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( 13 novembre, 2018 )

En suivant le parcours du major Le Roy…

8 MARS 2018

En mars de cette année sont parus chez OMNIBUS les « Souvenirs » du major LE ROY.  Ce témoignage, qui peut figurer parmi les meilleurs publiés sur l’Epopée, entraîne le lecteur depuis les dernières années de l’Ancien Régime jusqu »aux ultimes feux de l’Empire. Voici une choronlogie qui permet de resituer son auteur.

7 septembre 1767. Naissance de Claude-François-Magdeleine LE ROY, à Talmay (Côte-d’Or)

21 mars 1781. Part pour Paris et y arrive le 15 avril.

16 mai 1781. Embarque sur le navire le « Triomphant » comme « volontaire d’honneur ».

22 mai 1782. Fait partie de l’équipage du bâtiment « Le Guerrier ».

15 avril 1783. Retour en France.

26 janvier 1785. Soldat au Bataillon auxiliaire des Colonies.

20 décembre 1785. Le Roy est expédié à la Martinique.

1787/1789. Détaché à l’île Sainte-Lucie puis de retour à la Martinique. Nommé le 7 juillet 1787 caporal au 3ème Bataillon (sans autre précision).

Mai 1790. Le Roy rentre en France.

Hiver 1790/1791. Major à la Garde nationale du canton de Talmay.

22 mars 1792. Selon ses états de service, c’est à cette date que Le Roy s’engage comme soldat au 9ème Bataillon de Seine-et-Oise. Dans son récit, l’auteur indique que c’est plus tard, en septembre de la même année, qu’il intègre ce bataillon avec le grade de sergent-major. La date du 16 septembre 1792 est notée dans ses états de service comme étant celle de sa nomination à ce même grade.

2 septembre 1796. Sous-lieutenant au 9ème bataillon de Seine-et-Oise, devenu, en mai précédent, le  108ème régiment d’infanterie.

20 juillet 1803. Lieutenant au 108ème régiment d’infanterie.

21 janvier 1805. Capitaine au 108ème régiment d’infanterie.

5 novembre 1804. Légionnaire au 108ème régiment d’infanterie.

Le Roy participe aux campagnes de 1805 (à Austerlitz, l’auteur est cité à l’ordre du jour pour une action d’éclat), de 1806 (présent à Auerstaedt) et de 1807. Fait prisonnier lors de la bataille d’Eylau (le 8 février 1807), il est expédié en Russie et ne sera libéré qu’en septembre de la même année. 

22 juin 1811. Nommé chef de bataillon et rejoint le 85ème régiment d’infanterie de ligne.

22 juin 1812. Nommé chef de bataillon du 85ème régiment d’infanterie, il participe à la campagne de Russie.

10 août 1812. Major à la suite du 85ème régiment d’infanterie.

8 octobre 1812. Major titulaire dans ce même régiment.

1er janvier 1813. A l’issue de la campagne de Russie, Le Roy arrive à Berlin.

14 mars 1813. Commandant du 34ème régiment provisoire. Participe à la campagne de Saxe.

13 juillet 1813. Officier de la Légion d’honneur.

Début 1814.Le Roy est nommé colonel du 1er régiment des Gardes nationales de la Moselle

19 avril 1851. Mort de Claude Le Roy à Talmay (Côte-d’Or).

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Principaux événements importants de l’époque.

 Louis XV règne depuis 1715.

10 mai 1774. Mort de Louis XV et avènement de Louis XVI.

3 septembre 1783. Signature du Traité de Paris mettant un terme à fin de la guerre d’Indépendance américaine.

20 juin 1789. Serment du Jeu de Paume.

14 juillet 1789. Prise de la Bastille.

19 juin 1790. Suppression de la noblesse.

14 juillet 1790. Fête de la Fédération à Paris.

22 octobre 1790. Adoption du drapeau tricolore.

20 et 21 juin 1791. Fuite puis arrestation de Louis XVI

21 septembre 1792. Abolition de la royauté et proclamation de la République.

21 janvier 1793. Exécution de Louis XVI.

16 octobre 1793. Exécution de Marie-Antoinette.

5 avril 1794. Condamnation et exécution de Danton.

28 juillet 1794. Exécution de Robespierre.

27 juin 1795. Débarquement d’une armée de 4000 émigrés à  Quiberon.

5 octobre 1795. L’armée républicaine réprime durement l’insurrection royaliste.

1er novembre 1795. Début du directoire.

4 septembre 1797. Coup de force du Directoire. Barras, aidé par le général Bonaparte, prend le pouvoir.

1er août 1798. Destruction de la flotte française par l’amiral Nelson à Aboukir ;

9 novembre 1799. Coup d’état du 18 brumaire, organisé par Bonaparte.

23 novembre 1799. Bonaparte, Sieyès et Ducos sont nommés consuls.

25 décembre 1800. Attentat de la rue Saint-Nicaise vissant Bonaparte.

9 février 1801. Paix de Lunéville entre la France et l’Autriche.

25 mars 1802. Paix d’Amiens entre la France et l’Angleterre.

16 mai 1803. Cession de la Louisiane aux États-Unis.

18 mai 1804. L’Empire est institué.

2 décembre 1804. Sacre de Napoléon.

21 octobre 1805. Défaite navale française à Trafalgar.

2 décembre 1805. Bataille d’Austerlitz.

14 octobre 1806. Bataille d’Iéna.

21 novembre 1806. Mise en place du Blocus continental 

8 février 1807. Bataille d’Eylau.

14 juin 1807. Bataille de Friedland.

7/9 juillet 1807. Traité de Tilsit entre la France et la Russie.

13 novembre 1807. Entrée des troupes françaises en Espagne. Début de la campagne d’Espagne.

23 mai 1808. Déclenchement de l’insurrection espagnole.

10 avril 1809. Début de la campagne d’Autriche.

22 avril 1809. Bataille d’Eckmühl.

21/22 avril 1809. Bataille d’Essling.

5/6 juillet 1809. Bataille de Wagram.

12 juillet 1809. Bataille de Znaïm.

14 octobre 1809. Traité de Schönbrunn. Fin de la campagne d’Autriche.

2 avril 1810. Mariage religieux de Napoléon de Marie-Louise d’Autriche.

20 mars 1811. Naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon.

24 juin 1812. La Grande-Armée franchit le Niémen. Début de la campagne de Russie.

17 août 1812. Bataille de Smolensk.

7 septembre 1812. Bataille de La Moskowa (Borodino)

14 septembre 1812. La Grande-Armée arrive à Moscou.

25/29 novembre 1812. Passage de la Bérézina.

Janvier/octobre 1813. Campagne de Saxe.

2 mai 1813. Bataille de Lützen

20/21 mai 1813. Bataille de Bautzen.

27 août 1813. Bataille de Dresde.

18 octobre 1813. Bataille de Leipzig.

Janvier /mars 1814. Campagne de France.

10 février 1814. Bataille de Champaubert.

11 février 1814. Bataille de Montmirail.

18 février 1814. Bataille de Montereau.

30 mars 1814. Bataille de Paris. La capitale tombe le lendemain.

6 avril 1814. Napoléon abdique.

4 mai 1814. Napoléon découvre son nouveau royaume : l’île d’Elbe.

3 mai 1814. Entrée de Louis XVIII à Paris. Début de la Première Restauration.

1er mars 1815. Napoléon débarque à Golfe-Juan.

20 mars 1815. L’Empereur arrive à Paris.

16 juin 1815. Bataille des Quatre-Bras et de Ligny.

18 juin 1815. Bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ».

22 juin 1815. Abdication de l’Empereur.

8 juillet 1815. Louis XVIII entre à Paris. Début de la Seconde Restauration.

