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( 31 octobre, 2018 )

1er MARS 1815. NAPOLEON débarque sur les côtes de FRANCE.

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Le général Mouton-Duvernet devait se rallier à Napoléon et il expia cruellement sa défection. Pourtant, lorsqu’il apprit le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan, il se prononça contre lui et il envoyait à son lieutenant, le maréchal de camp Rostollant qui commandait à Gap, la lettre suivante où il déclarait qu’un Français ne saurait être parjure, que Bonaparte a abdiqué et que Louis XVIII est le souverain légitime.

Arthur CHUQUET.

Valence, le 4 mars 1815.

Mon cher général, en suite de la nouvelle du débarquement de Napoléon Buonaparte [sic] au Golfe-Juan le 2 de ce mois [le 1er mars], et de sa direction annoncée vers Die, Gap, Grenoble et Lyon, ne perdez pas un instant pour prendre toutes les mesures que les circonstances exigeront, et assurez-vous de la fidélité des troupes à notre souverain légitime Louis XVIII, en les rappelant à leurs serments. Dites-leur qu’un Français ne saurait être parjure et que Buonaparte [sic] a abdiqué [précédemment le 6 avril 1814]. Je marche vers vous. Cette lettre me précédera de quelques heures.

Nota : Comme le dit plus haut Arthur Chuquet, Mouton-Duvernet se ralliera par la suite à l’Empereur et s’opposera au retour de Louis XVII après Waterloo.Cet officier supérieur paiera cher son revirement. Il sera fusillé le 27 juillet 1816 à Lyon.

———

Voir sa notice biographique sur Wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gis_Barth%C3%A9lemy_Mouton-Duvernet

 

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( 31 octobre, 2018 )

Grouchy…

Grouchy.

Un nom indéniablement lié à la défaite de Waterloo !  Avant la journée historique du 18 juin 1815, Emmanuel marquis de Grouchy, né en 1766,  a eu une longue carrière militaire au plus haut niveau. Entré au service en 1780, comme élève à l’École d’artillerie de Strasbourg, il est nommé six ans plus tard sous-lieutenant dans la Compagnie écossaise des gardes du corps, ce qui lui donne rang de lieutenant-colonel de cavalerie. Réformé en 1787, il reprend du service en 1791. En 1792, Grouchy est colonel du 6ème régiment de hussards. Maréchal de camp, il commande la cavalerie de l’armée des Alpes et participe à la répression de l’insurrection vendéenne. Devenu général de division et chef d’état-major de Hoche il refuse une affectation à l’armée d’Italie en 1796. Commandant le corps de l’armée dirigée par Hoche et  engagé lors de l’expédition en Irlande (afin de prêter main forte aux Irlandais face au Anglais), il fait preuve d’indécision, attendant l’arrivée de la seconde partie de la flotte qui avait séparée par une tempête. On le retrouve en Italie en 1798. Blessé très grièvement lors de la bataille de Novi, Grouchy est fait prisonnier puis libéré après un an de captivité. Il est affecté en 1800 à l’armée du Rhin, sous le général Moreau. Avec l’avènement de l’Empire, il est doté de grands commandements : 2ème division du corps de Marmont en 1805 ; 2ème division de dragons sous Murat en 1806. Présent à Eylau, où il charge de façon héroïque. Il combat  à Friedland.  Grouchy effectue un court séjour à l’armée d’Espagne en 1808, il déploie une grande énergie dans la répression de l’insurrection du 2 mai. En 1809, il est à la tête de la 1ère division de dragons de l’armée d’Italie. Présent à la bataille de La Piave, on le retrouve à Wagram .Durant la campagne de Russie, il dirige le 3ème corps de cavalerie et se bat à Borodino (La Moskowa), à Maloïaroslavets. Fin 1813, il écrit à Napoléon afin de reprendre du service, devant la France menacée d’invasion. L’Empereur le nomme commandant en chef de la cavalerie de la Grande armée. Grouchy se bat avec courage à Saint-Dizier, à Brienne, à La Rothière, à Troyes, à Vauchamps, enfin à Craonne, où grièvement blessé, il doit quitter l’armée. Rallié à Louis XVIII, il est nommé inspecteur général de cavalerie et décoré de la croix de l’ordre de Saint-Louis. Après le retour de Napoléon, il s’oppose dans le sud-est à l’armée du duc d’Angoulême (fils du comte d’Artois, futur Charles X) et accède à la dignité de maréchal. Il participe à la campagne de Belgique. Commandant l’aile droite de l’armée française, , Napoléon le charge, après la bataille de Ligny, de rejeter et de poursuivre avec 30 000 hommes, 100 000 Prussiens. Une mission quasi-impossible. Il ne réussit à retenir que les 25 000 hommes de Thielmann pendant que les autres divisions parviennent à déboucher sur le champ de bataille de Waterloo… Grouchy sauve néanmoins une partie de l’armée française en organisant son repli en bon ordre en direction de Namur et dans des conditions difficiles. Il parviendra à Reims sans avoir connu aucune perte. Après la chute de l’Empire, il doit quitter la France et s’embarque pour les États-Unis. Grouchy en retrouve son pays qu’en 1821. Il s’éteint en 1847.

Son attitude durant la journée du 18 juin 1815 a été longuement et vivement discutée. Refusant de marcher au canon comme le lui indiquait le général Gérard, Grouchy fit preuve d’une passivité incompréhensible, malgré l’envoi d’un message de Napoléon lui ordonnant de se rapprocher du dispositif français. Napoléon déclara à Sainte-Hélène : « … sur ma droite, les manœuvres inouïes de Grouchy, au lieu de me garantir une victoire certaine, ont consommé ma perte et précipité la France dans le gouffre ».

C.B.

 

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( 30 octobre, 2018 )

La CAMPAGNE de RUSSIE vue par le baron FAIN…(2)

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Wilna, 2 juillet 1812.

Ton frère t’écrira, sa position devient chaque jour meilleure, mais il est loin de se douter de ce qu’il y a de plus heureux dans sa position. Son bonheur c’est d’être seul de sa bande et de n’avoir pas à passer le jour et la nuit avec des originaux à poitrines étroites dont la petite jalousie nous entrave sans cesse par mille fils qu’il faut casser si l’on veut débarrasser ses jambes et marcher.  Voilà sept ans que je casse des fils pour parvenir à servir l’Empereur comme je le dois et c’est bien fatigant. 

Bichen-Kowitschi, 25 juillet 1812.

Je t’écris des bords de la Dvina. C’est une rivière de la largeur de la Marne. Depuis le Niémen jusqu’ici nous avons traversé les provinces polonaises que les derniers partages avaient fait tomber au pouvoir de la Russie.Ce qui en ce moment embellit à nos yeux les rues de la Dvina, c’est la jolie maison de Mme Kreptowitz, où nous venons nous loger. Cette dame s’est sauvée chez les Russes dès qu’elle a vu nos premières vedettes. Nous avons trouvé la maison comme elle l’a laissé ; les lits des enfants à moitié défaits, des dessins commencés, un solfège encore ouvert sur le piano, des roses encore toutes fraîches dans les vases du salon, un mobilier d’une propreté admirable. C’est la simplicité anglaise dans toute son élégance ! Ne prends-tu pas une vive part à la peine que cette pauvre dame a dû avoir en se voyant obligée d’abandonner ce charmant séjour ? Mais aussi pourquoi nous fuir ?

