( 13 août, 2017 )

Une lettre du général Desvaux de Saint-Maurice à sa femme.

Une lettre du général Desvaux de Saint-Maurice à sa femme. dans TEMOIGNAGES 06503074

Voici une des ces fameuses lettres interceptés par les Russes. Le général baron Jean-Jacques Desvaux de Saint-Maurice, est né le 16 juin 1775, à Paris. Il est nommé général de division en 1813. Cet officier sera tué à Waterloo, avec le grade de colonel de l’artillerie de la Garde. 

Viasma, le 1er novembre 1812. 

Ma bonne petite femme, impossible de t’écrire lorsqu’on marche depuis quatre heures du matin jusqu’à six ou sept heures du soir dans une saison où il fait encore obscur à sept heures du matin et déjà nuit à cinq. Impossible de t’écrire lorsqu’on bivouaque tous les soirs dans une saison où il fait déjà bien froid, où l’on ne pense qu’à se chauffer. La privation  du sommeil est ce qui me coûte le plus, car depuis notre départ de Moscou, je n’ai guère eu que quatre heures de sommeil par nuit.  On arrive à 6 heures, on se chauffe et l’on mange jusqu’à 10, et il faut se lever à 2 pour partir et faire partir à 4 heures du matin. Voilà ma vie présente, ma bonne amie. Nous avons eu occasion de tirer le canon le 25 de ce mois après la ville de Malojaroslavetz contre une division de cosaques, qui était venue nous inquiéter jusqu’autour du quartier-général.  Nous avons tiré seulement 250 coups de canon et cette petite affaire était terminée vers les midis.  C’est le 1er escadron de l’artillerie à cheval qui s’est battu, celui de Georges [Le chevalier Georges de Lemud, capitaine de la 1ère compagnie de l’artillerie à  cheval dela Garde Impériale.  Il avait été promu chef d’escadron le 1er octobre 1812] était derrière en position.  Le colonel Marin [Major de la vieille Garde (colonel) à la suite de l’artillerie à cheval de la Garde Impériale, commandant le 1er escadron] a été blessé à la cuisse d’un boulet de canon qui heureusement n’a pas pu toucher l’os. Il marche avec nous dans son fourgon, où il se trouve aussi bien que possible. J’espère que sa blessure n’est pas dangereuse, mais comme il désire annoncer lui-même cet accident à sa femme, n’en parle à personne la première. N’attends pas de lettre de moi de longtemps et sois tranquille sur mon compte : ma santé est toujours très bonne, Dieu merci !    Plains-moi un peu de coucher dehors toutes les nuits par le temps qu’il fait ; cependant je te dirai qu’avec mes deux pelisses je n’ai pas froid du tout. 

Doucet te dit bien des choses ; il commence ma soupe dans ce moment. 

Adieu, bonne… 

DESVAUX. 

 

 

 

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