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( 17 octobre, 2015 )

Napoléon en route vers Sainte-Hélène. Extrait du témoignage du docteur W. Warden, chirurgien du « Northumberland » (VI et fin).

Le 15 octobre 1815, le Northumberland mouille devant l’île de Sainte-Hélène. L’Empereur y débarque le 16, en fin de journée.

« Sainte-Hélène.

Mon cher Ami,

Il est plus facile de concevoir que de décrire la sensation excitée par l’arrivée de Napoléon sur l’intéressante petite colonie de Sainte-Hélène. La curiosité, l’étonnement, l’intérêt s’unissaient pour arracher les habitants à leur tranquillité habituelle. Napoléon resta dans sa chambre une heure au moins après que le vaisseau eût jeté l’ancre dans la baie. Quand il n’y eut plus personne sur le pont, il parut et monta sur la poupe, d’où il pouvait examiner à son aise la rangée de canons qui luisaient au soleil sur les coteaux enserrant la vallée au centre de laquelle est la ville de Jamestown, seule ville de l’île. Pendant tout ce temps, j’examinai son visage avec la plus grande attention : ses traits ne trahissaient aucune émotion particulière. Il regardait ce spectacle comme tout autre homme aurait regardé un lieu qu’il eût vu pour la première fois. A celte occasion, je vous dirai que depuis le départ du Northumberland jusqu’à son arrivée à Sainte-Hélène, je n’ai jamais observé le moindre changement dans la physionomie calme et les manières polies de notre distingué passager. Je n’ai jamais ouï dire à bord que quelqu’un ait remarqué chez lui la moindre trace de mécontentement ou de mauvaise humeur. Les dames ont paru péniblement impressionnées à la première vue de leur cage. Toutefois, leur attitude en cette occasion a prouvé un empire sur elles-mêmes auquel on ne s’attendait guère. Le premier soin de l’Amiral fut de prendre les arrangements nécessaires pour loger convenablement Napoléon et sa suite. On disposa à cet effet la maison du lieutenant-gouverneur, en attendant qu’on eût choisi une résidence convenable pour le captif. Les Français ne mirent pied à terre que le 17 , au crépuscule. Les habitants de la ville, las d’attendre le débarquement de Bonaparte, étaient rentrés chez eux, et notre prisonnier, selon le désir qu’il en avait exprimé, entra sans avoir été aperçu dans la maison où il devait passer sa première nuit de Sainte- Hélène. Le lendemain matin, de bonne heure, le général (Bonaparte) monta à cheval, accompagné de sir Georges Cockburn. Ils gravirent la montagne jusqu’à Longwood, qui devait être désormais la demeure monotone, sur un rocher perdu en mer, d’un homme qui avait possédé des palais somptueux dans tant de grandes villes d’Europe. A peu près à un mille de la ville et à mi-côte, est située la maison de campagne de M. Balcombe, respectable négociant de l’île. Elle est appelée «Les Ronces» [Plus communément appelée « Les Briars »] et située sur un terrain si uni que, sur cette montagne escarpée, on pourrait le croire aplani par la main de l’homme. Elle occupe environ deux arpents de terre et est traversée par un ruisseau, dont la fraîcheur produit une fort belle végétation. Ce terrain, couvert de forts beaux arbres fruitiers, forme le plus agréable contraste avec le reste du paysage. Il parait suspendu entre les rochers qui s’élèvent au-dessus et les abîmes qui sont à ses pieds. Napoléon fut invité à s’arrêter aux « Ronces » à sa descente de Longwood, et l’accueil de l’aimable propriétaire de la maison fut tel qu’il refusa de retourner à Jamestown. Il put se dérober de la sorte à la curiosité publique. Sur une éminence, à environ cinquante verges de la maison, est situé un bâtiment gothique, ayant une chambre dans le bas et deux dans le haut. C’est celte maisonnette que Napoléon choisit pour sa résidence, jusqu’à ce que Longwood fut achevé. Il n’y avait pas grand choix à faire vu la distribution du logement. Il occupa donc le rez-de-chaussée tandis que Las  Cases, son fils qui est page de l’Impératrice, et leur valet de chambre, se logeaient au premier étage. Quelques jours après qu’il se fût fixé aux « Ronces », j’allai lui rendre visite. Je le trouvai couché sur un sofa , et paraissant incommodé par la chaleur. Il me dit qu’il avait été se promener au jardin, mais que l’ardeur du soleil l’avait forcé de rentrer. Il semblait être de bonne humeur et me demanda avec la plus grande politesse des nouvelles des officiers du Northumberland. Après quelques questions concernant les restrictions imposées à ceux qui venaient le visiter : « Je sais, me dit-il, qu’il y a dans l’île des forces considérables et peut-être plus qu’elle n’est capable d’en nourrir. Quel intérêt a donc votre gouvernement d’envoyer ici le 53me régiment ? Voilà comment, vous autres Anglais, vous jetez l’argent par les fenêtres. » Je lui répondis sans hésiter : « Mon Dieu, général, vous avouerez bien que lorsqu’une mesure est prise, la meilleure politique est d’employer tous les moyens qui peuvent en assurer le succès. » Vous pouvez croire que ma réponse n’était pas pour lui plaire, mais la façon dont il l’a accueillie m’a convaincu qu’il était plus content de ma franchise que d’un compliment, métier dans lequel, vous le savez, je ne brille pas par mon adresse. Je pris alors congé de lui et redescendis pour diner à Jamestown , en compagnie du comte Bertrand.  