Witepsk, 1er août 1812. 

…Nous ne sommes plus qu’à quinze lieues du Borysthène, ancienne limite de l’Europe et de l’Asie.

Witepsk, 8 août 1812.

Tes lettres sont bien courtes. Mon père lui-même m’écrit d’une manière bien abrégée. Vous vous imaginez tous que parce que je suis à sept cent lieues [environ 2800 kilomètres] de vous il n’y a plus rien à me dire. C’est tout le contraire. Quand on est à sept cents lieues des siens, les moindres détails intéressent. Cette ville de Witepsk d’où je t’écris c’est encore qu’une peuplade de juifs. Qui a vu un juif polonais en a vu dix mille. 

Au camp sous Smolensk, 18 août 1812. 

Depuis Witepsk, je n’ai pas quitté l’Empereur et j’ai passé toutes les nuits sous la tente…

Smolensk, 20 août 1812.

Nous sommes donc entrés dans la ville. Je me suis assis sur une chaise.

J’écris sur une table, je suis dans une maison, cela vaut toujours  mieux que d’être à la belle étoile et voilà huit jours que nous y étions. Malheureusement nous sommes entrés dans cette pauvre ville au milieu des flammes. Et il nous tarde de la quitter pour être plus tôt à Moscou. J’ai reçu ta lettre du 5 août. 

Smolensk, 24 août 1812. 

Nous faisons nos paquets pour nous remettre en route ; d’ici à Moscou nous aurons bien des bivouacs.

A suivre… 

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( 28 octobre, 2018 )

La CAMPAGNE de RUSSIE vue par le BARON FAIN…(1)

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Après avoir diffusé ici, sur mon « Estafette », le récit du Baron Fain sur la campagne d’Austerlitz, sur celle d’Allemagne et enfin sur la campagne de France, le tout à travers la correspondance adressée à son épouse, voici la partie touchant à la mémorable campagne de Russie. Elle fut diffusée la première fois en 1961 dans la « Revue de l’Institut Napoléon ». 

C.B. 

Wurtzbourg, le 13 mai 1812. 

Après t’avoir quittée j’ai fait halte à Châlons chez le préfet, à Metz, chez le préfet (M. de Vaublanc) : à Mayence, chez le préfet (mon vieil ami Jeanbon Saint-André) et c’est ainsi que de préfet en préfet je me suis trouvé transporté jusqu’à la frontière. Je devançais l’Empereur, j’ai fait le service du Cabinet à son arrivée à Mayence ; Méneval étant ensuite arrivé, le Grand-Écuyer [Caulaincourt] m’a fait reprendre les devants, et l’on m’a roulé successivement à Aschaffenbourg et Wurtzbourg. Je t’écris de cette dernière ville en attendant avec impatience l’ordre de partir pour Dresde où je dois enfin trouver de tes nouvelles. 

Dresde, 19 mai 1812. 

Je n’ai précédé l’Empereur que de quelques heures… Nous sommes ici dans de grands galas. Nous logeons au palais du Roi de Saxe qui reçoit à la fois l’Empereur de France et celui d’Autriche.Jamais palais d’Allemagne n’a été ni plus encombré ni plus animé ; faute de place, nous a mis Méneval et moi chez le concierge du château. 

Dresde, 26 mai 1812. 

Hier, j’ai profité de l’absence de l’Empereur qui a été chassé dans les environs. J’ai vu cette fameuse Galerie de tableaux ; c’est très beau, du reste tout est ici de troisième classe, la capitale est en proportion avec le royaume. Je n’ai vu Dresde que très imparfaitement, mais je m’en console car mes idées ne sont pas là. Je vais partir à trois heures pour continuer le voyage. Ce n’est pas tout d’avoir la Pologne à traverser, il nous restera encore bien d’autre chemin à faire. 

Posen, 1er juin 1812.

Cette fois la campagne ne nous paraît pas si laide. Quelle différence si nous nous rappelons notre hideuse entrée en 1806 ! Mais aussi nous sommes au printemps et notre arrivée à Nuiseris avait lieur par les neiges du mois de décembre.Aujourd’hui le pays est couvert de verdure, il fait beau temps et l’œil peut distinguer çà et là des habitation que, l’hiver, on ne peut pas même soupçonner. Quant au chemin, il n’y a plus d’accidents et d’embourbements à te raconter.

Dantzick, 8 juin 1812. 

Il y  a aujourd’hui un mois que nous nous sommes quittés. Après avoir été de l’avant-garde pendant la première partie de ce voyage avec M. de Ponthon, pour camarade, on me fait changer d’allure et passer à l’arrière-garde, avec M. [Bacler]d’Albe. Aujourd’hui me voici du centre avec Méneval. T’ai-je dit que j’ai perdu mon cheval et comment ? C’est par un coup du ciel, il paraît que le tonnerre a frappé le conducteur et dispersé mes chevaux… Ainsi pour mon compte la part du malheur est faite.

Koenigsberg, 13 juin  1812. 

Nous ne sommes plus qu’à très peu de distance de la frontière russe et d’un moment à l’autre nous allons nous trouver dans les forêts de la Lithuanie [Lituanie]. Méneval est tombé malade de la fièvre à Dantzick, nous n’avons pas pu l’emmener avec nous. Nous voici donc encore une fois dans ce pays, comme j’y étais, il y a cinq ans à la fameuse époque de Friedland, faisant tout seul le service du Cabinet par suite d’une semblable maladie arrivée à mon cher confrère. Pour moi ma santé est meilleure que jamais.  Il me semble qu’on eût voulu l’assurer encore davantage en me donnant le docteur Yvan pour compagnon de voyage. 

Gumbinen, 20 juin 1812. 

Méneval n’a eu qu’un accès éphémère ; il vient de nous rejoindre. 

Kowno, 25 juin 1812. 

Nous voici en Russie. Nous venons de passer le Niémen ; la ville d’où je t’écris est sur l’autre bord. 

Wilna, 28 juin 1812.

Je t’écris d’une ville où l’Empereur de Russie était avant-hier avec toute sa cour. Aujourd’hui il court les grandes routes ne sachant où rallier son armée qui est toute disloquée. Quel revers ! Il est d’autant plus étrange qu’il n’y a pas eu de bataille. Il a suffi de quelques fausses mesures prises par MM. les Russes et quelques marches habiles exécutées de notre côté. J’ai beaucoup de fatigue, mais je suis content, car je ne quitte pas l’Empereur. On voulait bien m’écarter encore [Méneval, par jalousie sans doute], mais cette fois cela n’a pas réussi. L’Empereur lui-même s’est expliqué et sa bonté se signale doublement en ordonnant au plus faible de rester derrière au plus fort de ne pas quitter sa personne. Nous somme ici à cinq cent trente lieues de Paris [environ 2120 km]. Ton frère [E.L.F. Le Lorgne d’Ideville (1780-1812) maîtrisant la langue russe il deviendra secrétaire-interprète de l’Empereur] commence à faire merveille avec son russe. L’Empereur parle de se l’attacher. 

