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( 31 décembre, 2018 )

De Marienbourg le 31 décembre 1812…

De Marienbourg le 31 décembre 1812... dans TEMOIGNAGES russie

« Marienbourg, 31 décembre 1812.

Je t’ai écrit, je ne sais pas d’où, mon cher André. Les gazettes t’ont plus dit que je n’aurais osé t’en dire ; tu auras pu apprécier que personnes de nous n’a été à la noce. Après le passage du Niémen, nous nous sommes rendus à Gumbinen ;  de là à Koenigsberg où S. M. le roi de Naples se trouve. Je me suis rendu ici avec le matériel de la maison de S.M. l’Empereur et roi pour attendre le roi, qui, dit-on, se rendra à Dantzig. Je me repose un peu ici. Tu dois être rentré à Tours. Si tu as été inquiet sur mon silence, mes dernières lettres ont dû te tranquilliser. Je t’apprends avec peine que l’ami Roulet a été pris par les Cosaques aux portes de Vilna. Son convoi suivait le mien. J’ai forcé les voiles pour entrer. Il n’ pas été aussi heureux. C’était un bon garçon. Je le regrette bien sincèrement. Prisonnier avec vingt-six degrés de froid, il n y’a  pas d’état plus affreux. Je te fais mon compliment de bonne année, et je te prie d’agréer mes vœux les plus sincères pour que toi, ta femme, ton fils et tout ce qui t’intéresse, soient heureux. Adieu. Tu te fâcheras que je t’en écris bien peu, mais une occasion pour Paris s’offre et je veux en profiter. Adieu.

Guillaume. »

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrite à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814.Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.114-115).Rappelons que Guillaume Peyrusse assurait les fonctions de Payeur du Trésor la Couronne, durant cette campagne. Sa correspondance est un bon complément à ses « Mémoires » (Editions AKFG, novembre 2018 ).

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( 31 décembre, 2018 )

A voir, à revoir….

Le film « Waterloo » (1970) de S. Bondarchuk. Il se laisse regarder malgré plusieurs incohérences historiques…

Ce film est visionnable ici dans une version intégrale doublée en  français.

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Waterloo

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( 31 décembre, 2018 )

La CAMPAGNE D’ALLEMAGNE (1813) RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (II).

ombre1.jpgSuite de la relation de Vionnet de Maringoné. 

—————-

Le 20 mai, bataille de Bautzen, le canon se fit entendre vers neuf heures du matin accompagné bien vite d’une fusillade très vive. La division se mit en marche se dirigeant vers la gauche de la ville. L’Empereur, sur un mamelon, était entouré par la Vieille Garde qui formait un carré. La Jeune Garde sur la droite de ce mamelon et un peu en avant était placée en colonnes serrées de division,  par bataillon en  masse. A peine fut-on placé qu’une pluie violente se mit à tomber empêchant l’action de s’engager. Quand elle eut cessé, le feu s’engagea sur toute la ligne. Toutes les masses se dirigèrent sur la gauche vers un mamelon  [de Klein-Bautzen, entre Würtzen et Bautzen] où l’ennemi paraissait avoir concentré ses forces. Nous en étions éparés par un ravin profond et escarpé, bordé de rochers. Nous y marchâmes néanmoins essuyant un feu des plus violents. Nous allions au pas de charge sans grand ordre. Le 2ème bataillon du  régiment arriva le premier sur cette montagne et se forma immédiatement en colonne serrée par division. Le 1er bataillon se plaça à droite du second. Lorsque toute la division fut ralliée notre brigade se mit en marche vers un autre mamelon [celui de Kreckivitz] plus à gauche et dominant la Sprée. En y arrivant nous nous formâmes en carrée avec l’artillerie aux angles. Ce fut pendant ce mouvement que le général Lanusse ayant fait une chute qui ne lui permettait plus de commander je me remplaçai pendant le restant de la journée. Elle fut d’ailleurs bien vite terminée par la prise de la position de seconde ligne ennemie. Notre perte fut peu considérable. Le régiment eut deux hommes tués et quelques blessés. L’armée resta sur ses positions manquant de tout.

Le 21 mai, bataille de Wurschen. Cette bataille fut une des plus importantes de cette campagne. Elle eut pu amener la paix si l’Empereur avait plus juste  dans ses demandes et moins obstiné dans ses prétentions.

A la prise d’armes, la Jeune Garde fut formée en deux divisions dont les commandements furent confiés aux généraux Dumoustier et Barrois. Le premier commandait les Fusiliers et les voltigeurs et le second les Tirailleurs. Mon régiment fit partie de la brigade commandée par le général de Rottembourg. Au premier coup de canon nous nous mîmes en carré pour marcher sur un village dont j’ignore le nom mais loin de plus de milles toises. Le mauvais chemin et des marais forcèrent à rompre le carré et à former les troupes en colonne serrée par division. On nous plaça près de l’artillerie, à une portée de fusil des redoutes russes, qui pendant six heures firent pleuvoir sur nous  mitrailles et boulets, nous tuant et blessant beaucoup de monde. L’Empereur ayant emporté à notre droite des pièces de 12, ce fut encore pis ; nous fûmes alors couvertes de feu, de boulets et de mitraille. L’horizon semblait enflammé et la terre tremblait sous nos pieds. Des files entières tombaient, le nombre des blessés était effrayant et pourtant aucun soldat ne quittait son rang pour les emporter. Ceux qui ne pouvaient aller se faire panser restaient au milieu du carré et beaucoup furent tués par un second coup où entre les mains des chirurgiens qui leur donnaient les premiers soins ; Bientôt nous aperçûmes notre aile gauche faire un mouvement rétrograde, abandonnant une redoute dont elle s’était emparée. Nous croyions la bataille perdue. A ce moment , l’Empereur dit : « la bataille est gagnée ! » Ceux qui l’entendirent crurent à une mauvaise plaisanterie, mais bientôt l’on vit combien son coup d’œil était juste et pénétrant.

