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( 4 octobre, 2018 )

« Qui n’a pas vu la bataille livrée le 7 près de Mojaïsk, n’a rien vu mon cher André… »

Mojaïsk, le 10 septembre 1812.

Qui n’a pas vu la bataille livrée le 7 [septembre 1812] près de Mojaïsk n’a rien vu mon cher André. Placé au bivouac de Sa Majesté, entouré de sa Garde, j’ai vu un peu mais j’ai entendu la plus épouvantable canonnade et la fusillade la plus vive qu’on puisse imaginer. L’attaque a commencé le 5  [septembre 1812] par notre droite. Les Russes se sont défendus avec beaucoup d’acharnement. Il y a plusieurs redoutes prise et reprises; enfin leur grande redoute, hérissée de vingt-quatre bouches à feu, ayant été emportée par les cuirassiers et les saxons, nous avons été maîtres de la grande redoute. Tout a été culbuté, enfoncé, sabré, mitraillé ; il s’est tiré 73,000 coups de canon. Vu les morts, les blessés, les prisonniers russes que j’ai vus, j’estime que la perte de l’ennemi peut être évaluée de vingt-cinq à trente-mille hommes ; ils ont eu beaucoup d’officiers de marque tués. C’est ce que témoignent des croix placées sur beaucoup de tombes. Notre perte n’est pas à beaucoup près aussi considérable. Les Russes étaient ivres et ajustaient mal. Mais il fallait les démolir pour les tuer. Figure-toi qu’un soldat ivre, prenant un de nos feux de bivouac pour le sien, est venu pour y allumer sa pipe. Ils se sont ralliés sous les murs de la ville. S.M. s’en est approchée le 8 [septembre 1812] au soir mais elle n’a pas voulu y entrer. Dans la nuit, ils ont évacué dans le plus grand désordre. Nous y sommes entrés hier matin ; trois cents cosaques pillaient encore la ville quand les fourriers sont entrés pour faire le logement de l’Empereur. A trois heures un quart, le 7 [septembre 1812], au milieu d’une détonation effroyable, lorsque mes cheveux se hérissaient, Sa Majesté était assise au bord de la Moskowa et disait : « Voilà comme on gagne les batailles. » Ce mot venu jusqu’à nous m’a fort rassuré. Le brave général Montbrun a été traversé par un éclat d’obus ; son successeur le général [de] Caulaincourt a été tué d’un coup dans la poitrine, à trente pas de la grande redoute au milieu de la mêlée, et ceux qui échappaient à la mort se réfugiaient sous les palissades et continuaient leur feu. Ils sont tout à fait démoralisés, ils ne se battent plus que pour leur propre conservation. Leur général en chef Koutousov a été blessé ainsi que Bagration. On assure qu’ils veulent se rallier sous Moscou. Il faut qu’ils se dépêchent. Nous ne sommes d’ici qu’à vingt-quatre lieues de Moscou, et le canon qu’on entend de fort loin annonce que nous sommes déjà à six lieues en avant. Je me porte coussi, coussi. Le bivouac ne m’amuse pas. Je n’ai plus de vin, etc. Mais j’ai bon courage. Nous avons pris beaucoup de canons et un général russe fort vieux. Adieu. Je ne sais pas où tu es, car nous allons si vite que la poste ne peut nous suivre… »

Guillaume PEYRUSSE

(Guillaume Peyrusse, « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André [et à son père], pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.87-89). L’auteur de cette correspondance, occupait alors les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

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( 4 octobre, 2018 )

Le Général Dery….

