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( 5 octobre, 2018 )

Un épisode de Krasnoïé…

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Dans la pièce suivante, le général de brigade Heyligers [Gisbert-Martin-Cort Heyligers, général de brigade le 11 novembre 1810 et qui sera lieutenant général le 9 décembre 1814], raconte d’une façon intéressante et vive comment le 35ème régiment de ligne, un des régiments qu’il commandait, finit, malgré sa vaillance, par succomber à Krasnoïé dans la journée du 16 novembre 1812 sous les boulets de l’artillerie et les sabres de la cavalerie russe ; lui-même fut fait prisonnier. 

Arthur CHUQUET 

Le 16 novembre 1812, la 2ème brigade de la 14ème division du 4ème corps, composée des 9ème et 35ème de ligne, sous mes ordres, marcha depuis la petite pointe du jour, en échelons, à gauche de la grande route de Smolensk à Krasnoïé, pour contenir les cosaques qui rôdaient sur notre flanc. Au moment où nous entendîmes le bruit du canon redoubler à la tête de la colonne qui s’approcha de Krasnoïé, la division fit halte. Bientôt cependant le général de division reçut l’ordre d’avancer. Il fit déployer la 1ère brigade, m’ordonna de laisser le 8ème près des équipages, de former le 35ème au carré et de la faire avancer. Je laissai donc le 9ème de ligne sur la route et me portai moi-même avec le 35ème, n’ayant que quarante files sous les armes, en avant, à la hauteur de la 1ère brigade qui marcha en bataille et se dirigeait sur un petit bois à environ cinq cent toises [environ 970 mètres]  de la grande route. 

Les tirailleurs russes plièrent à mesure que nous avançâmes. Bientôt le major du 35ème, blessé, nous quitta. Au moment où nous arrivâmes à peu près à la hauteur du petit bois, l’ennemi démasqua deux pièces. En même temps, je vis accourir sa cavalerie. Il n’y avait pas un instant à perdre. Je rappelai mes tirailleurs, prévins mes soldats que nous allions être chargés, de tenir ferme et surtout de ne tirer que quand je l’ordonnerais.

Cependant, ils firent feu aussitôt qu’ils virent approcher la cavalerie. Celle-ci vint tomber avec impétuosité sur mon carré. 

Le brave 35ème, quoique harassé de fatigue et de besoin, dont plusieurs soldats venaient d’être blessés plus ou moins grièvement et dont la plus grande partie des armes étaient hors d’état de servir, reçut la charge avec calme et avec le sang-froid des vieux guerriers. L’ennemi entoura en vain le carré, chercha inutilement de le pénétrer, frappa sur nos fusils, lança des coups de sabre ; il fut forcé de lâcher prise. Il faut se reporter à cette époque, connaître la situation intérieure des corps, pour pouvoir payer le juste tribut d’éloges que mérite le brave 35ème de ligne. La cavalerie russe se rallia en arrière sur notre gauche. Aussitôt qu’elle nous eut démasqués, une grêle de balles et de mitraille recommença à pleuvoir sur nous. Ma position était critique. Je m’aperçus que les troupes qui se trouvaient à ma hauteur avaient rétrogradé vers la grande route pendant que j’étais si cruellement engagé. Je craignis que l’ordre de retraite, le demi-tour ne portât le désordre dans ma petite troupe et donnât l’occasion de nous entamer. Cependant, je ne pouvais pas rester en place. Je résolus donc de marcher moi-même sur la cavalerie, de fortifier par là le courage de mes soldats, d’empêcher les pièces de me battre, espérant que les accidents du terrain favoriseraient ma jonction, ma retraite. 

Je fis rentrer les soldats qui avaient poursuivi les cavaliers à la baïonnette. Cependant, dans l’instant que nous allions nous mettre en mouvement, nous vîmes arriver à notre secours un bataillon d’à peu près 200 hommes. Je m’avance aussitôt vers ce bataillon et ordonne au colonel de faire halte pour effectuer la retraite en échelons. Dans le même moment, le colonel se déclare blessé et s’éloigne. Son bataillon, privé de son commandant, s’avance toujours en bataille obliquement vers mon carré. J’ordonnai inutilement de faire halte. Le canon tirait toujours, tuait et blessait beaucoup de monde, et ce bataillon se plaça, malgré mes efforts, groupé derrière et contre le 35ème, se mêlant dans ses rangs. La cavalerie profita de ce cette confusion, renouvela  sa charge et ne trouva plus de résistance. On se sauva cette fois sans attendre.

J’ordonnai enfin de se placer dos à dos en rond et de tenir ferme, seul moyen de salut.