Le général Barrois reçut l’ordre suivant :

« L’Empereur ordonne à la division Barrois de s’emparer des redoutes qui sont en face d’elle. »

Le premier régiment fut formé en colonne serrée par division et le second ne carré à cinquante pas du premier. On donna comme point de direction l’angle saillant de la première redoute ; Vingt-quatre pièces de canon placées à notre droite et à notre gauche suivaient le mouvement. Plus de cinquante autres placées dans différentes positions sur les côtés les secondaient de leur feu continu. Nous partîmes au pas de charge, mais l’ennemi s’empressa de fuir abandonnant ses canons et de nombreux blessés. 

L’Empereur se  porta de suite à l’auberge de Klein-Bauschlitz, fit prendre position à la division et envoya mon régiment s’emparer d’une position où l’ennemi semblait vouloir s’établir. Quelques tirailleurs qui précédaient la colonne suffirent à les déloger. Je plaçai mon régiment sur deux lignes avec quelques hussards en arrière et un poste en avant pour me prévenir des mouvements de l’ennemi. L’Empereur vint nous visiter et loua beaucoup la position que j’avais fait prendre à mes troupes. Le régiment avait perdu soixante-neuf hommes dans cette journée qui fut un des plus glorieuses pour les armées françaises. Le 22 au matin, je reçus l’ordre de me porter sur la route pour rejoindre la division qui suivait la direction de Görlitz où l’ennemi paraissait s’être retiré. L’avant-garde tirailla pendant quelques heures et quelques boulets tombèrent près de nous, sans nous causer aucun mal. Le 23, le régiment bivouaqua entre Reichenbach et Görlitz près de l’endroit où fut tué le grand-maréchal [du Palais], Duroc. Les deux divisions de la Jeune Garde étaient réunies et campées sur une même ligne dans l’ordre suivant :

Le premier régiment en bataille, le deuxième en carré, le troisième en bataille, le quatrième en carré et ainsi de suite jusqu’à la gauche. Quoique le camp fut sur une hauteur assez élevée, le front de bandière et le terrain en avant étaient très unis et formaient une vaste plaine. Le 24, la division traversa Görlitz.

Le 25, elle se rendit à Waldau et le régiment fut détaché à Bochdorf.

Le 26, la Garde fit une halte de quelques heures en avant de Buntzlau pour attendre que l’armée eut passé la petite rivière de Queis. Le régiment fut ensuite détaché à Tomaswalde.

Le 27, l’armée arriva devant Liegnitz, capitale de la Basse-Silésie. J’y reçus plusieurs décorations d’officiers et de chevaliers de la Légion d’honneur accordées par Sa Majesté, comme témoignage de sa satisfaction sur la conduite du régiment pendant cette campagne.

Le 28, nous restâmes dans cette position et l’on entendit parler d’armistice.

Le 29, les deux divisions de Jeune Garde bivouaquèrent en arrière de Neumark.

Le 30, elles  traversèrent la ville et campèrent en avant. Là nous reçûmes la nouvelle officielle de l’armistice.

Le 31 mai, on donna l’ordre d’établir  un camp comme ceux de Schönbrunn et de Finkenstein. L’établissement d’un camp est la ruine d’un pays à quatre ou cinq lieues à la ronde. Le notre fut achevé en quatre jours mais ne fut d’aucune utilité puisque nous y restâmes que jusqu’au 6 juin. Ce fut la cause de beaucoup de pillage et la destruction de plus de cinq cents maisons. Le 6 juin, le régiment se mit en marche et fut couché à  Parchwitz. Le 7, à Lübben, petite ville très gentille; je fus logé sur la place dans une maison où il y avait trois demoiselles très aimables.

Le 8, nous arrivâmes à Polkewitz, on nous distribua nos cantonnements. Ceux de mon régiment étaient situés dans les environs de Glogau. Je m’établis avec mon état-major à Klein-Obisch. Ce petit village de pauvre apparence possède un château appartenant au prince Auguste de Prusse, mais qui ressemble beaucoup plus à une ferme qu’à un palais. Le régisseur nous traitait fort mal, nous donnant à peine de quoi manger et trois bouteilles de vin pour douze. Cet homme flegmatique mettait un temps infini à couper le rôti et à nous servir, aussi malgré la mesquinerie de nos repas restions-nous au moins deux heures à table, et je pouvais m’estimer heureux, les autres colonels étant beaucoup plus mal partages que moi. »

A suivre…

——-

Général Vionnet de Maringoné, « Mes Campagnes. Russie et Saxe (1812-1813) », A la Librairie des Deux Empires, 2003, pp.74-79.

 

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( 30 décembre, 2018 )

Pour m’écrire: une seule adresse !

DS

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( 30 décembre, 2018 )

Une lettre du général Curial au général Clarke, duc de Feltre et ministre de la Guerre.