César Dery, né à Saint-Pierre, dans l’île de la Martinique, le 2 février 1768, avait d’abord servi dans la marine comme pilote à bord d’une frégate et comme garde-marine surnuméraire à bord d’une corvette. En 1788 il s’engage au 12ème régiment de chasseurs et il devient successivement brigadier (1791), maréchal des logis et sous-lieutenant (1793), lieutenant (1794). Blessé à Marengo, après avoir été blessé à Saint-Trond et à Fleurus, il est Le Général Dery…. dans FIGURES D'EMPIRE Lutzencapitaine en 1801. Aide de camp de Murat en 1805, chef d’escadron en 1806 et colonel du 5ème régiment de hussards en décembre de la même année, il fait toutes les campagnes de la Grande Armée et reçoit le titre de baron de l’Empire en 1810. Passé au service du roi de Naples en 1809, il rentre au service de France et obtient, le 6 août 1811, le grade de général de brigade. Il était pendant la campagne de Russie aide de camp de Murat, et il se distingua à la Moskova. Ce fut lui qui, après la bataille, alla reconnaître le terrain en avant de Mojaïsk et jusqu’aux portes de la ville, et il revint dire à Murat qui s’avançait avec fougue sans soupçonner d’obstacle, qu’un profond ravin se trouvait entre les Russes et lui. Mais le 18 octobre, à Winkowo, il périt. « Je le vis, dit Combe, atteint mortellement d’une balle dans la poitrine, se pencher sur le cou de son cheval en abandonnant les rênes, son sabre soutenu à son poignet par la dragonne, ses mains cherchant à se cramponner à la crinière. Il resta quelques secondes dans cette position et tomba enfin sur le dos. Des Cosaques eurent la barbarie de percer de coups de lance le corps du général qui se roulait sur le sable dans les dernières convulsions de l’agonie. A cette vue, saisis de rage, nous nous précipitâmes sur le groupe et en tuâmes une dizaine. » Il était mulâtre et il devait sa fortune à Murât dont il aurait été, au 12ème  chasseurs, le camarade de lit; aussi, Lamarque, arrivant à Naples et apprenant qu’Exelmans était le favori de Murat, disait-il plaisamment : « Ah je vois, c’est un Dery blanc. » Mais Labaume, dans son témoignage sur la campagne de Russie, assure qu’en 1812, dans toutes les occasions, Dery avait fait preuve d’un grand courage et d’une haute capacité.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.339-340).

 

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( 3 octobre, 2018 )

Une lettre du général Compans à son épouse…

Ma chère Louise, 

La fatigue que j’éprouverai le jour de la revue de l’Empereur [le 10 octobre 1812] et la transition subite d’un temps serein et chaud à un temps pluvieux et froid m’ont causé quelques souffrances. J’éprouvai hier des douleurs si aiguës que je ne pus me déterminer à t‘écrire. Pour te donner une juste idée de ma situation, je le comparerais à la tienne lorsque tu avais ton torticolis. Ce n’était pas la même cause, mais c’étaient à peu près les mêmes effets. Je vais beaucoup mieux aujourd’hui. La tension est considérablement diminuée et les tiraillements ne se font presque plus sentir. Du reste ma blessure est parfaitement cicatrisée et il n’en restera presque pas de trace apparente.  Elle me causera indubitablement quelques douleurs aux changements de temps ; j’éprouverai de la faiblesse au bras droit pendant deux ou trois mois, mais ma blessure n’aura jamais de suites plus fâcheuses que celles-là. Ma santé se soutient assez bien.  Quand cette lettre te parviendra, tu auras déjà reçu celle où j’annonçai à ton papa  que l’Empereur a bien voulu m’accorder la faveur de tenir le petit Minique [Dominique-Napoléon, fils du général et né en mars 1812] sur les fonds baptismaux et de le nommer « Napoléon ». Je ne crois pas inutile de te donner une seconde fois cette bonne nouvelle, car les estafettes ne marchent pas toujours bien sûrement. […] 

Le colonel Simmer est général de brigade depuis la revue. Provana [le capitaine] et Quelen [le lieutenant] attendent leurs nominations qui m’ont été accordées par Sa Majesté. Mon commandant d’artillerie [le chef de bataillon Klié] est officier de la Légion [d’honneur] ; mon commandant du génie [le capitaine Finot], chef de bataillon et membre de la Légion [d’honneur]. Ainsi tout mon état-major a obtenu quelque grâce de Sa Majesté.

Les corps ont tous été parfaitement traités. Le capitaine Lafond, dont tu m’as demandé des nouvelles, a été nommé chef de bataillon ; le général Teste, commandant de la Légion [d’honneur] ; le colonel Bouge, idemMon bras commence à me fatiguer, ma chère Louise, mais il lui reste assez de force pour que je ne finisse pas cette lettre sans te renouveler les assurances de mes tendres sentiments pour toi, le cher petit Minique et notre aimable famille. 

Mille baisers, tout à toi. 

Comte D.COMPANS. 

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( 1 octobre, 2018 )

Les frères Faucher…

Faucher

César et Constantin Faucher, nés jumeaux, à La Réole (Gironde), le 12 septembre 1760, se ressemblaient tellement que leurs parents eux-mêmes se trompaient et qu’entrés au service, ils portaient a la boutonnière, habituellement, une fleur  pour se faire connaître. Très distingues tous deux, ils reçurent des leçons de Voltaire et turent estimés et traités en amis par Necker, Bailly et Mirabeau. En paix, comme en guerre, les deux frères ne se séparaient pas, vivant dans la plus parfaite union. Le  1er janvier 1775, ils entrèrent aux chevau-légers, puis ils passèrent comme lieutenants dans un régiment de dragons. Ils étudièrent le droit et furent reçus avocats. En 1791, César commandait la Garde nationale de La Réole, et Constantin présida la municipalité de cette ville.

