gendarmes à cheval, escortés par une foule de gamins. Quand ils furent devant le marché, nous aperçûmes alors un spectacle digne de pitié. Un malheureux vieillard, sans chapeau, et la tête ensanglantée, était attaché à la queue du cheval d’un des gendarmes, qui prenait un cruel plaisir à le faire passer dans le ruisseau. La foule indignée les arrêta et leur demanda ce qu’avait fait ce pauvre homme pour être ainsi traité. « Ce qu’il a fait ? répondit le brigadier,  ce qui aurait dû le faire fusiller sur-le-champ. Croiriez-vous bien que  ce vieux b….-là vient d’être arrêté à la butte Saint-Chaumont, au moment où il enclouait la cinquième pièce d’une batterie dont quatre étaient déjà enclouées ! Et qu’il avait sa pleine poche de clous dentelés pour toutes les pièces non surveillées qu’il aurait pu empoigner! Il est bien heureux qu’un officier l’ait sauvé des canonniers, ca  son affaire était bonne! Nous le menons à la Préfecture de police. » A l’instant, un de ces personnages qui connaissent tout Paris, s’écria: « Tiens, c’est le vieux un tel, perruquier de la rue…

C’est le plus fameux royaliste du quartier ! » L’énormité du délit ne fit pas insister la foule; elle laissa emmener ce malheureux vieillard, lequel, calme et fort du fanatisme politique lui disant qu’il avait fait son devoir, marchait sans se plaindre, traîné avec ignominie. Puis venez donc, en révolution, traiter de brigands ceux qui suivent une autre bannière. Avant un mois écoulé, c’était les canonniers de Paris qui devaient être des brigands, et ceux qui enclouaient leurs pièces au profit de l’étranger, qui devaient être les héros ! »

(E. LABRETONNIERE: « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863, pp.252-254)

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( 27 mai, 2015 )

Napoléon réaliste…

2

NAPOLÉON AU MARÉCHAL SOULT, DUC DE DALMATIE,

Major général de la Grande Armée, à Paris.

Paris, 27 mai 1815.

Notre armée n’étant plus de la même force que ces années dernières, il est probable que je ne me trouverai que dans une direction. Vous pourrez donc organiser vos équipages en conséquence et n’avoir que le tiers ou le quart de ce qu’avait le prince de Neuchâtel. J’ai fait de même pour les miens. J’ai donné ordre au ministre de la Guerre de mettre à votre disposition une somme de 50.000 francs pour nos dépenses secrètes. Vous prendrez sur ces fonds pour envoyer de l’argent aux généraux de division qui auraient à faire de ces sortes de dépenses.

D’après la minute.Arch. Nat. AF IV, 908.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.529)

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( 19 mai, 2015 )

19 mai 1815…

Napoléon 6 semaines avant Waterloo

Que d’activité pour l’Empereur ! Il dicte, ordonne, décide…

——————-

« 6783. — Paris, 19 mai 1815.

Il sera passé par le ministre de la guerre un nouveau marché pour l’achat de 2.000 chevaux; son budget sera, en conséquence, augmenté de la somme de 900.000 francs.

—————–

6784. — Paris, 19 mai 1815.

I. La ville de Marseille est en état de siège. II. Les principaux agitateurs et les agents des Bourbons seront arrêtés, renfermés au fort La Malgue et jugé d’après les lois.

III. Il sera procédé au désarmement de la garde nationale et à sa réorganisation conformément aux lois.

——————

6785. — Paris, 19 mai 1815.

I. Notre décret du 10 de ce mois, qui met en activité de service les compagnies d’élite de la garde nationale dans les départements de la Sarthe, de la Mayenne, de la Loire-Inférieure, de Maine-et-Loire, de la Vendée et des Deux-Sèvres, est rapporté. II. La garde des côtes des 12e et 13e divisions est confiée aux fédérés de la Loire-Inférieure. Ille-et-Vilaine, Côtes-du- Nord, Finistère, Morbihan et Maine-et-Loire, sans qu’il soit rien changé au service ordinaire des canonniers gardes côtes. Les fédérés pourront, à cet effet, sous l’autorité des généraux commandant dans les départements, se former en compagnies de volontaires qui auront le choix de leurs officiers.

III. Les garnisons des ports seront formées par des détachements des compagnies d’élite de la garde nationale des villes dans les 12e , 13e et 22e divisions.

IV. Le lieutenant général gouverneur des 12e , 13e et 22e divisions est chargé de la haute police dans l’étendue de son gouvernement. Il correspondra, pour cet effet, avec notre ministre de la police générale et les lieutenants des 2e et 3e arrondissements.

——————–

6786. — Paris, 19 mai 1815.

A.Davout.

Je suis dans l’intention de composer la Chambre des pairs et d’en nommer d’abord quatre-vingts membres. Désirant m’aider des lumières des personnes qui ont ma confiance, je vous invite à me remettre dimanche une liste de cent vingt personnes, que vous choisirez comme si vous étiez chargé de cette nomination. S’il en est parmi elles que je ne connaisse pas, vous voudrez bien joindre des notes à leur nom. Ce travail restera secret entre vous et moi. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il est inutile qu’on sache que je vous l’ai demandé. J’ai adressé une lettre semblable à tous mes ministres et à d’autres personnes dans l’opinion et dans les sentiments desquelles je me confie. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.593-595)

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( 19 mai, 2015 )

« Si Napoléon doit régner tout acte pour le détrôner doit être réprimé. « 

Hobhouse1 « Aucun souverain ne doit souffrir qu’on attente à son autorité : tant que Napoléon est sur le trône, tout effort en faveur de la dynastie déchue est une offense nationale, punissable selon les lois rendues contre la trahison. C’est dans ce sens qu’il faut considérer le décret du 10 de ce mois, et je suis étonné que l’on puisse regarder cette mesure comme arbitraire. Si Napoléon doit régner tout acte pour le détrôner doit être réprimé. On convient que la détermination de tous les alliés de détrôner Napoléon a mis en campagne la petite minorité en France qui a lé même but; et ces symptômes de mécontentement, que dans un meilleur temps le Gouvernement aurait méprisés, doivent être comprimés. Rappeler aux révoltés que les lois contre leurs tentatives sont encore en force, c’est plutôt un acte de clémence qu’un acte de rigueur; c’est conseiller de s’amender et différer de punir. La prochaine réunion de la Chambre des Représentants empêchera l’exercice de tout pouvoir illégal, ou l’application de tout châtiment injuste. Que M. de Kergorlay appelle le décret du 10 [avril 1815] le renouvellement du terrorisme , c’est fort bien, parce qu’un bourbonniste décidé doit faire tout son possible pour rendre le gouvernement impérial odieux, s’il ne peut pas persuader qu’il est ridicule ; mais l’homme impartial doit croire qu’il est permis de sévir contre des séditieux, d’envoyer une armée dans la Vendée, et d’empêcher les royalistes de marcher sur Paris et d’égorger tous ceux qui portent la cocarde tricolore. Les journaux anglais parlent de nombreuses arrestations et de violences faites ici. Tout cela est faux, comme à l’ordinaire et l’on ne fait courir ces bruits que pour engager les peuples dans une guerre contre Napoléon, comme s’il était l’ennemi acharné de la liberté. Au commencement du retour de Napoléon, les constitutionnels étaient regardés comme un corps séparé des napoléonistes, et surtout à l’époque du mécontentement causé par la publication de la constitution, lorsque des bruits tendaient à faire croire que l’Angleterre voulait rester en paix. On disait alors qu’on ferait un sacrifice pour calmer les craintes de l’Europe, et qu’un changement de Gouvernement aurai t lieu, dans lequel Carnot ou Fouché serait déclaré président de la République, et Napoléon généralissime des armées. Ce même bruit fut accrédité lors de la marche de l’Empereur sur Paris , pour apaiser les citoyens les plus braves et les plus puissants de la capitale. Un passage du rapport de Caulaincourt à l’Empereur, dans lequel il donnait à entendre que l’intervention des étrangers pourrait les empêcher de régler leurs affaires intérieures, fit naître le soupçon qu’on pourrait commencer la guerre pour excuser la nécessité de donner une constitution libre à la France. Mais l’entêtement de l’Angleterre à poursuivre cette injuste agression, et la franchise avec laquelle l’Empereur s’est jeté dans les bras des Français, a écouté leur voix, et a identifié leurs intérêts avec les siens par la convocation de la Chambre des Représentants, a décidé à faire prendre un rôle dans cette lutte à ceux que nous nommons les jacobins [les libéraux], c’est-à-dire aux quatre cinquièmes de la population de France, qui sont déterminés à soutenir le choc des nations par un effort désespéré, et à essayer les chances de la liberté sous Napoléon. En conséquence, quoique le bonnet de la liberté ne soit pas arboré, l’aigle le remplace; la Garde impériale marche au son de la « Marseillaise »; et l’on m’a fait remarquer l’autre jour aux Tuileries que, pour la première fois depuis l’enfance de la République, les troupes passèrent la revue pendant qu’on jouait le fameux « Ça ira ! » Toutes les machines sont mises en jeu: le théâtre Montansier est transformé en un café: on amis des tables et des chaises dans le parterre, tandis que les loges sont toutes réunies en une seule. Sur le théâtre est un piédestal, au milieu d’un bosquet d’arbustes naturel , sur lequel est placé le buste de l’Empereur couronné de lauriers. Cet endroit est rempli tous les soirs au-delà de toute expression-, el cependant il n’y a pas d’autre divertissement que des chansons que l’on chante à la louange de Napoléon et de la liberté. Je me rappelle que l’une d’elles a pour sujet la Farce de l’an dernier qui avait fait donner à l’Empereur le nom de Nicolas. La licence d e ce rapprochement montre que le Napoléon de 1815 n’est pas celui de 1812. Le chansonnier monte du parterre sur le théâtre par un escalier, de chaque côté duquel est un gendarme, et il chante sur la scène. L’entrée du salon est gardée par des  militaires , qui règlent la proportion de ceux qui entrent d’après ceux qui sortent : et il ne faut pas attribuer cette assistance de la force armée à aucune innovation de la part de Napoléon, mais c’est la continuation du vieux système français sous lequel les lois n’ayant malheureusement pas assez de force, la police -et les autres agents de la justice ne commandaient pas le respect.  Les chansons de Montansier respirent  le plus ardent amour -de la liberté : non-seulement –elles déclarent que la France a le droit d’être libre, mais elles engagent les autres nations à suivre son exemple.

Si les peuples du continent,

Marchaient sur la patrie,

La guerre, c’est mon sentiment,

Serait bientôt finie.

Nous voyant libres, ils diraient:

Vivent les Francs! la France!

Et tout bas,ils ajouteraient :

Pour nous quelle espérance!

Princes du Nord, dansons en rond,

Et soyez tous tranquilles,

Ou vos soldats embrasseront

Nos phalanges mobiles.

Attaquez, et la liberté

Ira de fibre en fibre!

Votre système rejeté,

Le monde sera libre.

Je ne vous demande pas d’admirer ces vers, mais seulement d’en remarquer les sentiments. »

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’empereur Napoléon. Lettres écrites de paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.187-191). Lettre portant la mention : « Paris, 19 mai 1815 ».

