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( 13 février, 2018 )

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade…

« Guillaume-Louis-Auguste, margrave de Bade, second fils du grand-duc Charles de Bade et de la comtesse de Hochberg, né le 8 avril 1792 à Karlsruhe, entré dans l’armée en 1805, colonel au quartier-général de Masséna (1809), commandant de la brigade badoise en Russie (1812), lieutenant-général en janvier 1813, capitule à Leipzig le 19 octobre, mais refuse de se joindre aux Alliés, prend part aux campagnes de 1814 et de 1815, reçoit le titre de margrave de Bade (4 octobre 1817), devient président de la première Chambre (1819), général en chef du corps d’armée badois (1825), renonce à ses fonctions après 1848, meurt le 11 octobre 1859. »

(Arthur Chuquet, « L’Alsace en 1814 », Plon, 1900, p.470.)

Le margrave de Bade a laissé des  « Mémoires » dont la partie sur la campagne de 1812 fut traduite en français et publiée par Arthur Chuquet en 1912 (chez Fontemoing et Cie). En 1812, Hochberg et ses 6000 badois sont intégrés au sein du 9ème corps d’armée (maréchal Victor). Ce témoignage a été réédité en 2009 par le Livre chez Vous sous le label « A la Librairie des Deux Empires ».

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( 13 février, 2018 )

« L’île d’Elbe », poème de Gérard de Nerval (1808-1855)

Vue Ile Elbe

Non loin des rivages de France, 
Il est une île au sein des mers : 
C’est là que veille l’espérance 
Et le fléau de l’univers ; 
Et c’est là, qu’abusant du droit de la victoire, 
On jeta le héros poudreux et renversé, 
Pour l’y laisser vieillir comme un glaive émoussé, 
Qui se ronge dans l’ombre, et se rouille sans gloire. 
Pourtant à l’exilé la rigueur du destin 
N’a point encor ravi l’aspect de la patrie, 
Et souvent à ses yeux une rive chérie 
Se dessine incertaine à l’horizon lointain.

Aussi, lorsque du soir descend l’heure rêveuse, 
Il promène ses pas près des flots azurés, 
Et sa pensée aventureuse 
Voltige avec ardeur vers ces bords désirés.

Mais un jour que ses yeux, rayonnants d’espérance, 
Avec plus de transport dirigés vers la France, 
En cherchaient l’ombre vague au bout de l’horizon : 
D’un sifflement lugubre environnant sa tête, 
Une voix lui cria du ton de la tempête : 
« Napoléon ! Napoléon ! »

Cette exclamation, pour tout autre effrayante, 
A retenti trois fois : le héros étonné 
L’entend ; et, de sa main brûlante, 
Soulève en murmurant son front découronné.

Et la voix ironique a repris la parole : 
« Napoléon le grand, qui t’arrête en ce lieu ? 
Qu’as-tu fait de cette auréole, 
Qui brillait à ton front comme à celui d’un dieu ? 
Pourquoi donc par le temps laisser ronger tes armes ? 
Pourquoi laisser couler ton âme dans les larmes, 
Toi qui ne pus jamais comprendre le repos ?… 
N’as-tu donc plus la main qui lance le tonnerre ? 
N’as-tu plus le sourcil qui fait trembler la terre ? 
N’as-tu plus le regard qui produit les héros ? » 
« Serait-ce que ton bras se lasse de la guerre, 
Ou tes amusements cessent-ils de te plaire ? 
Car dans tes loisirs autrefois, 
Tu jouais avec des couronnes ; 
Et l’univers vit à ta voix 
Des rois qui tombaient de leurs trônes, 
Et des soldats qui passaient rois. 
Depuis…. »

Napoléon a changé de visage ; 
« Qui que tu sois, dit-il, cesse un cruel langage, 
Il faut, pour m’outrager, attendre mon trépas, 
L’enfer est contre moi, mais ne prévaudra pas. »

LA VOIX.
Audacieux mortel, quelle est ton espérance ? 
Ta main paralysée abdiqua la puissance, 
Songes-tu maintenant ?…

NAPOLÉON.
Pourquoi dissimuler ?… 
Au bruit de mon réveil, l’univers peut trembler !

LA VOIX.
L’univers,… il rirait de ta vaine menace.

NAPOLÉON.
Le succès, je l’espère, absoudra mon audace ; 
Et tel événement, en servant mes projets, 
Peut me placer plus haut que je ne fus jamais.