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Le général Curial était, en 1815, colonel des chasseurs royaux de France, naguère les chasseurs à pied dela Vieille Garde. Il voulut rester fidèle à Louis XVIII qui l’avait nommé pair. Son, régiment l’abandonna pour courir au-devant de Napoléon et les officiers lui disaient alors qu’ils le reconnaissaient toujours comme leur colonel et qu’ils lui obéiraient… à condition qu’il les mènerait à la rencontre de l’Empereur.  Aussi ne devait-il pas rester colonel des chasseurs à pied. Napoléon ne tenait pas pour un homme « sûr et chaud » ; il lui donna d’abord le commandement de Lyon, puis le lui ôta pour l’employer du côté de Montpellier et de Marseille, puis lui donna une division à l’Armée des Alpes.  Dans la lettre suivante, datée de Paris et du 16 octobre 1815, Curial retrace sa conduite au duc de Feltre, le général Clarke, Ministre de la Guerre, et lui expose, trop brièvement, à notre gré, « les faits tels qu’ils se sont passés ».

Arthur CHUQUET.

 Commandant, lors du funeste débarquement de Bonaparte, les chasseurs royaux de France [voulurent rejoindre les troupes de l’Empereur], je n’ai rien négligé pour les contenir dans le devoir et le sentier de l’honneur. Harangues, promesses, menaces, châtiments, j’ai tout employé infructueusement. Quelques officiers et surtout une députation des grenadiers à pied royaux, les avaient exaltés au point que le corps d’officiers réuni dans mon logement, à  Chaumont, me déclara malgré mes nouvelles remontrances, mes reproches et même prières, que le régiment allait partir pour se rendre auprès de Napoléon. Je les prévins alors que je cessais de les commander ; j’écrivis de suite à Votre Excellence pour lui rendre compte de cette défection ; je lui expédiai un aide-de-camp en courrier et je me rendis en poste à Troyes où je vous priai, Monseigneur, de me faire passer vos ordres ; mais Votre Excellence n’a pas reçu ma lettre ; elle avait déjà quitté  Paris lorsque mon officier y est arrivé. Pendant ce laps de temps, j’avis été dénoncé à Bonaparte par deux officiers partis en poste de Chaumont, non seulement pour avoir dit ce que je pensais sur son compte, mais encore pour avoir cherché par tous les moyens possibles à arrêter la marche du régiment. De là mon renvoi de la Garde, mon remplacement a Lyon où j’avais reçu l’ordre d’aller, quoique j’eusse demandé ma retraite, et enfin un exil de vingt-six jours à Chambéry.

Voulant éviter ensuite dans cette ville les vexations populaires, je pris le commandement d’une division de l’Armée des Alpes, lorsque les hostilités furent commencées : commandement que je n’ai conservé » que dix ou douze jours.

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( 29 décembre, 2018 )

Le nouveau numéro du « Bulletin de L’Estafette » vient de paraître…

A la bonne vôtre

Afin de le recevoir gracieusement, faites-en la demande ici : 

contact.lestafette@gmail.com

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( 29 décembre, 2018 )

La CAMPAGNE D’ALLEMAGNE (1813) RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (I).

La CAMPAGNE D'ALLEMAGNE (1813) RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (I). dans TEMOIGNAGES vionnet

« Le 30 mars à 4 heures, je reçus l’ordre de partir dès le lendemain avant le jour. J’arrangeai  en hâte mes affaires et celles du régiment et y employai toute la nuit.

Le 31 mars à 6 heures du matin, je partis avec le bataillon de fusiliers que je commandais encore. Nous fîmes halte à Bondy et couchâmes à Claye.

Le 1er avril, nous déjeunâmes à Meaux à l’Hôtel de la Sirène, renommé pour sa bonne chère, et couchâmes à La Ferté.

Le 2 avril, à Château-Thierry où nous fîmes séjour le 3. Je visitai cette ville qui est déparée en deux par la Marne. C’est la patrie de La Fontaine, on y voit encore la maison qu’il habitait.

Le 4, à Dormans. La journée fut courte et le temps charmant. Les soldats n’en étaient pas moins fatigués. On leur faisait faire une heure d’exercices en arrivant au cantonnement ainsi que pendant la route, durant chaque repos. Ces troupes d’ailleurs avant d’aller à l’ennemi n’eurent d’autre instruction que celle donnée à chaque étape.

Le 5, à Épernay, je fus logé à La Croix d’Or, mais je dînai avec le capitaine hilaire [capitaine de voltigeurs au 52ème régiment d’infanterie, compatriote de Vionnet] et sa famille qui m’accueillirent avec la meilleure grâce du monde.

Les 6 et 7 à Châlons, je fus logé au Palais impérial. On remarquera que les maires nous logeaient toujours dans des hôtels car grâce à notre nourriture on nous faisait payer fort cher.

Le 8, Auve, un des plus pauvres villages de France, aussi nous fûmes-nous dispersés dans les environs.

Le 9, nous déjeunons à Sainte-Menehould. Il y a un mets fort bon qui porte le nom de cette ville [les pieds de porc à la Sainte-Menehould]. Nous couchons à Clermont.

Les 10 et 11, à Verdun, je dînai chez M. de Marbeuf.

Le 12, à Mars-la-Tour.

Le 13, à Metz, je fus logé au Faisan. Je rendis visite au général Lorge qui commandait la division et au préfet.

Le 14, à Courcelles, le prince de Wagram [maréchal Berthier] dîna dans l’hôtel où j’ai logé.

Les 15 et 16, à Saint-Avold. Le 16, l’Empereur dîna à l’Hôtel de la Poste, il donna 50 napoléons pour son dîner et 100 francs à la fille qui l’avait servi.

Le 17, à Sarrebruck.

Le 18, à Homburg.

Le 19 à Landshut.

Le 20 et le 21, à Kaiserleutern.

Le 22, à Venweiller.

Le 23, à Alzey.

Le 24, à Mayence.