A suivre…

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( 28 octobre, 2018 )

« Ah si IL revenait !.. »

Sur cette gravure de Charlet (datant des années 1820) ce sergent revenu à ses occupations domestiques, semble méditer sur son sort; se souvenir des heures glorieuses de l’Epopée… Remarquez sa Légion d’honneur, et, au-dessus de sa tête, dans une niche, une statuette de Napoléon. Et le chien qui regarde son maître…

Ah ! Si IL revenait... !

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( 27 octobre, 2018 )

Depuis son exil elbois, l’Empereur pense à la France…

Napoléon

« De l’île d’Elbe, Napoléon tourne donc les yeux vers la France et non vers l’Italie. Voilà pourquoi il avait opté pour l’île d’Elbe, et non pour la Corse.  La Corse c’était pourtant sa patrie : il ne parlait d’elle qu’avec la plus vive émotion; il assurait que l’odeur de la terre corse, cette odeur aromatique qui s’exhale des plantes et des arbustes de la montagne, lui causait une sorte d’enivrement, qu’il n’avait nulle part retrouvé cette odeur, qu’elle eût suffi, s’il avait fermé les yeux, pour lui faire deviner le sol du pays natal. Retiré dans l’île de Corse, comme dans une imposante forteresse, il aurait bravé toute surprise, tout enlèvement, et c’est là qu’il projetait [projeta] de fuir après Waterloo;  c’est là qu’il comptait trouver un asile s’il ne pouvait, en mars 1815, atteindre le rivage de Provence. Pourquoi donc avait-il à Fontainebleau dédaigné la Corse ? Parce qu’aller en Corse, c’était finir où il avait commencé; c’était revenir au gîte pour y mourir ; c’était se terrer et s’enterrer. En Corse, il aurait pris goût à la vie de roitelet ; il eût marié Drouot à une cousine Paravicini dont il vantait la dot, 300.000 francs en oliviers !  II préféra l’île d’Elbe: de là, il épiait les Bourbons; de là, il observait cette France qu’il ne désespérait pas de reprendre et de gouverner. Déjà, au mois d’avril [1814], à Fontainebleau, dans un entretien avec le général comte Gérard, il lâchait ce mot: « Je reviendrai plus tôt qu’on ne pense « . Déjà, le 24 avril, le commissaire russe Schouvalov qui l’accompagna jusqu’à Fréjus, écrivait qu’il ne renonçait pas à ses projets, qu’il pensait être au bout de quelque temps redemandé par les Français, qu’il avait des partisans qui travaillaient pour lui. Déjà, sur le pont de L’Indompté qui le portait à l’île d’Elbe, il disait que Bourbons et bourbonistes se livraient à la joie parce qu’ils retrouvaient leurs châteaux et leurs terres, mais que, s’ils mécontentaient le peuple, ils seraient chassés avant six mois. Huit jours après avoir touché le sol elbois, il exprimait la même idée: « Que les Alliés regagnent la frontière, et les Français ne se tiendront pas tranquilles; je ne leur donne pas six mois de patience. » Devant Campbell et le général autrichien Kohler, il tenait de semblables propos : les Bourbons ne convenaient pas au pays ; ils n’avaient pour eux que quelques perruques, quelques personnages sans influence qui leur feraient par leurs ridicules prétentions plus de mal que de bien; ils auraient dû prendre la France, telle qu’il la leur laissait, avec ses institutions et ses habitudes nationales, au lieu de l’affubler de vieux vêtements qui n’étaient  plus à sa taille. « Qu’éclate une tempête révolutionnaire, s’écriait l’Empereur, Louis XVIII ira retrouver ses amis les ennemis ! » Il avait la conviction que le comte d’Artois [le futur Charles X] perdrait son frère. Sans doute, remarquait-il, « le Roi est éclairé et il a de l’esprit, plus d’esprit que Louis XVI; il n’a qu’à changer les draps et à se mettre dans mon lit : je le lui ai fait assez beau. Mais il aurait dû revenir le premier ou, mieux encore, revenir seul. Le comte d’Artois gâtera tout. »

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.75-78)

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( 26 octobre, 2018 )

Un LIVRE à LIRE (ou à RELIRE) !

Un LIVRE à LIRE (ou à RELIRE) ! dans HORS-SERIE napoleon

Voici un livre excellent, que je viens de relire. Paru en 2002, Dominique JAMET, fameux journaliste et homme de lettres, y prend la défense de l’Empereur. Point par point, avançant ses pions tel un stratège, étayant ses assertions par de solides arguments, JAMET place ceux qui veulent réécrire l’histoire napoléonienne devant leurs propres calomnies. « Voir l’Histoire en général, et celle-ci en particulier avec les yeux d’un Henri Guillemin, par exemple, c’est la réduire à une suite d’intrigues médiocres, manœuvres obliques et de calculs sordides, c’est tout rabaisser, tout salir, tout avilir », déclare JAMET au début de son ouvrage. Le ton est donné et il ne changera pas.

Ainsi plus loin: « On parle toujours des « guerres de Napoléon » et des centaines de milliers, voire du million d’hommes que sa folle ambition aurait menés à la mort, comme s’il avait été de bout en bout l’unique responsable des conflits, le seul fauteur de guerre. On serait  mieux fondé à remettre en vigueur l’expression de « guerres de coalition » et à évoquer le nombre au moins équivalent de leurs sujets que les rois de l’Europe coalisée ont équipés, armés, enrégimentés avec l’argent anglais et fait périr dans mes combats pour le rétablissement de l’ordre ancien et le plus grand profit de l’Angleterre. »

Ce livre est une petite merveille à faire connaître aux anti-napoléoniens, ou du moins, à garder près de soi.

C.B.

Dominique JAMET, « Napoléon », Collection « Si j’avais défendu », Plon, 2002, 212 pages.

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( 25 octobre, 2018 )

Une conversation de lord Ebrington avec Napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe.

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On sait, notamment par Pons, que l’Empereur reçut la visite de plusieurs sujets britanniques à l’île d’Elbe. Lord Ebrington eut l’honneur de rencontrer Napoléon par deux fois ; la première de ces entrevues eut lieu le 6 décembre 1814 ; une autre suivra quelques jours plus tard, le 8 décembre. Lord Ebrington sera alors  invité par l’Empereur à partager son dîner. Son récit de cette première entrevue fut reproduit dans l’ouvrage qu’Amédée Pichot a consacré à la période des Cent-Jours (publié en 1873 ).