LA VOIX.
Eh ! si toujours ton cœur à la couronne aspire, 
Si c’est par lâcheté que tu quittas l’empire, 
Honte à toi !…

NAPOLÉON.
Non ; plutôt honte à mes ennemis ! 
Car ils n’ont pas tenu ce qu ils avaient promis : 
Par l’abdication de toute ma puissance, 
Je croyais épargner des malheurs à la France ; 
Mais j’eus tort seulement de compter sur leur foi, 
Et le cri de mon peuple est venu jusqu’à moi : 
Mon œil a vu d’ici sa profonde misère, 
Ses triomphes livrés à l’envie étrangère, 
Ses monuments détruits et ses champs dévastés, 
La discorde, la haine agitant ses cités, 
La trahison…

LA VOIX.
Pour lui que pourrait ta faiblesse ? 
Jadis il imposait la chaîne qui le blesse, 
On lui rend maintenant les maux qu’on a soufferts… 
Crains donc de le défendre, et laisse lui ses fers !

NAPOLÉON.
(Il paraît absorbé, et réfléchit profondément) 
Crainte, repos,… enfer de toute âme brûlante 
Victime d’une injuste loi, 
Le père des humains tourne sa vue ardente 
Vers le séjour dont il fut roi ; 
Il voudrait, pénétrant dans l’enceinte sacrée, 
Ressaisir son pouvoir en dépit des destins : 
Mais un géant veille à l’entrée, 
Et la foudre luit dans ses mains.

La foudre, le géant, qui d’une âme timide 
Paralysent les faibles pas, 
Ne sont rien pour l’homme intrépide 
Dont l’esclavage est le trépas : 
Le péril qui l’attend, s’il veut briser sa chaîne, 
Ne fait, en l’indignant, qu’aiguillonner son cœur ; 
Qu’importe que la mort du vaincu soit la peine, 
Si le sceptre et la gloire est le prix du vainqueur.

Bien plus,… de son courage, ou bien de sa vengeance, 
Si déjà tout un peuple attend sa délivrance, 
Un noble sentiment par l’honneur inspiré 
L’appelle vers ceux qu’on opprime ;… 
Alors hésiter est un crime, 
Oser est un devoir sacré !

Par l’oubli des traités on a brisé ma chaîne, 
On menace, en ces lieux, mes jours, ma liberté : 
C’est du sang qu’il faudra… le sort en est jeté. — 
Ah ! mon âme en frémit… mais n’est point incertaine. 
L’imprudent qui m’a remplacé, 
Aux Français opprimés a dit, pour qu’on le craigne. 
« Peuples, prosternez-vous ! je suis roi, car je règne ; 
Votre empereur est renversé. » —

Oui, j’abdiquai l’empire, il en a l’avantage ; 
Mais je n’ai point de même abdiqué mon courage, 
En siégeant à ma place il a compté sans moi… 
Car, détrônant l’espoir où son Orgueil se fonde, 
À mon tour je vais dire au monde : 
« Je suis vivant, donc je suis roi ! »

LA VOIX.
Alors ta royauté sera bien éphémère, 
Car la mort doit répondre à tes prétentions ; 
Et tu verras tomber ton aigle et son tonnerre 
Sous le glaive des nations. — 
Mais, que dis-je ? La mort n’est rien à ton courage ! 
Le feu d’un grand dessein dévore tout effroi ; 
À ta présomption qu’importé mi noir présage ? 
Tout ton destin t’enchaîne et tu n’es plus à toi.

NAPOLÉON.
Le destin m’appartient, et moi-même à la France ; 
C’est pour son bonheur seul que j’emploierai toujours 
Mon glaive, mes vœux, ma vengeance, 
Et ce qui reste de mes jours. 
Va, quoique ta menace ait annoncé l’orage, 
Une barque m’attend, et tout est décidé… 
Mille peuples, en vain, veillent sur passage… 
Six cents Français et moi, — l’équilibre est gardé ! 
Mais toi, pour qui, dis-tu, l’avenir se révèle ; 
Toi, dont la prophétie est pour moi si cruelle, 
Quel est ton nom ? Viens-tu des cieux, ou des enfers ?

LA VOIX.
Tu le sauras un jour ; vas où le sort t’appelle : 
Je t’attends au-delà des mers !

Gérard de NERVAL  (« Elégies nationales », 1827).

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