En 1793,  ils formèrent un corps franc d’infanterie appelé « Enfants de La Réole », et combattirent en Vendée. Ils devinrent généraux de brigade le même jour, mais, accablés de blessures. ils durent abandonner le service. Au moment de quitter l’armée, une accusation de fédéralisme les fit condamner à mort; déjà on les conduisait à l’échafaud, lorsqu’un représentant osa faire casser le jugement. On dut les transporter en litière à la Réole où ils furent longtemps à se rétablir. En 1800, Constantin fut nommé sous-préfet de La Réole et César conseiller  général de la Gironde, puis César devint député et Constantin maire de La Réole et, lors de l’état de siège du département de la Gironde, il commanda les arrondissements de La Réole et de Bazas pendant les Cent-Jours.

Le 22 juillet 1815,  le général Clauzel ordonna aux frères Faucher de cesser leurs fonctions, le drapeau blanc étant rétabli a Bordeaux. Peu après, on les mit en prison comme convaincus d’avoir formé un dépôt d’armes. Transférés à Bordeaux, ils furent traduits en conseils de guerre le 22 septembre. On ne leur donna pas le temps de choisir un avocat; ils se défendirent mutuellement, mais ils furent condamnés à mort. Le conseil de révision confirma le jugement le 26 et l’exécution eut lieu le 27 septembre 1815.

Les deux frères allèrent a pied, en se donnant le bras, de La prison à une prairie où se fit l’exécution. Leur sang-froid ne se démentit pas un instant, et ils souriaient aux personnes de leur connaissance qu’ils rencontrèrent pendant ce long trajet qui dura plus d une heure. Ils refusèrent de se laisser bander les yeux et de se mettre à genoux. Ce fut César qui commanda le feu et ils tombèrent unis dans la mort comme ils l’avaient été dans la vie.

G. COTTREAU.

(« Carnet de la Sabretache » , 1910).

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( 1 octobre, 2018 )

Une LETTRE du MARQUIS de BILLIOTTI durant la CAMPAGNE de RUSSIE…

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François de Billiotti, marquis de vieille souche puis baron de l’Empire, auditeur de 3ème classe au Conseil d’Etat attaché à la Direction générale des Ponts et Chaussées. Etait arrivé apportant le portefeuille de l’Empereur au moment où l’armée quittait Moscou. Il était en outre le neveu du cardinal Maury, par son mariage avec Jeanne-Louise-Thérèse-Françoise Maury. 

Viasma, 1er novembre 1812. 

Nous sommes partis pendant la nuit de Moscou, il y a quelques jours, nous dirigeant en toute hâte sur Kalouga. Après avoir fait une trentaine de lieues, étant tous les jours, plus ou moins harcelés par les Cosaques, après une petite affaire que dirigeait le roi de Naples et qui n’a pas eu tout le succès qu’on pouvait espérer, l’armée a sur-le-champ rebroussé chemin à marches forcées de nuit et de jour sur Mojaïsk, et nous voici arrivés à Viasma, à quarante lieues environ de Smolensk, où nous espérons aller dans quelques jours. Nous sommes assaillis des mêmes que la disette et la fatigue nous faisaient éprouver en allant, y joint un froid très vif, quoique beau, et une plus grande réserve et hésitation causée par la présence des maraudeurs ou partisans ennemis. Ceux qui n’ont pas d’assez bons chevaux pour suivre la marche sont forcés de perdre leurs effets. Plusieurs de mes collègues, dont M. de Fleury [auditeur de 1ère classe au Conseil d’Etat (section de l’intérieur), un des auditeurs venus apporter le portefeuille de l’Empereur], ont perdu tous leurs bagages. Leurs voitures ont été brûlées par eux-mêmes, en les abandonnant, ou détruites par l’arrière-garde. Nous n’avons pas tout à fait l’air de marcher en conquérants. On fait emporter les malades sur les voitures des particuliers, vu le manque de moyens de transports suffisants. Je porte pour mon compte un soldat malade de la fièvre. Du reste, on est sans inquiétude, attendu que l’Empereur se porte à merveille et que, dirigeant lui-même tous les mouvements de l’armée, sa marche aura sans aucun doute les résultats que sa prudence ordinaire, son bonheur et  ses profondes combinaisons ont calculés d’avance.

Tout le monde est content et plein de confiance, et personne ne se plaint du manque de tout. 

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