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( 30 novembre, 2018 )

Pourquoi quitter l’île d’Elbe ?

Vue Portoferraio

Lorsque Napoléon débarque à l’île d’Elbe, il entend se consacrer désormais à son nouveau royaume. Il s’en occupera d’ailleurs pleinement. Au travers du témoignage d’André Pons de l’Hérault, on retrouve l’Empereur en grand organisateur, tour à tour ordonnant la construction de nouvelles routes, de casernes, de fortifications, de ses résidences impériales ; décidant de la réparation d’une rue, analysant tel ou tel budget, s’occupant d’approvisionnement de bois pour Portoferraio. Afin de mieux se rendre compte de l’activité  débordante de Napoléon, il suffit consulter l’ouvrage rassemblant les lettres et ordres édictés par le souverain de l’île d’Elbe (« Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er (28 mai 1814-22 février 1815)», A.Fontemoing,  Éditeur, 1897) et rassemblés par Léon-G. Pélissier, le publicateur de la première édition du « Souvenirs et Anecdotes » de Pons de l’Hérault. Toutefois, Napoléon restait attentif à ce qui se passait en France : un mécontentement s’installait peu à peu contre le gouvernement des Bourbons.  Recevant périodiquement des informations il est presque certain que l’idée d’un retour mûrit lentement dans son esprit. Plusieurs éléments sont à prendre en ligne de compte. Tout d’abord l’absence de Marie-Louise et de son fils. Même si cette dernière a été cruellement ressentie par l’Empereur, comme le notera Pons ce n’est pas ce qui motiva Napoléon. Le départ de l’île d’Elbe est dû à des causes politiques et matérielles.

Politiques, car comment imaginer un seul instant que, connaissant l’échec du gouvernement de Louis XVIII, Napoléon soit resté confiné dans son île ?  L’Aigle se devait de relever le pari d’un nouvel envol. Les causes matérielles ont également leur importance et en particulier les difficultés financières qui commençaient à se faire ressentir dans le fonctionnement des institutions mises en place par Napoléon à l’île d’Elbe.

« Le revenu  annuel de l’île était d’environ 470 000 francs, 120 par les droits fiscaux, 350 par le Domaine (mines de fer, salines, pêcheries). Ces rentrées équilibraient à peine le budget civil (fonctionnaires, clergé, justice, ponts et chaussés) fixé à 120 000 francs, et les dépenses de la maison de Sa Majesté qui engloutit 480 000 francs pendant les sept derniers mois de 1814, ramenées à 380 000 sur les évaluations du budget de 1815. Restait à combler le déficit béant du million annuel prévu pour les dépenses militaires, qu’aucune ressource ne pouvait équilibrer. Napoléon le préleva entièrement sur les débris de sa lite civile sauvée à Fontainebleau, chiffrée par Peyrusse à 3 980 000 francs le jour de son entrée à Portoferraio. Dix mois plus tard, ce trésor est déjà amputé de moitié : le 26 février [1815], en s’embarquant pour la France, il ne reste en caisse que 1 863 000 francs. Au plus juste, en multipliant les économies, Napoléon pourrait tenir encore deux ans, mais il ne disposerait plus de cette masse de manoeuvre sur laquelle vivront ses cinq cent compagnons de Fréjus à Paris.», comme l’écrit G. Godlewski.

De plus, le pouvoir royal ne tient pas ses engagements. En effet, l’article 3 du Traité de Fontainebleau prévoyait à Napoléon le versement « d’un revenu annuel de 2 millions de francs en rente sur le Grand Livre de France, dont 1 million réversible à l’Impératrice ». Ni l’Empereur ni aucun membre de sa famille (car une disposition complémentaire prévoyait que ces derniers reçoivent également une compensation financière), ne percevront un centime. Louis XVIII ira même plus loin dans son mépris en décrétant le 18 décembre 1814, sur proposition de ses ministres, la mise sous séquestre de tous les biens de la famille impériale. Ainsi le trésorier Peyrusse, fidèle collaborateur de Napoléon écrit-il dans ses mémoires : « Les jours de mon travail avec Sa Majesté étaient fixés ; nous préparions les éléments du budget de 1815, et je présentai à Sa Majesté un projet sur la régie des tabacs à l’île d’Elbe. Pendant ces diverses séances, l’Empereur laissait percer l’humeur que lui donnait le refus que faisait la France d’acquitter la somme stipulée par le traité du 11 avril [1814]. M. de Talleyrand écrivait de Vienne à notre grand maréchal [le général Bertrand], que Sa Majesté Louis XVIII ne reconnaissait pas le traité de Fontainebleau. Les revenus de l’île et ma caisse eussent été insuffisants pour parer au budget futur, maintenu sur le pied du précédent, ce qui avait décidé Sa Majesté à arrêter que je payerais que la moitié des traitements fixés, et que je ne fournirais le surplus aux parties prenantes en bons sur le trésor public français et à valoir. Cette situation, le projet de certaines réductions à imposer à la Garde, affectaient vivement Sa Majesté. C’était le secret de son cabinet ».

