( 21 avril, 2017 )

La CAMPAGNE de 1813 vue par le Baron FAIN (2ème partie).

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Dresde, 13 juin 1813. 

…Nous sommes toujours dans nos loisirs de Dresde. On nous chante de la musique italienne tous les loisirs. Nous prenons des glaces et dormons ensuite. Pour donner un peu de piquant à cette manière de vivre, je me suis décidé à prendre médecine demain. 

Wittenberg, ce 10 juillet 1813. 

J’ai reçu la lettre où tu me fais une description si complaisante de notre fille Adèle. Je te cède aujourd’hui tous mes droits sur ce petit phénomène et quand je pourrai lui donner le bras tu me la rendras. 

Dresde, ce 15 juillet 1813. 

Nous venons de faire une promenade d’une centaine de lieues en cinq jours et nous avons eu bien chaud. 

Dresde, 20 juillet 1813. 

Je n’ai qu’un pied à Mayence, l’autre et resté à Dresde. 

Dresde, 27 août 1813. 

Nous voici de retour à Dresde. Il était temps d’y revenir pour empêcher MM.les Autrichiens de coucher dans nos logements. Je crois que maintenant ils en ont perdu l’envie. 

Liebstadt, 10 septembre 1813. 

Nous sommes, toujours en mouvement. Aujourd’hui nous voici aux portes de la Bohême, il y a peu nous étions à celles de la Silésie. Jamais, je crois, l’Empereur n’a fait une campagne plus active. Liebstadt est dans le fond d’une veillée profonde. On dirait que c’est la petite ville de la vérité, car elle est placée au fond d’un puits. Ce pauvre petit pays est embelli aujourd’hui par tout ce que la guerre a de charme, et je crois qu’il s’en passerait bien. 

Pirna, 16 septembre 1813. 

J’ai toujours été par vaux et par monts depuis ma lettre de Liebstadt. Nous avons d’abord mis un pied en Bohême, ensuite nous sommes revenus à Dresde, aujourd’hui nous étions à Pirna, la Suisse allemande. L’autre jour je couchais dans la voiture, avant-hier sur une botte de paille, hier dans un bon lit, aujourd’hui sur un canapé. Je ne fais que passer de la bonne à la mauvaise fortune et je n’en dors pas moins bien. 

Du château de Harfau par Bautzen, 24 septembre 1813. 

Vous avez beau courir au Hâvre, je n’en suis pas moins coureur en chef de la famille : depuis six semaines, je ne suis pas deux jours de suite dans la même lieu ; cependant nous ne sortons pas du même cercle. Aussi je finirai, je crois, par connaître mieux les environs de Dresde que ceux de Paris. 

Erfurt, 22 octobre 1813. 

J’arrive ici en très bonne santé. Tu vas maintenant recevoir de mes nouvelles plus exactement. L’Empereur m’envoie en avant pour déchiffrer les quinze estafettes arrivées qui l’attendaient ici. 

Mayence, ce 2 novembre 1813. 

Pour arriver ici il a fallu passer par-dessus le ventre de Messieurs les Bavarois [à Hanau]. De Selve a été blessé, un coup de mitraille lui a frappé le bras droit au moment où il chargeait sur les batteries de l’ennemi. Il n’a rien de cassé, la blessure sera bientôt guérie, et c’est une bonne fortune militaire dont nous lui devons tous des compliments… Les temps sont durs. Je reviens avec vingt mille francs de revenu de moins [ses dotations de 1809 en Poméranie suédoise et de 1811 sur le Mont-de-Milan]. Et c’est encore bien heureux que je revienne. Au surplus mon costume est bien celui de ma mauvaise fortune. J’arrive en loques, on est occupé en ce moment à recoudre mes culottes, mon habit et mon manteau. 

Fin. 

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