• Accueil
  • > Archives pour le Mercredi 21 novembre 2018
( 21 novembre, 2018 )

1814. Une lettre de Guillaume Peyrusse…

Guillaume Peyrusse

Occupant alors les fonctions de Payeur de l’Empereur, il écrit à son frère André.

A Troyes, 6 février 1814.

Mon cher ami, toujours en route et dans les séjours, toujours sur le qui-vive, je ne puis pas m’installer pour t’écrire. Je t’ai écrit de Brienne. Depuis, Sa Majesté a jugé à propos de manœuvrer sur Troyes. Nous y sommes arrivés le 3 sans être bien inquiétés. Nous y avons trouvé la Vieille Garde. Depuis lors on a manœuvré. On a tiré quelques coups de fusil, quelques coups de canon, mais rien de bien important n’a eu milieu. L’ennemi ne paraît pas nous suivre de ce côté-là.

 Moi et plusieurs autres ne comprenons rien à ce calme apparent. Sa Majesté seule le sait. On assure que le duc de Trévise [maréchal Mortier] a eu une entrevue avec le prince de Lichtenstein. Il est parti de beaux équipages pour le Grand Écuyer [général de Caulaincourt] qui est toujours à Châtillon. Enfin, il y  a quelque chose puisque nous ne partons pas d’ici. Je désire que notre attente ne soit pas déçue, ou bien qu’on se décide à s’établir pour en découdre solidement.

Adieu, cher ami, je me porte bien, et mon énergie croît au fur et à mesure des obstacles.

 

Guillaume PEYRUSSE.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, Libraires-Éditeurs, 1894, pp.183-184).

  

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 21 novembre, 2018 )

Propos de demi-soldes et attitude des militaires…

DS

« 26 janvier 1815.- Hier, vers quatre heures après midi, on aperçut neuf officiers se promenant ensemble dans le jardin des Tuileries. On s’approcha d’eux pour entendre leurs discours qui respiraient le fiel, l’amertume et la menace même. « Pourquoi, se disaient les plus animés parmi eux, n’entrerions-nous pas dans ce château, en montrant les Tuileries ?  » . »Pourquoi n’irions-nous pas y demander notre solde arriérée, notre pension entière de la Légion d’honneur ? Faut-il donc nous dépouiller ainsi au profit des émigrés, des chouans et des prêtres ?  » Si j’en crois les rapports que j’ai sous les yeux, ils finirent par convenir, entre eux, de chercher un certain nombre de camarades, dans le même cas qu’eux, de se porter ensemble au château, l’un de ces jours, à l’heure, de la messe, non avec des desseins criminels, mais pour présenter une pétition au Roi et tâcher d’en obtenir, ainsi, ce qu’ils ne peuvent obtenir du ministère. L’agent qui m’a rapporté ces propos assure ne connaître aucun de ceux auxquels il les attribue. Ils disparurent et se dispersèrent, pendant qu’il allait chercher quelques personnes qui pussent l’aider à les suivre. Tout en le blâmant de n’avoir pas, au moins, su me signaler quelqu’un de ces officiers, j’ai donné des ordres pour rechercher, avec soin, s’il existait réellement, parmi les militaires, quelques traces d’un projet tendant à se porter vers le château. Une pareille idée, si elle se combinait entre un certain nombre, ne pourrait manquer de percer, par le besoin même de se concerter à cet égard et, si elle n’était que la conception de quelques-uns, seulement, elle ne serait pas dangereuse, puisqu’il y aurait toujours des moyens suffisants pour les écarter, s’ils se présentaient aux Tuileries. Aussi bien, je dois reconnaître que les militaires sont toujours animés d’un mauvais esprit; je n’en veux d’autre preuve qu’une scène qui vient de se passer au Palais-Royal et qui est digne d’attention, moins par elle-même que par quelques-uns de ces mots qui peuvent n’être que des indiscrétions et qui sont une indication de projets cachés. Un officier, cédant à un besoin naturel, s’était arrêté auprès de la galerie de Bois [galerie se trouvant alors au centre du Palais-Royal près de nos colonnes de Buren] ; un marchand, occupant une boutique voisine, sortit alors en l’engageant à s’éloigner. L’officier se retirait, lorsqu’un de ses camarades lui dit : »Quoi ! Tu te laisserais mener ainsi par un pékin ?  » (Injure ordinaire des militaires contre les bourgeois.) De là, une violente altercation, à la suite de laquelle, des inspecteurs de police sont accourus et ont requis les deux militaires de se rendre au corps de garde. Mais ceux-ci ont refusé d’obéir et beaucoup de leurs camarades se sont rassemblés en prenant leur parti. « Non, s’écriaient-ils, on ne les arrêtera pas. Si l’on ose toucher un de nous, le branle commencera et tout sera bientôt fini. Nous ne sommes pas nobles, mais si l’on nous vexe, nous saurons nous soutenir ». Enfin, l’officier a été conduit au corps de garde, puis relâché. Mauvaise attitude des militaires. Ces propos m’ont paru remarquables, en les rapprochant de l’humeur plus sombre et plus mystérieuse qui, depuis quelques jours, perce parmi les militaires, comme s’il existait entre eux un système. Ils semblent, la plupart, avoir cessé de croire à la stabilité du gouvernement qu’ils accusent de marcher en opposition avec l’opinion de la majorité de la nation et de l’armée. Ils prédisent, même vaguement, des révolutions, sans en assigner ni l’époque, ni l’objet. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814 d’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, 1897, pp.241-244).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 21 novembre, 2018 )

L’état de l’armée russe après le passage de la Bérézina….

