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( 28 février, 2018 )

Le matin du 28 février 1815, à bord de l’Inconstant…

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« La nuit du 27 au 28 s’écoula fort tranquillement. Le vent était toujours favorable. Nous perdîmes de vue les bâtiments du convoi. Presque à la pointe du jour on reconnut un vaisseau de ligne qui venait des côtes de la Ligurie et semblait se diriger sur la Sardaigne. Ce vaisseau ne fit aucune manœuvre qui pût nous donner de nouveaux soucis. Le 28, au lever du soleil, noua distinguions bien les montagnes de la Rivière [Riviera ?] de Gênes deux heures après on découvrit le cap de Noli et le cap de Melle. C’est dans le courant de cette matinée que l’Empereur dicta à son secrétaire particulier, M. Rathery, ses deux belles proclamations au peuple français et à l’armée. L’écoutille vitrée de lit chambre du brick était entièrement ouverte. Il était facile de voir et d’entendre Sa Majesté. Nous l’examinions, et nous devinions sans peine quand Elle allait dictait quelque phrase vigoureuse. Sa figure exprimait tout ce qui se passait dans son âme ; on y lisait tour à tour  la dignité des sentiments , la profondeur des pensées, la noblesse des expressions. Les fidèles étaient impatients de savoir comment l’Empereur parlerait à la nation et à ses braves. »

(André PONS DE L’HERAULT, « Mémoire aux puissances alliées », Picard et Cie, 1899, pp.136-138)

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( 27 février, 2018 )

Quatrième lettre du caporal Charles-Joseph Vanesse, du 8ème de ligne

Ombre 2

Closter-Heilsbronn, le 22 Août 1806. 

A Mademoiselle VANESSE, 

J’ai reçu ma sœur, l’honneur de la votre du 9 août, y incluse celle de Papa, le 14 du même mois. Elles me firent la plus vive impression de joie, sûr, car d’abord je lus que vous aviez éprouvé une joie inexprimable en recevant mes lettres du 24 avril et 24 juillet, ensuite qu’elles étaient des épîtres pour vous, même qu’elles vous engageaient à les conserver à jamais dans votre portefeuille, et que vous vous divertissiez tous au mieux à mes dépends. C’est-à-dire du style haché avec lequel j’ai le plaisir de vous entretenir. Enfin petite friponne, je ne désire pas que vous me flattiez, mais j’espère, qu’à la première entrevue vous me ferez compliment de l’élégance de mon style. La rhétorique j’espère n’y est pas ménagée, il faut convenir qu’il est d’une fameuse trempe (bref).  Je vais ma sœur, vous faire connaître ma déplorable position où je me trouve en ce moment. Je suis entre les mains de la faculté. C’est-à-dire au Charlatanisme de Monsieur le Docteur de Closter-Heilsbronn qui n’est au demeurant qu’un Barbier, mais pourvu qu’il ne me fasse pas la barbe jusqu’à l’épiderme. C’est tout ce que je lui demande.  Bref, vous saurez ma sœur, qu’il m’est survenu un abcès à la gorge, placé directement au dessous de mon menton pointu, d’abord, je n’ai cru que ce n’était qu’un échauffement ou l’effet d’une malpropreté ou même d’une surabondance de nature, mais les progrès me firent bientôt connaître que ce mal était plus grave, car au bout de 24 heures ma gorge fut tellement enflée, qu’il me fallut de toute nécessité avoir recours à la doctorerie de notre malheureux Barbier, qui tout aussitôt me cracha à la figure quelques gros mots Allemands, me félicitant d’avoir ce mal, et que c’était heureux pour moi que ce dépôt se soit porté dans cette partie.

Mais, ma sœur avec tout cela j’ai bien de la peine à me consoler, de ne pouvoir pas à peine sortir de ma turne, et n’avoir d’autre consolation que de dire « à quelque chose malheur est bon ».  J’espère cependant sous peu de jours que les médicaments auront fait leur effet et que je serai totalement soulagé de ce coquin d’abcès. Cette fois-ci, vous allez connaître votre frère pour un bavard, je vous en préviens afin que vous ne doutiez point de cette réalité. (Comme dit le proverbe, pêché confessé est à moitié pardonné).  Je vais donc ma sœur, d’après cette belle maxime vous raconter mon conte, d’abord vous voyez vous-même que le pauvre Arlequin a manqué de s’en légumer, mais qu’il pronostique encore que le commencement de son indisposition…ce n’est point encore fait, malgré cela, il faut que vous conveniez ma sœur, qu’il faut un sacré estomac pour être un Militaire français, surtout quand les onguents ne sont point justes.  Mais un moment, quittons ce style élégant, pour avoir l’honneur de vous entretenir de Mr et Mme De Bie. Il est donc vrai ma sœur, qu’ils ont tant de bonté jusqu’au point à me faire faire des compliments qu’ils s’intéressent à mes lettres et même demandent à les voir ? En ce cas je vous prie d’être près d’eux l’interprète de mes sentiments, de leur faire agréer mes hommages respectueux, et que je ne puis exprimer combien j’ai lieu d’être flatté de l’honorable souvenir de Mr et Mme De Bie. 

Je rappelle à votre souvenir, cette bague dont je vous ai parlé dans la lettre du 23 Juillet. Incérez-là dans la première que vous me ferez parvenir, de manière à ce qu’elle me parvienne sans risque. Mon malheureux portrait ne veut point se faire parce que 36 sous me manquent pour le commencer.  Je conviens que votre chute a fait beaucoup d’éclat, et que vous avez lieu de vous en plaindre, mais tâchez, petite friponne, de ne pas en faire une seconde, ou le mal pourrait être plus grave et plus éclatant.  Lisez bien cette phrase crainte qu’elle ne vous échappe. L’uniforme que va venir notre Régiment aura lieu au mois de Janvier prochain, il sera habillé de la manière suivante :

Savoir : Habits blancs. Boutons blancs.Parements et collet vert impérial et passepoil de la couleur tranchante. J’espère qu’alors nous serons des Muscadins qui pourront faire par le flanc droit et le flanc gauche, mais aussi quand vous me verrez de la sorte, me prendrez-vous pour un perruquier de Carnaval. Enfin pour éviter de passer pour un …, je tâcherai d’obtenir la bienveillance du Colonel, afin de porter une redingote de drap impérial ; comme étant au bureau, il voudra bien me le permettre.  

L’anniversaire de la naissance de sa Majesté l’Empereur et Roi a été célébré à Anspach par les 8e et 45ème Régiments de Ligne, 3 Régiments de Dragons, deux escadrons d’artillerie et un escadron du 5ème Hussards que S.A.S. le Maréchal Prince de Ponto-Corvo a fait manœuvrer et fait faire l’exercice à feu pendant 6 heures.  Il a été très satisfait de notre corps, et a dit qu’il était un des plus beaux de son armée. J’ai manœuvré ce jour là en distribuant, le pain, fromage vin et bière qui sont donnés sur le terrain de manière que j’ai eu autant de fatigue que les camarades. 

Adieu ma sœur, j’attends avec la plus vive impression le moment qui me mettra à même de vous prouver la reconnaissance de votre dévoué frère.   

V. Ch. 

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( 23 février, 2018 )

Une lettre du colonel Bauduin…

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Cet officier sera tué à Waterloo, lors de l’assaut du château d’Hougoumont. Il s’adresse au général Marin, sous-gouverneur des Pages de l’Empereur, à Versailles.

Smolensk, le 8 novembre 1812.

Mon cher général, je profite du revers de la lettre de mon ami Marchal [major du 93ème de ligne] pour vous donner de mes nouvelles et des siennes. Les deux plaies de ma blessure sont cicatrisées, la sienne le serait avant huit jours, si nous étions tranquilles, mais la route en retraite que nous faisons depuis vingt jours, retarde un peu notre parfaite guérison. Nous avons tous deux bon appétit et nous voyageons, moi dans ma voiture et notre major dans une petite calèche du pays, dans laquelle il est étendu comme dans son lit.  Nous attendons ici le corps d’armée [le 3ème corps (Ney) ; le 93ème faisait partie de la 11ème division d’infanterie] ou au moins des nouvelles de la direction qu’il doit prendre après le passage du Borysthène, alors nous nous dirigerons sur le point destiné au régiment, afin d’y terminer au plus tôt notre guérison [à La Moskowa, Bauduin avait eu le bras droit traversé par un coup de feu, il en resta estropié, et le major Marchal avait reçu à la cuisse droite une balle qui ne put être extraite].