16 octobre 1815. Napoléon débarque à l’île de Sainte-Hélène.

LE ROY-Portait-Mairie Talmay

 Tableau représentant le major Le Roy (Mairie de Talmay, Côte-d’Or)

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( 13 novembre, 2018 )

Une princesse à l’île d’Elbe: Pauline Borghèse…

Pauline

« La princesse Pauline, faisait, chez son frère, le bonheur des réunions, avec cette grâce qui la distinguait d’une manière si éminente. Ces soirées intimes étaient pleines de saillies ; c’étaient de délicieuses causeries toutes pétillantes d’à-propos, toutes chatoyantes d’intrigues. L’Empereur, que l’entraînement général gagnait, devenait alors charmant d’improvisations gracieuses ; il racontait ses impressions du jeune âge ; il disait des scènes de salon ou de bivouac avec cette lucidité colorée qui le caractérisait si bien ! Et c’était véritablement une bonne fortune pour tous quand il s’emparait de la conversation, et qu’il voulait bien descendre des grandes et graves pensées qui l’agitaient au niveau de l’intimité !… » (J. Chautard, « L’île d’Elbe et les Cent-Jours… », p.90). « Dès son arrivée dans l’île [le 1er novembre 1814, après un passage le 1er juin de la même année], la princesse Pauline dînait tous les jours avec l’Empereur, à moins que S.A. ne se trouvât indisposée. Je ne me rappelle pas s’il en était ainsi de Madame Mère mais ce qui est positif, c’est qu’elle dînait au palais tous les dimanches. Dans la semaine, il y avait un jour où l’Empereur allait chez sa mère. Les mets étaient de cuisine italienne… Les amusements ordinaires durant les soirées, étaient les jeux de cartes, les échecs, les dames ; le plus souvent, le temps se passait en causeries ou en promenades.

(« Lettre de Saint-Denis, ancien mameluck de l’Empereur », in « Documents sur le séjour de Napoléon 1er à l’île d’Elbe », dans la « Nouvelle Revue Rétrospective », 1895. Cette lettre datée de « Sens, le 7 octobre 1847 » est adressée à André Pons de l’Hérault en réponse à plusieurs questions formulées par ce dernier sur le séjour elbois de l’Empereur).

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( 12 novembre, 2018 )

12 novembre 1812…

« Le 12 novembre nous arrivons devant Smolensk, les Russes tentent de nous disputer le passage. Les quelques canons que nous avions pu conserver prennent les devants, et après deux heures d’une lutte énergiquement disputée, nous passons le pont, encombré de malheureux, blessés ou gelés.

(Capitaine Vincent BERTRAND, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815….», A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.145-146). L’auteur était à cette époque sergent dans les rangs du 7ème régiment d’infanterie légère, lui-même faisant partie du 1er corps (Maréchal Davout).

12 novembre 1812… dans TEMOIGNAGES russie

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( 12 novembre, 2018 )

La liquidation d’une légende: la survivance de Ney en Amérique…


ney1815

Cet article, est paru dans la «  Revue de l’Institut Napoléon » n°125, en 1972. 

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Le 29 septembre 1946, dans un petit village de Caroline du Nord, il y eut une cérémonie religieuse et militaire en l’honneur d’un Maréchal de France. Sur un certain tombeau on déposa des couronnes, on étendit des drapeaux, il y eut un défilé militaire. Sur ce tombeau on lit (je traduis) : 

Ci-gît PETER STEWART NEY

Soldat de la Révolution Française et de Napoléon Bonaparte

Mort le 15 novembre 1846, âgé de 77 ans.

Pour beaucoup d’habitants du pays, comme pour ceux de certaines autres régions, le Maréchal aurait échappé à l’exécution pour finir ses jours dans la Caroline du Nord.  Aucun historien sérieux n’a traité ce sujet en anglais, et ceux qui croient à notre légende n’ont jamais vu de documents sur ce point et ne savent que des histoires plus ou moins authentiques et mal traduites. Sans aucun doute, le maréchal Ney, au moment de son arrestation, était déjà sur le chemin de l’Amérique. Evidemment il avait des passeports pour Lausanne en Suisse et aussi un laissez-passer pour Toulon. Mais son passeport de date la plus récente,établi au nom de ses domestiques, était pour La Nouvelle-Orléans, par Bordeaux.  Si on étudie l’itinéraire du Maréchal entre son départ de Paris, le 6 juillet 1815, et son arrestation le 3 août, on voit bien qu’il ne se dirigeait pas surla Suisse. Il se cachait dans le Massif Central pour prendre son passeport pour l’Amérique qui a probablement été envoyé par sa femme, et peut-être aussi des lettres.

Puis il a essayé plusieurs fois de s’échapper du côté de Bordeaux, mais il était entouré dans un réseau de dénonciateurs et l’on a fini par le prendre dans un château dans le département du Lot, à quelques kilomètres d’Aurillac. Peter Stewart Ney a vécu dans les Carolines du Nord et du Sud entre 1819 et 1846. C’était un maître d’école qui a joui d’une grande réputation, à en juger d’après les témoignages de plusieurs de ses anciens élèves.

Malheureusement les documents- sauf un daté de 1827- n’ont paru qu’après la mort de Peter Ney en 1846.

Malgré le manque de documents, il sûr que des bruits coururent pendant la vie de Peter Ney. Quelques mois après sa mort, il y eut plusieurs lettres publiées à ce sujet dans le « Southern Litterary Messenger ». Pendant la dernière moitié du XIX°siècle, d’anciens élèves de Peter Ney ont insisté sur le fait qu’ils avaient, dans leur jeunesse, profité de l’enseignement d’un Maréchal de France. Un pasteur du pays, un certain Weston, et un docteur en médecine du nom de Smoot, ont ramassé et publié des centaines de pages de témoignages de ces élèves, de leurs enfants et de leurs familles. Certains ont dit que le maître d’école, désormais devenu fameux, leur avait affirmé en classe qu’il avait été maréchal. Les uns prétendaient qu’il le disait quand il était sobre ; d’autres, au contraire, quand il était ivre. Ces derniers ont expliqué qu’étant ivre, Ney avait l’habitude d’agir comme un général sur le champ de bataille, donnant des ordres, et surtout demandant à monter à cheval.  Lorsqu’il était dans le monde, il voulait faire croire qu’il connaissait la haute société de l’époque impériale. Il obtint un jour un gros succès en disant à une dame : « Ne me regardez pas ainsi, car c’est la façon dont Mme de Staël me regardait. » Il parlait des deux Impératrices en donnant tort à Napoléon d’avoir répudié Joséphine. Chaque fois que venaient de France de grandes nouvelles : celle de la mort de l’Empereur, celle de la mort du duc de Reichstadt, celle de l’accession au trône de Louis-Philippe, il noyait avec ostentation son désespoir dans l’alcool et souffrait ensuite, comme on peut aisément l’imaginer, de dépressions nerveuses.

Tout cela a beaucoup impressionné ses amis, et les années passant, ils ont vu de pus en plus une ressemblance entre le vieux maître d’école et le Maréchal, sans aucune documentation, sans même connaître le caractère du Maréchal.