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( 17 mai, 2015 )

Paris en avril et mai 1815…

« Dans la France agitée, Paris reste calme. « On est aussi tranquille que si ce singulier changement de scène ne s’était pas produit, » écrit le comte de Montlosier. On est tranquille mais on est triste. L’argent devient rare. La rente, qui avait atteint le cours de 78 au commencement de mars, tombe à 68, à 57, à 54. Les recettes des théâtres baissent de plus d’un désachalandées, on maudit tout bas le retour de Napoléon. Les dames de la Halle, qui se piquent de royalisme, chantent : « Dieu ! Rends-nous notre père de Gand… » La bourgeoisie est soucieuse, plutôt hésitante et défiante que franchement hostile. L’Empereur y compte même des partisans. « Il faudrait changer d’opinion selon chaque personne à qui l’on parle, » dit Barry. Il faudrait d’autant plus changer d’opinion selon chaque personne à qui l’on parle que bien des gens ont deux opinions, témoin l’austère Royer- Collard qui dans la même semaine entraîne par une chaude allocution les professeurs de l’École normale à prêter à l’Empereur le serment de fidélité et envoie Guizot comme émissaire à Gand. L’impression dominante est le sentiment du provisoire. On se réserve, on attend les événements pour se déclarer. Aura-t-on ou n’aura-t-on pas la guerre? Voilà la question. Et, si puissant est le désir de la paix, que jusqu’au 15 mai des gens raisonnables en conservent encore l’espérance. Les partisans des Bourbons se bornent à annoncer que le gouvernement va réquisitionner  l’argenterie chez les particuliers, à pronostiquer la victoire des Alliés, à parier dix louis contre un que Wellington sera à Paris avant un mois, à faire ces jeux de mots: « Les soldats de l’île d’Elbe sont revenus avec leur cartouche. Bonaparte finira avec un boulet ! » Et à afficher des placards comme celui-ci : « Aujourd’hui, grande représentation au théâtre de l’Ambition, place du Carrousel, au bénéfice d’une famille indigente de Corse. On donnera L’Empereur malgré tout le monde, farce tragi-comique ; Les princes et princesses sans le savoir, folie burlesque ; et le ballet des Esclaves. On terminera par une Entrée de Cosaques. » Les royalistes font une guerre d’épigrammes et de fausses nouvelles. Ils ne cherchent pas, comme à Marseille, à Bordeaux, en Vendée, à fomenter des troubles, car il leur manque l’appui de l’élément populaire. Le peuple de Paris, ils le savent bien, est tout à Napoléon. Les travaux se ralentissent et menacent de s’arrêter; les ouvriers n’en exaltent pas moins celui qu’ils appellent leur père. Ils fraternisent avec les soldats, chantent la Marseillaise, encouragent les camelots qui crient dans les rues: « Achetez des cocardes tricolores. Elles sont moins salissantes que les blanches. Elles dureront plus longtemps. » Les ouvriers disent: « L’Empereur ne nous laissera toujours pas mourir de faim. Nous comptons sur lui et il peut compter sur nous. L’an dernier, on n’a pas voulu nous donner des armes. Mais si l’ennemi revient devant Paris, il faudra bien nous en donner et on verra comme nous nous en servirons. » Et ce n’étaient pas là des paroles après boire. Les faubourgs présentèrent une Adresse à l’Empereur pour demander des armes, et on forma avec cette population vingt-quatre bataillons de tirailleurs. Au reste, malgré ses embarras financiers, Napoléon s’était préoccupé de la détresse de la classe ouvrière. On reprit les travaux du Louvre, de la fontaine de l’Éléphant, du nouveau marché Saint-Germain. Dès le 28 mars, quinze cents terrassiers, maçons, menuisiers et peintres y étaient employés; à la fin d’avril, leur nombre s’élevait à trois mille. A la même époque, deux mille armuriers, forgerons, serruriers, taillandiers, dinandiers, ébénistes étaient organisés en ateliers pour la réparation des fusils. Dans le courant de mai, quatre mille ouvriers travaillèrent aux ouvrages de défense de Montmartre, de Belleville et du Mont-Louis. A Paris, si l’ordre est quelquefois troublé, c’est par les manifestations bonapartistes : promenades triomphales à travers les Tuileries et le Palais-Royal du buste de Napoléon couronné de violettes et de lauriers, pèlerinages diurnes et nocturnes à la colonne de la Grande-Armée, feux de joie à la barrière d’Italie et à la barrière du Trône où les faubouriens chantent la Marseillaise, brûlent des drapeaux blancs et des proclamations de Louis XVIII. Le 2 avril, la garde impériale donne un immense banquet aux garnisons de Grenoble et de Lyon et aux gardes nationaux qui ont été de service le 20 mars. Quinze mille soldats et miliciens s’attablent dans le Champ de Mars; mille officiers dînent ensuite sous les galeries de l’École militaire. Les toasts se succèdent : « A l’Empereur ! A  l’Impératrice ! Au Prince impérial ! Puis tous les officiers tirent soudain leurs épées, les croisent au-dessus des tables et jurent de mourir, pour la patrie. Une voix crie: « A la colonne ! « On prend un buste de l’Empereur. Les tambours battent, la musique joue la Marseillaise, un long et tumultueux cortège se met en route vers la place Vendôme. Quelques officiers montent le buste au faîte du monument tandis que les habitants s’empressent d’allumer lampions et chandelles. Ceux qui tardent un peu à faire cette illumination spontanée reçoivent comme premier avertissement une volée de cailloux dans leurs fenêtres. Le 18 avril, la milice parisienne rend à la garde impériale, dans la grande salle du Conservatoire des Arts et Métiers, le banquet du Champ de Mars. Ce sont encore des « Vive l’Empereur !  des « Vive la liberté ! » des chants patriotiques. Chaque soir à l’Opéra, aux Français, à Feydeau, le parterre réclame la Marseillaise et Veillons au salut de l’Empire; le public des loges subit ces auditions le plus souvent à contrecœur, quelquefois en murmurant et en protestant1. Les royalistes et les modérés s’indignent des motions faites à la Société libre des Amis de la patrie et de L’humanité, nouvellement fondée sous la présidence honoraire de Carnot, et dénoncent les soirées du théâtre Montansier, transformé en café-concert, comme des saturnales odieuses. C’est un véritable club, à la différence qu’on y chante au lieu d’y parler. Des sous-officiers de la garde font le service d’ordre, le programme se compose non seulement de la Marseillaise, du Ça ira, du Chant du Départ, de saynètes contre les émigrés, d’hymnes napoléonistes, mais aussi de chants qui appellent tous les peuples de l’Europe à la liberté et à la révolution. Il ne se passait guère de jour que des gens du peuple ne vinssent crier: « Vive l’Empereur ! »Sous les fenêtres des Tuileries. Les royalistes prétendirent que ces rassemblements étaient payés par la police, qui enrôlait à cent sous la séance tous les commissionnaires et tous les décrotteurs de Paris. On a si beau jeu dans notre pays à mettre la police en cause! Il semble certain, au contraire, que l’Empereur, heureux tout d’abord de ces acclamations, en fut vite importuné. Dans les premiers jours, il s’était montré à la foule dans un dessein de popularité. Il se créa ainsi une sorte de servitude envers les enthousiastes et même envers les simples curieux. On conte que des individus  se firent une industrie de cette exhibition. Pour quelques pièces de monnaie, ils criaient : Vive l’Empereur! jusqu’à ce que le souverain eût paru au balcon. Une des causes qui engagèrent Napoléon, au milieu d’avril, à quitter les Tuileries pour l’Élysée fut vraisemblablement le désir de se dérober à ces ovations tyranniques. Le charme, en cette saison, du beau jardin de l’Elysée, où il pouvait se promener et converser à l’abri des regards, le détermina aussi à changer de résidence. Les malveillants ne manquèrent pas d’attribuer l’abandon des Tuileries à certains scrupules et à la peur des assassins. Comme si Napoléon s’était fait jadis un cas de conscience de « souiller la demeure des rois» et comme s’il s’enfermait à l’Elysée pour n’en jamais bouger ! Presque chaque jour, il passe en revue, au Carrousel ou aux Champs-Élysées, des

régiments qui partent pour les frontières. Le dimanche, il va entendre la messe dans la chapelle des Tuileries; à l’issue du service, il y a audience publique. Puis c’est un déjeuner à la Malmaison avec la princesse Hortense, Molé, Denon et La Bédoyère, ou une excursion à la maison de la Légion d’honneur de Saint- Denis. Ce sont des visites aux Invalides, à l’École polytechnique, au Muséum d’histoire naturelle, aux galeries du Louvre, chez le peintre David, à qui l’Empereur remet la croix de commandeur devant le tableau des Thermopyles, aux travaux du Champ de Mars, aux ouvrages de Montmartre et de Charonne, aux ateliers d’armes, à la filature de Richard Lenoir. Napoléon fait ces promenades sans escorte, accompagné seulement d’un ou deux aides de camp : Drouot, Flahaut, Corbineau, La Bédoyère. Dans les quartiers populeux, il descend de voiture, marche au milieu de la foule, s’arrête pour causer avec les ouvriers et les femmes du peuple. L’Empereur voulut se montrer une fois à l’Opéra et une fois à la Comédie-Française. A l’Opéra, il arriva à l’improviste, au commencement du ballet de Psyché. Mais aux Français, sa présence était en quelque sorte annoncée par le choix du spectacle. L’affiche portait : La Mort d’Hector, et l’on savait que l’Empereur aimait particulièrement cette tragédie de Luce de Lancival. La salle était comble: 4953 francs de recettes ! Avant le lever du rideau, on demanda la Marseillaise et le Chant du Départ. « On était au milieu de la troisième scène, raconte Hobhouse, quand Napoléon entra; tout le monde se leva en jetant des cris qui retentissent encore à mes oreilles. Les vivats continuèrent jusqu’à ce que l’Empereur, après avoir salué à droite et à gauche, se fut assis ; alors on recommença la pièce. » Tous les vers qui pouvaient paraître faire quelque allusion à la situation présente — ils étaient très nombreux2— furent applaudis avec enthousiasme. A ces mots :

C’était Achille !

Il reparaît enfin!