Soyez tranquille sur le sort de votre beau-frère : notre destinée est commune et nous ne nous quitterons pas ; au reste d’ci à huit ou dix jours nous serons tous deux hors d’affaire et nous n’aurons plus besoin que de soins pour empêcher nos plaies de se rouvrir.

Si, comme il est probable, on organise le Royaume de Pologne, Smolensk fera sans doute partie de la ligne de défense, comme un point important sur le Borysthène ou Dniepr ; en conséquence je présume que notre quartier d’hiver ne sera pas trop éloigné d’ici ; écrivez-vous souvent.

BAUDUIN.

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( 20 février, 2018 )

Troisième lettre du caporal Charles-Joseph Vanesse, du 8ème de ligne.

 Ombre 3

Closter-Eilbronn [Heilbronn], 23 Juillet 1806. 

A Monsieur et Madame VANESSE.  

Voilà mes chers Parents ! Que nous venons de quitter la ville d’Anspach, pour aller cantonner dans les villages du même pays, où il n’y règne que la plus grande misère accompagnée d’une malpropreté sans égal ; nous avons resté l’espace de 3 mois et ½ dans cette ville où nous étions divinement bien et, actuellement nous sommes très mal, ce qui nous en légume !  L’état-major du régiment est dans un bourg à 4 lieues d’Anspach sur la route de Neurenberg, où nous sommes un peu mieux que le Régiment, mais je n’ai plus la bouteille de vin à chaque repas comme j’avais à la ville, ni toutes les douceurs que me prodiguaient les gens de ce logement que j’ai quitté avec regret. Il me paraît que l’on veut nous faire rester ici pour quelques temps, car il n’y a point question de départ, nous n’entendons rien dire, et tout est de la plus grande tranquillité. Je présume cher Papa, que vous oubliez tout à fait votre fils Charles [Vanesse parle ici de lui à la 3ème personne], voilà dix mois passés que vous ne lui avez fait l’honneur de lui écrire. Il ne sait, en vérité, à quoi attribuer un silence qu’il désirerait vous faire cesser ; il ne croit cependant pas vous avoir offensé ni ne donner aucun sujet de mécontentement.

Enfin il vous engage, sans délai, de lui écrire, sinon vous aurez un duel, depuis quelque temps il apprend à tirer les armes, et ma foi il ne fait pas bon d’avoir querelle avec lui, il pourrait même tôt ou tard venir vous chercher dispute et se battre à bras col avec vous ; vous voyez, Papa, de la manière qu’il se vengerait si vous le privez plus longtemps du bonheur de recevoir une de vos lettres. Vous voudrez bien me mander, dans la première lettre, si vous êtes totalement acquitté de l’arriéré de votre pension, si l’on paye exactement et de la manière que l’on a agit envers tous les pensionnés du prince Charles. 

Veuillez aussi me faire connaître si la conscription a toujours lieu et si mon frère Joseph a déjà atteint l’âge pour tirer au sort. Il y a ici quelques militaires à qui leurs Parents on demandé un Certificat constatant qu’ils existaient au Corps, pour servir à exempter leurs frères qui ont atteint l’âge de la conscription et d’après ce que j’ai entendu dire, il doit y avoir une loi pour ce sujet, mais je ne sais point si elle exige, que, soit le Père ou la Mère doit être décédé ou non ; en conséquence je vous prie de vous en informer et tacher, s’il est possible d’en exempter mon frère Joseph.  Monsieur Pineaud, notre gros Major, parti d’Anspach le 1er Avril dernier pour rejoindre le dépôt du régiment, a eu le malheur de se tuer dans sa chambre le 24 dudit, avec un pistolet, on ne sait le motif de cette folie, il est remplacé par monsieur Juillet sortant du 50ème Régiment de ligne. 

J’espère que vous êtes tous en bonne santé, quant à moi je me porte toujours bien, Grâce à Dieu, malgré que j’ai essuyé quelques chagrins pour une charmante demoiselle, (Amélie est son nom), que j’ai dû quitter en partant d’Anspach, vous me direz qu’un militaire de mon espèce ne peut que très peu de choses de la connaissance d’une demoiselle, mais je vous assure, qu’elle portait parasol et réticule, ainsi ce n’était point de la petite bière.  Parlons de ma chère Maman, après que vous aurez lu l’article de Mademoiselle Amélie, elle dira que je suis un jeune homme perdu, que cette connaissance m’aura débauché, et que je suis dans le cas de faire une folie, enfin, il me paraît que je la voie joindre les mains en disant : « Mijn zoon die is verloren ». Mais vous pouvez la rassurer qu’aucun sujet de ce genre est capable de me mettre hors le chemin de la bonne conduite. S’il y a quelques petites nouvelles ou accidents survenus entre la famille et amis, je vous prie de m’en faire part. Adieu Cher Papa, je vous embrasse de tout mon cœur et demande de tous les deux la bénédiction. 

Votre très affectionné fils, VANESSE Charles.                                                                                                     

P.S. Bien des choses honnêtes de ma part à toute la famille et amis.     

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( 19 février, 2018 )

Un méconnu. Nicolas Raoul…

Un méconnu. Nicolas Raoul… dans FIGURES D'EMPIRE grenadier-ile-delbe

Nicolas Raoul (1788-1850) à ne pas confondre avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris…

Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie  avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était «  arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

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( 15 février, 2018 )

Une lettre d’un sous-lieutenant de cuirassiers…

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Ce document est extrait des « Lettres interceptées par les russes durant la campagne de 1812… » et publié en 1913. L’auteur de cette lettre est Charles-Emmanuel Asinari de Saint-Marsan ; elle est adressée à son père. Né en 1791, il est nommé le 28 février 1812. Officier d’ordonnance de l’Empereur en 1813, Charles de Marsans quitte les rangs de l’armée le 8 avril 1814. 

C.B. 

A 15 lieues de Moscou sur la route de Kalouga (c’est tout ce que je sais) 

14 octobre 1812. 

Mon très cher père, le général Beaumont veut bien me prêter assistance pour vous écrire et vous faire passer ma lettre, deux choses également difficiles ; j’en profite avec transport, car vous ne saurez croire combien je souffre de ne pouvoir m’entretenir souvent avec mon chère père. Vous recevrez même cette lettre avant celle que je vous ai écrite le 2 septembre. Par cette dernière je vous donnais de mes nouvelles après l’affaire du 4. Je vous répéterai ici que j’ai encore eu le bonheur le plus complet malgré la plus chaude mêlée qui a duré plus de deux heures. Je n’ai eu qu’un coup de bâton de lance dont le seul effet a été de m’ébranler un peu de dessus mon cheval. J’ai commandé un escadron dans cette petite bataille. Le général Sébastiani a été fort content de moi. Je sais qu’il en a parlé.  M. le général de Beaumont a eu la bonté de me proposer d’être son aide de camp mais il faut pour cela que je sois nommé lieutenant. On m’assure que la demande en a été faite par mes chefs après la dernière affaire. Cependant comme cela n’est point sûr, je vous prie de vouloir bien écrire à M. le major général pour appuyer la demande que le général Beaumont se propose de faire pour m’obtenir la place de lieutenant aide de camp. Nous sommes assez mal  pour nous et pour nos chevaux, il faut espérer que tout cela finira un jour. J’ai acquis une dosse de patience qui me fait supporter avec calme tous mes maux. Je forme à  chaque instant des châteaux en Espagne ; je me figure de vous revoir bientôt ; mais je vois avec peine cette époque s’éloigner tous les jours davantage. 

Nous sommes dans la boue, dans le froid, mais patience. 

