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( 20 mars, 2018 )

Un jour historique ! Paris, Palais des Tuileries, 20 mars 1815, 21 heures…

Napoléon le Grand

Écoutons quelques témoins de ce soir triomphal : « Neuf heures venaient de sonner au pavillon de l’Horloge ; je me promenais et causais avec mes camarades le long du château. Tout à coup des voitures très simples et sans aucune escorte se présentent au guichet du bord de l’eau et l’on annonce l’Empereur. Décrire ce moment n’est pas en mon pouvoir, il est impossible que des mots puissent le faire.  La grille est ouverte, les voitures entrent ; nous nous précipitons tous autour d’elles et nous en voyons descendre Napoléon. Oh ! Alors, toutes les têtes sont en délire : on se jette sur lui en désordre, on l’entoure, on le presse, on l’étouffe presque, et on finit, malgré tout ce que peuvent dire et faire les généraux qui l’accompagnent, par l’emporter dans ses appartements. (Capitaine Léon-Michel ROUTIER, « Récits d’un soldat de la République et de l’Empire, 1792-1830 »).

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« Toute la partie du côté du Pavillon de Flore près duquel est l’entrée ordinaire du Palais [des Tuileries], était remplie d’une masse si compacte de généraux, d’officiers, de gardes-nationaux et d’une grande quantité de personnes de distinction, qu’il me fut impossible de faire avancer la voiture jusqu’au perron. L’Empereur, voyant qu’il ne pouvait aller plus loin, descendit au milieu de la foule immense qui se pressait autour de lui et, dès qu’il eut mis pied à terre, on s’empara de lui et on le porta, pour ainsi dire, jusque dans ses appartements, sans que ses pieds puissent toucher les degrés de l’escalier. Il était neuf heures environ ». (Mameluk ALI, « Souvenirs sur Napoléon… ).

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« Les salles du palais [celui des Tuileries] semblaient métamorphosées en un champ de bataille, où des amis, des frères échappés inopinément à la mort se retrouvent et s’embrassent après la victoire », écrit FLEURY DE CHABOULON dans ses «Mémoires ».

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« 20 mars. Nous quittâmes Auxerre, la joie et l’enthousiasme régnaient dans la ville. Sa Majesté arriva dans la nuit à Fontainebleau. Après quelques heures de repos, Sa Majesté passa en revue dans la cour du palais un régiment de lanciers. Après l’arrivée de la Garde, l’Empereur, apprenant que le Roi avait quitté Paris et que la capitale était libre, se mit en route pour s’y rendre .Tous les villages que nous traversions témoignaient la plus vive joie ; une révolution sans exemple s’achevait sans le moindre désordre. Nous vîmes arriver autour de Sa Majesté tous les officiers généraux résidant à Paris ; une foule immense, plusieurs équipages à six chevaux vinrent au-devant de l’expédition. A neuf heures du soir, arrivé aux portes de Paris, l’Empereur rencontra l’armée qui devait commander le duc de Berry . Officiers, soldats, généraux, lanciers, cuirassiers, dragons, tous se pressèrent au-devant de l’Empereur. A son entrée aux Tuileries, Sa Majesté pouvait à peine traverser la foule des officiers qui l’entouraient ; elle fut obligée de leur dire, presque suffoquée par son émotion : « Mes amis, vous m’étouffez.  »

La nuit, la Garde arriva et bivouaqua dans la cour du Carrousel. Dès le matin, le drapeau tricolore avait été arboré sur la tour de l’horloge des Tuileries. Ainsi s’est terminée, sans rencontrer un obstacle, sans brûler une amorce et sans effusion de sang, une entreprise qui, au lieu d’être jugée comme une imprudente témérité, doit compter parmi les calculs les plus sublimes de la vie de l’Empereur, et l’entourer de la plus haute gloire militaire qui ait jamais honoré un grand capitaine. La marche de Cannes à Paris est sans exemple dans l’histoire des nations.C’est l’élan unanime d’un grand peuple courant au-devant de son libérateur. »  (Baron Guillaume PEYRUSSE, «Mémoires-1809-1815… »)

Vive l’EMPEREUR !

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Le capitaine Moura aux Tuileries le 20 mars 1815…

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Au matin du 20 mars 1815, Exelmans, à la tête d’officiers à la demi-solde, occupe les Tuileries et fait arborer le drapeau tricolore.

