( 1 février, 2017 )

Lariboisière et Eblé…

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Lariboisière et Eblé appartenaient à cette race d’artilleurs qui, selon le mot de Napoléon, étaient purs comme de l’or. Jamais officiers de l’armée, disait l’Empereur, n’ont servi avec plus de distinction ni montré plus d’habileté, et il ajoutait que Lariboisière était bon et brave, qu’Eblé était un homme du plus grand mérite, vraiment extraordinaire. Mais ces deux héros de la retraite, ces deux généraux qui, suivant l’expression de Pion des Loches, furent les colonnes et les soutiens de l’artillerie, moururent à la fin de l’année 1812, tous deux à Königsberg et à peine échappés de Russie, Lariboisière, le 21 décembre 1812, Eblé, le 30. Lariboisière avait perdu son jeune fils à La Moskowa, et les épreuves de cette terrible campagne l’avaient brisé. Aussi demandait-il, obtenait-il le 9 décembre 1812 un congé du roi de Naples. Ce jour-là, le major-général Berthier écrivait, de Vilna, au duc de Feltre, ministre de la Guerre : « Par décision de ce jour, Sa Majesté a accordé un congé de convalescence, à M. le général Lariboisière, M. le général Eblé a été  désigné pour le remplacer dans le commandement de l’artillerie de l’armée. » 

L’Empereur confirma la décision du roi de Naples. Le 28 décembre 1812, il nommait Eblé commandant en chef de l’artillerie en remplacement de Lariboisière autorisé à rentrer en France. Bientôt, il sut que Lariboisière n’était plus. « J’ai, marquait-il à Berthier, le 30 décembre, appris avec bien de la peine la mort de Lariboisière. » Eblé était toutefois supérieur à Lariboisière, et Gassendi, l’homme certes le plus compétent en la matière, a nommé Eblé « le premier général d’artillerie de France sans contredit ». N’a-t-il pas construit les ponts de la Bérézina ? Service immense, et le plus signalé, le plus important des services qu’il ait, de son propre témoignage, rendus à la patrie ?

On ne peut, écrivait Castellane à la date du 26 novembre, « on ne peut donner trop d’éloges au général de division Eblé qui s’est donné une peine horrible. » Lui aussi mourait d’épuisement. Berthier espérait encore, le 24 décembre, qu’il pourrait reprendre son service dans quinze jours. Mais le 28, il mandait à l’Empereur qu’Eblé était dangereusement malade, et, dans le moment, sans connaissance. Eblé avait, durant la retraite, refusé de monter dans sa voiture et toujours couché, comme ses officiers, au bivouac. Et quelle douleur ce fut pour lui, à Königsberg, lorsqu’il constata que de toute l’artillerie allée à Moscou, il ne restait que cinq caissons et neufs bouches à feu, que les soldats étaient rentrés sans armes et sans équipement, qu’il fallait tout réorganiser ! 

Arthur CHUQUET. 

 

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