( 18 juin, 2018 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (2ème partie et fin)

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 La défection. 

Nommé commandant de la 4ème division d’infanterie à l’Armée de la Moselle, devenue le 4ème corps d’armée sous Gérard, Bourmont choisir son état-major qui le 15 juin 1815 déserta au complet avec lui. C’étaient son chef d’état-major, l’adjudant-commandant Clouet, ancien élève à l’école du Génie en l’An II, capitaine en Pologne où il fut blessé (1806), chef de bataillon en 1810. Puis le chef d’escadron de Villoutreys, adjudant, rien moins qu’un ancien officier d’ordonnance et un écuyer de l’Empereur en 1808. Il y avait aussi Sourdat, capitaine-adjudant ; ses deux aides-de-camp et enfin, le capitaine de Trelon et le capitaine d’Andigné, son compagnon de captivité à Besançon.

On connaît les circonstances de la défection.

Il paraît que le 14 juin 1815 au soir, Bourmont, dont la division formait l’avant-garde du corps de Gérard, avait soupé à Florennes, son quartier-général, avec le général baron Etienne Hulot, un de ses brigadiers, sans que celui-ci ne pût se douter de rien. Tel est du moins le récit de Hulot. D’autres ont affirmé que Bourmont avait fait part de ses intentions à ce général, et que celui-ci avait essayé de l’en dissuader. Tant il y a que le 15 juin, de grand matin, Bourmont monta à cheval à Florennes avec les cinq officiers dont nous avons donné les noms et l’escorte régimentaire : un brigadier et quatre chasseurs du 8ème régiment. Rien là-dedans qui pût éveiller des soupçons. Chef de l’avant-garde, Bourmont allait en reconnaissance avec son état-major. Les avant-postes franchis, Bourmont remis au brigadier deux lettres pour le compte Gérard, renvoya l’escorter, piqua des deux et, suivi de ses cinq adjudants, franchit la frontière dont le point le plus rapproché était alors situé à une lieue et demie de Florennes. Voici la teneur des deux lettres que le brigadier des chasseurs remit à Gérard : 

Florennes, le 15 juin 1815. 

Mon général, si quelque chose au monde avait pu, dans les circonstances actuelles, me déterminer à servir l’Empereur, cela aurait été votre exemple et mon attachement pour vous, car je vous aime et vous honore bien sincèrement. Il m’est impossible de combattre pour un gouvernement qui proscrit mes parents et presque tous les propriétaires de ma province. Je ne veux  pas contribuer à établir, en France, un despotisme sanglant qui perdrait mon pays, et il m’est démontré que ce despotisme serait le résultat certain du succès que nous pourrions obtenir. On ne me verra pas dans les rangs étrangers. Ils n’auront de moi aucun renseignement capable de nuire à l’armée française, composée d’hommes que j’aime et auxquels je ne cesserai de prendre un vif intérêt. Mais je tâcherai d’aller défendre les proscrits français, de chasser loin de la Patrie le système des confiscations, sans perdre de vue la conservation de l’indépendance nationale. J’aurais donné ma démission, si j’avais pu croire qu’on m’en laissât le maître.  Cela ne m’a point paru vraisemblable dans le moment actuel, et j’ai dû assurer, par d’autres voies, ma liberté, afin de ne pas perdre tout moyen concourir au rétablissement d’un meilleur ordre des choses en France. J’éprouve un profond chagrin à l’idée de la contrariété que vous causera mon départ. Pour vous éviter un désagrément, j’exposerais cent fois ma vie, mais je ne peux pas renoncer à l’espoir d’être utile à mon pays. Toujours, et quoiqu’il arrive, je conserverai pour vous l’attachement le plus sincère et le plus respectueux. 

Le lieutenant général Comte de BOURMONT. 

Florennes, le 15 juin 1815.

 Mon général, les motifs qui déterminent le départ de M. de Bourmont sont aussi les miens, et il faut qu’ils soient bien puissants pour que je me résolve à quitter une armée remplie de mes mais, et commandée par un chef dont le caractère noble et les grands talents inspirent à la fois le respect, l’attachement et une confiance sans bornes. Mes amis vous diront, mon général, tout ce qu’il m’en coûte pour suivre ce parti. Il me faut cette conviction intime que je fais par là le bien de mon pays, pour abandonner tout ce qu’on trouve sous vos ordres. Je suis avec le plus vif chagrin et un profond respect. 

Colonel CLOUET. 

Relations prussiennes. 

Laissons aux relations prussiennes le soin de nous raconter ce qu’il advint des transfuges : Bourmont et ses compagnons rencontrèrent les avant-postes de la cavalerie de landwehr westphalienne disséminés au sud de Presles-Sart-Eustache et furent conduits au colonel de Schutte, commandant en second de la 4ème brigade, à Fosse. Schutter envoya les Français au compte Henckel à Moustier, et transmit au général Zieten les noms des six transfuges. Il accompagnait cette liste des remarques suivantes : « Le lieutenant général français m’a dit lui-même que l’ennemi tenterait aujourd’hui quelque chose contre Charleroi. Le général et sa suite appartiennent au corps du général Gérard, venu de Metz. Ce corps est fort de 20.000 hommes et se trouve de Philippeville à  Florennes. » Pour que Zieten ait écrit ce que l’on vient de lire, il faut que Bourmont ait jasé, malgré sa promesse écrite à Gérard. Bourmont rencontre Blücher dans l’après-midi sur la route de Namur et reçut de lui l’autorisation de se rendre à  Gand.

Le vieux rude accompagna, dit-on, cette autorisation d’une expression forte et comme la langue allemande seule en possède dans son riche vocabulaire.

 Winand AERTS. 

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