 DE SAINT-MARSAN 

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( 13 février, 2018 )

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade…

« Guillaume-Louis-Auguste, margrave de Bade, second fils du grand-duc Charles de Bade et de la comtesse de Hochberg, né le 8 avril 1792 à Karlsruhe, entré dans l’armée en 1805, colonel au quartier-général de Masséna (1809), commandant de la brigade badoise en Russie (1812), lieutenant-général en janvier 1813, capitule à Leipzig le 19 octobre, mais refuse de se joindre aux Alliés, prend part aux campagnes de 1814 et de 1815, reçoit le titre de margrave de Bade (4 octobre 1817), devient président de la première Chambre (1819), général en chef du corps d’armée badois (1825), renonce à ses fonctions après 1848, meurt le 11 octobre 1859. »

(Arthur Chuquet, « L’Alsace en 1814 », Plon, 1900, p.470.)

Le margrave de Bade a laissé des  « Mémoires » dont la partie sur la campagne de 1812 fut traduite en français et publiée par Arthur Chuquet en 1912 (chez Fontemoing et Cie). En 1812, Hochberg et ses 6000 badois sont intégrés au sein du 9ème corps d’armée (maréchal Victor). Ce témoignage a été réédité en 2009 par le Livre chez Vous sous le label « A la Librairie des Deux Empires ».

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade… dans FIGURES D'EMPIRE guillaume-de-hochberg-margrave-de-bade

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( 13 février, 2018 )

« L’île d’Elbe », poème de Gérard de Nerval (1808-1855)

Vue Ile Elbe

Non loin des rivages de France, 
Il est une île au sein des mers : 
C’est là que veille l’espérance 
Et le fléau de l’univers ; 
Et c’est là, qu’abusant du droit de la victoire, 
On jeta le héros poudreux et renversé, 
Pour l’y laisser vieillir comme un glaive émoussé, 
Qui se ronge dans l’ombre, et se rouille sans gloire. 
Pourtant à l’exilé la rigueur du destin 
N’a point encor ravi l’aspect de la patrie, 
Et souvent à ses yeux une rive chérie 
Se dessine incertaine à l’horizon lointain.

Aussi, lorsque du soir descend l’heure rêveuse, 
Il promène ses pas près des flots azurés, 
Et sa pensée aventureuse 
Voltige avec ardeur vers ces bords désirés.

Mais un jour que ses yeux, rayonnants d’espérance, 
Avec plus de transport dirigés vers la France, 
En cherchaient l’ombre vague au bout de l’horizon : 
D’un sifflement lugubre environnant sa tête, 
Une voix lui cria du ton de la tempête : 
« Napoléon ! Napoléon ! »

Cette exclamation, pour tout autre effrayante, 
A retenti trois fois : le héros étonné 
L’entend ; et, de sa main brûlante, 
Soulève en murmurant son front découronné.

Et la voix ironique a repris la parole : 
« Napoléon le grand, qui t’arrête en ce lieu ? 
Qu’as-tu fait de cette auréole, 
Qui brillait à ton front comme à celui d’un dieu ? 
Pourquoi donc par le temps laisser ronger tes armes ? 
Pourquoi laisser couler ton âme dans les larmes, 
Toi qui ne pus jamais comprendre le repos ?… 
N’as-tu donc plus la main qui lance le tonnerre ? 
N’as-tu plus le sourcil qui fait trembler la terre ? 
N’as-tu plus le regard qui produit les héros ? » 
« Serait-ce que ton bras se lasse de la guerre, 
Ou tes amusements cessent-ils de te plaire ? 
Car dans tes loisirs autrefois, 
Tu jouais avec des couronnes ; 
Et l’univers vit à ta voix 
Des rois qui tombaient de leurs trônes, 
Et des soldats qui passaient rois. 
Depuis…. »

Napoléon a changé de visage ; 
« Qui que tu sois, dit-il, cesse un cruel langage, 
Il faut, pour m’outrager, attendre mon trépas, 
L’enfer est contre moi, mais ne prévaudra pas. »

LA VOIX.
Audacieux mortel, quelle est ton espérance ? 
Ta main paralysée abdiqua la puissance, 
Songes-tu maintenant ?…

NAPOLÉON.
Pourquoi dissimuler ?… 
Au bruit de mon réveil, l’univers peut trembler !

LA VOIX.
L’univers,… il rirait de ta vaine menace.

NAPOLÉON.
Le succès, je l’espère, absoudra mon audace ; 
Et tel événement, en servant mes projets, 
Peut me placer plus haut que je ne fus jamais.

LA VOIX.
Eh ! si toujours ton cœur à la couronne aspire, 
Si c’est par lâcheté que tu quittas l’empire, 
Honte à toi !…

NAPOLÉON.
Non ; plutôt honte à mes ennemis ! 
Car ils n’ont pas tenu ce qu ils avaient promis : 
Par l’abdication de toute ma puissance, 
Je croyais épargner des malheurs à la France ; 
Mais j’eus tort seulement de compter sur leur foi, 
Et le cri de mon peuple est venu jusqu’à moi : 
Mon œil a vu d’ici sa profonde misère, 
Ses triomphes livrés à l’envie étrangère, 
Ses monuments détruits et ses champs dévastés, 
La discorde, la haine agitant ses cités, 
La trahison…

LA VOIX.
Pour lui que pourrait ta faiblesse ? 
Jadis il imposait la chaîne qui le blesse, 
On lui rend maintenant les maux qu’on a soufferts… 
Crains donc de le défendre, et laisse lui ses fers !

NAPOLÉON.
(Il paraît absorbé, et réfléchit profondément) 
Crainte, repos,… enfer de toute âme brûlante 
Victime d’une injuste loi, 
Le père des humains tourne sa vue ardente 
Vers le séjour dont il fut roi ; 
Il voudrait, pénétrant dans l’enceinte sacrée, 
Ressaisir son pouvoir en dépit des destins : 
Mais un géant veille à l’entrée, 
Et la foudre luit dans ses mains.

La foudre, le géant, qui d’une âme timide 
Paralysent les faibles pas, 
Ne sont rien pour l’homme intrépide 
Dont l’esclavage est le trépas : 
Le péril qui l’attend, s’il veut briser sa chaîne, 
Ne fait, en l’indignant, qu’aiguillonner son cœur ; 
Qu’importe que la mort du vaincu soit la peine, 
Si le sceptre et la gloire est le prix du vainqueur.

Bien plus,… de son courage, ou bien de sa vengeance, 
Si déjà tout un peuple attend sa délivrance, 
Un noble sentiment par l’honneur inspiré 
L’appelle vers ceux qu’on opprime ;… 
Alors hésiter est un crime, 
Oser est un devoir sacré !

Par l’oubli des traités on a brisé ma chaîne, 
On menace, en ces lieux, mes jours, ma liberté : 
C’est du sang qu’il faudra… le sort en est jeté. — 
Ah ! mon âme en frémit… mais n’est point incertaine. 
L’imprudent qui m’a remplacé, 
Aux Français opprimés a dit, pour qu’on le craigne. 
« Peuples, prosternez-vous ! je suis roi, car je règne ; 
Votre empereur est renversé. » —

Oui, j’abdiquai l’empire, il en a l’avantage ; 
Mais je n’ai point de même abdiqué mon courage, 
En siégeant à ma place il a compté sans moi… 
Car, détrônant l’espoir où son Orgueil se fonde, 
À mon tour je vais dire au monde : 
« Je suis vivant, donc je suis roi ! »

LA VOIX.
Alors ta royauté sera bien éphémère, 
Car la mort doit répondre à tes prétentions ; 
Et tu verras tomber ton aigle et son tonnerre 
Sous le glaive des nations. — 
Mais, que dis-je ? La mort n’est rien à ton courage ! 
Le feu d’un grand dessein dévore tout effroi ; 
À ta présomption qu’importé mi noir présage ? 
Tout ton destin t’enchaîne et tu n’es plus à toi.

NAPOLÉON.
Le destin m’appartient, et moi-même à la France ; 
C’est pour son bonheur seul que j’emploierai toujours 
Mon glaive, mes vœux, ma vengeance, 
Et ce qui reste de mes jours. 
Va, quoique ta menace ait annoncé l’orage, 
Une barque m’attend, et tout est décidé… 
Mille peuples, en vain, veillent sur passage… 
Six cents Français et moi, — l’équilibre est gardé ! 
Mais toi, pour qui, dis-tu, l’avenir se révèle ; 
Toi, dont la prophétie est pour moi si cruelle, 
Quel est ton nom ? Viens-tu des cieux, ou des enfers ?