C.B. 

« Je voyageais en Italie ; je ne voulais pas retourner en Angleterre sans être à l’île d’Elbe, pour tâcher d’y voir l’homme le plus extraordinaire de tous les temps », écrit au début de son texte Lord Ebrington, avant de poursuivre : « Je  fus bien accueilli par Napoléon, et j’ai eu avec lui deux conversations de plusieurs heures. A l’issue de ces entretiens, je ne suis hâté de prendre note de ce qu’il m’avait dit de plus remarquable. Ce fut le 6 décembre 1814 à huit heures du soir, heure indiquée par la lettre de rendez-vous que le grand-maréchal [le général Bertrand] m’avait adressée, que je me présentai au palais de Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Après avoir attendu quelques instants dans le salon de service, je fus introduit dans la pièce où se trouvait l’Empereur.  Il me fit d‘abord quelques questions sur moi, sur ma famille, etc. ; puis, s’interrompant vivement, il me dit : « Vous venez de la France ; dites-moi franchement, sont-ilscontents ?- Comme cela, répondis-je.- Cela ne peut-être autrement, reprit-il. Ils ont été trop humiliés par la paix. La nomination du duc de Wellington au poste d’ambassadeur a dû paraître injurieuse à l’armée, ainsi que les attentions particulières que le roi lui témoigne. Si lord Wellington fût  venu à Paris comme voyageur, je me serais fait un plaisir d’avoir pour lui les égards dus à son grand mérite, mais je n’aurais pas été content que vous me l’envoyassiez comme ambassadeur. Il aurait fallu aux Bourbons une femme jeune, jolie et spirituelle pour captiver les français ; c’eut été l’ange de la paix. Ils ont laissé trop prendre d’influence aux prêtres ; et l’on m’a dit que le duc de Berri avait dernièrement, fait bien des fautes. Ils ont eu le malheur de signer la paix à des conditions que je n’aurais jamais consenties. Ils ont abandonné  la Belgique, que la nation s’était habituée à considérer comme faisant partie intégrale de la France. Vous aviez assez gagné à la paix, en assurant votre repos intérieur, en faisant reconnaître votre souveraineté dans l’Inde et en mettant les Bourbons à ma place. La meilleure chose pour l’Angleterre eût été sans doute la partage de la France ; mais, tandis que vous lui avez laissé tous les moyens de redevenir formidable, vous avez en même temps humilié la vanité de tous les français, et fait naître des sentiments d’irritation qui, s’ils ne peuvent pas s’exercer dans quelque contestation extérieure, produiront tout au tard une évolution et la guerre civile. Au reste, ajouta-t-il, ce n’est point de la France que l’on me mande tout cela, car je n’ai de nouvelles que par les gazettes ou les voyageurs. Mais je connais bien le caractère du français ; il n’est pas orgueilleux comme l’Anglais, mais il est beaucoup plus glorieux.  La vanité est, pour lui, le principe de tout, et  sa vanité le rend capable de tout entreprendre.  Les soldats m’étaient naturellement attachés ; j’étais leur camarade. J’avais remporté des succès avec eux, et ils savaient que je les récompensais bien ; ils sentent aujourd’hui qu’ils ne sont plus rien. Ii y a en France à présent 700 000 hommes qui ont porté les armes ; et les dernières campagnes n’ont servi qu’à leur montrer combien ils sont supérieurs à leurs ennemis. Ils rendent justice à la valeur de vos troupes, mais ils méprisent tout cela. ». 

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( 24 octobre, 2018 )

MALOJAROSLAVETS, 24 OCTOBRE 1812…

« Après quelques escarmouches, notre premier combat fût, à trente lieues de Moscou, à Malojaroslavets, tout à l’honneur du prince Eugène qui, avec le 4ème corps (20.000 Français et Italiens) battit les 90.000 russes de Koutousov. Les compagnies d’élite de mon régiment (7ème léger) firent seules le coup de feu, le reste du régiment manœuvra toute la journée. Le soir, nous étions au bivouac, sur la route de Kalouga. Pendant la nuit, le cheval d’un cantinier s’échappa, en entraîna beaucoup d’autres. Panique épouvantable, au milieu de laquelle les généraux eux-mêmes couraient après leur monture ; les faisceaux furent renversés, beaucoup d’hommes blessés, ou brûlés en tombant dans les feux de bivouac. Toutes les grand’gardes et les premières lignes prirent les armes, les russes, en face de nous, en firent autant, et nous dûmes passer le reste de la nuit l’arme au pied, sac au dos, sans pouvoir jouir d’une heure de sommeil dont nous avions tant besoin. Le 25 octobre, dans la journée, nous revînmes sur la route de Smolensk. Le 1er corps prit à cette date l’arrière-garde, et le 7ème léger marcha à l’extrême gauche, tâche dure et périlleuse. »

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillies et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils [1ère édition en 1909]. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.139-140).

« Gouvernement de Kalouga, Borovsk, le 27 octobre 1812.

… Les Russes ont été refoulés jusqu’à Malojaroslavets. Leurs positions bien défendues ont été enlevées à la baïonnette. La ville a été prise et huit mille [d’entre eux]ont été tués ou mis hors de combat. L’affaire a été très meurtrière, elle a duré soixante heures. Après cet adieu rien moins que fraternel, S.M. a fait volteface pour prendre la route de Vereja où nous arriverons ce soir, et nous continuerons successivement notre retraite sur Minsk ou sur Vilna. L’armée russe n’inquiète pas notre marche. Les cosaques nous suivent et font de temps en temps quelques houras. Mais on les surveille. Je t’écris au bivouac dans ma voiture, les chevaux attelés et attendant à tout moment l’ordre de nous mettre en route…

Dans la nuit du 23 [septembre 1812] au 24 (septembre 1812], on a fait sauter dans Moscou les principaux édifices qui restaient édifices qui restaient sur pied. Ce sont de justes représailles des actes de férocité dont les Russes se sont rendus coupable. J’ai vu à Moscou Madame Aurore Bursey, directrice de la comédie française. Elle m’a chargé de te dire bien des choses. Elle n’a pas la langue dans sa poche. »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, pp.107-108. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

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( 23 octobre, 2018 )

23 octobre 1809…

Staps

« Un jeune homme, égaré par un amour aveugle de la patrie, forma le dessein de la délivrer de celui qu’il regardait comme la cause de ses maux. Il se présenta à Schönbrunn le 23 octobre, pendant que les troupes défilaient j’étais de service; Napoléon était placé entre le prince de Neufchâtel [Maréchal Berthier] et moi. Ce jeune homme, nommé St… [Staps] s’avança vers l’Empereur; Berthier, s’imaginant qu’il venait présenter une pétition, se mit au-devant et lui dit de me la remettre; il répondit qu’il voulait parler à Napoléon on lui dit encore que, s’il avait quelques communications à faire il fallait qu’il s’adressât à l’aide-de-camp de service. Il se retira quelques pas en arrière, en répétant qu’il ne voulait parler qu’à Napoléon. Il s’avança de nouveau et s’approcha de très près je l’éloignai, et lui dis en allemand qu’il eût à se retirer que, s’il avait quelque chose à demander, on l’écouterait après la parade. Il avait la main droite enfoncée dans la poche de côté, sous sa redingote; il tenait un papier dont l’extrémité était en évidence. Il me regarda avec des yeux qui me frappèrent son air décidé me donna des soupçons j’appelai un officier de gendarmerie qui se trouvait là je le fis arrêter et conduire au château. Tout le monde était occupé de la parade; personne ne s’en aperçut. On vint bientôt m’annoncer qu’on avait trouvé un énorme couteau de cuisine sur St… je prévins Duroc; nous nous rendîmes tous au lieu où il avait été conduit. Il était assis sur un lit où il avait étalé le portrait d’une jeune femme, son portefeuille, et une bourse qui contenait quelques vieux louis d’or.