D’après la légende, le duc de Wellington aurait sauvé Ney en ordonnant une fausse exécution. Nous savons aujourd’hui que pour éviter les incidents, le Gouvernement français avait choisi pour l’exécution un terrain, près du Luxembourg, où le Maréchal était prisonnier.  Quant à l’enterrement, la police avait exigé qu’il ait lieu avant l’aube. Toutes ces précautions ont été considérées par les amis de Peter Ney comme le témoignage d’une fausse exécution et la preuve que le cercueil a dû être vide.  Si le maréchal n’avait pas été tué, il est invraisemblable que la foule qui arrivait d tous côtés n’en eût pas eu connaissance. Un officier hollandais, au service de la Russie, après avoir assisté au procès, s’est habillé en grand uniforme, a attendu toute la nuit près du Palais du Luxembourg, et enfin a suivi les troupes au lieu d’exécution.  Les observateurs de la Police ont parlé de « plus de cinq cents Anglais qui sont venus pour voir le corps ». Un autre observateur, dans un rapport, déclare que des Pairs de France, des généraux, des officiers étrangers et des attachés des légations étaient venus voir si c’était bien le maréchal Ney qu’on avait fusillé.En somme, il n’y a aucun document ni témoignage contemporain qui permette le moindre  doute sur la mort de Ney.  Les soi-disant témoignages ne sont basés sur rien de précis et ont sûrement été inventés par des gens qui n’ont pas lu les documents contemporains, qui ne connaissent pas la France de 1815 et ne savent peut-être pas bien la langue française d’aujourd’hui. En général les amis de Peter Ney étaient des amis bien intentionnés mais mal renseignés. On a de Peter Ney plusieurs œuvres. Il a publié beaucoup de vers dans les journaux du pays, dont  plusieurs ont été copiés par le pasteur Weston. On n’a qu’à lire quelques-uns de ces vers convaincu que l’auteur avait une formation entièrement anglaise, une éducation classique genre XVII° siècle. Beaucoup de ces vers ont pour sujet ls guerres de Napoléon, mais la langue et les images poétiques que l’on y trouve n’ont rien de français. Un officier français qui n’aurait pas eu de culture anglaise classique n’aurait jamais pu écrire ces vers, surtout les quelques lignes sur la mort du poète anglais, Sir Philip Sydney. Beaucoup de gens ont dit que Peter Ney parlait parfaitement bien le français. Pourtant, aucune de ces personnes ne parlait cette langue, et nous savons que Peter Ney s’est beaucoup fâché quand un de ses élèves lui demanda de lui enseigner un peu de français. Dans tous les écrits que nous avons de lui, il n’y a pas une seule lettre en français, rien que de petites phrases et surtout des maximes- comme « Le sage parle à demi-mot ».  Peter Ney possédait plusieurs livres sur Napoléon et son temps, et il avait l’habitude d’écrire là-dedans des commentaires.

Dans ces inscriptions on trouve énormément d’erreurs, surtout de genre et d’accent, des erreurs qu’un français n’aurait jamais pu faire.  Un autre respect de l’affaire, qui affaiblit beaucoup la légende, c’est la conduite de Peter Ney à l’égard des amis et des parents que le Maréchal avait eu aux Etats-Unis. Pourquoi aurait-il évité le groupe des Bonapartistes de Philadelphie, y compris le frère de Napoléon qui s’y trouvait à ce moment-là ? Pourquoi n’aurait-il pas vu l’oncle de sa femme, Edmond-Charles Genet, qui a joué aux Etats-Unis un certain rôle politique ?

Pourquoi ne serait-il pas allé à La Nouvelle-Orléans dans la famille de Pontalba, où l’on était tout prêt à le recevoir ? 

La vérité semble être- et je suis d’accord avec un certain Wiseman qui, déjà en 1885, avait écrit au bibliothécaire en chef de l’Université du Wisconsin, que Ney « était un Ecossais et un grand admirateur de Napoléon, qu’il avait peut-être même été dans l’armée impériale et que, beaucoup plus tard, se trouvant pris pour le maréchal Ney, il avait accepté de jouer ce rôle qui flattait sa vanité ».  Pendant toute sa vie, il aurait donné l’impression d’être un méconnu et il a dû vivre dans la peur d’être démasqué.  Si le maréchal Ney avait voulu passer inaperçu en Amérique, il aurait plutôt choisi le nom de Dupont ou de Durand. 

Dorothy MACKAY-QUYNN 

Docteur de l’Université de Paris. 

 

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( 11 novembre, 2018 )

1814. Un projet de cavalerie non réalisé…

1814. Un projet de cavalerie non réalisé… dans TEMOIGNAGES claye-28mars1814

Le 31 janvier 1814, le duc de Feltre [général Clarke, ministre de la Guerre] envoyait à l’Empereur un intéressant rapport. Tous les inspecteurs, les généraux-colonels des gardes d’honneur, disait-il, jugeaient que les chevaux de ces régiments étaient en mauvais état parce que les cavaliers, jeunes gens de famille, ne pouvaient, ne savaient en prendre soin. Il avait donc cherché « ce qui se pratiquait dans les gardes du corps sous l’ancien gouvernement » et il avait vu qu’ « on accordait, sur trois gardes, un palefrenier, ou Tartare pour soigner les chevaux ». Le ministre pensait donc qu’il serait bon d’accorder à chaque garde sur le pied de guerre un Tartare monté sur un cheval de 4 pieds 3 pouces. Ces tartares seraient en même temps employés comme éclaireurs ; leur uniforme différerait de celui des gardes ; ils auraient la solde et les masses de la cavalerie légère ; ils seraient admis par les généraux-colonels sur la présentation des gardes qui trouveraient aisément des hommes de leur département et qui, pour cette fois, se chargeraient de leur donner un cheval ; ce service serait d’ailleurs compté pour la conscription. Là-dessus, le duc de Feltre soumit à l’Empereur son projet.

I. Il pourra être passé dans les régiments de gardes d’honneurs, sur le pied de guerre, un palefrenier sous la dénomination de Tartare, à la suite de chaque sous-officier ou garde d’honneur, pour soigner son cheval. Ce Tartare, présenté par chaque garde au capitaine de sa compagnie et agrée par celui-ci, sera admis dans le régiment par le général-colonel.

II. Chaque Tartare ne pourra avoir moins de 18 ans et plus de 40 ans. A dater de son admission, il recevra la solde de soldat de cavalerie légère et aura droit aux mêmes masses.

III. Chaque Tartare devra être monté sur un cheval de 4 pieds 3 pouces. Les gardes d’honneur qui présenteront un Tartare, devront, pour cette fois, fournir son cheval. L’habillement, l’équipement et le harnachement lui seront fournis aux frais de l’État.

IV. L’uniforme des Tartares aura les mêmes formes et la même coupe que celui des chasseurs à cheval : l’habit-veste, le gilet, la culotte hongroise et le manteau-capote seront en drap gris : collet, liseré des revers, parements et doublures verts; boutons blancs; shakos noirs; buffleterie noire; bottes à la hussarde ; le harnachement du cheval sera le même que celui des éclaireurs.

V. Le service des Tartares leur sera compté pour la conscription; mais sous aucun prétexte, on ne pourra les tirer d’autres corps de la ligne.

VI. En campagne, les Tartares seront employés en éclaireurs; il y aura, dans chaque compagnie des gardes d’honneur, un officier et le nombre de sous-officiers nécessaires pour les diriger suivant les ordres des chefs.

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Napoléon ne signa pas le décret ; il n’en eut pas le temps et n’en vit pas l’utilité.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.33-34).

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( 11 novembre, 2018 )

Il y a cent ans, c’était la fin de la guerre de 1914-1918…

1918

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( 11 novembre, 2018 )

Une lettre du capitaine Rey, du 1er régiment suisse, sur le passage de la Bérézina.

