( 30 avril, 2018 )

Suite à la découverte récente de lettres de Napoléon, à Ajaccio…

Lettres.

Je ne pense pas que ce soient des lettres inédites, comme le suppose un peu hâtivement la personne qui les a découvertes.

La première lettre que l’on peut voir (en partie) sur cette photo et signalée par une flèche, pourrait être celle-ci, adressée au général Clarke, duc de Feltre,  Ministre la Guerre :

« Dresde, 27 juin 1813.

Je vous envoie l’état des déserteurs de la guerre. Je vous prie de faire mettre des garnisaires chez leurs parents et de faire en sorte que ces hommes soient retrouvés. »

D’après la minute. Arch. Nat. AF IV, 900. 

Elle a été publiée sous le n°2046, dans l’ouvrage intitulé : « Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de BROTONNE. Tome II », Paris, Honoré Champion, Libraire, 1903, p.406.

C.B.

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( 30 avril, 2018 )

Une belle découverte !

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( 30 avril, 2018 )

« Souvenirs sur Sainte-Hélène », par Etienne Bouges. (II)

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II – MON DEPART POUR SAINTE-HELENE ET MON VOYAGE.

M. Bertrand fait un voyage à Paris pour préparer les voies. Mon départ est assez longtemps suspendu parce qu’on cherche un femme de chambre que Madame la comtesse Bertrand désire qu’on lui envoie en même temps. Mon passeport à l’étranger est, par cette raison, révisé plusieurs fois. On y met homme et femme de chambre attachés au service du général Bertrand. Comme on ne peut se procurer à Châteauroux une femme qui a le courage de faire ce voyage, je pars seul. M. de Vérigny était Préfet de l’Indre, mais c’est M. de Passardy, conseiller de Préfecture, qui, en son absence, appose la dernière signature. 

Enfin je quitte Châteauroux au mois d’octobre 1818. C’est à Paris qu’on trouve une femme de chambre. Elle est trouvée par un ancien cocher du général Bertrand nommé Henri. Cette fille, appelée Soudan, avait une inclinaison pour un militaire ne convenant pas à sa famille, bien aise d’éloigner sa fille. Mais avant que je quitte Châteauroux, M. Bertrand m’a donné des instructions pour son fils. Il me les fait apprendre par cœur et on me fait réciter pour être bien sûr que je peux les retransmettre exactement. Il donne des nouvelles de toute la famille et désire surtout savoir la position du général. Il lui recommande, quand il répond, se mettre à la fin des premières lignes un point qui signifie 100.000 frs et ainsi de suite. Ces précautions ne sont pas inutiles en raison de l’inquisition rigoureuse que le Gouverneur de Sainte-Hélène exerce sur tout ce qui entre dans l’île. 
Je ne reste à paris que quelques jours et uniquement pour attendre que la femme de chambre soit prête et pour recevoir de M. Cottenet, notaire du général, les fonds nécessaire à mon voyage. M. Cottenet me recommande à l’un de ses anciens collègues, M ; de Faucompret, qui après avoir fait de mauvaises affaires, s’est retiré à Londres où il s’occupe de traduire en Français les romans de Walter Scott. 
Pendant mon court séjour à Paris, on me remet une lettre de M. le comte d’Osmond, Ambassadeur de France en Angleterre. Je dois l’apprendre par cœur et ensuite la récrire moi-même, pou la remettre au général Bertrand. Je la répète tant de fois, pendant mes traversées, que je suis sûr encore aujourd’hui, après 56 ans, de n’en omettre aucune syllabe. Cette lettre était conçue en ces termes : 

« Madame Bertrand concilie les suffrages universels. Il serait à désirer que son mari réprimât l’aigreur trop prononcée dans sa correspondance avec Sir Hudson. Elle pourrait rendre, à la fin, la situation plus fâcheuse. Le malheur commande l’indulgence, mais on ne doit pas la mettre à trop grande épreuve. « 

Dans le même temps, on me prie de la part de M. le comte de Sémonville, de dire à son beau-fils le général Montholon : « de ne jamais quitter l’Empereur et que, cela étant, tout serait sauvé; au contraire tout serait perdu. » 
Arrivé à Calais, avec la femme de chambre Soudan, nous nous embarquons sur le paquebot l’Iris. Une fois à Londres, M. de Faucompret nous avait retenu un logement chez un traiteur Français, nommé Giraud., Castel Street, Leicester Square. Cette adresse nous ayant été fournie par M. Cottenet, on s’y rend directement. 

Mon séjour à Londres dure presque un mois. La femme de chambre a beaucoup souffert de la traversée. Elle se dit malade et veut retourner à paris. Elle repart en effet, au bout de quelques jours. J’ai eu l’occasion de la revoir à mon retour de Sainte-Hélène : elle s’est mariée avec son amoureux. 
M. Bertrand m’a écrit et m’engage à retarder mon départ pour attendre l’arrivée d’une autre femme de chambre qu’on espère se procurer. Mais ennuyé de me promener dans Londres, je me décide à partir seul et je peux prendre passage, à Gravesend, sur un navire qui porte les dépêches au Cap de Bonne Espérance. Ce navire s’appelle Kit Paquet. M. de Faucompret avait fait payer, à Londres, ma traversée. Je suis à la table du capitaine. 
On signale, en passant, Madère, le Cap Vert et les canaries. Quand la mer est grosse, je suis assez malade. Il y a sur ce navire, comme passagers, trois hommes qui sont des artisans, trois demoiselles et une femme de chambre : ces demoiselles vont se marier au Cap avec des officiers de la garnison. 

