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( 31 octobre, 2018 )

1er MARS 1815. NAPOLEON débarque sur les côtes de FRANCE.

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Le général Mouton-Duvernet devait se rallier à Napoléon et il expia cruellement sa défection. Pourtant, lorsqu’il apprit le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan, il se prononça contre lui et il envoyait à son lieutenant, le maréchal de camp Rostollant qui commandait à Gap, la lettre suivante où il déclarait qu’un Français ne saurait être parjure, que Bonaparte a abdiqué et que Louis XVIII est le souverain légitime.

Arthur CHUQUET.

Valence, le 4 mars 1815.

Mon cher général, en suite de la nouvelle du débarquement de Napoléon Buonaparte [sic] au Golfe-Juan le 2 de ce mois [le 1er mars], et de sa direction annoncée vers Die, Gap, Grenoble et Lyon, ne perdez pas un instant pour prendre toutes les mesures que les circonstances exigeront, et assurez-vous de la fidélité des troupes à notre souverain légitime Louis XVIII, en les rappelant à leurs serments. Dites-leur qu’un Français ne saurait être parjure et que Buonaparte [sic] a abdiqué [précédemment le 6 avril 1814]. Je marche vers vous. Cette lettre me précédera de quelques heures.

Nota : Comme le dit plus haut Arthur Chuquet, Mouton-Duvernet se ralliera par la suite à l’Empereur et s’opposera au retour de Louis XVII après Waterloo.Cet officier supérieur paiera cher son revirement. Il sera fusillé le 27 juillet 1816 à Lyon.

———

Voir sa notice biographique sur Wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gis_Barth%C3%A9lemy_Mouton-Duvernet

 

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( 31 octobre, 2018 )

Grouchy…

Grouchy.

Un nom indéniablement lié à la défaite de Waterloo !  Avant la journée historique du 18 juin 1815, Emmanuel marquis de Grouchy, né en 1766,  a eu une longue carrière militaire au plus haut niveau. Entré au service en 1780, comme élève à l’École d’artillerie de Strasbourg, il est nommé six ans plus tard sous-lieutenant dans la Compagnie écossaise des gardes du corps, ce qui lui donne rang de lieutenant-colonel de cavalerie. Réformé en 1787, il reprend du service en 1791. En 1792, Grouchy est colonel du 6ème régiment de hussards. Maréchal de camp, il commande la cavalerie de l’armée des Alpes et participe à la répression de l’insurrection vendéenne. Devenu général de division et chef d’état-major de Hoche il refuse une affectation à l’armée d’Italie en 1796. Commandant le corps de l’armée dirigée par Hoche et  engagé lors de l’expédition en Irlande (afin de prêter main forte aux Irlandais face au Anglais), il fait preuve d’indécision, attendant l’arrivée de la seconde partie de la flotte qui avait séparée par une tempête. On le retrouve en Italie en 1798. Blessé très grièvement lors de la bataille de Novi, Grouchy est fait prisonnier puis libéré après un an de captivité. Il est affecté en 1800 à l’armée du Rhin, sous le général Moreau. Avec l’avènement de l’Empire, il est doté de grands commandements : 2ème division du corps de Marmont en 1805 ; 2ème division de dragons sous Murat en 1806. Présent à Eylau, où il charge de façon héroïque. Il combat  à Friedland.  Grouchy effectue un court séjour à l’armée d’Espagne en 1808, il déploie une grande énergie dans la répression de l’insurrection du 2 mai. En 1809, il est à la tête de la 1ère division de dragons de l’armée d’Italie. Présent à la bataille de La Piave, on le retrouve à Wagram .Durant la campagne de Russie, il dirige le 3ème corps de cavalerie et se bat à Borodino (La Moskowa), à Maloïaroslavets. Fin 1813, il écrit à Napoléon afin de reprendre du service, devant la France menacée d’invasion. L’Empereur le nomme commandant en chef de la cavalerie de la Grande armée. Grouchy se bat avec courage à Saint-Dizier, à Brienne, à La Rothière, à Troyes, à Vauchamps, enfin à Craonne, où grièvement blessé, il doit quitter l’armée. Rallié à Louis XVIII, il est nommé inspecteur général de cavalerie et décoré de la croix de l’ordre de Saint-Louis. Après le retour de Napoléon, il s’oppose dans le sud-est à l’armée du duc d’Angoulême (fils du comte d’Artois, futur Charles X) et accède à la dignité de maréchal. Il participe à la campagne de Belgique. Commandant l’aile droite de l’armée française, , Napoléon le charge, après la bataille de Ligny, de rejeter et de poursuivre avec 30 000 hommes, 100 000 Prussiens. Une mission quasi-impossible. Il ne réussit à retenir que les 25 000 hommes de Thielmann pendant que les autres divisions parviennent à déboucher sur le champ de bataille de Waterloo… Grouchy sauve néanmoins une partie de l’armée française en organisant son repli en bon ordre en direction de Namur et dans des conditions difficiles. Il parviendra à Reims sans avoir connu aucune perte. Après la chute de l’Empire, il doit quitter la France et s’embarque pour les États-Unis. Grouchy en retrouve son pays qu’en 1821. Il s’éteint en 1847.

Son attitude durant la journée du 18 juin 1815 a été longuement et vivement discutée. Refusant de marcher au canon comme le lui indiquait le général Gérard, Grouchy fit preuve d’une passivité incompréhensible, malgré l’envoi d’un message de Napoléon lui ordonnant de se rapprocher du dispositif français. Napoléon déclara à Sainte-Hélène : « … sur ma droite, les manœuvres inouïes de Grouchy, au lieu de me garantir une victoire certaine, ont consommé ma perte et précipité la France dans le gouffre ».

C.B.

 

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( 30 octobre, 2018 )

La CAMPAGNE de RUSSIE vue par le baron FAIN…(2)

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Wilna, 2 juillet 1812.

