( 25 septembre, 2017 )

Lettre du 25 septembre 1812…

Lettre du lieutenant Pierre Paradis du 25ème de ligne à son père, marchand ferblantier, rue Saint-Laurent à Grenoble (Isère).

Moscou, le 25 septembre 1812.

Mon cher papa, c’est de cette superbe capitale, aujourd’hui presque réduite en cendres, que je m’empresse de te donner de mes nouvelles, pensant bien qu’après avoir été autant exposé dans cette terrible campagne, il te sera agréable d’apprendre que j’avais été quitte pour une balle morte qui était venue me frapper dans l’endroit sensible, car si j’avais pas eu ma lévite bouclée et mise en bandoulière autour de moi, malgré que la coquine avait perdu une grande partie de sa force, elle me perçait le cœur puisqu’elle a bien eu celle de percer l’étoffe en dix doubles. J’ai assisté dans une grande partie des batailles que nous avons eues depuis le commencement de la guerre, mais je jure qu’aucune n’approchait à celle que nous avons eu le 7 de ce mois avec les Russes. Je puis t’assurer que le champ de bataille était couvert de morts. J’ai compté moi-même 20 Russes étendus contre un Français. Leur perte est inconcevable. Figure-toi une affaire générale qui a duré depuis 5 heures du matin  jusqu’à dix heures du soir. On s’est même tiraillé une partie de la nuit. On compte sue leur armée était forte de 150.000 hommes qui, ce jour-là, ont obtus donné. Notre nombre était à peu près le même, mais la Garde Impériale n’a pas donné. Je ne puis mieux te comparer le feu continuel pendant tout ce temps qu’au tonnerre le plus grondant. La mitraille, les boulets et les obus nous sifflaient par les oreilles comme les balles, aussi lorsque le calme est venu je te jure que, malgré le mauvais temps, il n’a pas fallu me bercer pour m’endormir, car aussitôt que je me suis jeté sur la terre j’ai fermé les yeux et ne les ai ouverts qu’au moment où mes soldats m’ont réveillé le lendemain matin pour manger la soupe dont j’avais comme eux grand besoin. Enfin je voudrais bien te détailler toutes les circonstances de cette fameuse campagne, mais il me faudrait trop de temps et plus d’une rame de papier ; il te suffira de savoir que nous avons été toujours victorieux et que mon régiment a formé l’avant-garde de l’armée pendant 15 jours et que tous les jours je me battais avec la compagnie que j’ai l’honneur de commander depuis la première affaire comme lieutenant, car il est bon de t’apprendre que par décret impérial du 25 novembre 1811, j’avais été nommé sous-lieutenant et que par décret du 10 juin dernier S.M. lui-même, en sa présence dans la cour de son palais à son passage à Dantzig, en passant notre régiment en revue, m’a nommé lieutenant et que mon colonel huit jours après m’a nommé lieutenant chargé de l’habillement et armement du régiment.

Je t’embrasse, ton bon fils.

PARADIS.

(« Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812… », La Sabretache, 1913, pp.23-24).

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