Nous mettons deux mois et demi pour arriver au Cap, car, à cette époque, on ne connaît pas les bateaux à vapeur. J’ai une lettre pour le Gouverneur de la Colonie et je descends chez le Commissaire Français qui se nomme M. Desercotets. Peu de jours après, je m’embarque pour Sainte-Hélène sur un transport qui a une quantité de boeufs sur le pont pour le service de cette île. Je suis dans une cabine avec un jeune officier Anglais, qui me paraît être là comme aux arrêtes. Mais comme il ne sait pas plus le Français que moi l’Anglais, nous ne pouvons nous entendre si ce n’est par signes pour les choses essentielles.

III – MON ARRIVEE A SAINTE-HELENE.

Enfin j’arrive à Sainte-Hélène vers le milieu de janvier 1819 après une traversée de quinze jours ; 
Note de G. Godlewski : Inexact : Le Grand maréchal Bertrand note dans ses Cahiers à la date du 11 mars 1819 : « La Hyène arrive du Cap et amène un domestique Français parti d’Angleterre le 1er décembre 1818 ; il est venu en 80 jours, est resté 8 jours au Cap. Il a été 12 jours dans la traversée du Cap à Sainte-Hélène. Il donnes des nouvelles de la famille Bertrand » Tome II – page314 

Mon débarquement est annoncé : un agent Anglais, envoyé par le Gouverneur Hudson, vient me prendre et m’amener chez ce dernier avec mes bagages. Le Gouverneur habite Plantation House mais il a un pied-à-terre à Jamestown, qui est une ville d’environ 3.000 âmes et seul port de l’île. 
Note De G. Godlewski : Il s’agit en réalité des bureaux du Gouverneur installés au Château de Jamestown 

Outre ma malle, j’ais des caisses pour Madame la Comtesse Bertrand. Elles contenaient des objets de toilette qui ont été confectionnés à Londres par les soins de Lady Holland qui s’intéresse beaucoup aux exilés de Sainte-Hélène 
Note de G. Godlewski : Lady Holland et son mari, neveu de Fox, sont en effet les plus fervents défenseurs de Napoléon à Londres pendant la captivité. Amie de la duchesse de Fitz-James, demi-sœur de Fanny Bertrand, elle fait venir à plusieurs reprises à cette dernière des robes, du linge et des friandises, ainsi qu’à Napoléon, des livres et des journaux. De son côté Lord Holland, un des leaders de l’opposition libérale, éleva au Parlement des retentissantes protestations contre les conditions de sa détention et les stupides brimades d’Hudson Lowe 

Le Gouverneur visite minutieusement ma malle, ainsi que les caisses de Mme la Comtesse Bertrand. Il me demande si je suis porteur de lettres ou d’écrits. Je réponds que non et l’on ne cherche pas sur moi. Mes colis sont alors placés sur une charrette et conduits à Longwood. Je suis à pied. Il me semble que les habitants de Jamestown me regardent d’un air ironique. La distance est de six kilomètres, en raison des détours que les montagnes obligent à faire. 

Note : Exact, l’unique route de Jamestown monte d’abord en lacets pour atteindre le plateau, puis, après avoir contourné la profonde dépression du « Bol à punch du diable »(Fishers’s Valley) avant d’attaquer l’enceinte de Longwood. 

Arrivé à la demeure du général Bertrand, cet excellent maître court vers moi, m’embrasse en versant des larmes, me demande des nouvelles de sa famille et me dit que mon arrivée, qu’il attendait avec impatience, est un des plus beaux jours de sa vie. Il me présente à Madame la Comtesse qui me reçoit avec le même empressement et la même affabilité. 

Il établit mes appointements à 1.200 frs : M. Bertrand m’en avait promis 600. 
Note de G. : A titre de comparaison, le salaire annuel de Marchand, premier valet de chambre de Napoléon est fixé à 8.000 frs, ceux d’Ali, Saint-Denis et Noverraz à 4.000. 

Dès que je suis un peu reposé, je me mets à écrire tout ce que M. Bertrand père m’avait chargé de transmettre à son fils. Peu de jours après l’Empereur que l’on a informé de mon arrivée, car l’introduction d’un Français est un événement, me fait demander. J’ai dit que j’avais eu l’occasion de l’apercevoir à Essonne, mais me trouvant pour le première fois en sa présence, je ne sais rendre l’impression que j’en ressentis. Il est debout dans son costume habituel : habit bourgeois, veste et culotte de casimir blanc, bas de soie blanche, souliers à boucles d’or et son chapeau traditionnel. Il a sur son habit, la plaque de la Légion d’Honneur. Il me fait de brèves questions sur mon voyage et finit par dire « Que pense-t-on en France ? » 
Je réponds qu’on espère son retour. « Je n’y reviendrais jamais, reprend-il vivement, allons, allons, ajoute-t-il, adieu Berrichon » 

Note G. Godlewski : Ni les Cahiers de Bertrand, ni les récits de la Captivité de Montholon, ni les Mémoires de Marchand, ni les Souvenirs d’Ali, ni les Journaux du Docteur Verling et du Capitaine Nicholls, pourtant en poste à Longwood et à l’affût du moindre événement, ne font mention de cette audience accordée par Napoléon à Bouges. En fait son arrivée à Longwood passa totalement inaperçue, contrairement à ce qu’il prétend. Seule l’allusion du Grand maréchal citée plus haut la confirme. La venue de Bouges en mars 1819 se situe, il est vrai, au cours d’une période de tension extrême entre Lowe et son prisonnier, celui-ci venant d’être gravement malade en janvier et refusant de se montrer à l’officier d’ordonnance Anglais, en représailles de l’arrestation de son médecin, le Dr.Stokoë. Les Mémoriaux sont centrés, pendant cette crise, sur des échanges de notes quotidiennes virulentes, ce qui explique peut-être l’absence d’intérêt par cette présence nouvelle qui, en des temps plus calmes, eût alimenté les conversations. Ultérieurement aucun Mémorialiste ne mentionne Bouges au cours des vingt-six mois de son séjour, sans doute en raison de la minceur du personnage. Cela n’infirme pas la véracité de l’entrevue qui semble conforme à la psychologie de Napoléon avide des moindres nouvelles d’Europe.

