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( 3 mars, 2018 )

Cinquième lettre du caporal Charles-Joseph Vanesse, du 8ème de ligne.

Ombre 1

Thorn, (Département de la Vistule), 27 Octobre 1806.        

A Monsieur et Madame VANESSE 

Je n’ai point cru mes chers Parents ! qu’après la bataille de Lübeck, nous eussions été obligés de venir dans un pays aussi désert et misérable qu’est celui de la Pologne, et de faire marches forcées comme nous en avons faites depuis notre départ de Travemunde, jusqu’à cette ville. Nous n’avons cessé de faire dix à douze lieues par jour, même des journées de 14 et 15 lieues. Oui ! c’est une chose terrible de la manière que nous sommes conduits.Les travaux publics doivent être plus doux à supporter que l’état militaire en ce moment. Voyez combien il est malheureux, marcher nuit et jour avec un morceau de mauvais pain pour la subsistance, de la mauvaise viande, et encore très peu. Déjà une grande partie de mes camarades ne mange, dans les cantonnements, que des pommes de terre, et toutes sortes de mauvaises nourritures, ne boivent que de l’eau et ne couchent que sur la paille dans la turne remplie de vermine. En vérité cela fait pitié de voir d’aussi braves soldats dans la misère jusqu’à ce point, après avoir remporté tant de victoires et de bravoures ; encore serons-nous bien plus à plaindre dans quelques jours d’ici, quand nous nous enclaverons plus loin dans le pays, et que nous marcherons vers Karchow la capitale, où la plus grande partie de l’armée a passé. Enfin, je me console vu que j’ai au moins un jour de repos pour avoir le plaisir de vous écrire. J’aurais été très flatté de vous écrire de Berlin, mais nous n’y avons fait qu’un seul séjour, et ma besogne ne m’a point permis de prendre la plume pour ce sujet. Quoique cela, j’espère que la lettre de Thorn vous sera aussi agréable que si elle était de cette capitale. Ma chère Moedertje, consolez-vous pour votre fils, (Monsieur Bonappétit [sic]), et ne soyez pas dans l’inquiétude d’après les plaintes que vous apprend sa lettre, il se plaint de longues routes et de la misère, mais il vous assure qu’il n’est point des plus misérable, en ce moment il fait la route avec un superbe cheval qui lui appartient, et a soin de faire provisions de bouche avant de s’acheminer. Le Colonel même, n’est pas en peine de lui aussi je vous prie de croire qu’il ne mourra point de faim, ni de fatigue et encore moins de boulets de canon, car il a soin de se mettre à l’abri de cette sorte de grêle. 

Votre fils dévoué Charles. 

PS/ Ma chère Sœur, je me ferais un plaisir extrême de recevoir plus souvent de vos lettres. Je ne sais en vérité à quoi attribuer que vous me laissez si longtemps sans me donner de vos nouvelles.

Vous savez tous, que c’est mon plus grand désir que d’en recevoir et vous ne m’en faites point parvenir ; c’est un reproche que j’ai à vous faire, et j’ose espérer qu’à l’avenir je n’aurai plus à me plaindre à ce sujet. Petite filoune je vous embrasse. 

Votre frère Charles. 

Mais à propos ! Mon cher Joseph et Guillaume ! Mes frères, il y a longtemps que je n’ai jamais reçu de vos lettres ; à cause de pourquoi c’est que vous ne m’écrivez pas ? Savez-vous bien que je suis votre aîné et qu’il faut m’obéir ? Ainsi je vous ordonne, non pas ordonner ! Mais vous prie de faire une lettre que vous voudrez bien m’adresser, qu’elle soit du guide de gauche ou du guide droite, cela m’est égal, j’y verrai de l’amitié. 

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( 3 mars, 2018 )

Une lettre du dénommé Jubinal au notaire Couffille, durant la retraite de Russie….


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Ce Jubinal était sous-chef à la division des Procès-verbaux et Comptabilité de la Secrétairerie d’Etat. Couffille était notaire à Luz, petite ville des Pyrénées-Orientales. 

Arthur CHUQUET.

Au bivouac de Iaskowo, 3 novembre 1812. 

Vous serez étonné, mon cher Couffille, comme je l’ai été moi-même en apprenant le malheureux sort de M. Trassens. Vous le croyiez à Riga et je l’y croyais moi-même d’après vous. Eh bien non ! Il est à Moscou ! J’y suis resté plus d’un mois et je n’ai su que le dernier jour qu’il y était, et voici comment. Les 9/10ème de cette ville ont été réduits en cendres dès les premiers jours de notre entrée. Parmi les habitants que nous y avons trouvés quatre ou cinq cents Français en faisaient partie. Tous ont été plus pu moins victimes de l’incendie et tous surtout étaient réduits à n’avoir pas de pain. Sur les réclamations qu’ils firent, il leur fut donné des secours en argent, par ordre de l’Empereur. La liste de ces Français m’est tombée dans les mains et j’y ai lu le nom de J.-B. Trassens de Vici âgé de 60 ans, instituteur en Russie depuis 13 ans. Il n’y a pas de doute que ce ne soit pas là votre oncle. Ce n’est que le 18 octobre que j’ai pu voir cette liste et je suis parti de Moscou le 19.  Un ou deux jours de séjour de  plus, je me serais empressé de le voir et de lui parler. S’il était à  Riga, il s’était donc éloigné de cette ville à l’approche de l’armée et il était venu se réfugier à Moscou, comme devant être plus en sûreté, car personne ne s’attendait à voir les Français s’emparer cette année de cette ancienne capitale de la Russie.  Votre oncle doit être bien malheureux aujourd’hui, s’il a survécu à la destruction du reste de cette ville.

Vous en ressentirez, je suis sûr, ainsi que moi une bien grande peine ! 

Je vous écris cette lettre au bivouac sur mes genoux et dans la voiture, l’armée est en marche pour prendre ses quartiers d’hiver. 

JUBINAL.

 

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