Et pendant ce temps, le gouvernement royal, faut de budget suffisant, licenciait 200 000 hommes de cette armée qui jadis avait fait trembler l’Europe, jetant sur les routes des hommes démunis de tout , réduit à la mendicité pour survivre. Parallèlement, était crée une « maison du Roi », composé de  6000 hommes appartenant pour les trois-quarts à la noblesse. Cette  armée  d’Ancien Régime était une armée de parade et beaucoup de ceux qui en faisait partie, n’eurent jamais entendu tonner le canon. De maladresse en maladresse, on pourrait souligner notamment la place exagérée faite à un clergé ranimant les divisions d’autrefois,  le régime de Louis XVIII en qui une partie des français avait apporté sa confiance, ne sut pas la conserver. « Le menu peuple souffrait comme il n’avait pas souffert depuis le Directoire », Guy Godlewski dans son ouvrage consacré à l’île d’Elbe (Hachette, 1961).

Les yeux de bien des français étaient dorénavant tournés vers une certaine île d’Elbe…

Napoléon est rentré « en triomphateur, parce qu’il incarnait, malgré son autorité despotique, le plus grand courant des idées révolutionnaires, l’opposition la plus ferme à la réaction nobiliaire et cléricale de l’Ancien Régime, incapable de s’adapter. Sans doute aussi parce que son génie rayonnant, son magnétisme personnel offraient aux Français de 1815 un saisissant contraste avec la médiocrité de leurs nouveaux dirigeants», comme le souligne encore Guy Godlewski.

C.B.

 

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( 30 novembre, 2018 )

Retour sur la conspiration du général Malet.

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« Au mois d’octobre 1812, eut lieu la conspiration de Malet. L’hôpital Saint-Louis, que j’habitais alors, est assez voisin de la caserne du faubourg du Temple, occupée à cette époque par un des deux régiments de dragons à pied qui formaient la garde municipale de Paris. Les deux régiments, trompés par de faux ordres émanés du général Malet, lui obéirent ponctuellement. Dès le matin, nous entendîmes un grand bruit dans la caserne. Je courus, comme tant d’autres, aux nouvelles. Je vis sur le quai de l’Horloge trois fiacres qu’on disait contenir une partie des conspirateurs. Le jour de l’exécution, je vis des détachements de la garde de Paris se rendant à la plaine de Grenelle, sans armes, leurs habits retournés. Une heure après l’exécution, ils étaient en route pour rejoindre l’armée en Russie. Ils arrivèrent en Pologne au moment de la retraite et furent détruits à la bataille de Leipzig. Dans les diverses relations qui ont paru sur cette affaire, je n’ai jamais vu qu’il fût fait mention de cette punition infligée à ces deux régiments. Un des accusés, que je connaissais beaucoup comme frère d’un de mes bons amis, parvint longtemps à se soustraire aux recherches de la police. Il se nommait Boutreux et avait été appelé par Malet à un haut emploi dans la nouvelle administration de la police. En cette qualité, il avait présidé à l’arrestation du duc de Rovigo et de M. Pasquier, ministre et préfet de police. Ce pauvre Boutreux fut enfin arrêté au mois de mars 1813 et fusillé huit jours après. C’était un homme de cabinet, très instruit, ne connaissant que ses livres, candide, naïf, et avec cela plein de courage; son calme, son inaltérable sang-froid, sa conduite pleine de dignité et de convenance lui valurent la sympathie du conseil de guerre, dont les membres auraient bien voulu le sauver. Le commandant Laborde, attaché à l ‘état-major de la place, présida à l’exécution; il n’était pas tendre, mais en voyant tant de jeunesse, tant de qualités réunies, il éprouva une profonde émotion. Ce fut le même Laborde qui s’élança sur Malet au moment où ce dernier venait de tirer un coup de pistolet sur le général Hulin, commandant de Paris. Il m’a raconté plusieurs fois tous les détails de cette affaire, et il joua un rôle si actif. Selon lui, Malet se démentit au moment de son arrestation : sa résolution l’abandonna et il se laissa lier, empaqueter et emballer dans un fiacre, presque sans opposer de résistance. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.109-110)

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( 30 novembre, 2018 )

Lettre du chef de brigade Lasalle au général Dugua…

Lasalle

Cette lettre a été publiée la première fois en 1895 dans le « Carnet de la Sabretache ».

REPUBLIQUE FRANCAISE Liberté  Égalité Armée d’ÉgypteSiout, le 24 fructidor an VII (10 sept.1799)

CHARLES LASALLE, chef de brigade, commandant le 22ème régiment de chasseur à cheval, au général de division DUGUA. 

