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( 2 mars, 2018 )

Quelques chiffres concernant les troupes débarquées à Golfe-Juan…

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Sur le nombre des troupes qui débarquèrent ce jour là, H. Houssaye apporte les chiffres suivants : « 607 grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde ; 18 chevau-légers polonais ; 21 marins de la Garde ; 43 canonniers ; 400 chasseurs corses et environ 30 officiers sans troupe qui étaient venus à Porto-Ferrajo [Portoferraio] demander du service. Ce total de 1219 officiers et soldats est le chiffre de l’effectif, mais il faut en rabattre. On peut évaluer à une vingtaine les grenadiers et les Polonais qui avaient pris leur congé de novembre 1814 à février 1815. Il y avait des désertions chez les chasseurs corses, qui d’ailleurs n’avaient jamais été 406 hommes présents sous les armes. Enfin, il paraît qu’un certain nombre de canonniers étaient restés à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. »

(Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.208, note 1).

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( 2 mars, 2018 )

Une lettre du général Junot à l’Empereur.

Junot

Gouvernement général.

Parme, le 28 avril 1806.

LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL DES ETATS DE PARME, PLAISANCE ET GUASTALLA A SA MAJESTÉ IMPÉRIALE ET ROYALE.

Sire,

C’est avec la plus grande confiance que je prends la liberté d’écrire cette lettre à Votre Majesté, persuadé de la générosité de son coeur, de sa justice et enhardi par les bontés dont Elle m’a comblé jusqu’ici. Lorsque Votre Majesté me nomma ambassadeur à Lisbonne, je m’empressai d’obéir à ses ordres et je partis de Paris emmenant avec moi ma femme, mes enfants, ma maison. Je dus faire le voyage par terre et il est long, puisque, parti de Paris le lundi gras, je n’arrivai à Lisbonne que le jour de Pâques. Les dépenses de ce voyage, seulement pour frais de poste en France et de transport en Espagne et en Portugal, se sont élevées à plus de 60,000 francs. Mon établissement à Lisbonne m’a coûté de 50 à 60,000 francs, puisque j’ai dû acheter jusque aux matelas de lits, jusqu’à une chaise. Mon retour et celui de ma maison m’a coûté au moins 60,000 francs et l’on peut estimer à 20,000 francs au moins les pertes que je suis obligé de faire sur la vente des effets que j’ai achetés et des réparations que j’ai dû faire pour mon logement.

Voilà donc, Sire, 200,000 francs que j’ai dû dépenser (et que je dois effectivement à Lisbonne et à Paris) pour mon ambassade. La première année d’une ambassade est toujours onéreuse et il est bien prouvé qu’on ne peut pas vivre à Lisbonne avec les appointements qu’on y a. Je ne réclame pas de Votre Majesté qu’Elle m’accorde tout ce que j’ai dépensé, mais, Sire, que le Ministre des Affaires étrangères vienne à mon secours comme il est d’usage de le faire :

Que les trois mois que l’on paye d’avance ordinairement me soient alloués en gratification ;

Que le Ministre me fasse payer incessamment les états des frais extraordinaires qu’il a entre les mains;

Que mon retour me soit payé conformément aux règlements;

Et que, pour m’indemniser des pertes et des dépenses extraordinaires qu’ont occasionnées mes voyages et mon établissement, le Ministre me paye la somme qu’il plaira à Votre Majesté de déterminer.

Pour mettre en ordre toutes mes affaires qui sont si dérangées, je supplie Votre Majesté Impériale de m’accorder une permission de quelques jours pour aller à Paris. L’état où sont maintenant les duchés de Parme et de Plaisance peut bien me permettre une courte absence.Je serai toujours prêt à y revenir ou à. aller partout où le service de Votre Majesté m’appellera. D’ici à la réponse de Votre Majesté, j’aurai parcouru les montagnes ou les chemins, préparé des rapports détaillés et je serai à même de Lui donner de vive voix les renseignements qu’Elle  pourrait demander après avoir mis à ses pieds l’hommage de mon dévouement sans bornes et de mon-profond respect.

