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( 1 décembre, 2018 )

Science, médecine et pharmacie de la Révolution à l’Empire (1789-1815)

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Le quart de siècle qui sépare la fin de l’Ancien Régime de la Restauration a une certaine individualité, soit que l’on voie ne lui le prolongement du XVIIIème siècle ou, au contraire, le commencement du XIXèmeCette individualité est particulièrement marquée sur le plan scientifique et technique. 

Certes depuis 1770, Paris était une grande capitale scientifique. Le gouvernement royal s’était vivement intéressé au développement des sciences médicales et naturelles malgré l’opposition de certaines structures qu’il ne pouvait faire disparaître.  Mais qui s’effondrèrent, dès le début de la Révolution. La République put ainsi faire aboutir certaines réformes, restées depuis Turgot à l’état de projet dans les archives ministérielles et en dépasser l’esprit et la lettre. Elle donna également aux savants et aux techniciens, dans les assemblées parlementaires, une place qu’ils n’avaient jamais eue auparavant dans la Nation. Des personnalités telles que Monge, Fourcroy, Guyton de Morveau et Berthollet ont joué, à la fois, un rôle scientifique, politique et militaire. D’autres ont été ministre de l’Intérieur, comme Chaptal, toutes choses impensables à cette époque dans le reste de l’Europe. L’expédition d’Égypte, avec sa Commission de savants et d’artistes se différencia de toutes les expéditions coloniales antérieures par un souci désintéressé de connaître le pays, dans tous ses aspects, et d’élever le niveau de l’hygiène et de sa santé publique. Les résultats obtenus furent remarquables et les « égyptiens» eurent ultérieurement une influence scientifique et politique importante. Brumaire a été le coup d’état des généraux de gauche, mais aussi celui de l’Institut et de tous les intellectuels qui faisaient confiance à Bonaparte, le « Washington » français, dont Cabanis aurait voulu être le « Franklin ». La veille du coup d’état, Bonaparte, lui-même, alla saluer, à la tête d’un cortège philosophique, en son salon d’Auteuil, Mme Helvétius, l’Égérie des Idéologues dont la caution lui paraissait importante, à ce moment-là. Il ne cacha pas sa satisfaction d’être membre de l’Institut, et la marqua en en faisant suivre, dans quelques-unes de ses proclamations, celui de commandant en  chef de l’armée.  Comme il se voulait être un  gouvernement progressiste, éclairé par la Science et faisant grâce à elle le bonheur du peuple, la République conçut un programme « éducationnel » et institutionnel correspondant à ses visées idéologiques. Ces structures nouvelles (Conservatoire des Arts et Métiers, Institut, Bureau des longitudes, École polytechnique, École de Santé, Commission internationale du système métrique, etc.) ont été conçues à l’échelle nationale, avec un recrutement démocratique et un budget confortable.

Il serait trop long d’exposer les progrès scientifiques réalisés par les savants français. Mais il faut dire que la technologie n’est pas restée en arrière. L’exposition de 1798, première manifestation de ce genre dans le monde, est très instructive à cet égard. On est surpris de l’ampleur des objets exposés qui vont des tissus de soie aux célèbres montres Bréguet. Les fabricants d’instruments scientifiques ne sont pas oubliés, pas plus que l’école d’aérostiers de Meudon ; l’Arsenal de Saint-Antoine (avec ses canons de fer pour la marine et de bronze pour l’armée) ; la fabrique de poudres à canon d’Essonnes, le télégraphe Chappe ; les instruments scientifiques, les crayons Conté, etc. La réforme de l’enseignement médico-pharmaceutique est celle des hôpitaux échoua parce qu’il est impossible de substituer brusquement à l’ordre naturel des choses des conceptions théoriques tout à  fait  différentes des réalités. Mais, après une décennie où aucun diplôme de praticien ne fut délivré et où le malaise hospitalier fut grand, Paris devint la capitale d’une nouvelle médecine, la médecine d’hôpital qui attira les praticiens du monde entier. 

Professeur Pierre HUARD, de la Faculté de Médecine de Paris. 

Cet article fut publié en 1970 dans la « Revue de l’Institut Napoléon ». L’auteur, Pierre Huard, fit paraître à cette époque (aux Editions Roger Dacosta) un livre très intéressant portant le même titre. 

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( 1 décembre, 2018 )

Une seconde lettre du GENERAL PARTOUNEAUX sur la CAMPAGNE de RUSSIE…

Une seconde lettre du GENERAL PARTOUNEAUX sur la CAMPAGNE de RUSSIE... dans TEMOIGNAGES partouneaux

Voici une lettre de cet officier, en date du 24 août 1817, dans laquelle il proteste de nouveau contre le fameux 29ème Bulletin de la Grande-Armée et contre les assertions de plusieurs historiens. Je vous invite à voir plus haut dans « L’ Estafette » la précédente lettre du général Partouneaux. 

C.B. 

Toulouse, 24 août  1817. 

