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Témoignage du capitaine Maitland (I)

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Maitland.

Capitaine Maitland 

« Le 17 et le 18 juillet 1815, nous eûmes un temps magnifique il ne se passa rien de remarquable. Nous aperçûmes plusieurs navires étrangers qui inspirèrent à Buonaparte et à sa suite une vive curiosité, leur donnèrent, j’imagine, le désir de se rendre compte s’ils auraient pu s’échapper au cas où ils auraient pris  la mer. En fait de bâtiments de guerre, ces jours-là, nous ne rencontrâmes que le sloop Bacchus. Je le signalai, en disant que plusieurs de nos frégates croisaient dans les parages pour arrêter Napoléon s’il avait franchi les navires postés près de terre. En fait, je le sus plus tard, il était loin d’en être ainsi l’Endémyion avait remonté la Gironde; le Liffey, qui avait perdu son beaupré, était retourné en Angleterre. Pour des motifs divers, les autres navires avaient quitté la station, de sorte que si Buonaparte avait échappé à la division croisant devant Rochefort, très vraisemblablement, il aurait gagné l’Amérique sans être inquiété. Vers cette date, Buonaparte chercha une distraction dans les cartes, après le déjeuner. On jouait au vingt et un. Sauf moi, tout le monde fut de la partie. Il m’invita, mais je répondis qu’ayant pour principe de tout laisser à ma femme avant de prendre la mer, je me trouvais démuni d’argent. Il rit, et, gaiement, me proposa de m’en prêter, de me faire crédit jusqu’à notre arrivée en Angleterre. Je déclinai l’offre car j’avais à m’occuper des multiples détails du navire. Ma dépêche au secrétaire de l’Amirauté, très brève, avait été hâtivement rédigée. Désireux de rendre compte le plus tôt possible aux ministres de Sa Majesté des importantes dispositions prises, j’estimai correct d’adresser au commandant en chef un rapport plus circonstancié. […]  Le 19 j’eue avec Mme Bertrand une conversation au sujet du voyage de Buonaparte à l’île  d’Elbe. Elle me demanda si je connaissais le commandant Ussher [Il commandait le navire l’Undaunted qui conduisit Napoléon à l’île d’Elbe]. Je répondis négativement elle me dit alors : – L’Empereur l’aime beaucoup il lui a donné son portrait serti de diamants; il en a un second qu’il veut vous offrir. Je répliquai: J’espère qu’il n’en fera rien car je ne saurais accepter. Ma situation est bien différente de celle du commandant Ussher. Ce qui pouvait être tout à fait correct de sa part ne le serait pas de la mienne. Elle reprit Si vous n’acceptez pas, vous l’offenserez gravement. Dans ce cas, je vous serai obligé si vous pouvez vous arranger pour que l’offre ne soit pas faite car je voudrais lui épargner la mortification d’un refus, m’en éviter le chagrin. Dans ma position, je le sens bien, il m’est absolument impossible d’accepter un présent. En recevant Buonaparte à mon bord, je n’avais aucune autorisation formelle de mon gouvernement pour agir comme je l’ai fait je ne sais encore si l’on approuvera ma conduite. Et puis, si je prenais un cadeau de cette valeur, on pourrait prétendre que j’ai été guidé par des considérations égoïstes, alors que toutes mes décisions m’ont été dictas uniquement par le désir de servir mon pays de mon mieux. Ma récompense, si j’en mérite une, doit venir d’ailleurs. »

(Relation du capitaine de Vaisseau F.L. MAITLAND, contenu dans l’ouvrage « Napoléon à bord du ‘Bellérophon’. Traduction de Henry Borjane », Librairie Plon, s.d. [1934], pp.60-64)

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