A suivre.

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( 28 avril, 2018 )

Dernier avis de lecture sur le témoignage du major Le Roy.

Ultime conclusion de Bernard, lecteur attentif,  à propos de mon ouvrage:

« Ayant terminé cet ouvrage, je voudrais y revenir un instant pour souligner la grande humanité du major Le Roy, un homme qui forge le respect. Le récit de la retraite est poignant, la relation du passage de la Bérézina un modèle du genre (certains points sont quand même discutables)… Nommé major du 85e avec l’ordre de rejoindre le dépôt à Coblence, peu avant le départ de Moscou. Voilà notre homme obligé de suivre l’armée et qui en vit le quotidien, échappant tant bien que mal aux pièges et tracas, parvenant même à Vilna avec son cheval. Il a perdu dans la campagne son fils et son domestique, il a connu le pire, les privations mais son témoignage montre aussi que l’armée n’a jamais été totalement abandonnée. Même aux pires moments, il y a eu des distributions de vivres… le reste relève de la débrouille ! On vit avec lui les pires moments de la campagne, les hommes capables du pire et, malgré tout, de solidarité. C’est une grande leçon de vie que cet ouvrage ! Il mérite qu’on s’y attarde… Merci, Christophe, de l’avoir publié. »

8 MARS 2018

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( 22 avril, 2018 )

Après le burnous, un chapeau de l’Empereur !

Chapeau vente 18 juin 018

Décidément, que de choses abandonnées dans la déroute de Waterloo ! 

A lire : http://www.parismatch.com/Royal-Blog/ro … on-1501229

On notera l’absence de cocarde sur ce bicorne.

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( 21 avril, 2018 )

Encore quelques mots à propos du témoignage du Major Le Roy…

8 MARS 2018

« S’agissant de la campagne de Russie, le major Le Roy n’y va pas par quatre chemins, commençant par s’attirer la sympathie des mémorialistes : “J’ai remarqué que tous ces écrivains ne s’accordent pas entre eux, même sur les événements principaux, et, s’ils se rapprochent quelquefois, c’est pour avoir la sotte vanité de donner le coup de pied de l’âne au grand homme qui nous commandait. Blâmant l’entreprise, l’ambition et l’irrésolution que ce chef a, suivant eux montrées dans cette campagne, Ségur est à la tête et, pour remplir son livre, il a fait comme le maître cordonnier du 108e régiment qui tirait son cuir avec ses dents pour l’allonger.”

C’est le 26 mars 1812 que son régiment doit commencer son mouvement. Le 11 juin, il est passé en revue par le général Dessaix puis, chargé de dix jours de vivres, part en direction du Niémen. Les conditions sont déjà difficiles et les jeunes soldats sont à la peine: “avant le passage du Niémen, nous en avions déjà perdu un cinquième et, quatre jours après, à Vilna, il en manquait la moitié qui n’avait pu suivre la colonne”. Par la suite, la chaleur puis les pluies froides causent des dégâts, “les hommes par la farine qu’ils s’empressaient d’avaler avant qu’elle fut bien cuite” et les chevaux par l’effet de “cette pluie froide et les blés verts qu’on leur donnait à manger les tuaient sur le champ”. Le 16 juillet, ils traversent la Bérézina “sans même la remarquer, n’ayant de l’eau qu’à mi-jambe, n’imaginant pas que cette rivière dût nous causer de si grands malheurs quelques mois plus tard”.

A la bataille de Smolensk, Le Roy invente un mot qui se heurte à tous les dictionnaires : “l’ennemi se retira en effet après avoir mis le feu à la ville haute, où étaient les vicagalins”, les vicagalins ? Un surnom pour les soldats russes ?

Sur la bataille de la Moskova, l’explication est limpide : “Si ces messieurs voulaient nous arrêter et nous battre avant que nous vissions Moscou, il était temps qu’ils s’y prissent”. L’humour du combattant ! Il a pourtant du respect pour ces Russes : “J’étais surpris de voir la discipline, l’ordre qui régnaient dans une armée battue. je puis affirmer n’avoir jamais vu, étant à l’avant-garde, une seule charrette, pas un cheval, enfin, pas un seul soldat russe abandonné ou resté en arrière”. Autour de Moscou, il est de même surpris par l’acharnement des partisans et des paysans russes qui s’en prennent directement aux soldats français. Au passage, il règle quelques comptes avec la comtesse de Ségur, fille du gouverneur de Moscou, tout en confondant l’oncle auteur et son jeune neveu neveu.

Bernard. »

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( 21 avril, 2018 )

Des pâtes ? Oui mais des macaronis !

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( 18 avril, 2018 )

Complément de la part de mon lecteur enthousiaste… A propos des « Souvenirs » du Major LE ROY.

Ces impressions font suite à celles diffusées ici le 14 avril dernier.

« J’avance dans ma lecture et je suis surpris de la qualité des réflexions de Claude Le Roy. Il ne faut pas y chercher le récit précis des campagnes car, comme l’écrit l’auteur, “que pouvait voir un simple officier dans le cercle plus ou moins grand qu’il occupait, suivant son emploi ? » En voilà du bon sens… Et il ne s’arrête pas là : “En outre, chaque nation qui avait pris une part active à cette guerre a eu son genre et sa manière d’en faire le récit en sa faveur, en rejetant les inconvénients malheureux sur la partie adverse et en attribuant, à son avantage, tous les hasards heureux que les circonstances leur ont offerts.” D’ailleurs, “vous pourrez, pour en avoir une connaissance très inexacte, compulser le volumineux récit qu’en a fait, en 25 volumes in-8°, l’auteur bavard des Victoires et Conquêtes où la moitié des faits sont, ou faux ou noyés dans un verbiage de mots techniques ampoulés et sans suite…”

L’intérêt de l’ouvrage tient plus dans la vie de l’officier en campagne, ses dangers, ses déplacements, ses mésaventures et ses blessures… Les promotions qui lui passent sous le nez aussi, faute de savoir se faire mousser : « Combien de fois ai-je vu, dans nos régiments, pour l’avancement aux choix, préférer et recevoir des chevaux de parade, et mettre de côté le petit cognat qui, fort, robuste et tenace, soutenait les fatigues de la campagne, tandis que le grand dadais y succombait bientôt, quoique brave, car il manquait d’énergie ». Quelle belle plume !

