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( 1 juin, 2015 )

De BEAUMONT à PHILIPPEVILLE. NAPOLEON en JUIN 1815 (1ère partie).

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Voici la première partie d’un très intéressant texte dû à l’historien belge Robert Merget. Il fut diffusé vers 1955/1960 dans sa revue « Waterloo illustré ».

Le dernier séjour de Napoléon en Belgique, le plus dramatique aussi, est celui de juin 1815. Il commence le 14 juin au soir par l’arrivée du chef de l’armée française au centre de son dispositif d’attaque et l’établissement de son quartier-général à Beaumont, et se terminera par le départ de Philippeville le 19, après la défaite de Waterloo.  En cinq jours que d’espoirs ternis !  Que de plans déjoués ! C’est entre Beaumont et Philippeville qu’un empire s’est perdu et que s’est formé dans les horreurs d’un désastre sans précédent, le tremplin le plus puissant d’où s’élancera vers la postérité, la légende dorée et émouvante de l’Empire.  Dans la nuit, serrées les unes contre les autres, les colonnes françaises bivouaquèrent « En dix jours 124.000 hommes écrit Henry Houssaye dans son admirable « Waterloo », séparés par des distances variant entre douze et soixante-dix lieues s’étaient réunis à la frontière, à petite portée de canon des avant-postes ennemis, sans que les alliés eussent pris encore aucune mesure défensive.  Jamais marche de concentration n’avait été mieux conçue ni, sauf quelques retards vite réparés, mieux menées à accomplissement. » 

Le lendemain à l’aube ce fut la lecture devant les troupes, de l’ordre du jour de l’Empereur. Il était beau comme une page antique et  digne de ceux qui l’avaient précédé : « Soldats c’est aujourd’hui l’anniversaire de Marengo et de Friedland qui décidèrent deux fois du destin de l’Europe. Alors comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux.  Aujourd’hui, cependant coalisés contre nous, les princes que nous avons laissés sur le trône en veulent à l’indépendance et aux droits les plus sacrés dela France. Ils ont commencé la plus injuste des agressions.  Marchons donc à leur rencontre ; eux et nous, ne sommes-nous pas les mêmes hommes ? » 

Emouvante et droite interrogation, et pourtant, non ils ne sont plus les mêmes hommes. A force d’être battus les généraux alliés ont appris l’art de la guerre napoléonienne, leurs troupes depuis les dernières campagnes se sont assurées et leur volonté de vaincre est évidente, alors que l’armée française est inquiète, soupçonneuse, craignant la trahison…  On sait la suite : une victoire difficile à Ligny, un combat inutile et meurtrier aux Quatre-Bras et enfin Waterloo… Cependant au début de la bataille de Waterloo, Napoléon a dit que le soir on souperait à Bruxelles !  C’est dans les premières heures de la nuit du 18 au 19 que Napoléon perdit véritablement ses derniers espoirs, devant le spectacle de la déroute française. Au moment de l’attaque dela Garde, il avait vu comme dans un cauchemar, se voiler sa vision habituellement si précise, et son front de bataille se fendre, s’éparpiller en débris, puis comme une ronde de feuilles mortes, tournoyer avant de disparaître dans une cohue affreuse sur la route dela France. Etait-ce cela l’armée française ?

Même celle qui avait connu après la Russie, la défaite de Leipzig avait eu une attitude plus disciplinée ! Ici les ordres se perdaient dans les hurlements d’épouvante et lui, le lutteur, se sentait impuissant devant cette déroute. Les troupes les moins menacées, comme celles de l’aile gauche, quittaient la ligne de feu et ne songeaient qu’à gagner les routes et chemins qui menaient vers le Sud.  La cavalerie de Piré qui aurait été si précieuse, au moment où les hussards anglais et prussiens traversant la cohue des fuyards, pénétraient au cœur du front français en sabrant tout sur leur passage ; cette cavalerie qui n’a pas donné se retire et avec elle, une partie des cuirassiers qui s’étaient regroupés après leurs charges furieuses et vaines sous la direction de Ney.

Ils descendent la chaussée de nivelles et abandonnent ce champ de bataille. Les troupes qui combattent autour d’Hougoumont et qui, depuis midi sont engagées dans des combats sans fin, quittent également leurs positions. Malgré l’héroïsme montré en général par l’armée française au cours de cette journée, on ne peut que déplorer et même condamner de tels abandons.  Ils étaient sans excuses à l’heure où les vaillantes troupes de Lobau se faisaient exterminer sur place et où la Garde par son sacrifice s’efforçait de retarder la décision fatale dans laquelle sombrerait la fortune de la France. 

A suivre… 

 

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