Ton frère t’écrira, sa position devient chaque jour meilleure, mais il est loin de se douter de ce qu’il y a de plus heureux dans sa position. Son bonheur c’est d’être seul de sa bande et de n’avoir pas à passer le jour et la nuit avec des originaux à poitrines étroites dont la petite jalousie nous entrave sans cesse par mille fils qu’il faut casser si l’on veut débarrasser ses jambes et marcher.  Voilà sept ans que je casse des fils pour parvenir à servir l’Empereur comme je le dois et c’est bien fatigant. 

Bichen-Kowitschi, 25 juillet 1812.

Je t’écris des bords de la Dvina. C’est une rivière de la largeur de la Marne. Depuis le Niémen jusqu’ici nous avons traversé les provinces polonaises que les derniers partages avaient fait tomber au pouvoir de la Russie.Ce qui en ce moment embellit à nos yeux les rues de la Dvina, c’est la jolie maison de Mme Kreptowitz, où nous venons nous loger. Cette dame s’est sauvée chez les Russes dès qu’elle a vu nos premières vedettes. Nous avons trouvé la maison comme elle l’a laissé ; les lits des enfants à moitié défaits, des dessins commencés, un solfège encore ouvert sur le piano, des roses encore toutes fraîches dans les vases du salon, un mobilier d’une propreté admirable. C’est la simplicité anglaise dans toute son élégance ! Ne prends-tu pas une vive part à la peine que cette pauvre dame a dû avoir en se voyant obligée d’abandonner ce charmant séjour ? Mais aussi pourquoi nous fuir ?

Witepsk, 1er août 1812. 

…Nous ne sommes plus qu’à quinze lieues du Borysthène, ancienne limite de l’Europe et de l’Asie.

Witepsk, 8 août 1812.

Tes lettres sont bien courtes. Mon père lui-même m’écrit d’une manière bien abrégée. Vous vous imaginez tous que parce que je suis à sept cent lieues [environ 2800 kilomètres] de vous il n’y a plus rien à me dire. C’est tout le contraire. Quand on est à sept cents lieues des siens, les moindres détails intéressent. Cette ville de Witepsk d’où je t’écris c’est encore qu’une peuplade de juifs. Qui a vu un juif polonais en a vu dix mille. 

Au camp sous Smolensk, 18 août 1812. 

Depuis Witepsk, je n’ai pas quitté l’Empereur et j’ai passé toutes les nuits sous la tente…

Smolensk, 20 août 1812.

Nous sommes donc entrés dans la ville. Je me suis assis sur une chaise.

J’écris sur une table, je suis dans une maison, cela vaut toujours  mieux que d’être à la belle étoile et voilà huit jours que nous y étions. Malheureusement nous sommes entrés dans cette pauvre ville au milieu des flammes. Et il nous tarde de la quitter pour être plus tôt à Moscou. J’ai reçu ta lettre du 5 août. 

Smolensk, 24 août 1812. 

Nous faisons nos paquets pour nous remettre en route ; d’ici à Moscou nous aurons bien des bivouacs.

A suivre… 

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( 30 octobre, 2018 )

Un MOT du GENERAL PELLETIER…

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Jean-Baptiste Pelletier, né le 16 février 1777 à Eclaron dans la Haute-Marne, élève à l’École d’artillerie de Châlons et lieutenant en 1793, capitaine en second l’année suivante, capitaine en premier en 1800, chef de bataillon en 1804, lieutenant-colonel en 1806, colonel du 7ème régiment d’artillerie en 1808, général de brigade au service du Grand-Duché de Varsovie pour commander l’artillerie et le génie (4 mars 1809), commandait, depuis le 1er juin 1812, l’artillerie du 5ème corps d’armée ou corps du prince Poniatowski. A Smolensk, il rétablit sous le feu des ennemis les ponts du Dnieper qu’ils avaient brûlés, et il reçut alors une forte contusion d’un biscayen qui tua un jeune officier de sapeurs, son officier d’ordonnance. A La Moskowa, Pelletier plaça si habilement ses batteries de réserve qu’elles souffrirent très peu des projectiles russes. A Winkovo ou Taroutino, il fut félicité par Poniatowski. Mais le 2 novembre 1812, à Wiazma, il tombait entre les mains des Russes, et il eut alors avec Anstett (Cf. « Papiers » de Nesselrode, IV, p.116) une curieuse conversation.

Voici comment il jugeait la situation de l’armée française. 

Arthur CHUQUET.

« Napoléon a fait une grande faute de conserver au-delà de 100 pièces d’artillerie. Il eût mieux vaut jeter 500 canons pour arriver avec toute l’armée à Smolensk, au lieu qu’il a perdu la moitié dans les combats qu’il a été obligé de soutenir et dans les affaires journalières aux quelles il n’a pu désormais échapper, sa cavalerie étant exténuée ainsi que ses attelages. Et la cavalerie russe et son charroi sont dans toute leur vigueur ! Et 20.000 cosaques sont sur toutes les routes, en front et en queue ! Et chaque paysan est un ennemi ouvert et déterminé ! »  A son retour de captivité le général Pelletier fut nommé maréchal de camp au service de la France, mais à dater du 20 septembre 1814. Sous les Cent-Jours, il commanda l’artillerie du 2ème corps d’armée et plus tard, l’École d’artillerie de Valence et celle de Toulouse, l’artillerie du siège de Pampelune, l’École d’artillerie et du génie à Metz .

Le 22 novembre 1836, il fut promu lieutenant général. 

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( 30 octobre, 2018 )

Une lettre du général Lasalle…

LasalleMéconnues sont les lettres de ce fameux officier. Disparu trop tôt pour avoir eu le temps de rédiger des « Mémoires », sa correspondance nous éclaire sur cette figure haute en couleurs. Celle-ci, d’une série de trois fut publiée la première fois en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache ».  

Zaoué, 24 messidor an VII (12 juillet 1799). 

