( 5 février, 2017 )

« Plongé dans la plus affreuse misère… »

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La lettre qui suit est d’un certain « R.S. », personnage resté anonyme. Elle est adressée à « Adrien Périot, avocat, à Marseille ». 

Gjatsk, le 12 octobre 1812, à 40 lieues [160 kilomètres environ] de Moscou. 

Je ne t’ai pas écrit depuis longtemps, mon cher Adrien, parce que je n’avais à t’annoncer que des nouvelles affligeantes.Plongé dans la plus affreuse misère depuis l’ouverture de la campagne, j’ai à supporter les fatigues, la faim, et même la vermine, dont je ne pouvais parvenir à me débarrasser. Ce n’est que depuis quelques jours qu’ayant été arrêté pour prendre la direction de l’hôpital de cette ville je suis parvenu à me tirer de ce malheureux état, malgré que ton ami s’est couché encore sur un tas de foin et qu’il regarde ce lit-là comme excellent,tant il [en] a trouvé d’autres plus mauvais. Pourquoi, me diras-tu, ne pas envoyer tout le monde au diable et revenir dans tes foyers ? Ce dessein serait exécuté depuis bien longtemps, si j’avais pu en obtenir la permission.Mais l’on me retient de force, sans pouvoir te marquer quand je pourrai sortir de cette servitude. 

J’attends avec impatience que la saison mette enfin un terme à notre guerre, afin de pouvoir profiter de ce moment-là pour regagner ma famille et ne plus m’en séparer. Comme je te l’ai déjà marqué plusieurs fois, j’ai un regret mortel d’avoir eu la sottise de courir encore aux armées, c’est une faute que je ne peux me pardonner. 

Ton ami, R.S. 

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Nota: Le dessin qui illustre ce document est du fameux lieutenant Chevalier, auteur d’un bon témoignage sur l’Épopée (Hachette, 1970). On reconnaît sur cette illustration Napoléon et son état-major près de Borisov.

 

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