De Votre Majesté Impériale et Royale,

Sire, le très humble serviteur et sujet,

JUNOT.

(Lettre publiée dans « Le Carnet Historique & Littéraire » en 1899).

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( 2 mars, 2018 )

Golfe-Juan,1er mars 1815….

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Ce témoignage a été rédigé par le premier magistrat de la ville de Cannes et publié en 1887 dans la « Revue Rétrospective ». 

Le 2 mars mil huit cent quinze, à dix heures du matin. Nous, François-Auguste Poulle, maire de cette ville de Cannes, disons que, hier, à trois heures après-midi, étant à la promenade, Antoine Guigues, sergent de ville, accourut tout effrayé me dire qu’un général était arrivé à la tête d’environ cinquante hommes, et m’appelait promptement à la commune. Je me hâtai de m’y rendre. Y étant arrivé, je trouvai un individu avec mes adjoints et secrétaire, que je crus être un officier habillé en bourgeois, qui me demanda un passeport pour Marseille. Je l’invitai à me dire s’il en avait un et d’où il venait : « Je n’en ai point, répondit-il, et je viens de l’île d’Elbe. » Lui ayant dit que ne pouvais pas le satisfaire, il fit l’étonné, et je vis entrer le général qui me fit aussi la demande d’un passe-port pour l’individu et pour Toulon : « Il en faut donc deux, répondis-je, un pour Toulon et un pour Marseille ? -Non, répondit-il, il le faut pour Toulon, et il le faut. »  Je feignis de faire chercher le percepteur des contributions, qui, seul, est autorisé à tenir ce papier de passe-port ; le général en prit de l’humeur et sortit, me laissant seul avec l’individu, qui parlait très peu. Revenu quelques moments après, il ne parla plus de passe-port, mais il m’ordonna de me rendre au Golfe juan pour recevoir les ordres du commandant –j’appris que M. Vidal, un de mes adjoints, à qui le général avait donné le m^me ordre, avec menace de l’y faire accompagner, s’y était refusé. Je lui répondis que je ne le pouvais, ni ne devais sortir de ma commune : «Vous me donnerez donc votre refus par écrit ? –Oui, Monsieur, » lui répondis-je ; et j’écrivis mon refus. Il le prit et fut conduire sa troupe au-devant de l’auberge du sieur Pinchinat. 

Etant revenu après, il demanda le brigadier de gendarmerie. Celui-ci était avec moi, et je le lui présentai ; il lui un ordre par écrit d’aller, de suite, au Golfe, présenter à l’Empereur son cheval et ceux de sa brigade, qui seraient bien payés ; il reçut l’ordre, mais il n’obéit pas. 

Le général me demanda un entretien particulier. Mes adjoints, secrétaire et autres, sortirent du bureau, nous restâmes avec l’individu. Le général me dit : »-Votre réputation nous est connue ; il faut nous dire avec toute franchise comment vos administrés ont pris l’arrivée du Roi.- Ils en ont marqué, ai-je dit, une joie bien vive et je crois qu’ils lui sont bien attachés.- Et vous, a-t-il continué, tenez-vous pour l’Empereur ou pour le Roi ?- Je vous dis, avec toute le franchise qui doit caractériser l’homme, ai-je répondu, que j’avais juré fidélité et obéissance à l’Empereur, et j’aurais donné ma vie pour lui. J’ai fait le même serment au Roi ; je ne saurais être parjure. » – A cette réponse, il mit sa main sur mon épaule droite, en disant : « Je vous estime. »-Il sortit avec l’individu. Sur environ les sept heures et demie, il revint faire une autre réquisition pour 3,000 rations de pain et autant de viande, prêtes à distribuer à minuit précis, dont il exigea aussi récépissé. Je fis de suite appeler les bouchers et les boulangers. Je leur intimai l’ordre de se pourvoir. Les bouchers dirent que des marchands Piémontais étaient arrivés avec des bœufs, qu’il m’en faudrait trois pour les fournitures. Je leur ordonnai d’en faire le marché et des les égorger de suite, ce qui fut exécuté. J’intimai le même ordre aux boulangers ; je nommai douze commissaires pour faire prendre tout le pain. Messieurs les adjoints marchaient avec eux ; à onze heures, il y eut dix-sept cents rations dans le magasin que j’avais assigné. Pour avoir le restant, les commissaires, s’étant divisé les quartiers, se portèrent chez les habitants, qui se prêtèrent de la meilleure grâce, et, à une heure après minuit, les rations furent à peu près complétées. Dans l’intervalle, et vers les huit heures et demie, un officier vint me présenter une proclamation signée : NAPOLEON, et pour mandement pour l’Empereur, signé : BERTRAND, avec ordre de lui donner publicité. 

