( 27 octobre, 2018 )

Depuis son exil elbois, l’Empereur pense à la France…

Napoléon

« De l’île d’Elbe, Napoléon tourne donc les yeux vers la France et non vers l’Italie. Voilà pourquoi il avait opté pour l’île d’Elbe, et non pour la Corse.  La Corse c’était pourtant sa patrie : il ne parlait d’elle qu’avec la plus vive émotion; il assurait que l’odeur de la terre corse, cette odeur aromatique qui s’exhale des plantes et des arbustes de la montagne, lui causait une sorte d’enivrement, qu’il n’avait nulle part retrouvé cette odeur, qu’elle eût suffi, s’il avait fermé les yeux, pour lui faire deviner le sol du pays natal. Retiré dans l’île de Corse, comme dans une imposante forteresse, il aurait bravé toute surprise, tout enlèvement, et c’est là qu’il projetait [projeta] de fuir après Waterloo;  c’est là qu’il comptait trouver un asile s’il ne pouvait, en mars 1815, atteindre le rivage de Provence. Pourquoi donc avait-il à Fontainebleau dédaigné la Corse ? Parce qu’aller en Corse, c’était finir où il avait commencé; c’était revenir au gîte pour y mourir ; c’était se terrer et s’enterrer. En Corse, il aurait pris goût à la vie de roitelet ; il eût marié Drouot à une cousine Paravicini dont il vantait la dot, 300.000 francs en oliviers !  II préféra l’île d’Elbe: de là, il épiait les Bourbons; de là, il observait cette France qu’il ne désespérait pas de reprendre et de gouverner. Déjà, au mois d’avril [1814], à Fontainebleau, dans un entretien avec le général comte Gérard, il lâchait ce mot: « Je reviendrai plus tôt qu’on ne pense « . Déjà, le 24 avril, le commissaire russe Schouvalov qui l’accompagna jusqu’à Fréjus, écrivait qu’il ne renonçait pas à ses projets, qu’il pensait être au bout de quelque temps redemandé par les Français, qu’il avait des partisans qui travaillaient pour lui. Déjà, sur le pont de L’Indompté qui le portait à l’île d’Elbe, il disait que Bourbons et bourbonistes se livraient à la joie parce qu’ils retrouvaient leurs châteaux et leurs terres, mais que, s’ils mécontentaient le peuple, ils seraient chassés avant six mois. Huit jours après avoir touché le sol elbois, il exprimait la même idée: « Que les Alliés regagnent la frontière, et les Français ne se tiendront pas tranquilles; je ne leur donne pas six mois de patience. » Devant Campbell et le général autrichien Kohler, il tenait de semblables propos : les Bourbons ne convenaient pas au pays ; ils n’avaient pour eux que quelques perruques, quelques personnages sans influence qui leur feraient par leurs ridicules prétentions plus de mal que de bien; ils auraient dû prendre la France, telle qu’il la leur laissait, avec ses institutions et ses habitudes nationales, au lieu de l’affubler de vieux vêtements qui n’étaient  plus à sa taille. « Qu’éclate une tempête révolutionnaire, s’écriait l’Empereur, Louis XVIII ira retrouver ses amis les ennemis ! » Il avait la conviction que le comte d’Artois [le futur Charles X] perdrait son frère. Sans doute, remarquait-il, « le Roi est éclairé et il a de l’esprit, plus d’esprit que Louis XVI; il n’a qu’à changer les draps et à se mettre dans mon lit : je le lui ai fait assez beau. Mais il aurait dû revenir le premier ou, mieux encore, revenir seul. Le comte d’Artois gâtera tout. »

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.75-78)

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