Le parterre se leva et interrompit Talma par une immense acclamation. « L’Empereur, dit Hobhouse, était très attentif. Il ne parlait à personne de ceux qui étaient derrière lui et paraissait insensible aux vivats. Il se retira si précipitamment à la fin de la pièce que la multitude n’eut pas le temps de le saluer. » On avait dissuadé à Napoléon de passer en revue la garde nationale. Composée en majorité de commerçants, presque tous hostiles à l’empire par besoin de la paix, la milice parisienne pouvait, disait-on, faire quelque manifestation qui produirait une impression funeste en France et à l’étranger. D’autres personnes redoutaient, non sans raison, une tentative d’assassinat. Napoléon goûta peu ces conseils. La revue eut lieu le dimanche 16 avril. Les quarante-huit bataillons de grenadiers et de chasseurs des douze légions parisiennes (les fusiliers n’étaient pas habillés) se massèrent dans la cour des Tuileries et sur la place du Carrousel. Napoléon, suivi de ses seuls aides de camp, « pour témoigner à la garde nationale son entière confiance en elle », passa devant le front de chaque compagnie. Les 1re ,2ème , 3ème , 10ème  et 11ème  légions (arrondissements du centre) gardèrent un froid silence, mais d’assez nombreux « Vive l’Empereur ! »  se firent entendre chez les autres miliciens qui mirent leurs chapeaux au bout des baïonnettes, et, après la revue, la harangue de Napoléon aux officiers fut chaudement accueillie. Pour le défilé, l’Empereur se plaça devant le pavillon Médicis, très en avant de son état-major, et ayant à sa droite le général Lobau et à sa gauche un grenadier sans armes, chargé de prendre les pétitions. C’était sa seule protection contre un flot de peuple que l’on avait laissé pénétrer dans la cour des Tuileries et qui s’agitait à dix pas de lui. « Il aurait été bien facile, dit un Anglais témoin de la scène, de faire feu sur Napoléon et même de le poignarder. J’admirais sa sérénité. Son visage est très pâle, ses mâchoires pendantes, mais pas autant que je l’avais entendu dire. Il n’est pas bien gros, mais son ventre est si saillant que l’on voit son linge passer au-dessous de son gilet. Il tenait ses mains jointes par devant ou par derrière, mais quelquefois il les séparait pour se frotter le nez, prendre plusieurs prises de tabac et regarder à sa montre. Il poussait souvent des soupirs, avalant sa salive et paraissant souffrir quelque douleur dans la poitrine. Il regardait tout ce qui se passait autour de lui en fronçant les sourcils et en les rapprochant l’un de l’autre, comme pourvoir plus distinctement. Le défilé dura deux heures. Il passa par toute cette ennuyeuse cérémonie avec une impatience paisible. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893,pp.518-527).

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( 16 mai, 2015 )

En état de défense…

« 6770. — Paris, 16 mai 1815.

I. La ville de Laon sera mise en état de défense.

II. Un employé du génie du 6ème  corps sera employé aux travaux de Laon.

III. L’artillerie dirigera sur-le-champ vingt pièces de canon pour l’armement de cette place. Il sera dirigé sur Laon, vingt autres pièces en fer, de celles provenant de la marine.

IV. Il sera nommé un officier supérieur pour commander à Laon et plusieurs officiers d’un grade inférieur lui seront donnés pour adjudants.

V. Un officier du génie et un officier d’artillerie seront attachés à la place.

VI. Le commandant de la place et le préfet prendront des mesures pour qu’en cas d’événement, 2.000 hommes de la levée en masse viennent se renfermer dans la ville pour la défendre.

VII. Il sera formé à Laon une compagnie de canonniers de gardes nationales par le service de l’artillerie de la place.

NAPOLEON. »

—————-

« 6771. — Paris, 16 mai 1815.

I. Les places de Reims et de Châlons-sur-Marne seront, par les soins du commandant du département et aux frais de leur caisse municipale, mises en état de résister à un coup de main, à des troupes légères et à une avant-garde.

II. Il y aura un commandant d’armes dans chacune de ces places. Il y sera formé une compagnie de canonniers de gardes nationales pour le service de l’artillerie.

III. Les gardes nationales sédentaires y seront organisées et 2.000 hommes des basses compagnies seront destinés pour la garnison de chacune de ces places.

IV. La défense de Reims et de Châlons sera considérée comme dépense municipale.

V. Le commandant du 6e corps détachera, pour mettre en état ces places, un officier du génie et un officier d’artillerie.

VI. Six pièces de canon seront sur-le-champ dirigées par l’artillerie sur chacune de ces deux places. Il leur sera, en outre, envoyé à chacune six autres pièces en fer que le parc de la marine fournira de Paris.

NAPOLEON. »

—————-

« 6772. — Paris, 16 mai 1815.

I. La ville de Saint-Quentin sera mise en état de défense, comme dépense municipale. Il y aura un commandant d’arme. Un officier du génie, détaché du 2ème  corps, sera chargé de diriger les travaux.

II. Il sera formé à Saint-Quentin une compagnie de grenadiers de gardes nationales. Il sera, en outre, pris des mesures pour pouvoir, au premier moment d’alarme, y réunir 2.000 hommes du pays. 

NAPOLEON. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.588-590)

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( 16 mai, 2015 )

Et l’Angleterre (en mai 1815)…

Rappelons que c’est un citoyen britannique qui écrit ces lignes : « Le caractère moral de l’Angleterre, par son opposition constante aux agressions de Napoléon, et par ses efforts qui étaient constamment tournés vers ce seul objet, était monté à un très-haut degré dans l’estime de toute l’Europe , et jusqu’à la paix de Paris il avait donné une supériorité présomptive à tous les individus de notre pays; il avait même rendu nos diplomates respectables. N’ayant pour manteau que sa vertu, l’Angleterre avait résisté à la tempête; mais lorsque le soleil du succès eut fait germer sa politique, les admirateurs de notre générosité et de notre amour pour la liberté virent que s’il existait une véritable république au monde, elle devait être en guerre avec l’Angleterre. »

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’empereur Napoléon. Lettres écrites de paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.197-198)

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( 15 mai, 2015 )

La situation en France en avril et en mai 1815…

Visuel 1815-2015Intéressant panorama donné par Henry Houssaye : « Napoléon avait dit : l’Empire, c’est la Révolution. Il avait dit aussi: l’Empire c’est la paix. Il répugnait à refaire la Révolution et il ne pouvait pas maintenir La paix. Ceux qui s’étaient déclarés pour lui avec le plus d’élan se trouvaient ainsi déçus dans leurs espérances tandis que la foule immense des indifférents se voyait menacée dans son repos et dans ses intérêts. L’Empereur s’efforça d’abord de cacher les dispositions hostiles des puissances. « La guerre n’est plus à craindre, » dit le Journal de l’Empire. « Tout répond de la tranquillité extérieure, » déclare le Nain Jaune. Pendant trois semaines, les journaux officieux parlent sur le même ton, reproduisant les articles pacifiques du Morning Chronicle, annonçant l’envoi de courriers diplomatiques à Vienne, publiant des correspondances, vraies ou fausses, d’Augsbourg et de Bruxelles qui concluent au maintien de la paix. Nombre d’exemplaires de la furieuse Déclaration du 13 mars avaient pénétré en France. Napoléon assemble les présidents de section du conseil d’État ; le 2 avril, ils rédigent un rapport où ils démontrent par les meilleures raisons du monde que ce manifeste est l’oeuvre des seuls ministres de Louis XVIII, et que les plénipotentiaires des puissances étrangères n’ont pu le signer. Mais en vain la paix est le vœu unanime, en vain on écrit du Nord comme du Midi que la certitude de la paix ferait cesser toute opposition ,la guerre est inévitable et imminente. Il faut bien que l’Empereur s’y prépare. Les décrets rappelant sous les drapeaux les hommes en congé3et mobilisant une partie des gardes nationales, la publication dans le Moniteur du 13 avril du rapport de Caulaincourt, où l’état des relations diplomatiques est exposé sans réticences et qui fait baisser la rente de huit francs en deux jours , viennent démentir les assurances de paix et donner raison aux alarmistes et aux malveillants. Ils ont le triomphe gai. Les uns chantent :

Ah! dis donc Napoléon,

A n’vient pas ta Marie-Louise !

D’autres affichent cette annonce: « Deux millions de récompense à qui retrouvera la paix perdue le 20 mars. » D’autres placardent ce décret: « Napoléon, par la grâce du diable et les constitutions de l’enfer, Empereur des Français, avons décrété et décrétons ce qui suit: Art, Ier. Il me sera fourni 300,000 victimes par an. — Art. II. Selon les circonstances, je ferai monter ce nombre jusqu’à trois millions. — Art. III. Toutes ces victimes seront conduites en poste à la boucherie ».

Le rappel des militaires en congé, la mobilisation des gardes nationales, la certitude d’une guerre effroyable, la crainte d’une seconde invasion, la faiblesse du pouvoir, l’inertie des préfets, l’hostilité des maires, les menées du clergé, tout conspire à altérer l’opinion dans le centre et dans l’Est de la France, à la perdre au Midi et à l’Ouest. L’enthousiasme s’éteint, la confiance s’évanouit. Le mot d’ordre des mécontents; « Ça ne durera pas! » s’impose à la masse. Des trois quarts des départements arrivent des rapports identiques sur l’affaiblissement de l’esprit public, et de partout s’élèvent des plaintes et des accusations contre l’apathie ou la complicité des fonctionnaires

Restés d’abord comme écrasés par les événements, les royalistes reprennent leurs sens, se comptent, s’enhardissent, correspondent avec Gand, colportent les proclamations royales, répandent des nouvelles sinistres, intriguent, conspirent, prêchent l’insoumission, conseillent la désertion, persuadent les simples, soudoient les gueux, suscitent des troubles et des rébellions. « L’action du gouvernement, écrit l’officier d’ordonnance Planat en mission dans le Midi, est tout à fait nulle, dominée qu’elle est par les menaces et l’insolence des royalistes. Ils annoncent l’entrée des Bourbons et les vengeances qu’ils exerceront contre tous ceux qui serviraient la cause de V. M. Ces nouvelles absurdes jettent la crainte chez les bons citoyens et encouragent la désobéissance chez les autres. » — « Tout s’en va en dissolution et en anarchie, écrit le commissaire central de Lille. Ce sont les royalistes qui ont le ton le plus élevé et qui tiennent le haut bout. Ce ne sont plus eux qui sont notés, ce sont eux qui notent les autres. Il faudrait à Lille des officiers généraux d’une énergie un peu sabrante. » —« Une bonne mesure, écrit d’Amiens l’officier d’ordonnance Chiappe, serait d’obliger tous les seigneurs châtelains à habiter leurs maisons de ville. Les paysans n’ayant personne pour les exciter seraient tranquilles et soumis. » — « Il y a des embauchages pour la désertion dans tous les gîtes d’étape, écrit Fouché à Davout. La faute en est aux habitants. La preuve, c’est qu’il n’y a guère= de désertions dans les villages bonapartistes ». Pendant le mois d’avril, un millier de drapeaux tricolores sont jetés bas dans le Nord, l’Ouest et le Midi. A Cette, on arrache les armes impériales qui décorent le poste de la place; à Poitiers, on brise le buste de l’Empereur ; à Boulogne, on plante un drapeau blanc sur les glacis ; dans l’Eure, dans l’Orne, dans le Bas-Rhin, dans le Lot-et-Garonne, on abat des arbres de la liberté. A Aix, on danse des farandoles en criant: Vive le roi! La nuit à Toulouse, à Rouen, à la Rochelle, à Versailles, à Bayonne, en plein jour à Amiens et à Marseille, on lacère les affiches du gouvernement et on les remplace par l’ordonnance de Louis XVIII défendant de payer l’impôt, l’appel du comte d’Artois aux gardes nationales de France et cette prétendue proclamation du czar: « Parisiens, vous nous livrerez ce cannibale mort ou vif ou votre ville sera rasée. On dira: Ici était Paris. A Alençon, au Mans, à Beauvais, à Abbeville, à Agen, à Béziers, à Armentières, à Montpellier, il y a des séditions, des émeutes. A Lille, on crie en même temps: Vive le roi! et: Vivent les Anglais! Pendant une revue de la garde nationale de Saint-Omer, un milicien saisit le drapeau, en arrache la soie et la foule aux pieds; le commandant d’armes, qui craint une révolte, se contente d’infliger au garde douze heures de salle de police. Les royalistes de Dunkerque s’entendent avec des émissaires de Gand pour leur livrer la ville. A Calais, à Saint-Omer, à Lille, à Valenciennes où l’on est contraint de licencier la garde nationale, au Havre où le 10 mai 6,000 individus se portent à la mairie en criant: Vive le roi! les mêmes complots s’ourdissent ; les commandants de place déclarent qu’ils ne répondent pas de ces villes si on en retire les bataillons de guerre. A Bordeaux, les menées des bourbonistes nécessitent la mise en état  de défense du Château-Trompette. Le 5 mai, le poste des Chartrons doit faire usage de ses armes contre deux cents émeutiers ; le sang coule, un homme est tué, deux sont blessés. A Agde, l’installation de la nouvelle municipalité, nommée par le général Gilly, suscite une émeute. On crie: A bas les Aigles! A la potence Napoléon! Au bleu! au bleu ! On brise les vitres de l’Hôtel de Ville, on maltraite les gendarmes. Il faut deux bataillons du 13e de ligne pour rétablir l’ordre. Les bonapartistes ne passent pas sans danger, la nuit, dans les rues désertes. Un charpentier de Toulouse est à demi assommé, un épicier de Marmande blessé d’un coup de pistolet, un habitant de Sainte-Livrade poignardé. Le préfet de l’Ariège redoutant que les habitants de la vallée d’Ax ne facilitent une invasion espagnole fait enlever les fusils dans les villages. A la fin d’avril, la population de Montagnac (Hérault), de Saint-Gilles (Gard), de l’Argentière (Ardèche) reprend la cocarde blanche. Près de Mende, 400 royalistes en armes tiennent la campagne. Dans les dix départements de l’Ouest, des insurrections partielles préludent à un soulèvement général. Dans certaines villes, une extrême animosité règne contre la garnison. Les membres du conseil d’administration du 14e de ligne demandent que le dépôt de ce corps quitte au plus vite Orléans « où il s’est attiré la haine des habitants par ses sentiments enthousiastes pour l’Empereur. » A Avignon, les soldats

