( 17 juillet, 2017 )

Une lettre d’un sergent du Premier Empire…


Une lettre d’un sergent du Premier Empire... dans TEMOIGNAGES La-division-Broussier-à-Wagram

Ce document fut publié la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en mars 1902. Nous l’avons rétabli dans une orthographe correcte pour une meilleure compréhension ; combien de ces « Braves » écrivirent à leurs proches en langage phonétique !

C.B.           

Le sergent Humblot était né en 1780 à Savonnières-devant-Bar (Meuse). Il était caporal au 84ème de ligne lors du fameux combat de Saint-Léonard-sous-Groetz et s’y conduisit en héros.

Fait au camp de Groetz, le 16 août 1809.

Mon cher père et ma chère mère,

La présente pour m’informer de l’état de votre santé. La mienne est fort bonne, Dieu merci. Je souhaite de tout mon cœur que la présente vous trouve de même.Tendres père et mère, je vais vous donner un petit détail de l’entrée en campagne qui a eu lieu le 11 avril. Nous fûmes repoussés par le  nombre 70 lieues en arrière. Le 11 avril à Venzone, le 16 avril à Sacile, le 4 mai à La Piave, le 8 à Brenta, le 16 mai au fort de Prewald, le 22 à Laybach, le 1er juin à Groetz, le 6 juillet eut lieu une bataille à 1 contre 10 comme vous pouvez le lire sur les Bulletins. Tendre père, nous sommes arrivés le 1er juin à Groetz, le fort a été bloqué pendant 3- jours par les Français. Le bombardement a commencé le 6 juin et a duré jusqu’au 6 juillet nuit et jour. Le 6 juillet [le sergent Humblot fait une confusion de dates ; c’est le 25 juin 1809 au soir que se déroula l’héroïque combat de Groetz] 2 bataillons se sont battus depuis 10 heures du soir jusqu’au 7 juillet à 8 heures du soir. Les deux bataillons se montaient à 700 hommes et l’ennemi était de 1,000 hommes [Humblot donne aux 1er et 2ème bataillons un effectif un peu moindre qu’il ne l’était en réalité. Dans son appréciation de la force de l’ennemi il a vraisemblablement oublié un zéro] et nous leur avons fait 600 prisonniers et 2 drapeaux. Sa Majesté l’Empereur et Roi a ordonné à notre colonel de mettre  à nos drapeaux la phrase « Un contre dix ». Le 84ème régiment s’est couvert de gloire et de lauriers. Tendre père, j’ai été blessé au bras mais légèrement. Dans toutes mes campagnes j’ai été renversé 4 fois par le boulet. La 1ère fois à Sacile : le boulet m’a coupé mon shako sur ma tête. La 2ème  fois le boulet a tué 3 hommes. J’étais au serre-file : le boulet tue les deux premiers et au troisième lui coupe la tête. Le choc m’a couché et j’ai été éclaboussé de chair et de cervelle. Les deux autres fois on m’e croyait mort. Tendre père par ma vaillance, par mon courage que j’ai montré au champ d’honneur et par ma bonne conduite, j’ai été nommé par les vœux de l’empereur sergent et en même temps nommé membre de la Légion d’honneur. Ainsi, voyez tendres père et mère la manière dont je me suis conduit.  J’ai été obligé d’emprunter 130 francs à mon capitaine. J’espère que sitôt la présente reçue nous m’honorerez d’une lettre et que vous ferez votre possible afin de m’envoyer au moins 200 francs. Depuis le 11 avril nous n’avons couché dans aucun lit. Tous les jours au bivouac nous sommes mangés par la vermine.

Mon frère Dominique est venu me voir le jour de la fête à Vienne [jour de la bataille de Wagram, le 6 juillet 1809], aimable jour du champ d’honneur auquel on a eu 1000 hommes hors de combat tués et blessés. Je n’ai pas eu le plaisir de l’avoir vu. Mon capitaine et mon lieutenant, le sergent-major ont été tués. Je n’ai pas pu quitter la compagnie. Le fils Burtout a la cuisse coupée. Je finis ma lettre en vous embrasant de tout mon cœur et tout Savonnières, et je suis pour la vie,

Votre fils

HUMBLOT, sergent.

 

 

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