( 25 juin, 2018 )

Une colère de Napoléon (1814)…

Une colère de Napoléon (1814)... dans TEMOIGNAGES NNN-219x300Le général Guyot menait dans la campagne de 1814 la 2ème division de cavalerie de  la Garde Vers la fin de la journée de Montmirail, il ordonna à Mancel, capitaine de la 6ème compagnie de l’artillerie à cheval de la Garde, de rester en position jusqu’à la nuit, puis de la rejoindre en un endroit qu’il désigna. Mancel, en rejoignant Guyot, traversa un bois où il fut assailli par un parti de cavalerie ; il put reculer et sauver son artillerie ; mais deux canons, en faisant demi-tour, versèrent dans un fossé. Lorsque l’Empereur apprit cette nouvelle par Drouot, il entra dans une épouvantable colère ; il fit venir Guyot qu’il rendait responsable de l’événement, et auprès d’un feu de bivouac, sur la route de Montmirail à La Ferté-sous-Jouarre, le 15 février, au matin, lui cria, lui jeta par saccades et comme par convulsions les phrases qui suivent. 

A .CHUQUET 

C’est donc vous qui faites prendre mon artillerie ! Sacré nom de Dieu ! Vous mériteriez d’être destitué ! Laisser prendre l’artillerie de ma Garde ! C’est votre faute ! Lui aviez-vous donné des guides, une escorte ? Vous vous êtes contenté de lui donner un simple ordre verbal ; voilà le lieutenant de cette compagnie qui l’affirme. Foute ! Laisser prendre mon artillerie, de braves gens ! Je destituerai le premier de mes généraux qui laissera prendre une seule pièce ! On l’abandonne, cette brave artillerie ; on la laisse sans escorte ; et c’est à vous que cela arrive, vous qui me devez tout ce que j’ai fait ce que vous êtes ! C’est encore vous qui avez causé la perte de la bataille de Brienne-si toutefois je l’ai perdue. Vous avez abandonné l’artillerie du brave Marin et l’avez laissé prendre ! J’aurais mieux aimé perdre mon bras gauche que cette artillerie ! Vous commandez la division de grosse cavalerie de  la Vieille Garde qui, jour et nuit, devrait m’entourer. Eh bien ! Je ne la trouve jamais quand j’en ai besoin. J’envoie un officier d’ordonnance la chercher ; on me répond : « Elle mange ! ». « Elle mange ! », et moi, pendant ce temps, je suis aux avant-postes. L’autre jour, elle mange pendant que je me trouve à Champaubert entouré de cosaques. C’est ce pauvre maréchal Lefebvre qui se voit obligé d’aller en éclaireur devant moi et, cependant, la cavalerie de la Vieille Garde est spécialement chargée de ma sûreté, elle en répond à la France entière ! Foutre ! Vous ne commanderez plus ma cavalerie. Général Nansouty, c’est le général Exelmans qui commandera ma grosse cavalerie de la Vieille Garde ; allez le faire reconnaître en cette qualité ! 

Mais Guyot rentra bientôt en grâce ; il se tut et il resta ; il plaignait Napoléon plus que lui-même, et Napoléon, comprenant, admirant cette résignation, lui donna une compensation ; Guyot reçut le commandement des quatre escadrons de service près de la personne de l’Empereur. 

A.C.   

Article publié dans l’étude d’Arthur Chuquet : « L’année 1814… », (Paris, Fontemoing, 1914).

                                                                                             

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