Ce n’est qu’au mois de novembre que je revins aux « Ronces », où M. Balcombe m’avait invité à dîner. Etant arrivé quelque temps avant que l’on se mît à table, j’ai voulu m’amuser à examiner les cultures des jardins. Je pris un chemin au hasard. A l’endroit où ce sentier se termine, commence une allée étroite formée de poiriers sauvages. A l’angle des deux chemins, je rencontrai Napoléon descendant les rochers avec ses grosses bottes de soldat. Il m’aborda avec un air mélangé de joie et de surprise et, de la manière la plus aimable, il me reprocha ma longue absence. Un gros billot de bois mal équarri, posé sur deux pierres, nous servit de siège. Après en avoir enlevé la poussière avec sa main, il m’invita à m’asseoir près de lui. Las Cases vint bientôt nous rejoindre, car en grimpant ces sentiers rocailleux, son maître, bien que mauvais piéton, allait cependant plus vite que lui. De tous côtés, autour de l’endroit où nous étions assis, des rochers s’élevaient à plus de mille pieds au-dessus de nos têtes et sous nos pieds se creusait un abîme de la même profondeur. Là nature semble s’être amusée à faire de cet étroit espace une sorte d’habitation aérienne. Pendant que je regardais d’un oeil d’étonnement les beautés sauvages de ce site extraordinaire, Napoléon me demanda, en souriant, ce que j’en pensais : « Croyez-vous, me dit-il, que vos compatriotes aient agi avec beaucoup de douceur à mon égard ? » Je n’avais qu’une réponse à faire, c’était le silence. Il se mit alors à parler de l’aspect et de la nature de l’île et fit observer que tous les livres qu’il avait lus à ce sujet, pendant le voyage, en donnaient un tableau beaucoup trop flatteur, à moins qu’il n’y eût des sites plus agréables que ceux qu’il avait eu occasion de voir en allant à Longwood, qui était le point le plus reculé des limites qu’on lui avait assignées. Sa conversation fut, dans cette circonstance, familière, aimable, facile, comme en toutes les occasions où il me fut donné de lui parler. Elle ne portait pas la moindre empreinte de sa grandeur passée et quand le sujet s’y prêtait, il ne manquait jamais de donner à ses remarques un air d’enjouement. Quand je lui parlai de l’activité que l’amiral mettait à diriger les réparations faites à la maison de Longwood, en ajoutant qu’elle serait probablement prête dans le délai d’un mois : « Votre amiral sait peut-être, répliqua-t-il, quand un vaisseau peut être achevé ; mais, comme architecte, je crois bien que ses calculs sont faux. » J’ai alors soutenu que, sur terre ou sur mer, Sir Georges Cockburn était capable d’assurer la réussite de tout ce qu’il entreprenait. J’ajoutai que les officiers surveillaient les matelots à Longwood et commandaient les transports de matériaux. Il s’informa de ces messieurs, essayant de se rappeler leurs noms. Il exprima le désir de les voir à leur passage ; « si, ajouta-t-il, ils veulent bien venir me voir, comme vous, en pleine campagne, car ma présente habitation, qui me sert de salle à manger et de chambre à coucher, n’est pas propre à recevoir une nombreuse société. » Les « Ronces » ont acquis et conserveront toujours une certaine célébrité, rien que pour avoir été la demeure momentanée de Napoléon ; de même que beaucoup de lieux obscurs, n’ayant jamais tenu la moindre place sur la carte, sont, grâce à des événements fortuits, devenus des points importants dans la géographie historique. Napoléon est souvent l’hôte de M. Balcombe. Il n’est jamais incommode ni importun. Il se conduit toujours en homme bien élevé, et sa vivacité vient ajouter à l’agrément général du cercle domestique. J’ai vu, dans les journaux anglais, qu’il jouait aux cartes pour des dragées, qu’il était emporté comme un enfant, qu’il faisait toutes sortes de singeries. Je déclare qu’il n’y a rien de vrai dans tous ces racontars. Je n’ai pas encore entendu dire que Napoléon se soit plaint, si ce n’est dans la circonstance suivante : depuis qu’il est aux « Ronces », un officier, ayant rang de capitaine, y demeure et est responsable de tout ce qui se passe. Napoléon s’est plaint de cette surveillance auprès de l’amiral, qui n’a pas jugé à propos d’y satisfaire en apportant un relâchement quelconque à ses instructions. Napoléon s’était plaint également de l’importunité des visiteurs durant son séjour aux « Ronces » ; ce qui a donné à l’amiral une occasion favorable d’exécuter les ordres transmis d’Angleterre, avec une délicatesse qui, pour quiconque le connaît, est une preuve de la satisfaction qu’il aurait éprouvée à plaire en tout à l’Empereur. Il a donné de suite des ordres pour que personne ne fût admis à Longwood sans une autorisation de l’amiral ou du gouverneur. Quand Napoléon est allé habiter Longwood, on lui a assigné des limites pour ses excursions. Cette