( 4 avril, 2017 )

La campagne de 1809 racontée par un soldat…

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Odenburg, en Allemagne [actuellement Sopron, en Hongrie], le 29 juillet 1809.

Mes Chers frères et sœurs. 

Je vous écris une lettre pour m’informer de l’état de votre santé. La mienne est très bonne pour le présent et je souhaite que la présenté reçue vous ne trouve de même. Je vous dirai que je suis parti le 29 du mois de mars de Mondovi pour aller à Livourne en Toscane, mais nous n’avons été qu’à Florence à 3 jours de Livourne. Nous avons retourné avec notre régiment qui revenait de la Calabre pour aller nous battre contre l’empereur d’Autriche. Nous avons eu plusieurs fortes batailles, celles pour passe l’Adige qui est une très grande rivière. L’ennemi avait coupé le pont que nous avons été obligé de passer la rivière à la nage. Il y avait une demi lieue à traverser et elle était si fort rapide que l’on a été obligé de faire demi tour après l’avoir bientôt passé, car tout le monde se noyait avec leurs chevaux. Le courant était si rapide qu’un homme qui aurait voulu la passer seul se serait envolé comme une mouche. Il fallait mettre 12 ou 15 hommes se tenant par les bras ensemble pour passer la rivière et on avait de l’eau jusqu’au cou. Le lendemain, nous l’avons traversé mais il n’empêche qu’il y a eu beaucoup de soldats qui se sont noyés. Après cela nous avons commencé une très grande bataille. Nous avons mis l’ennemi en déroute et nous avons poursuivi notre route sas nous battre jusqu’à la grande affaire du 14 de ce même mois de juin [bataille de Raab].

Ce fut une très grande bataille qui a duré 3 jours sans jamais discontinuer. Il y a eu beaucoup de tués de part et d’autres ; plus d’autrichiens tués que de français. Nous les avons fait battre en retraite jusqu’à la grande affaire et la grande bataille des 5 et 6 juillet [celle de Wagram]. On n’avait jamais vu une pareille boucherie, la canonnade a duré 3 jours et 3 nuits sans jamais finir.  Nous les avons fait battre en retraite vingt lieues passé Vienne en Autriche, et nous avons passé le Danube, qui est un très grande rivière. Nous avons passé une demi lieue proche du faubourg de Vienne en Autriche, sans ne pouvoir entrer dans la ville vu que ce n’était pas notre route. A présent nous sommes campés à la ville d’Odenburg, à 3 jours de Vienne du côté de la France ? Nous avons une cession [suspension] avec l’empereur d’Autriche. Pour le présent il n’y a rien de nouveau. 

Je vous prie de m’envoyer de l’argent de suite, car j’en ai grand besoin. Vous ne sauriez croire le plaisir que vous me ferez en m’envoyant de l’argent, c’est un triste état que d’être soldat et d’en être dépourvu.  Bien des compliments à mes frères et sœurs ; à mes oncles et tantes, cousins et cousines et à tous mes amis qui demanderaient après moi. Je les embrasse tous du plus profond de mon cœur et sans oublier mon tuteur et ma marraine. Je suis avec Jean Oulio, de Basset. Il fait bien des compliments à son père et à sa mère, à ses frères et sœurs, à ses oncles et tantes ; cousin et cousines. Mon adresse est à M. Jacques CHAPON, chasseur au 23ème régiment d’infanterie légère, 1er  bataillon, 2ème compagnie du camp de la ville d’Odenburg, de la division du général Durutte, de l’armée d’Italie.  Sachez que André Barté a été tué d’un boulet de canon. 

Destinataire : M. Jacques CHAPON, demeurant à Pimparoux, commune de La Voûte, canton de Saint-Paulien, arrondissement du Puy, département de la Haute-Loire. 

(Source : Archives départementales de la Haute-Loire (cote R.5973) ).

 

 

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