( 25 juillet, 2017 )

Souvenirs sur les troupes suisses…

Souvenirs sur les troupes suisses... dans TEMOIGNAGES RS-238x300

Cette note du général Ameil a d’autant plus d’importance qu’elle rectifie et contredit un passage des mémoires du général baron de Marbot qui a provoqué en Suisse de très vives polémiques.

Il y avait à l’armée française en Russie quatre régiments suisses désignés par les numéros 1, 2, 3, 4. Ces corps étaient peu nombreux, mais d’une assez bonne composition ; ils faisaient partie du 2ème corps d’arme commandé par le maréchal Oudinot, duc de Reggio ; ils composaient la division du général de division Merle et avaient pour généraux de brigade : le général Candras et le général Amey. On avait contre ces corps  je ne sais quelle prévention… et le général de division Merle y donna peut-être lieu. Mécontent de commander des étrangers, il affectait de ne point compter sur eux pour un jour d’affaire. Il résultait que ces troupes étaient toujours en réserve, par conséquent dans une position humiliante. Cela avait encore l’inconvénient d’affaiblir le 2ème corps d’un tiers de sa force puisque jamais cette division n’était mise en action. Ces troupes suisses ne conduisirent cependant bien. Elles étaient disciplinées, couraient peu, ne s’abandonnaient pas à la maraude ; Un détachement de 300 Suisses de je ne sais quel régiment, peut-être même pris sur les quatre, fut envoyé pour faire des vivres, de Disna, sur le Dwina, à l’abbaye de Valeintzouï, sur la Drissa. Il ne comptait pas y trouver l’ennemi : il fut vivement attaqué. Il était abandonné à lui-même, sans cavalerie et avait fait une retraite de trois lieues à travers un pays découvert. Il la fit en ordre et ne fut point entamé. Il soutint même un détachement de 30 chevaux du 24ème de chasseurs qui venait de reconnaissance des bords de la Drissa [et] était vivement poursuivi.  Le 3ème régiment avait été détaché dur la droite de la Dwina pour garder la tête du pont de Roudnia. Il avait en avant de forts piquets. Le 3ème de lanciers, commandé par le colonel Lebrun, fils de l’archichancelier, était en avant, battant et éclairant le pays entre Vitebsk et Polotsk ; il fut surpris, dans son bivouac par un parti de cosaques, mis dans un désordre affreux. In ne dut qu’au chef de bataillon Grotte (du 3ème régiment) d’avoir pu se rallier e sauver les débris de son corps. Ce chef de bataillon fut mis à l’ordre pour sa bonne contenance. Le 1er régiment, qui était campé à la gauche de Polotsk, défendit, le 17 octobre 1812, les approches du camp retranché de Polotsk. Ils soutinrent l’assaut avec la plus grande fermeté. Leur courage pensa même compromettre la sûreté du camp. Ces braves régiments, après avait repoussé une attaque, sortirent des lignes la baïonnette au bout du fusil et firent un carnage affreux dans des régiments de la marine russe.

Leur succès les désunit et faillit leur être fatal. Ils rentrèrent un peu en désordre, serrés de très près… mais firent bientôt volte-face. Ces deux régiments suisses éprouvèrent une perte considérable. Le chef de bataillon Dulliker (1er régiment), de Lucerne, déjà connu pour sa conduite distinguée à Saint-Euphémie, en Calabre, fut tué glorieusement à la tête de ses plus braves grenadiers en repoussant l’un des assauts. Le colonel Castella, de Fribourg, commandant le 2ème régiment, eut un cheval tué et fut lui-même légèrement blessé. Un M. Vonderweidt, de Seedorf, dont je ne me rappelle pas le grade, eut un cheval tué. Le lendemain, dans la nuit du 19 au 20, l’évacuation de Polotsk ayant été décidée, le 4ème régiment suisse, qui avait toujours tenu garnison dans la place, fut chargé de faire l’extrême-arrière-garde et de soutenir la retraite. Il était formé sur lap lace des Jésuites et commençait son mouvement rétrograde quand les Russes débouchèrent avec la plus grande vigueur par le pont de La Polota. Les Suisses font volte-face, se précipitent en avant, refoulent les Russes hors de la ville, leur font 500 prisonniers, à la tête desquels était un certain Anglais, nommé Willoughby, fort connu par des aventures précédentes. Ce brave régiment suisse continue alors son mouvement et repasse en ordre la Dwina dont il fait rompre les ponts. Ce corps était commandé par le colonel d’Affry. On avait jusque-là regardé les troupes suisses avec indifférence. Leur contenance et leur valeur à Polotsk devient dès lors le modèle du corps d’armée. Le maréchal Gouvion Saint-Cyr traitait ces troupes avec beaucoup d’égards et de considération. Les troupes suisses se distinguèrent encore plusieurs fois lorsque le 2ème corps manœuvrait en retraite pour se joindre au 9ème corps, que le maréchal Victor, duc de Bellune, amenait de Smolensko.  Le 30 octobre, elles firent la meilleure contenance  à Tsanichi et y éprouvèrent des pertes en défendant Tsanichi et en passant le pont de Smolian. Le 28 novembre, elles eurent part au combat sanglant que le 3ème corps soutint dans les bois de Borisov pour couvrir le passage de la Bérézina. Le général de brigade Candras fut tué à la tête de la brigade. Le général de brigade Amey fut fait général de division pour la conduite des Suisses à Polotsk. Comme c’est un homme fort médiocre, on peut dire qu’il dut cette faveur à la bravoure de ses troupes. 

On ne mentionna point honorablement, on ne cita même point, je crois, dans le temps, la belle conduite de ces troupes. Cela tint aux circonstances. Les malheurs commençaient ; on ne nommait plus personne, on laissait voir les résultats malheureux sans même indiquer les troupes dont le courage et la patience les avaient retardés : les Suisses méritaient un éloge authentique. Le colonel Castella se tira assez bien d’affaire et fut nommé général de brigade. C’était une preuve de satisfaction donnée aux troupes suisses. Un M. Abiberg lui succéda comme colonel.

Colonel AMEIL. 

Témoignage publié en 1907 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

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