( 5 avril, 2018 )

La prise de Smolensk (16-18 août 1812).

La prise de Smolensk (16-18 août 1812). dans TEMOIGNAGES SMO1-300x190« Smolensk est située sur la rive gauche du Dniéper. L’armée polonaise se plaça de ce côté, le Vème corps, polonais, forma l’aile droite de l’armée. La tente impériale fut élevée sur la ligne même ; la Garde Impériale campa derrière. De la tente de l’Empereur, la vue s’étendait sur toute la ville de Smolensk, entourée de tours et de murailles sur lesquelles on pouvait distinguer l’infanterie et les canons russes, des patrouilles de cosaques circulaient devant les murailles. Entre la ligne française et les remparts se trouvait un ravin dans lequel étaient embusqués les cosaques. J’étais de service ce jour-là : je reçus l’ordre de l’Empereur de prendre un escadron de chevau-légers lanciers polonais et de chasser les cosaques de l’autre côté du ravin, car l’Empereur voulait s’approcher de la ville et en examiner les remparts ; il monta à cheval et nous suivit. Quand nous descendîmes dans le ravin, les cosaques s’enfuirent ; en sortant du ravin du côté de la ville, je déployai mon escadron, car je prévoyais que les russes allaient tirer sur nous du haut des remparts. En effet, plusieurs obus tombèrent sur nous, l’un d’eux éclata au milieu de l’escadron, quelques cavaliers furent renversés, quelques chevaux s’enfuirent. C’était une bonne occasion pour les cosaques de se précipiter sur nous, et ils le firent si rapidement, que je dû écarter d’un coup de sabre la lance pointée sur moi d’un cosaque sui se trouvait en avant des autres ; je ne coupai pas la lance, elle glissa sur la tête de mon cheval en lui faisant une éraflure du haut des oreilles aux narines. Le capitaine Skarzynski sabra plusieurs de ces cosaques.  Les cosaques ont des lances trop longues, aussi ne peuvent-ils pas les manier aussi bien que nos lanciers. L’escadron se porta en avant et obligea les cosaques à chercher un abri jusque sous les remparts de la ville. L’Empereur, derrière nous, reconnut la position et vit tout ce qu’il voulait voir ; il s’en retourna et prit aussitôt les dispositions pour  l’attaque de Smolensk. L’infanterie polonaise, avec une grande intrépidité, s’avança jusqu’aux remparts malgré un terrible carnage ; mais ne trouvant  aucune brèche, elle ne put pénétrer dans la ville et perdit beaucoup de monde ; le général Chlopicki fut blessé à la jambe. L’infanterie française fit plusieurs attaques contre les remparts, du côté gauche ; mais elle aussi ne put pénétrer dans la ville. Je ne comprends pas pourquoi l’Empereur n’avait pas fait réunir les canons de position, et ne s’en était pas servi pour faire une brèche avant ces attaques sans résultat qui durèrent jusqu’au soir. Le lendemain, dès l’aube ; on devait placer des batteries pour faire brèche ; mais avant le jour, on apprit que l’infanterie polonaise «était déjà dans la ville où elle cherchait en vain l’ennemi : les russes s’étaient retirés par les ponts pendant la nuit. La brigade polonaise d’infanterie, formée des 15ème et 17ème régiments de ligne, s’était introduite dans la ville par un trou dans la muraille qu’elle avait découvert, et qui n’était barricadé que par de grands morceaux de bois : c’est par là que les Polonais étaient entrés ; Ils firent entrer par la même brèche deux canons de leur artillerie commandés par le lieutenant Charzanowski. Dans l’ordre du jour, ou comme on l’appelait, dans le « Bulletin », on annonçait que les Français du corps du maréchal Ney avaient été les premiers à s’emparer des remparts et à entrer dans Smolensk. C’était un mensonge, mais l’Empereur voulait flatter leur amour-propre. Le corps du maréchal Davout traversa la vile sur-le-champ, passa les ponts et poursuivit les russes sur la route de Moscou. L’Empereur accompagné de la Garde, fit son entrée dans Smolensk. »

(Général Désiré Chlapowski, « Mémoires, 1806-1813 », A la Librairie des Deux Empires, 2003, pp.257-260). L’auteur avait été nommé le 13 janvier 1811, chef d’escadron au 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais de la Garde.

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