La Bérézina

Arrivés au jour au petit village de Studienzka [le 26 novembre 1812] ; nous prîmes position sur une petite éminence qui dominait d’assez près la Bérézina. L’artillerie s’y établit avec nous, et l’on renouvela l’injonction de ne laisser personne s’éloigner. Il y avait là des tas de planches autour de quelques maisons. Dans la matinée, le bruit circula que l’Empereur était auprès de la rivière et, malgré la défense expresse de quitter notre troupe, vu que d’un moment à l’autre nous pouvions recevoir l’ordre d’opérer un mouvement, je ne pus résister à la curiosité de voir de près le grand homme dans la conjoncture où nous nous trouvions. Me faufilant le long des rangs, je gagnai le bas de la position et, arrivé au bord de l’eau, je l’aperçus de fort près, adossé contre des chevalets qui se trouvaient sur la rive, les bras croisés, dans sa capote, silencieux, n’ayant pas l’air de s’occuper de ce qui se passait autour de lui, fixant seulement de temps en temps ses regards sur les pontonniers qu’il avait en face et à quelques pas de lui, dans la rivière parfois jusqu’au cou et parmi les glaçons, occupés à ajuster des chevalets qu’ils paraissaient avoir beaucoup de peine à assujettir au fond, tandis que d’autres plaçaient des planches sur eux à mesure qu’ils étaient fixés. Les seules paroles que j’ai entendues sortir de la bouche de l’Empereur pendant un assez long espace de temps étaient une allocution faite d’un ton d’humeur et d’impatience au chef chargé de la direction des travaux. Il lui faisait observer que cela allait trop lentement. Mais le premier lui répondit avec vivacité et assurance, en lui montrant la position de ses gens plongés depuis longtemps dans ces flots glacés sans avoir quoi que ce fût pour se fortifier et se restaurer : position, en effet, horrible à voir. L’Empereur, sans rien répliquer, reprit sa première attitude, avec son air taciturne, pensif et soucieux. Je rejoignis ma troupe, je passai encore un certain temps dans cette position, et nous reçûmes de nouveau plusieurs injonctions de tenir nos gens réunis et prêts à marcher. Tout à coup, un bruit s’éleva du côté de la rivière, et je vis un détachement s’engager sur le pont aux cris de « Vive l’Empereur ! ». au même instant, nous reçûmes l’ordre du départ et nous nous trouvâmes nous-mêmes dans un moment à l’entrée du pont, de ce frêle pont, où je revis Napoléon dans la position où je l’avais laissé, avec sa même taciturnité, son même air pensif, et ne faisant pas la moindre attention à nous, quoique nous répétions tous, en arrivant près de lui, les mêmes vivats, dont il n’avait pas l’air de se soucier le moins du monde…

Lausanne, le 3 février 1839.

REY.

Extrait du 3ème volume de l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents », (Fontemoing, 1912, 3 volumes).


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( 10 novembre, 2018 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (III)

1809 3

Suite du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème  régiment de ligne.

« Le temps s’était remis au beau, la marche était devenue moins pénible, attendu que nous ne faisions guère que quatre ou cinq lieues par jour. Mais il nous fallait coucher à la belle étoile, au bivouac, et puis les vivres manquaient souvent. Nous avions la paresse, nous musiciens, de ne pas porter de marmite avec nous, aussi fallait-il souvent nous passer de soupe ou attendre qu’une escouade de soldats eût terminé sa cuisine. Quelquefois, lorsqu’il n’y avait pas de distribution du tout, les soldats vivaient de maraude; alors je me mettais à parcourir le camp, et comme j’avais beaucoup de connaissances parmi les sous-officiers, je mangeais la soupe avec l’un, buvais un coup avec l’autre en cassant une croûte, et de cette manière je ne souffrais pas trop de la faim, ce qui arrivait à beaucoup de nous. Un jour que je m’étais éloigné du bivouac pour mettre culotte basse, dans un blé, je vis un Autrichien couché tout son long et qui paraissait dormir. Je m’approchai de lui et le remuai pour le faire lever. Mais je m’aperçus qu’il était mort: une balle lui avait traversé le corps. En rentrant au bivouac, je racontai cela à mes camarades et l’un d’eux, sur mes indications, partit pour aller voir le cadavre ; mais ce n’était pas la curiosité seule qui le poussait. Il revint avec une ceinture contenant cinq ducats d’or et quelque argent blanc qu’il avait trouvés sur le pauvre mort. C’est une triste besogne qu’il avait faite là, et l’idée ne m’en était point venue. Dépouiller les cadavres ne fut jamais mon fait. Et cependant à la guerre, c’est chose que l’on se permet généralement sans scrupule. Beaucoup sont poussés par cette idée: « Si, moi, je ne le fais pas, un autre le fera: mieux vaut que j’en profite. » Quoi qu’il en soit, nous nous mîmes en devoir de vérifier si les ducats étaient de poids. La ville n’était qu’à un quart de lieue. Nous nous y rendîmes quatre. Nous nous fîmes servir un repas magnifique, où le vin d’Autriche ne fut pas épargné, et nous oubliâmes, en faisant bombance jusqu’au soir, les privations des jours précédents. Le lendemain, on nous fit une distribution de biscuits. Il m’en revenait trois pour ma part.

Je les mis soigneusement dans mon petit sac, me promettant bien de n’y toucher qu’en cas d’extrême nécessité. A mesure que nous avancions, les difficultés de la route devenaient plus grandes. Les Autrichiens, que nous poursuivions l’épée dans les reins, brûlaient tous les ponts pour retarder notre marche et détruisaient toutes les ressources du pays pour nous empêcher d’y vivre. Mais ils avaient beau faire, ils ne pouvaient arrêter notre marche sur Vienne. Notre division faisait partie du 4ème corps d’armée, commandé par Masséna. Il n’avait pas encore été aux prises avec l’ennemi. On nous réservait sans doute pour la bonne bouche. En attendant, nous parcourions un pays dévasté, d’abord par l’ennemi, puis par les corps d’armée qui nous avaient précédés, de sorte que nous ne trouvions absolument rien dans les villages que nous traversions et qui étaient abandonnés par leurs habitants. Ce n’est qu’aux environs des villes que nous trouvions le nécessaire et que l’on nous faisait des distributions suffisantes. C’est ainsi qu’arrivés aux portes de Saint-Polten, on nous distribua du pain et de la viande. C’était déjà quelque chose; mais, pour faire la soupe, il fallait aller chercher du bois et de l’eau fort loin du bivouac, quand il était si facile, croyions-nous, de faire un bon repas dans la ville, qui n’était qu’à deux pas. Quelques camarades et moi nous nous y risquâmes. Aux portes, nous trouvâmes des factionnaires de la Garde; car l’empereur et tout son état-major étaient logés à Saint-Polten. On nous laissa entrer sans trop de difficultés, les musiciens ayant à peu près carte blanche. Il s’agissait alors de trouver une auberge. Nous en trouvâmes un grand nombre; mais tout était plein, et il nous fut impossible de nous faire servir quoi que ce soit, et de trouver à nous loger même pour notre argent. Passant devant la mairie, j’eus l’idée d’y entrer pour voir si je ne pourrais pas obtenir de billet de logement. Je fus un peu déconcerté en trouvant là un colonel, qui me demanda ce que je voulais. Je lui expliquai notre embarras pour nous loger et nous nourrir. – « Il paraît, me dit-il d’assez bonne humeur, que les musiciens n’aiment pas le bivouac. Combien êtes-vous ? — Nous sommes vingt-quatre musiciens du 93ème ; mais nous ne sommes que six ici, les autres nous attendent à la porte de la ville. — Allons, pour que vous puissiez vous reposer et nous faire de bonne musique à notre entrée à Vienne, après demain, je vais vous donner des billets de logement. » On me donna quatre billets de logement de six, et, bien content, je remerciai le colonel et j’allai retrouver mes  camarades. L’un d’eux alla au camp porter la bonne nouvelle à ceux qui y étaient restés, et chacun se mit en devoir de chercher son logement. Je trouvai dans le mien deux officiers de la Garde. L’un d’eux était un vieux militaire qui avait longtemps servi dans la même division que moi. Sitôt que la connaissance fut faite, il ne voulut plus me laisser. Il me fallut partager un dîner de prince à la table des officiers, et quand nous eûmes entonné le récit de nos campagnes, il n’y en avait plus que pour nous deux à parler. Tout en vidant quelques vieilles bouteilles de vin autrichien, nous nous remémorâmes toutes les misères et aussi toutes les gloires de l’armée du Rhin, et nous ne nous séparâmes qu’à minuit pour nous coucher sur des matelas par terre. Le matin, dès cinq heures, nous étions en route pour regagner le camp, après avoir partagé un très bon déjeuner commandé par nos officiers. Le lendemain, nous étions à trois lieues de Vienne, bivouaquant dans un petit bois, lorsqu’on entendit une explosion formidable. Le bruit courut bientôt dans tout le camp que les Autrichiens avaient fait sauter le château de Schönbrunn avec l’empereur Napoléon qui venait d’y établir sa résidence. La consternation régna alors dans tout le corps d’armée, et pendant trois heures on resta dans les transes, lorsqu’enfin un officier d’ordonnance vint nous apprendre ce qui s’était passé. Les Autrichiens avaient enterré quelques barils de poudre sur le chemin qui correspond du faubourg de Schönbrunn au faubourg de Hongrie. Voyant passer un peloton de cavalerie et croyant que c’était l’Empereur et son escorte, ils y avaient mis le feu. Mais personne n’avait été atteint. Tout le camp accueillit cette bonne nouvelle par un immense cri de « Vive l’Empereur ! »