enceinte est gardée par un cordon de sentinelles. Tant qu’il reste dans le cercle assigné, il n’est rien ajouté aux dispositions ordinaires de surveillance; mais veut-il aller plus loin, un officier est chargé de l’accompagner. Cette dernière circonstance, particulièrement pénible, le retient habituellement dans ses limites . L’indisposition du général Gourgaud m’a procuré l’occasion de passer beaucoup de temps à Longwood. Au commencement, la maladie avait fort mauvaise tournure et mon ami, M. O’Meara, que je vous ai déjà présenté comme chirurgien de l’Empereur, désirait que nous puissions conférer ensemble durant le traitement. Lors de ma première visite, j’ai remarqué plusieurs choses que je crois dignes de votre attention. A peu près vers six heures du soir, je suis arrivé à Hutsgate, petite maison sise sur la route de Longwood, à un mile de l’habitation principale. C’est là qu’habite le comte Bertrand. La maison se compose de deux petites chambres en bas et deux en haut. La santé règne dans cette chaumière, les enfants sont charmants, les soucis ne semblent pas pénétrer souvent dans cette demeure. Je pourrais remplir un volume de tout ce que je sais sur cette famille. Durant la traversée, j’employai la plus grande partie de mes loisirs à lire de l’anglais avec le général Bertrand qui, en retour, me racontait ses campagnes. Il me disait souvent : « Quel mauvais maître vous faites ! Vous écoutez tout ce que je vous raconte et, en retour, vous ne me dites rien. » Quand Napoléon avait besoin de moi, il envoyait demander « l’ami de Bertrand ». Quand j’arrivai à Hutsgate, Madame Bertrand me pria de descendre de cheval et de l’accompagner en voiture à Longwood, son mari étant parti avant elle. La nuit commençait à tomber et quand nous arrivâmes près de la maison, nous aperçûmes son « empereur », comme elle disait toujours, en conversation, près de la route, avec Bertrand. « Montrez-vous à la portière quand nous passerons, me dit-elle, ils me croiront en bonne fortune et cela leur rappellera les plaisirs de Paris. » Nous dépassâmes l’Empereur et Bertrand, en marchant d’un bon pas. J’obéis à mes instructions et, ayant donné la main à la comtesse, pour l’aider à sortir de la voiture, elle me quitta de suite pour aller annoncer à son mari quel était l’étranger. Quelques minutes après, je recevais de Napoléon lui-même une invitation à dîner. Comme vous pouvez bien le penser, j’ai accepté de suite et j’en ai été d’autant plus touché que, depuis quelque temps, il ne reçoit plus que les gens de sa suite. Je ne pouvais me présenter qu’en négligé et c’est ainsi que j’ai fait mon entrée. Le général de Montholon, en grand uniforme, m’a reçu dans l’antichambre et m’a introduit dans une pièce voisine, où Bonaparte jouait aux échecs avec le comte Bertrand. Il m’a accueilli avec les compliments ordinaires de civilité et, quand j’eus pris place derrière sa chaise, il continua de jouer. Les gens qui se trouvaient dans la chambre parlaient fort peu entre eux. On n’entendait qu’une sorte de murmure respectueux, interrompu de temps en temps par la « basse » de mes réponses aux questions qui m’étaient adressées. Peu de temps avant qu’on vint annoncer que la table était servie, le général de Montholon vint me dire à l’oreille que ma place était entre l’Empereur et le Grand-Maréchal. Que pensez-vous de ces honneurs ? Que ne puissiez-vous simplement voir votre ami, humble et modeste, dans une situation aussi élevée ! Je ne puis dire que je ressemblai à Sancho Panza, tous les mets étant à ma disposition, mais un morceau de bœuf rôti ou un gigot de mouton à la sauce aux câpres auraient été plus à mon goût que toutes les fricassées et ragoûts de la cuisine française. Napoléon était à ma droite et le grand-maréchal à ma gauche. Il y avait une place vacante, qui avait l’air d’être réservée pour Marie-Louise. A côté de chaque assiette étaient placées une bouteille de Bordeaux et une carafe d’eau. On ne but pas à la santé des convives ; si l’on voulait boire, il fallait se servir soi-même. Le service en porcelaine surpasse tout ce que j’ai vu en ce genre. L’argenterie est massive et décorée d’aigles. Le dessert fut servi dans un service en or. Le repas dura environ une heure. Les questions de Napoléon étaient si nombreuses que j’avais à peine le temps de manger et de boire, tant j’étais embarrassé pour trouver mes réponses. Je vais tout au moins essayer de vous en donner une idée générale. — « Avez-vous vu le général Gourgaud ? — Oui, Général, je suis venu à Longwood tout exprès. — Comment l’avez-vous trouvé ? — Très malade. — De quoi souffre-t-il ? — De la dysenterie. — Où est le siège du mal? — Dans les intestins. — Quelle en est la cause ? — La chaleur du climat, agissant sur une constitution sujette à cette influence, mais enlevez la cause et l’effet disparaîtra. S’il avait été saigné dès le début, il est probable que la maladie aurait été moins violente. — Quel remède vous proposez-vous d’appliquer ? — Les fonctions du foie et des autres viscères sont dérangées. Pour