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( 8 novembre, 2018 )

De La Moskowa à Moscou…

Ombre 2

Nous tirons les lignes suivantes du Journal, déjà cité, de la division Friant.

A.C.

Le 9, combat avec les troupes russes qui défendue la ville de Mojaïsk et qui sont obligées de l’évacuer, après y avoir mis le feu et fait éprouver quelque perte au 48ème régiment. La division dépasse Mojaïsk et se trouve en présence de l’ennemi qui couvrait la retraite de ses équipages. La division marche en ligne, appuyée à des ravins. Son flanc gauche est inquiété par la cavalerie. Elle détache deux compagnies, commandées par le capitaine Calliez du 33ème pour s’éclairer sur ce point. Cet officier va trop loin et est enveloppé par 1.500 chevaux. Sommé de se rendre, il répond par des coups de fusil, renverse une cinquantaine de cavaliers et donne le temps, par sa brillante défense, au Roi de Naples de venir le dégager. Une vingtaine de décorations récompensa cet acte de bravoure. La division bivouaque en arrière de Mojaïsk. Le 10 septembre, elle se dirige sur Selkovo. On tiraille dans la journée, et, le soir, le Roi veut débusquer les Russes de la position qu’ils tenaient près de Fominskoë. Le 48ème qui forme la gauche marche pour s’emparer d’une colline boisée pendant que le Roi, avec la cavalerie et trois bataillons, attaque sur la grande route. Les Russes font filer par leur droite une nombreuse cavalerie qui gagne nos derrières et tombe sur les bataillons du 48ème et du 15ème léger qui sont en tirailleurs. Ils nous tuent beaucoup de monde. Le Roi est reçu au centre par une batterie de 16 pièces et ne peut avancer; il ordonne enfin la retraite. La division a perdu 1.200 hommes au moins. L’ennemi y montra 10.000 hommes d’infanterie et douze régiments de cavalerie. Nous n’avions que 4.000 fantassins et six régiments de cavalerie, et le Roi, croyant enlever la position d’emblée, avait laissé l’artillerie en arrière sur la grande route.

Le 11, même position. Le 12, la division continue sa marche. Le 13, continuation. Le 14, la division rencontre trois redoutes non achevées qui défendaient les hauteurs de Moscou. L’ennemi les abandonne. Le Roi de Naples, arrivé aux portes de cette capitale, ordonne à la division de se porter au Kremlin pour y dissiper la cohue de soldats, de paysans et d’incendiaires qui s’y trouvaient réunis. Miloradovitch commandait l’arrière-garde. Pressé par le Roi de Naples et par le prince Eugène qui passait la Moskowa pour attaquer la barrière de Zvenigorod, il propose un armistice pour évacuer la ville. Pendant cette courte suspension d’armes, Platov et d’autres généraux viennent visiter le Roi de Naples qui s’entretient quelques instants avec eux. Arrivés à la barrière de Kolomna, ils l’avertissent que, plus loin, il serait leur prisonnier. La division s’établit à cheval sur la route de Kolomna, ainsi que les avant-postes du roi.

Jusqu’au 17, même position.

Il est question du 48ème régiment d’infanterie dans le Journal de la division Friant. Voici ce qu’un capitaine du 48ème, Robbe, qui rédigea en 1813 un « Rapport historique sur la campagne de 1812 », a dit du rôle de son régiment àLa Moskowa, à Mojaïsk et aux portes de Moscou.

 A.C.

Le 5 septembre, après midi, pendant que, sur la droite, la 5ème  division enlevait la grande redoute et que la 1ère occupait à la gauche le bois au delà de la Kolotcha, la 2ème  division traversa ce ruisseau, prit sous le feu de l’ennemi une position centrale entre ces deux divisions qu’elle soutenait et qu’elle liait par une ligne de tirailleurs; la fusillade se prolongea jusqu’à la nuit. Le 7, la 2ème division quitta à la pointe du jour la position du 5 pour suivre le mouvement du 1er corps. Elle fila sur la lisière du grand bois de la droite, exécutant diverses manœuvres sous un feu très meurtrier jusqu’à midi. Alors, elle fut portée sur les bords du grand ravin qu’elle franchit, malgré une résistance assez vive de l’ennemi posté dans les berges très escarpés. Après les avoir chassés sans beaucoup de pertes et de difficultés, elle attaqua le village retranché qui se trouvait sur la crête et vers le centre de la ligne ennemie. L’infanterie russe en fut chassée, et la division s’y maintint pendant la nuit sous un feu d’artillerie extrêmement vif. Le général Friant y fut blessé vers le soir. Le colonel Groisne, malgré le déplorable état de sa santé et portant déjà la mort dans son sein, marcha à la tête du 48ème  pendant toute la journée et ne cessa de l’animer par son exemple. Le régiment perdit beaucoup d’officiers dans cette affaire, et sa perte totale fut de 8 à 900 hommes hors de combat.