Je lui demandai son nom. «Je ne puis le dire qu’à Napoléon. -Quel usage vouliez-vous faire de ce couteau? Je ne puis le dire qu’à Napoléon. Vouliez-vous vous en servir pour attenter à sa vie ? Oui, monsieur. Pourquoi ? –Je ne le puis dire qu’à lui seul. »

J’allai prévenir l’empereur de cet étrange événement il me dit de faire amener ce jeune homme dans son cabinet je transmis ses ordres et je remontai. Il était avec Bernadotte, Berthier, Savary et Duroc. Deux gendarmes amenèrent St… [Staps] les mains liées derrière le dos il était calme; la présence de Napoléon ne lui fit pas la moindre impression; il le salua cependant d’une manière respectueuse. L’Empereur lui demanda s’il parlait français; il répondit avec assurance :« Très peu » Napoléon me chargea de lui faire en son nom les questions suivantes

«D’où êtes-vous? – De Naumbourg.- Qu’est votre père? –Ministre protestant. Quel âge avez-vous ? Dix-huit ans. Que vouliez-vous faire de votre couteau? Vous tuer. Vous êtes fou, jeune homme; vous êtes illuminé. Je ne suis pas fou; je ne sais ce que c’est qu’illuminé. -Vous êtes donc malade ? Je ne suis pas malade, je me porte bien. Pourquoi vouliez-vous me tuer ? Parce que vous faites le malheur de mon pays.-Vous ai-je fait quelque mal ? Comme à tous les Allemands. Par qui êtes-vous envoyé ? Qui vous pousse à ce crime ? – Personne, c’est l’intime conviction qu’en vous tuant je rendrai le plus grand service à mon pays et à l’Europe, qui m’a mis les armes à la main. Est-ce la première fois que vous me voyez ? Je vous ai vu à Erfurt lors de l’entrevue. – N’avez-vous pas eu l’intention de me tuer alors ? Non, je croyais que vous ne feriez plus la guerre à l’Allemagne; j’étais un de vos plus grands admirateurs. Depuis

Quand êtes-vous à Vienne ? Depuis dix jours.– Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour exécuter votre projet ? Je suis venu à Schönbrunn il y a huit jours avec l’intention de vous tuer; mais la parade venait de finir, j’avais remis l’exécution de mon dessein à aujourd’hui. Vous êtes fou, vous dis-je, ou vous êtes malade. Ni l’un ni l’autre. Qu’on fasse venir Corvisart. Qu’est-ce que Corvisart ? -C’est un médecin, lui répondis-je. – Je n’en ai pas besoin. Nous restâmes sans rien dire jusqu’à l’arrivée du docteur; St. était impassible. Corvisart arriva; Napoléon lui dit de tâter le pouls du jeune homme, il le fit.  N’est-ce pas, Monsieur, que je ne suis point malade ? - Monsieur se porte bien, répondit le docteur en s’adressant à l’Empereur. – Je vous l’avais bien » dit, reprit St… [Staps] avec une sorte de satisfaction.»

Napoléon, embarrassé de tant d’assurance, recommença ses questions.

« Vous avez une tête exaltée, vous ferez la perte de votre famille. Je vous accorderai la vie, si vous demandez pardon du crime que vous avez voulu commettre, et dont vous devez être fâché. Je ne veux pas de pardon. J’éprouve le plus vif regret de n’avoir pu réussir. – Diable! Il paraît qu’un crime n’est rien pour vous ? – Vous tuer n’est pas un crime, c’est un devoir. – .Quel est ce portrait qu’on a trouvé sur vous ? – Celui d’une jeune personne que j’aime. Elle sera bien affligée de votre aventure Elle sera affligée de ce que je n’ai pas réussi; elle vous abhorre autant que moi. Mais enfin si je vous fais grâce, m’en saurez- vous gré? – Je ne vous en tuerai pas moins. »

Napoléon fut stupéfait. Il donna ordre d’emmener le prisonnier. Il s’entretint quelque temps avec nous, et parla beaucoup d’illuminés. Le

soir il me fit demander et me dit :« Savez-vous que l’événement d’aujourd’hui est extraordinaire. Il y a dans tout cela des menées de Berlin et de Weimar. » Je repoussai ces soupçons. Mais les femmes sont capables de tout. Ni hommes ni femmes de ces deux cours ne concevront jamais de projet aussi atroce. Voyez leur affaire de Schill. Elle n’a rien de commun avec un pareil crime. -Vous avez beau dire, Monsieur le général; on ne m’aime ni à Berlin ni à Weimar. Cela n’est pas douteux mais pouvez-vous prétendre qu’on vous aime dans ces deux cours ? Et parce qu’on ne vous aime pas, faut-il vous assassiner ?» Il communiqua les mêmes soupçons à

Napoléon me donna l’ordre d’écrire au général Lauer d’interroger St…[Staps] afin d’en tirer quelque révélation. Il n’en fit point. Il soutint que c’était de son propre mouvement et sans aucune suggestion étrangère qu’il avait conçu son dessein. Le départ de Schönbrunn était fixé au 27 octobre. Napoléon se leva à cinq heures du matin et me fit appeler. Nous allâmes à pied sur la grande route voir passer la Garde impériale, qui partait pour la France. Nous étions seuls. Napoléon me parla encore de St… [Staps] : « II n’y a pas d’exemple qu’un jeune homme de cet âge, Allemand, protestant, et bien élevé, ait voulu commettre un pareil crime. Sachez comment il est mort

Une pluie abondante nous fit rentrer. J’écrivis au général Lauer de nous donner des détails à ce sujet. Il me répondit que St…[Staps] avait été exécuté à sept heures du matin, 27, sans avoir rien pris depuis le jeudi 24 qu’on lui avait offert à manger; qu’il avait refusé, attendu, disait- il, qu’il lui restait encore assez de force pour marcher au supplice. On lui annonça que la paix était faite; cette nouvelle le fit tressaillir.