Le 10 mai 1809, à neuf heures du matin, nous arrivions aux portes de Vienne, ou du moins aux portes de ses faubourgs, deux fois plus considérables que la ville elle-même. Les faubourgs n’étant pas fortifiés, nous entrâmes sans éprouver de résistance. On nous fit faire musique, à la tête du régiment, pendant la marche, à travers les rues, jusqu’à l’esplanade qui sépare les faubourgs de la ville proprement dite, seule entourée de fortifications. Là notre musique fut interrompue par les canons des remparts qui nous saluèrent à coup de mitraille. Nous nous empressâmes de nous mettre hors de portée, et pendant que notre régiment bivouaquait dans les rues, nous cherchâmes une auberge où nous pourrions nous restaurer. Nous en trouvâmes une sur la route de Hongrie, où il y avait déjà beaucoup de monde et où l’on nous servit de la bière et de la charcuterie. Nous terminions notre repas, lorsque arriva, pour camper près de là, une division et le parc d’artillerie. En un instant la maison fut envahie, non par des consommateurs, mais par des pillards. La pauvre maîtresse d’auberge, qui nous avait servis avec beaucoup d’affabilité, assista de son comptoir à la dévastation de son établissement. Elle pleurait comme une Madeleine, ce qui n’empêcha pas qu’on vînt lui prendre son argent jusque dans ses poches. En moins d’un quart d’heure, la maison fut complètement nette et les habitants, craignant un plus mauvais sort, s’étaient enfuis vers la ville. De cette manière, et bien involontairement, nous n’eûmes pas à payer notre consommation. Cependant la ville de Vienne ne s’était pas encore rendue. Un de nos généraux de brigade, qui avait été envoyé en parlementaire, faillit être assassiné par la populace. Couvert déjà de blessures, il aurait été infailliblement massacré, si un perruquier et sa femme ne l’avaient fait entrer dans leur maison où un piquet de nos soldats alla l’arracher des mains de ces furieux. Ordre fut alors donné de bombarder la ville. Notre division fut chargée d’aller occuper la célèbre promenade appelée le Prater.

Mais il fallait passer le bras du Danube qui sépare cette promenade du faubourg, et tous les ponts avaient été détruits ainsi que les barques. Cependant dans leur précipitation les Autrichiens avaient oublié trois ou quatre petits bateaux. Après avoir balayé avec quelques coups de canons les postes qui se trouvaient en face de nous, sur l’autre rive, on fit embarquer quelques compagnies de voltigeurs et de grenadiers ; et la rive gauche occupée, et sous la protection de nos canons, on se mit en devoir de fabriquer un pont. Ce fut bientôt fait, et toute notre division franchit le Danube et alla camper dans le Prater et le faubourg de Leopoldstadt.

Toute la promenade était garnie de cafés, de guinguettes, de lieux de divertissement de toutes sortes. Il y avait même une salle de spectacle. Tout cela fut mis au pillage. Le camp devint bientôt comme une foire. Les soldats étalaient leurs marchandises qui comprenaient des objets de toutes sortes, des habits de comédiens) des robes de comédiennes, des instruments de musique, dont quelques-uns de grande valeur. Ces derniers objets me tentaient bien, j’aurais pu avoir pour un écu des instruments valant au moins dix louis. Mais je ne voulais pas m’embarrasser, j’avais assez de mon corps à traîner, et puis je n’aurais pas voulu qu’on crût que je les avais pillés moi-même. J’achetai cependant, pour trente sous, une lunette d’approche, et pour l’éprouver je m’approchai du grand bras du Danube, qui était en cet endroit fort large, et je cherchais à découvrir sur l’autre rive les Autrichiens. Je les voyais si bien que je ne pus m’empêcher de faire quelques exclamations qui attirèrent l’attention d’un général du génie qui lui aussi examinait l’autre rive dans sa lunette. Il me demanda de lui prêter la mienne, et il la trouva si bonne qu’il me proposa de l’acheter. Je ne me souciais guère d’abandonner mon emplette; mais il insista de telle sorte, que je finis par la lui céder pour un louis qu’il me paya sans marchander. Une batterie d’obusiers avait été établie dans le Prater, et les obus lancés sur la ville avaient incendié les principaux hôtels et les principaux édifices. Pour éviter la destruction de la ville entière, les troupes autrichiennes abandonnèrent Vienne, et les habitants s’empressèrent de demander à capituler. La capitulation fut signée le 13 mai, et, le même jour, nos soldats occupèrent la capitale de l’Autriche.