Le chef de brigade Lasalle au général de division Dugua. 

J’apprends dans l’instant mon général, que vous avez été nommé inspecteur général de cavalerie ; je me félicite, en vous faisant mon compliment de congratulation, de me trouver encore sous vos ordres, et je présage d’avance tout l’avantage que les corps de notre armée en retireront ; le général en chef [Bonaparte] enfin voit donc la nécessité qu’il y a d’organiser solidement les corps de cavalerie, et il confie leur administration à un général qui pourra par ses connaissances rendre l’éclat à cette arme si nécessaire en Égypte . Vous savez que je ne suis pas courtisan, et que franc comme un houzard, je dis ce que je pense ; ainsi, ne voyez  dans ce que je dis qu’un hommage rendu à la vérité, et un remerciement que je fais au général en chef. Nous courons depuis deux mois après Mourad Bey ; il vient de nous échapper, et le résultat de nos fatigues n’a été que la prise de quelques-uns de ses chameaux et bagages ; deux fois il a refusé le combat. Le général en chef m’écrit que mon régiment [Lasalle commandait alors le 22èmechasseurs à  cheval] reste en Haute-Égypte. Je vous supplie d’obtenir de lui de l’y réunir en entier ; vous savez que c’est de la plus grande nécessité, soit pour la partie administrative, soit pour l’instruction ou la discipline. 

Avez-vous reçu des lettres de France depuis que je n’ai eu le plaisir de vous voir ? Je vous plains si vous êtes dans le même cas que moi, rien ne m’est parvenu, et s’il m’en parvenait, je tremblerais encore d’y trouver des nouvelles alarmantes sur le compte de ma mère ou de ma Joséphine [son épouse]. Jamais nous n’avons été si malheureux qu’en Égypte ; nous y éprouvons toutes les privations, toutes les fatigues les plus inouïes, et l’espoir d’un mieux-être nous est même refusé. Votre Lasalle, mon cher Général, est bien changé ; sa gaieté, qui jadis vous a amusé, l’a quitté ; sombre et mélancolique, il traîne sa triste existence dans les plaines du Saïd, où, à travers ses déserts, il a tout perdu ; et ses yeux ne peuvent plus même gouter le plaisir de pleurer. Qu’ai-je fait en venant ici ? Écrivez-moi donc quelquefois ! J’ai besoin de consolation, et votre amitié ne doit pas m’en refuser ; pensez à ce que j’ai perdu : mère, maîtresse chérie, fils charmant, et vous excuserez mes plaintes et mes importunités. 

Adieu, mon Général, ne quittez jamais votre fils, il serait trop malheureux ; pensez à moi un peu l’un et l’autre et ne doutez pas de mon sincère et respectueux attachement. 

LASALLE. 

P.S.J’embrasse Monfalcon ; et le capitaine Mousci qui vous présente son respect, et vous prie de lui faire ses amitiés. 

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( 29 octobre, 2018 )

Les journées de l’Empereur à Longwood.

Napoléon à Sainte-Hélène.

« Dans les premiers temps, il se levait assez tard, mais il ne tarda pas à prendre l’habitude de quitter le lit à 5 ou 6 heures. Il faisait une promenade à cheval, puis en rentrant il se mettait au bain. Il dînait généralement seul, vers 11 heures, et très sobrement : un plat de viande, tel que côtelette, beefsteak ou poitrine de mouton; des oeufs frais; comme légumes, le plus souvent des lentilles à l’huile, qu’il aimait beaucoup. Il commençait parfois le repas par une soupe au lait, avec beaucoup d’oeufs : c’était une sorte de lait de poule très sucré, qu’il prétendait être rafraîchissant; comme boisson, un peu de vin de Bordeaux, avec de l’eau.

A 2 heures, il s’habillait pour la journée et dînait vers 7 heures; plus tard, il supprima le déjeuner, et pour la convenance de Madame de Montholon, il y eut dîner à 3 heures et souper à 10.

L’Empereur mangeait avec appétit, mais vite; au dessert, il envoyait souvent chercher un volume, qu’il lisait tout haut, pendant le temps que le grand-maréchal  très’ gourmand, passait à croquer des bonbons. Après le dîner, il prenait une très petite tasse de café, et lorsque les domestiques s’étaient retirés, il se renfermait avec ses amis et refusait toute visite. Alors, il jouait au whist ou aux échecs, en faisant’ la conversation avec les personnages de sa suite, puis il congédiait tout le monde et, vers 10 ou 11 heures, il se retirait dans sa chambre à coucher. Il se couchait habituellement de très bonne heure, et comme il dormait peu, il envoyait chercher Las Cases ou Montholon, pour lui tenir compagnie jusqu’à ce que le sommeil le gagnât. Parfois, il faisait lever Montholon, pour lui faire des dictées. Il se réveillait assez régulièrement vers les 3 heures du matin: on lui apportait une lumière, et il travaillait jusqu’à 6 ou 7 heures; il se recouchait alors et essayait de se rendormir. Dans l’après-midi, quand il ne sortait pas pour faire son exercice quotidien, soit qu’il fît trop chaud ou qu’il se sentît fatigué, il lisait, lorsqu’il ne dictait pas ou ne sommeillait pas. Il lisait à sa manière, qui consistait à parcourir rapidement les pages avec le pouce, achevant ainsi deux ou trois volumes en moins d’autant d’heures. Il exigeait que tout le monde restât debout en sa présence, et la tête découverte. Lady Malcolm relate que l’Empereur et son mari se promenèrent un jour, pendant quatre heures, dans le salon de Longwood, avec leurs chapeaux sous le bras; il préférait subir cette fatigue que de se voir manquer de respect. Son médecin, Antommarchi, fut souvent sur le point de tomber en défaillance, pour être resté trop longtemps sans s’asseoir.