sont insultés journellement dans les rues. A Libourne, on jette dans le jardin du major du 5e chasseurs le dessin d’un pendu avec cette légende : « Voici le sort qui t’attend ». A Lisieux, un colonel est cravaché en plein visage. Dans un faubourg de Montauban, la foule s’amasse autour d’un soldat en permission, qui n’a pour toute arme que son briquet, et le veut contraindre à jeter la cocarde tricolore. Il refuse, on l’assomme à coups de bâton. Marseille est occupée mais non soumise. La révolte menace, des troubles éclatent chaque jour dans cette population de 96,000 âmes mal contenue par 2,000 soldats. La municipalité, l’administration, la garde nationale sont royalistes. L’arrêt subit dans le mouvement du port a affamé le bas-peuple. « La misère est grande, écrit le général Verdier, il est facile d’exciter les pauvres gens. » Les bourboniens n’y manquent point et recrutent leurs agents parmi les vagabonds, les ruffians, les repris de justice et même les anciens septembriseurs. (Le plus fougueux royaliste est un nommé Mollin qui se vantait jadis « d’avoir mangé du foie de la Lamballe ».) Les manifestes de Louis XVIII sont affichés sous la protection de portefaix armés de bâtons. Les officiers et les soldats ne peuvent sortir seuls sans être insultés, menacés, maltraités. Un capitaine qui regagne le fort Jean est assassiné. La gendarmerie hésite à arrêter les perturbateurs, et la garde nationale les protège ouvertement. Le maréchal Brune, commandant le corps d’observation du Var et gouverneur de la 8ème division militaire, reçoit des lettres ainsi conçues: « Coquin, si tu as le malheur de te rendre à la revue des Allées, ton affaire est faite. Ta tête doit être placée au haut du clocher des Accoules. » Un soir, une patrouille de gardes nationaux tire sur des officiers qui crient : Vive l’Empereur ! « Ce cri étant considéré à Marseille comme une provocation. » Un autre soir, la populace assiège à coups de pierres le café des officiers, place Necker. Le 5 mai, le poste du 83ème  prend les armes et fait feu sur une bande d’émeutiers qui entourent la caserne en criant : « Enfonçons la porte ! Vive le roi! Mort aux bonapartistes ! » Les soldats qui sont sous les drapeaux restent aussi enthousiastes et aussi résolus qu’ils l’étaient le 20 mars, mais les mêmes sentiments n’animent pas tous les hommes en congé. Dans l’Ouest et dans le Midi, où d’ailleurs il ya toujours eu de la répugnance pour le service, et dans plusieurs départements du Nord, ils subissent l’influence de l’esprit de révolte. Ils écoutent les conseils des parents et des amis, se rendent aux raisons des orateurs de cabaret, se laissent gagner par la prime à la désertion qui leur est offerte sous forme d’argent, de refuge, de promesses. « La désertion, écrit-on de Lille, perd chaque jour son caractère de gravité. Dans la langue de ce pays, déserter c’est faire preuve de loyauté et de fidélité. » Aux revues d’appel, il se présente seulement la moitié ou le quart des inscrits. A Bordeaux, le 11 mai, les rappelés se ruent sur les membres du conseil de révision en criant: Vive le roi! Il faut les baïonnettes du 62ème  pour maîtriser ces furieux. Dans le Languedoc, la Provence, la Normandie, l’Artois, la Flandre, ce sont les mêmes tumultes. L’Empereur donne l’ordre de suspendre les levées dans les départements de l’Ouest, espérant par cette mesure empêcher l’insurrection vendéenne. Les marins de La Bastide et de Berck, rappelés en vertu de l’inscription maritime, déclarent qu’ils ne partiront pas. Ceux de Dieppe montent en barques pour déserter en Angleterre; deux coups de canon tirés de la batterie du Goulet arrêtent à la sortie du port leur petite flottille. Dans la moitié de la France, les gardes nationaux mobilisés ne sont pas moins récalcitrants. A Dunkerque, dix-huit partent sur deux cent quatre; à Alençon, cent Rouen et de Beauvais sont exclusivement formés de  remplaçants.  Mis en route par petits détachements, les rappelés et les gardes nationaux mobilisés ont à subir des tentatives d’embauchage dans les gîtes d’étape. Le 2 mai, les habitants du village de Saint-Bonnet (Gard) parlent si bien que tous les hommes d’un détachement, dirigé sur Nîmes, rebroussent chemin et rentrent chez eux. Le 12 mai, une châtelaine des environs de Montbrison fait déserter trente-huit soldats en leur lisant le Journal du Lys et en donnant 30 francs à chacun d’eux. La gendarmerie étant impuissante à faire rejoindre la foule des insoumis et des déserteurs et à réprimer les séditions, il est formé des colonnes mobiles dans cinquante- deux départements.

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.509-518)

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( 14 mai, 2015 )

A propos de certains officiers…

Illustration

« 6761. — Paris, 14 mai 1815.

I. Les décisions ou ordonnances, d’après lesquelles il a été accordé de l’avancement aux officiers qui servaient dans la maison militaire du roi, seront regardées comme non avenues.

II. Il est interdit à ces officiers de porter les marques distinctives des grades qu’ils ont obtenus par ces décisions ou ordonnances.

III. Le ministre de la guerre pourra proposer d’employer ces officiers dans le grade qu’ils avaient avant le 11 avril 1811.

IV. Ceux de ces officiers qui refuseraient de servir dans ce grade, encourraient la destitution par le seul fait du refus.

V. Le ministre de la guerre est autorisé à employer les moyens qu’il jugera les plus convenables, pour que les officiers qui seront employés, soient informés des dispositions de l’article précédent, en même temps que de leur nouvelle destination.

NAPOLEON. »

 (Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.583-584)

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( 14 mai, 2015 )