Il ne me manquait plus mon Général, que le départ du général Bonaparte, pour me rendre le séjour de l’Égypte plus insupportable ; ma fois, ne partez pas, car je jetterai le manche après la coignée ou bien vous m’emmènerez avec vous ; vous aurez bien assez d’amitié pour moi pour m’adjoindre à votre voyage, dussé-je le faire en qualité de marmiton, métier que j’ai appris assez bien en faisant campagne. On parle ici diversement du départ de notre général ; les uns (et je crois que ce sont des sots) n’y vient que trahison ; d’autres, et c’est le plus grand nombre, l’envisagent comme un rayon de bonheur : ou, dit-on, il viendra du renfort, ou la paix se fera et nous retournerons dans notre chère patrie. Là où on parle de « patriotes », mais je soutiens que nul ne l’est, sinon les individus de l’armée d’Égypte. Je regrette infiniment de ne m’être pas servi de l’occasion du départ du général en chef pour écrire à ma mère et à mon amie. Comme je présume (autant qu’on peut le faire à cent lieues), que les communications avec la France sont plus faciles, je prends la liberté de vous faire passer un paquet pour la mère, que je vous supplie d’expédier s’il est possible ; puisse-t-il la consoler, puissé-je en recevoir réponse ! J’ai encore quelques-unes de ses anciennes lettres, dont j’ai usé les caractères à force de les lire ; je conserve aussi les vôtres ; j’ai toujours celles d’Italie, et je les relis toujours avec le même plaisir, parce que j’y trouve le témoignage de votre amitié à laquelle j’attache tout le prix inimaginable. Veuillez me la conserver et ne pas douter un instant de mon profond respect. 

Ch. LASALLE.

 P.S. J’embrasse Duguanon et lui souhaite plus de bonheur qu’à moi. 

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( 29 novembre, 2018 )

De Bautzen, le 10 juin 1813…

Bautzen

Lettre du Payeur  G. Peyrusse adressée à son frère André.

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Je reçois, mon cher André, ta lettre du 29 mai ; elle s’est croisée avec ma dernière de Neumark ; tu auras vu que nous avions assez bien rangé les affaires et que S.M. peut dire le veni, vidi, vici. Nous rentrons à Dresde sous des arcs de triomphe. Toutes les villes que nous traversions sont aux pieds de Sa Majesté. Les jeunes demoiselles viennent offrir des fleurs. Quel changement subit s’est opéré : Tout fuyait à notre aspect il y a peu de jours : aujourd’hui tous les visages sont riants. Nous arriverons demain à Dresde où quantité de personnages du plus haut rang sont attendus. J’y sais rendu le duc d’Otrante [Fouché]…T’ai-je dit que dans la soirée du 30 [mai 1813], dans un village près Neumark tous les équipages de Sa Majesté ont été incendiés dans une grange, et que l’action du feu a été si rapide et su prompte qu’on a eu à peine le temps de sauver les chevaux ? J’avais mon écurie dans le bâtiment. Je travaillais, mes paniers étaient étalés : j’ai eu à peine le temps, dès qu’on a commencé à crier « Au feu ! », de sortir de l’écurie avec mes papiers jetés pêle-mêle dans ma capote et de quitter l’enclos. Il a été de toute impossibilité de sortir une seule voiture. Mon fourgon a été incendié et le feu a été d’autant plus vif que j’avais seize caisses de pharmacie. J’ai eu 125,000 [pièces ?] d’or mis en fusion et mêlés avec du fer, du charbon et des cristaux. Je surpris entré dans l’enceinte lorsqu’on a pu s’y maintenir et j’ai enlevé tout ce qui était à moi. J’ai dressé procès-verbal d’une manière très authentique et je l’ai adressé à Paris. Les napoléons qui me restent propres à la circulation sont très noircis, mais je parvins à les nettoyer à l’eau forte, au savon et avec de la cendre. Cela m’a bien vexé, d’autant que j’ai perdu tous mes effets généralement quelconques. Je n’ai pas un mouchoir. Apparemment c’était écrit…

Guillaume.

« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894, pp.138-141.

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Les « Mémoires » de G. Peyrusse viennent d’être réédités aux Editions AKFG.

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 29 novembre, 2018 )

Le signalement de Napoléon en 1812…

Napoléon 1er

Depuis le jour où les cosaques avaient fait un hourra sur le quartier impérial, le bruit s’était répandu dans l’armée française que les Russes voulaient à tout prix s’emparer de Napoléon, que l’hetman Platov avait promis sa fille à qui le lui amènerait vivant, et l’amiral Tchitchagov, s’apprêtant  à défendre le passage de la Bérézina, souhaitait ardemment de faire l’Empereur prisonnier. Dans ce dessein, il notifia aux généraux placés sous son commandement l’ordre suivant : « L’armée de Napoléon est en fuite ; l’auteur responsable des calamités de l’Europe est avec elle ; nous nous trouvons sur son chemin ; il est possible qu’il plaise au Tout-Puissant de mettre un terme à son courroux en nous le livrant ; je désire donc faire connaître à tous le signalement de cet homme. Il est de petite taille, corpulent, pâle ; il a le cou court et fort, la tête grosse, les cheveux noirs. Pour plus de sécurité, arrêtez tous les individus de petite taille et envoyez-les moi. Je ne parle pas de la récompense qui sera accordée pour cette prise ; la générosité bien connue de notre monarque [le Tsar] m’en dispense. »

Extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1812 » 1ère série [seule parue] », Paris, Champion, 1911, p.229. 

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( 28 novembre, 2018 )

Pour m’écrire: une seule adresse !