L’étiquette était rigoureuse : le médecin traitant devait endosser un habit de cour, toutes les fois qu’il rendait visite à son malade. « 

(Docteur CABANES, « Au chevet de l’Empereur », Albin Michel, s.d. [années 1920 ?], pp.307-309)

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( 28 octobre, 2018 )

La CAMPAGNE de RUSSIE vue par le BARON FAIN…(1)

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Après avoir diffusé ici, sur mon « Estafette », le récit du Baron Fain sur la campagne d’Austerlitz, sur celle d’Allemagne et enfin sur la campagne de France, le tout à travers la correspondance adressée à son épouse, voici la partie touchant à la mémorable campagne de Russie. Elle fut diffusée la première fois en 1961 dans la « Revue de l’Institut Napoléon ». 

C.B. 

Wurtzbourg, le 13 mai 1812. 

Après t’avoir quittée j’ai fait halte à Châlons chez le préfet, à Metz, chez le préfet (M. de Vaublanc) : à Mayence, chez le préfet (mon vieil ami Jeanbon Saint-André) et c’est ainsi que de préfet en préfet je me suis trouvé transporté jusqu’à la frontière. Je devançais l’Empereur, j’ai fait le service du Cabinet à son arrivée à Mayence ; Méneval étant ensuite arrivé, le Grand-Écuyer [Caulaincourt] m’a fait reprendre les devants, et l’on m’a roulé successivement à Aschaffenbourg et Wurtzbourg. Je t’écris de cette dernière ville en attendant avec impatience l’ordre de partir pour Dresde où je dois enfin trouver de tes nouvelles. 

Dresde, 19 mai 1812. 

Je n’ai précédé l’Empereur que de quelques heures… Nous sommes ici dans de grands galas. Nous logeons au palais du Roi de Saxe qui reçoit à la fois l’Empereur de France et celui d’Autriche.Jamais palais d’Allemagne n’a été ni plus encombré ni plus animé ; faute de place, nous a mis Méneval et moi chez le concierge du château. 

Dresde, 26 mai 1812. 

Hier, j’ai profité de l’absence de l’Empereur qui a été chassé dans les environs. J’ai vu cette fameuse Galerie de tableaux ; c’est très beau, du reste tout est ici de troisième classe, la capitale est en proportion avec le royaume. Je n’ai vu Dresde que très imparfaitement, mais je m’en console car mes idées ne sont pas là. Je vais partir à trois heures pour continuer le voyage. Ce n’est pas tout d’avoir la Pologne à traverser, il nous restera encore bien d’autre chemin à faire. 

Posen, 1er juin 1812.

Cette fois la campagne ne nous paraît pas si laide. Quelle différence si nous nous rappelons notre hideuse entrée en 1806 ! Mais aussi nous sommes au printemps et notre arrivée à Nuiseris avait lieur par les neiges du mois de décembre.Aujourd’hui le pays est couvert de verdure, il fait beau temps et l’œil peut distinguer çà et là des habitation que, l’hiver, on ne peut pas même soupçonner. Quant au chemin, il n’y a plus d’accidents et d’embourbements à te raconter.

Dantzick, 8 juin 1812. 

Il y  a aujourd’hui un mois que nous nous sommes quittés. Après avoir été de l’avant-garde pendant la première partie de ce voyage avec M. de Ponthon, pour camarade, on me fait changer d’allure et passer à l’arrière-garde, avec M. [Bacler]d’Albe. Aujourd’hui me voici du centre avec Méneval. T’ai-je dit que j’ai perdu mon cheval et comment ? C’est par un coup du ciel, il paraît que le tonnerre a frappé le conducteur et dispersé mes chevaux… Ainsi pour mon compte la part du malheur est faite.

Koenigsberg, 13 juin  1812. 

Nous ne sommes plus qu’à très peu de distance de la frontière russe et d’un moment à l’autre nous allons nous trouver dans les forêts de la Lithuanie [Lituanie]. Méneval est tombé malade de la fièvre à Dantzick, nous n’avons pas pu l’emmener avec nous. Nous voici donc encore une fois dans ce pays, comme j’y étais, il y a cinq ans à la fameuse époque de Friedland, faisant tout seul le service du Cabinet par suite d’une semblable maladie arrivée à mon cher confrère. Pour moi ma santé est meilleure que jamais.  Il me semble qu’on eût voulu l’assurer encore davantage en me donnant le docteur Yvan pour compagnon de voyage. 

Gumbinen, 20 juin 1812. 

Méneval n’a eu qu’un accès éphémère ; il vient de nous rejoindre. 

Kowno, 25 juin 1812. 

Nous voici en Russie. Nous venons de passer le Niémen ; la ville d’où je t’écris est sur l’autre bord. 

Wilna, 28 juin 1812.

Je t’écris d’une ville où l’Empereur de Russie était avant-hier avec toute sa cour. Aujourd’hui il court les grandes routes ne sachant où rallier son armée qui est toute disloquée. Quel revers ! Il est d’autant plus étrange qu’il n’y a pas eu de bataille. Il a suffi de quelques fausses mesures prises par MM. les Russes et quelques marches habiles exécutées de notre côté. J’ai beaucoup de fatigue, mais je suis content, car je ne quitte pas l’Empereur. On voulait bien m’écarter encore [Méneval, par jalousie sans doute], mais cette fois cela n’a pas réussi. L’Empereur lui-même s’est expliqué et sa bonté se signale doublement en ordonnant au plus faible de rester derrière au plus fort de ne pas quitter sa personne. Nous somme ici à cinq cent trente lieues de Paris [environ 2120 km]. Ton frère [E.L.F. Le Lorgne d’Ideville (1780-1812) maîtrisant la langue russe il deviendra secrétaire-interprète de l’Empereur] commence à faire merveille avec son russe. L’Empereur parle de se l’attacher. 