Les 25 et 26, à Francfort, je fus logé chez M. Bethmann, le fameux banquier, qui me reçut très bien. Là je reçus ma nomination de colonel dans la Garde.

Le 27, à Hanau.

Le 28, je partis pour rejoindre le 2ème régiment de Tirailleurs de la Garde dont on m’avait donné le commandement.

Le 29, à Shlüchtern.

Le 30, à Fulda, je logeai chez le père d’un colonel au service de la France.

Le 1er mai, à Vac.

Le 2, à Weimar.

Le 3, à Lützen. Cette ville était remplie de blessés et de prisonniers. Les maisons étaient dévastées et je ne pus rien trouver à manger. Mon régiment était à Pegau, jolie ville à droite de l’Elster. Le roi de Prusse et l’empereur de Russie y avaient leur quartier-général le jour de la bataille.

Le 4, je rejoignis le régiment au bivouac près de Borna.

Le 5, la division fut bivouaquée en avant de Golditz et le 6, à Waldheim.

Le 7 mai, toute la Jeune garde bivouaqua en colonne par brigade près de Rosen.

Le 8, à Ober-Covitz, face à Dresde, dont nous n’étions éloignés que d’une petite lieue, sur le terrain même où Frédéric-le-Grand gagna une bataille en 1745. Je ne pouvais concevoir comment l’empereur de Russie et le roi de Prusse dont les plus grandes forces consistaient en cavalerie, avaient pu choisir un pays à la fois aussi coupé et aussi couvert pour y livrer une grande bataille, l’armée française n’ayant pas un cavalier à leur opposer. La victoire de Lützen fut la conséquence de cette grande faute. On la dut entièrement à l’infanterie française. Nos ennemis croyaient avoir aisément raison de cette infanterie qu’ils savaient mal instruite et inexpérimentée, il n’en fut rien. Si au contraire le terrain avait été mieux choisi, si la cavalerie russe avait pu se déployer et manœuvrer, l’armée française aurait été complètement anéantie. Le champ d’action des Russes était si resserré qu’ils s’embarrassèrent continuellement les uns les autres tout ne étant beaucoup plus exposés au feu de notre artillerie qui les atteignait partout où ils se trouvaient. Ils se retirèrent néanmoins en bon ordre et se trouvèrent au bout de quelques jours en état de livrer une seconde bataille. 

Le 10, nous entrâmes en ville entre huit heures et neuf heures du soir, juste au moment où les cornées étaient aux distributions, ce qui occasionna la perte de beaucoup d’effets. L’Empereur y était déjà depuis le 8, l’ennemi occupant la Ville neuve, S.M. logea au château du roi de Saxe tout près de l’Elbe et à fort peu de distance de l’ennemi qui nous envoya encore force mitraille, ce qui nous causa beaucoup de pertes.

Le régiment se reposa les 11, 12 et 13.

Le 14, il alla avec toute la Garde Impériale recevoir le roi de Saxe, près du château de Grosse-Garten sur la toute de Prague.

Le 15 mai à minuit, nous reçûmes l’ordre de prendre les armes immédiatement. L’armée entière resta en bataille jusqu’à 7 heures du matin. Nous nous mîmes alors en marche sur la route de Dresde à Berlin. Le régiment bivouaqua en avant de Reichenbach.

Le 17, on se remit en route et nous marchâmes jusqu’à une heure fort avancée de la nuit.

Le 18 après avoir fait un peu d’exercice, nous repartîmes pour nous arrêter à Bischofswerda où nous prîmes nos cantonnements.

Le soir on apprit qu’un détachement de lanciers de la Garde avait rencontré un gros de Cosaques et avait eu plusieurs hommes blessés. Le général Lanusse reçut l’ordre de s’en assurer. Il emmena le régiment qui partit le 19 à la pointe du jour. Mais on dit bientôt que les Cosaques s’étaient retirés et se trouvaient au moins à cinq lieues [environ 20 km] de nous. Le général alors nous fit rentrer au camp.

En y arrivant nous ne trouvâmes plus personne. L’armée était partie ; aussi après avoir fait rapidement la soupe nous nous remîmes en marche.  Nous rencontrâmes bientôt la Jeune Garde campée devant Bautzen sur trois lignes, la droite au village où se trouvait l’Empereur, la gauche face aux montagnes de Bohême. »

A suivre.

—-

Général Vionnet de Maringoné, « Mes Campagnes. Russie et Saxe (1812-1813) », A la Librairie des Deux empires, 2003, pp.69-74).

Sur ce personnage :

http://jeanmichel.guyon.free.fr/monsite/histoire/vionnet/generalvionnet.htm

 

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( 29 décembre, 2018 )

Une lettre adressée à Maret, duc de Bassano…

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Le signataire de cette lettre, l’auditeur Lelorgne d’Ideville, auditeur de première classe au Conseil d’Etat attaché au Ministère des Affaires étrangères où il était chargé spécialement de la statistique extérieure, avait mission de tenir l’Empereur au courant des forces de l’ennemi et de leur répartition. Il entendait et parlait le russe. Aussi l’Empereur voulait qu’il fût toujours à cheval derrière lui, et il l’avait attaché, comme secrétaire interprète, à son cabinet ; c’était Lelorgne qui interrogeait les gens du pays et tirait d’eux les renseignements. C’est à lui qu’on remettait les lettres russes interceptées. Dans sa missive à Maret, duc de Bassano, il retrace ce qu’a fait l’Empereur depuis le 4 novembre 1812 jusqu’au 9 novembre 1812. 