Dans le temps que je fis des efforts pour rallier du monde, je reçus trois coups de sabres sur mon chapeau par des cavaliers qui me dépassèrent.

Attaqué bientôt par deux tirailleurs russes dont j’empoignai le canon du fusil, un cavalier survint qui, voyant mon chapeau à plumet, me défendit, me tira des mains des tirailleurs et m’amena près du général Miloradovitch. 

Le général de brigade HEYLIGERS. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1812.1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911. 

Eugène LABAUME dans ses mémoires sur la campagne de Russie (réédités en 2002 par Cosmopole), confirme cet épisode. Voici ce qu’il en dit: « Les deux cent hommes qu’avait amenés le colonel Delfanti, s’avancèrent pour soutenir le carré du 35ème, que commandait le général Heyligers ; privés de leur chef, ils se placèrent partie en avant, et partie en arrière de ce carré ; la cavalerie ennemie, profitant de cette confusion, renouvelle la charge, massacre les soldats, et enlève les deux derniers canons dont on n’avait pu tirer que quelques coups faute de munitions. Le général Heyligers, en cherchant à rallier nos faibles débris, reçut trois coups de sabre sur la tête, et, tandis que deux tirailleurs russes lui présentaient leur baïonnette, survint un cavalier, qui, le reconnaissant pour un général, le prit au collet, et l’emmena prisonnier. » 

 

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( 5 octobre, 2018 )

L’AFFAIRE MALET d’après la LETTRE d’un CORRESPONDANT ANONYME…

De qui est cette lettre envoyée de Paris et sans doute adressée à Duroc ? Nous le savons ; mais elle mérite d’être connue, et elle a été lue durant la retraite et, sans doute, le 6 novembre 1812, à Mikhaïlevska, lorsqu’arriva l’estafette, la première que l’armée rencontrait depuis dix jours.  

A.CHUQUET 

Le 23 octobre 1812. 

Monseigneur, un événement inimaginable vient de se passer à Paris, je veux vous en rendre compte. Je suis sorti ce matin à 8 heures. Je voulais entrer aux Tuileries par la grille en face de la rue Napoléon [en fait la rue de Castiglione, qui porte ce nom depuis 1802. C’est son prolongement, l’actuelle rue de la Paix qui portait l’appellation de "rue Napoléon"]. On n’entrait point. Sur l’instant, je crois que le factionnaire ne connaît pas sa consigne. On me répond qu’il la connaît bien, mais qu’il y a du nouveau, que le général Hulin, est assassiné, que tous les ministres sont arrêtés et qu’il règne un bruit sourd que l’Empereur est mort. Pendant que j’écoute, arrive Etienne qui me dit la même chose. Nous allons ensemble au Ministère de la Police [se trouvant alors au n°13, quai Malaquais]. Un garde était à la porte. Je rencontre M. de Rémusat. Même discours. Je vais chez le général Dériot. J’apprends alors que trois ex-généraux ont voulu faire une révolution à Paris. Le général Malet, qui a été enfermé longtemps, avait dans la nuit parcourir les casernes des Gardes nationales du 2ème ban et, muni de faux sénatus-consultes, disait qu’il y avait un gouvernement provisoire dont le chef était le général Moreau. Il a obtenu ainsi des détachements. Il a fait sortir de [la prison de] la Force où ils étaient, les généraux Lahorie et Guidal, les a chargés de s’emparer du Ministère de la police et du baron Pasquier, et s’est rendu de sa personne chez le général Hulin, est entré chez lui vers 3 heures du matin, lui a tiré un coup de pistolet qui l’a blessé grièvement dans son lit et après, a été à l’état-major. Ils avaient fait prisonnier l’adjudant commandant Doucet, général commandant de la place. Celui-ci, à la lecture de la proclamation, n’a pas été maître de contenir son indignation, s’est jeté sur le général Malet et l’a arrêté, aidé de M. Laborde. Pendant ce temps, l’ex-général Lahorie, avec un détachement, s’emparait du Ministre de la Police [le général Savary, duc de Rovigo]. Il fait enfoncer les porte à coups de hache, le fait saisir, lui dit qu’il n’est plus ministre et le fait monter dans une petite voiture qui le conduit avec un détachement à La Force. Il paraît que d’après ce qui s’était passé à l’état-major, on a donné ces ordres ; des détachements ont été envoyés pour dégager le ministre de la police. 

Témoignage publié dans le volume d’Arthur Chuquet « Lettres de 1812. 1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911.  