DS

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( 28 novembre, 2018 )

Le général Bachelu

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Gilbert-Désiré-Joseph Bachelu est né le 9 février 1777 à Dôle (Franche-Comté).Reçu en l’an II à l’école du génie de Metz, en qualité d’élève sous-lieutenant.Nommé capitaine en l’an IV, il fait la campagne du Rhin puis la campagne d’Egypte où il est nommé chef de bataillon en l’an VIII. Après son rapatriement, il passe colonel du génie et embarque pour Saint-Domingue. De retour en France, il exerce les fonctions de chef d’état-major du génie au camp de Boulogne de l’an XI à l’an XIII, où il devient membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII et officier de l’Ordre le 25 prairial. Le 12 nivôse an XIII, il prend le commandement du 11ème de ligne ; à sa tête, il participe à la campagne d’Austerlitz puis à celle de Dalmatie. Il est nommé général de brigade le 5 juin 1809, se distingue à Wagram et au siège de Dantzig, ville dont il est nommé commandant en second en 1811. Il obtient le titre de baron de l’Empire le 29 août 1810. En 1812, il fait la campagne de Russie, puis revient à Dantzig dont il assure la défense jusqu’au 1er janvier 1814.

Il est nommé général de division le 26 juin 1813. Revenu en France, il reçoit la croix de Saint-Louis le 19 juillet 1814. Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon lui confie le commandement de la 5èmedivision du 2ème corps (général Reille).Il se bat aux Quatre-bras et il est blessé à Mont-Saint-Jean. 

Après le licenciement de l’armée de la  Loire, il est arrêté et condamné à l’exil. Rappelé en 1817, il est replacé à l’état-major de l’armée. Il est finalement admis à la retraite en 1824. Bachelu s’éteint le 16 juin 1849 à Paris.

Son nom est inscrit sur l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile, côté sud. 

Capitaine P. MATZYNSKI

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( 28 novembre, 2018 )

Retour sur l’incendie de Moscou…

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Aucun renseignement n’a pu être trouvé sur le signataire de cette lettre, un dénommé Coudère. Elle est extraite du livre intitulé « Lettres interceptées par les russes pendant la campagne de 1812 » et qui fut publié en 1913. 

Moscou, le 27 septembre 1812. 

Ma chère et tendre amie, c’est avec une joie sans égale que je viens de recevoir ta lettre du 12 juin. Donc que je te marque le temps qui s’était passé depuis le commencement de notre campagne, donc je te marque que nous irons à Moscou pour le 15 septembre, je te dirai que nous y sommes entrés le 14 au soir, qui a été notre étonnement c’est à voir que le feu qui a pris dans plusieurs maisons mis par les Russes. Je suis allé voir cette belle ville le même soir, mais quand j’ai vu que le feu prenait de toutes parts, je me suis retiré au camp. Je puis t’assurer que Moscou est en partie incendiée ; c’est une cruauté de voir une si belle ville comme est. Les Français ont été étonnés d’une pareille dévastation, on a cherché à éteindre le feu. Mais il a été impossible de pouvoir l’éteindre, car l’on avait enlevé toutes les pompes à feu. La plupart des habitants se sont sauvés et ont enlevé tout ce qu’ils ont pu. Lorsque la décision a été prise par les russes de réduire toute la ville en cendres, il était convenu de faire périr tous les Français ; mais notre empereur était plus fin qu’eux. Lorsque le feu prenait dans plusieurs maisons, cela par des mèches qui étaient dans les maisons, mis par des soldats et même par des officiers que l’on a pris, et par 20.000 galériens qui ont été lâchés avant notre arrivée à Moscou. Le feu a duré pendant 3 jours et nuits sans que l’on puisse l’éteindre. Quand notre Empereur a vu çà, il a donné le droit de pilage aux soldats. Il est impossible de te faire une idée combien cette ville est riche, aux personnes qui ne l’ont pas vue, car il y a tout ce que l’homme puisse s’imaginer. Tout ces magasins qui ont brûlé sans que l’ont ne puisse rien sauver, cela n’est pas étonnant, car l’on nous a assuré que le gouverneur de la ville [Rostopchine] a dit aux habitants de ne pas rendre la ville aux !français, qu’il fallait plutôt qu’elle soit réduite toute en cendres que de la rendre aux Français. Mais les habitants ne l’ont pas écouté, car lorsque l’armée française s’est approchée, l’on a apporté les clefs de la ville. 

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( 27 novembre, 2018 )

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( 26 novembre, 2018 )

Autour du passage de la Bérézina…

Autour du passage de la Bérézina... dans HORS-SERIE Bérézina1

Les pontonniers, sans oublier les autres…

« A plusieurs reprises les ponts se rompirent sous le fardeau, et il s’écoula du temps avant que les pontonniers qui étaient déjà très fatigués et sans nourriture aucune, eussent réussi à les rétablir. Mais ces braves gens, dans l’eau jusqu’à la poitrine, travaillèrent avec le plus grand zèle et la plus rare abnégation, et ils se dévouèrent à une mort certaine pour sauver l’armée.» (« La campagne de 1812. Mémoires du Margrave de Bade… », Fontemoing et Cie, 1912, p.123).

Durant la campagne de Russie, l’auteur, Guillaume de Hochberg (1792-1859) commandait une brigade badoise, faisant partie de la 26ème division (Daendels) et du 9ème  corps d’armée (maréchal Victor).