Arthur CHUQUET 

Smolensk, 11 novembre 1812. 

Depuis Slavkovo, je n’ai point eu l’honneur de vous écrire. L’Empereur y a passé la journée du 4. Il en est parti le 5, à 5 heures du matin, pour aller à Dorogobouje. Le 6, Sa Majesté est allée à Mikhaïlovka où elle a passé la nuit. Le 7, l’Empereur a été coucher dans un petit château sur les bords du Dniepr près de la poste de Pnévo. Sa Majesté est montée en voiture pour la première fois depuis Moscou. La neige que nous avons eue ce jour-là et le grand vent rendaient le cheval fort incommode. Le 8 novembre, nous avons couché à la poste de Bérédikino, vilain petit trou où nous étions entassés les uns sur les autres.   Le 9, l’Empereur est arrivé à Smolensk à une heure après-midi. On y est resté hier, on y est encore aujourd’hui et peut-être en partira-t-on demain.  Depuis le 7, notre marche a été difficile à cause du mauvais temps. Il tombait beaucoup de neige, et, le froid, accompagné du vent, a été continuellement de quatre à huit degrés ; Les chevaux sont exténués. On a fait ce qu’il fallait faire pour sauver l’artillerie. Quelques bagages restent en arrière. C’est de peu d’importance pour le moment où nous nous trouvons. Les hommes, les chevaux et les canons, voilà ce qu’il fallait sauver dans la situation où nous étions. On y a réussi, et l’ennemi, s’il est juste, doit être surpris de la rapidité et du bon ordre de notre mouvement. Je vous en dirai les détails quand j’aurai le bonheur de pouvoir causer avec vous chez vous

Le temps se maintient au froid, mais il n’y a pas aujourd’hui plus de deux degrés. 

Le général Baraguey d’Hilliers s’est trouvé fort à propos sur le chemin d’Elnia pour arrêter la marche d’un corps détaché sous les ordres du comte cosaque Orlov-Denissov qui commande douze régiments du Don, deux de cavalerie régulière et peut-être une division d’infanterie. 

 

 

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( 29 décembre, 2018 )

A propos des chevaux de bataille de Napoléon 1er (2ème et dernière partie).

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Suite et fin de cet excellent article dû à l’éminent Jean BRUNON et publié en 1932 dans la « Revue des Etudes napoléoniennes ».

Le fils de celui qui lui déchargea un coup d’escopette vit encore [1892] et, dans son parc, on peut lire sur une petite colonne l’épitaphe suivante : « Sous cette pierre repose « Jaffa », fameux cheval de bataille  de Napoléon, âgé de 37 ans ». C’est de lors Wolseley, qui connaît à fond tout ce qui a trait au grand capitaine, que l’auteur tient cette anecdote. Un autre admirateur anglais de Napoléon a remis à M. Lawley un portrait d’ « Ali » avec cette légende : «Ali », cheval de bataille de Napoléon 1erCe cheval fut pris en Egypte sous Ali-Bey, monté par un soldat du 18ème dragons, capturé par les Mamelucks et repris par les Français.Ceci le fit remarquer du général Menou qui l’emmena en Europe et en fit cadeau au Premier Consul. Depuis lors, Bonaparte le monta dans toutes les batailles ; à celle de Wagram, par exemple, où il resta en selle de quatre heures du matin à six heures du soir. Il faut faire la part de la confusion et de l’exagération en ce qui concerne les noms des chevaux montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo » aient été montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il ne serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo »  aient été montés le même jour, puisque, dans ses « Mémoires », Mme de Rémusat nous dit que son protecteur éreintait souvent quatre ou cinq chevaux en un jour. Il semble y avoir contradiction entre la légende qui attribue à « Marengo » l’honneur d’avoir porté Napoléon à Austerlitz et les « Mémoires » du général Vandamme [Il s’agit ici d’une confusion car cet officier n’a pas laissé de « Mémoires ». Note de C.B.], où il est fait mention d’un cheval gris de fer, 1 mètre 60, qui fut baptisé « Austerlitz » après la victoire. Il est certain de Napoléon avait un cheval de ce nom correspondant bien à la description donnée par Vandamme, puisqu’il y a un portrait de lui à Londres chez Lors Rosebery, un des hommes les plus compétents sur tout ce qui se rattache à l’épopée napoléonienne. Passons à la jument « Maria ». M. Lawley a eu la bonne fortune de rencontrer un vieux Mecklembourgeois, nommé Schallen, âgé de plus de 95 ans, qui se souvenait d’avoir vu les régiments de cavalerie française traverser la petite ville d’Ivenack, dans le Mecklembourg, en marche sur Moscou. Le général Lefebvre-Desnouettes y admira beaucoup les chevaux de race du baron de Plessen, et, en particulier, une jument grise qui descendait de « King–Herald » un des plus fameux étalons du Stud-Book britannique. Le général l’acquit et l’envoya à l’Empereur, qui lui donna le nom de « Maria »-celui de sa femme- et la monta pendant une grande partie de la campagne de 1813. Plus tard, la jument tomba on ne sait comment, aux mains des Prussiens, qui la restituèrent au baron de Plessen. Elle mourut à Ivenack, et Schallen raconte qu’on y voit encore son squelette religieusement conservé par les héritiers du baron dans leur vieux château d’Ivenack. Naturellement l’équipement des chevaux de Napoléon était de « primo cartello ». La sellerie ne laissait rien à désirer : siège, troussequins, genouillères, tout était parfait de matériaux et de confection. Le Musée de Lausanne en possède des spécimens probants, c’est-à-dire : trois excellentes selles à l’anglaise, revêtues de velours cramoisi, avec housses et fontes à l’avenant et étriers en argent suspendus à de fortes et fines courroies ; trois brides et trois martingales à garnitures d’argent. 

