( 13 mai, 2017 )

Une lettre du général Ledru des Essarts à sa sœur.

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Elle est extraite du très intéressant ouvrage de Jean-Louis Bonnéry et intitulé : « Ledru des Essarts, un grand patriote sarthois méconnu » (Le Mans, chez l’Auteur, 1988). Ce livre fut tiré à compte d’auteur. Madame Lepron, sœur du général Ledru des Essarts, demeurait à La Flèche, ville du département de la Sarthe bien connue pour son prytanée militaire. 

 

Magdebourg, 6 février 1813. [Le général avait d'abord écrit "janvier" mais il l'a barré pour mettre "février"]  

Ma chère amie, 

Je t’ai écrit de Mariembourg le 22 décembre dernier. J’ai écrit en même temps à plusieurs autres personnes, entr ‘autres à mon frère. Tous excepté toi, m’ont répondu. Écris-moi à Mayence où je serai dans huit ou dix jours. Je rentrerai quelque temps ou dans les environs et j’y attendrai les ordres du ministre. S’ils pouvaient que dans 4 ou 5 mois, la saison des eaux arriveraient et je prendrais les bains d’Aix ou de Wiesbaden dont j’ai grand besoin. Ma santé n’est pas mauvaise mais elle est bien loin d’être aussi forte que l’année dernière. Tu ne peux te faire une idée de ce que j’ai souffert. Seul de tous les généraux du 3ème corps, je suis constamment resté debout et à la tête des troupes ; tous les autres ont succombé soit à leurs blessures, soit à  leurs fatigues. Des officiers, beaucoup plus forts que moi ont péri sur la route ou se sont laissé prendre faute d’énergie. J’ai trouvé la faim, le froid, les marches de nuit et j’ai dû m’occuper des continuelles dispositions à prendre dans l’arrière-garde dont j’ai été chargé pendant plus de 200 lieues [environ 1800 kilomètres], sans éprouver d’autre mal que la fatigue.

Cinq de mes domestiques sont morts. J’en ai heureusement conservé trois. 

Trop occupé par la troupe pour surveiller mes propres affaires, j’ai perdu caisson, voitures, bagages et vingt-deux chevaux. Trente mille francs ne rétabliraient pas mes équipages comme je les avais à l’entrée de a campagne. Cependant, ma chère maie, tout ce dévouement, tous ces sacrifices sont en pure perte pour moi puisque jusqu’à présent, je n’ai pu obtenir un emploi de 6 jours pour mes frères, tandis que des intrigants, des criquets qui ne peuvent faire que des courbettes, ou qui d’engraissent sans coup férir dans un bureau, obtiennent ce qu’ils veulent. Si l’honneur national ne me faisait un devoir de rester encore dans le nord, le dépit et le dégoût me feraient abandonner cet ingrat métier ; mais si la campagne qui va s’ouvrir ne m’enlève pas et si j’existe encore à la paix qui se fera avec la Russie, je ferai en sorte de recouvrer ma liberté et d’aller cultiver mon jardin. Donne-moi quelques détails sur ton ménage et sur tes affaires . Je t’embrasse bien amicalement ainsi que ton mari. 

Ton frère affectionné. 

LEDRU DES ESSARTS. 

 

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