( 24 décembre, 2017 )

Louis-François Gille, un conscrit dans la campagne d’Espagne…

Gille

En avril 1807, alors qu’il ne se destine pas à une carrière militaire, Louis-François Gille est compris dans « la levée immédiate de la conscription de 1808 ». Après tirage au sort, et un ultime examen, en vain, auprès de plusieurs officiers de santé, le voici « Bon pour le service » ! Gille est tout d’abord fourrier, à la compagnie des voltigeurs du 6ème bataillon du 121ème régiment d’infanterie. Il se met en route pour Lille où se forme alors la 1ère Légion de réserve à laquelle il va désormais appartenir, reprenant peu de temps après ses fonctions de fourrier. Nous sommes en juin 1807. Quatre mois plus tard, le jeune soldat prend la direction de Bayonne où il arrive le 9 décembre. Gille pénètre en Espagne dans les derniers jours de l’année 1807. Il passe avec son régiment à Burgos, à Valladolid à Ségovie, puis à Madrid avant d’atteindre Aranjuez. Ces étapes donnent à l’auteur l’occasion de raconter de nombreuses anecdotes, et de faire partager au lecteur son quotidien. Il n’y a pas de temps mort dans ce témoignage. Gille, du haut de ses vingt ans note tout, et sait décrire le moindre incident, le moindre combat, le danger omniprésent ! Le 1er mai 1808 il est à Madrid et assiste au sanglant soulèvement qui marquera cette campagne. Le voici ensuite à Tolède, et à Manzanarès avant d’arriver dans les gorges de la Sierra-Morena. Puis c’est la bataille de Baylen à laquelle Gille consacre un long passage. Suite à la capitulation qui suit, l’auteur est expédié sur les sinistres pontons de Cadix avant d’être transféré dans l’île de Cabrera, lieu de déportation de tant de braves, magistral exemple de la cruauté des Espagnols pour leurs adversaires. Son récit passionnant s’achève après son transfert en Angleterre, au château de Porchester, en septembre 1810, afin d’y être enfermé. L’auteur ne revient en France que le 25 mai 1814 et passe au 31ème de ligne (le 26 août 1814).  Le 1er octobre 1815, il entre comme secrétaire des bureaux de l’administration à l’École royale militaire de Saint-Cyr qu’il quitte en 1828, avant de devenir magistrat à Paris; Gille occupera ces fonctions pendant trente ans, avant de s’éteindre le 2 décembre 1863, jour-anniversaire de la bataille d’Austerlitz…

Son témoignage fut publié la première fois en 1892, par son fils, Philippe Gille (1830-1901) qui fut rédacteur au « Figaro ». Ce livre connut à l’époque un certain succès [1].

C.B.


[1]. Première, deuxième et troisième éditions : Paris, Victor-Havard, Éditeur, 168, Boulevard Saint-Germain, 1892 ; quatrième édition, chez le même, en 1893. 

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