Pour nous, on nous logea dans un des faubourgs où nous étions tout un corps d’armée. Nous étions tous les uns sur les autres. Dans une seule habitation, nous étions une compagnie, les sapeurs et la musique, c’est-à-dire environ cent trente hommes. Et les habitants étaient obligés de pourvoir à nos besoins, de nous fournir à boire et à manger, et cela dura pendant cinq jours. Le lendemain, nous allâmes nous promener dans Vienne. Je trouvai la ville bien moins belle que ses faubourgs: il est vrai qu’une partie de ses monuments avaient été ruinés par le bombardement. Dans les rues, on ne trouvait que des soldats qui bivouaquaient, et les habitants, encore dans la consternation, n’osaient sortir de chez eux. En nous promenant, nous vîmes un café qui avait pour enseigne: A la Parisienne. Nous y entrâmes, mais nous eûmes beaucoup de peine à nous faire servir: c’était plein partout, l’enseigne avait fait fortune et pendant tout le temps que les Français restèrent à Vienne, la vogue continua et le maître de l’établissement fit, m’a-t-on dit, une fortune colossale. Je demandai à un garçon, qui parlait fort bien français, si dans le voisinage il n’y avait pas quelque curiosité. — « Tout le monde va voir, nous dit-il, un poteau où tous les maréchaux qui viennent en ville se croient obligés de planter un clou. » Il nous indiqua où était ledit poteau et nous allâmes le voir. Il avait environ cinq à six pieds de hauteur et deux pieds de circonférence, et était garni de clous de haut en bas, de sorte qu’il paraissait bien difficile de trouver de la place pour en mettre de nouveaux. Je crois qu’il aurait fallu passer huit jours au moins pour les compter. On nous assura que ledit poteau était aussi ancien que la ville. Ce pouvait être curieux, mais n’était guère précieux. Si l’on ne voyait pas de Viennois dans les rues, en revanche les juifs y pullulaient. Ils harassaient les soldats pour leur demander s’ils avaient quelque chose à vendre, et j’assistai à plus d’un marché où ces coquins exploitaient l’ignorance de nos soldats. C’est là que je m’aperçus que le papier était la monnaie usuelle du pays et qu’un florin d’argent valait deux florins en papier. Jusque-là j’avais payé mes petites dépenses en argent au prix du papier et j’avais perdu la moitié. Je m’empressai de changer un écu de six francs pour lequel on me donna six florins en papier: le florin en argent vaut deux francs. Mais je ne tardai pas à regretter mon écu; car le lendemain on nous paya un mois de solde en papier, en comptant le florin pour un franc. Un de mes confrères, qui était déjà venu à Vienne, me dit qu’il savait où demeurait le célèbre Haydn, le père de la symphonie, et que, si je voulais, il m’y conduirait. Je ne demandais pas mieux; mais pouvions-nous espérer d’être reçus, après tant de généraux et de maréchaux qui avaient tenu à honneur de visiter l’illustre musicien. Nous y allâmes quatre et, malgré nos craintes, nous fûmes bien accueillis. Il nous dit qu’il avait toujours grand plaisir à s’entretenir avec des musiciens; mais qu’il craignait bien de ne pas avoir longtemps encore ce plaisir, vu qu’il se sentait bien affaibli. Il disait vrai, car il est mort dans la même année. On peut bien croire que la présence des armées françaises a abrégé ses jours; car les habitants de Vienne ont éprouvé bien des misères. On s’était emparé, pour les besoins de l’armée, de tous les magasins de blé et de farine, ainsi que des moulins. Aussi les boulangers ne se procurant que très difficilement des farines, ne pouvaient plus satisfaire aux besoins de la population, et j’ai vu, à la porte des boulangers, plusieurs centaines de personnes faire queue pour n’obtenir qu’une livre de pain. On était rationné comme pendant un siège, et beaucoup se passèrent de pain pendant plus de huit jours. »

A suivre.

 

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( 8 novembre, 2018 )

De La Moskowa à Moscou…

Ombre 2

Nous tirons les lignes suivantes du Journal, déjà cité, de la division Friant.

A.C.

Le 9, combat avec les troupes russes qui défendue la ville de Mojaïsk et qui sont obligées de l’évacuer, après y avoir mis le feu et fait éprouver quelque perte au 48ème régiment. La division dépasse Mojaïsk et se trouve en présence de l’ennemi qui couvrait la retraite de ses équipages. La division marche en ligne, appuyée à des ravins. Son flanc gauche est inquiété par la cavalerie. Elle détache deux compagnies, commandées par le capitaine Calliez du 33ème pour s’éclairer sur ce point. Cet officier va trop loin et est enveloppé par 1.500 chevaux. Sommé de se rendre, il répond par des coups de fusil, renverse une cinquantaine de cavaliers et donne le temps, par sa brillante défense, au Roi de Naples de venir le dégager. Une vingtaine de décorations récompensa cet acte de bravoure. La division bivouaque en arrière de Mojaïsk. Le 10 septembre, elle se dirige sur Selkovo. On tiraille dans la journée, et, le soir, le Roi veut débusquer les Russes de la position qu’ils tenaient près de Fominskoë. Le 48ème qui forme la gauche marche pour s’emparer d’une colline boisée pendant que le Roi, avec la cavalerie et trois bataillons, attaque sur la grande route. Les Russes font filer par leur droite une nombreuse cavalerie qui gagne nos derrières et tombe sur les bataillons du 48ème et du 15ème léger qui sont en tirailleurs. Ils nous tuent beaucoup de monde. Le Roi est reçu au centre par une batterie de 16 pièces et ne peut avancer; il ordonne enfin la retraite. La division a perdu 1.200 hommes au moins. L’ennemi y montra 10.000 hommes d’infanterie et douze régiments de cavalerie. Nous n’avions que 4.000 fantassins et six régiments de cavalerie, et le Roi, croyant enlever la position d’emblée, avait laissé l’artillerie en arrière sur la grande route.

Le 11, même position. Le 12, la division continue sa marche. Le 13, continuation. Le 14, la division rencontre trois redoutes non achevées qui défendaient les hauteurs de Moscou. L’ennemi les abandonne. Le Roi de Naples, arrivé aux portes de cette capitale, ordonne à la division de se porter au Kremlin pour y dissiper la cohue de soldats, de paysans et d’incendiaires qui s’y trouvaient réunis. Miloradovitch commandait l’arrière-garde. Pressé par le Roi de Naples et par le prince Eugène qui passait la Moskowa pour attaquer la barrière de Zvenigorod, il propose un armistice pour évacuer la ville. Pendant cette courte suspension d’armes, Platov et d’autres généraux viennent visiter le Roi de Naples qui s’entretient quelques instants avec eux. Arrivés à la barrière de Kolomna, ils l’avertissent que, plus loin, il serait leur prisonnier. La division s’établit à cheval sur la route de Kolomna, ainsi que les avant-postes du roi.

Jusqu’au 17, même position.

Il est question du 48ème régiment d’infanterie dans le Journal de la division Friant. Voici ce qu’un capitaine du 48ème, Robbe, qui rédigea en 1813 un « Rapport historique sur la campagne de 1812 », a dit du rôle de son régiment àLa Moskowa, à Mojaïsk et aux portes de Moscou.

 A.C.

Le 5 septembre, après midi, pendant que, sur la droite, la 5ème  division enlevait la grande redoute et que la 1ère occupait à la gauche le bois au delà de la Kolotcha, la 2ème  division traversa ce ruisseau, prit sous le feu de l’ennemi une position centrale entre ces deux divisions qu’elle soutenait et qu’elle liait par une ligne de tirailleurs; la fusillade se prolongea jusqu’à la nuit. Le 7, la 2ème division quitta à la pointe du jour la position du 5 pour suivre le mouvement du 1er corps. Elle fila sur la lisière du grand bois de la droite, exécutant diverses manœuvres sous un feu très meurtrier jusqu’à midi. Alors, elle fut portée sur les bords du grand ravin qu’elle franchit, malgré une résistance assez vive de l’ennemi posté dans les berges très escarpés. Après les avoir chassés sans beaucoup de pertes et de difficultés, elle attaqua le village retranché qui se trouvait sur la crête et vers le centre de la ligne ennemie. L’infanterie russe en fut chassée, et la division s’y maintint pendant la nuit sous un feu d’artillerie extrêmement vif. Le général Friant y fut blessé vers le soir. Le colonel Groisne, malgré le déplorable état de sa santé et portant déjà la mort dans son sein, marcha à la tête du 48ème  pendant toute la journée et ne cessa de l’animer par son exemple. Le régiment perdit beaucoup d’officiers dans cette affaire, et sa perte totale fut de 8 à 900 hommes hors de combat.