 

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( 4 octobre, 2018 )

« Qui n’a pas vu la bataille livrée le 7 près de Mojaïsk, n’a rien vu mon cher André… »

Mojaïsk, le 10 septembre 1812.

Qui n’a pas vu la bataille livrée le 7 [septembre 1812] près de Mojaïsk n’a rien vu mon cher André. Placé au bivouac de Sa Majesté, entouré de sa Garde, j’ai vu un peu mais j’ai entendu la plus épouvantable canonnade et la fusillade la plus vive qu’on puisse imaginer. L’attaque a commencé le 5  [septembre 1812] par notre droite. Les Russes se sont défendus avec beaucoup d’acharnement. Il y a plusieurs redoutes prise et reprises; enfin leur grande redoute, hérissée de vingt-quatre bouches à feu, ayant été emportée par les cuirassiers et les saxons, nous avons été maîtres de la grande redoute. Tout a été culbuté, enfoncé, sabré, mitraillé ; il s’est tiré 73,000 coups de canon. Vu les morts, les blessés, les prisonniers russes que j’ai vus, j’estime que la perte de l’ennemi peut être évaluée de vingt-cinq à trente-mille hommes ; ils ont eu beaucoup d’officiers de marque tués. C’est ce que témoignent des croix placées sur beaucoup de tombes. Notre perte n’est pas à beaucoup près aussi considérable. Les Russes étaient ivres et ajustaient mal. Mais il fallait les démolir pour les tuer. Figure-toi qu’un soldat ivre, prenant un de nos feux de bivouac pour le sien, est venu pour y allumer sa pipe. Ils se sont ralliés sous les murs de la ville. S.M. s’en est approchée le 8 [septembre 1812] au soir mais elle n’a pas voulu y entrer. Dans la nuit, ils ont évacué dans le plus grand désordre. Nous y sommes entrés hier matin ; trois cents cosaques pillaient encore la ville quand les fourriers sont entrés pour faire le logement de l’Empereur. A trois heures un quart, le 7 [septembre 1812], au milieu d’une détonation effroyable, lorsque mes cheveux se hérissaient, Sa Majesté était assise au bord de la Moskowa et disait : « Voilà comme on gagne les batailles. » Ce mot venu jusqu’à nous m’a fort rassuré. Le brave général Montbrun a été traversé par un éclat d’obus ; son successeur le général [de] Caulaincourt a été tué d’un coup dans la poitrine, à trente pas de la grande redoute au milieu de la mêlée, et ceux qui échappaient à la mort se réfugiaient sous les palissades et continuaient leur feu. Ils sont tout à fait démoralisés, ils ne se battent plus que pour leur propre conservation. Leur général en chef Koutousov a été blessé ainsi que Bagration. On assure qu’ils veulent se rallier sous Moscou. Il faut qu’ils se dépêchent. Nous ne sommes d’ici qu’à vingt-quatre lieues de Moscou, et le canon qu’on entend de fort loin annonce que nous sommes déjà à six lieues en avant. Je me porte coussi, coussi. Le bivouac ne m’amuse pas. Je n’ai plus de vin, etc. Mais j’ai bon courage. Nous avons pris beaucoup de canons et un général russe fort vieux. Adieu. Je ne sais pas où tu es, car nous allons si vite que la poste ne peut nous suivre… »

Guillaume PEYRUSSE

(Guillaume Peyrusse, « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André [et à son père], pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.87-89). L’auteur de cette correspondance, occupait alors les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

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( 4 octobre, 2018 )

Le Général Dery….