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«On a donné les plus justes éloges tant aux ouvriers d’artillerie et du génie qu’aux pontonniers et aux marins dela Garde qui avaient été mis à la disposition du général Éblé. Il est presque incroyable, que dans une si rude saison, et exténués par les misères et les fatigues communes, ces braves gens enfoncés dans l’eau jusqu’aux aisselles, y soient restés durant des heures entières pour planter et consolider les chevalets sur un fond fangeux qui avait trompé d’abord tous les calculs, et qui fit presque désespérer de conduire le travail à sa fin. » (Baron Dufour, « La guerre de Russie, 1812… », Atlantica, 2007, p.409).

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Le passage.

« Pendant la nuit du 27 au 28 [novembre] le passage s’effectue dans la plus affreuse confusion; le désordre est au comble. Des milliers de voitures sont entassées à l’entrée et à la sortie des ponts ; la force l’emporte sur le droit, le plus faible est renversé et foulé aux pieds. Soudain (9 heures du matin), la canonnade la plus vive s’étend de la gauche à la droite, et décrit les trois quarts d’un cercle au centre duquel l’Empereur est placé… Déjà Wittgenstein foudroie les ponts sur lesquels cent obus viennent éclater ; il veut se rendre maître du passage. L’air retentit des cris et des gémissements des femmes et des enfants. Dans leur effroi, les uns se précipitent dans le fleuve et cherchent à le passer à la nage, les autres tentent de le guéer ; et tous, épuisés par de vains efforts, viennent s’engloutir dans les marais impraticables de la Bérézina.  » (Baron Denniée, « Itinéraire de l’empereur Napoléon pendant la campagne de 1812 », Paulin, Libraire-Editeur, 1842, pp.158-160).

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« Quel effrayant tableau me présenta cette multitude d’hommes accablée de toutes les misères, et contenue dans un marais ! Elle, qui deux moi auparavant, triomphante, couvrait la moitié de la surface du plus vaste des empires. Nos soldats pâles, défaits, mourant de faim et de froid, n’ayant pour se préserver des rigueurs de la saison que des lambeaux de pelisses, ou des peaux de mouton toutes brûlées, se pressaient en gémissant le long de cette rive infortunée [celle dela Bérézina]. Allemands, Polonais, Italiens, Espagnols, Croates, Portugais et Français, tous mêlés ensemble, criant, s’appelant entre eux, et se fâchant chacun dans leur langue ; enfin les officiers, et même les généraux, roulés dans des pelisses sales et crasseuses, confondus avec les soldats, et s’emportant contre ceux qui les foulaient ou bravaient leur autorité, formaient une confusion dont aucune peinture ne pourrait retracer l’image. » (Labaume, »La campagne de Russie. 1812 », Cosmopole, 2002, pp.272-273).

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« L’armée russe s’étant rapprochée, quelques obus tombèrent parmi ces malheureux. Alors, la terreur s’empara de tous les esprits, beaucoup tentèrent de passer sur des chevaux à la nage, quelques-unes réussirent, mais la plupart périrent entraînés par les glaçons ou même coupés en morceaux par leur choc. On en vit arrêtés par les glaces, mourir dans pouvoir se dégager et en appelant le secours d’un ami. (Général Vionnet de Maringoné, « Mes campagnes. Russie et Saxe (1812-1813)… », A la Librairie des Deux Empires, 2003, pp.54-55).

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« L’armée fatiguée par les longues étapes, affaiblie par les privations et la faim, exténuée par le froid était déjà détruite moralement, si elle existait encore physiquement ; aussi, à la vue de ce nouveau danger [celui du passage périlleux de la Bérézina], chacun songea-t-il à sa conservation personnelle. Les faibles liens de la discipline achevèrent de se briser. L’ordre n’existait plus, le plus fort renversait le plus faible et lui marchait sur le corps pour arriver au pont. On se précipitait en masse pour passer, mais avant d’entrer sur le pont il fallait gravir une montagne de cadavres et de débris. Beaucoup se soldats blessés ou malades, des femmes à la suite de l’armée furent renversés par terre et foulés aux pieds. Quelques centaines d’hommes furent écrasés par les canons. La foule qui se pressait pour passer formait une masse immense. Ses mouvements ressemblaient aux vagues de la mer, à chaque ondulation, les hommes qui n’étaient pas assez forts pour résister au choc étaient jetés et étouffés par cette masse. » (Vionnet de Maringoné, p.54).

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 « C’était un spectacle déchirant de voir tant de blessés et de malades qui demeuraient sur l’autre bord et qui se trouvaient maintenant livrés à l’ennemi. Aucune plume ne peut décrire la désolation qui s’offrit à nos yeux lorsque les Russes prirent possession de la rive gauche. La masse de soldats isolés qui tombèrent en captivité peut-être, sans exagération, estimée à 10,000 hommes. Quarante canons et la plupart de tous les généraux, avec une partie de la caisse militaire, restèrent là, et le butin doit avoir été grand. En 1819, à Saint-Pétersbourg, j’entendis encore le grand-duc Nicolas qui revenait d’un voyage dans cette contrée, dire qu’on trouvait toujours de l’or et des armes de toute sorte au point du passage. » (Margrave de Bade, p.145).