LA VOIX.
Tu le sauras un jour ; vas où le sort t’appelle : 
Je t’attends au-delà des mers !

Gérard de NERVAL  (« Elégies nationales », 1827).

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( 12 février, 2018 )

Deuxième lettre du caporal Charles-Joseph Vanesse, du 8ème de ligne.

Ombre 1

Anspach, le 24 Avril 1806 , 1er Corps de la Grande Armée.

C.J. Vanesse à Mademoiselle Vanesse.

Chère Sœur, 

Votre agréable datée du 17 janvier, ainsi que celle Van den Bruggen, me sont parvenues le 14 Février, flatté de recevoir une lettre qui contenait de si belles phrases et un si beau style. J’ai lu avec plaisir combien vous avez partagé le sort que j’ai failli entamer et de la manière avec laquelle vous vous êtes empressée pour me satisfaire aux demandes que je vous ai faites dans ma lettre de Pilgram, soyez persuadée chère sœur que je n’oublierai jamais ce que m’offre votre zèle pour les soins à mon égard et que vous trouverez toujours un frère qui conservera à jamais l’amitié fraternelle. Depuis que je vous ai écrit nous avons fait près de 200 lieues pour venir cantonner dans la principauté d’Anspach, (appartenant avant le traité au roi de Prusse), où nous sommes depuis deux mois. Notre état-major, 2ème et 3ème bataillons sont dans la ville, et le 1er bataillon dans villages environ. On dit que nous devons bientôt partir pour aller en garnison en Brabant, mais cela n’est pas encore décidé. Je voudrais rester ici pour quelques temps parce que nous sommes très bien logés chez les habitants.  Je désirerais de tout mon cœur satisfaire vos désirs à vous envoyer mon portrait. Mais il est de toute impossibilité vu que je n’ai point les moyens, il nous est dû 9 mois d’arriérés et l’on ne nous paye pas un denier.

Je ne fréquente point de société, crainte de dépenser ou de quelquefois tomber en  affront, comme cela arrive très souvent dans cet état, enfin en sortant du bureau je vais faire une promenade, après cela je rentre souper, et fais une partie au jeu de dames jusqu’à 10 heures avec la demoiselle de mon logement, voilà la manière dont je me conduis pour éviter les dépenses que pourraient occasionner les sociétés. De cet argent que j’ai touché à Mr Dauni j’ai acheté une anglaise en drap bleu, un chapeau et un pantalon de velours, j’ai fait quatre chemises dont deux restent à remettre l’argent à un ami, qui a bien voulu me l’offrir, il ne me reste plus que quelques Kreitz, argent du pays, que je conserve pour me faire blanchir. Rien de nouveau par ici, que, il semble que les Russes voudraient encore recommencer la Guerre. Je dis d’après la feuille de Mannheim nous apprend. Je désire que ma lettre vous trouve tous en aussi bonne santé que moi et vous soit si agréable que j’éprouve des plaisirs à vous l’écrire. Fais moi l’amitié chère sœur, de demander des nouvelles de la famille de mes amis  et amies, si le bonheur veut que nous allions en France ou Brabant, je leur prouverai à tous que je conserve toujours l’amitié pour eux. Papa et Maman, ne s’échappent point une minute de mon esprit ou égarés à ce qu’il me semble de ma vue. J’espère qu’ils sont toujours là même et qu’il passera les beaux jours de printemps avec gaieté et contentement.

Je les embrasse du fond de mon cœur et leur souhaite tout ce que le ciel peut leur offrir d’agréable. 

Je suis avec amitié distinguée Votre affectionné frère, 

 VANESSE.

 

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( 11 février, 2018 )

A propos du capitaine Planat de la Faye…

Portrait de PlanatPlanat vers la fin de sa vie.

PLANAT DE LA FAYE (Capitaine Nicolas-Louis), 1784-1864. Simple soldat au 8ème bataillon bis du train d’artillerie, Planat est nommé l’année suivante successivement fourrier puis maréchal des logis. En 1808, il est nommé maréchal des logis chef à ce même régiment. En 1809, il devient sous-lieutenant adjoint à l’Inspection générale du train d’Artillerie à la Grande-Armée. Trois ans plus tard, Planat est nommé lieutenant et aide-de-camp du général Lariboisière, occupant alors les fonctions de 1er inspecteur général d’artillerie. En 1813,  il est désigné pour être aide-de-camp du général Drouot ; en octobre de la même année, il est nommé capitaine. Blessé grièvement au combat de Château-Thierry, le 12 février 1814, il ne peut suivre l’Empereur à l’île d’Elbe. En novembre 1814, il est affecté comme capitaine au 1er escadron du train d’Artillerie. Le mois suivant il est nommé aide-de-camp du général Evain.  Fin avril 1815, il est désigné par l’Empereur pour être un de ses officiers d’ordonnance. Planat était en mission à Toulouse quand la nouvelle du désastre de Waterloo lui parvint. Il se précipite à Paris. Napoléon voulut l’emmener avec lui à Sainte-Hélène, mais absent au moment de l’embarquement, c’est le général Gourgaud qui est désigné à sa place. Après le départ de l’Empereur, Planat est expédié à l’île de Malte comme prisonnier de guerre. A sa libération, il s’efforça de rejoindre l’illustre prisonnier. Il obtiendra enfin l’autorisation nécessaire trop tard: Napoléon venait de s’éteindre… L’Empereur, dans son testament lui lègue quarante mille francs. Considéré comme démissionnaire, Planat est rayé des contrôles de l’armée le 3 juillet 1815. Il devint le secrétaire de Jérôme Bonaparte puis celui d’Eugène de Beauharnais. Il avait participé aux campagnes de Prusse, de Pologne, d’Allemagne : à celles de Russie, de Saxe et de France. Chevalier de la Légion d’Honneur le 21 juin 1813 il nommé officier du même ordre le 15 mars 1814.  Planat, fut autorisé, en 1860, à ajouter à son nom celui de « de la Faye ».

C.B.

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( 11 février, 2018 )

La bataille de Hanau, d’après le témoignage du colonel Dautancourt.

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Extrait d’un article paru en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache » sous le titre de : « Le 1er régiment des chevau-légers lanciers polonais de la Garde Impériale. Notes sur les campagnes de 1813 et de 1814 ». On notera que par endroit de son récit, cet officier parle de lui-même à la troisième personne. 

Le 30 octobre 1813, la division de cavalerie de  la Vieille Garde, qui avait bivouaqué devant le château d’Esemburg, en arrière des jardins de la Langenselbolden, reçut vers 8 heurs et demie du matin l’ordre de fournir un détachement de 600 chevaux qui seraient commandés par le général Levêque-Laferrière, majors des grenadiers. Ces 600 chevaux furent pris dans les régiments des lanciers polonais [A la reprise des hostilités, en août 1813, ce régiment que le colonel, puis général Dautancourt avait réorganisé à Friedberg, après la campagne de Russie, présentait un effectif de 1,737 hommes, dont 1,542 combattants. Le surplus était dans les dépôts et les hôpitaux et se composait d’hommes et de chevaux blessés, malades, ou d’hommes démontés dans les batailles et combats qui avaient amené l’armistice. Ces 1,542 hommes étaient divisés en 15 compagnies, dont une, très faible, Tartares lituaniens. Les 6 premières de vieille Garde, formaient un régiment commandés par le colonel Dautancourt, division Wathier, toujours à portée du quartier-général de l’Empereur, et exclusivement chargé du service de ses escortes. Les neuf autres compagnies formaient un 2ème régiment commandé par le général Krasinski, colonel, division Lefebvre-Desnouettes. Cette séparation du régiment en deux régiments exista jusqu’après la retraite de l’armée sur la rive gauche du Rhin. (Note du général Dautancourt)], des chasseurs et des dragons, et le détachement précéda aussitôt l’Empereur sur la route de Hanau. Arrivé à Buckingen, il s’arrêta, se forma, et l’on mit pied à terre l’embranchement de la route de Bergen, qu’avait suivie la division de cavalerie de  la Jeune Garde, commandée par le général Lefebvre-Desnouettes, ayant sous ses ordres le général Krasinski. Déjà les corps d’avant-garde étaient aux prises dans la forêt de Lamboi avec l’armée austro-bavaroise et le feu de la mousqueterie bien établi. L’Empereur, qui s’était porté en avant, revint et aussitôt le détachement reçut l’ordre d’entrer dans la forêt en suivant la route de Hanau. Cette route, vers le milieu de la forêt, tourne à droite, et ensuite, légèrement et en forme de coude, à gauche, pour continuer sa première direction. A ce point peu éloigné du débouché de la forêt, dans la plaine en avant de Hanau, la route d’élargit et double au moins sa première largeur. On découvre de là une partie de cette plaine.

