( 5 août, 2017 )

Une lettre du payeur du Trésor de la Couronne…

Guillaume Peyrusse

« Au quartier-général de Wittebsk [Vitebsk], le 1er août 1812.

Ma dernière [lettre] était de Vilna, mon cher André. J’ai quitté cette résidence le 17 juillet pour suivre les mouvements de l’Empereur et suis arrivé ici le 29 juillet, en fort bonne santé, quoique j’aie fait une route de plus de cent lieues dans des pays arides ; heureusement que j’avais avec moi ma cantine et que bivouaquant au milieu d’une forêt, je buvais du bon vin, je mangeais de l’excellent biscuit et de la très bonne salade et avait dans un de mes fourgons un très bon lit fait avec des peaux d’ours. Nos troupes ont toujours marché depuis Vilna en arrière des russes ; enfin ils avaient pris position à Ostrovana, à deux lieues de Wittepsk dans une position superbe, et faisaient mine de vouloir nous arrêter. Sa Majesté s’y est portée de sa personne, et, dans les journées du 25 et du 26, 80,000 Russes commandés par le grand duc Constantin ont été chassés par l’armée d’Italie et la cavalerie du roi de Naples [Murat], avec une telle précipitation que l’affaire n’a pas été générale. Le grand duc Constantin s’est jeté dans Vitteps[Vitebsk], a brûlé le pont et s’est dirigé sur Saint-Pétersbourg et sur Moskou [Moscou], mais déjà sur les deux routes on l’a gagné de vitesse. Cette armée n’a pas de plan fixe. Sa Majesté les déconcerte par ses manœuvres ; elle est toujours là où on ne la croit pas. Nous voilà établis à Vitepsk [Vitbesk]. Sa Majesté y est entrée le 28 [juillet] au matin. Cette ville est assez jolie : elle est la capitale du gouvernement russe de Vitepsk [Vitebsk], dans une jolie position sur la Duna ; elle renferme douze mille habitants. Sa Majesté paraît devoir s’y établir pour quelque temps. Nous sommes à cheval sur les deux premières grandes routes de Russie. Nous commençons à éprouver de fortes chaleurs et à n’avoir presque pas de nuit. Notre armée est toute en avant. Je crois qu’on la laisse reposer : on ne fait pas sept cent lieues [environ 2800 kilomètres] impunément… »

Guillaume [PEYRUSSE]

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier», Perrin et Cie, 1894, pp.77-78). L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.)

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