 

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( 25 novembre, 2018 )

Merci !

… A tous les visiteurs qui sont venus me voir lors du Salon du Livre d’Histoire de Versailles hier et aujourd’hui.

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( 25 novembre, 2018 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (VI et fin)

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Dernière partie du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème régiment de ligne.

« Le lendemain, j’enjolivai encore mon habitation, en élevant sur le devant un petit berceau, et, de chaque côté, deux bancs de gazon que j’avais soin d’arroser tous les jours, pour les conserver bien verts. Enfin je m’imaginai de creuser un puits, l’eau du Danube étant souvent trouble. Avec ma gamelle, je creusai la terre qui n’était que du gravier, jusqu’à cinq pieds de profondeur, où je trouvai de l’eau très claire. Il fallait alors agrandir le trou et le consolider. Comme personne de mes camarades ne voulait m’aider, je demandai à l’adjudant-major quatre soldats de corvée. Il me les accorda, et, en nous aidant de nos mains et de nos gamelles, nous parvînmes à faire un trou où j’avais de l’eau jusqu’au ventre. Je me procurai alors une barrique vide, il n’en manquait pas dans le camp, et, après l’avoir défoncée aux deux bouts, nous l’enfonçâmes dans le trou, en montant quatre dessus. Puis nous remplîmes le vide autour de la barrique avec de la terre et du gazon, et le lendemain nous avions un puits d’eau très claire où toute la division vint puiser. Mais je payai cher l’imprudence que j’avais faite de rester, trop longtemps, les jambes dans l’eau très froide. Je fus pris de douleurs qui, pendant huit jours, m’empêchèrent de marcher. J’employai ce temps à embellir mon château, et ma baraque, qui avait été la première construite, fut aussi la plus jolie de tout le camp: on venait la voir par curiosité. Le mamelouk de l’Empereur lui-même m’en fit ses compliments.

Lorsque je fus guéri de mes douleurs et que je pus marcher, j’allai faire une tournée dans l’île.  J’y trouvai bien du changement. On travaillait à élever des batteries de tous côtés, et on construisait de nouveaux ponts sur pilotis, où trois voitures pouvaient passer de front. Tous les ponts étaient protégés par des estacades assez fortes pour arrêter toutes les machines incendiaires. Toute l’île était devenue une véritable place forte, défendue par plus de cent pièces de grosse artillerie. Tous les travaux s’exécutaient avec une activité extraordinaire, sous les yeux de l’empereur, qui tous les jours venait s’assurer par lui-même de l’exécution de ses ordres, et surveiller les travaux des Autrichiens qui, eux aussi, élevaient sur la rive gauche des retranchements formidables. On avait établi au milieu des arbres une grande échelle du haut de laquelle on pouvait découvrir toute la plaine. L’empereur y montait souvent pour étudier les travaux de défense des Autrichiens. Un jour qu’il y était monté, un factionnaire qui ne voyait pas l’échelle et qui croyait que c’était un soldat qui était monté dans un arbre, menaça d’abattre d’un coup de fusil l’oiseau trop haut perché. Il ne faisait qu’exécuter sa consigne, et si l’on ne se fut pas empressé de prévenir l’empereur, un grand malheur serait arrivé. Que serions-nous tous devenus, si dans les circonstances où nous étions, l’empereur avait été tué !

On se canonnait de temps en temps de part et d’autre, mais sans se faire beaucoup de mal et seulement pour entraver l’ouvrage des travailleurs. Ayant remarqué que l’on ne tirait jamais sur les ouvriers isolés, l’Empereur prit la capote d’un soldat, et, une pelle sur l’épaule, alla se promener jusque près des avant-postes de l’ennemi pour examiner leurs travaux. Puis il s’en retourna tranquillement, remit la capote au soldat en lui donnant la pièce. L’envie nous étant venue de revoir Vienne et de faire un bon repas, nous nous fîmes donner Une permission pour quatre et nous allâmes passer la journée dans la capitale, Je ne sais si la disette de farine se faisait encore sentir, mais nous fûmes obligés, au restaurant, de nous fâcher pour obtenir du pain en quantité suffisante; il est vrai que les Allemands mangent plus de viande que de pain. Nous trouvâmes la ville un peu plus vivante que la première fois; mais elle n’était pas gaie et cela se conçoit: depuis bientôt deux mois, les Viennois n’étaient plus leurs maîtres, c’étaient les Français qui commandaient chez eux.