A suivre…

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( 28 octobre, 2018 )

« Ah si IL revenait !.. »

Sur cette gravure de Charlet (datant des années 1820) ce sergent revenu à ses occupations domestiques, semble méditer sur son sort; se souvenir des heures glorieuses de l’Epopée… Remarquez sa Légion d’honneur, et, au-dessus de sa tête, dans une niche, une statuette de Napoléon. Et le chien qui regarde son maître…

Ah ! Si IL revenait... !

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( 28 octobre, 2018 )

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie…

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1Il y eut certainement, quoiqu’en dise Gourgaud, des actes d’anthropophagie pendant la retraite de Russie. Un sous-officier portugais assure au sergent Bourgogne que les prisonniers russes, n’ayant rien pour se nourrir, ont mangé quelques-uns de leurs morts. Ségur raconte que des soldats français, affamés, attiraient à eux les corps de leurs camarades grillés par les flammes et osaient porter à leur bouche cette révoltante nourriture. De même, Labaume : « Beaucoup, dit-il, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer… » [On se méfiera de ce dernier témoignage, écrit sous la Restauration et qui avait intérêt à plaire au pouvoir royal…]Koutouzov n’écrit-il pas que plusieurs individus de l’armée française se sont portés à des actes de cannibales ? Il y eut même des actes d’autophagie. On vit, rapporte Vionnet de Maringonné, des « hébétés », des forcenés dont la faim avait altéré la raison, déchirer leurs propres membres, sucer leur propre sang, et Labaume affirme qu’on les voyait se ronger les mains et les bras.  

Arthur CHUQUET. 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

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( 27 octobre, 2018 )

Depuis son exil elbois, l’Empereur pense à la France…

Napoléon

« De l’île d’Elbe, Napoléon tourne donc les yeux vers la France et non vers l’Italie. Voilà pourquoi il avait opté pour l’île d’Elbe, et non pour la Corse.  La Corse c’était pourtant sa patrie : il ne parlait d’elle qu’avec la plus vive émotion; il assurait que l’odeur de la terre corse, cette odeur aromatique qui s’exhale des plantes et des arbustes de la montagne, lui causait une sorte d’enivrement, qu’il n’avait nulle part retrouvé cette odeur, qu’elle eût suffi, s’il avait fermé les yeux, pour lui faire deviner le sol du pays natal. Retiré dans l’île de Corse, comme dans une imposante forteresse, il aurait bravé toute surprise, tout enlèvement, et c’est là qu’il projetait [projeta] de fuir après Waterloo;  c’est là qu’il comptait trouver un asile s’il ne pouvait, en mars 1815, atteindre le rivage de Provence. Pourquoi donc avait-il à Fontainebleau dédaigné la Corse ? Parce qu’aller en Corse, c’était finir où il avait commencé; c’était revenir au gîte pour y mourir ; c’était se terrer et s’enterrer. En Corse, il aurait pris goût à la vie de roitelet ; il eût marié Drouot à une cousine Paravicini dont il vantait la dot, 300.000 francs en oliviers !  II préféra l’île d’Elbe: de là, il épiait les Bourbons; de là, il observait cette France qu’il ne désespérait pas de reprendre et de gouverner. Déjà, au mois d’avril [1814], à Fontainebleau, dans un entretien avec le général comte Gérard, il lâchait ce mot: « Je reviendrai plus tôt qu’on ne pense « . Déjà, le 24 avril, le commissaire russe Schouvalov qui l’accompagna jusqu’à Fréjus, écrivait qu’il ne renonçait pas à ses projets, qu’il pensait être au bout de quelque temps redemandé par les Français, qu’il avait des partisans qui travaillaient pour lui. Déjà, sur le pont de L’Indompté qui le portait à l’île d’Elbe, il disait que Bourbons et bourbonistes se livraient à la joie parce qu’ils retrouvaient leurs châteaux et leurs terres, mais que, s’ils mécontentaient le peuple, ils seraient chassés avant six mois. Huit jours après avoir touché le sol elbois, il exprimait la même idée: « Que les Alliés regagnent la frontière, et les Français ne se tiendront pas tranquilles; je ne leur donne pas six mois de patience. » Devant Campbell et le général autrichien Kohler, il tenait de semblables propos : les Bourbons ne convenaient pas au pays ; ils n’avaient pour eux que quelques perruques, quelques personnages sans influence qui leur feraient par leurs ridicules prétentions plus de mal que de bien; ils auraient dû prendre la France, telle qu’il la leur laissait, avec ses institutions et ses habitudes nationales, au lieu de l’affubler de vieux vêtements qui n’étaient  plus à sa taille. « Qu’éclate une tempête révolutionnaire, s’écriait l’Empereur, Louis XVIII ira retrouver ses amis les ennemis ! » Il avait la conviction que le comte d’Artois [le futur Charles X] perdrait son frère. Sans doute, remarquait-il, « le Roi est éclairé et il a de l’esprit, plus d’esprit que Louis XVI; il n’a qu’à changer les draps et à se mettre dans mon lit : je le lui ai fait assez beau. Mais il aurait dû revenir le premier ou, mieux encore, revenir seul. Le comte d’Artois gâtera tout. »

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.75-78)

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( 26 octobre, 2018 )

Le GENERAL ROUSSEL d’HURBAL lors de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Ce personnage a commandé pendant la campagne de Russie le brigade composée du 6ème et du 8ème régiment de lanciers polonais et du 2ème hussards prussiens. Il reçut à la bataille de La Moskowa plusieurs contusions, et eut deux chevaux tués sous lui.  Vers huit heures du matin, il chargea les cuirassiers russes avec le 6ème lanciers polonais. Les chevaux se croisèrent. Les lanciers renversèrent des cuirassiers au milieu des rangs, les forèrent à tourner bride, et les poursuivirent jusqu’au milieu de l’infanterie ennemie. Cette charge, l’une des plus brillantes qui aient été faites, mérite d’être citée.  Dans la soirée, Murat ordonna au général Roussel d’Hurbal de charger la ligne russe. Un profond ravin qui la couvrait empêcha cette charge, ainsi que toutes celles qui furent ordonnées vers la fin de la bataille. Le vicomte Roussel d’Hurbal fut nommé général de division à Smorgoni, le 5 décembre 1812, au moment où Napoléon quittait l’armée. 