Bernard. »

Dans-les-armees-de-Napoleon

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( 16 avril, 2018 )

Le général Friant…

friant.jpg

« Friant, disait l’Empereur à Sainte-Hélène, n’est pas capable de tirer parti de la Garde : c’est un bon soldat, voilà tout. » Pourtant, durant la campagne de Russie, à Vitebsk, lorsqu’il apprit la mort de Dorsenne, il nomma Friant colonel des grenadiers à pied de sa Garde. « Je vous apprends avec plaisir, écrivait Berthier à Friant le 8 août, que l’Empereur vous a nommé colonel commandant des grenadiers à pied de sa Garde, en remplacement du général Dorsenne qui vient de mourir.

Vous n’en conserverez pas moins, jusqu’à nouvel ordre, le commandement de votre division. Rendez-vous ici demain, à 6 heures du matin, pour être reconnu à la parade, à 7 heures. » Le 9 août 1812, à 7 heures du matin, par la pluie, l’Empereur recevait Friant à la tête des grenadiers de la Garde :  « Grenadiers de ma Garde, dit-il, vous reconnaîtrez le général Friant pour votre commandant colonel et lui obéirez comme tel en tout ce qu’il pourra vous commander pour l’exécution des règlements militaires », et il donna à Friant l’accolade d’usage. Le même jour, le maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, s’adressait àla Vieille Garde dont il était commandant, rendait hommage à la mémoire de Dorsenne.

« Vous reporterez, ajoutait-il, sur son successeur l’amour que vous aviez pour lui ; la réputation du général Friant, l’aigle qui le décore et le choix de Napoléon vous assurent qu’il est digne de vous commander ». 

Arthur CHUQUET  

(« Lettres de 1812. Première série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

 

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( 15 avril, 2018 )

Lettre du général Friant au sous-préfet de Fontainebleau…

L’Empereur vient d’abdiquer le 6 avril 1814. Le général Friant, qui commande la 2ème division de la Vieille Garde, est avec ses troupes à Fontainebleau…

Fontainebleau, le 15 avril 1814.

A Monsieur le sous-préfet, à Fontainebleau.

Votre arrondissement a été fixé pour [être le] cantonnement aux troupes de la Vieille Garde. J’ai l’honneur de vous prévenir, et vous ne devez point l’ignorer, que les troupes manquent de vivres, surtout de viande, depuis qu’ elles y sont entrées.

Je vous laisse jusqu’à demain midi pour frapper les réquisitions nécessaires. Si à cette heuLettre du général Friant au sous-préfet de Fontainebleau… dans TEMOIGNAGES 06-508102-247x300re elles ne sont point rentrées, je vous préviens, Monsieur, que d’après le refus formel fait par vous au commissaire des guerres de ne frapper aucune réquisition, je ferai loger les troupes chez l’habitant qui devra les nourrir.Vous ne serez point même exempt, Monsieur, de cette disposition, en conséquence de vos refus réitérés. J’en préviens S.A.S. le Prince vice-connétable [maréchal Berthier] qui m’a laissé pleins pouvoirs à cet égard et j’enverrai, s’il le faut un officier à Paris, pour rendre compte de votre conduite au gouvernement provisoire.

 FRIANT.

 (« Un soldat de Napoléon. Extraits des livres d’ordres et de correspondance du général de division comte Friant », publié dans « La Nouvelle Revue » du 15 avril 1900, par le Baron P. de Bourgoing).

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( 14 avril, 2018 )

Les derniers jours de l’Empereur à Fontainebleau…

Napoléon 1814

« 14 avril 1814. La signature donnée [celle au Traité de Fontainebleau] il dut différer son départ jusqu’à la ratification part toutes les puissances alliées de la convention.

15-18 avril 1814. Napoléon attend le retour de la convention, enfermé dans son petit appartement, lisant une documentation sur l’île d’Elbe et se promenant dans le parc avec Maret. Il ne reçoit personne, pas même Marie Walewska.

19 avril 1814. Il reçoit les commissaires des Alliés qui l’accompagneront à l’île d’Elbe. La convention signée lui est signifiée. » (Jean Tulard et Louis Garros, « Itinéraire de Napoléon au jour le jour, 1769-1821 », Tallandier, 1992, p.448).

Le 20 avril, après la mémorable scène des Adieux, à 11h30 dans la cour du Cheval Blanc, il fait ses adieux à la Garde, embrasse son drapeau. A l’issue de ce moment émouvant, il prend le chemin de l’exil…

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( 14 avril, 2018 )

Un lecteur enthousiaste ! A propos de mon édition des « Souvenirs » du major LE ROY…

8 MARS 2018

« Cet ouvrage est un régal. Déjà, le livre en lui-même est bien présenté, bien maquetté, imprimé sur un beau papier dans un format agréable avec une couverture souple à rabats qui tranche avec ce qu’on nous impose trop fréquemment…
L’introduction de Christophe BOURACHOT bien envoyée, précise, concise. Mais que dire du livre lui-même ! On est frappé par ce style direct, plein d’humour, souvent corrosif avec des raccourcis succulents. C’est une vraie trouvaille que cet ouvrage. Je ne l’ai pas encore terminé mais j’éprouve déjà le besoin de relire certaines anecdotes ! »

Bernard.