Son dernier cri fut : » Vive la liberté ! vive l’Allemagne mort à son tyran ! »Je remis ce rapport à Napoléon. Il me chargea de garder le couteau, que j’ai chez moi. »

 

(« Mémoires » du général RAPP, Bossange frères, 1823, pp.142-147).

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( 22 octobre, 2018 )

Une lettre du général Van Hogendorp à l’Empereur.

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J’ai publié précédemment sur ce Blog, une notice sur la figure méconnue du général Hogendorp, assortie de 2 lettres adressées par Berthier à ce même officier. Voici une nouvelle lettre que le général Hollandais adressa à Napoléon. 

C.B. 

Le général Hollandais Van Hogendorp, aide-de-camp de l’Empereur, nommé gouverneur général de la Lituanie, retrace à ce dernier dans cette lettre du 22 novembre 1812, les mesures qu’il prit à la nouvelle de la prise de Minsk. Cette nouvelle « a fait à Vilna une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes » ; nombre de fuyards, soldats et paysans, sont arrivés en grand nombre et la ville est terriblement encombrée. Mais Van Hogendorp fait sonner très haut l’arrivée des renforts destinés la Grande-Armée, et notamment de deux régiments de cavalerie napolitaine qui dit-il dans cette lettre, avaient une magnifique tenue. 

A.CHUQUET 

Vilna, 22 novembre 1812.  Sire, quand je reçus la nouvelle inopinée que M. le général Bronikowski avait abandonné Minsk sans faire aucune résistance, il y avait des troupes en route de Vilna pour aller rejoindre l’armée. Je pris d’abord le parti d’envoyer des officiers pour leur faire faire halte à Oschmania, et je chargeai M. l’adjudant commandant d’Albignac qui venait d’arriver, d’aller les rassembler pour en prendre le commandement et prendre une position jusque vers Smorgoni pour, de là, observer l’ennemi, prendre des information, envoyer des patrouilles et des reconnaissances en avant, et à droite, et à gauche, et, s’il se trouvait que l’ennemi n’était pas en force, avancer sur la route de Minsk avec beaucoup de prudence, aussi loin qu’il pourra venir, afin de pouvoir, dès que l’ennemi se retire, y rentrer et amener les détachements de marche qu’il a avec lui à l’armée et, en cas contraire, que l’ennemi se montrât en force et les menaçât, de se replier et de revenir à Vilna.  J’ai l’honneur de présenter ci-joint à Votre Majesté la situation des troupes de marches qui se trouvent réunies sous les ordres de M. d’Albignac à qui j’ai recommandé la plus grande prudence et circonspection, vu que, d’après les ordres de V.M ., ces corps de marche ne doivent pas être menés contre l’ennemi. Mais, pour ceux-ci, ils se trouvaient déjà en marche pour aller rejoindre leurs régiments sur Vilna où toute la 24ème division ca être réunies avec plusieurs régiments de cavalerie ou autres corps de marche et où se trouvent arrivés déjà, depuis quelques jours, les deux régiments de cavalerie napolitaine de la garde royale qui sont arrivés ici en très bon état, ayant perdu très peu d’hommes et de chevaux en route. Je les ai vus hier à cheval, et je puis assurer Votre Majesté qu’ils sont dans le plus bel ordre et ont la plus belle tenue. Hier, les six premiers bataillons de la 34ème  division sont arrivés, et aujourd’hui il en arrive encore cinq. Les deux autres suivront de près avec l’artillerie de la division qui est partie le 16 novembre de Koenigsberg, et les vélites à pied de la garde napolitaine en sont partis le 18. L’évacuation de Minsk a fait ici une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes. J’ai tâché de calmer et de tranquilliser les esprits par ma contenance et en faisant voir que jamais je ne penserais à évacuer ma place. J’ai aussi fait sonner fort haut l’arrivée prochaine de la 33ème division, et d’un corps de 12.000 Bavarois qui arriveront par Varsovie et Grodno, surtout en donnant partout des ordres pour faire fournir les subsistances et les fourrages pour ces différents corps. La prise de Minsk a fait refluer un nombre considérable de troupes débandées du corps battu du général Kossecki, de blessés, de soldats isolés, d’habitants de la campagne, et femmes et enfants, fuyant, saisis de terreur panique, vers Vilna. Ce qui, avec le nombre considérable de troupes qui s’y trouvent, fait un encombrement terrible et nous donne beaucoup de peine pour entretenir le bon ordre et la tranquillité. Cependant, j’ose donner l’assurance à Votre majesté que je saurai maintenir l’ordre et le bon esprit tant parmi les troupes que parmi les habitants, et qu’en tout cas, j’espère me montrer digne de la confiance dont elle a daigné m’honorer en me nommant à cette place. Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le plus humble, le plus obéissant et le plus fidèle sujet. 

Le comte de HOGENDORP. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet  intitulé « Lettres de 1812. 1ère série [seul volume paru] », Paris, Champion, 1911, pp. 234-237. 

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( 21 octobre, 2018 )

Une lettre du maréchal Berthier au maréchal Ney [à propos de la bataille de Malojaroslavets]

Berthier retrace dans cette lettre la bataille de Malojaroslavets, et il annonce à Ney que l’Empereur se décide à faire sa retraite par Mojaïsk et Viazma : le duc d’Elchingen devra donc se rendre à Vereia avec tous les parcs qui sont à Borovsk, et de Vereia à Mojaïsk.

Arthur CHUQUET.

Au bivouac près Malojaroslavets, 26 octobre 1812, 10 h. 1/2 du matin.

Monsieur le maréchal, l’ennemi a évacué son camp retranché. Il a détaché un corps de deux divisions pour occuper Borovsk. Mais ce corps a été prévenu par le vice-roi. L’ennemi, alors, s’est porté sur Malojaroslavets. Le vice-roi est arrivé le 24 au soir aux maisons de ce côté-ci de la rivière, tandis que l’ennemi arrivait et s’emparait des couvents et des hauteurs de l’autre côté. Ce qui a donné lieu à un combat très vif pendant la journée du25. L’armée ennemie est arrivée et a engagé plusieurs divisions. Le vice-roi seul s’est engagé, soutenu du prince d’Eckmühl. L’ennemi a perdu 7 à 8.000 hommes dans la journée du 25. Le prince d’Eckmühl a débouché et les armées se sont tenues en présence. Ce matin, on s’attendait à une affaire; mais l’ennemi s’est mis en retraite et déjà il est à quelques lieues de la ville. L’intention de l’Empereur est de regagner Viazma par Vereia et Mojaïsk, afin de profiter de ce qui reste de beaux jours, de gagner deux ou trois marches sur la cavalerie légère de l’ennemi qui est très nombreuse, et de prendre enfin des quartiers d’hiver après une campagne si active. Sa Majesté ordonne en conséquence, monsieur le duc, que vous dirigiez sans délai sur Vereia, et de là sur Mojaïsk, sous l’escorte d’une de vos divisions, tous les bagages qui sont à Borovsk, le trésor, le quartier- général de l’intendance, les équipages militaires, les parcs de l’artillerie de l’armée. Vous ferez l’arrière-garde de ce convoi avec vos autres divisions et vous laisserez des troupes à Borovsk jusqu’à ce qu’elles soient relevées par la division Morand. De Vereia vous vous dirigerez sur Mojaïsk de manière à arriver avec le convoi demain. Vous trouverez à Vereia le prince Poniatowski et le duc de Trévise. Le prince Poniatowski recevra des ordres pour son mouvement; mais il aura déjà fait filer ses bagages sur Mojaïsk. L’Empereur sera ce soir entre Vereia et Borovsk. Le vice-roi sera vraisemblablement à Borovsk. Le prince d’Eckmühl marchera en retraite cette nuit pour être dans la journée de demain à Borovsk.

Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp.38-39).

Une lettre du maréchal Berthier au maréchal Ney [à propos de la bataille de Malojaroslavets] dans TEMOIGNAGES Malo

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( 21 octobre, 2018 )

Les maux de la Grande-Armée en 1812.

Les maux de la Grande-Armée en 1812. dans TEMOIGNAGES campagne-1812

« Pendant la retraite, nous remarquâmes outre la diarrhée, le typhus et la fièvre lente, qui ne cessaient d’exercer de grands ravages, une violente ophtalmie, par laquelle plusieurs de nos militaires devinrent aveugles. Cette ophtalmie était produite par l’aspect continuel des neiges, la privation du sommeil et la fumée des bivouacs ; causes qui déterminèrent chez nous tous une rougeur ou inflammation des paupières. Beaucoup de nos hommes furent atteints d’amblyopie et même d’amaurose, par suite d’épuisement de l’incitabilité de la rétine, occasionné par la blancheur éclatante de la neige, réfléchissant fortement les rayons lumineux. »

Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Edité par un Demi-Solde, 2011, p.168. L’auteur était lors de cette campagne, médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (maréchal Ney). 

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( 20 octobre, 2018 )

« Schulmeister contre Schulmeister ». Un épisode de « Schulmeister, espion de l’Empereur »…

Schulmeister

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( 20 octobre, 2018 )

JERZMANOWSKI : un POLONAIS au SERVICE de la FRANCE…

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Jan Pawel Jerzmanowski naît le 25 juin 1779 à Podkielecki (Pologne). En l’an VII, il s’engage dans la Légion du Danube et prend part à la campagne d’Allemagne. Ses qualités lui permettent de passer sous-lieutenant le 1er vendémiaire an VIII (23 septembre 1800) puis lieutenant le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).Il devient aide-de-camp du général Ordener en l’an XII et combat à Hollabrünn et Austerlitz. Le 24 juillet 1806, il passe au service du général Duroc qu’il accompagne dans les campagnes de Pologne et de Prusse. Le 7 avril 1807, il est nommé capitaine dans le Régiment des chevau-légers de la Garde et participe à la campagne d’Espagne, d’Autriche en 1809, reçoit une blessure à Wagram, et aux campagnes d’Espagne et du Portugal de 1810 et 1811.Il devient chevalier de la Légion d’honneur le 10 mars 1809, chevalier de l’Empire le 15 mars 1810 et chef d’escadrons le 17 février 1811.Avec ce grade, il prend part à la campagne de Russie en 1812 et à celle d’Allemagne en 1813, où il se distingue à Dresde et à Leipzig ce qui lui vaut d’être élevé aux rangs d’officier de la Légion d’honneur le 14 avril 1813, de baron de l’Empire le 16 août 1813 et chevalier de l’ordre de la Réunion le 28 novembre 1813.

En 1814, il participe à la campagne de France et passe major. Après l’abdication, il accompagne l’Empereur en exil et commande l’escadron de lanciers de l’armée elboise.Il est nommé colonel le 1er  mars 1815, conduit l’escadron polonais pendant la campagne des Cent-Jours et reçoit une blessure à Mont-Saint-Jean.Après un court service dans l’armée du Royaume de Pologne, il s’installe définitivement en France.Après la révolution de 1830, Louis-Philippe l’élève aux grades qui lui avaient été promis par l’Empereur:Il est nommé général de Brigade et commandeur de la Légion d’honneur, le 28 novembre 1831. Jerzmanowski s’éteint le 15 avril 1862 à Paris. 

 

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( 19 octobre, 2018 )

Trop de Corses à l’île d’Elbe ?

Drapeau ile d'Elbe

Charvet est chef du mobilier de l’Empereur; mais il n’aime pas les Corses qui entourent Napoléon; il trouve qu’il y en a trop : les Corses, a dit Pons de l’Hérault [dans ses « Souvenirs »] « considéraient l’île Elbe comme une succursale, comme un bien communal de la Corse, et, par l’intermédiaire de Madame Mère, toutes les avenues du pouvoir étaient corses. »

Arthur CHUQUET

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 11 octobre 1814.

« L’Empereur m’a nomme chef de tout son mobilier. Nous venons de recevoir trois grands navires de meubles de Rome, de Naples, et tous les jours il nous en arrive de Gênes. Il meuble et fait bâtir en ce moment trois palais. C’est lui qui préside à tout. Voulez-vous que je vous fasse ma profession de foi ? Je crois que nous aurons le sort de ceux qui sont allés en Westphalie. Les fonds son faits pour nous jusqu’au jour de l’an. Je crois qu’à cette époque la bombe éclatera. Tous les coquins de Corses et d’Italiens se présentent pour servir ‘per l’honneure’ et l’on en profitera ; ils sont bas, rampants ; c’est tout ce qu’il faut à nos chefs. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.436)

 

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( 19 octobre, 2018 )

CRAONNE et REIMS…

CRAONNE et REIMS… dans TEMOIGNAGES laubressel-3-mars-1814

Dans les quatre lettres qui suivent (8-15 mars 1814), Berthier semble partager les espérances et les illusions de l’Empereur ; il annonce cette bataille de Craonne qui, disait Napoléon, était glorieuse ; il annonce la reprise de Soissons et de Reims ; il avance même que l’ennemi est inquiété, menacé de  toutes parts et par la levée en masse et par Augereau et  par les garnisons d’Alsace.

I. A Macdonald.

Bray-en-Laonnais, 8 mars 1814.

Nous avons battu dans la journée d’hier le corps de York, de Voronzov et le restant du corps de Langeron venu de Mayence. Nous leur avons pris quelques pièces de canon et nous les avons poursuivis depuis Craonne jusqu’à L’Ange-Gardien. Pendant l’espace de cinq lieues, l’ennemi a été sous la mitraille de 100 pièces de canon. Notre perte n’a été que de 5 à 600 hommes tués ou blessés. Nous aurions pris ce corps qui était dans un épouvantable désordre, m   ais il n’y avait pas moyen à  la cavalerie de le déborder parce que l’affaire se passait sur un plateau qui se prolongeait entre deux ravins.