Les appartements de la commune étaient remplis, depuis longtemps, de partie de MM. Les Conseillers municipaux, bourgeois et gens de tout état, et là, lut qui voulait. Les esprit n’étaient pas tranquilles ; je tâchai de les rassurer, en leur répétant de temps en temps : « Soyez tranquilles, il ne nous faut ni force ni courage, mais seulement de la prudence : reposez-vous sur moi et nous sortirons de ce pas.»-J’en éprouvai la plus vive satisfaction. La lecture, faite par qui voulait, ne fit pas la moindre sensation. Vers les deux heures, on vint annoncer l’arrivée de Bonaparte, qui établit son bivouac sur les sables hors de la ville, près de notre-Dame, où il fit allumer un grand feu qui fut entouré de troupe et de beaucoup de gens de la ville. Il ne parle à personne, excepté à Monseigneur le Prince de Monaco qui, étant arrivé à Cannes vers les cinq heures de la veille, le général lui avait donné un piquet et un caporal dans ses appartements, fut appelé par Napoléon, qui le garda jusque vers les quatre heures. La conversation ne fut pas entendue. Je n’avais jamais quitté ma place et je ne la quittais pas. Je transmettais mes ordres, que les adjoints et les commissaires faisaient exécuter. Il me fut demandé plusieurs conducteurs, charrettes et chevaux, tout fut fourni et toute la troupe défila vers Grasse ; et, à cinq heures et demi, Cannes eut le bonheur de se voir entièrement délivrée, et les habitants qui, de frayeur, ne s’étaient pas couchés, sont restés quelques moments étonnés de cette apparition, et sont très contents du départ. 

Cependant, quelques soldats étaient restés ; ils faisaient sortir du magasin les pains qui n’avaient pas été distribués et les mettaient en vente. J’en fus prévenu ; je m’y portai de suite, je fis rentrer le pain. Je trouvai douze cents septante trois [1273] rations distribuées, au lieu de trois mille demandées, et, ayant fait fermer le magasin, je me suis retiré sans avoir obtenu du commissaire des guerres le paiement qu’il avait solennellement promis. Je me propose de faire rendre aux boulangers les pains de leurs fabrications, aux habitants pauvres ceux qu’ils ont donnés, dont j’avais fait prendre les noms, et de faire distribuer, aux pauvres de la commune, le pain de la classe qui peut se passer de restitution.

Quant aux bouchers, la viande donnée sera pour leur compte, et, pour celle distribuée, je prendrai les ordres de l’autorité. 

Rentré chez moi, aujourd’hui, à six heures du matin, je pensais me reposer, lorsque Monseigneur le Prince de Monaco m’a fait l’honneur d’arriver ; il m’a demandé le certificat que j’ai fait tel que suit : « Je, soussigné, maire de cette commune de Cannes, troisième arrondissement de Grasse, certifie que Monseigneur le Prince héréditaire de Monaco, se rendant à Monaco, a été arrêté, hier, à Cannes, par le premier poste des troupes de l’île d’Elbe ; qu’il n’a cessé d’avoir auprès de lui, un poste, un caporal dans son appartement et que, sur les deux heures du matin, il a été forcé de se rendre près le commandant des dites troupes. En foi de quoi j’ai fait le présent certificat pour servir ce que de besoin. A Cannes, ce deux mars, mil huit cent quinze. 

 

 

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