14 mai 1815…

« Dimanche dernier, 14 mai [1815], un corps d’ouvriers des faubourgs de St.-Antoine et de St.-Marceau , représentant une fédération qui s’était formée depuis quelques jours dans ces faubourgs au nombre de trente mille hommes, a défilé aux Tuileries devant l’Empereur. Le but exprès de cette association était de former un corps de tirailleurs pour se battre en avant de la garde nationale , si l’ennemi se présentait devant la capitale : ils demandent des armes avec lesquelles ils promettent de garantir Paris contre le retour des alliés. Le nombre de ceux qui étaient rangés en bataille dans la cour des Tuileries et qui défilèrent devant Napoléon, avant la revue de quelques régiments de la ligne et de la jeune garde, était de douze mille; ils avaient demandé à être présentés, mais ils n’avaient fait aucun préparatif pour paraître devant l’Empereur , la plupart avaient leurs habits de travail et des casquettes sur la tête ; malgré cela, lorsqu’ils se mirent à manœuvrer , ils conservèrent si bien leurs rangs, et mirent tant d’ordre dans la marche, que dans tout autre pays on les aurait pris pour de vieux soldats. Aussi un grand nombre d’entre eux avait déjà servi. Ce mouvement des faubourgs fait l’envie de la garde nationale de Paris; qui est plus portée pour la paix, et dont le plus grand nombre pense plutôt à la conservation de leurs boutiques qua la gloire et à l’intégrité de la France. Il a paru une brochure sur la nécessité de réorganiser cette garde. Les hommes timorés commencent à lever les épaules j et je vois que même le Journal de l’Empire dit que leurs cris de « Vive l’Empereur ! » se lient à d’autres qui rappellent les époques trop fameuses de la révolution, et qu’ils regrettent de ne plus entendre. Quant à moi, je n’ai entendu que « Vive la liberté, vive la Nation ! »-, mais un de mes amis a entendu « A bas les royalistes, à bas la canaille ! » Le 17, une Fédération parisienne a été organisée sur le même pied que celle des faubourgs, mais il n’y a pas eu de présentation de ces volontaires. On assure que ces fédérations n’ont pas pris naissance chez les amis de la cour; il est certain que, soit par la crainte des excès , soit par d’autres motifs, il n’a pas encore été fait de distribution d’armes gratuitement ; car ceux, qui vont en demander aux dépôts paient 19 francs pour chaque fusil. Cependant on a commencé l’organisation des volontaires tirailleurs de la garde , et des officiers de la ligne doivent les commander. Les départements ont suivi l’exemple de Paris, particulièrement la Bourgogne et la Bretagne , où la fédération doit servir de contrepoids au royalisme d’une partie de ces provinces. Dans toutes les proclamations et les adresses de ces corps, les mots de PATRIE et de LIBERTÉ servent de point de ralliement et précèdent toujours le nom de l’Empereur, dont les droits sont établis sur sa qualité de héros national. Le Gouvernement est embarrassé sur la conduite qu’il doit tenir relativement à ces mouvements, qu’il ne peut pas encourager entièrement, quoique le moindre soupçon qu’on les voie avec méfiance ne laisserait plus à l’Empereur d’autre ressource que le sabre de sa garde. En conséquence y on a pris tous les soins possibles pour donner une forme et une organisation militaire à ces levées volontaires qui ont mis l’Empereur en état de se créer des moyens de défense pour son trône sous toutes les dénominations de force armée qu’il soit possible d’employer , tels que partisans, corps francs, bataillons légers, volontaires et garde nationale mobile. Il n’y a que l’esprit national qui ait pu mettre le Gouvernement à même de prendre une mesure telle que celle de rappeler sous leurs drapeaux tous les anciens soldats congédiés par le Roi, et de les faire rejoindre avec joie. Tous les jours de forts détachements traversent Paris en chantant la Marseillaise et autres chansons patriotiques. Ils sont vêtus simplement, mais leurs visages brunis par le soleil et leurs moustaches indiquent assez leur ancien métier. La campagne s’ouvrira avec au moins trois cent mille hommes de troupes réglées , si l’on attend encore un mois; et cependant, d’après Je rapport que le duc de Feltre a fait à nos ministres, l’armée française, à la fuite du Roi, n’était forte que de 84,000 hommes. Au 2 mai, on avait formé huit armées ou corps d’observation. Ces efforts paraîtront moins extraordinaires à ceux qui se rappellent qu’en 1793 il y avait 14 armées en campagne. Quatre cents bataillons sur 500 de la garde nationale mobile sont mis en campagne, et tous les préparatifs sont faits pour l’organisation de la lev ée en masse en Lorraine , en Alsace, en Franche- Comté, en Bourgogne, en Dauphiné, en Picardie et dans le Lyonnais; l’enrôlement de la garde nationale mobile est une mesure qui serait absolument impossible si le Gouvernement et le peuple n’étaient pas unis. Dans des communes qui ne fournissaient que huit conscrits ( comme Malmaison par exemple ), soixante se sont présentés, et dans une autre commune voisine, quarante ont marché au lieu de cinq. Le préfet demande au maire la liste de tous les habitants âgés de 20 à 40 ans, et s’ils sont célibataires ou mariés, avec ou sans enfants; et lorsqu’il l’a reçue , il ordonne qu’un certain nombre de chaque classe soit mis à la discrétion du magistrat qui fait et notifie le choix d’un seul coup. Trois des jardiniers du château impérial de Malmaison sont -partis une heure après avoir été prévenus. Les recrues ne montrent aucune répugnance; s’il y en avait, cette manière de recruter une armée serait impraticable, ou plutôt je me servirai d’un paradoxe, en disant que cette mesure est si arbitraire qu’elle ne peut venir que du peuple. L’Empereur est aujourd’hui l’homme du peuple ; le peuple est à la tête du ministère; le peuple compose son armée; la cause est celle du peuple; et enfin c’est contre le peuple plus que contre Napoléon que les alliés prennent aujourd’hui les armes, et surtout notre grand homme lord Castlereagh, qui, à ce que je vois, a eu l’extrême candeur d’avouer, dans son discours du  avril, que son intention a été depuis longtemps de rétablir l’Europe dans cet ancien système social que les dernières convulsions avaient renversé. Quand on professe de tels principes, on peut être cru, fût-on même un lord Castlereagh. L’ancien système social de l’Europe ! Vraiment on a autant de respect pour ces mots, soit ensemble, soit séparément, que pour le saint Empire romain, quoiqu’il ne soit ni ancien, ni social, ni un système. L’état de choses que Sa Seigneurie voudrait rétablir, ne pouvant s’adapter aux divisions politiques du continent, mais bien aux relations entre les individus, ne peut être autre chose que l’invention, moderne en comparaison, qui suivit immédiatement le système féodal, et en vertu duquel on apprend à toute une nation à regarder un seul individu comme la source de tout honneur, de la puissance, de la loi et du Gouvernement , tandis que les dignités de la noblesse ne sont que le marchepied du monarque ; tandis que toute la législation se réduit à déclarer sa volonté , et que toute justice dépend de ses décisions. Enfin, ce ne peut être autre chose qu’une monarchie absolue, qui répugne aux institutions et aux mœurs nationales des ancêtres du peuple moderne de la chrétienté, que tant de souverains, en opposant les diverses classes de leurs sujets les unes aux autres , avaient réussi par degrés à établir, mais que l’esprit philosophique du siècle était parvenu à miner, et qu’il finira par ruiner en. dépit des obstacles causés par les excès intérieurs et extérieurs de la France républicaine et impériale. Nous sommes habitués depuis long temps à entendre déclamer contre l’ancienne tyrannie de Napoléon, et c’est avec justice; mais nous oublions que les circonstances de son élévation et de celle des hommes qui ont contribué à la force et à la splendeur de la cour impériale ont dû naturellement se présenter à tous les Français lorsqu’ils contemplèrent l’usurpateur, et les confirmer dans les notions qu’ils avaient de la puissance, des efforts individuels et de l’égalité primitive de l’homme. Nous oublions que ces notions doivent nécessairement survivre aux prétentions de Napoléon, et même leur être fatales : et cette perversité de jugement, ou ce manque d’attentions, peut faire craindre aux libéraux de chez nous qu’en ce moment un esprit de turbulence et de mécontentement, et un penchant pour le changement, ne produisent ces efforts que, sans l’expérience de notre propre temps, nous  aurions pu prendre à tort pour les effets d’un véritable amour de la liberté. »

 

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’empereur Napoléon. Lettres écrites de paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.191-197)

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( 12 mai, 2015 )

Protéger Paris…

Les bruits de guerre se font chaque jour plus précis. Napoléon, tenant compte de ce qui s’est passé à Paris fin mars 1814, veut mettre la capitale en état défensif.

——–

« 6725. — Paris, 2 mai 1815.

I. Il sera établi, sur les hauteurs qui dominent Paris, des ouvrages de fortification, pour mettre la capitale à l’abri d’un coup de main et fournir à un grand nombre de troupes braves mais peu exercées, les moyens de se défendre.

II. Les généraux du génie Dejean, Haxo et Rogniat détermineront ces ouvrages.

III. Les travaux à faire sur Montmartre seront tracés dans la journée de demain et commencés le 3 ou le 4.

IV. Un nombre suffisant d’officiers du génie militaire seront chargés de la direction de ces travaux. Les élèves de l’Ecole polytechnique seront mis si cela est nécessaire, à la disposition des officiers du génie pour le tracé des ouvrages et la levée des positions. Avant le 7 mai tous les ouvrages qui devront être établis seront jalonnés.

V. Les fonds seront faits sur le budget des ponts-et-chaussées et sur celui de la commune de Paris, à litre de travaux d’utilité publique.

VI. Une somme de 250.000 francs sera prise sur le budget des ponts-et-chaussées et une autre de 250.000 francs sur la caisse de la commune de Paris. Cette somme de 500.000 francs sera mise clans la semaine, à la disposition des officiers du génie, qui solderont les travaux sur le visa du premier inspecteur du génie.

VII. Notre ministre des finances et notre intendant général de la Couronne donneront les ordres et prendront toutes les mesures nécessaires pour qu’on fournisse gratis, des forêts du domaine et de celles de la Couronne, tous les bois qui seraient nécessaires pour les palissadements, les barrières, les chevaux de frise et les blockhaus qu’il serait jugé nécessaire d’établir. Les transports de ces bois seront au compte du génie.

NAPOLEON . »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.568-569)

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( 12 mai, 2015 )

Les généraux Miollis, Bonnet, Rampon et Quesnel…

rampon

Général Rampon.

NAPOLÉON AU  MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL,

Ministre de la Guerre, à Paris.

Paris, 12 mai 1815.

Il faut envoyer le général Miollis ou dans une place du Rhin ou dans une place de la Meuse. S’il est vrai que le général Bonet n’ait pas accepté son commandement, on pourrait envoyer le général Miollis à Dunkerque. Je crois que le général Rampon est moins usé que le général Miollis. Comme le général Rampon est employé comme commissaire extraordinaire, on pourrait peut-être envoyer à Lyon le général Quesnel.

D’après la minute. Arch. Nat. AF IV, 908.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.525)

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( 11 mai, 2015 )

La parade de dimanche…

Parade.

NAPOLÉON AU  GÉNÉRAL COMTE DROUOT,

Aide Major général de la Garde Impériale, à Paris.

Paris, 11 mai 1815.

Monsieur le Général Drouot, je ne puis penser qu’il soit utile de faire camper la jeune garde. J’aurai dimanche grande parade où je verrai toute la garde, cavalerie, infanterie, artillerie et administration, enfin tout ce qui est disponible. Si les quatre premiers régiments de la jeune garde me paraissent en état, je ferai partir la division pour se rendre dans la direction de Soissons.

Donnez les ordres pour la parade de dimanche.

D’après l’original. Dépôt de la Guerre. Arch. hist.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Tome II, Honoré Champion, Libraire, 1903, pp.524-525)

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( 9 mai, 2015 )

9 mai 1815…

« 6747. — Paris, 9 mai 1815.

Notre cousin, le maréchal Soult, duc de Dalmatie, est nommé notre major général.

NAPOLEON. »

——————-

« 6748. — Paris, 9 mai 1815.

Il sera formé un quatrième  régiment de chasseurs à pied de vieille garde et un quatrième régiment de grenadiers à pied de vieille garde. Chacun des régiments d’infanterie de vieille garde sera composé de deux bataillons, chaque bataillon sera composé de quatre compagnies, et chaque compagnie sera forte de 150 hommes, officiers compris. La composition de l’état-major et des compagnies des quatrièmes régiments de grenadiers et de chasseurs sera conforme à celle qui a été fixée pour les trois premiers régiments de grenadiers et chasseurs, par notre décret du 8 avril dernier. Les quatre régiments de grenadiers et de chasseurs auront les  mêmes solde et traitement que les troisièmes régiments de vieille garde.

NAPOLEON. »

——————–

« 6749. — Paris, 9 mai 1815.

I. Il sera fourni par les différents maîtres de poste du nord et de l’est de l’Empire, sept cents chevaux de trait conduits par trois cent cinquante postillons. Ces hommes et ces chevaux seront mis à la disposition de l’artillerie pour le service des armées du Nord, du Rhin et de la Moselle, et ne seront employés qu’à conduire des munitions des places de guerre aux parcs d’artillerie du corps d’armée, sans jamais entrer en ligne. Nombre de postillons et de chevaux que chaque relais devra fournir, d’après sa force et son utilité, et donnera les ordres nécessaires pour que ces postillons et ces chevaux soient réunis ainsi qu’il suit, et aux époques ci-après désignées savoir :

Armée du Nord, 200 postillons et 400 chevaux réunis à La Fère, au 20 mai.

Armée de la Moselle, 75 postillons et 150 chevaux réunis à Metz, au 25 mai.

Armée du Rhin. 75 postillons et 150 chevaux réunis à Strasbourg, le 25 mai.

III. Les postillons recevront une solde journalière de 1 franc 50 centimes, sur les fonds affectés au service du matériel de l’artillerie; ils auront, en outre, les vivres de campagne.

