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( 28 mai, 2015 )

A la veille du Champ-de-Mai…

Cette cérémonie se déroulera à Paris le 1er juin 1815. Rappelons qu’Emile Labretonnière était alors étudiant dans la capitale.

« La première explosion libérale contre l’acte additionnel était passée; toutes les nuances du patriotisme sentaient qu’il était indispensable de se fondre dans un sentiment commun, l’horreur du joug étranger. On remettait donc à des jours plus calmes, les comptes à demander; il fallait d’abord sauver le territoire menacé. Nous étions à la veille du Champ-de-Mai ; c’était dans cette solennité que l’Empereur devait déposer la dictature, recevoir le serment des représentants, et distribuer les aigles à l’armée et aux gardes nationales. Chaque soir, la place Vendôme offrait le coup-d’oeil le plus animé et le plus pittoresque. Des députations de tous les régiments et d’une partie des gardes nationales y mêlaient leurs uniformes, tous divers de forme et de couleurs; la musique de la garnison de Paris exécutait des symphonies devant l’état-major de la place; les éperons et les sabres résonnaient de toute part sur le pavé; tout respirait un air fier et belliqueux sur cette noble enceinte, où la colonne, dressant son fût tronqué sur tant de braves, leur criait du haut de son chapiteau vide, qu’il leur restait encore une page d’histoire à ajouter à celle d’Austerlitz. »

(E. LABRETONNIERE, « Macédoine. Souvenirs du quartier latin… » Lucien Marpon, Libraire-Editeur, 1863, pp.254-255).

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( 28 mai, 2015 )

Un royaliste malveillant…

« Dans les derniers jours de mai [1815], gagnant le boulevard par la rue Saint-Denis, je voyais venir de loin deux gendarmes à cheval, escortés par une foule de gamins. Quand ils furent devant le marché, nous aperçûmes alors un spectacle digne de pitié. Un malheureux vieillard, sans chapeau, et la tête ensanglantée, était attaché à la queue du cheval d’un des gendarmes, qui prenait un cruel plaisir à le faire passer dans le ruisseau. La foule indignée les arrêta et leur demanda ce qu’avait fait ce pauvre homme pour être ainsi traité. « Ce qu’il a fait ? répondit le brigadier,  ce qui aurait dû le faire fusiller sur-le-champ. Croiriez-vous bien que  ce vieux b….-là vient d’être arrêté à la butte Saint-Chaumont, au moment où il enclouait la cinquième pièce d’une batterie dont quatre étaient déjà enclouées ! Et qu’il avait sa pleine poche de clous dentelés pour toutes les pièces non surveillées qu’il aurait pu empoigner! Il est bien heureux qu’un officier l’ait sauvé des canonniers, ca  son affaire était bonne! Nous le menons à la Préfecture de police. » A l’instant, un de ces personnages qui connaissent tout Paris, s’écria: « Tiens, c’est le vieux un tel, perruquier de la rue…

C’est le plus fameux royaliste du quartier ! » L’énormité du délit ne fit pas insister la foule; elle laissa emmener ce malheureux vieillard, lequel, calme et fort du fanatisme politique lui disant qu’il avait fait son devoir, marchait sans se plaindre, traîné avec ignominie. Puis venez donc, en révolution, traiter de brigands ceux qui suivent une autre bannière. Avant un mois écoulé, c’était les canonniers de Paris qui devaient être des brigands, et ceux qui enclouaient leurs pièces au profit de l’étranger, qui devaient être les héros ! »

(E. LABRETONNIERE: « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863, pp.252-254)

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