César Dery, né à Saint-Pierre, dans l’île de la Martinique, le 2 février 1768, avait d’abord servi dans la marine comme pilote à bord d’une frégate et comme garde-marine surnuméraire à bord d’une corvette. En 1788 il s’engage au 12ème régiment de chasseurs et il devient successivement brigadier (1791), maréchal des logis et sous-lieutenant (1793), lieutenant (1794). Blessé à Marengo, après avoir été blessé à Saint-Trond et à Fleurus, il est Le Général Dery…. dans FIGURES D'EMPIRE Lutzencapitaine en 1801. Aide de camp de Murat en 1805, chef d’escadron en 1806 et colonel du 5ème régiment de hussards en décembre de la même année, il fait toutes les campagnes de la Grande Armée et reçoit le titre de baron de l’Empire en 1810. Passé au service du roi de Naples en 1809, il rentre au service de France et obtient, le 6 août 1811, le grade de général de brigade. Il était pendant la campagne de Russie aide de camp de Murat, et il se distingua à la Moskova. Ce fut lui qui, après la bataille, alla reconnaître le terrain en avant de Mojaïsk et jusqu’aux portes de la ville, et il revint dire à Murat qui s’avançait avec fougue sans soupçonner d’obstacle, qu’un profond ravin se trouvait entre les Russes et lui. Mais le 18 octobre, à Winkowo, il périt. « Je le vis, dit Combe, atteint mortellement d’une balle dans la poitrine, se pencher sur le cou de son cheval en abandonnant les rênes, son sabre soutenu à son poignet par la dragonne, ses mains cherchant à se cramponner à la crinière. Il resta quelques secondes dans cette position et tomba enfin sur le dos. Des Cosaques eurent la barbarie de percer de coups de lance le corps du général qui se roulait sur le sable dans les dernières convulsions de l’agonie. A cette vue, saisis de rage, nous nous précipitâmes sur le groupe et en tuâmes une dizaine. » Il était mulâtre et il devait sa fortune à Murât dont il aurait été, au 12ème  chasseurs, le camarade de lit; aussi, Lamarque, arrivant à Naples et apprenant qu’Exelmans était le favori de Murat, disait-il plaisamment : « Ah je vois, c’est un Dery blanc. » Mais Labaume, dans son témoignage sur la campagne de Russie, assure qu’en 1812, dans toutes les occasions, Dery avait fait preuve d’un grand courage et d’une haute capacité.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.339-340).

 

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( 3 octobre, 2018 )

Une lettre du général Compans à son épouse…

Ma chère Louise, 

La fatigue que j’éprouverai le jour de la revue de l’Empereur [le 10 octobre 1812] et la transition subite d’un temps serein et chaud à un temps pluvieux et froid m’ont causé quelques souffrances. J’éprouvai hier des douleurs si aiguës que je ne pus me déterminer à t‘écrire. Pour te donner une juste idée de ma situation, je le comparerais à la tienne lorsque tu avais ton torticolis. Ce n’était pas la même cause, mais c’étaient à peu près les mêmes effets. Je vais beaucoup mieux aujourd’hui. La tension est considérablement diminuée et les tiraillements ne se font presque plus sentir. Du reste ma blessure est parfaitement cicatrisée et il n’en restera presque pas de trace apparente.  Elle me causera indubitablement quelques douleurs aux changements de temps ; j’éprouverai de la faiblesse au bras droit pendant deux ou trois mois, mais ma blessure n’aura jamais de suites plus fâcheuses que celles-là. Ma santé se soutient assez bien.  Quand cette lettre te parviendra, tu auras déjà reçu celle où j’annonçai à ton papa  que l’Empereur a bien voulu m’accorder la faveur de tenir le petit Minique [Dominique-Napoléon, fils du général et né en mars 1812] sur les fonds baptismaux et de le nommer « Napoléon ». Je ne crois pas inutile de te donner une seconde fois cette bonne nouvelle, car les estafettes ne marchent pas toujours bien sûrement. […] 

Le colonel Simmer est général de brigade depuis la revue. Provana [le capitaine] et Quelen [le lieutenant] attendent leurs nominations qui m’ont été accordées par Sa Majesté. Mon commandant d’artillerie [le chef de bataillon Klié] est officier de la Légion [d’honneur] ; mon commandant du génie [le capitaine Finot], chef de bataillon et membre de la Légion [d’honneur]. Ainsi tout mon état-major a obtenu quelque grâce de Sa Majesté.

Les corps ont tous été parfaitement traités. Le capitaine Lafond, dont tu m’as demandé des nouvelles, a été nommé chef de bataillon ; le général Teste, commandant de la Légion [d’honneur] ; le colonel Bouge, idemMon bras commence à me fatiguer, ma chère Louise, mais il lui reste assez de force pour que je ne finisse pas cette lettre sans te renouveler les assurances de mes tendres sentiments pour toi, le cher petit Minique et notre aimable famille. 

Mille baisers, tout à toi. 

Comte D.COMPANS. 

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( 1 octobre, 2018 )

Les frères Faucher…

Faucher

César et Constantin Faucher, nés jumeaux, à La Réole (Gironde), le 12 septembre 1760, se ressemblaient tellement que leurs parents eux-mêmes se trompaient et qu’entrés au service, ils portaient a la boutonnière, habituellement, une fleur  pour se faire connaître. Très distingues tous deux, ils reçurent des leçons de Voltaire et turent estimés et traités en amis par Necker, Bailly et Mirabeau. En paix, comme en guerre, les deux frères ne se séparaient pas, vivant dans la plus parfaite union. Le  1er janvier 1775, ils entrèrent aux chevau-légers, puis ils passèrent comme lieutenants dans un régiment de dragons. Ils étudièrent le droit et furent reçus avocats. En 1791, César commandait la Garde nationale de La Réole, et Constantin présida la municipalité de cette ville.