En arrivant à ce coude, les Polonais, commandés par le colonel Dautancourt qui tenait la tête du détachement, le trouvèrent occupé par le général Drouot avec deux pièces d’artillerie. La colonne eut ordre de s’arrêter et se forma par pelotons. La tête des Polonais, un peu garantie par le bois qui se trouve dans l’intérieur du coude de la route, n’était que faiblement vue de l’artillerie ennemie qui enfilait cette route, bien que cette tête de colonne ne fût qu’à environ 25 pas des pièces du général Drouot. Nous demeurâmes longtemps dans cette position dans laquelle les Polonais ne perdirent que quelques chevaux et eurent quelques hommes blessés. Le duc de Tarente, dont les troupes donnaient depuis le matin, arriva sur ce point, dit un mot au général. Cependant, l’intrépidité du général Drouot, vingt fois couvert de terre par les boulets ennemis et forcé de suppléer par sa présence à la perte de la plus forte partie de ses canonniers, entretenait avec ses deux pièces une canonnade sans résultats ; pendant ce temps, le capitaine Oudinot, des chasseurs, avait été envoyé sur notre droite avec une compagnie, pour inquiéter la gauche de l’ennemi. Il s’acquitta de cette mission en brave et bon officier. Les dragons qui se trouvaient à la queue de la colonne s’étaient avancés dans le bois à la gauche des Polonais qui étaient toujours sur la route. Après un long temps, un officier qui arrivait d’en-arrière cria : « L’Empereur ordonne aux Polonais de charger ! » Une des pièces d’artillerie qui se trouvait devant eux devant obliger leurs pelotons à s’ouvrir, fut à l’instant déplacée, et ils s’élancèrent. L’ennemi, apercevant ce mouvement, dirigea tout le feu de sa gauche dans l’ouverture de la route. Ce feu fut terrible, et tel que les Polonais, écrasés avant d’arriver au débouché, appuyèrent machinalement dans le bois, à gauche, sur les dragons. Mais le colonel Dautancourt, toujours au milieu de la route par laquelle arrivaient des cuirassiers du 10ème et des carabiniers, les rappela ; ils revinrent sur cette même route un peu avant d’arriver à l’angle gauche du bois, et de ce point, que toute l’artillerie ennemie foudroyait, nous sautâmes dans la plaine. La violence du feu nous fit néanmoins appuyer de nouveau à gauche ; mais au même instant nous fûmes au milieu des rangs de l’infanterie bavaroise dont une partie épouvantée jeta ses armes. Tandis que les lanciers furieux s’acharnaient à expédier les Bavarois, le lieutenant Ladroite, sous-adjudant-major (aujourd’hui retiré et mis à la retraite près de Bar-sur-Ornain), appela l’attention du colonel sur un mouvement que marquait la cavalerie ennemie. Effectivement la cavalerie française qui suivait les Polonais s’était arrêtée un instant : un petit corps de uhlans autrichiens, essayant de profiter de cette circonstance  accourait de la gauche et en prenant les Polonais en flanc parut avoir le dessein de les couper de la forêt occupée par notre infanterie. Le colonel Dautancourt ne se trouvant pas en mesure de soutenir cette attaque, il fallut se retirer. Nous rétrogradâmes en conséquence sur la forêt dans laquelle quelques cavaliers autrichiens entrèrent avec nous. Nous nous y ralliâmes sous la protection de l’infanterie de la Garde. Tandis que les Polonais étaient ainsi ramenés, la cavalerie, qui les avait suivis par la route, déboucha ainsi que l’artillerie. Sous sa protection les dragons, les chasseurs dela Garde, un régiment des gardes d’honneur, et les cuirassiers et carabiniers, se développèrent et fondirent sur l’ennemi. De leur côté les Polonais, à demi ralliés, refoulaient dans la plaine la cavalerie autrichienne qui s’était portée sur eux. Après cette seconde charge, le colonel Dautancourt rallia les débris de son détachement devant le débouché de la route à 50 toises en-arrière des chasseurs. Ce fut dans ce moment que, quoique séparés de l’ennemi par deux lignes de la cavalerie qui avait débouché, deux obus vinrent éclater coup sur coup au milieu des Polonais, tuèrent un homme, en blessèrent deux, et tuèrent un homme, en blessèrent deux, et tuèrent et blessèrent 4 chevaux (d’autres furent égratignés). 

Le soir étant arrivé, le général Nansouty ordonna au colonel Dautancourt de se porter sur la droite du champ de bataille où on venait d’entendre quelques coups de feux. Les Polonais marchèrent aussitôt dans cette direction. La nuit était sombre, malgré le reflet d’une légère couche de neige. Leurs éclaireurs, en arrivant sur le ruisseau nommé le Fallbach, furent tout à coup accueillis par une décharge de coups de fusil qui blessèrent encore un cheval qu’on fut obligé d’abandonner. On joignit bientôt un poste d’infanterie bavaroise qui se trouvait égaré et se rendit. Vers 9 heures les Polonais rejoignirent la cavalerie de la Garde et bivouaquèrent sur le champ de bataille. Le général Nansouty dit alors au colonel Dautancourt qu’il pouvait se regarder comme nommé général de brigade. La lettre de nomination ne lui en parvint néanmoins que le 28 novembre suivant. En cette circonstance, comme en d’autres, il n’eut pas l’avantage de voir la conduite de son régiment mentionnée au Bulletin. 

Dans cette affaire, la perte des Polonais. Parmi les tués le colonel regratta particulièrement le lieutenant Guilgut, jeune officier qui faisait les fonctions d’adjudant et fut tué à côté de lui, au débouché du bois, en même temps qu’un de ses ordonnances. Un deuxième ordonnance, nommé Ogonouski, eut son cheval tué et fut aussi brièvement blessé d’un coup qui lui déchira le ventre et mis les intestins à jour. Il dut au reste citer nominativement tous ses officiers, mais particulièrement le sous-adjudant-major Ladroite, officier français qui a servi dans les Polonais de la Garde jusqu’au jour de leur départ pour la Pologne. 

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( 9 février, 2018 )

L’Acte additionnel (aux Constitutions de l’Empire) promulgué le 22 avril 1815…

Benjamin CONSTANT DE REBECQUE (1767-1830)

Benjamin CONSTANT DE REBECQUE (1767-1830).