Un nouvel ouvrage intitulé « Mémoire pour servir à l’histoire de la campagne de Russie », vient, en 1817, d’être publié par un officier de l’état-major de l’armée française. Je déclare que le passage de ce « Mémoire » qui est relatif à la 12ème  division d’infanterie de la Grande-Armée, que j’avais l’honneur de commander, est de la plus grande inexactitude. Si l’auteur eût lu le Mémoire que j’ai fait publié pendant l’interrègne et que j’ai envoyé à Napoléon et à ses ministres, il eût assurément payé à cette brave troupe et à son chef le tribut qui leur était dû. Par conséquent, il n’eût pas laissé ignorer que le 12ème division, complètement cernée par les trois armées russes des généraux Tchitchagov, Platov et Wittgenstein, avait été sommée de se rendre, et que, déjà réduite à 3.000 hommes mourant de faim et de froid, elle avait voulu combattre.  Que, dans un défilé, au milieu d’une grande partie des bagages de la Grande-Armée, au milieu de 7 à 8.000 malheureux traîneurs, sans armes, de cette même armée, elle avait été écrasée par le feu de l’ennemi, maître des hauteurs qui dominaient la route. Qu’elle avait été laissée à Borisov, à trois lieues en arrière de l’armée, sans être échelonnée, sans avoir été secourue ! Ne pourrait-on pas dire encore : « Il est facile aujourd’hui, sous la température la plus douce, de se livrer à des réflexions, de faire des épisodes, d’embellir son roman et de distribuer le blâme ou les éloges !

Mais alors, on était si malheureux, si accablé par tous les maux, que personne n’a songé à se retourner pour nous donner le moindre secours, et c’est ainsi que l’homme le meilleur abandonnait souvent son ami qui succombait auprès de lui ! »Je déclare, en outre, que tous ceux qui ont écrit jusqu’à ce jour sur cette malheureuse circonstance, ont été aussi inexacts que l’auteur de ce mémoire.  J’engage donc les personnes  qui s’occupent d’écrire cette partie de notre histoire, à consulter le mémoire intitulé « Adresse à l’armée » que j’ai publié pendant l’interrègne et qui s’est vendu publiquement à  Paris. MM. les maréchaux ducs de Dalmatie, prince d’Eckmühl, duc de Feltre, comte de Gouvion St.-Cyr, qui ont été successivement ministres de la Guerre, voudront assurément bien me rendre la justice de dire que j’ai vivement réclamé contre l’article du 29ème Bulletin qui était relatif à la 12ème division.  Voici, au sujet de Bulletin, le passage d’une lettre que j’écrivis à Napoléon lors de son retour de l’île d’Elbe, pour qu’on puisse juger si j’avais le sentiment d’avoir rempli tous mes devoirs : « Vous avez été bien injuste envers moi dans votre 29ème Bulletin. Vous m’avez frappé d’un coup de massue. Ceux qui ignoraient les ordres que j’avais reçus, les obstacles que j’avais rencontrés, m’accusaient, me trouvaient des torts ; les braves qui me connaissaient, ne pouvaient m’en supposer, mais ils craignaient pour moi. Je ne me plaignis alors que de votre extrême injustice.

Chaque jour, je suis encore dans la nécessité d’expliquer cette cruelle et malheureuse affaire. Humilié, accablé par ce coup, je recueillis les pièces officielles et je composai une « Adresse à l’Armée ». Ces pièces s’impriment en ce moment à Paris, à moins que mes amis n’en soient empêchés par la suite de votre retour en France. Quant à moi, je suis sans inquiétude, car je ce que j’ai de plus est à l’honneur ». A mon retour de Russie, me trouvant à Marseille, je communiquai ces pièces à  monsieur, frère du Roi [le comte d’Artois, futur Charles X].

Ce prince me dit le lendemain : « J’ai lu avec intérêt le mémoire que vous m’avez remis ; il convient à un brave homme comme vous de le faire imprimer ; j’aime le ton de modération avec lequel vous parlez de Napoléon ». En l’an 1813, lorsque j’étais prisonnier et malheureux, si Napoléon avait eu à se plaindre de ma conduite ne Russie, il n’eût certainement pas placé mes trois enfants dans un lycée à ses frais. Pendant l’interrègne, je n’ai pas reçu un mot d’improbation sur ma conduite ne Russie, et je n’ai pas éprouvé une seule marque de manque d’estime, même lorsque j’ai demandé la permission de me retirer en Provence [« Il n’y a pas d’inconvénient, écrivait Napoléon à Davout le 7 avril 1815, à renvoyer le général Partouneaux en Provence. Qu’il aille dans sa famille, puisque ses blessures l’exigent. Quant à son serment, vous lui paierez, s’il le prête, un traitement quelconque où il se trouvera. S’il ne le prête pas, vous le destituerez. » (Note d’A.Chuquet)]. Je ne publie ces détails que pour satisfaire à un sentiment d’honneur, et pour éviter à des écrivains de commettre de nouvelles erreurs, d’après celles qui ont déjà été commises envers moi, envers la 12ème  division.Mon mémoire est au ministère de la Guerre. 

(Extrait de l’ouvrage : « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents », d’Arthur Chuquet, publié en 3 volumes chez Fontemoing en 1912). 

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