leur rendre leur activité, il sera nécessaire de recourir à l’usage du mercure. — Mauvais remède ! — L’expérience m’a enseigné le contraire. — Hippocrate s’en servait-il ? — Je ne le crois pas. Il avait grande confiance dans les simples. — Cependant, il est considéré comme l’un des plus grands médecins ? — Néanmoins, il aurait su tirer un grand avantage des découvertes modernes. — La nature ne fait-elle pas des efforts pour chasser de notre corps la maladie ? Ne croyez-vous pas que ces douleurs ne soient rien autre chose que ces efforts ? — On m’a enseigné par principe qu’il fallait aider la nature. — Ne pourriez-vous le faire sans avoir recours à ce dangereux métal ? — L’expérience m’a convaincu que le mercure, pourvu qu’il produise la salivation, est un remède infaillible. — Alors continuez l’emploi de votre mercure. » — « Avez-vous perdu beaucoup de monde sur le Northumberland ? — Nous avons eu le malheur de perdre plusieurs hommes de l’équipage. — De quelle maladie ? — De la dysenterie et de l’inflammation du foie. — Les avez-vous examinés après la mort ? — Oui. — Quel était l’aspect des entrailles ? — Dans l’une des maladies, une très forte suppuration ; dans l’autre, la gangrène des intestins. — Gomment définissez- vous la mort ? — Une suspension des fonctions vitales des organes de la respiration et de l’action du cœur. — A quel moment l’âme se sépare-t-elle du corps? — Je ne peux répondre avec précision, car l’homme peut paraître mort alors que, par des moyens artificiels, la résurrection est produite. — Quand croyez-vous que l’âme entre dans le corps ? [...] « Quelques jours après, un vaisseau étant arrivé d’Angleterre, je descendis à Jamestown pour avoir des nouvelles du pays. Le soir, quand je revins, on me dit que Napoléon m’attendait chez le général Gourgaud. Dès que je fus entré, la première question qu’il m’adressa fut relative à l’étal de santé du général ; puis, changeant aussitôt de conversation : « Vous arrivez de la ville, me dit-il ; le vaisseau qui vient d’arriver vient-il d’Angleterre ? Dans ce cas, je suppose qu’il a apporté des lettres et des journaux ? — Certainement, je viens de voir toute une liasse du Courrier. — N’y a-t-il pas le Morning Chronicle ? — Je ne l’ai pas encore vu. J’ai lu le Times et un journal de province. — Quels sont les nouvelles de France ? — J’y ai à peine jeté un coup d’œil. — Vous vous rappelez peut-être quelque chose ; dites-le moi, je vous prie. — J’ai lu des passages qui vous concernent, mais ce que j’ai vu avait trait surtout au jugement et à la condamnation du maréchal Ney. » A ces mots, Napoléon se rapprocha de moi et, sans qu’on remarquât la moindre altération dans sa physionomie, il me dit : « Quoi, le maréchal Ney a été condamné à être fusillé ! — Oui, répondis-je ; il s’est adressé, mais vainement, aux souverains alliés. Il alléguait, pour sa défense, le douzième article de la convention signée après Waterloo. Au cours du procès, il a prétendu que vous l’aviez trompé ; que la proclamation dont on lui faisait un grief avait été composée par le major-général Bertrand et que vous lui aviez caché les desseins de l’Autriche et de l’Angleterre. » Le comte Bertrand, qui assistait à l’entretien, fit remarquer froidement que le maréchal Ney avait le droit de chercher à sauver sa vie par n’importe quel moyen. Si des légendes fabriquées dans ce but pouvaient lui servir, on ne pouvait le blâmer d’y avoir eu recours. « Mais, ajouta-t-il, pour ce qui est de la proclamation, c’est une assertion aussi fausse que ridicule. Le maréchal Ney savait écrire, il n’avait donc pas besoin de moi. » Napoléon n’ajouta aucune remarque ; il dit simplement : « Le maréchal Ney était un brave soldat. »[…] La maladie du général Gourgaud avait pris une très mauvaise tournure. Les symptômes paraissaient annoncer une issue fatale. Le général était tellement abattu qu’il refusait de prendre le seul remède qui pût le sauver et il aurait succombé victime de ses idées noires, si la voix à laquelle il n’osait pas désobéir ne lui eût adressé une sévère remontrance, dont l’effet devait être salutaire. « Quelle conduite ridicule est la vôtre, lui dit Bonaparte ! Quelles sont ces craintes sottes et puériles, auxquelles vous vous abandonnez, en refusant tout moyen de les dissiper? Combien de fois n’avez-vous pas, sur les champs de bataille, affronté la mort sans trembler? Et maintenant, au lieu de lui résister, vous vous livrez sans défense à son pouvoir ! Quelle obstination d’enfant ! Ne faites pas la bête (sic), je vous prie, et prenez de bonne grâce les remèdes qui seuls peuvent vous rendre à la santé. » Cette admonestation triompha de l’opiniâtreté du malade. Il se soumit au régime prescrit et ne tarda pas à se rétablir. Quelque temps après, Napoléon me dit : « Eh bien, vous autres, médecins, vous avez fait des miracles avec Gourgaud. Cependant, s’il y avait eu un prêtre dans l’île, il vous aurait chassé tous deux et n’en aurait fait qu’à sa tête. Mais, heureusement pour le malade, il n’y a pas ici de confesseur. »

