( 2 décembre, 2017 )

« Je me souviens du 2 décembre 1805… »

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Jean-Stanislas Vivien (1777-1850) s’engage dès 1792 en pleine tourmente révolutionnaire. Il participe à la défense de Lille en 1792 ; il est engagé dans les batailles de Hondschoote et de Wattignies. Il fait campagne à l’Armée de Sambre-et-Meuse. Nommé sergent-major, puis adjudant, on le retrouve sous-lieutenant début 1796. Il participe à la campagne d’Italie. Son régiment, le 55ème de ligne, rejoint le camp de Boulogne puis Vivien part pour la campagne de 1805. Il est présent à Iéna, à Eylau, à Heilsberg. Il participera à la campagne d’Espagne. Le passage qui suit est extrait de ses « Souvenirs » parus la première fois en 1907 et réédités en 2003 (à la Librairie des Deux Empires).  

C.B. 

Le 2 décembre 1834, dans sa retraite paisible, Vivien se remémore la grande journée d’Austerlitz. 

« Je me rappelai l’Empereur passant, écrit-t-il, la veille de la bataille, à dix heures du soir, dans les bivouacs de ses divisions d’infanterie, massée autour du Santon, position qu’il avait fait fortifier la veille et armer de dix-huit pièces de gros calibre ; et les soldats brandissant au-dessus de sa tête des torches de paille allumée ; c’était ainsi qu’ils célébraient leur général, aux cris mille fois répétés de « Vive l’Empereur ! ». Je me rappelai l’armée rangée en bataille, le lendemain, à sept heures du matin, s’ébranlant simultanément : l’infanterie l’arme au bras, marchant en colonnes échelonnées par régiment, contre des lignes doubles d’une étendue incommensurable ; se déployant et, après quelques bons feux à courte distance, les enlevant au pas de charge, les baïonnettes croisées ; et la cavalerie chargeant à fond les nombreux escadrons russes, dispersant ou sabrant des colonnes d’infanterie moscovites, noire de profondeur, ou leur faisant poser les armes. Je me rappelai le corps d’armée du maréchal Soult, dont j’avais l’honneur de faire partie, partant du ravin de Kobelnitz, enlevant le vaste plateau de Praztzen, centre d’opérations de l’armée austro-russe, où commandaient le feld-maréchal Kutusoff et l’empereur Alexandre, rejetant le centre de l’armée ennemie sur Wisschau en lui enlevant ses canons ; et de ce point, par une savante demi-conversion à droite, combinant ses mouvements avec ceux des divisions Bourcier et Friant, du corps du maréchal Davout, et prenant à revers l’aile gauche de l’armée ennemie commandée par les généraux Buxhowden et Langeron, l’acculant aux lacs de Telnitz et de Sokolnitz, où tout son matériel et beaucoup de Russes furent engloutis. Je me rappelai que, de compte fait, il y eut, ce jour-là, dans l’armée austro-russe, huit généraux, dix colonels et quarante-cinq mille hommes tués, blessés ou faits prisonniers ; que deux cents pièces d’artillerie et quarante-sept drapeaux tombèrent en notre pouvoir. Je me rappelai aussi et je n’oublierai jamais la générosité du grand homme envers deux Empereurs vaincus qui, le lendemain de la bataille, imploraient sa clémence, et qui, dix ans plus tard, après l’avoir cité au ban de l’Europe, ne lui laissaient pas même où poser sa tête ! Je fus blessé, à neuf heures du matin, d’un coup de mitraille à l’épaule qui ne me mit pourtant pas hors de combat. Quelques mois plus tard, je reçois la décoration de la Légion d’honneur et le commandement d’une compagnie de grenadiers ; j’avais alors vingt-huit ans. 

En ce temps-là, le chef de l’armée, qui était aussi celui de l’Etat, était entouré des respects et de l’amour de la nation française… » 

(Commandant VIVIEN : « Souvenirs de ma vie militaire, 1792-1822 », A la Librairie des Deux Empires, 2003.) 

 

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