( 23 mars, 2017 )

Aux Tuileries…

« 23 mars 1815. Sa Majesté me nomma son Trésorier général. Je fus au lever de Sa Majesté pour la remercier. Les salons étaient pleins, les uniformes frais et brillant; le mien se ressentait de la campagne que je venais de faire et la broderie était mince. J’étais un personnage très nouveau pour tous ces courtisans, et je voyais dans leurs regards que je ne leur faisais pas grand effet ; mon habit me valait cela. On annonça l’Empereur. Toute la foule se presse pour se trouver sur ses pas, généraux, préfets, conseillers d’état, chacun, comparant sa broderie à la mienne, croit pouvoir m’effacer et se mettre devant moi. Je savais que je ne perdrais pas pour attendre. Sa Majesté, entrant dans le cercle, le faisait agrandir ; les rangs diminuaient ; Sa Majesté m’aperçut, un sourire gracieux m’accueillit. Elle me poussa dans l’embrasure d’une croisée ; tous les regards étaient fixés sur moi. Sa Majesté me demanda si j’avais rendu à la Banque les fonds pris à Lyon, et en même temps me demanda un état de situation de la caisse des Tuileries. Je m’empressai de faire mes remerciements à Sa Majesté de la haute marque de confiance qu’elle avait bien voulu me donner. – « Venez tous les matins, me dit-elle, j’aurai divers ordres à vous donner. » Sa Majesté rentra dans le cercle et me quitta d’un air bienveillant. Je fus dès lors l’objet de beaucoup de prévenances apparentes ; on chercha les occasions de lier un entretien avec moi. Quand j’annonçai que je venais de l’île d’Elbe, on s’empressa autour de moi. Je poussai jusqu’au salon du trône, où ceux qui m’avaient interrogé n’avaient pas le droit de me suivre. » (Guillaume PEYRUSSE, Mémoires).

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« J’allai aux Tuileries, et je trouvai l’appartement intérieur de l’Empereur rempli de monde. Déjà les anciens grands officiers de l’Empire avaient repris leurs fonctions […]. Les sénateurs qui n’avaient pas été nommés pairs par le Roi reparaissaient avec leurs habits sénatoriaux ; les conseillers d’État avaient également endossé leur ancien costume. Des ministres, des maréchaux, des généraux et un grand nombre d’officiers de tout grade étaient accourus, et la cocarde tricolore parait de nouveau sur les chapeaux des militaires. La métamorphose était aussi subite que complète. Au milieu de cette foule empressée, Napoléon se montra calme, et l’on ne remarquait dans ses yeux aucun signe d’étonnement ou d’exaltation. Il semblait que rien d’extraordinaire ne fût arrivé et qu’il se trouvât là, comme s’il n’avait jamais cessé d’y être. » (MIOT DE MELITO, Mémoires., tome III, pp.378-379).

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