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« Sainte-Hélène.

Mon cher Ami,

J’avais pensé terminer avec ma dernière lettre le petit récit que j’ai composé pour contenter votre avide curiosité. Si cette narration vous a fait plaisir, ;je serai charmé de pouvoir la continuer en l’agrémentant ;d’anecdotes inattendues, qui me semblent assez intéressantes. Il y a bien près de six  habitants. Le hasard m’a cependant conduit dans une réunion où se trouvait le comte de Las Cases. Après avoir parlé de l’arrivée du nouveau gouverneur, il m’apprit que son maître avait souvent demandé de mes nouvelles et qu’il s’était enquis des motifs de mon absence prolongée. — « Nous ne vous avons pas vu, me dit-il, depuis la résurrection du général Gourgaud. Votre absence provient-elle de quelque répugnance de votre part ou d’une défense particulière de l’amiral ? « Je lui répondis que ce n’était ni l’un ni l’autre ; mais j’ajoutai que j’avais cru devoir observer les ordres généraux et que je ne pouvais justifier la demande d’un passeport pour Longwood sans avoir quelque raison particulière. — Je désire beaucoup, me dit-il, vous consulter sur la santé de mon fils. — C’est une raison suffisante, répliquai-je ; je m’adresserai à l’amiral. Il est dans une pièce à côté et j’espère qu’il m’accordera de suite l’autorisation nécessaire. La permission accordée, Las Cases m’invita à venir déjeuner avec Napoléon le lendemain, à onze heures. Une violente averse m’en empêcha; mais j’ai saisi la première occasion de tenir ma parole. L’heure du déjeuner était passée, quand je suis arrivé à Longwood. Bonaparte, profitant du beau temps, était allé se promener de meilleure heure que de coutume. Je crois qu’il ne me vit pas quand j’approchai de la maison, car, à ce moment, il était caché derrière une haie. L’heure du déjeuner était passée; il ne m’attendait plus et, à vous dire vrai, si mon but n’avait pas été de recueillir quelque nouveauté pour votre distraction, j’aurais été en quelque sorte soulagé à l’idée que je ne serais pas exposé à subir l’un de ses longs interrogatoires.

Cependant, je rencontrai bientôt le comte de Las Cases qui, pensant que le grand homme s’était retiré pour le reste de la journée, me proposa de l’accompagner chez lui, où, me dit-il, « après avoir vu mon fils, nous nous remettrons à notre histoire; ce qui vous intéressera, comme l’ouvrage intéressera le monde entier, si nous avons le courage de le terminer. » Je ne me souviens pas de vous avoir dit, dans mes lettres précédentes, que Las-Cases, qui est secrétaire intime de Napoléon, m’avait confié que son maître avait commencé d’écrire les Mémoires de sa vie.