Le 8, la division fut détachée de nouveau à l’avant-garde sous les ordres du Roi de Naples, qui, la veille, avait daigné lui donner des éloges, et elle passa la nuit près de Mojaïsk. Elle s’était mise en marche vers midi. Le lendemain 9, au malin, elle attaqua la position de Mojaïsk. Les 4ème  et 6ème  bataillons du 48ème, sous les ordres de M. le major Delavigne, marchaient à la tête delà cavalerie légère; ils enlevèrent les hauteurs escarpées de la gauche et chassèrent l’ennemi des ravins très difficiles qui les sillonnent. L’ennemi fut poursuivi l’épée dans les reins jusqu’à quatre ou cinq lieues de Mojaïsk. M. le major Delavigne et M. le capitaine Puissant furent grièvement blessés dans cette attaque où il y eut 90 hommes hors de combat. Le lendemain 10, l’ennemi occupait une position avantageuse et qui masquait une partie de ses forces. Il laissa le combat s’engager. Le 1er  bataillon du 48ème avait été envoyé en tirailleurs, soutenu par le régiment qui dut ensuite manœuvrer sur son flanc droit. Les tirailleurs négligèrent de suivre le mouvement. Quelque temps après, ils furent attaqués par les chasseurs russes, pendant qu’ils étaient chargés en queue par la cavalerie. Ce bataillon éprouva une grande perte. M. le commandant Lamagnet fut tué avec M. Pereyve, pendant qu’ils cherchaient à rallier les tirailleurs. Une partie se réunit dans un bois. Le régiment étant accouru forma le carré et recueillit les restes du bataillon. Il éprouva dans cette journée une perte totale de 250 hommes. Après ces deux affaires, l’ennemi fut poussé jusqu’à Moscou où le régiment n’entra le 14 au soir que pour le traverser et aller prendre position au-delà, sur la route, avec l’avant-garde du Roi de Naples. Ainsi, non seulement il ne put jouir du repos qu’y goûtèrent les autres régiments du 1″ » corps, ni profiter des ressources immenses en vivres, effets d’habillements, d’équipement, etc., qu’on s’y procura. Mais il se trouva éloigné de Sa Majesté Impériale, et pendant qu’il travaillait à mériter de nouvelles récompenses, il ne put assister à une de ces revues où Sa Majesté Impériale comblait ses troupes de faveurs de toute sorte. La division est la seule qui n’ait rien obtenu de toute la campagne.

 (Arthur CHUQUET, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.59-63).

 

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( 8 novembre, 2018 )

Une LETTRE du GENERAL PARTOUNEAUX …

On sait comment Partouneaux, parti de Borisov, se vit soudain coupé de Studienzka ; il n’avait plus que 3.400 hommes, mais il attaqua résolument l’ennemi. Ses efforts se brisèrent contre une trop grande supériorité des forces ennemies et il dut capituler. Napoléon dans son 29ème Bulletin, rapporta que la division, ayant pris les feux de l’armée russe pour ceux de l’armée française, avait été, par suite de cette cruelle méprise, entourée et enlevée : il ajout même cette phrase : « Des bruits courent que le général de division n’était pas avec sa colonne et avait marché isolément. ». Partouneaux a protesté contre ce passage du 29ème Bulletin à plusieurs reprises, surtout dans son « Adresse à l’Armée », qu’il publia sous la première Restauration. Voici une lettre adressée à  Berthier, en date du 24 avril 1813 : Partouneaux assure que le 29ème Bulletin lui a fait « la plus vive peine » et qu’il a résisté autant que possible. 

Arthur CHUQUET. 

Saint-Pétersbourg, 24 avril 1813. 

A. S.A.S. Monseigneur le Prince de Wagram et de Neuchâtel. 

Monseigneur, 

Nous avons lu dans les journaux le « 29ème Bulletin ». L’article relatif à la 12ème  division que j’avais l’honneur de commander, a fait à ceux qui restent la plus vive peine, et particulièrement à moi qui suis désigné nominativement. Si je suis assez heureux pour que les rapports que j’ai pris la liberté d’adresser à Votre altesse Sérénissime soient parvenus, j’ose espérer que S.M. l’Empereur nous aura accordé la justice que nous méritons, car nous avons fait notre devoir. Réduits à 3,400 hommes dont 400 de cavalerie avant le combat, et cernés et attaqués de toutes parts par les armées des généraux Wittgenstein, Tchitchagov, Platov, nous n’avons déposé les armes qu’après avoir perdu plus de la moitié de notre monde, dont MM. Les généraux de Blanmont et Delaitre blessés et mis hors de combat. Je réclame les bontés de Votre Altesse Sérénissime en faveur de ma famille qui n’est pas riche, surtout après le malheur que j’éprouve. Je désirerais que mes trois enfants, qui sont en ce moment au lycée de Turin, fissent élevés aux frais du Gouvernement. J’ose compter sur l’intérêt  de Votre Altesse Sérénissime pour que ce bienfait leur soit accordé. 

J’ai eu l’honneur à Votre Altesse Sérénissime la mort de MM. Dugommier, de Curnieu, Wagner, colonels. Le général Camus vient de payer ce tribut. 

(Extrait de l’ouvrage : « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents », d’Arthur Chuquet, publié en 3 volumes chez Fontemoing en 1912). 

 

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( 7 novembre, 2018 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (II)

1809 2

Suite du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème régiment de ligne.

 « L’armée autrichienne était coupée en deux. La moitié avait passé le Danube avec le prince Charles, on nous lança à la poursuite de l’autre moitié. Partis à onze heures, nous fîmes onze lieues sans nous arrêter, et nous arrivâmes à onze heures du soir à Straubing. On nous fit bivouaquer aux portes de la ville; mais le quartier-général étant en ville, nous allâmes avec quelques camarades souper dans une brasserie où nous nous régalâmes de cette fameuse bière de Straubing, si célèbre dans toute l’Allemagne. Puis nous allâmes nous coucher dans un fenil: cela valait mieux encore que le bivouac. Le lendemain matin, nous nous mettions à la poursuite de l’ennemi que nous poussâmes l’épée dans les reins jusqu’à Scharding, ville sur la frontière d’Autriche. Là il fallut nous arrêter. Tous les ponts sur l’Inn, qui sépare la Bavière de l’Autriche, avaient été détruits. Il fallut attendre qu’ils fussent rétablis et laisser passer deux corps d’armée avant nous. Cela dura deux jours, après quoi notre tour de marcher étant arrivé, nous nous mîmes en route par une pluie battante. Nous fîmes ainsi huit lieues dans des chemins qui étaient une véritable bouillie. La nuit venue, on nous fit bivouaquer dans un bois, n’ayant  pour souper qu’une croûte de pain toute mouillée, et pour nous procurer de l’eau à boire, il nous fallut attendre plus d’une heure auprès d’un puits où toute notre division venait puiser.Après avoir passé une nuit sous la pluie et sans sommeil, il fallut nous remettre en route. Arrivés près de Lintz, nous entendons le canon, et un aide-de-camp vint nous faire prendre le pas de charge. En traversant Lintz, nous vîmes arriver beaucoup de blessés, ce qui nous prouvait que cela chauffait non loin de nous. Le canon ronflait toujours, et, sur la route au-delà de la ville, on doubla le pas pour arriver à temps au bal. Mais tout à coup le canon cessa et on nous fit faire halte près d’un hameau où il y avait déjà dix mille hommes. Pas moyen d’aller chercher là quelque chose, il fallait rester au bivouac et tâcher d’y trouver quelques vivres, car nous avions grand’faim. Nous étant procurés un morceau de viande, nous nous mîmes en devoir de faire la soupe dans un vieux chaudron que nous avions trouvé. Il fallut faire plus d’un quart de lieue pour trouver de l’eau, après quoi l’on mit le chaudron sur le feu; mais on ne laissa pas au bouillon le temps de se faire. On trempa la soupe au bout de quelques heures, en ménageant bien le pain; car nous n’avions qu’un pain pour quatre et on en avait bien mangé la moitié en attendant que la soupe se fasse. A moitié rassasiés, nous nous couchâmes autour du feu, cherchant dans le sommeille repos de nos fatigues. Au milieu de la nuit, nous fûmes réveillés par la fusillade et deux coups de canon. La division prit les armes et marcha à l’ennemi qui avait repris l’offensive. La veille, après un combat acharné, on l’avait chassé d’Ebersberg (3 mai 1809). Pendant le combat, le village avait été incendié et le feu s’étant mis aux ponts, une division qui avait passé la rivière se trouva alors isolée des autres corps et eut à supporter les attaques de toute l’armée autrichienne. On réussit assez promptement à rétablir les communications et à forcer l’ennemi à battre en retraite.