IV. Les chevaux recevront les rations de fourrage des magasins de l’état, comme elles sont fixées pour le train d’artillerie; le loyer des chevaux sera payé aux maîtres de postes à raison de 1 franc 50 centimes par cheval et par jour: leur ferrage est à la charge de l’artillerie.

V. Les chevaux devront être propres au service du train de l’artillerie et remplir les conditions suivantes :

1° être âgés de 5 ans au moins et de 9 ans au plus; 2° avoir la taille de 4 pieds  6 pouces au moins et de 4 pieds  10 pouces . au plus, et être bien conformés.

VI. Les harnais et les selles seront fournis par l’artillerie.

VII. Les postillons et les chevaux seront formés en brigades de 25 postillons et de 50 chevaux, et seront sous les ordres des officiers et sous-officiers du train d’artillerie qui seront désignés à cet effet.

VIII. Tout cheval qui viendrait à périr par suite des fatigues de la guerre, ou par tout autre événement militaire, sera remboursé à raison de cinq cents francs.

IX. Les postillons qui seront fournis compteront sur le contingent des gardes nationales mobiles à fournir par leurs arrondissements.

NAPOLEON. »

 

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.577-578)

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( 8 mai, 2015 )

Instructions de Davout…

Davout.

«  6746. — Paris, 8 mai 1815.

Davout à MM. les lieutenants généraux et maréchaux-de-camp commandant les divisions militaires et les départements, les préfets et sous-préfets, les inspecteurs aux revues, les commissaires ordonnateurs et ordinaires des guerres, les chefs de corps de toute arme.

« Messieurs, j’ai mis sous les yeux de l’Empereur l’ordonnance du 30 décembre 1814, qui accordait une prime de 50 francs à chaque enrôlé volontaire. Sa Majesté a pensé que ce moyen, utile peut-être pour le recomplètement des corps clans des temps ordinaires, ne peut s’allier avec les sentiments qui portent les Français à la défense de leurs droits et de leur indépendance; que l’élan qui se manifeste, repousse l’idée de joindre un encouragement pécuniaire aux nobles motifs qui le déterminent : en conséquence, Sa Majesté a décidé, le 2 de ce mois, que la prime cesserait d’être payée. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, p.576).

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( 7 mai, 2015 )

A propos des enfants de troupe…

« 6743. — Paris, 7 mai 1815.

I. Dans nos régiments de jeune garde il y aura par compagnie deux enfants de troupe soldés et traités comme dans la ligne.

II. Dans nos régiments d’infanterie, de cavalerie et de Veille garde il y aura, par compagnie, deux enfants de troupe qui recevront moitié de la solde du 3ème régiment de grenadiers, indépendamment du pain, chauffage, vêtement et logement.

III. Aucun enfant de troupe ne pourra être mis à la suite de la vieille garde, s’il ne réunit les conditions exigées pour l’admission des enfants de troupe à la suite des régiments de la ligne; toutes les demandes d’admission seront soumises à notre approbation.

NAPOLEON. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, p.574).

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( 7 mai, 2015 )

En France, en 1815…

« Même dans la période la plus troublée de ce règne éphémère, du 5 avril au 25 mai, le Dauphiné, le Lyonnais, la Franche-Comté, le Bourbonnais, le Nivernais, la Saintonge, le Béarn, la Bourgogne, l’Ile de France, la Champagne, la Lorraine, l’Alsace, la Basse-Bretagne — c’est-à-dire la moitié de la France — étaient restés bonapartistes, et depuis les derniers jours de mai, les mesures énergiques que le gouvernement avait enfin prises commençaient à imposer aux provinces hostiles. « Il serait bien temps, avait dit l’empereur, que la police ne laissât pas prêcher la guerre civile impunément. Nous sommes environnés d’insurrections par suite de cette inconcevable faiblesse. Il faut que cela finisse.» Désormais, la politique du laissez-faire paraît abandonnée. Des colonnes mobiles pourchassent les insoumis et les déserteurs. Les lois de nivôse an IV et  de brumaire an V, punissant de mort les tentatives d’embauchage et les provocations à la désertion, sont remises en vigueur. Des commissions de haute police, composées d’un général de division, du préfet et du procureur général, sont établies à Toulon, à Montpellier, à Toulouse, à Bordeaux, à Rennes, à Rouen et à Lille. A Lille, où l’énergique Allix préside la commission, une centaine d’agitateurs, d’espions et d’embaucheurs sont arrêtés du 2 au 14 juin . Par décision du 24 mai, un grand nombre de préfets et de sous-préfets sont destitués ou déplacés. Le parquet poursuit l’auteur et l’imprimeur de la brochure le Cri d’alarme. La police arrête la dame de Launay, ex-lingère de la maison du roi, qui colporte le Journal du Lys. Le général Lemarois proclame l’état de siège au Havre. Le général Gilly réprime les séditions du Gard, de la Lozère, de l’Aveyron et de l’Hérault. A Bordeaux, Clausel, qui s’est montré d’abord irrésolu et temporisateur, publie un ordre du jour menaçant contre les séditieux. Dès son arrivée à Toulouse, le général Decaen révoque les fonctionnaires suspects, organise les fédérés, multiplie les colonnes mobiles, ordonne des arrestations, terrorise les royalistes. Cédant enfin aux conseils et aux objurgations de Davout, le maréchal Brune se décide à mettre Marseille en état de siège et à y désarmer la garde nationale. Sous l’influence de ces mesures, les bourbonistes baissent le ton, les bonapartistes reprennent courage, les insoumis demandent leurs feuilles de route, les agitateurs et les embaucheurs font trêve. « Presque tous les insoumis, écrit le 3 juin le préfet de l’Oise, sont en route pour rejoindre leurs corps. » — « Les colonnes mobiles, écrit de Rouen le général Lamberdier, ont fait de l’effet : 400 insoumis de l’arrondissement d’Yvetot sont déjà incorporés dans la jeune garde et au 72ème  ». — « Grâce aux colonnes mobiles, écrit de Périgueux le général Lucotte, j’ai pu réunir treize bataillons de garde nationale sur dix-huit demandés; les cinq autres suivront. » Les rapports de Bordeaux, de Perpignan, de Rodez, d’Albi, d’Auch, de Montauban, de Nîmes, de Privas, de Cahors, du Puy, d’Amiens, de Dunkerque, de Montpellier, de Digne, de Draguignan, « où, dit le chef d’escadrons Rey, je ne conseillerais pas au parti royaliste de lever le nez », signalent une réaction dans l’opinion en faveur de l’empire. « L’esprit public s’améliore depuis le désarmement de la garde nationale, écrit-on de Marseille. Il y a de nombreux emblèmes nationaux aux fenêtres ; les patriotes ont promené dans les rues le buste de Napoléon, et beaucoup de gens qui ne s’étaient pas encore déclarés crient: Vive l’empereur ! A bas les royalistes ! » Le préfet de Lille écrit de son côté, le 9 juin: « Pour la première fois j’ai entendu des Vive l’empereur !  » Dans l’Ouest, la mort de La Rochejaquelein a décapité l’insurrection. Les blancs rentrent chez eux, battus et mécontents, tandis que les bleus se révoltent contre la guerre civile avec son cortège de réquisitions, de pilleries et d’enrôlements forcés, s’animent, demandent des fusils pour se défendre. « On tiendrait les chouans en respect si l’on pouvait armer tous les habitants bien intentionnés, » écrit le général Schramm. Le préfet d’Ille-et-Vilaine, l’officier d’ordonnance Lariboisière, envoyé en mission par l’empereur, les généraux Lamarque, Bigarré, Charpentier louent le zèle et le courage des gardes nationaux, des fédérés, des chasseurs de la Vendée. Le 4 juin, les 4000 Morbihanais de Desol de Grisolles attaquent la petite ville de Redon, occupée par une seule compagnie du 11ème léger. Les habitants s’arment, font le coup de feu coude à coude avec les soldats, abattent deux cents chouans et contraignent les assaillants à la retraite. Dans toute la France, les fédérations s’organisent « pour défendre la liberté » et « terrasser la contre-révolution ». Il y a les fédérations des provinces : fédérations bretonne, angevine, picarde, alsacienne, lyonnaise, périgourdine. Il y a les fédérations des départements : fédérations du Var, des Bouches-du- Rhône, du Gard, des Hautes-Alpes, de l’Isère, du Jura, de l’Ain, des Landes, de l’Allier, de l’Aisne, de la Moselle. Il y a les fédérations des villes: fédérations de Brest, de Nancy, de Dieppe, du Puy, de Saint-Etienne, de Nevers, d’Albi, d’Angoulême, de Toulouse dont, au grand scandale des royalistes, les membres prennent une église abandonnée pour y tenir leurs tumultueuses séance . Il y a, enfin, les vingt-cinq mille fédérés des faubourgs de Paris  qui se rendent en masse le dimanche 14 mai dans la cour des Tuileries, à l’heure de la parade: « — Sire, dit le délégué des ouvriers, nous avons reçu les Bourbons avec froideur parce que nous n’aimons pas les rois imposés par l’ennemi. Nous vous avons accueilli avec enthousiasme parce que vous êtes l’homme de la nation, le défenseur de la patrie et que vous conserverez les droits du peuple. La plupart d’entre nous ont fait, sous vos ordres, la guerre de la liberté et celle de la gloire. La patrie doit remettre avec confiance des armes à ceux qui ont versé leur sang pour elle. Donnez-nous, Sire, des armes en son nom. Nous jurons entre vos mains de ne combattre que pour sa cause et la vôtre. Vive la liberté ! Vive la nation Vive l’empereur ! »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.619-623).

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( 5 mai, 2015 )

Le 10ème de ligne…

« 1454.-AU GÉNÉRAL MOUTON, COMTE DE LOBAU, Aide-Major Général de la Garde Impériale, commandant la 1ère division militaire, à Paris.

Paris, 5 mai 1815.

On dit le 10ème régiment très mal disposé. Il doit être en deçà d’Auxerre. Informez-vous en et faites-le diriger sur Laon directement. Vous le ferez séjourner à Soissons où vous irez le voir pour savoir les changements à y faire.

NAPOLEON. »

 (« Lettres inédites de Napoléon. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Libraire, 1898 , p.585).

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( 3 mai, 2015 )

1815…

Lagneau

Louis-Vivant Lagneau, né en 1781 à Chalon-sur-Saône, reçu docteur en médecine en 1803, pris la même année par la conscription, fut nommé chirurgien de 3ème classe ; sous-aide-major en 1804 ; chirurgien aide-major en 1806. Il fut promu chirurgien-major en 1809. Lagneau fit campagne en Italie, en Pologne, en Espagne, en Russie, en Allemagne et en France où il fut blessé à Fère-Champenoise, et en Belgique. A la suite du licenciement de 1815, Lagneau se fixa à Paris, où il sut se faire un nom comme médecin par ses recherches, ses travaux et ses publications. Aussi fut-il élu membre de l’Académie de Médecine en 1823 ; il mourut à Paris en 1867. Lagneau, membre de la Légion, d’honneur en 1868, avait été promu officier du même ordre en 1858 ; il était aussi titulaire de l’ordre de la Réunion depuis 1813.

Emmanuel MARTIN. 