Il m’avait déjà raconté que les campagnes d’Egypte et d’Italie et ce qu’il nomme je crois, « mon règne des Cent-Jours » , étaient achevés, et que les périodes suivantes étaient très avancées. Je me proposais donc de passer une très agréable matinée et me réjouissais déjà du plaisir que j’aurais à parcourir les manuscrits qui me seraient confiés. Malheureusement, Napoléon me fit dire de l’aller trouver dans sa chambre. Comme je savais d’avance que ma visite ne serait pas une visite de pure cérémonie, je priai le comte de Las Cases de m’accompagner, car c’est un interprète aussi fidèle qu’intelligent. En outre, cette méthode me donne le temps de préparer mes réponses. Il y avait un peu de diplomatie de ma part dans cet arrangement, car l’étiquette est rigoureusement observée à la cour de Longwood. En entrant dans la chambre, je n’aperçus que le dos d’un sofa, et pénétrant plus avant, je vis Napoléon couché tout du long, son bras gauche pendant par dessus le meuble. La lumière était interceptée par une jalousie. Devant lui, était une table couverte de livres, parmi lesquels j’aperçus de jolis volumes bien reliés, traitant de la Révolution française. La chaleur l’avait forcé à quitter son habit et son gilet. Dès qu’il m’aperçut, il s’écria en anglais et d’un ton de bonne humeur : « Ah! Warden, comment allez-vous ? » Je m’inclinai, et il me dit : « J’ai attrapé la fièvre. » Ayant immédiatement tâté son pouls et voyant, par sa régularité autant que par la gaîté peinte sur le visage de Bonaparte, qu’il avait envie de plaisanter, je lui souhaitai d’avoir toujours la même santé. Il me frappa alors la joue du revers de la main et me pria d’avancer au milieu de la chambre, parce qu’il avait quelque chose à me communiquer. Je lui fis mes compliments sur son bon état de santé et sur les progrès qu’il paraissait avoir faits en anglais . — « C’est vrai, me dit-il, grâce au bon régime que je suis, je jouis d’une bonne santé. J’ai toujours faim, mais je suis réglé dans mes repas et quitte toujours la table avec appétit. De plus, vous savez que je ne bois jamais de vins capiteux . Pour ce qui est de la langue anglaise, j’ai beaucoup travaillé. Je puis maintenant lire vos journaux avec facilité  et je dois vous avouer que cela m’amuse beaucoup. Cependant, ils ne sont pas toujours très polis envers moi. L’un m’appelle « menteur », l’autre  » tyran », un troisième « monstre » et un quatrième « poltron », qualificatif auquel je ne m’attendais guère. Il parait néanmoins que l’auteur de l’article ne m’accuse pas d’éviter le danger sur un champ de bataille, de fuir à la vue de l’ennemi ou de n’oser affronter les coups du destin. Il ne me reproche pas non plus de manquer de présence d’esprit dans le tumulte des combats ou dans les hasards de la guerre. Non, ce n’est pas cela ; il paraît que je manque de courage — parce que je ne me suis pas brûlé la cervelle ou jeté à la mer. Le rédacteur du journal ne comprend pas que j’ai trop de courage pour me tuer . Vos journaux sont écrits sous l’influence de l’esprit de parti. Ce que l’un loue, l’autre le dénigre, et vice-versa. Ceux qui vivent à Londres peuvent juger par eux-mêmes des événements passés et des affaires en général ; mais, par la lecture de vos journaux, ceux qui demeurent loin de la capitale, et surtout les étrangers, ne peuvent jamais connaître le véritable état des affaires, ni le caractère des hommes d’Etat. » Ce jour-là, Napoléon paraissait plutôt d’humeur à émettre ses opinions qu’à faire des questions. Moi-même étais disposé à parler et je ne doutais pas de parvenir soit à l’entraîner dans une conversation intéressante, soit à le pousser à me renvoyer. Je répondis aussitôt : « Je pense que vous devez avoir plus de patience que mes compatriotes ne vous en supposent, si vous avez lu tout ce qu’on écrit sur vous. Vous n’avez pas dû vous attendre, général, à ce que les événements extraordinaires qui viennent d’avoir lieu et dans lesquels vous avez joué un si grand rôle, fussent considérés et jugés ailleurs avec plus de franchise qu’en Angleterre; car, en Angleterre, on a le droit, — puisse-t-on le posséder toujours ! — de dire et d’écrire tout ce qu’on pense. » Je continuai ainsi à tenir un langage plein de fierté, quand il m’interrompit de la sorte : « Tout cela, me dit-il, ne fait que m’amuser, mais il y a dans vos journaux des observations qui produisent sur moi des sensations très différentes… » […]