(« Le Spectateur Militaire. Tome huitième. Du 15 octobre 1829 au 15 avril 1830 »). 

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( 26 octobre, 2018 )

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( 26 octobre, 2018 )

Un LIVRE à LIRE (ou à RELIRE) !

Un LIVRE à LIRE (ou à RELIRE) ! dans HORS-SERIE napoleon

Voici un livre excellent, que je viens de relire. Paru en 2002, Dominique JAMET, fameux journaliste et homme de lettres, y prend la défense de l’Empereur. Point par point, avançant ses pions tel un stratège, étayant ses assertions par de solides arguments, JAMET place ceux qui veulent réécrire l’histoire napoléonienne devant leurs propres calomnies. « Voir l’Histoire en général, et celle-ci en particulier avec les yeux d’un Henri Guillemin, par exemple, c’est la réduire à une suite d’intrigues médiocres, manœuvres obliques et de calculs sordides, c’est tout rabaisser, tout salir, tout avilir », déclare JAMET au début de son ouvrage. Le ton est donné et il ne changera pas.

Ainsi plus loin: « On parle toujours des « guerres de Napoléon » et des centaines de milliers, voire du million d’hommes que sa folle ambition aurait menés à la mort, comme s’il avait été de bout en bout l’unique responsable des conflits, le seul fauteur de guerre. On serait  mieux fondé à remettre en vigueur l’expression de « guerres de coalition » et à évoquer le nombre au moins équivalent de leurs sujets que les rois de l’Europe coalisée ont équipés, armés, enrégimentés avec l’argent anglais et fait périr dans mes combats pour le rétablissement de l’ordre ancien et le plus grand profit de l’Angleterre. »

Ce livre est une petite merveille à faire connaître aux anti-napoléoniens, ou du moins, à garder près de soi.

C.B.

Dominique JAMET, « Napoléon », Collection « Si j’avais défendu », Plon, 2002, 212 pages.

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( 26 octobre, 2018 )

Deux lettres sur la bataille d’Austerlitz…

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Lettre du commandant Salmon (chef de bataillon au 24ème léger, écrite à sa femme Pauline, après la bataille d’Austerlitz). 

3 décembre 1805, au bout du monde. 

C’était hier la fête du couronnement de notre Empereur. Quatre mots ma chère petite femme, pour te tranquilliser, car l’affaire d’hier fera beaucoup de bruit. Nous nous sommes battus depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir. Je dois ma vie à mon adresse et à mon grand courage. J’ai fait bien du mal à l’ennemi mais il m’en a fait beaucoup. Je suis resté à deux cents hommes. Lorsque j’ai rallié ma troupe, je n’avais que vingt hommes et mon drapeau. Nous avons 30 officiers tués et blessés. J’avais été chargé par la Garde à cheval de l’empereur de Russie. Je comptais Devienne au rang de ceux qu’ils ont vaincu. Mais il était tombé sous les chevaux, dont plusieurs lui ont marché dessus. Il a fait le mort et il m’a rejoint. Ce ne sera rien, il marche bien et il a bon appétit. Nous avons mangé un morceau ensemble. J’ai fini par le faire rire. « Ah mon Dieu ! me dit-il, commandant, je ne croyais jamais que vous pouviez vous tirer de là. » J’ai renversé un cavalier de sur son cheval, au moment où il m’a porté un coup de sabre, avec la monture du mien, étant serré corps à corps : pour finir je me porte bien quoique fatigué.

Philippe, qui était observateur, vint nous embrasser en pleurant et nous offrir de la soupe et notre part d’un civet qu’il avait fait avec un lièvre qu’il avait pris à la main. Il était à bout de fatigue par les coups de fusil de l’ennemi et les nôtres. 

Enfin nous avons gagné la bataille. C’est innombrable la perte de l’ennemi. Cinq lieues de chemin, la terre jonchée de leurs corps morts, 200 pièces de canon, 23 milles prisonniers. Quelle bataille ! Depuis que le monde est monde, jamais pareille [chose] n’est arrivée. 

Austerlitz… 

———————————

Lettre du général Léopold Berthier (1770-1807), frère cadet du maréchal Berthier à sa femme. 

Au quartier-général, au bivouac, sur la route d’Olmütz, le 5 décembre 1812. 

Il m’a été impossible, ma chère bonne petite, de pouvoir t’écrire ces jours-ci. Mon frère a bien voulu te faire dire que je me porte bien. Tu sais la grande et belle bataille que nous avons gagnée. Ton frère, moi, d’Haugerenville de porte bien ; sois sans inquiétude, tout va bien ; l’ennemi fuit et tout va très bien pour nous. Kellermann, Gérard, Chaloppin ont été blessés légèrement [Le chef d’escadron Chaloppin fut en fait mortellement frappé à Austerlitz].

Le maréchal [Berthier] se porte bien ; je suis couché à côté de lui sur un très bon lit de paille et devant un bon feu. J’espère que ce soir nous serons dans un bon lit ; nous en avons besoin pour nous remettre de nos fatigues. Adieu, bonne petite amie à moi, aime toujours ton bon petit mari et il est sûr d’être toujours heureux. Embrasse nos petits enfants et sois assurée que je ne perdrai de temps quand je pourrai t’écrire de venir me rejoindre. 

Adieu, je t’embrasse de tout mon cœur.  Ton ami, ton amant, 

L.BERTHIER 

Ces documents furent publiés en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

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( 25 octobre, 2018 )

Une conversation de lord Ebrington avec Napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe.