« Les mesures que Napoléon a adoptées depuis son retour, pour se rendre populaire, sont une preuve qu’il n’est point remonté sur le trône à l’aide de la popularité dont il jouissait auparavant. Il a eu soin de reconnaître la souveraineté du peuple comme seule source du pouvoir légitime. Le nouveau Conseil d’Etat a déclaré dans sa première séance a que « la souveraineté réside dans le peuple, seule source légitime du pouvoir». On devait s’attendre à une pareille déclaration de la part des Carnot et des Benjamin Constant, dont la nomination aux places qu’ils occupent est une garantie des intentions du gouvernement et de la confiance qu’il semble, au moins pour le présent, vouloir inspirer aux amis du bien public en France. La nomination de Fouché, qu’on ne soupçonnera pas d’attachement personnel à Napoléon, est regardée par les royalistes mêmes comme un moyen de prévenir le renouvellement des actes arbitraires , que Napoléon regarda trop longtemps comme une preuve de la vigueur du gouvernement impérial. Napoléon doit voir que s’il règne, ce doit être par le titre sur lequel il a fondé son droit ; car depuis quelques semaines qu’il possède le pouvoir, il a éprouvé la force de l’opinion publique  (à laquelle il a si heureusement fait autrefois un appel ) dans des cas trop décisifs pour admettre plus d’une interprétation; même dans l’amour-propre d’un souverain. Un décret du …  mars abolit la censure. On souffre en conséquence qu’un journal nommé le Vieux Républicain prenne sur lui de rappeler périodiquement à Napoléon que le peuple l’a fait monarque, et qu’un monarque doit entrer dans les vues et servir les intérêts de son peuple, Il est très-raisonnable qu’on fasse des objections sur la forme et sur le fond des nouvelles constitutions même dans un style acerbe ; mais on ne pouvait pas s’attendre qu’on permît la circulation aux  Tuileries d’un écrit dans lequel un certain Louis- Florian- Paul de Kergorlay donne pour motif de son vote contre la constitution le passage suivant : « Je suis convaincu que le rétablissement de cette dynastie sur le trône est le seul moyen de rendre le  bonheur aux Français. » Deux cents exemplaires en ont été distribués gratis. Cet écrit; ainsi qu’un mémoire justificatif du duc de Raguse , dans lequel Napoléon est traité sans aucun égard, est une réponse suffisante aux mensonges absurdes de nos concitoyens journalistes. Les journaux qui sont soumis à une censure ne contestent pas les droits de Napoléon; mais les nouvelles étrangères et les proclamations des souverains alliés et de Louis lui-même, qui s’y impriment, font voir qu’ils ne sont plus comme auparavant dans un état de servitude et d’avilissement. Le Moniteur lui-même est encore publié sous la direction du duc de Bassano, et admet une liberté de discussion et une libéralité d’opinions dans ses extraits et dans ses traductions, que notre Courrier et le Times doivent trouver inconciliables avec ce qu’ils disent du renouvellement de l’esclavage en France. Le plan de la nouvelle constitution parut dans le Moniteur du dimanche 23 avril 1815. On disait qu’il était l’ouvrage de M. Benjamin Constant  dont le nom s’associe à ceux des Lanjuinais, des Flaugergues, des Durbach et de tous ceux qui se sont distingués comme défenseurs de la liberté pendant le règne d’onze mois. On espérait qu’on ferait les plus grandes concessions au peuple, et que l’esprit démocratique y dominerait. Ceux qui connaissent le caractère français ne furent point étonnés d’entendre les plaisanteries lancées contre ce dixième essai de leurs modernes Numa; mais les amis de l’Empereur furent réellement alarmés, lorsqu’ils virent que dès sa naissance cette œuvre était attaquée par des assaillants sérieux et plaisants. Je ne me rappelle pas= avoir jamais vu, dans ce que l’homme est porté à nommer l’opinion publique, un changement pareil à celui qui eut lieu à Paris, lorsque parut l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire. Les royalistes, les républicains, ceux qui étaient attachés à l’Empereur, tous tombèrent dessus à la lois. Ils débutèrent par le commencement. Le titre était offensant : « Acte additionnel aux constitutions de l’Empire ! » et le Napoléon par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur des Français, faisaient voir, disaient-ils, que Napoléon considérait l’ancien système de despotisme, l’Empire, comme remis en activité ; qu’on sautait par dessus sa propre abdication, la charte et le règne de Louis, comme si ces circonstances, qui avaient annulé ces constitutions, n’avaient jamais existé; et qu’il était Empereur par la grâce de Dieu , sans aucun intervalle, à la manière du monarque dont il tournait en ridicule les dix-neuf années de règne. – Les constitutionnels crurent voir, même dans le renouvellement de ces prétentions et de ces formes, l’anéantissement de toutes leurs espérances, et que Napoléon n’était pas changé. Ainsi que les royalistes, ils disaient qu’il aurait mieux valu prendre pour base de la constitution cette charte de Louis que les patriotes eux-mêmes avouent être, en général, une excellente garantie de la liberté publique; que ladite charte, quoique octroyée, avait été virtuellement acceptée par les représentant s du peuple, et qu’il n’était pas sage d’avoir recours au moyen si usé de proposer une constitution à l’acceptation du  peuple s’ajoutaient que, prétendre que le Roi n’avait pas régné du tout, c’était détruire le principe de la souveraineté du peuple, qui l’avait admis et qui s’était soumis à son autorité. »

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’empereur Napoléon. Lettres écrites de paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.173-179)

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( 7 février, 2018 )

Lettre du caporal Charles-Joseph Vanesse, du 8ème de ligne.

Ombre 2

Muninchen [München : Münich], 16 Octobre 1805 

Mes Très Chers Parents,

J’ai l’honneur de vous écrire la présente espérant qu ‘elle vous trouvera dans une aussi parfaite santé que la mienne. Je vous communique, par la présente, que voilà deux cents lieues que nous faisons ; nous avons traversé toute l’Hanovre, la principauté du prince de Escassel [Cassel], la Franconie, une grande partie de la Prusse, et la Bavière où nous sommes dans la ville Capitale, voici quatre jours, pour recevoir l’ordre du départ ;
pour nous battre avec les Autrichiens qui sont à six lieues d’ici, on nous a donné  à chaque 50 cartouches. Nous avons avec nous 25 mille hommes de Bavarois, une grande partie de Hollandais, et l’on dit approchant deux cent mille Français.
Il y a déjà eu quelques batailles de faites, avec les Bavarois et quelques troupes de chez nous. Enfin que l’on a pris, en tout, approchant 16 à 17 mille prisonniers de l’ennemi et quelques pièces de canons.
Il se fera, mes Chers Parents, une terrible bataille pour passer l’Inn qui est à 12 lieues d’ici et, si nous le passons, nous parcourrons jusqu’à Vienne, et même plus loin, car on tâchera de détrôner l’Empereur. Ah, puis-je m’échapper de ce malheureux spectacle qui va se présenter à mes yeux, afin que je puisse avoir le bonheur de vous revoir encore, et de vous conter les aventures qui me seront arrivées, et ce que j’aurai souffert dans ce malheur ? Nous avons bivouaqué 15 jours qu’il n’a fait que tomber de l’eau et de la neige sans cesser. Il nous a manqué du pain pendant deux jours, de manière que quand nous arrivâmes sur la position, ayant fait 7 à 8 lieues, il fallait, pour lors, chercher des vivres à une lieue, deux lieues, où on pouvait les trouver ; le 11 dudit j’ai encore tué un mouton, pour faire la soupe, et demandé un pain où je n’ai eu qu’un morceau. Ainsi, je vous laisse à penser les choses que l’on est forcé de faire en campagne, nombre d’autres que je ne vous exprime ci-dessus. Je ne doute que vous aurez reçu les deux lettres que je vous ai écrites l’autre envoyée par un caporal et l’autre par la poste. Vous me ferez part, par la 1ère que vous m’écrivez, si ma sœur a reçu une tresse de cheveux garnie en or, que j’avais mise dans la lettre envoyée par le Caporal. Je finis en attendant l’honneur de vous réécrire de bonnes ou mauvaises nouvelles. 

Votre très humble et très obéissant serviteur. 

 VANESSE Charles.

P.S. Bien des compliments à Maman, frères, sœurs toute la famille et amis, et embrassez-les pour moi. Adieu, peut-être à jamais. Je vous ferai part si tout va bien à mon avantage. 

L’adresse : A Monsieur VANESSE, Caporal à la 8ème Compagnie, 1er bataillon, 8ème Régiment de Ligne, l’Armée commandée par M. le Maréchal Bernadotte 

Quand vous m’écrirez, vous demanderez à Monsieur Roydeau, le capitaine de recrutement, en quelle position est le 8ème Régiment.  

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( 6 février, 2018 )

Les événements de 1814 à Paris vus par un voyageur…

Colonne

Ce voyageur [anonyme] parti le 2 avril 1814 de Paris, à 7 heures du matin par la diligence qui se rendait à Melun, a été arrêté à Villeneuve-St-Georges et il fait le récit qui suit. 