Passage Bérézina

Après le passage de la Bérézina les froids devinrent excessifs Je n’ai jamais pu rester à cheval plus de dix minutes de suite et, comme on ne pouvait pas marcher longtemps à pied à cause de la neige qui était très profonde, on ne faisait que monter et descendre de cheval. Deux de mes gens qui était de ma terre de Rasik et les enfants d’anciens serviteurs de mon père, eurent les pieds gelés. On fut forcé de leur amputer les jambes, et ils moururent à l’hôpital. J’en eu une véritable douleur. Ils m’avaient servi avec tant de zèle et de dévouement. Je garantissais les pieds du froid en les entortillant dans les bonnets à poils des grenadiers français. En général nos costumes étaient tout à fait burlesques. Nos hussards souffraient beaucoup. Ils bivouaquaient continuellement et seuls les chevaux de nos pays sont capables de supporter tant de fatigues. Arrivés à Vilna, nous n’avions dans tout le régiment de Summ que 70 chevaux capables de soutenir une charge.  Le reste n’avait pas péri, mais ne put suivre, et nous mes laissâmes dispersés dans les villages pour se refaire et, un mois après, les régiments furent réorganisés. Si nous avions eu le malheur de battre en retraite, nos pertes auraient été incalculables. Notre infanterie se désorganisa visiblement. Le froid rend les soldats pusillanimes. Une fois qu’ils étaient parvenus à avoir un abri bien chauffé ou une chaumière bien chaude, il n’y avait  plus moyen de les en faire sortir. Ils se fourraient dans les fours au risque de se griller. La guerre avait cessé faute de combattants. On pillait bien encore par ci, par là, quelques fourgons abandonnés, mais on ne fit plus de prisonniers. La route était jonchée de cadavres gelés et de chevaux à demi rongés. J’ai compté sur la distance d’une verste [1067 mètres], 76 chevaux crevés et 148 hommes gelés, et toute la route présentait le même spectacle. L’horreur était à son comble, le froid excessif. Nous avions trouvé un petit traîneau de paysan et nous le fîmes atteler à d’un cheval, et nous nous en servîmes pour faire commodément la route. La moitié du chemin, nous marchions à pied, et l’autre moitié, campés sur notre traîneau. L’un de nous le conduisait à tour de rôle. Mais le froid était si excessif que jamais nous n’eûmes la force de tenir les rênes plus de dix minutes. On avait les mains gelées. Il fallait qu’un autre reprit les rênes et on se réchauffait les mains en les frottant ou par un mouvement continuel. Et c’est de cette manière en luttant et en se défendant sans cesse contre les rigueurs de la saison, que nous parvînmes à nous sauver la vie et à la supporter cette marche calamiteuse.  

Ce passage est extrait des « Mémoires » du baron de Löwenstern, qui furent publiés en 1903 par le commandant Weil (Paris, Fontemoing, 1903, 2 volumes). Plus que la guerre, c’était le froid qui avait vaincu l’armée de Napoléon en Russie et, par suite de ce froid, l’armée russe ne valait, après le passage de la Bérézina, pas beaucoup mieux comme le montre cet officier russe dans ses mémoires.  

Arthur CHUQUET.     

 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 21 novembre, 2018 )

Un portrait méconnu de Guillaume Peyrusse…

peyru2.jpg

Voici un gros plan du fameux (et très beau) tableau de Joseph Beaume représentant le départ de Napoléon de l’île d’Elbe le 27 février 1815. Et si le personnage dont j’ai grossi l’image était Guillaume Peyrusse ? . Hypothèse séduisante et même troublante car en effet, cet homme qui se trouve derrière l’Empereur, entre Cambronne et le vertueux Drouot, ressemble beaucoup au portrait de Peyrusse figurant dans mon édition de ses « Mémoires , (Editions AKFG, 2018 ). On sait que Guillaume Peyrusse, personnage de qualité, suivit Napoléon durant les 300 jours de son exil elbois. Il fut en charge de toute la trésorerie du souverain et même des finances publiques. Il est donc très probable que l’anonyme du tableau soit celui que l’Empereur appelait avec son accent méditerranéen « Peyrousse ».

C.B.

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
|