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On sait, notamment par Pons, que l’Empereur reçut la visite de plusieurs sujets britanniques à l’île d’Elbe. Lord Ebrington eut l’honneur de rencontrer Napoléon par deux fois ; la première de ces entrevues eut lieu le 6 décembre 1814 ; une autre suivra quelques jours plus tard, le 8 décembre. Lord Ebrington sera alors  invité par l’Empereur à partager son dîner. Son récit de cette première entrevue fut reproduit dans l’ouvrage qu’Amédée Pichot a consacré à la période des Cent-Jours (publié en 1873 ).

C.B. 

« Je voyageais en Italie ; je ne voulais pas retourner en Angleterre sans être à l’île d’Elbe, pour tâcher d’y voir l’homme le plus extraordinaire de tous les temps », écrit au début de son texte Lord Ebrington, avant de poursuivre : « Je  fus bien accueilli par Napoléon, et j’ai eu avec lui deux conversations de plusieurs heures. A l’issue de ces entretiens, je ne suis hâté de prendre note de ce qu’il m’avait dit de plus remarquable. Ce fut le 6 décembre 1814 à huit heures du soir, heure indiquée par la lettre de rendez-vous que le grand-maréchal [le général Bertrand] m’avait adressée, que je me présentai au palais de Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Après avoir attendu quelques instants dans le salon de service, je fus introduit dans la pièce où se trouvait l’Empereur.  Il me fit d‘abord quelques questions sur moi, sur ma famille, etc. ; puis, s’interrompant vivement, il me dit : « Vous venez de la France ; dites-moi franchement, sont-ilscontents ?- Comme cela, répondis-je.- Cela ne peut-être autrement, reprit-il. Ils ont été trop humiliés par la paix. La nomination du duc de Wellington au poste d’ambassadeur a dû paraître injurieuse à l’armée, ainsi que les attentions particulières que le roi lui témoigne. Si lord Wellington fût  venu à Paris comme voyageur, je me serais fait un plaisir d’avoir pour lui les égards dus à son grand mérite, mais je n’aurais pas été content que vous me l’envoyassiez comme ambassadeur. Il aurait fallu aux Bourbons une femme jeune, jolie et spirituelle pour captiver les français ; c’eut été l’ange de la paix. Ils ont laissé trop prendre d’influence aux prêtres ; et l’on m’a dit que le duc de Berri avait dernièrement, fait bien des fautes. Ils ont eu le malheur de signer la paix à des conditions que je n’aurais jamais consenties. Ils ont abandonné  la Belgique, que la nation s’était habituée à considérer comme faisant partie intégrale de la France. Vous aviez assez gagné à la paix, en assurant votre repos intérieur, en faisant reconnaître votre souveraineté dans l’Inde et en mettant les Bourbons à ma place. La meilleure chose pour l’Angleterre eût été sans doute la partage de la France ; mais, tandis que vous lui avez laissé tous les moyens de redevenir formidable, vous avez en même temps humilié la vanité de tous les français, et fait naître des sentiments d’irritation qui, s’ils ne peuvent pas s’exercer dans quelque contestation extérieure, produiront tout au tard une évolution et la guerre civile. Au reste, ajouta-t-il, ce n’est point de la France que l’on me mande tout cela, car je n’ai de nouvelles que par les gazettes ou les voyageurs. Mais je connais bien le caractère du français ; il n’est pas orgueilleux comme l’Anglais, mais il est beaucoup plus glorieux.  La vanité est, pour lui, le principe de tout, et  sa vanité le rend capable de tout entreprendre.  Les soldats m’étaient naturellement attachés ; j’étais leur camarade. J’avais remporté des succès avec eux, et ils savaient que je les récompensais bien ; ils sentent aujourd’hui qu’ils ne sont plus rien. Ii y a en France à présent 700 000 hommes qui ont porté les armes ; et les dernières campagnes n’ont servi qu’à leur montrer combien ils sont supérieurs à leurs ennemis. Ils rendent justice à la valeur de vos troupes, mais ils méprisent tout cela. ». 

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( 24 octobre, 2018 )

Le sergent Réguinot.

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« Mes camarades, j’ai pris la plume pour vous écrire ces mots : « Nous avons fait la campagne de Moscou, beaucoup y sont morts, peu en sont revenus, tous s’y sont couverts de gloire ; quant à moi, j’y ai cruellement souffert, mais je me porte bien, et désire ardemment que le présent livre vous trouve de même ». Ainsi commencent les « Mémoires » qu’i la laissées sur la campagne de Russie ; un ouvrage publié en 1831 « Au profit des Polonais » (La Pologne alliée de la France sous l’Empire, venant alors de se soulever contre les Russes). Avec son régiment, le 26ème d’infanterie légère, il passe le Niémen fin juin 1812. « Notre régiment particulièrement, reçut l’ordre de traverser Kowno, et de prendre position de l’autre côté de la Wilia. L’ennemi en battant en retraite, avait brûlé un pont qui devait servir de passage aux troupes. Il nous fut enjoint de le rétablir, et en quelques heures tout était terminé ».