A.CHUQUET  

On a cherché à abattre la statue de la Colonne de la place Vendôme ; pour cela, on aurait attaché des cordes en haut de la statue [de celle de Napoléon] ; mais l’empereur Alexandre paraît s’y être opposé. Il n’a rien été fait aux autres monuments. La proclamation de Louis XVIII s’est faite le 1er avril entre 8 et 9 heures du soir.  Un détachement d’environ douze hommes accompagnait celui qui portait la parole. Elle a été faite à la clarté des torches. La personne a entendu cette proclamation plusieurs fois depuis la place Vendôme jusqu’auprès la place Royale [place de la Concorde]. Dans la proclamation dont la personne ne peut rapporter les propres expressions, il serait plusieurs fois question du Sénat que l’on aurait l’intention de le convoquer. Peu de personnes ont crié « Vive le Roi ! ». D’autres ont crié « Vive l’Empereur ! ».  Vincennes ne s’est pas rendu. On dit que le commandant [le brave général Daumesnil] a répondu à la sommation qui lui aurait été faite, en disant qu’il lui fallait un ordre de Sa Majesté pour se rendre. [Daumesnil qui, le 8 avril [1814], écrivait au gouvernement provisoire que « son devoir était de conserver à la France l’immense quantité d’artillerie et de munitions que contenait la place de Vincennes » et qu’il suppliait le gouvernement de lui donner la certitude que ces précieux approvisionnements ne seraient pas livrés aux Alliés ».(Note d’A. Chuquet)]. On dit aussi qu’il aurait ajouté que les Russes lui ont enlevé une jambe, qui le lui rapportassent ou qu’ils lui emportent l’autre. Le pont de Charenton n’est pas coupé. Les élèves des divers collèges portent la cocarde blanche ; on présume que c’est par ordre. 

Document publié dans l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « L’année 1814… » (Paris, Fontemoing et Cie, 1914). 

 

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( 6 février, 2018 )

Des combattants jeunes et plein de courage : les «Marie-Louise».

1814...

La désastreuse campagne de Russie et la coûteuse guerre d’Espagne ont fait fondre les effectifs de l’armée. Mais la guerre continue et il faut reconstituer les troupes; lever de nouveaux conscrits. C’est dans ce but que sont votés plusieurs Sénatus consultes. Celui du 11 janvier 1813 appelle sous les drapeaux 150 000 jeunes gens de la classe 1814. Celui du 7 octobre en convoque 280 000 autres, soit 120 000 sur la classe 1814 et les classes antérieures, et 160 000 appelés par anticipation sur le contingent de 1815. L’Empereur étant aux armées, les décrets d’appel ont été signés l’Impératrice, qui préside le Conseil de régence. C’est pour cette raison que les conscrits appartenant à ces tranches ont été nommés les « Marie-Louise ». Un surnom sous lequel ils vont se battre courageusement. Les ordres de Napoléon sont rigoureux : aucun soldat ne doit partir en campagne s’il n’est incorporé depuis un mois et n’a été instruit au maniement du fusil. Tout cela est théorique, puisqu’il exige dans le même temps que le contingent levé en France fin février 1813 soit rassemblé en Saxe dès le mois d’avril. Alors l’instruction se fait sur le terrain. Tout en marchant, les vieilles moustaches, vétérans de Pologne, de Russie et d’Espagne qui encadrent les jeunes recrues leur apprennent les rudiments du métier de soldat. Le soir au bivouac, ils les font bénéficier de leur expérience à travers les récits de leurs campagnes. Bien sûr, tout cela est bien mince. A Champaubert, au maréchal Marmont qui les exhortent à ouvrir le feu contre les grenadiers russes d’Olsufiev, les recrues du 113ème de ligne répondent : « Nous ne savons pas charger nos fusils. » A Craonne, le général Boyer de Rébeval ne peut pas les déployer parce que les conscrits qui la composent ne connaissent rien à la manœuvre. A Craonne encore, le général Drouot montre lui-même en pleine bataille comment on pointe un canon. L’Empereur qui reproche au maréchal Victor sa lenteur, à Montereau, semble ignorer que le 2ème corps d’armée que commande le duc de Bellune est presque entièrement formé de jeunes soldats qui n’ont jamais reçu la moindre formation militaire. Mais cette poignante inexpérience n’empêche pas les « Marie-Louise » de montrer un courage et une détermination extraordinaire. Au 113ème de ligne, de nouveau, une compagnie a perdu tous ses gradés, jusqu’aux caporaux. A Marmont, qui demande un officier, une recrue répond : « Il  n’y a plus personne, mais nous sommes des bons. » A Méry-sur-Seine, le 22 février 1814, jour de Mardi gras, les conscrits de la brigade Gruyer ont dévalisé un marchand de pacotilles et se battent contre les Russes de Sacken avec des masques de carnaval et des défroques de mascarade.  A Champaubert, où les Russes sont finalement mis en de route, le général Olsufiev est capturé par une recrue du 16ème chasseurs qui refuse absolument de laisser son prisonnier à son colonel et exige de le remettre lui-même à Napoléon en personne !

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( 4 février, 2018 )

Une lettre du maréchal Berthier au Duc de Feltre, Ministre de la Guerre…

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La guerre, comme dit Berthier dans cette lettre, n’est pas commencée, et déjà, de Dantzig, le 10 juin, le major-général demande des renforts au général Clarke. Il lui faut mettre des commandants dans les places que la Grande-Armée laisse derrière elle, et plutôt que de prendre dans les troupes d’actifs et vigoureux officiers, Berthier appelle de France de vieux colonels et chefs de bataillon. 

A.C. 

Dantzig, le 10 juin 1812. 

Monsieur le duc de Feltre, je suis obligé de mettre des commandants d’armes dans presque toutes les p laces que nous laissons derrière nous. La guerre n’est pas commencée, et déjà  je suis obligé de placer  pour commandants d’armes des officiers supérieurs que je suis forcé de prendre parmi les officiers les plus actifs et les plus en état de faire la guerre. Il devient donc très nécessaire que Votre Excellence veuille bien m’envoyer en poste vingt à vingt-cinq officiers destinés à des commandements d’armes de 3ème et de 4ème classe.  Je pense que vous en avez beaucoup en France qui attendent d’être placés.  Je vous prie de désigner de suite un colonel pour commander à Altona [près de Hambourg, en Allemagne ?] où il remplacerait le colonel Dupuis que j’y ai mis et qui rejoindrait le quartier-général.  J’invite Votre Excellence à m’envoyer par avance au moins une douzaine d’officiers, tant colonels que chefs de bataillon. Ce nombre suffirait pour le moment, et je vous demanderai ensuite les autres que vous pourriez désigner à  l’avance. 

Je prie,Votre Excellence, de recevoir l’assurance de ma haute considération. 

 Le Prince de Neuchâtel, major-général. 

ALEXANDRE. 

(Lettre extraite de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET : « Lettres de 1812. Première série  [Seule parue] », Paris, Libraire Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

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( 4 février, 2018 )

La campagne d’Allemagne vécue par le chef d’escadron Mathieu.

La campagne d’Allemagne vécue par le chef d’escadron Mathieu. dans TEMOIGNAGES 06-509437

L’auteur était chef d’escadron d’artillerie à cheval. Voici un extrait de son témoignage sur la campagne de 1813.

Un ordre du Ministre de la Guerre prescrivait de créer avec les 78 hommes [débris des sept compagnies restant à l’issue de la campagne de Russie, comprenant sous-officiers, brigadiers et canonniers] quatre compagnies. Je ne pus garder les 36 miens On mit le tout en quatre paries et nous reçûmes des canonniers des régiments d’artillerie à pied er des cohortes. Ma compagnie fut portée tout de suite à 104 hommes et 100 chevaux. C’était dans les quinze premiers jours de mars. Le 1er avril 1813, nous passâmes l’Elbe à Magdebourg et, le 5, nous nous battîmes bravement et, de ce jour, j’eus bonne opinion de mes nouveaux canonniers. Nous repassâmes la rivière sur le même pont de bateaux et nous vînmes cantonner près de la ville. Là, j’achevai l’organisation de ma compagnie ; je fis donner manteaux, portemanteaux, bottes, etc., de manière qu’au 20 avril je pus me mettre en ligne tout aussi franchement qu’avec mes bons et braves canonniers que j’avais laissés dans les différentes affaires de 1812. Le 2 mai eut lieu cette fameuse bataille de Lützen contre les russes et Prussiens réunis. Nous tirions encore le canon à 10 heures du soir et nous y étions forcés par l’ennemi qui ne cessait pas son feu. Enfin, malgré les boulets ennemis, on donna l’ordre de faire manger les chevaux, mais seulement la moitié à la fois.

