( 9 novembre, 2017 )

Une LETTRE du GENERAL COMPANS…

06502477.jpg

J’ai déjà diffusé sur le présent Blog, une lettre de ce général. Celle-ci est adressée à sa femme depuis les neiges de Russie… 

Dorogobouje, le [resté en blanc] novembre 1812. 

Ma chère Louise, j’ai reçu hier avec une extrême joie cinq de tes lettres. Elles ont calmé une double inquiétude que j’éprouvais depuis plusieurs jours, celle d’être sans nouvelles de toi et celle de voir par ta correspondance qu’aucune des lettres, que j’avais écrites après celle du 7 septembre, ne te parvenait ; cette double inquiétude cesse enfin. Je me rapproche tous les jours de toi et j’espère que cet hiver notre correspondance qui fait tout mon bonheur reprendra toute son activité. Ma division a combattu plusieurs jours de suite à l’arrière-garde  et toujours avec beaucoup d’ordre et de bravoure ; mais le 2 de ce mois devant Viasma elle prit part à un combat assez sérieux  où elle ajouta beaucoup à la gloire qu’elle s’est acquise pendant cette campagne. Le 57ème régiment a bien  justifié le surnom de « Terrible » que l’Empereur lui donne en Italie. Il s’est fort distingué dans cette campagne ; j’ai été aussi très satisfait des trois autres régiments [25ème, colonel Dunesme, 61ème  colonel Bouge et 111ème, colonel Julliet]. Mon artillerie ne m’a rien laissé à désirer ; elle était parfaitement conduite. Je connaissais déjà l’intérêt que Mme de Lépine avait bien voulu prendre à ma blessure et je t’avais priée d’être auprès d’elle l’interprète de ma gratitude et de tous mes sentiments. On dirait que je me suis donné le mot avec cette aimable dame pour te mettre dans la confidence de ce que nous avons l’un pour l’autre. Réitère-lui que je l’aime bien et que je saisirai toutes les occasions de le lui témoigner. Je ne m’intéresse pas moins à sa santé qu’elle ne s’est intéressée à ma blessure. Je conçois que ta famille n’ait pas été moins inquiète que toi sur mon compte, voyant ma correspondance cesser après le 7 septembre. Je conçois aussi qu’elle ait vivement partagé toute la joie lorsque tu reçus à la fois cinq lettres qui te donnent de mes de mes nouvelles jusqu’au 14. J’aime cette bonne famille autant qu’elle peut m’aimer et j’espère qu’un temps viendra où nous passerons d’heureux jours ensemble. L’accident d’un de tes beaux yeux n’aura probablement pas de suites fâcheuses, ma chère Louise. C’est ordinairement un mal très passager qu’un coup d’air de cette espèce. Je vois  avec plaisir que ta santé et celle du petit Monique-Napoléon [Dominique-Napoléon, son fils] ; ménage-les bien l’une et l’autre.

Je t’écris au bivouac, la neige tombe en ce moment d’une telle force qu’elle m’oblige à finir cette lettre. Je vous embrasse de cœur et d’âme. 

Comte D.COMPANS 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés

Pas de commentaires à “ Une LETTRE du GENERAL COMPANS… ”

Fil RSS des commentaires de cet article.

|