——-

Louis-Vivant Lagneau laissa un « Journal » qui fut publié la première fois en 1913, aux Editions Emile-Paul, par Eugène Tattet (et préfacé par le célèbre Frédéric Masson). En 2000, il a été réédité par mes soins au Livre chez Vous, avec de nouvelles notes. Cette même année vit le lancement d’une souscription publique afin que sa sépulture, qui se trouve au cimetière du Père-Lachaise, à Paris et menacée de destruction ne disparaisse pas. Avec l’aide de l’association « », de la Libraire des Deux Empires et du magazine « Tradition » (publication appartenant à l’éditeur de cette nouvelle édition), des fonds purent être réunis ; le caveau fut restauré. Lagneau et les siens y reposent en paix.

C.B.

 « Le 9 février 1815, j’adresse au général Christiani, mon ancien général de brigade, mes états de pertes de chevaux  et d’effets pour être transmis à qui de droit, au nouveau ministre de la guerre (je n’ai jamais pu rien obtenir de ce qui m’était dû). J’avais travaillé depuis décembre jusqu’en mars 1815 à une nouvelle édition de mon traité, tout en faisant un peu la clientèle. Je me trouvais fort heureux de cette vie paisible, lorsque je craignis un moment qu’on ne m’appliquât une mesure qu’on avait prise contre tous les militaires sortant de la Garde impériale, auxquels il était enjoint de ne pas résider à Paris, à moins qu’ils n’y fussent nés. Ils devaient se rendre dans leur pays natal. J’obtins une exception en ma faveur, en motivant ma demande , sur ce que j’étais déjà à Paris, où j’exerçais la médecine, avant d’entrer au service. On me laissa donc tranquille, et comme c’était dans ce moment-là que je faisais quelques démarches pour réclamer contre l’exiguïté de mon traitement de réforme, je m’abstins d’en faire de nouvelles, dans la crainte de fixer sur moi l’attention du ministre, qui aurait pu me forcer à retourner résider en Bourgogne. Je préférais de beaucoup continuer la vie tranquille, et déjà quelque peu productive comme médecin, que je menais à Paris. J’en étais là, lorsque le 15 ou 16 avril 1815, je reçus du major général, le général Drouot, avis que par décret du 13 de ce mois, l’empereur Napoléon, qui était revenu de l’île d’Elbe et arrivé à Paris le 20 mars, m’avait nommé chirurgien-major du 3e régiment de grenadiers de la Vieille Garde, qu’il réorganisait ainsi que toute l’armée. Je fus un peu surpris de cette nomination, non que je ne fusse très partisan de l’ordre de choses qui allait renaître, mais parce que je me trouvais fort satisfait de ma position, depuis que j’avais quitté le service et que j’avais toute raison de croire qu’elle s’améliorerait de jour en jour. Je repris donc mon service, mon régiment étant à Courbevoie, comme l’année précédente, tout en restant à Paris, me contentant d’y aller chaque matin .

Le 6 juin, l’organisation de mon régiment est terminée, il part pour Soissons; je reste avec permission. Après avoir acheté un bon cheval et pourvu à mon équipement, je pars le 9 juin pour Soissons, en diligence. 10 juin. Nous partons pour Laon, à 3 heures après-midi.,Nous arrivons à minuit (8 lieues). Logé chez M. Duchange, maître de pension.

11 juin. Thierme.

12 juin. Clairefontaine

13 juin. Cartigny

Le 14 juin, bivouac en avant de Beaumont, dernière ville de France (7 lieues).

Le 15 juin. Charleroi, première ville de Flandre, première affaire avec les Prussiens, qui évacuent.

16 juin 1815. Bataille de Ligny, contre les Prussiens. Elle se termine à notre avantage. Elle a lieu de l’autre côté de Fleurus, à peu près à une lieue.

17 juin. Combat sur notre gauche, dans la direction de Nivelles, où sont les Anglais, route de Bruxelles. On a encore l’avantage. (C’est là où, pour la première fois, je vis des Ecossais sur le champ de bataille.) C’est le maréchal Ney qui commande.

Le 18 juin 1815. Bataille de Waterloo, ou de Mont- Saint-Jean, à 40 lieues de Bruxelles. On se bat avec quelques avantages toute la journée, mais à dater de 3 ou 4 heures du soir, l’ennemi, après nous avoir pris en flanc, sur notre droite, vient (ce sont les Prussiens qu’on croyait bien loin, au pont de Wavre) sur nos derrières et menace notre ligne de retraite. On est obligé, sur le soir, de se retirer, ce qui n’a pas, lieu sans désordre. L’Empereur, derrière lequel j’étais à dix pas, entre son état-major et la ferme de la Belle-Alliance, d’où j’avais été chassé ainsi que mes blessés, par les tirailleurs prussiens, qui débusquaient d’un petit bois sur notre droite, eut un instant son attention fixée sur ce point, où il s’attendait à voir arriver le maréchal Grouchy, auquel des ordres avaient été expédiés; mais ils n’étaient pas arrivés au maréchal. L’Empereur comptait bien sur lui, car il regardait souvent à sa montre et faisait dire au général Duhesme, qui était à l’aile droite et qui demandait des secours, qu’il tînt bon et que Grouchy ne tarderait pas à lui arriver en aide. J’étais là avec Larrey, le chirurgien en chef de la Garde et de l’armée, il y avait aussi Zinck, avec une ambulance. Il avait été forcé, comme nous, d’abandonner la partie et s’était rapproché, comme moi, du groupe de l’Empereur. Il y avait là aussi le collègue Champion , qui avec Zinck avait établi l’ambulance de la Garde près de la mienne, dans une grange, sous les ordres de Larrey. Napoléon croyait la bataille gagnée au moment où nous fûmes délogés de notre ambulance, parce qu’il croyait que les Prussiens, qui nous envoyaient des coups de fusil sur la ferme de la Belle-Alliance, étaient eux-mêmes poussés par derrière par le corps de Grouchy. Il était alors à peu près deux heures et demie ou trois heures. Malheureusement c’était bien les Prussiens et les Prussiens tout seuls, commandés par le général Bülow. Grouchy n’avait pas reçu trois messages, que lui avait adressés l’Empereur. Les aides de camp avaient été pris par l’ennemi, et lui, Grouchy, qui avait eu au début de la bataille et peut-être dès la veille, l’ordre de retenir les Prussiens au pont de Wavre, pour en finir avec les Anglais, avant qu’ils pussent se réunir à eux, s’était contenté, avec ses 25 ou 30.000 hommes d’excellentes troupes, d’observer le pont, où les Prussiens avaient laissé une seule division, tandis qu’avec tout le reste de leur armée Bülow se dirigeait sur notre champ de bataille. Les hommes de guerre les plus autorisés, le général Gérard, entre autres, qui faisait partie des troupes de Grouchy, avaient tous pressé le maréchal, quand ils avaient entendu l’épouvantable canonnade qui s’exécutait de notre côté, de faire un mouvement vers nous, en laissant une division seule devant le pont de Wavre, disant que c’était de règle de se porter là où l’engagement est le plus vif, quels que soient les ordres qu’on ait pu recevoir de contraires. Le maréchal Grouchy résista, croyant qu’il était obligé de rester là, suivant les ordres qu’il avait reçus. Cette obstination nous a perdus. J’ai entendu, pendant la Restauration, le maréchal Gérard expliquer toute cette affaire, en témoignant combien il regrettait que ses avis et ses instances n’eussent pas eu de succès auprès du maréchal Grouchy. Je voyais souvent le maréchal Gérard (car il avait été fait maréchal depuis) chez le comte de Pontécoulant, sénateur, où j’ai souvent entendu ce brave général revenir sur cette triste circonstance. Le général Pajol qui commandait la belle cavalerie du corps de Grouchy, s’était aussi fortement prononcé auprès du maréchal Grouchy. Plus tard et dans le même salon j’ai plusieurs fois entendu le fils du maréchal Grouchy (colonel d’un régiment de cavalerie et plus tard passé général) cherchera excuser la conduite de son père, mais il ne convainquait personne, et il y avait là des gens du métier, entre autres le général Exelmans, depuis devenu maréchal lui-même. Cette conduite ou cette abstention de Grouchy nous fit perdre cette bataille, qui avait commencé d’une manière fort brillante, au point qu’on avait entendu l’Empereur dire, vers deux heures, qu’elle était gagnée.

La triste vérité fut que les Prussiens, qui n’étaient pas talonnés, comme le croyait Napoléon, par Grouchy, écrasèrent Duhesme et le corps de la Jeune Garde, qu’il  commandait à notre aile droite, et qu’ils vinrent se placer sur nos derrières, sur la route de Charleroy, pour nous couper toute retraite. Heureusement qu’ils n’avaient d’abord que des pelotons de cavalerie. Le mouvement rétrograde se prononçant, je suis assez heureux, avec quelques blessés encore ingambes et des hommes valides, qui ne peuvent plus retourner où l’on se bat, pour me tirer de là grâce à mon excellent cheval. J’ai dans cette retraite, pour compagnon d’infortune, le capitaine (chef de bataillon) Friant, de la Vieille Garde. Il est fils du général Friant, de la Garde. Nous marchons toute la nuit au milieu des colonnes en retraite et des hommes isolés et nous franchissons le matin à Charleroi , où tout est en désordre, les rues encombrées de voitures de charbon et de bagages militaires. Le 19 juin 1815, ne voyant pas de dispositions faites pour arrêter le mouvement de retraite à Charleroi, comme nous le supposions, je continue et arrive coucher à Vervins, après avoir traversé Beaumont et passé autour d’Avesnes, où l’on n’a voulu laisser entrer personne. J’ai fait dans cette journée plus de 25 lieues de poste. Le 20 juin 1815. Arrivée à Laon. Pendant que nous déjeunons, on nous dit que l’Empereur est à la poste, au bas de la montagne. Nous y descendons, espérant que des mesures seraient prises pour rallier notre armée. Il était au milieu de la cour, entouré de son état-major et de gendarmes. Rien ne fut ordonné dans le sens de nos prévisions. Nous partons de Laon à minuit, pour Soissons.

Le 21 juin. Soissons, je pars à six heures du soir, pour Villers-Cotterets.

Le 22 juin. Le Ménil-Amelot.

Le 23 juin. Arrivée à Paris, il est une heure de l’après-midi. J’espérais y trouver mon régiment, où il était à croire qu’il se reformerait ; mais ayant appris qu’il était resté à Soissons, je repars pour le rejoindre.

Le 28 juin, je me mets en route pour Soissons où j’apprends que mon régiment revient sur Paris. Mon colonel, le général Poret de Morvan , revient blessé d’un coup de feu à la poitrine. Heureusement que la plaie n’est pas pénétrante, elle n’aura pas de suite grave.

Le 29 juin. C’est à 4 heures du matin que le régiment arrive à Paris. Je vois mon général dans la matinée et lui donne des soins.