Nous restâmes debout de cette manière toute la nuit, et, à 2 heures du matin, l’ennemi fit un mouvement en avant comme pour nous attaquer ; mais, quoique étant prêts, nous les laissâmes s’avancer sur nous jusqu’à petite portée de canon. Voyant que nous ne bougions pas, ils s’arrêtèrent, et on vit, une heure après, leur arrière-garde se replier.

On se mit à leur poursuite, mais nous n’avions pas assez de cavalerie pour profiter de nos avantages. Nous les poussâmes de cette manière jusqu’à Dresde, où nous passâmes l’Elbe le 8, et on resta au repos jusqu’au 21, où eut lieu la bataille de Bautzen.

Vainqueurs, nous poursuivîmes l’ennemi jusqu’au Bober, et là eut lieu cet armistice qui dura du 30 mai au 17 août [les Alliés demandent un armistice le 25 mai 1813. Napoléon l’accorde. L’armistice de Pleiswitz est signé le 4 juin. Les hostilités doivent être suspendues jusqu’au 20 juillet 1813 ; il sera prolongé (le 30 juin) jusqu’au 10 août] pour notre meilleur malheur, car si on avait poursuivi l’ennemi, nous l’aurions rejeté au moins sur la Vistule et les autrichiens ne se seraient pas mêlés de la partie. Nous apprîmes, le 20 août, que les Autrichiens nous avaient déclaré la guerre et qu’ils marchaient sur Dresde pour s’en emparer. Nous nous mîmes en marche et nous marchions à grandes journées, le 1er corps de cavalerie dont je faisais partie et la Garde. Nous arrivâmes le 26 août et nous fûmes obligés de défiler sous un feu de canon bien nourri, pour nous porter sur les bords de la rivière que nous passâmes le plus vite possible, et, après avoir pris un peu de repos, on nous fit attaquer l’ennemi qui était tout auprès des faubourgs. Nous rentrâmes dans l’endroit où nous avions reposé ; il était près de 10 heures. Sur les 11 heures, la pluie survint et était très forte, ce qui ne nous arrangeait guère, et, à la pointe du jour, nous attaquâmes l’ennemi par une forte pluie qui dura toute la journée du 27 août 1813. Sur les 3 heures, on fit charger notre cavalerie sue les carrés autrichiens ; le premier qu’on attaqua était à l’embranchement des deux roues qui sont au-dessus de la ville de Dresde du côté sud ; ce bataillon croisait la baïonnette ; il se laissa écraser sans tirer un coup de fusil. Enfin, il se rendit. C’était la division Doumerc qui était là, composée de dragons. Les autres carrés se rendirent presque sans résistance. La bataille ne finit qu’à la nuit. Nous couchâmes à une lieue de Dresde, sur la route d’Auessburg [Auerberg ?]. Le lendemain 28, nous nous portâmes sur  la route de Pirna, qui va en Bohême, où nous apprîmes, pour le malheur de l’armée, que le corps de Vandamme, de 30.000 hommes, avait été écrasé ; que le maréchal Macdonald était battu sure le Bober; que les maréchaux Ney et Oudinot étaient battus marchant sur Berlin.

Nous fûmes obligés de passer la rivière à Dresde et d’aller porter secours au maréchal Macdonald. Nous rejetâmes l’ennemi au-delà du Bober et nous revînmes encore une fois pour nous porter sur la rive droite, où nous restâmes jusqu’au 26 septembre. Nous repassâmes sur la rive gauche à Meissen et nous vînmes près de Torgau. Nous repassâmes sur la rive droite le 12 octobre à Wittemberg, pour aller attaquer les Suédois que nous refoulâmes près de Magdebourg. De là, nous vînmes à marches forcées sans nous rendre à la bataille de Leipzig, le 16 octobre 1813.

Tout allait bien le 16.

Le 17, on resta tranquille. Le matin du 17, il plut. On parlait de paix.  Le 18, nous fûmes attaqués de tous côtés. Nous manquâmes de munitions le soir. L’ennemi nous avait tellement resserrés que des boulets venaient sur le grand parc qui se trouvait près de la ville côté est. On m’avait envoyé là à 5 heures, n’ayant plus de munitions. Je passai la nuit dans cet endroit. Dans la nuit, le grand parc défila et passa la ville. Moi, j »’avais reçu l’ordre d’attendre le corps d’armée. Sur les 8 heures du matin, le 19, je me trouvais seul avec mes douze bouches à feu. Le corps d’armée avait passé la ville dans la nuit et on avait oubliée de m’envoyer des ordres. Je me mis en marche et j’arrivai comme je pus sur les bords de l’Elster que je passai avec quatre bouches à feu. Le reste de mes batteries, mon fourgon, etc., tout demeura au pouvoir de l’ennemi, vu que le pont, ayant sauté par la maladresse de celui qui y mit le feu trop tôt, fut la cause de la perte de l’armée.

De Leipzig jusqu’à Mayence, où nous arrivâmes le 31 octobre 1813, dans un triste état, à peine si on se battit, et, malgré que nous faisions notre retraite sur un pays de ressources, l’armée faisait pitié en repassant ce fameux fleuve qui nous coûta tant de coups de canon pour le passer en 1794, et que nous avons quitté peut-être pour toujours !

Nous restâmes cantonnés près de Kreuznach du 1er novembre 1813 au 28 décembre, jour où le corps d’armée se mit ne marche pour venir prendre des cantonnements près de Landau, en attendant la paix qui, disait-on, allait se faire avec les souverains du Nord.

(« Souvenirs militaires du chef d’escadron Mathieu., de 1787 à 1815. Publié par Camille Lévi », Henri Charles-Lavauzelle, Éditeur militaire, s.d. [1910], pp.29-33).

06-509463 Souvenirs du chef d'escadron Mathieu sur 1813 dans TEMOIGNAGES

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( 3 février, 2018 )

Retour sur le film «Napoléon et moi» (sorti en salles en 2006)…

Retour sur le film «Napoléon et moi» (sorti en salles en 2006)… dans HORS-SERIE N.-225x300Tourné par Paolo Virzi en 2005 en Toscane (à Piombino, Baratti, Campiglia et Suvereto), ce film est une libre inspiration de « N », roman d’Ernesto Ferrero. 1814. L’Empereur (Daniel Auteuil) est exilé à l’île d’Elbe. Un instituteur de Portoferraio, Martino (Elio Germano), ne supportant pas la présence du « tyran » dans son île, va tout mettre en œuvre pour le tuer…

A noter la présence dans ce film de la sublissime Monica Bellucci en baronne italienne. Même si ce long-métrage, très soigné par ses plans et ses costumes, se laisse regarder, on ne peut oublier certaines erreurs grossières.SNB18459-300x221 dans HORS-SERIE

Je commence : Napoléon est exilé à l’île d’Elbe le 4 mars 1814 : donc en pleine campagne de France, et avant d’abdiquer un mois plus tard. Un tour de force spatio-temporel !  Il arrive à Portoferraio le 18 mai 1814, alors qu’en réalité c’est près de quinze jours plus tôt, le 4 mai, qu’il débarque.SNB18441-300x228

Si la scène du débarquement du souverain est acceptable, pourquoi on peut voir à sa droite un personnage oriental en tenue de zouave (Second Empire) ? On apprendra plus tard qu’il s’agit d’Ali (le mameluck). Là, j’ai dû prendre un fond de cognac (Courvoisier), pour « avaler la pilule »… Je passe sur la tenue de Napoléon. Bicorne peu conforme à l’original, tenues au réalisme aléatoire… Et puis toujours cette faute de langage que l’on voit trop souvent dans les films à caractère historique : les personnages donne du « Majesté » à toutes les sauces à Napoléon alors qu’il conviendrait de commencer à lui répondre par « Sire… », après qu’il vous aie adressé la parole en premier.SNB18451-300x227

Le colonel Neil Campbell, commissaire anglais, est mal campé : on le représente en officier d’une soixantaine d’années, alors qu’il n’a que 38 ans à l’époque ! Malgré tout le général Drouot est ressemblant et le valet de chambre Louis Marchand également.

Un film donc à visionner comme un simple divertissement. C’est tout.

Bande-annonce ici :

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18703583&cfilm=111202.html

C.B.

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