II. A Macdonald.

Chavignon, 8 mars 1814.

Les corps de Bulow, Wintzingerode, Langeron et Voronzov s’étaient portés sur Soissons. L’Empereur a marché sur les derrières de ce corps par Fismes et Berry-au-Bac. Nous sommes tombés sur plusieurs colonnes de leurs bagages, ayant coupé leur communication de Reims. Le général Corbineau s’est porté sur cette ville qu’il a surprise pendant la nuit ; il y a fait deux mille prisonniers et pris des bagages et des parcs. En arrivant à Berry-au-Bac, nous y avons trouvé 3.000 chevaux que nous avons culbutés. Le prince Gagarine a été pris. Sa Majesté a couché avant-hier à Corbeny. L’avant-garde de l’ennemi était déjà arrivée sur les premières hauteurs de Craonne. Les positions qu’il occupait étant trop près de nous, il en a été chassé le soir même. Pendant la nuit, l’ennemi qui arrivait pour nous attaquer, s’est mis en position et au jour, nous l’avons trouvé en bataille. Nous l’avons attaqué à 8 heures. Après un combat très vif d’artillerie, de cavalerie et d’infanterie, la ligne ennemie a été culbutée à 3 heures. Nous l’avons poursuivie l’épée dans les reins jusqu’à 6. Nous lui avons fait 2.000 prisonniers, pris 10 pièces de canon et lui avons tué beaucoup de monde. L’ennemi a continué sa retraite pendant la nuit dans le plus grand désordre. Nous sommes à sa poursuite sur Laon. Nous avons repris Soissons.

III.  Au général Vincent [fut chargé le 24 février par l’Empereur, de commander les gardes d’honneur de Château-Thierry et de tous les environs].

Soissons, 12 mars 1814.

L’Empereur trouve que vous ne réunissez pas assez de gardes nationaux. C’est cette levée, celle en masse qui augmente l’inquiétude de l’ennemi. Donnez-nous souvent des nouvelles.

L’Empereur, après avoir battu l’ennemi à Craonne et l’avoir rejeté sur Laon, a pris position à Soissons d’om il tient les armées ennemies en échec et est en mesure de tomber sur l’une d’elles. Le duc de Raguse [maréchal Marmont] est à Berry-au-Bac et le général Corbineau à Reims. Le duc de Tarente [Maréchal Macdonald], le duc de Reggio [Maréchal Oudinot] et le général Gérard tiennent de leur côté en échec l’armée autrichienne. Le maréchal, duc de Castiglione [Maréchal Augereau], avec une armée de 30,000 hommes, marche vers Lons-le-Saulnier sur les derrières de l’armée autrichienne.

Les Vosges, l’Alsace se lèvent en masse. Nos garnisons n’y sont pas bloquées et courent sur les communications.

IV. A Macdonald.

Reims, 15 mars 1814.

Nous sommes à  Reims depuis deux jours. Nous avons battu Saint-Priest qui avait 18,000 hommes, tant Russes que Prussiens, des Kalmouks et des Bachkirs ; mais ces derniers sont tellement canailles qu’il ne faut pas les compter. Nous avons réellement fait 4,000 prisonniers, pris 18 pièces de canon, 15 caissons, Saint-Priest, grièvement blessé à l’épaule d’un éclat d’obus, est mort, dit-on. Le prince de La Moskowa [Maréchal Ney] se porte sur Châlons. Nos partis sont à Epernay. Le gros de notre armée est ici. Le duc de Trévise [maréchal Mortier] est avec 25,000 hommes à Soissons. La levée en masse et les gardes nationales se lèvent de toutes parts et font une immense quantité de prisonniers. Communiquez toutes ces bonnes nouvelles au duc de Reggio  et à tout autre.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.70-72).

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( 19 octobre, 2018 )

19 octobre 1812…

Elle fait partie de celles publiées en 1913 dans le recueil souvent mentionné ici. Nous ne connaissons pas le destinataire de cette lettre. De son auteur non identifié, nous savons simplement qu’il était employé à l’Intendance générale de la Grande Armée.

Moscou, 19 octobre 1812.

Ma santé dépérit, l’ennui me galope ; mal logé, point de draps, plus d’habits, mal nourri au milieu d’une ville de 400.000 âmes, incendiée, pleine de décombres ; quelle situation à 800 lieues [3200 kms de Paris] ! Je suis désespéré… Nous allons porter le quartier impérial à Kalouga ; on va bientôt partir : encore quarante lieues ; si c’est comme ici, ma foi il y aura de quoi mourir ! Quand vous connaîtrez, mon digne ami, les détails de notre existence, de nos privations, de nos besoins, de notre saleté, de nos maladies, vous ne pourrez concevoir comment j’aurai pu y tenir.  On parle de paix ; on peut difficilement continuer la guerre ; on peut encore plus difficilement trouver à manger pour l’armée. Nous sommes trop loin de la Prusse, de ce bon pays. Celui-ci n’a aucune ressource et nous y sommes tous seuls Français.

Vive l’espoir de la paix !

——-

Voici un extrait d’un autre témoignage.

« Le 19 octobre, les quelques survivants de l’armée wurtembergeoise -auxquels je me joignis avec les autres officiers non employés- sortirent de la ville des tsars, dont la majeure partie n’était plus qu’un amas de ruines. Pendant les quatre ou cinq jours suivants, nous nous dirigeâmes sur Kalouga, c’est-à-dire vers l’intérieur et le sud de l’empire, apparemment afin d’éviter la grande route de Smolensk à Moscou et la région qu’elle traverse. Comme nous y étions passés après les russes, nous étions sûrs de ne plus y trouver de moyens de subsistance. Or, si réduite que fût notre armée, il fallait qu’elle vécût. Cette considération motivait suffisamment le détour considérable que nous faisions en prenant la direction de Kalouga. Il nous permettait de gagner éventuellement la Volhynie et même la Podolie, ces deux fertiles provinces qui n’avaient point encore été effleurées par la guerre, puis de rejoindre la Pologne amie, qui, selon Napoléon, devait nous offrir les quartiers d’hiver les plus remarquables. A peine quelques jours avant notre départ de Moscou, Murat avait été battu par les Russes à Taroutino, précis »ment sur la route de Kalouga. Ceci prouvait que si cette dernière ne nous était pas encore tout à fait barrée, elle ne tardait pas à l’être complètement. Contrairement à nos prévisions, notre marche se poursuivit pendant quelques jours sans le moindre incident et sans que l’ennemi s’y opposât. Il faisait beau temps, et comme nous avions du chocolat, du thé, du sucre, etc., etc., nous ne songions pas à nous plaindre. »

(Colonel de SUCKOW, « D’Iéna à  Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812 », A la Librairie des Deux Empires, 2001, p. 201). L’auteur, alors lieutenant, faisait partie de la 25ème division wurtembergeoise rattachée au 3ème corps (maréchal Ney) ).

19 octobre 1812… dans TEMOIGNAGES 06-513471

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