Le grand Empereur destinait à son fils ces effets personnels et, pour cela, il les avait confiés à son fidèle  Noverraz qui les conserva longtemps à sa villa « La Violette » à Lausanne. En juin 1848, Noverraz, las d’attendre un ayant-droit, remis son précieux dépôt au gouvernement vaudois qui en orne le musée cantonal de Lausanne. Avec d’autres objets de même provenance, entres autres quatre fusils de chasse et quelques reliques de Longwood, notre habile préparateur, M. Bastian, en a composé une fort intéressante vitrine qui attire de nombreux visiteurs étrangers. L’auteur de l’article de la « Revue militaire suisse » ne donne que des indications peu précises, ou encore légèrement inexactes, sur les souvenirs de Napoléon, provenant du piqueur Noverraz, conservés au Musée de Lausanne (Don de J.-J. Mercie).  Ces équipages de cheval de l’Empereur, du type de ceux qu’il utilisait en campagne, sont les seuls que nous connaissions ; à ce titre, leur intérêt est donc plus considérable encore que les harnachements de luxe, magnifiquement ornés, plus généralement connus, et nous jugeons qu’il vaut la peine d’en donner la nomenclature détaillée, d’après les notes que nous avons prises sur place, au Musée de Lausanne : - Trois selles à la française en velours cramoisi, avec leurs fontes, couvre fontes, et leur tapis de selle (deux de ces derniers en drap cramoisi, en un drap écarlate). Ces tapis de selle sont ornés d’un double galonnage or : le galon intérieur de 10 centimètres, du modèle dit « à bâtons ».

Ces galons sont bordés d’une double course en soutache or. 

- Deux paires d’étriers (une paire manque) en argent (ou argentés) forme classique des étriers d’officiers généraux. 

- Trois brises complètes, à peu près semblables, très simples, en cuir noir ; boucles, légèrement ouvragées, en argent. Deux de ces brides à mors à grandes bossettes, argentées ; une à mors sans bossettes ; les trois mors du modèle de cavalerie légère. 

Toutes ces pièces sont en parfait état de conservation. 

Revenant aux chevaux de bataille de l’Empereur, il y lieu de signaler que le Musée de Malmaison, possède neuf petites peintures représentant neuf chevaux montées par Napoléon ; leurs noms sont les suivants : « Le Familier », « Le Triomphant », l’Aboukir », « Le Major », « Le Vizir » [Ce cheval a été naturalisé après sa mort ; il est conservé au Musée de l’Armée et porte sur la cuisse gauche l’N couronné], « le Cheick », « Le Sahara » , « Le Distingué »  (le neuvième portrait  ne porte pas de nom). Ces tableaux proviennent dela Manufacture de Sèvres. Ajoutons que l’Empereur a également possédé une jument qui portait le nom de « Nicole » et non « Nickel ». Citons en outre le beau portrait de « Tamerlan » peint par Géricault. Du reste, et comme le laisse comprendre l’auteur de l’article cité, plus haut, l’Empereur utilisa, au cours de sa vie, une quantité considérable de chevaux de selle.  On en jugera par la lecture du document que nous reproduisons ci-après pour terminer ce rapide aperçu sur un sujet peu ou point battu sur lequel  il reste encore à écrire une belle étude ; il se passe de tout commentaire.  Avant la campagne de 1812 et sur son ordre, un projet de règlement réorganisant ses équipages de guerre fut présenté à l’Empereur qui l’adopta le 14 janvier 1812.  Voici le texte de la partie qui concerne l’équipage de selle : 

« CHAPITRE V- Equipage de selle Article 11- L’équipage de selle comprend 10 brigades, chacune de 13 chevaux. Total : 130 chevaux. Article 12.- Cheque brigade se compose ainsi, savoir : 2 chevaux de bataille pour Sa Majesté, 1 cheval d’allure pour Sa Majesté, 1 pour le Grand-Ecuyer, 1 pour l’Ecuyer de service, ou tout autre, 1 pour le page de service, 1 pour le Mamelucks de Sa Majesté, 1 pour le guide (paysan du pays), 3 chevaux de palefreniers montés et un à pied, 1 cheval pour le chirurgien, 1 pour le piqueur de service. 

Total : 13 

Article 13.- Une paire de pistolets fera partie de l’équipement de tous les chevaux de selle destinés pour l’Empereur ; ces pistolets seront chargés tous les jours, et déchargés avec le tire-bourre par le Mameluck de service, sous l’inspection du Grand-Ecuyer ou en son absence, de l’Ecuyer de service au bivouac ou sous la tente ; le déchargement ou le rechargement des pistolets se fera chaque soir. Article 14.- Le Page de service porte en bandoulière la lunette de Sa Majesté, et il a sur le devant de sa selle des sacoches arrangées, qui renferment un mouchoir et une paire de gants pour Sa Majesté  et un petit assortiment de bureau contenant papier, plumes, encre, crayons, compas, cire d’Espagne ; le tout conforme à l’état B ; il porte sur le derrière de sa selle un petit porte-manteau avec des armes à son usage. Le chirurgien porte derrière sa selle un porte-manteau avec un assortiment d’instruments et de tout ce qu’il faut pour panser, conforme à l’état E. Le mameluck porte en bandoulière une fiole pleine d’eau-de-vie, et sur le devant de sa selle, le manteau et le frac de Sa Majesté. Le Piqueur porte, sur le chevet, des petites sacoches pour cantines, approvisionnées conformément à l’état D ; et sur le derrière de sa selle, un porte-manteau d’effets à l’usage de Sa Majesté conformément à l’état T ; il porte aussi en bandoulière un flacon plein d’eau-de-vie. En conséquence, il est attaché un porte-manteau semblable à chacune des brigades des chevaux de selle. Les deux valets de chambre, qui sont à cheval, auront devant eux un petit appareil contenant de la charpie, des sels, de l’éther, de l’eau, une demi-bouteille de vin de Madère et quelques ustensiles de chirurgie, dont le Chirurgien ordinaire donnera le détail. Les trois maîtres d’hôtel, qui sont à cheval, auront chacun devant eux une petite cantine semblable à celle détaillée pour les Piqueurs. » 