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( 14 avril, 2018 )

Encore une anecdote sur Napoléon…

2

« Léger, ancien tailleur de l’Empereur et mon voisin à Ville-d’Avray, m’a fourni quelques détails sur le grand homme qu’il habilla. Napoléon eut pour tailleur, jusqu’en 1810, un nommé Chevalier qui l’habillait fort mal, quoiqu’il travaillât bien, parce qu’il avait le tort de céder à toutes les observations de mauvais goût de son illustre pratique. En 1810, Napoléon étant à Compiègne pour recevoir Marie-Louise, une de ses sœurs (la princesse Borghèse, je crois), lui dit : « Vos habits sont mal faits et vous vont très mal ; vous vous obstinez à ne pas porter de bretelles, et votre culotte a toujours l’air de vouloir vous quitter. — Eh bien, dit l’Empereur, quel tailleur me conseillez-vous de prendre? — Il faut prendre l’avis de Constant, votre valet de chambre. » Constant fut appelé et indiqua Léger, tailleur de Murat, du prince Eugène, de Joseph et de Jérôme Bonaparte, etc. Un courrier fut envoyé à Léger qui arriva à Compiègne le lendemain : il fit tous les habits de Napoléon qui, selon son habitude, faisait des observations n’ayant pas le sens commun. Ainsi il voulait que ses habits eussent leurs basques agrafées comme les habits de Frédéric. — Je n’y consentirai jamais, dit Léger, vous seriez ridicule, et moi perdu de réputation ! L’univers a les yeux fixés sur Votre Majesté, et si on vous voyait porter un habit d’uniforme comme vous me le commandez, cela vous ferait tort et j’en serais la cause. Vous me donneriez l’Empire Français que je ne consentirais pas à vous faire un semblable uniforme. L’Empereur se prit à rire de bon cœur et renonça à son idée. Le jour de l’entrée de Marie-Louise à Paris, Léger alla de grand matin à Saint-Cloud porter à l’Empereur ses habits et son manteau brodé, couvert d’abeilles. En le voyant entrer, il dit : « Léger, fera-t-il beau ? — Nous aurons une journée superbe. — Bon. » Et il courut à la fenêtre. « Cependant, dit-il, le temps est bien couvert. -— N’importe. J’affirme que Votre Majesté aura une belle journée. » « Pendant que je lui essayais ses habits, me contait Léger, il me quitta bien douze ou quinze fois pour aller examiner le temps. Il était si économe dans ses vêtements qu’il voulait un jour que je misse une pièce à une culotte de chasse que le frottement du couteau de chasse avait usée ; je m’y refusai nettement. C’était une très mauvaise pratique pour moi : il avait son brodeur, son marchand de soie; il discutait  lui-même ses mémoires et, de plus, il me faisait perdre tout mon temps. Une fois, pour un habit, je fus quinze jours de suite à Saint-Cloud. Ou il était occupé, ou il dormait; car, dormant fort peu la nuit, il s’endormait facilement dans le jour. Je cessai de l’habiller en 1813. Mes autres pratiques valaient beaucoup mieux. Murat, le prince Eugène, Borghèse, Berthier, dépensaient pour leurs vêtements personnels, sans compter leur maison, de 40 000 à 60 000 fr. Il y a eu des années où j’ai fait à Murat, à lui, pour 100 000 francs d’habits, de manteaux ou d’uniformes. A cette époque, nous avons eu souvent, mon associé Michel et moi, 400 000 francs de bénéfices net par an.  Sur les observations de M. de Rémusat, Napoléon consentit en 1810 à monter sa garde-robe. Jusque-là, il était si parcimonieux que sa garde-robe et sa lingerie, les broderies exceptées, ne valaient pas 2000 francs. Dans l’hiver, je lui faisais toujours une demi-douzaine de redingotes grises; dans l’été, autant d’habits d’uniforme de chasseurs verts, comme on le voit dans tous ses portraits; tous les quinze jours, une culotte et un gilet de casimir blanc. C’étaient là ses plus grandes dépenses. Et jamais d’habit bourgeois. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.99-101)

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( 12 avril, 2018 )

Lettre d’un colonel…

Empire

La guerre est inévitable. La France aura sûrement à lutter, comme l’année précédente, contre l’Europe. De toutes parts se montrent des faiseurs de projets, et le 14 avril 1815 le Journal del ’Empire insérait un communiqué, invitant « les bons citoyens à faire un noble usage de leurs loisirs en faisant parvenir la vérité à ceux qui environnent le monarque». Voici une lettre qu’un colonel adresse sans doute au ministre de la guerre ou à quelque très haut fonctionnaire. Dit-elle vrai? Les colonels étaient-ils despotes à ce point ? Y avait-il une telle corruption dans l’armée? La lettre, en tout cas, est curieuse. L’auteur avait raison de soutenir que les officiers subalternes et les soldats avaient entraîné les chefs supérieurs à se déclarer contre les Bourbons et il donnait un avis salutaire que Napoléon aurait bien fait de suivre : rajeunir le commandement.

Arthur CHUQUET.

——–

Le 24 avril 1815.