Il se plaignit tout à coup d’une douleur dans l’orteil du pied droit, et m’ayant décrit la sensation qu’il éprouvait, il voulut savoir de moi si c’était la goutte. Je lui demandai s’il avait lieu de croire que cette maladie fut héréditaire dans sa famille. — Non, répondit-il ; seul, mon oncle, le cardinal Fesch, en a beaucoup souffert. Je répliquai que, même si cette maladie était héréditaire dans une famille, de l’exercice et un bon régime, dès les premières atteintes, retardaient souvent les accès et adoucissaient le mal quand on ne pouvait pas le prévenir. Je lui fis remarquer, en outre, qu’étant donnée la vie active qu’il avait menée jusqu’alors, j’étais d’avis que, depuis quelque temps, il ne prenait pas assez d’exercice pour avoir une bonne santé. Il me répondit : « Mes promenades à cheval ne sont pas assez prolongées: il m’est si désagréable d’être accompagné d’un officier, que je préfère courir le risque de toutes sortes de maladies en les abrégeant. Je ne ressens pas, du reste, d’inconvénients de ce manque d’exercice. L’homme s’habitue aux privations. Pendant six ans, je ne suis pas resté un seul jour sans monter plusieurs heures à cheval. A une autre époque, pendant dix-huit mois consécutifs, je n’ai pas quitté la maison. » Il se plaignit de nouveau d’être surveillé par un officier : « Vous connaissez, dit-il, la topographie de Sainte-Hélène et vous devez convenir qu’une sentinelle placée sur l’une de ces montagnes peut me suivre des yeux, depuis l’instant où je quitte cette maison jusqu’à celui où j’y rentre. Si un officier ou un soldat placé sur cette hauteur ne paraît pas suffisant à votre gouverneur, pourquoi ne pas en mettre dix, vingt, ou une compagnie de dragons ? Qu’ils ne me perdent pas de vue, mais qu’on me délivre de cet officier collé à mes côtés. » Croyez, mon cher ami, que je ne regretterai pas le travail que cette lettre m’a coûté, si j’ai été fidèle dans mes souvenirs et exact dans mes récits. Je sais d’avance le plaisir qu’elle vous procurera, et cette pensée me dédommage de mes peines. Les circonstances futures pourront seules décider si vous recevrez une autre lettre de Sainte-Hélène de votre fidèle ami.

W. WARDEN. »

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« Sainte-Hélène.