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( 28 décembre, 2018 )

Une lettre écrite pendant la campagne d’Espagne…

Espagne 1Valladolid, le 20 juin 1809, en Espagne. 

Ma très chère mère et cher oncle, 

Je vous écris ces deux mots de lettre pour m’informer de l’état de votre santé. Quant à moi, je me porte très bien pour le présent. Je souhaite que la présente lettre vous trouve de même. Ma chère mère je vous dirai que voilà la troisième lettre que je vous envoie sans recevoir aucune réponse. Je n’ai reçu qu’une lettre datée du 6 mars à Brieq [Brieg sur l’Oder, en amont de Breslau. Actuellement Brzeg, en Pologne] en Silésie. L’argent que vous avez envoyé je l’ai reçu avant que nous ne partions de cette ville. Ma très chère mère, je vous dirai que nous avons eu une très longue route depuis le 8 septembre. Nous avons marché jusqu’au 21 décembre, date à laquelle nous sommes arrivés dans la ville de Saragosse en Espagne, avec beaucoup de peine. Nous sommes restés deux mois et demi au siège de Saragosse dont nous étions beaucoup chagriné pour le service ; nous passions un jour de garde et l’autre jour à travailler à faire des fossés pour se couvrir et pour s’approcher [au] plus proche de la ville. Je vous dirai que tous les jours on se battait et comme nous étions dans des fossés nous ne perdions tant de monde. Nous avons donné quelque bataille où nous avons perdu beaucoup de monde, mais avec tout cela ils  se sont rendus. Je crois que nous avons encore un siège à commencer en peu de temps. Je vous dirai encore que nous sommes dans un pays où les gens sont très barbares : si un pauvre soldat ne peut pas suivre son régiment et reste en arrière un quart de lieu, les paysans l’ont bientôt assassiné. 

 Vous me ferez savoir si mes sœurs se portent bien ainsi que mes frères, mon cousin et sa femme de Varenne. Je lui fais bien des compliments ainsi que Pradat et sa femme sans oublier ma marraine et toute la famille. Rien d’autre à ajouter. Je finis en vous embrassant de tout mon cœur.  Vous ferez bien mes compliments à tous mes parents et amis. 

Mon adresse est : CHANTELOUBE Jacques, chasseur au 21ème régiment d’infanterie légère, 3ème bataillon, 1ère compagnie, 5ème corps de la Grande Armée, 2ème division, 1ère brigade en Espagne, à Valladolid. 

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( 28 décembre, 2018 )

La mission du général Gérard…

Ombre 3

Le 25 décembre 1813, Napoléon ordonnait à Gérard de partir aussitôt pour l’Alsace. Gérard devait d’abord aller à Belfort et ensuite longer la frontière jusqu’à Wissembourg. Le temps lui manqua. Il alla voir quelques petites places, et le 29, Napoléon le rappelait pour lui confier une division de réserve qui se formait à Meaux. Le lettre suivante que Gérard écrit de Langres au duc de Feltre, nous renseigne sur ses projets et nous montre hélas ! qu’il règne déjà « beaucoup de frayeur ».

Langres, 31 décembre 1813.

Je suis arrivé à Langres cette nuit. Il m’a été impossible de continuer ma route. L’ennemi est dans les environs de Belfort ; il a poussé des partis jusqu’à Lure ; ils se sont retirés après être restés quelques heures dans cette ville. Pour remplir autant qu’il est en mon pouvoir les instructions de Votre Excellence, je voulais commencer la reconnaissance des montagnes des Vosges en me jetant sur Plombières et de là à Schlestadt. Mais il n’y a point de routes de poste et d’ailleurs je n’ai point d’officiers du génie et d’artillerie. Je suis obligé d’aller reprendre à Nancy la grande communication de Strasbourg. Je me rendrai de suite à Phalsbourg, aux forts de la petite-Pierre, de Bitche et de Lichtemberg ; je m’assurerai de l’état des garnisons et des approvisionnements ; aussitôt après, je visiterai la chaîne de montagnes. Tous les renseignements que j’ai recueillis ici, me portent à croire que les principales forces des autrichiens se dirigent vers Besançon. Les Bavarois sont restés dans les environs d’Huningue. Belfort n’est point encore au pouvoir de l’ennemi ; il est attaqué sérieusement. Il règne beaucoup de frayeur dans tout ce pays. J’ai cherché à rassurer les habitants en leur annonçant de prompts secours.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.3).

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( 28 décembre, 2018 )

Une visite faite à Napoléon lors de son exil à l’île d’Elbe…

 Ce témoignaUne visite faite à Napoléon lors de son exil à l'île d'Elbe... dans TEMOIGNAGES 03008150ge est paru dans la revue « Feuilles d’Histoire » dans sa livraison de janvier/juin 1909.