En rentrant au camp, nous ramassâmes chacun une botte de paille, pour remplacer les feuilles

sèches qui nous servaient de couchette et qui commençaient à se réduire en poussière. Nous eûmes alors un excellent lit dont malheureusement nous ne pûmes jouir longtemps. On nous annonça que la Garde impériale allait venir nous remplacer, et, quelques jours après, on vint dresser la tente de l’empereur trop près de ma baraque pour que je pusse compter y rester. En effet, le 1er juillet, Napoléon vint s’installer dans l’île avec tout le quartier-général. Il fallut déguerpir. On avait défendu de toucher aux baraques, et j’abandonnai la mienne avec bien du regret. Les maréchaux étaient venus la voir et avaient admiré surtout le puits qui avait été si utile à toute la division. Le grand-maréchal Duroc voulut en goûter l’eau. A défaut de verre de cristal, je.lui en offris dans un gobelet de fer-blanc. Il la trouva fort bonne. Un des maréchaux se mit à plaisanter en regardant ma baraque. — « On se croirait ici au Palais-Royal, dit-il, car voilà le café du Caveau. » Toujours est-il qu’elle excitait bien des convoitises parmi les grosses épaulettes. Ce fut le maréchal Duroc qui s’en empara pour en faire son logement. J’emportai ma paille et ma toile et je transportai mes pénates plus loin. J’eus bientôt creusé un trou et fabriqué avec des branchages et ma toile une nouvelle baraque. Mais je n’y donnai pas autant de soin qu’à la première, c’était bien inutile ; car tout annonçait que le branle allait commencer. Tous les jours de nouvelles troupes arrivaient dans l’île. Il y en avait de toutes les couleurs, des Bavarois, des Wurtembergeois, des Hessois, des Saxons. Ma nouvelle baraque étant située sur la route qui joignait les deux ponts, je vis défiler tout cela. Je vis passer mon ancien régiment où je retrouvai quatre de mes anciens camarades. Je les arrêtai pour leur faire boire un coup. J’avais un de mes amis qui était garde-magasin des liquides, et grâce à lui j’avais toujours ma gourde pleine. J’allai le trouver, et, comme c’était lui-même un ancien musicien, il me donna, pour traiter mes collègues, un grand baquet qui contenait au moins quarante bouteilles de vin. Mais ça ne dura pas longtemps. Un invité en invitait un autre, et, comme j’étais assez connu tant dans la Grande Armée que dans l’Armée d’Italie, la société fut bientôt nombreuse, et l’on ne se sépara que lorsqu’il n’y eut plus de vin. Chacun alla alors rejoindre son corps. Dans la nuit du 4 au 5 juillet, vers dix heures du soir, notre, division reçut ordre de prendre les armes. On rassembla tous les voltigeurs et les grenadiers de la division, on les fit monter sur des barques et ils abordèrent l’autre rive sans obstacles. Mais à peine étaient-ils débarqués, que toutes les batteries françaises et autrichiennes ouvraient leur feu: la terre en tremblait sur plus d’une lieue de circonférence. Bientôt la petite ville d’Enzersdorf, sur les bords du Danube, fut tout en feu, et lorsque le clocher brûla, on y voyait dans l’île comme en plein midi. Sous la protection de nos canons, trois ponts d’une seule pièce, qui étaient tout préparés, furent jetés d’une rive à l’autre, une demi-lieue au-dessous de l’endroit où s’était effectué le premier passage, endroit où les Autrichiens avaient accumulé tous leurs moyens de défense. Toute l’armée se précipita alors sur les ponts, et au lever du jour elle était tout entière rangée en bataille au-delà des retranchements des Autrichiens, qui furent obligés de les abandonner pour battre en retraite sur Wagram. Par ordre de leurs chefs, la plupart des musiciens devaient rester dans l’île jusqu’à ce que le passage fût complètement terminé. J’assistai donc au défilé de toutes les troupes. Je n’en avais jamais tant vu. Toute la Garde impériale était là en grande tenue, comme pour la parade. Le défilé de l’artillerie semblait interminable. Cependant Napoléon, avait fait distribuer deux pièces de canon dans chaque régiment d’infanterie, et, pendant notre séjour dans l’île, on avait exercé une compagnie à la manœuvre du canon. Je vis bien défiler devant moi au moins cinq cents pièces d’artillerie.

