( 6 juillet, 2018 )

Une lettre de Russie…

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Cette lettre est extraite du fameux recueil de celles interceptées pendant la campagne de 1812. Nous ne savons rien de son auteur, Auguste Bonet, si ce n’est qu’il était le frère du futur général Bonet, alors lieutenant en second dans les rangs du 3ème régiment d’artillerie à pied à l’armée de Catalogne.  Elle est adressée à sa mère, à Castres (Tarn). 

Smolensk, le 10 novembre 1812. 

Ma chère maman, écris-moi souvent et longuement, c’est le seul plaisir, la seule consolation qui me reste dans ce pays sauvage que la guerre a rendu désert. Heureusement enfin nous l’abandonnons. Nous voici déjà à près de 100 lieues de Moscou. Nous avons passé le plus mauvais et le plus stérile chemin. Les chevaux morts sur la route ont été aussitôt dévorés. La neige couvre déjà ces contrées ; la marche est pénible, mais à force de fatigues et de souffrances, l’armée se retire. Il paraît que nous irons passer l’hiver à Wilna et, quoiqu’à plus de 500 lieues de Paris, nous espérons rentrer dans notre patrie. Nous sommes déjà fort aises de nous trouver sur les anciennes limites de l’Europe. A quelques lieues d’ici sont les frontières de la Pologne, et ce n’est pas un léger plaisir de laisser derrière nous cette infernale Russie, que nous serons peut-être bien aises d’avoir vue tout en nous désespérant de la voir. Les plus vieux militaires n’ont jamais fait une campagne pareille à celle-ci. Tout ce que je vois me confirme dans les idées de retraite que mon dernier séjour à Castres m’a inspirées.

Adieu, ma chère maman ; je me porte bien, le séjour de Moscou ne m’a pas été favorable. Je t’embrasse de tout mon coeur, papa, mes sœurs. 

 A . BONET. 

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