« Le « Daily Mail » a donné récemment quelques extraits d’un document inédit trouvé, il y a peu de temps dans les archives familiales d’Arley-Castle. C’est le carnet de voyage d’un étudiant de l’Université de Cambridge, nommé Scott.  En septembre 1814, il se rendit à l’île d’Elbe en compagnie de quatre officiers anglais détachés à Livourne, les colonels Douglas et Lemoine, le major Maxwell, le capitaine Smith, et ce sont les passages relatifs à cette visite que nous citons ici :

16 septembre 1814, Livourne.

Dîné chez M. Fraser, banquier anglais, qui habite ici. Tout parfaitement anglais : mouton bouilli à la sauce du sang, roastbeef, fromage de Chester, porto, vin. Presque tous les invités sont intimement liés avec le colonel Campbell (commissaire à  l’île d’Elbe) et les capitaines Usher et Tower. Le colonel Campbell considère Bonaparte comme un homme très heureux de talents ordinaires ; Bonaparte se comporte à leur égard avec la plus grande familiarité ; il leur permet de lui poser les questions qui lui plaisent sur ses campagnes et ses plans. Il disait à Campbell : « Regardez-vous Wellington comme le plus grand général du monde ? »-« Vous aviez tant de bons de maréchaux, répondit Campbell, qu’on n peut dire quel est le premier général. »-« Non, réplique Bonaparte, c’est Wellington qui est le premier général ! »

19 septembre 1814, Elbe.

D’habitude Bonaparte se lève avec le jour et il prend infiniment d’exercice. Souvent il réveille lui-même le colonel Campbell. Il fait de longues courses à cheval dans tous les coins de l’île et ne rentre que lorsque ses compagnons sont exténués ; mais c’est pour repartir aussitôt sur un nouveau cheval, jusqu’à l’heure du dîner. Après son repas, il se  promène dans sa chambre pendant deux ou trois heures. Il semble, nous déclare Campbell, s’efforcer de penser le moins possible au passé. Parfois, dans la matinée, il sommeille très peu de temps dans son  fauteuil. Il mange beaucoup, il est surtout amateur de poisson, il boit séparément de l’eau et du vin, selon la mode anglaise, mais surtout de l’eau… Nous nous trouvions sur chemin large d’environ cinq mètres, lorsque nous rencontrâmes l’Empereur ; nous nous effaçâmes pour nous ranger, tête nue, les uns à côté des autres, sur le côté droit de la route. Il s’arrêta  son cheval et nous salua en portant la main à son chapeau. Ma première impression fut telle que je me demandai si cet homme, au visage peu gracieux, à l’air plutôt emprunté et lourd, était bien le grand Napoléon, qui avait rempli de terreur les empereurs et les rois. Il me semble que c’était impossible. Je répète que ce fut que ma première impression. Mais bien que celle-ci ait bientôt modifiée, je déclare encore aujourd’hui que Napoléon  avec sa carrure épaisse et large ne me fit pas l’effet d’un guerrier. Il parait être âgé  de quarante-cinq ans ; son ventre est très fort, et ses cuisses, grosses et tout à fait hors de proportion. Lorsque nous le vîmes, il était coiffé d’un chapeau enfoncé sur son front, chapeau dont la forme, basse par devant et très relevé par derrière, contribuait à rendre sa physionomie peu agréable. La teinte brune de ce chapeau, auquel est piquée une gosse cocarde rouge et blanche, montre suffisamment qu’il a fait avec lui de nombreuses campagnes.

Il portait une grande redingote à revers rouges ; ce vêtement, étroitement boutonné, laissait à peine apercevoir la cravate noire, entourant son cou, peu dégagé naturellement.  Il avait deux épaulettes en argent assez usées, la plaque de la Légion d’honneur et trois décorations plus petites… Il avait une culotte blanche, un gilet blanc et des gants. Les bottes, vieilles, usées, étaient munies d’éperons en argent, assujettis par des noires. Il montait un petit cheval corse, dont la selle portait des fontes, mais dont les rênes et le mors étaient sales. Quoiqu’en général ses vêtements fussent usagés, l’ensemble était celui d’une personne soigneuse et ordonnée. Il se tient fortement incliné en avant sur son cheval.  Celui-ci s’étant mis à ruer, Napoléon, le maîtrisa nerveusement. Durant les vingt-deux minutes que dura notre conversation, il ne prisa qu’une seule fois, dans une petite tabatière noire ornée de trois camées. Ses mains sont d’une blancheur remarquable, les doigts sont petits et minces. Ses cheveux sont noirs et pendant en longues mèches sur le sol de son vêtement, tout en gardant un aspect très propre. Les yeux sont bleus et petits, les sourcils noirs et plutôt épais, le nez et la bouche élégamment dessinés et dimensions moyennes, le menton n’est pas trop prononcé. L’ensemble du visage, pâle, légèrement jaunâtre, est assez empâté. Le front d’avance, anguleux et puissant.  L’Empereur parle vite et presque sans pause, d’une voix profonde et un peu saccadée. Durant tout notre entretien, la physionomie de Napoléon ne cessa de s’éclairer d’un demi-sourire et de refléter un parfait contentement. Ses yeux sont remarquablement vifs et expressifs ; ses regards et sa voix inspirent le respect et ses manières indiquent un grand talent, mais son sourire met à l’aise ses auditeurs et leur donne confiance. Néanmoins mes compagnons furent unanimes à penser qu’il avait plutôt l’air d’un prêtre habile et rusé que d’un héros. Sa personne n’a sûrement rien d’héroïque. »

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