En 1793,  ils formèrent un corps franc d’infanterie appelé « Enfants de La Réole », et combattirent en Vendée. Ils devinrent généraux de brigade le même jour, mais, accablés de blessures. ils durent abandonner le service. Au moment de quitter l’armée, une accusation de fédéralisme les fit condamner à mort; déjà on les conduisait à l’échafaud, lorsqu’un représentant osa faire casser le jugement. On dut les transporter en litière à la Réole où ils furent longtemps à se rétablir. En 1800, Constantin fut nommé sous-préfet de La Réole et César conseiller  général de la Gironde, puis César devint député et Constantin maire de La Réole et, lors de l’état de siège du département de la Gironde, il commanda les arrondissements de La Réole et de Bazas pendant les Cent-Jours.

Le 22 juillet 1815,  le général Clauzel ordonna aux frères Faucher de cesser leurs fonctions, le drapeau blanc étant rétabli a Bordeaux. Peu après, on les mit en prison comme convaincus d’avoir formé un dépôt d’armes. Transférés à Bordeaux, ils furent traduits en conseils de guerre le 22 septembre. On ne leur donna pas le temps de choisir un avocat; ils se défendirent mutuellement, mais ils furent condamnés à mort. Le conseil de révision confirma le jugement le 26 et l’exécution eut lieu le 27 septembre 1815.

Les deux frères allèrent a pied, en se donnant le bras, de La prison à une prairie où se fit l’exécution. Leur sang-froid ne se démentit pas un instant, et ils souriaient aux personnes de leur connaissance qu’ils rencontrèrent pendant ce long trajet qui dura plus d une heure. Ils refusèrent de se laisser bander les yeux et de se mettre à genoux. Ce fut César qui commanda le feu et ils tombèrent unis dans la mort comme ils l’avaient été dans la vie.

G. COTTREAU.

(« Carnet de la Sabretache » , 1910).

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( 1 octobre, 2018 )

Une LETTRE du MARQUIS de BILLIOTTI durant la CAMPAGNE de RUSSIE…

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François de Billiotti, marquis de vieille souche puis baron de l’Empire, auditeur de 3ème classe au Conseil d’Etat attaché à la Direction générale des Ponts et Chaussées. Etait arrivé apportant le portefeuille de l’Empereur au moment où l’armée quittait Moscou. Il était en outre le neveu du cardinal Maury, par son mariage avec Jeanne-Louise-Thérèse-Françoise Maury. 

Viasma, 1er novembre 1812. 

Nous sommes partis pendant la nuit de Moscou, il y a quelques jours, nous dirigeant en toute hâte sur Kalouga. Après avoir fait une trentaine de lieues, étant tous les jours, plus ou moins harcelés par les Cosaques, après une petite affaire que dirigeait le roi de Naples et qui n’a pas eu tout le succès qu’on pouvait espérer, l’armée a sur-le-champ rebroussé chemin à marches forcées de nuit et de jour sur Mojaïsk, et nous voici arrivés à Viasma, à quarante lieues environ de Smolensk, où nous espérons aller dans quelques jours. Nous sommes assaillis des mêmes que la disette et la fatigue nous faisaient éprouver en allant, y joint un froid très vif, quoique beau, et une plus grande réserve et hésitation causée par la présence des maraudeurs ou partisans ennemis. Ceux qui n’ont pas d’assez bons chevaux pour suivre la marche sont forcés de perdre leurs effets. Plusieurs de mes collègues, dont M. de Fleury [auditeur de 1ère classe au Conseil d’Etat (section de l’intérieur), un des auditeurs venus apporter le portefeuille de l’Empereur], ont perdu tous leurs bagages. Leurs voitures ont été brûlées par eux-mêmes, en les abandonnant, ou détruites par l’arrière-garde. Nous n’avons pas tout à fait l’air de marcher en conquérants. On fait emporter les malades sur les voitures des particuliers, vu le manque de moyens de transports suffisants. Je porte pour mon compte un soldat malade de la fièvre. Du reste, on est sans inquiétude, attendu que l’Empereur se porte à merveille et que, dirigeant lui-même tous les mouvements de l’armée, sa marche aura sans aucun doute les résultats que sa prudence ordinaire, son bonheur et  ses profondes combinaisons ont calculés d’avance.

Tout le monde est content et plein de confiance, et personne ne se plaint du manque de tout. 

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