Au moment où nous allons engager peut-être une lutte sanglante avec toute l’Europe conjurée contre la liberté d’un seul peuple, permettez à un vrai Français, à un homme dont l’unique pensée fut toujours dirigée vers la gloire et la prospérité de sa patrie, de vous soumettre quelques observations qu’il croit importantes au salut de l’Etat. En général, les officiers supérieurs et les généraux sont usés et éteints, ils ne désirent que la paix et un repos honorable qui les laisse jouir des traitements qu’ils ont acquis par vingt-cinq années de combats et de travaux ; la paix leur paraît le souverain bien et peut-être consentiraient-ils volontiers à la cession de quelques provinces pour obtenir l’objet de leurs désirs. Il y a sans doute d’honorables exceptions, surtout parmi les plus jeunes. Mais je n’envisage ici que les masses ; et il n’est malheureusement que trop vrai que les grades supérieurs qui devraient donner l’exemple du dévouement à la patrie, sont bien loin d’avoir l’élan et la noble énergie des officiers subalternes et des soldats. Ce sont ces derniers qui ont entraîné le mouvement de l’armée en faveur de l’empereur Napoléon, malgré la résistance des chefs qui se sont décidés au dernier moment et en obéissant à l’impulsion des événements. Il est probable qu’ils obéiraient encore, sans résistance, à une impulsion contraire. Ce n’est pas qu’ils soient attachés aux Bourbons ; mais ils soupirent après le repos et l’Empereur leur paraît peu propre à le leur procurer. Les grades supérieurs ne comptent donc plus que des êtres purement passifs qui ne s’occuperont que de saisir un des débris du vaisseau brisé par la tempête, afin de sauver leurs personnes et leurs fortunes, mais incapables de ces mesures vigoureuses qui pourraient le conduire dans le port et le préserver du naufrage. Cependant les chefs de corps exercent le despotisme le plus affreux dans leurs régiments. Ils sont les uniques dispensateurs des grâces et des punitions. Un officier qui a le malheur de leur déplaire est sûr de n’avoir jamais d’avancement. Dès lors, plus d’envie de bien faire, plus d’émulation. Les corps se peuplent de flatteurs et de complaisants. Un colonel au milieu de ses officiers, n’est plus qu’un souverain absolu entouré de sa cour. Chacun brigue sa faveur, sans rien faire pour le bien du service et de l’État. Depuis sept ou huit ans que ce despotisme militaire pèse sur l’armée française, il ne s’est pas élevé un seul homme qui promette de remplacer ces fiers enfants de la Révolution, ces illustres maréchaux qui nous ont si souvent conduits à la victoire.

Si je jette les yeux sur l’administration, je découvre (les abus plus criminels encore. Il est très peu de

chefs de corps qui ne fassent de leur régiment une métairie qui leur rapporte dix, quinze et jusqu’à trente mille francs de rente, plus ou moins. Les Conseils d’administration ne sont plus que les très humbles valets des colonels, et un membre qui s’opposerait aux mesures dictées par le chef serait un homme noyé. Aussi ce dévouement ne se rencontre plus, et tous les Conseils d’administration ne servent qu à donner une sorte de sanction aux mesures arbitraires et rapaces des chefs de corps. Croyez-moi, la corruption est générale. Interrogez secrètement tous les officiers des régiments, tous les quartiers-maîtres et vous saurez bientôt qu’en penser. Il est temps de mettre un terme à ces scandales. Nous avons besoin de rendre à notre armée toute son énergie et de donner les grades aux talents et au courage et non pas à l’intrigue et aux basses complaisances. Il faut ôter aux colonels et chefs de corps le pouvoir absolu dont ils ont fait un si mauvais usage et laisser désigner par leurs égaux tous les sujets susceptibles d’avancement à un grade supérieur et faire réduire ce choix à trois candidats par l’assemblée des officiers déjà pourvus de ce grade supérieur. Ces trois candidats seront présentés à l’Empereur qui en désignera un pour remplir la place vacante. Un individu présenté trois fois de suite serait élu de droit. C’est-à-dire qu’il faut remettre en vigueur la Loi du 14 germinal an 3.

Je ne signe point cette lettre. Ce n’est pas que je craigne que l’on me conteste la vérité et l’impartialité des observations qui y sont contenues. Mais je ne veux pas que l’on me soupçonne de chercher à déprécier mes chefs et mes égaux pour m’élever au-dessus d’eux. Je propose de remettre en vigueur une loi à laquelle je crois qu’est attaché le salut de la patrie. Si je puis être utile a mon pays, ce sera ma plus douce récompense et la seule que j’ambitionne. Mais je le répète, cette mesure est des plus importantes et mérite toute l’attention de Sa Majesté.

Un colonel de l’armée française. 

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première série [seule série parue] », Librairie Ancienne Honoré Champion, Éditeur, 1911 pp.400-404).

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( 7 avril, 2018 )

Souvenirs…

Souvenirs... dans INFO n10

Pour ceux qui en ont entendu parlé, et les autres, voici la couverture d’un catalogue de la LIBRAIRIE DES DEUX EMPIRES (153, rue Saint-Charles, Paris 15ème), que j’avais créée en juillet 1994. Tout d’abord dédiée à la vente par correspondance de livres anciens sur le Premier et le Second Empire, la Librairie s’est orientée progressivement vers la réédition de mémoires et de souvenirs, que le lecteur lambda n’arrivait pas à se procurer (ou alors à des prix prohibitifs).

Ainsi, 37 titres ont vu le jour sous cette enseigne. La LIBRAIRIE DES DEUX EMPIRES a fonctionné jusqu’en 2003, date à laquelle sa structure est devenue la propriété de la société Le Livre chez Vous (LCV, rue Bargue, Paris 15ème). Ce nom été transformé alors en label d’une collection de livres, gérée par LCV.

Cette société a été reprise depuis septembre 2009 par les Editions Coprur (appartenant au Crédit Mutuel), devenues les Editions du Quotidien.

Je ne sais pas si à l’heure actuelle, de nouveaux titres paraissent sous le nom « LIBRAIRIE DES DEUX EMPIRES »…

C.B.

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( 7 avril, 2018 )

Une LETTRE d’Alphonse de VERGENNES à sa FEMME…

Une LETTRE d’Alphonse de VERGENNES à sa FEMME...  dans TEMOIGNAGES le-prince-eugene-en-1812

J’ai diffusé ici il y a quelque temps, une lettre du même adressée à son père. Rappelons que son auteur était alors capitaine aide-de-camp du général Doumerc. 