Le lendemain, 6 juillet, au lever du soleil, nous entendîmes gronder le canon. C’était la bataille de Wagram qui commençait. Sur les neuf heures, nous allions nous mettre en route pour rejoindre notre régiment, lorsque nous vîmes déboucher des ponts une masse de fuyards criant: « En retraite, en retraite. » Ce fut alors une panique générale dans toute l’île Lobau. Les cantiniers, les musiciens, les infirmiers, toute la foule des non-combattants, le parc des bœufs, les vivres, l’ambulance, tout cela se mit à courir en désordre du côté des ponts de la rive droite. On se rappelait la première retraite et l’on ne se souciait pas d’être de nouveau renfermé dans l’île. Pour moi, je n’étais pas trop effrayé; car, entendant gronder le canon à deux ou trois lieues de nous, il me paraissait improbable que l’armée fût en retraite. J’essayais, mais inutilement, de rassurer les fuyards, lorsque je vis un général, arrivant au galop, écumant de colère, criant à la foule de s’arrêter, mais n’y pouvant parvenir. Il arriva cependant à temps pour arrêter le parc d’artillerie, qui était tout attelé et prêt à se mettre en retraite. Mais il avait beau prodiguer les coups de plats de sabre, il ne pouvait arrêter les fuyards. Un hasard fit plus que lui. Un caisson énorme de vivres versa à l’entrée du retranchement qui formait la tête du pont. On ne pouvait plus passer qu’en franchissant les palissades, ce qui n’était pas commode. Plusieurs qui l’essayèrent furent blessés. Le général profita de ce moment pour mettre fin à cette fuite insensée. Il rallia quelques cavaliers, et, à leur tête et à l’aide de coups de plats de sabre, il parvint à faire reprendre à chacun son poste. Il était temps, car la panique eût pu gagner l’armée et Dieu sait ce qui aurait pu en résulter. Un seul de mes camarades était resté avec moi. Nous retournâmes à notre baraque. A côté était la baraque d’un cantinier qui avait été un des premiers à se sauver. Il avait laissé sa marmite au feu et une casserole pleine de fricot. Ne sachant s’il reviendrait, nous nous emparâmes de sa cuisine, et achevant de faire cuire la viande, nous fîmes un excellent souper. Nous venions de finir, lorsque nous vîmes arriver la cantinière. Elle se précipita dans sa baraque comme une folle. Elle y avait oublié sa bourse, qui était fort dodue, et comme elle la retrouvait intacte, elle ne se connaissait plus de joie. Au lieu de nous faire des reproches d’avoir mangé ses provisions, elle nous remercia d’avoir ainsi gardé sa baraque et par conséquent sa bourse. Son mari arriva un moment après avec sa voiture. Elle en tira plusieurs bouteilles de vin qu’elle nous offrit. Elle nous aurait donné, je crois, toute sa marchandise, tant elle était contente d’avoir retrouvé son argent.

Tous nos confrères ayant regagné le camp, nous nous mîmes en route pour rejoindre notre division. Nous la trouvâmes au repos. Elle avait tellement donné la veille et toute la matinée, que les soldats étaient harassés. La bataille était alors dans toute sa force. On ne distinguait plus les coups de canon, c’était un roulement continuel produit par les détonations d’un millier de pièces. Le sol en tremblait et c’était à en devenir sourd. L’instant décisif approchait. Notre division fut lancée en avant. Les Autrichiens lâchaient pied sur toute la ligne, et bientôt ils se mettaient en pleine retraite. Nos soldats les poursuivirent la baïonnette dans les reins pendant trois lieues, faisant quantité de prisonniers. Mais la fatigue arrêta la poursuite et toute l’armée, qui avait combattu presque sans interruption pendant plus de quarante heures, reçut l’ordre de coucher sur le champ de bataille de Wagram. Dès le lendemain matin, la poursuite recommença, mais sans engagement sérieux. Nous côtoyâmes d’abord le Danube jusqu’à Stockerau. Puis on nous dirigea sur Hollabrun, où nous restâmes un jour, et enfin sur Znaïm, où les Autrichiens avaient fait volte face et faisaient mine de vouloir de nouveau livrer bataille. Nous avions entendu le matin gronder le canon, et, lorsque nous rencontrâmes tournant le dos à l’ennemi un régiment de lanciers de la Garde, nous crûmes d’abord que l’on battait en retraite. Mais le trompette-major, près duquel je m’étais rendu, m’annonça qu’un armistice venait d’être signé (11 juillet 1809) et que toute la Garde s’en retournait à Vienne. La nouvelle fut confirmée un moment après par un général. On fit faire halte à la division, et toutes les gourdes se vidèrent pour célébrer la bonne nouvelle. Nous vîmes bientôt défiler tous les corps d’armée qui se rendaient dans leurs cantonnements. L’Empereur traversa notre division se rendant à Vienne, et nous le vîmes rire pour la seconde fois de toute la campagne: on se rappelle que, pour la première fois, c’était sur une plaisanterie de moi, que j’avais lancée sans me douter qu’il l’entendrait. Notre corps d’armée reçut l’ordre d’aller camper sur les frontières de Bohême, la division Molitor à Jaspitz et nous à Budwitz, où nous arrivâmes le 14 juillet. Nous y restâmes jusqu’au 12 octobre. C’était un très pauvre pays, les habitants étaient dans la dernière misère, et, loin de trouver chez eux des vivres, c’était nous au contraire qui pourvoyions à leur subsistance en retour des petits services qu’ils pouvaient nous rendre. Nous étions réduits au strict ordinaire, aux vivres de campagne, et, même pour de l’argent, on ne pouvait rien se procurer. Pendant notre séjour dans ce triste pays, nous perdîmes notre général de division, qui fut enterré avec toute la pompe due à son rang. La neige ayant commencé à tomber, on fit lever le camp et on nous envoya sur les derrières de l’armée, dans un mauvais village, où nous étions cependant un peu mieux que d’où nous sortions. Mais nous n’y restâmes que quatre jours. Il nous fallut aller remplacer, à Jaspitz, la division Molitor qui y cantonnait depuis plus de deux mois. On ne pouvait être plus mal. Heureusement nous n’y restâmes pas longtemps. On nous envoya à Sigard, très beau village, fort riche, qui n’avait pas éprouvé les misères de la guerre. Nous y restâmes fort heureux jusqu’au 16 décembre, bien logés, bien nourris. bien vus des hommes auxquels nous payions à boire, et encore mieux des femmes que nous faisions danser. »

FIN.

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