Le témoignage du sergent Réguinot ne laisse aucun répit au lecteur. Avec lui, on suit le soldat dans son ravitaillement, à la préparation d’un bivouac. On est à ses côtés lors d’une halte nocturne dans les bois, ne pouvant aller plus loin sous peine d’être fait prisonnier par les cosaques…Rien n’est jamais acquis d’avance dans cette campagne de Russie qui a fait couler tant d’encre : « …nous trouvâmes pour la première les Russes disposés à se défendre. Les voltigeurs étaient près du château [celui de Jacobowo]. On fit faire à quelques-uns des battues dans le bois pour faire de la soupe ; mais les Russes ne nous laissèrent pas le temps de la manger : une grêle de biscayens et d’obus enlevèrent nos marmites. On nous donna l’ordre de nous former en tirailleurs. Nous exécutâmes ce mouvement avec la rapidité de l’éclair, et nous fîmes bientôt reculer les tirailleurs russes. »

Plus tard, Réguinot doit affronter la neige, à laquelle vient s’ajouter un froid intense, la faim, le typhus, et la mort omniprésente qui peut vous faucher d’un instant à l’autre…Sérieusement blessé par un éclat de mitraille, son témoignage prend alors une intensité supplémentaire. Dans cet « enfer blanc », il souffre comme un damné, en proie à une fièvre très virulente. Le 12 janvier 1813, Réguinot arrive à Dantzig comme par miracle : « On me donna un billet de logement. Les personnes chez lesquelles j’étais, s’empressèrent, à mon arrivée, de me prodiguer tous les soins qu’exigeait ma position. ». Après sa convalescence, mais encore faible, il demande à reprendre du service. Le sergent Réguinot rejoint les rangs du 2ème léger, troisième compagnie. Confiné à l’intérieur de la ville, alors assiégée par les russes, il écrit : « Je regrettais d’autant plus de n’avoir point assez de force pour combattre l’ennemi, et chercher une mort glorieuse, que dans la ville, on courait autant de dangers, en raison du grand nombre de bombes et de boulets qui y tombaient. C’était mourir dans se défendre ».

Fin décembre 1813, intervient la chute de Dantzig, Réguinot y sera retenu prisonnier durant trois mois puis renvoyé en France. Après le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan, il rejoint les rangs du 5ème régiment de voltigeurs de la Jeune Garde.

C.B.

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( 24 octobre, 2018 )

MALOJAROSLAVETS, 24 OCTOBRE 1812…

« Après quelques escarmouches, notre premier combat fût, à trente lieues de Moscou, à Malojaroslavets, tout à l’honneur du prince Eugène qui, avec le 4ème corps (20.000 Français et Italiens) battit les 90.000 russes de Koutousov. Les compagnies d’élite de mon régiment (7ème léger) firent seules le coup de feu, le reste du régiment manœuvra toute la journée. Le soir, nous étions au bivouac, sur la route de Kalouga. Pendant la nuit, le cheval d’un cantinier s’échappa, en entraîna beaucoup d’autres. Panique épouvantable, au milieu de laquelle les généraux eux-mêmes couraient après leur monture ; les faisceaux furent renversés, beaucoup d’hommes blessés, ou brûlés en tombant dans les feux de bivouac. Toutes les grand’gardes et les premières lignes prirent les armes, les russes, en face de nous, en firent autant, et nous dûmes passer le reste de la nuit l’arme au pied, sac au dos, sans pouvoir jouir d’une heure de sommeil dont nous avions tant besoin. Le 25 octobre, dans la journée, nous revînmes sur la route de Smolensk. Le 1er corps prit à cette date l’arrière-garde, et le 7ème léger marcha à l’extrême gauche, tâche dure et périlleuse. »

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillies et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils [1ère édition en 1909]. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.139-140).

« Gouvernement de Kalouga, Borovsk, le 27 octobre 1812.

… Les Russes ont été refoulés jusqu’à Malojaroslavets. Leurs positions bien défendues ont été enlevées à la baïonnette. La ville a été prise et huit mille [d’entre eux]ont été tués ou mis hors de combat. L’affaire a été très meurtrière, elle a duré soixante heures. Après cet adieu rien moins que fraternel, S.M. a fait volteface pour prendre la route de Vereja où nous arriverons ce soir, et nous continuerons successivement notre retraite sur Minsk ou sur Vilna. L’armée russe n’inquiète pas notre marche. Les cosaques nous suivent et font de temps en temps quelques houras. Mais on les surveille. Je t’écris au bivouac dans ma voiture, les chevaux attelés et attendant à tout moment l’ordre de nous mettre en route…

Dans la nuit du 23 [septembre 1812] au 24 (septembre 1812], on a fait sauter dans Moscou les principaux édifices qui restaient édifices qui restaient sur pied. Ce sont de justes représailles des actes de férocité dont les Russes se sont rendus coupable. J’ai vu à Moscou Madame Aurore Bursey, directrice de la comédie française. Elle m’a chargé de te dire bien des choses. Elle n’a pas la langue dans sa poche. »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, pp.107-108. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

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( 23 octobre, 2018 )

Le général Songis

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Ce Songis est Songis l’aîné, et non Songis le cadet, mort à la fin de 1810. L’aîné des Songis (Charles-Louis-Didier), camarade de Napoléon au régiment de Grenoble, devenu promptement général de division-dès le mois d’août 1794- prit sa retraite le 5 juin 1801 et devint conservateur des eaux et forêts ; il avait à Caen la quatrième « conservation » (Calvados, Orne et Manche). En fut-il reconnaissant ? Le 7 avril 1814, il écrit à Dupont la lettre qui suit.

Arthur CHUQUET.

« Caen, 7 avril 1814.

Le général de division Songis, chevalier de l’Empire, conservateur des eaux et forêts, à son Excellence le général  Dupont, ministre de la guerre.

Mon cher général, la main qui vient de briser vos fers, a délivré la France du joug oppresseur qui pesait sur elle depuis trop longtemps. La tyrannie de Bonaparte est enfin arrivée à son terme. La justice  et la paix vont s’asseoir sur le trône avec le descendant de Henry le Grand [Louis XVIII] et tous les canaux de la prospérité publique vont se rouvrir sous le règne du monarque qui nous est donné. J’applaudi de toute mon âme à un aussi heureux événement et je vous félicite en mon particulier, mon cher et respectable général, sur votre avènement au ministère de la guerre; en vous y appelant, le gouvernement provisoire a rempli le vœu de la nation et en particulier celui de vos frères d’armes. Agréez la nouvelle assurance du sincère et respectueux dévouement avec lequel je ne cesserais d’être, mon cher général, votre très humble et très obéissant serviteur.

SONGIS.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.363).

 

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