( 3 mars, 2016 )

Paris, 3 mars 1815…

Paris, 3 mars 1815… dans TEMOIGNAGES n1

Voici un rapport qui vient compléter ceux de Beugnot. Il a été réalisé par le comte Anglès, chargé de la police du Royaume par Louis XVIII. Les bruits qui circulaient dans la capitale étaient fondés: le 1er mars, Napoléon avait débarqué à Golfe-Juan ; le 3, il parvint à Castellane, puis repart vers Barrême où il couchera.

Quelques mots sur le comte Jules ANGLÈS, (1778-1828). En 1799, il entre à l’École Polytechnique. En 1806, on le retrouve comme auditeur au Conseil d’État, puis intendant en Silésie, la même année. En 1809, il est en Autriche et devient maître des requêtes au Conseil d’État, chargé de l’arrondissement de la Police générale englobant les départements italiens. Au début de la première Restauration, Anglès est chargé par Louis XVIII de la police du Royaume par intérim, dépendant du comte Beugnot, ministre de l’Intérieur. En décembre 1814, Anglès prend définitivement la Direction de la Police du Royaume, par suite de la nomination de Beugnot comme ministre de la Marine.

C.B.

« 3 mars 1815.- Il circulait aujourd’hui, parmi les militaires, sans qu’on précisât aucune date, que Bonaparte avait quitté l’île, qu’il s’étai d’abord embarqué dans son canot pour une promenade et qu’il avait été rejoindre, en mer, un bâtiment napolitain qui l’attendait.

Cette fable, démentie par les nouvelles de l’île d’Elbe [cette précision est étonnante], était peu crue ; mais elle causait aux soldats une joie qui montre bien peu d’amélioration dans l’esprit des troupes. Des lettres, en date du 9 février, de l’agent secret que j’ai dans l’île, ne portent autre chose sinon que Bonaparte n’y serait  pas s’il devait en être retiré, malgré lui, où s’il essaierait d’en sortir, de lui-même.

Du reste, tout y était tranquille comme à l’ordinaire ; Bonaparte continuait ses courses à pied et à cheval et donnait quelques bals, comme pour se distraire, peut-être aussi pour tromper sur les craintes ou sur les projets qui l’occupent. Il était arrivé dans l’île une mauvaise chanson, venant de Paris, sans qu’on eût pu savoir par quel canal ; mais il en résultait, au moins, l’indice de communications établies.

La comtesse de Rohan (ou de Roanne) avait quitté l’île pour se rendre à Livourne, avec l’intention de venir de là à Marseille. Je charge les autorités locales de surveiller avec soin son arrivée dans cette ville et de l’y faire interroger en m’en rendant compte aussitôt. [André Pons de l’Hérault, dans ses « Souvenirs » sur l’île d’Elbe (voir mon édition, publiée par les Éditeurs Libres, 2005, pp.229-232), évoque cette comtesse de Rohan-Mignac, extravagante, sans aucunes bonnes manières et ayant un penchant certain pour la bouteille… Elle fit un bref séjour et personne ne regretta son départ] »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot, s.d.)

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