Le 8, la division fut détachée de nouveau à l’avant-garde sous les ordres du Roi de Naples, qui, la veille, avait daigné lui donner des éloges, et elle passa la nuit près de Mojaïsk. Elle s’était mise en marche vers midi. Le lendemain 9, au malin, elle attaqua la position de Mojaïsk. Les 4ème  et 6ème  bataillons du 48ème, sous les ordres de M. le major Delavigne, marchaient à la tête delà cavalerie légère; ils enlevèrent les hauteurs escarpées de la gauche et chassèrent l’ennemi des ravins très difficiles qui les sillonnent. L’ennemi fut poursuivi l’épée dans les reins jusqu’à quatre ou cinq lieues de Mojaïsk. M. le major Delavigne et M. le capitaine Puissant furent grièvement blessés dans cette attaque où il y eut 90 hommes hors de combat. Le lendemain 10, l’ennemi occupait une position avantageuse et qui masquait une partie de ses forces. Il laissa le combat s’engager. Le 1er  bataillon du 48ème avait été envoyé en tirailleurs, soutenu par le régiment qui dut ensuite manœuvrer sur son flanc droit. Les tirailleurs négligèrent de suivre le mouvement. Quelque temps après, ils furent attaqués par les chasseurs russes, pendant qu’ils étaient chargés en queue par la cavalerie. Ce bataillon éprouva une grande perte. M. le commandant Lamagnet fut tué avec M. Pereyve, pendant qu’ils cherchaient à rallier les tirailleurs. Une partie se réunit dans un bois. Le régiment étant accouru forma le carré et recueillit les restes du bataillon. Il éprouva dans cette journée une perte totale de 250 hommes. Après ces deux affaires, l’ennemi fut poussé jusqu’à Moscou où le régiment n’entra le 14 au soir que pour le traverser et aller prendre position au-delà, sur la route, avec l’avant-garde du Roi de Naples. Ainsi, non seulement il ne put jouir du repos qu’y goûtèrent les autres régiments du 1″ » corps, ni profiter des ressources immenses en vivres, effets d’habillements, d’équipement, etc., qu’on s’y procura. Mais il se trouva éloigné de Sa Majesté Impériale, et pendant qu’il travaillait à mériter de nouvelles récompenses, il ne put assister à une de ces revues où Sa Majesté Impériale comblait ses troupes de faveurs de toute sorte. La division est la seule qui n’ait rien obtenu de toute la campagne.

 (Arthur CHUQUET, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.59-63).

 

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( 8 novembre, 2018 )

Une LETTRE du GENERAL PARTOUNEAUX …

On sait comment Partouneaux, parti de Borisov, se vit soudain coupé de Studienzka ; il n’avait plus que 3.400 hommes, mais il attaqua résolument l’ennemi. Ses efforts se brisèrent contre une trop grande supériorité des forces ennemies et il dut capituler. Napoléon dans son 29ème Bulletin, rapporta que la division, ayant pris les feux de l’armée russe pour ceux de l’armée française, avait été, par suite de cette cruelle méprise, entourée et enlevée : il ajout même cette phrase : « Des bruits courent que le général de division n’était pas avec sa colonne et avait marché isolément. ». Partouneaux a protesté contre ce passage du 29ème Bulletin à plusieurs reprises, surtout dans son « Adresse à l’Armée », qu’il publia sous la première Restauration. Voici une lettre adressée à  Berthier, en date du 24 avril 1813 : Partouneaux assure que le 29ème Bulletin lui a fait « la plus vive peine » et qu’il a résisté autant que possible. 

Arthur CHUQUET. 

Saint-Pétersbourg, 24 avril 1813. 

A. S.A.S. Monseigneur le Prince de Wagram et de Neuchâtel. 

Monseigneur, 

Nous avons lu dans les journaux le « 29ème Bulletin ». L’article relatif à la 12ème  division que j’avais l’honneur de commander, a fait à ceux qui restent la plus vive peine, et particulièrement à moi qui suis désigné nominativement. Si je suis assez heureux pour que les rapports que j’ai pris la liberté d’adresser à Votre altesse Sérénissime soient parvenus, j’ose espérer que S.M. l’Empereur nous aura accordé la justice que nous méritons, car nous avons fait notre devoir. Réduits à 3,400 hommes dont 400 de cavalerie avant le combat, et cernés et attaqués de toutes parts par les armées des généraux Wittgenstein, Tchitchagov, Platov, nous n’avons déposé les armes qu’après avoir perdu plus de la moitié de notre monde, dont MM. Les généraux de Blanmont et Delaitre blessés et mis hors de combat. Je réclame les bontés de Votre Altesse Sérénissime en faveur de ma famille qui n’est pas riche, surtout après le malheur que j’éprouve. Je désirerais que mes trois enfants, qui sont en ce moment au lycée de Turin, fissent élevés aux frais du Gouvernement. J’ose compter sur l’intérêt  de Votre Altesse Sérénissime pour que ce bienfait leur soit accordé. 

J’ai eu l’honneur à Votre Altesse Sérénissime la mort de MM. Dugommier, de Curnieu, Wagner, colonels. Le général Camus vient de payer ce tribut. 

(Extrait de l’ouvrage : « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents », d’Arthur Chuquet, publié en 3 volumes chez Fontemoing en 1912). 

 

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