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( 1 septembre, 2018 )

Une LETTRE d’Antoine VARNER, attaché à l’Intendance générale durant la campagne de RUSSIE. (1ère partie).

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Cette lettre est adressée à son ami Jacques Ymbert, sous-chef au bureau de la Conscription militaire. Vous trouverez à la fin de son témoignage, deux notices sur ces personnages. Ces dernières et la lettre concernées sont extraites du très intéressant volume des lettres interceptées par les russes durant la campagne de Russie. 

C.B. 

Moscou, le 12 octobre 1812. 

Il paraît, mon cher Ymbert, que nous avons tous deux à nous plaindre de l’inexactitude du courrier ; j’ai été très longtemps à recevoir de vos nouvelles. Le bruit de disgrâce qui avait frappé si désagréablement vos oreilles à Paris avait bien un moment sifflé dans notre visage ; mais cette nouvelle était loin d’avoir un caractère officiel et alarmant. Elle provenait tout simplement de soldats, qui, condamnés à des privations un peu dures, cherchaient quelqu’un contre lequel ils pussent diriger leurs plaintes et remontaient naturellement à l’intendance. Elle provenait aussi de quelques officiers qui n’ayant point d’avoine pour leurs chevaux, rejetaient aussi sur l’intendant leurs mauvaises humeurs et les pertes qu’ils éprouvaient. On est mauvais juge dans sa propre cause ; le mécontentement ne calcule ni les difficultés ni les événements. Je ne doute point que quelques lettres particulières n’aient fait partager à l’Empereur l’indignation des individus qui les écrivaient. Mais l’Empereur toujours équitable a distingué les torts des circonstances et de localités des torts de l’administration. Il n’a pas cessé de témoigner à notre excellent patron [Le comte Mathieu Dumas, général de division, conseiller d’Etat, directeur général des revues et de la Conscription militaire, intendant général dela Grande Armée par décret du 25 février 1812] toute la confiance dont ses longs services, ses talents, son activité peu commune le rendent digne. Je pense aussi que nos bons amis de l’Administration de la guerre n’avaient pas peu contribué à fomenter cette nouvelle et à lui donner de la consistance. Ils auraient vu, je crois, avec plaisir quelque changement, car notre manière est trop opposée  à la leur pour que nous puissions être parfaitement. Votre amitié est exagérée dans ses craintes sur ma nouvelle existence ; j’ai eu sans doute à souffrir, mais depuis Vilna l’intendant général m’ayant fait l’honneur de m’admettre à sa table ma subsistance s’est presque toujours trouvée assurée. Je n’ai pas été exempt du pain de munition qui par malheur encore n’était pas noir même pour du pain de cette espèce, mais avec de la philosophie, quand d’ailleurs on n’est pas difficile, on se résigne à subit les lois des circonstances. Vous vous êtes fait une juste idée de mon coucher. Depuis Königsberg jusqu’à Vilna et de cette dernière ville jusqu’à Moscou, j’ai eu le temps d’oublier les douceurs d’un matelas. De la paille arrachée aux toits recevait mes membres fatigués, heureux quand j’en pouvais trouver, ce qui n’arrivait pas une fois sur quatre. Mais avec une pelisse, les pieds tournés vers un bon feu, on peut aisément braver la fraîcheur des nuits. J’en ai fait l’épreuve et cette épreuve m’a assez bien réussi, car elle n’a point laissé de rhumatismes.

Le vin, denrée prohibée depuis Königsberg jusqu’aux portes de Moscou, était abondant dans cette ville.

Aussi, malgré ma modération reconnue, qui ne peut dégénérer en excès lors même qu’elle est provoquée par l’exemple de mes camarades et la saveur des vins les plus généreux, je me suis livré pendant trois jours à une bombance qui s’approchait du dérèglement. 

A suivre… 

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