Le personnel de la cour impériale, grands et petits, réoccupe le palais, et dans la salle du Trône les belles dames arrachent du tapis les fleurs de lys pour faire reparaître les abeilles. A 9 heures du soir, l’Empereur arrive, tiré de sa voiture, porté de bras en bras dans le vestibule et sur l’escalier ; il dit tout bas au capitaine d’Hauteroche qui lui tient une jambe et la serre un peu fort : « Là, là, mon enfant, doucement, doucement ». Un autre capitaine se faisait remarquer dans cette foule enthousiaste. C’était Moura. Moura qui, le matin, avait fait flotter sur les Tuileries le drapeau tricolore, Moura, qui, le soir, monta la garde, un fusil en main, à la porte de l’appartement impérial. 

« Le 20 mars 1815, écrivait-il plus tard, jour de la rentrée de Napoléon, Moura se trouvait aux Tuileries à 9 heures du matin, au moment où le général Exelmans prit le commandement de ce palais. C’est Moura qui, par ordre d’Exelmans, eut l’insigne honneur d’arborer le drapeau tricolore au pavillon de cet édifice. Et lorsque, le soir du même jour, l’Empereur fut rentré dans Paris, ce fut Moura qui, par suite des mêmes ordres, eut la faveur plus grande encore d’être, le premier, placé avec un fusil en sentinelle à la porte de l’appartement du  grand homme.

Exelmans, aujourd’hui maréchal [il accède à cette dignité en 1851], est là pour certifier ces deux faits si glorieux pour moi. » 

Qui était ce Moura ? Un Portugais. 

Antoine-Joachim Moura, né le 16 février 1786 à Oporto, cadet en avril 1801, et second lieutenant en février 1809 au 4ème régiment d’artillerie portugais, fut blessé d’un coup de feu et fait prisonnier à l’attaque d’Oporto. Le général Fririon, chef d’état-major de Soult, l’engagea à prendre du service en France. Moura y consentit. Attaché en avril 1809, comme adjoint, à l’état-major général de l’armée du Portugal, nommé le 20 mai 1811 capitaine adjoint par le duc de Raguse [Marmont] et employé  pendant seize mois à la 4ème division que commandait le général Sarrut, envoyé à Grenoble en 1814 au dépôt de la Légion portugaise, il fut définitivement promu capitaine de cavalerie le 15 janvier 1815 sur la recommandation de Fririon, de Heudelet et de Marmont qui reconnaît qu’il avait servi avec zèle. Après le 20 mars, il appartint à l’état-major de la division Berthezène qui faisait partie du corps de Vandamme. Il est blessé à Fleurus et nommé provisoirement chef d’escadron. Moura rentre à Paris après le licenciement de l’Armée de la Loire. Il est mis à Nancy sous la surveillance de la police.Il obtint des lettres de naturalité et, en vertu de l’ordonnance du 20 mai 1818, un traitement de non-activité pendant dix ans, de 1818 à 1828. Il pouvait donc être rappelé au service et il avait droit à une pension de retraite. Mais en 1821, il donna sa démission pour rentrer au Portugal. On le trouve toutefois en 1852 à Toulouse. Antoine-Joachim Moura avait en 1818 épousé la fille d’un avocat de Nancy, nommé Froment.

Arthur CHUQUET 

(« Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911). 

 

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20 mars 1815, une journée pas comme les précédentes…

Napoléon le Grand2

Ce récit est extrait des « Souvenirs » d’Emile Labretonnière, jeune étudiant parisien. L’Empereur n’était pas encore de retour dans sa capitale.