Le 6 juillet, il m’annonce que son corps a l’ordre de partir pour Orléans, mais qu’il reste à Paris; il me propose de rester pour lui continuer mes soins, mais croit devoir me laisser libre de suivre le régiment. Je lui réponds que je ne rejoindrai le corps que lorsqu’il sera lui-même bien guéri. Nous étions là de nos conversations lorsque dans la nuit du 6 au 7 juillet, le général qui s’était ravisé et qui bien probablement avait appris qu’il pourrait peut-être être inquiété par le gouvernement des Bourbons, pour la part qu’il avait prise comme chef des chasseurs de la Garde quand ils furent abandonnés par le général comte Curial, qui voulait les empêcher, en quittant Nancy, d’aller au-devant de l’Empereur, lorsqu’en revenant de l’île d’Elbe, il avait dépassé Auxerre et arrivait rapidement sur Paris. Le général se décida donc à partir dans la nuit, d’autant mieux que le lendemain 7 juillet, les Prussiens devaient, dès le matin, occuper Paris et ses faubourgs.

M’ayant fait prévenir, par son ordonnance, de cette nouvelle résolution, je partis moi-même, en compagnie de son aide de camp David mon ami, qui lui conduisait ses chevaux et ses bagages, à peu près à huit heures du matin. Mais arrivés à la barrière d’Enfer, on ne voulut pas nous laisser sortir, les officiers prussiens disant que nous aurions dû sortir la veille et que leur consigne était de ne laisser passer personne de notre armée, sans un ordre exprès du commandant de place allié, qui était

le général Blücher, qui avait deux autres généraux adjoints, Sacken et Wellington. Le général français Gründler leur avait en outre été adjoint pour faciliter le service et donner les informations nécessaires, car il était Alsacien et parlait bien l’allemand. Nous fûmes en conséquence obligés de nous transporter au ministère de la Guerre, où les généraux susdits étaient réunis en conseil. Nous attendîmes longtemps, dans une grande salle donnant sur la Seine, et d’où nous vîmes défiler les Prussiens le long du quai de la terrasse du bord de l’eau. Nous avions, David et moi, un bien grand crève-cœur en voyant ces troupes ennemies au coeur de la France et fûmes profondément choqués de voir leurs colonnes précédées par une foule de lâches Français, hommes et femmes, agitant des mouchoirs blancs, en signe d’allégresse.

Nous attendîmes fort longtemps la réponse des généraux commandants de la place, qui firent d’abord des difficultés, mais enfin remirent au général Gründler, auquel nous avions confié notre réclamation, un laissez-passer en allemand, qu’il nous donna, avec toute sorte de bonne grâce, accompagné de voeux pour un bon voyage. Pendant notre corvée auprès des commandants de la place, nous avions laissé nos domestiques, chevaux et bagages près du Luxembourg, rue d’Enfer et les bêtes. étaient attachées aux grilles du jardin. Lorsque nous les avons rejoints, ils étaient aux prises avec des soldats prussiens, qui voulaient tout au moins s’emparer de nos chevaux, qu’ils considéraient comme d’assez bonne prise. Nous arrivâmes tout juste pour les dégager et nous ne tardâmes guère à franchir la barrière, nous dirigeant sur Longjumeau.

7 juillet. Longjumeau. Les Cosaques des avant-postes ennemis y bivouaquent sous mes fenêtres, dans une belle prairie.

8 juillet 1815. Etampes, nous quittons les avant-postes russes.

9 juillet. Arthenay. Nous nous sommes arrêtés à Angerville, à 6 lieues d’Etampes. Tout près d’Angerville, je me trouvais, montant une côte assez peu rude, près d’un convoi d’artillerie qui était en retraite aussi. Tout à coup une explosion eut lieu, avec un grand fracas, enlevant tout le derrière d’un caisson contenant des obus. Je m’éloignai de là, engageant le soldat du train qui conduisait le caisson, à quitter la route où il y avait beaucoup de militaires à pied et à cheval et à dételer ensuite ses chevaux. Ce qu’il fit, mais avant de quitter la chaussée et longtemps après son entrée dans le champ, à droite, il y eut encore de nouveaux obus qui éclatèrent. Quant à moi, je ne fus pas atteint par les éclats de ces obus; mais après cette panique, bien motivée d’ailleurs, mon compagnon de route, le capitaine David, me fit remarquer que mon porte-manteau allait se détacher du derrière de ma selle, et qu’il était tout déchiré du côté droit. Nous nous arrêtâmes un instant et reconnûmes qu’un biscaïen provenant de l’explosion d’un obus avait pénétré dans le porte-manteau, où il avait été amorti par mes vêtements et mon linge, après avoir coupé l’une des courroies qui le fixaient derrière moi; ce peu de bagages a suffi pour me préserver d’une blessure  très grave à la région des lombes. Ces obus avaient pris feu par le fait des frottements et des chocs qu’ils éprouvaient dans le caisson au quart plein. Ils avaient été en partie vidés pendant la bataillede Paris et comme ils étaient entourés d’étoupe, ainsi qu’il est d’usage pour les empêcher de s’entrechoquer dans les manoeuvres d’un point à un autre, ces projectiles étaient trop peu nombreux pour être bien serrés entre eux; ils se heurtaient et il en est résulté des étincelles qui ont mis le feu aux étoupes, lesquelles ont fait éclater successivement tous ceux qui étaient contenus dans le fourgon.

10 juillet. J’arrive à Orléans, ainsi que notre suite. Le général Poret de Morvan, étant déjà parti avec sa troupe, nous le suivons de l’autre côté de la Loire, jusqu’à la Ferté-Saint-Aubin (4 lieues), où nous quittons la grande route pour aller à Yvoi, sur notre droite. Nous logeons dans un beau château.

Le 11 juillet. La Ferté-Saint-Aubin. Très vieux château qui appartenait à Mme de Belmont, dont le mari, colonel d’un régiment de gardes d’honneur, a été tué à Craonne. Logé chez le curé (10 lieues), étant arrivé à minuit.

Le 13 juillet, Solangis, 5 lieues de La Chapelle d’AngilIon. Nous sommes en Sologne où le terrain est mauvais et sablonneux comme en Pologne. Il y a beaucoup de bruyère, abondance de gibier, lièvre, lapin, perdrix rouge comme en Espagne.

Le 14 juillet. Changement de cantonnement, on se fixe à Sainte-Solange, village à 3 lieues de Bourges. Cet endroit est réputé dans la contrée pour la guérison de toutes sortes de maladies, opérées, dit-on, par l’intervention de sa patronne, qui, comme saint Denis, a porté sa  tête sur ses mains et a marché sans se tromper de route. Je loge chez le curé de la paroisse, respectable vieillard qui est bien le père de ses ouailles, pour lesquelles il se donne une peine infinie. Il se nomme M. Tisserat.

Le 25 juillet 1815. Départ de Sainte-Solange pour Bourges. Très belle ville. On disait autrefois qu’elle n’était habitée que par des prêtres et des perruquiers; il y avait bien aussi une grande quantité de nobles, ce qui tenait à ce que Charles VI avait accordé la noblesse à tous les maires et échevins de la ville et qu’on les renouvelait tous les ans. Ecrit le 30 juillet à mon père.

Ecrit le même jour à Simon, mon beau-frère, lui recommandant M. le capitaine David et lui demandant de m’envoyer des vêtements bourgeois.

Le 5 août 1815. Départ pour Châteauroux, nous couchons le premier jour à Issoudun, petite ville où habite le confrère Heurtault , un de mes condisciples, élève particulier d’Antoine Dubois.

Le 6 août. Arrivée à Châteauroux, ville intéressante par ses manufactures de drap.

Le 20 septembre. Je touche la première quinzaine de ce mois, en qualité de chirurgien-major des grenadiers royaux, dont je fais partie comme Vieille Garde impériale. J’avais reçu, huit jours avant, le mois d’août intégralement, mais sur l’ancien pied. Licenciement de mon corps, les fusiliers-grenadiers et de toute la division de la Garde, qui se trouvait sur la rive gauche de la Loire, le 23 septembre 1815

Je reçois enfin les appointements jusqu’au 23 septembre inclus, époque du licenciement. Me voilà libre de mes mouvements à dater de ce jour. »

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( 1 mai, 2015 )

Napoléon en mai 1815…

Napoléon 6 semaines avant Waterloo

« 1er mai. Conseil des ministres.

2-3 mai. Travail à l’Élysée.

4 mai. Spectacle chez l’Empereur.

5 mai. A l’Élysée.

6 mai. Il visite l’atelier d’armes installé dans l’ancien couvent de la Croix, rue de Charonne. Richard Lenoir vient le saluer et le conduit dans sa manufacture. Il visite également les travaux de la barrière de Charonne.

7 mai. Revue, aux Tuileries, de plusieurs divisions d’infanterie et de cavalerie. Cette parade dure jusqu’à 17 h. Elle avait débuté après la messe. Il regagne l’Élysée à 17 h30. Conseil des ministres.

8 mai. Conseil des finances. Son frère Lucien arrive à Paris.

9 mai. Napoléon nomme Soult major général.

10 mai. A l’Élysée.

11 mai. Il visite les Invalides, puis le Champ-de-Mars, avant midi.

12-13 mai. Travail à l’Élysée.

14 mai. Revue aux Tuileries de 15 000 confédérés et gardes nationaux.

15 mai. Il apprend l’insurrection de la Vendée.

16 mai. Conseil des ministres.

17 mai. Les nouvelles en provenance d’Italie sont mauvaises.

18 mai. Revue de troupes dans les Champs-Élysées.

19-20 mai. Travail à l’Élysée.

21 mai. Audiences aux Tuileries.

22-25 mai. A l’Élysée. Il nomme Lamarque à la tête des troupes envoyées en Vendée.

26 mai. A partir de 6 h., il fait le retour des travaux en cours depuis Montmartre jusqu’à Belleville et Charonne, puis jusqu’à Vincennes. Il est de retour à l’Élysée à 14 h.

27 mai. On apprend le débarquement à Cannes de Murat. Napoléon refusera ses services.

28 mai. Il va entendre la messe aux Tuileries, puis passe une grande revue qui dure jusqu’à 18h15. »

(L. GARROS et J. TULARD, « Itinéraire de Napoléon au jour le jour, 1769-1821 »,  Tallandier, 1992, pp.466-467).

 

 

 

 

 

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( 1 mai, 2015 )

1er mai 1815…

« 6719. — Paris, 1er mai 1815.

Les vingt-sept bataillons de grenadiers de la garde nationale des départements de la 1ère  division et les trente bataillons de la 18ème  division, dont nous n’avons fait qu’ordonner la formation, par notre décret du 15 avril dernier, sont définitivement mis sur pied et à la disposition de notre ministre de la guerre pour les garnisons des places  et organisations de réserve. »

————-

« 6720. — Paris, 1er  mai 1815.

I. Toutes les places de première ligne de nos frontières du Nord et de l’Est, dont l’état est joint à ce décret, sont mises en état de siège.

II. Ces places seront approvisionnées, dans les proportions indiquées dans le tableau annexé au présent décret.

III. Les généraux commandant les divisions, les gouverneurs et commandants supérieurs se concerteront avec les autorités civiles pour porter sur-le-champ l’approvisionnement des places au complet.

IV. Les habitants des places de guerre portées au tableau, qui voudront y demeurer en cas d’hostilités, sont tenus de s’approvisionner en subsistances pour six mois. Les autorités civiles, les gouverneurs, commandants supérieurs et commandants de place tiendront la main à l’exécution de cette mesure. »

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.566-567)

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