Oulianovitschi, le 4 novembre 1812. 

 Il est midi, ma chère et bonne Gabrielle, et cependant je suis obligé de t’écrire à la lumière. C’est te donner une idée du charmant local qui nous sert de quartier-général. Nous sommes dans une baraque de paysan depuis avant-hier, et dans ce joli pays les habitants des campagnes sont logés dans des fours à peine ouverts à la lumière du jour. Cependant un général qui commande deux divisions de cavalerie se trouve fort heureux d’y être à l’abri du froid. Depuis que nous avons quitté Sollenista dans les environs de Polotsk, il nous est arrivé toute sorte de désagréments ; nous avons été presque continuellement aux prises avec l’ennemi ; dans ces différentes affaires la division s’est parfaitement distinguée, mais elle a beaucoup souffert ; reste à savoir à quoi cela aboutira, je ne sais encore rien. Je t’ai mandé que j’avais la croix [il l’avait obtenu le 25 septembre 1812]. Cette nouvelle dignité m’a fait le plus grand plaisir et me rattache de nouveau à mon général ; il a mis tant d’obligeance à me remettre le brevet de cette décoration que je n’ai pu m’empêcher d’y être infiniment sensible.

J’espère d’ailleurs que je n’en resterai pas là et que la fin de la campagne me donnera une autre épaulette. Malheureusement cette guerre ne nous paraît pas être encore prête d’être terminé. Ce ne sera rien si nous prenions des quartiers d’hiver, car faire, en ce pays, une campagne dans le mois de janvier, ce doit être une chose pénible. 

Je t’embrasse de tout mon cœur. 

A.V. 

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( 6 avril, 2018 )

La CAMPAGNE de 1813 vue par le Baron FAIN (1ère partie).

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Les lettres qui suivent sont parues pour la première fois en 1961 dans les pages de la « Revue de l’Institut Napoléon ». Adressées à sa femme et empreintes d’une certaine inquiétude, elles couvrent plusieurs campagnes de l’Empereur. Celles sur la campagne de France, ainsi que son témoignage sur le « Voyage d’Austerlitz », furent diffusés précédemment sur  « L’Estafette ». Voici la partie de sa correspondance sur la campagne d’Allemagne. 

C.B. 

Mayence, 17 avril 1813.

Je n’ai jamais pu suivre la voiture de l’Empereur. Il a gagné dix heures sur moi et je ne suis arrivé ici que ce matin, sans pourtant avoir éprouvé d’accident.

Weissenfels, 1er mai 1813.

Nous avons repris depuis deux jours notre allure militaire. Adieu les chevaux de poste ! Nous sommes traînés par les attelages de la Maison qui marchent au milieu des bataillons et à petites journées.

Nossen, 7 mai 1813.

Depuis ma dernière lettre, nous avons eu une bataille qui arrange bien nos affaires [celle de Lützen, le 2 mai 1813].

Nous étions en route pour Leipzig; j’étais à cheval; petit à petit le combat s’est engagé sur notre droite.

L’Empereur, quittant aussitôt la route a tourné brise de ce côté et j’ai suivi, c’est ainsi que je le suis transporté à l’improviste au milieu de l’affaire la plus rude qui ait lieur depuis longtemps.

C’est une belle chose que le spectacle d’une grande bataille vue de si près, mais je n’ai pu me défendre d’avoir le coeur serré et de penser quelquefois à vous autres.

Dresde, 17 mai 1813.

Nous allons nous remttre en route pour achever de reconduire MM. les Russes chez eux.

Du camp devant Bautzen en Lusace, 19 mai 1813. 

Je reçois étendu sur la paille ta bonne petite lettre du 11 mai ; mais rassure-toi, cela veut dire seulement que nous recommençons nos caravanes. Je me porte bien et je viens de faire un bon somme. Je t’envoie deux lettres que j’ai reçues de l’Impératrice. Je crois donc que tu te feras un plaisir de les garder. 

Görlitz, le 23 mai 1813. 

Toujours à cheval ou sous la tente ; je ne puis guère écrire exactement, je puis au moins te dire bonjour, je me porte bien, nous gagnons du terrain et je crois que demain nous entrerons en Silésie. 

Liegnitz, 28 mai 1813 

Nous nous reposons aujourd’hui dans cette petite ville ; vite une feuille de papier et une lettre. Du train dont vont nos affaires, j’espère toujours t’aller rejoindre aux vacances. 

Neumarkt, 2 juin 1813. 

Nous sommes ici à parlementer pour un armistice. En attendant nous restons dans un vilain trou, tandis que nos avant-postes sont dans la belle ville de Breslau. C’est vraiment le monde renversé… 

Buntzlau, 7 juin 1813. 

Grâce à  l’armistice [celui du 4 juin 1813], nous revenons sur Dresde. Quand je me trouverai là établi dans un bon cabinet, je t’écrirai alors plus que tu ne voudras. 

Dresde, 11 juin 1813. 

Nous voici de retour de nos caravanes, et nous nous retrouvons à  Dresde dans la civilisation européenne, c’est si différent de l’Etat de [nom laissé en blanc] qu’il est incroyable qu’en si peu de jours, et aussi facilement, on puisse passer de l’un à l’autre. On dit que le temps de l’armistice se passera ici. Le palais du Roi, vieille habitation qui n’est qu’un Louvre sans jardin, ne nous aurait pas offert un séjour assez agréable ; on a placé l’Empereur dans le palais Marcoline [Marcolini]. C’est une jolie maison de campagne située à l’extrémité d’un faubourg de la ville. Le bel appartement y est de plain-pied avec un grand jardin, et dans le voisinage se trouve la belle promenade qu’on appelle « Oster-Wiese », ou « prairie de l’Est ». C’est en effet une prairie qui n’est bornée que par l’Elbe, et qui est ombragée par de longues rangées de tilleuls les plus beaux que j’aie jamais vus. Ainsi donc nous voilà dans un bon quartier-général, mais le meilleur ne vaut rien, les plus mauvais sont ceux où l’on a le plus de repos. Les dangers et les fatigues de la guerre étourdissent ; ici on revient trop facilement à soi, et quelque triste qu’ait pu être le songe, le réveil l’est encore davantage. Ton frère se porte bien. Dresde est pour lui un second Paris. 