« Pendant toute cette journée du 20 mars, le pays fut sans aucun gouvernement, et cependant jamais Paris ne fut plus paisible; pas la moindre insulte, pas la moindre violence de la part d’un peuple abandonné à lui-même et dont on n’avait pas encore altéré les nobles instincts. Seulement, je fus témoin d’un fait qui fit croire à un commencement de trouble. Il faisait un temps superbe; les cafés et les estaminets du Palais-Royal se remplissaient de militaires fêtant, le verre en main, l’arrivée du Petit-Caporal. J’étais avec un ami dans un estaminet haut: une foule de cuirassiers y faisait couler la bière et le punch en son honneur, quand tout-à-coup un coup de fusil retentit dans le jardin. A l’instant, voilà tous nos hommes qui sautent sur leur sabre déposé près d’une table, et qui descendent rapidement, tandis que toutes les croisées se garnissent de figures inquiètes. Ce n’était qu’un hasard; un armurier du Palais-Royal, en maniant un fusil qu’il ne savait pas chargé, venait de le faire partir par mégarde. On attendait l’Empereur d’heure en heure; il n’arrivait point. Les boulevards se garnissaient de curieux sur le passage présumé de la voiture où reposaient de si hautes destinées. Des officiers d’état-major, à cheval, parurent enfin venant de la place Vendôme, encourageant le peuple qui, sur leur route, criait Vive l’Empereur ! Il furent le premier indice de l’organisation d’un pouvoir quelconque dans toute cette journée. La nuit venait; j’étais sur le boulevard Saint-Martin, impatient et inquiet d’un si long retard, quand j’entendis accourir une nuée de crieurs, colportant un imprimé et l’annonçant avec les poumons que vous connaissez à ces stentors de la rue de Jérusalem. J’arrête le premier qui passe, je lui achète un exemplaire, et mes regards tombent avec ravissement sur l’aigle impériale m’ouvrant ses aîles, tenant encore dans sa serre ce foudre terrible dont les éclairs avaient fait baisser les yeux à tant de rois vaincus. J’avais en main l’admirable proclamation de Napoléon à l’armée française , celle qui commence par ces mots: SOLDATS ! Nous n’avons point été vaincus ! C’était cette chaleureuse allocution où, en appelant autour de sa bannière les vieux braves des premiers départements envahis par lui, le soldat couronné leur annonçait que l’aigle aux trois couleurs allait voler de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame. J’étais là le cœur agité, les yeux avides, à lire au coin du boulevard; peu à peu je voyais se former autour de moi un cercle d’enfants et d’ouvriers jetant un œil curieux sur l’aigle qui surmontait la proclamation. — Monsieur, me dirent d’un air suppliant quelques hommes aux vêtements délabrés, si vous vouliez avoir la bonté de lire haut! – Je vis qu’en refusant j’allais coûter deux sous à ces pauvres diables incapables de résister à l’envie de connaître cette proclamation; je commençai donc. Puis je vis toutes ces figures noircies par le travail se grouper attentives, et l’orgueil national s’épanouir aux magiques paroles de Napoléon; pas un trait d’éloquence ne manquait le but; il y avait autour de moi trop de cœurs patriotes pour le recevoir. Cependant je commençais à être embarrassé de mon rôle de tribun en plein vent, la foule était considérable quand arriva la fin de ma lecture; elle fut couronnée par un cri de Vive l’Empereur ! Que je me contentai de répéter in petto, tant je craignais de passer pour un enthousiaste à tant par jour. Je parcourus le boulevard jusque devant l’Ambigu. Cependant, il n’arrivait point; je remontai plus loin pour le voir plutôt passer. Parvenu devant le théâtre de l’Ambigu, j’y entrai machinalement. J’étais là, au parterre, jetant un œil distrait sur la scène, mais l’oreille attentive aux bruits du boulevard, et tout entier hors de la salle par la pensée. Il me semblait pourtant voir vaguement se développer sur le théâtre une action dramatique; c’étaient des Polonais avec le vieux costume national; c’était de la neige qui tourbillonnait, et couvrait la scène de papier découp ; puis, des mines où travaillait un peuple souterrain ; des guerriers qui parlaient de la gloire et de l’esclavage de la Pologne; puis, vint une voix des loges qui s’écria: N’ayez pas peur, allez; ça ne durera pas longtemps! L’à-propos fut saisi avec applaudissement: les loges échangeaient entre elles de ces mots qu’on ne dit qu’à Paris; à chaque instant, on sortait en masse de la salle pour y rentrer en désordre et sans carte; ce n’était pas sur le théâtre qu’était l’intérêt, c’était sur le boulevard, où chaque voiture était prise pour celle de Napoléon. Enfin, après cinq ou six alertes, nous entendîmes des cris sourds et un bruit de chevaux; nous sortîmes encore en foule; c’était lui! il venait de passer. De chaque côté des boulevards la foule s’arrêtait muette d’émotion, regardant passer cette voiture qui portait César et sa fortune. Dix minutes après, à neuf heures et demie, elle s’arrêtait au pied du vestibule du pavillon de Flore, aux Tuileries; un homme en descendait; à l’instant il était soulevé de terre et porté sur les bras de près deux cents officiers qui garnissaient le vestibule et les marches du grand escalier, l’attendant pour lui faire ainsi un pavois. Le vertige prit-il de nouveau Napoléon du haut de ce trône improvisé par l’amour de ses compagnons de gloire ? Oublia-t-il que pour qu’un tel pavois soit inébranlable , il faut qu’aux  vaillantes mains du peuple et de l’armée se joigne la main puissante de la liberté. Il n’en perdit point entièrement la mémoire; il voulut bien enfin reconnaître la toute-puissance de cette liberté ; mais il oublia que son plus beau titre, à lui, datait de son généralat. Il voulut agir en roi, il espérait, en cette qualité, être reconnu par ses anciens rivaux couronnés. Espérance insensée !

