( 27 février, 2017 )

27 février 1815…

90-004066

« 27 février [1815]. A huit heures du matin, nous nous trouvions à la hauteur de Capraia. Sa Majesté fit servir le déjeuner ; nous eûmes l’honneur d’y être admis. Après le déjeuner, Sa Majesté régla le quart, pour que le pont ne fût pas obstrué. A une heure, on signala la frégate anglaise sortant de Livourne. On fit force de voiles ; on coula bas un canot qui était à la traîne et qui pouvait retarder la marche du brick. La vue de la frégate nous donna de vives inquiétudes ; elles redoublèrent à la vue d’une frégate française stationnant sur les côtes de la Corse. A quatre heures, on signala un bâtiment de guerre venant droit, vent arrière, à la rencontre de la flottille. Comme il se dirigeait sur nous, l’Empereur ordonna toutes les dispositions pour se préparer au combat. En un clin d’œil le pont fut débarrassé. Tout le monde se casa dans les parties basses du bâtiment ; les grenadiers reçurent l’ordre de ne pas se montrer et de cacher leurs bonnets. Cette disposition tourmentait le capitaine, parce qu’il se voyait horriblement encombré. L’Empereur seul voulut rester sur l’arrière du brick. Le bâtiment approchait ; on reconnut que c’était le brick le Zéphyr, capitaine Andrieux. Les sabords avaient été ôtés, les pièces chargées. Sa Majesté disait : « Laissons approcher, et s’il attaque, sautons à l’abordage. » Ces paroles n’étaient pas rassurantes. Les deux bricks passèrent bord à bord. Le capitaine Taillade, officier de la marine française, était très connu du capitaine Andrieux, qui commandait le Zéphyr, et dès qu’on fut à portée, on parlementa. Sa Majesté dictait les demandes. On demanda au capitaine Andrieux où il allait… A Livourne. Il demanda à son tour quelle route tenait l’Inconstant. – Gênes. – On lui demanda s’il voulait communiquer avec nous ; il remercia et s’excusa en demandant comment se portait l’Empereur. – A merveille. – Et les deux bricks, allant en sens contraire, furent bientôt hors de vue l’un de l’autre. Dans la nuit, le vent fraîchit ; j’eus le mal de mer et j’en souffris beaucoup toute la nuit. »

(Guillaume Peyrusse,  « En suivant Napoléon. Mémoires, 1809-1815″, Dijon, Cléa, 2009. Préface, notes et complément par Christophe Bourachot).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés

Pas de commentaires à “ 27 février 1815… ”

Fil RSS des commentaires de cet article.

|