A suivre…

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( 5 avril, 2018 )

Les ALLIES à PARIS en 1814, d’après les « SOUVENIRS» d’Emma CUST (4ème et dernière partie).

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Portrait du duc de Wellington.

A cette époque vivait tranquillement, dans sa villa favorite de la Malmaison [l’auteur veut parler du château de Malmaison], Joséphine, autrefois madame de Beauharnais, ensuite femme du général Bonaparte, Premier Consul, avec qui elle fut couronnée pour devenir la première impératrice des Français. Or, y avait-il un objet de plus grand intérêt que la femme répudiée et l’impératrice déposée ? Elle envoya un message à Lady Castlereagh pour lui demander de venir la voir et de m’amener, car, chose curieuse, ma mère, avant de se marier, avait été  très liée avec madame de Beauharnais lorsque toutes deux étaient pensionnaires au couvent de Pentemont. J’avais souvent entendu ma mère parler d’elle en bon termes et j’attendais avec intérêt cette entrevue que divers engagements nous obligèrent de différer d’une semaine.

Enfin, un jour, Lady Castlereagh, Lord Lucan, ses trois filles et moi, nous partîmes pour la Malmaison afin de présenter nos hommages à l’Impératrice. Mais, en arrivant à la loge du concierge, nous apprîmes qu’elle était morte le matin même [Le 29 mai 1814] après n’avoir été malade que deux jours, et il est impossible d’exprimer notre émotion. L’Empereur de Russie était venu la voir la veille ; elle avait un mal de gorge ou une esquinancie, et il lui envoya son docteur ; mais rien ne pouvait la sauver. C’était une femme aimable et très aimée, et elle est sincèrement regrettée. 

Peu de jours après la mort la mort de l’Impératrice, Lady Castlereagh et moi, nous allâmes chez madame la maréchale Ney. En entrant, nous fûmes effrayés de la trouver assise sur un canapé, dans un enfoncement, à l’extrémité de la pièce, devant une table où il y avait un flacon et un mouchoir de poche ; elle versait des flots de larmes ! Nous fûmes très embarrassées et nous avions envie de battre en retraite ; mais madame la maréchale ne parut pas ennuyée le moins du monde ; elle nous dit que son chagrin était causé par la perte de Joséphine qui l’avait élevée et à laquelle elle était très attachée. Le chagrin était tout naturel, mais non, pour nos idées anglaises, cet appareil quelque peu théâtral de douleur devant deux personnes presque étrangères.

Et pourtant je crois que la pauvre femme était réellement malheureuse.

On ne sait pas généralement que madame Ney était la fille de madame Auguié, une des femmes de Marie-Antoinette, qui, par sa décision dans l’affreuse nuit du 6 octobre 1789, sauva la vie de la Reine à Versailles.

Sa Majesté, épuisée par la terreur et la fatigue, s’était jetée sur son lit ; ses femmes restaient à sa porte. Madame Auguié, en entendant de grands cris et des coups de fusils, courut à la porte extérieure de l’appartement. Elle y trouva M. de Miomandre, un des gardes du corps, qui défendait la porte contre la fureur de la foule et qui dit :  »Sauvez la Reine !  » Elle ferma et verrouilla la porte, et revint auprès de la reine qu’elle entraîna dans la chambre du Roi. Sa sœur, madame Campan, l’assistait dans cette tâche, et toute deux restèrent avec la Reine jusqu’à ce qu’elle fût enfermée au Temple. 

Nous passâmes plusieurs matinées délicieuses à visiter les endroits intéressants des environs de Paris ; parmi eux, Versailles et Saint-Cloud tenaient, grâce à leurs souvenirs, la première place. La magnifique façade de Versailles et ses majestueux jardins reportaient nos pensées au brillant siècle de Louis XIV, à son esprit chevaleresque, aux encouragements donnés à la littérature et à l’art, à tous les raffinements qui faisaient de cette cour la plus jolie d’Europe. Mais bientôt l’aspect

 désolé de l’intérieur nous rappela les scènes d’horreur qui s’y étaient passées dans des jours plus récents, et le souvenir de Louis XIV s’effaça devant les malheurs de Louis XVI. 

Le grand et le petit Trianon (ce dernier était la retraite favorite de l’infortunée Marie-Antoinette) ont été réparés par Bonaparte. Mais Saint-Cloud était le palais qu’il préférait. Quoique inférieur à Versailles en étendue et en beauté architecturale, Saint-Cloud lui est de beaucoup supérieur à d’autres égards.

Les appartements privés sont gais et commodes ; ce que ceux de Versailles n’ont jamais été.

Les jardins sont agréables et la vue qu’ils offrent, est d’une grande beauté : Paris dans le fond, la Seine en face, -et la Seine a ici un aspect charmant.  Ce fut dans l’Orangerie de cette résidence de prédilection que Bonaparte fut élu Premier Consul, au même moment où, accusé par le peuple d’avoir lâché son armé en Egypte, il manqua de présence d’esprit : tout était perdu sans son  frère Lucien ; mais Lucien alla de l’avant, il hissa Bonaparte sur les épaules de deux grenadiers et le ramena de force dans l’Orangerie en lui disant de « parler ». Et ainsi la fortune tourna. Et maintenant, quel nouveau changement de scène ! Le feld-maréchal prince de Schwarzenberg était maître de Saint-Cloud et y avait établi son quartier-général ! 

FIN.

 

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