Mon cher Ami,

Une flotte venant des Indes vient d’arriver à Sainte Hélène. Cet événement, tout en me permettant de vous faire parvenir ma lettre précédente, m’a donné l’idée d’en commencer une autre. Jamestown a été envahie par les passagers, tous curieux comme d’habitude de voir Napoléon. Parmi eux se trouvait la comtesse de London. Durant son séjour à Sainte- Hélène, elle est descendue à Plantation-House, résidence du gouverneur. Le lendemain, sir Hudson Lowe a donné un grand dîner en l’honneur de cette dame. Il adressa au général Bertrand, pour le général Bonaparte, une invitation conçue avec une politesse si parfaite qu’il avait tout bleu de croire qu’elle serait acceptée. C’était la première fois que Napoléon était invité chez le gouverneur. On fit observer que la démarche provenait plutôt du désir de satisfaire la comtesse, que de l’intention de faire une civilité particulière à la personne à qui elle était adressée. C’est ainsi que l’on comprit la chose à Longwood. Le comte Bertrand remit la carte du gouverneur à son maître, qui la lut et la lui rendit sans la moindre observation : « Sire, dit le Maréchal, quelle réponse dois-je faire de la part de Votre Majesté? » — Dites que l’Empereur n’en a pas donné. J’ai passé la plus grande partie de l’après-midi de ce jour dans la chambre de Napoléon. Comme d’ordinaire, le temps s’est passé à répondre de mon mieux aux différentes questions que l’Empereur a jugé à propos de m’adresser. Ce jour-là, elles portèrent surtout sur l’état et la force des navires qui venaient d’arriver, sur notre commerce avec les Indes, sur le nombre des Anglais qui passent aux Indes ou en reviennent. Au cours de cette conversation, j’arrivai à parler de l’espérance des étrangers de l’apercevoir quand il irait à Plantation-House dîner chez le gouverneur. Cette petite observation tomba fort mal à propos, car je remarquai aussitôt le seul symptôme d’emportement que j’aie observé dans mes différentes visites à l’ex-Empereur. Ce symptôme se manifesta dans son ton, son regard et son geste, comme dans la précipitation de sa réponse : « Comment voulez-vous que j’aille dîner avec un peloton de soldats pour m’escorter? » Quelques instants après, il reprit son sang-froid accoutumé et me dit : « Après tout, on ne devait pas s’attendre à ce que j’accepte l’invitation. La distance est considérable, l’heure fort avancée et j’ai presque abandonné l’idée de dépasser les bornes qui me sont assignées, accompagné comme je dois l’être par un officier. » La comtesse de London quitta donc l’île sans avoir vu l’ex-Empereur. Elle manifesta, paraît-il, son mécontentement à ce sujet et si je puis hasarder une opinion (veuillez vous rappeler que c’est la mienne seule), je crois que le désappointement fut mutuel. Quelques jours après, Napoléon me demanda si j’avais vu la comtesse. Je répondis affirmativement et j’ajoutai qu’elle avait honoré le Northumberland d’une visite. — On lui a montré la cabine que vous occupiez durant le voyage et la chaise où les étrangers ne manquent pas de s’asseoir un instant. — Et la comtesse, répliqua-t-il, a-t-elle fait honneur à la chaise? Ne m’étant pas trouvé à cet instant dans la cabine, je ne puis lui répondre positivement. Il paraissait se complaire dans l’idée du prix que l’on semblait mettre à s’asseoir un moment sur sa chaise. » […] Je me suis trouvé à Longwood avec M. Raffles, l’ancien gouverneur de Java. Ce personnage brûlait d’envie de voir Napoléon. Sa curiosité devenait une véritable rage et on a tout fait pour la satisfaire. On lui dit que Napoléon était indisposé, rien n’y fit ; une heure fut désignée par l’ex-Empereur pour la réception de l’ex-gouverneur. Ce dernier ne savait comment exprimer la satisfaction que lui causait la façon dont il avait été reçu. Peu de temps après que M. Raffles eût pris congé, Napoléon m’envoya dire d’aller le joindre au jardin. Quand j’arrivai, il était entouré de toute sa suite, hommes et femmes. La voiture était prête, les chevaux sellés, tout était prêt pour le départ. Mon apparition dérangea leur projet. Au lieu de monter en voiture, Napoléon tourna la tête vers moi comme s’il voulait me parler. Je saluai en ôtant mon chapeau que je remis aussitôt sur la tête, tandis que les maréchaux, comtes et généraux restaient découverts. Cela ne me troubla pas trop. Mais ma galanterie se trouva un peu gênée par la présence des dames, dont un zéphyr bien indiscret souleva brusquement les jupes […] Nous avions causé au moins pendant vingt minutes, toute la suite demeurant dans son attitude respectueuse, quand je crus devoir me retirer. Mais il fit mine de ne pas s’en apercevoir. Au bout d’un moment cependant, il me salua légèrement et conduisit Mme Bertrand à la voiture. Il monta auprès d’elle. Je restai près de la voiture, lorsque, remarquant qu’il y avait une place inoccupée, il me demanda si je voulais aller me promener avec lui. J’acceptai de suite et je déclare que chez des villageois irlandais se rendant sur une charrette à la foire, il n’aurait pas régné plus de gaîté, d’aisance et affabilité. les chevaux allaient grand train, autant que les plaisanteries de Napoléon. Il commença à parler anglais. Ayant passé son bras autour du cou de Mme Bertrand il s’écria : « This is my mistress ! », voulant dire : « c’est ma maîtresse ! », pendant que la dame essayait de se dégager et que le comte, son mari, éclatait de rire. Napoléon me demanda s’il avait fait une faute. Quand je lui appris quelle était en anglais la signification du mot « mistress », il s’écria : « Oh ! Non non, je voulais dire : mon amour, mon amie ; non, pas mon amour, mon amie, mon amie. » Mme Bertrand ayant été indisposée pendant plusieurs jours, Napoléon désirait la faire rire et rendre la conversation familière. Pour me servir d’une locution dont on a abusé : il était l’âme de la société. Les détours de la route, rendus nécessaires par la nature du terrain, peuvent avoir une longueur de cinq à six miles. […] Ce fut la dernière visite que je fis à Napoléon. Quand j’ai pris congé de lui, il s’est levé et m’a dit : « Je vous souhaite santé, bonheur et bon voyage. J’espère qu’à votre arrivée vous trouverez vos amis bien portants et joyeux de vous revoir. » M. de Las Cases, le général Bertrand et toutes les personnes de la suite de Napoléon m’avaient témoigné tant d’égards, de sympathie et d’affection que je n’ai pu les quitter sans une vive émotion. Je n’ai jamais vu de famille plus aimable et plus unie que celle du général Bertrand. Sa tendresse conjugale et paternelle n’est pas moins digne d’éloges que sa fidélité envers son maître. Je termine ici mon récit. S’il me revenait en mémoire quelque autre particularité, je les mentionnerais dans un post-scriptum. Quant à la description que vous tiendriez à avoir de Sainte-Hélène, nous en reparlerons plus tard, au coin d’un bon feu, comme on sait les faire en Angleterre, et surtout chez vous.

En attendant et à jamais, je suis, etc., etc.

W. WARDEN. »

(Docteur CABANES, « Napoléon jugé par un Anglais. Lettres de Sainte-Hélène. Correspondance de W. Warden, Chirurgien de S.M. à  bord du Northumberland, qui a transporté Napoléon à Sainte-Hélène. Traduite de l’anglais et suivie des  Lettres du Cap de Bonne-Espérance. Réponses de Napoléon aux lettres de Warden…», Librairie Historique et Militaire Henri Vivien, 1901, pp.96-154).

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