Pendant ce temps, le malheureux village d’Ebersberg continuait de brûler. Comme le combat de la veille avait été très meurtrier, les maisons, les rues, les bords de la rivière étaient encombrés de morts et de blessés qui furent atteints par l’incendie, et, lorsque l’on put pénétrer dans le village, on n’y trouva plus que des monceaux de cadavres à demi brûlés. Le spectacle était si horrible, qu’on voulut en épargner la vue à l’armée; on la fit défiler à droite du village, sur un chemin que l’on fit exprès. La curiosité me poussa à aller visiter cette scène de carnage. Jamais je n’ai rien vu de plus effrayant que ces cadavres grillés n’ayant plus aucune ressemblance humaine. Près de l’extrémité du village, il y en avait un tas qui bouchait l’entrée d’une rue: c’était un amoncellement de bras et de jambes, de corps informes à moitié carbonisés. A cette vue, le cœur me manqua, les jambes se dérobaient sous moi et je ne pouvais plus ni avancer ni reculer, restant malgré moi immobile à contempler cet affreux spectacle. Il y avait là plusieurs officiers et généraux que la curiosité avait eux aussi poussés là. Ils étaient comme moi atterrés. Des larmes roulaient dans tous les yeux et personne n’osait proférer une parole. Mon général me fit signe de me retirer. Je ne me le fis pas dire deux fois, et je m’éloignai de ce lieu de désolation. J’avais parcouru bien des champs de bataille, mais je n’avais jamais éprouvé autant d’émotion. Je rejoignis mon régiment, dans la plaine, au-delà d’Ebersberg. Il faisait halte attendant des ordres. Pendant que nous étions au repos, l’empereur arriva pour faire des promotions au 26ème  léger. C’était un des régiments qui avaient été le plus éprouvé dans l’affaire de la veille, il fallait remplacer les pauvres grillés. Les manquants étaient nombreux depuis le sous-lieutenant jusqu’au commandant; car pendant plus d’une demi-heure on n’entendit que battre des bans.

A suivre.

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( 6 novembre, 2018 )

Le maréchal Davout après Waterloo…

Davout.

« Lorsque l’armée fut dispersée-on peut dire éparpillée-en cantonnement souvent minuscules, au sud de la Loire, Louis XVIII, poussé par Talleyrand, pressé par les Alliés, décida sa « réorganisation », c’est-à-dire, d’abord son licenciement… Ce fut l’ordonnance du 16 juillet 1815. La veille avait disparu la crainte qu’inspirait encore la « Grande Ombre » de l’Homme au petit chapeau : Napoléon était monté le 15 juillet à bord du « Bellérophon » en rade de l’île d’Aix… On n’osa pourtant la publier que trois semaines après, lorsque la dislocation était déjà en cours. Mais, dès le 24 juillet, paraissait la fameuse ordonnance de proscription. Le maréchal Davout, indigné, comprit que l’on s’était servi de son patriotisme et de son autorité pour amener l’Armée à sa fin. Il écrivit au Roi une lettre où il revendiquait noblement pour lui seul, comme Ministre de la Guerre, la responsabilité de tous les actes commis par les proscrits qui avaient été sous ses ordres. Il ne reçut pas de réponse, mais une décision le destituant, et le remplaçant par le maréchal Macdonald. Le vainqueur d’Auerstaedt recevait l’ordre de se retirer à Savigny-sur-Orge, d’où il fut peu après envoyé, en surveillance,  à Louviers… Il faut reconnaître que Macdonald avisa discrètement les proscrits de se mettre à temps en sûreté s’ils le pouvaient. »

(Marcel DOHER, « Proscrits et exilés après Waterloo. Préface du général Laffargue », J. Peyronnet, 1965, pp.45-46).

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( 6 novembre, 2018 )

Généraux morts en 1814 pour la Patrie

Général d'Empire

Ils sont au nombre de douze : 

AVY, tué devant Anvers, à la défense de Merxem, le 13 janvier 1814.

Le contre-amiral BASTE qui commandait une brigade de la 2ème division de Jeune Garde ; tué le 29 janvier 1814 au combat de Brienne.

BECHAUD, tué à Orthez le 27 févier 1814.

CHATAUX ou mieux HUGUET-CHATAUX, gendre du maréchal Victor, blessé à Montereau le 18 février 1814 et mort à Paris le 8 mai de la même année.

DECOUZ (général de division)  blessé à Brienne le 29 janvier 1814 et mort à Paris le 18 février suivant.

DORNIER, tué au combat de La Guillotière, près Troyes, le 3 mars 1814.

FORESTIER, blessé à  Brienne le 29 janvier 1814 et mort de sa blessure le 5 février suivant.

MARGUET, tué à La Rothière le 1er février 1814.

OSTEN, blessé le 27 février 1814 dans l’île de Wilhelmsbourg, mort de sa blessure le 16 mars suivant à Hambourg.

RONZIER, qui eut, à Craonne, le 7 mars 1814, la cuisse emportée et qui mourut le 19 mars suivant à Fismes.

RUSAC (général de division) blessé sur le rempart de Soissons et mort de sa blessure le 14 février suivant.

TAUPIN (général de division) tué le 10  avril  1814 à la bataille de Toulouse.

 

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.382).

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( 5 novembre, 2018 )

« On nous a fait manœuvrer comme des citrouilles… »

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C’est en ces termes très vifs que le colonel de Marbot résume, dans cette lettre Il était alors à la tête du 7e régiment de hussards.

« Laon, 26 juin 1815.

 Je ne reviens pas de notre défaite ! … On nous a fait manœuvrer comme des citrouilles. J’ai été, avec mon régiment, flanqueur de droite de l’armée pendant presque toute la bataille. On m’assurait que le maréchal Grouchy allait arriver sur ce point, qui n’était gardé que par mon régiment, trois pièces de canon et un bataillon d’infanterie légère, ce qui était trop faible. Au lieu du maréchal Grouchy, c’est le corps de Blücher qui a débouché !… Jugez de la manière dont nous avons été arrangés !… Nous avons été enfoncés, et l’ennemi a été sur-le-champ sur nos derrières !… On aurait pu remédier au mal, mais personne n’a donné d’ordres. Les gros généraux ont été à Paris faire de mauvais discours. Les petits perdent la tête, et cela va mal… J’ai reçu un coup de lance dans le côté ; ma blessure est assez forte, mais j’ai voulu rester pour donner le bon exemple. Si chacun eût fait de même, cela irait encore, mais les soldats désertent à l’intérieur ; personne ne les arrête, et il y a dans ce pays-ci, quoi qu’on dise, 50 000 hommes qu’on pourrait réunir ; mais alors il faudrait peine de mort contre tout homme qui quitte son poste et contre ceux qui donnent permission de le quitter. Tout le monde donne des congés, et les diligences sont pleines d’officiers qui s’en vont. Jugez si les soldats sont en reste ! Il n’y en aura pas un dans huit jours, si la peine de mort ne les retient… Si les Chambres veulent, elles peuvent nous sauver ; mais il faut des moyens prompts et des lois sévères… On n’envoie pas un bœuf, pas de vivres, rien… ; de sorte que les soldats pillent la pauvre France comme ils faisaient en Russie… Je suis aux avant-postes, sous Laon ; on nous a fait promettre de ne pas tirer, et tout est tranquille. »

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