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( 6 février, 2018 )

Les événements de 1814 à Paris vus par un voyageur…

Colonne

Ce voyageur [anonyme] parti le 2 avril 1814 de Paris, à 7 heures du matin par la diligence qui se rendait à Melun, a été arrêté à Villeneuve-St-Georges et il fait le récit qui suit. 

A.CHUQUET  

On a cherché à abattre la statue de la Colonne de la place Vendôme ; pour cela, on aurait attaché des cordes en haut de la statue [de celle de Napoléon] ; mais l’empereur Alexandre paraît s’y être opposé. Il n’a rien été fait aux autres monuments. La proclamation de Louis XVIII s’est faite le 1er avril entre 8 et 9 heures du soir.  Un détachement d’environ douze hommes accompagnait celui qui portait la parole. Elle a été faite à la clarté des torches. La personne a entendu cette proclamation plusieurs fois depuis la place Vendôme jusqu’auprès la place Royale [place de la Concorde]. Dans la proclamation dont la personne ne peut rapporter les propres expressions, il serait plusieurs fois question du Sénat que l’on aurait l’intention de le convoquer. Peu de personnes ont crié « Vive le Roi ! ». D’autres ont crié « Vive l’Empereur ! ».  Vincennes ne s’est pas rendu. On dit que le commandant [le brave général Daumesnil] a répondu à la sommation qui lui aurait été faite, en disant qu’il lui fallait un ordre de Sa Majesté pour se rendre. [Daumesnil qui, le 8 avril [1814], écrivait au gouvernement provisoire que « son devoir était de conserver à la France l’immense quantité d’artillerie et de munitions que contenait la place de Vincennes » et qu’il suppliait le gouvernement de lui donner la certitude que ces précieux approvisionnements ne seraient pas livrés aux Alliés ».(Note d’A. Chuquet)]. On dit aussi qu’il aurait ajouté que les Russes lui ont enlevé une jambe, qui le lui rapportassent ou qu’ils lui emportent l’autre. Le pont de Charenton n’est pas coupé. Les élèves des divers collèges portent la cocarde blanche ; on présume que c’est par ordre. 

Document publié dans l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « L’année 1814… » (Paris, Fontemoing et Cie, 1914). 

 

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( 6 février, 2018 )

Des combattants jeunes et plein de courage : les «Marie-Louise».

1814...

La désastreuse campagne de Russie et la coûteuse guerre d’Espagne ont fait fondre les effectifs de l’armée. Mais la guerre continue et il faut reconstituer les troupes; lever de nouveaux conscrits. C’est dans ce but que sont votés plusieurs Sénatus consultes. Celui du 11 janvier 1813 appelle sous les drapeaux 150 000 jeunes gens de la classe 1814. Celui du 7 octobre en convoque 280 000 autres, soit 120 000 sur la classe 1814 et les classes antérieures, et 160 000 appelés par anticipation sur le contingent de 1815. L’Empereur étant aux armées, les décrets d’appel ont été signés l’Impératrice, qui préside le Conseil de régence. C’est pour cette raison que les conscrits appartenant à ces tranches ont été nommés les « Marie-Louise ». Un surnom sous lequel ils vont se battre courageusement. Les ordres de Napoléon sont rigoureux : aucun soldat ne doit partir en campagne s’il n’est incorporé depuis un mois et n’a été instruit au maniement du fusil. Tout cela est théorique, puisqu’il exige dans le même temps que le contingent levé en France fin février 1813 soit rassemblé en Saxe dès le mois d’avril. Alors l’instruction se fait sur le terrain. Tout en marchant, les vieilles moustaches, vétérans de Pologne, de Russie et d’Espagne qui encadrent les jeunes recrues leur apprennent les rudiments du métier de soldat. Le soir au bivouac, ils les font bénéficier de leur expérience à travers les récits de leurs campagnes. Bien sûr, tout cela est bien mince. A Champaubert, au maréchal Marmont qui les exhortent à ouvrir le feu contre les grenadiers russes d’Olsufiev, les recrues du 113ème de ligne répondent : « Nous ne savons pas charger nos fusils. » A Craonne, le général Boyer de Rébeval ne peut pas les déployer parce que les conscrits qui la composent ne connaissent rien à la manœuvre. A Craonne encore, le général Drouot montre lui-même en pleine bataille comment on pointe un canon. L’Empereur qui reproche au maréchal Victor sa lenteur, à Montereau, semble ignorer que le 2ème corps d’armée que commande le duc de Bellune est presque entièrement formé de jeunes soldats qui n’ont jamais reçu la moindre formation militaire. Mais cette poignante inexpérience n’empêche pas les « Marie-Louise » de montrer un courage et une détermination extraordinaire. Au 113ème de ligne, de nouveau, une compagnie a perdu tous ses gradés, jusqu’aux caporaux. A Marmont, qui demande un officier, une recrue répond : « Il  n’y a plus personne, mais nous sommes des bons. » A Méry-sur-Seine, le 22 février 1814, jour de Mardi gras, les conscrits de la brigade Gruyer ont dévalisé un marchand de pacotilles et se battent contre les Russes de Sacken avec des masques de carnaval et des défroques de mascarade.  A Champaubert, où les Russes sont finalement mis en de route, le général Olsufiev est capturé par une recrue du 16ème chasseurs qui refuse absolument de laisser son prisonnier à son colonel et exige de le remettre lui-même à Napoléon en personne !

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