Oh ! sans doute, dans l’ardente insomnie qui dût faire bouillonner ce cerveau puissant pendant cette nuit du 20 mars, il aura surtout écouté l’écho du passé, lui apportant les retentissements de sa royauté déchue. Il aura senti se balancer encore sous ses pas le radeau de Tilsitt où il distribuait des couronnes; il aura revu la victoire, lui présentant d’une main les clés de Vienne et de l’autre la fille des Césars. Le canon des Invalides aura retenti à son oreille, comme à pareil jour, il y avait quatre années, alors que ce canon annonçait au monde attentif qu’un enfant venait de naître; enfant dont le père, soldat déjà maître du Louvre, allait, armé du glaive de Charlemagne, découper la carte de son empire et, pour la part de son fils, lui donner le Capitole ! Oubli fatal de son origine populaire ! Rêve enivrant. dont le réveil devait être Waterloo ! »

(E. Labretonnière : « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à  la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-Editeur,1863 »,pp.203-207)

 

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A Paris, 20 mars 1815, place Maubert…

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« Le 20 mars au matin, je vis sur la place Maubert un courrier à la large cocarde et aux rubans tricolores. C’était la première fois depuis un an que nos glorieuses couleurs reparaissaient. Ce courrier fut entouré, on ne voulait pas le laisser passer, on lui apportait du vin, on lui pressait les mains; on caressait et embrassait son cheval. C’était du délire. On s’étouffait pour lire la belle proclamation : « Soldats, nous n’avons point été vaincus… » Napoléon fit son entrée dans Paris par la barrière de Fontainebleau et le boulevard de l’Hôpital. Il était entre six et sept heures du soir [nombre de témoins ont écrit qu’il était près de 21 heures lorsque l’Empereur arriva aux Tuileries, l’horaire donné par Poumiès pourrait être donc inexact], et déjà nuit. Il passa rapidement, peu escorté, traversa le pont d’Austerlitz. La foule accourue sur son passage était immense, elle le reçut avec amour : on battait des mains, on criait à tue-tête : « Vive l’Empereur !» ; moi plus qu’un autre. Le bataillon sacré de l’île d’Elbe n’arriva que dans la nuit et bivouaqua sur la place du Carrousel, aussi je le vis le lendemain. Ces braves gens furent reçus à bras ouverts : c’était à qui leur donnerait quelque preuve d’amitié. Leurs uniformes étaient en mauvais état, leurs bonnets à poil ras et pelés, leur teint bronzé. Ils semblaient harassés de fatigue. Jamais avant eux on n’avait franchi à pied, avec tant de rapidité, une aussi grande distance. Les jeunes gens des écoles, revenus à Napoléon, lui offrirent leurs bras et leurs cœurs. Quel changement depuis 1814 ! Avec quel empressement nous nous rangeâmes dans les compagnies d’artillerie qui furent organisées ! Deux fois par jour, nous étions exercés au maniement des pièces dans le jardin du Luxembourg. Il régnait parmi nous un zèle, une ardeur admirables, un vif désir de faire oublier la lâcheté de notre conduite en 1814. Ce n’était point un attachement personnel non raisonné qui nous attirait vers Napoléon. La Restauration nous avait froissés de tant de manières que nous avions fini par le regarder comme le vengeur des soufflets qu’on nous donnait, comme le réparateur envoyé du Ciel. Combien il nous trompa ! Tous les régiments de l’armée furent successivement appelés à Paris, tous étaient animés d’une ardeur martiale, tous brûlaient du désir de venger nos derniers malheurs. Les vieux soldats retrouvaient dans un coin de leurs sacs la cocarde tricolore qu’ils y avaient soigneusement conservée. »

(Docteur Poumiès de La Siboutie (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.156-158).

(Image d’illustration).

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